Tag: CGT

  • [Entretien] « La Nuit du bien commun, un cas d’école sur la manière dont l’extrême droite s’infiltre »

    [Entretien] « La Nuit du bien commun, un cas d’école sur la manière dont l’extrême droite s’infiltre »

    La Marseillaise : En quoi est-ce qu’il est nécessaire de se mobiliser lundi soir, malgré le maintien de la Nuit du bien commun ?

    Catherine Lecoq : C’est impossible pour nous de céder les espaces de culture à des gens qui ont des idées telles que celles de Stérin. Ce n’est qu’une excuse, sous couvert de charité, pour faire monter les votes pour l’extrême droite. Dans notre fondement d’humanisme et d’expression libre et non faussée, il est hors de question que cela se produise sans opposition

    Anne-Marie Alary : On est dans la rue depuis un mois pour tracter et informer la population du projet politique derrière ce gala de charité, et de qui est Stérin. Cet événement est extrêmement dangereux. C’est un cas d’école sur la manière dont l’extrême droite s’infiltre de partout et mène une bataille culturelle. Il est aussi important d’aller protester le 6 avec les autres organisations des Bouches-du-Rhône. Il faut s’attendre, je pense, à ce qu’il y ait du monde.

    Derrière le discours sur la « générosité », voyez-vous une tentative d’acheter de l’influence politique et culturelle ?

    C.L. : Oui. C’est comme le Rocher-Mistral, dans la même veine que celle qui est de réécrire l’histoire. Ce n’est pas loyal, pour avoir un terme lissé. Le négationnisme, à un moment donné, ça va.

    A.-M.A. : Oui, mais de façon insidieuse, contrairement à son financement pour l’école de journalisme [L’institut libre de journalisme, Ndlr.] et l’institut de formation des futurs élus. Il a un livret qui s’appelle Politicae. Il a déjà fait ses réseaux, il était propriétaire du Crayon, média en charge de d’animation de débats au Delta Festival (Marseille). Il porte aussi le Label des plus belles fêtes de France, dont a bénéficié la Bénédiction du Calisson. On l’a dit dans notre tract, on craint que le tout soit un cheval de Troie au projet Périclès du milliardaire [code pour Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens et souverainistes, Ndlr]. révélé par L’Humanité.

    Pierre-Edouard Stérin est proche d’associations réactionnaires, anti-IVG, droits LGBT… Comment expliquer qu’un tel événement puisse encore trouver des salles et des relais institutionnels ?

    C.L. : Il filoute. Les élus ne savent pas toujours que politiquement, c’est quelque chose d’indigne qui se produit. Mais alertée par les citoyens, la municipalité a annulé la tenue de l’événement. À Marseille, Pierre-Edouard Stérin a été refoulé, notamment grâce à la pression citoyenne. À Aix-en-Provence, au niveau de la mairie, on n’a pas eu les mêmes facilités à faire annuler la salle, sous régie publique. La direction elle ne pouvait pas prendre sur elle de refuser. Mais nous, dans le milieu du spectacle vivant, on s’est mis en réseau, et le 6MIC aura fort à faire pour trouver des techniciens afin d’assurer la soirée.

    A.-M.A. : Stérin usurpe le terme de « Bien commun » et beaucoup de personnes ne savent pas que c’est lui derrière, qui l’utilise pour diffuser des idées d’extrême droite. La vérité émerge petit à petit, puisque partout en France comme à Aix, on dénonce cette usurpation. Mais ce n’est pas simple de s’en rendre compte : il use des sociétés-écrans où il n’apparaît pas, par exemple la société Obole, comme on le répète régulièrement. Sur le terrain, on se rend compte que beaucoup de gens découvrent tout ça.

    Est-ce que ce type de soirées ne vient pas accentuer la dépendance des associations à des mécènes privés, au détriment d’un financement public, réputé plus transparent ?

    C.L. : C’est ce que veulent depuis longtemps nos patrons ! S’il n’y avait plus de service public, les gens de l’extrême droite seraient les plus heureux. Ce qui est dégueulasse aussi, dans cette histoire, est que les termes de la solidarité interprofessionnelle, le « bien commun », sont repris. Mais ce mot n’appartient pas à l’extrême droite.

    A.-M.A. : On suit la mode américaine : celle des galas contre le service public. C’est une dérive inquiétante. D’ailleurs, Stérin a une démarche libertarienne, et fait partie du réseau atlas où l’on retrouve le Heritage Foundation, qui a soutenu Trump.

    Certains soutiennent que Pierre-Edouard Stérin s’est retiré de l’organisation et n’a plus aucun lien avec la Nuit du bien commun. Que répondez-vous ?

    C.L. : Même si l’on nous dit qu’il n’est plus actionnaire, c’est faux, ça a été prouvé. On va nous faire croire que Monsieur Stérin n’est plus dans la boucle, mais il est toujours dans la boucle. Ces Nuits du bien commun sont bien tenues pour récolter des fonds, puis alimenter des groupuscules d’extrême droite. Le projet Périclès, est clair, précis et circonstancié.

    A.-M.A. : C’est la société Obole qui a négocié la location de la salle du 6MIC, comme ailleurs en France. Cette plateforme numérique de collecte de dons a été fondée par le milliardaire Stérin en 2017. Même si elle se dit toujours au service « du bien commun et de l’économie sociale et solidaire », on craint que ce ne soit encore qu’une société écran.

    Le syndicat Solidaires 13, la section du Parti communiste local (PCF), Marc Pena, député (PS) de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône et les responsables du mouvement Bloquons-Tout à Aix, Riposte Antifasciste, tout comme certains salariés d’associations participantes à l’événement qui nous ont contactés, ont également manifesté leur opposition au maintien de la Nuit du bien commun.

    « Il est hors de question que cela
    se produise sans opposition. »

  • Première bataille gagnée pour les salariés d’Auchan

    Première bataille gagnée pour les salariés d’Auchan

    Coup de tonnerre dans le monde du travail. Le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) d’Auchan a été invalidé par le tribunal judiciaire de Lille, le 23 septembre. Ce dernier prévoyait le licenciement de 2 389 emplois dans toute la France, dont 39 postes dans le Languedoc-Roussillon. Une victoire en demi-teinte pour les syndicats. « Nous sommes contents car nous avons gagné une bataille mais pour les salariés déjà licenciés, ça ne va pas changer grand-chose. La seule chose qu’ils pourront faire, ce sont des recours aux Prud’hommes. Mais ça n’enlèvera pas la souffrance qu’ils vivent », détaille Sébastien Perret, délégué syndical CGT d’Auchan Béziers.

    Une décision motivée par le fait que ce PSE aurait dû être signé par les syndicats des cinq composantes d’Auchan Retail France et non au niveau du groupe.

    La famille Mulliez visée

    De plus, le tribunal a reconnu un vice de procédure en estimant que l’information sur la situation économique donnée aux représentants du personnel ne concernait que la société Suraumarché – qui détient pratiquement l’ensemble du capital d’Auchan Retail France. Or, elle aurait dû être élargie pour comprendre celles exerçant un contrôle sur Suraumarché, à savoir Acanthe, Valorest et Cimofat.

    Car ces trois sociétés appartiennent toutes au même empire : celui de la richissime famille Mulliez. En ce sens, ce motif pourrait ouvrir une brèche dans le monde du travail. « La victoire était de faire reconnaître la famille Mulliez comme groupe. S’il y a un prochain PSE dans le groupe, pour tous les reclassements, ce n’est plus la même mayonnaise. Si on intègre Leroy Merlin, Décathlon, Kiabi, il y a beaucoup plus de possibilités de reclassement que s’il n’y a qu’Auchan. Surtout, que sur chaque territoire, il existe une trentaine d’enseignes leur appartenant », poursuit Sébastien Perret. Auchan a annoncé faire appel et l’affaire devrait être rejugée d’ici trois mois. La lutte continue.

  • « Un cas d’école sur la manière dont l’extrême droite s’infiltre »

    « Un cas d’école sur la manière dont l’extrême droite s’infiltre »

    La Marseillaise : En quoi est-ce qu’il est nécessaire de se mobiliser lundi soir, malgré le maintien de la Nuit du bien commun ?

    Catherine Lecoq : C’est impossible pour nous de céder les espaces de culture à des gens qui ont des idées telles que celles de Stérin. Ce n’est qu’une excuse, sous couvert de charité, pour faire monter les votes pour l’extrême droite. Dans notre fondement d’humanisme et d’expression libre et non faussée, il est hors de question que cela se produise sans opposition

    Anne-Marie Alary : On est dans la rue depuis un mois pour tracter et informer la population du projet politique derrière ce gala de charité, et de qui est Stérin. Cet événement est extrêmement dangereux. C’est un cas d’école sur la manière dont l’extrême droite s’infiltre de partout et mène une bataille culturelle. Il est aussi important d’aller protester le 6 avec les autres organisations des Bouches-du-Rhône. Il faut s’attendre, je pense, à ce qu’il y ait du monde.

    Derrière le discours sur la « générosité », voyez-vous une tentative d’acheter de l’influence politique et culturelle ?

    C.L. : Oui. C’est comme le Rocher-Mistral, dans la même veine que celle qui est de réécrire l’histoire. Ce n’est pas loyal, pour avoir un terme lissé. Le négationnisme, à un moment donné, ça va.

    A.-M.A. : Oui, mais de façon insidieuse, contrairement à son financement pour l’école de journalisme [L’institut libre de journalisme, Ndlr.] et l’institut de formation des futurs élus. Il a un livret qui s’appelle Politicae. Il a déjà fait ses réseaux, il était propriétaire du Crayon, média en charge de d’animation de débats au Delta Festival (Marseille). Il porte aussi le Label des plus belles fêtes de France, dont a bénéficié la Bénédiction du Calisson. On l’a dit dans notre tract, on craint que le tout soit un cheval de Troie au projet Périclès du milliardaire [code pour Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens et souverainistes, Ndlr]. révélé par L’Humanité.

    Pierre-Edouard Stérin est proche d’associations réactionnaires, anti-IVG, droits LGBT… Comment expliquer qu’un tel événement puisse encore trouver des salles et des relais institutionnels ?

    C.L. : Il filoute. Les élus ne savent pas toujours que politiquement, c’est quelque chose d’indigne qui se produit. Mais alertée par les citoyens, la municipalité a annulé la tenue de l’événement. À Marseille, Pierre-Edouard Stérin a été refoulé, notamment grâce à la pression citoyenne. À Aix-en-Provence, au niveau de la mairie, on n’a pas eu les mêmes facilités à faire annuler la salle, sous régie publique. La direction elle ne pouvait pas prendre sur elle de refuser. Mais nous, dans le milieu du spectacle vivant, on s’est mis en réseau, et le 6MIC aura fort à faire pour trouver des techniciens afin d’assurer la soirée.

    A.-M.A. : Stérin usurpe le terme de « Bien commun » et beaucoup de personnes ne savent pas que c’est lui derrière, qui l’utilise pour diffuser des idées d’extrême droite. La vérité émerge petit à petit, puisque partout en France comme à Aix, on dénonce cette usurpation. Mais ce n’est pas simple de s’en rendre compte : il use des sociétés-écrans où il n’apparaît pas, par exemple la société Obole, comme on le répète régulièrement. Sur le terrain, on se rend compte que beaucoup de gens découvrent tout ça.

    Est-ce que ce type de soirées ne vient pas accentuer la dépendance des associations à des mécènes privés, au détriment d’un financement public, réputé plus transparent ?

    C.L. : C’est ce que veulent depuis longtemps nos patrons ! S’il n’y avait plus de service public, les gens de l’extrême droite seraient les plus heureux. Ce qui est dégueulasse aussi, dans cette histoire, est que les termes de la solidarité interprofessionnelle, le « bien commun », sont repris. Mais ce mot n’appartient pas à l’extrême droite.

    A.-M.A. : On suit la mode américaine : celle des galas contre le service public. C’est une dérive inquiétante. D’ailleurs, Stérin a une démarche libertarienne, et fait partie du réseau atlas où l’on retrouve le Heritage Foundation, qui a soutenu Trump.

    Certains soutiennent que Pierre-Edouard Stérin s’est retiré de l’organisation et n’a plus aucun lien avec la Nuit du bien commun. Que répondez-vous ?

    C.L. : Même si l’on nous dit qu’il n’est plus actionnaire, c’est faux, ça a été prouvé. On va nous faire croire que Monsieur Stérin n’est plus dans la boucle, mais il est toujours dans la boucle. Ces Nuits du bien commun sont bien tenues pour récolter des fonds, puis alimenter des groupuscules d’extrême droite. Le projet Périclès, est clair, précis et circonstancié.

    A.-M.A. : C’est la société Obole qui a négocié la location de la salle du 6MIC, comme ailleurs en France. Cette plateforme numérique de collecte de dons a été fondée par le milliardaire Stérin en 2017. Même si elle se dit toujours au service « du bien commun et de l’économie sociale et solidaire », on craint que ce ne soit encore qu’une société écran.

    Le syndicat Solidaires 13, la section du Parti communiste local (PCF), Marc Pena, député (PS) de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône et les responsables du mouvement Bloquons-Tout à Aix, Riposte Antifasciste, tout comme certains salariés d’associations participantes à l’événement qui nous ont contactés, ont également manifesté leur opposition au maintien de la Nuit du bien commun.

    « Il est hors de question que cela
    se produise sans opposition. »

  • Lucien Molino. La première caisse de la Sécu à Marseille

    Lucien Molino. La première caisse de la Sécu à Marseille

    De nombreuses initiatives avaient été prises auparavant pour ne citer que les assurances sociales mises en place en 1930. Ce fut le premier régime obligatoire mettant le patronat à contribution pour servir un minimum de prestations en cas de maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès.

    Enfin, il fallut attendre la libération de notre pays pour que, en accord avec le programme du Conseil national de la résistance soit reprise l’idée de la Sécurité sociale sous la responsabilité de notre camarade et ami communiste Ambroise Croizat avec l’investissement des dirigeants syndicaux CGT et le concours du directeur général, Pierre Laroque, qui s’exprimait encore, en 1993, en ces termes : « Lorsque s’ouvre l’année 1947, la mise en place de l’organisation Sécurité sociale arrive à son terme, les textes fondamentaux sont adoptés et publiés. Les institutions nouvelles fonctionnent, les problèmes essentiels de locaux, de personnel, de matériel sont résolus. La Sécurité sociale est devenue l’élément de la vie quotidienne des Français. »

    La Sécurité sociale dans les Bouches-du-Rhône

    L’appui de la CGT n’a jamais cessé, depuis 1945, lorsque Ambroise Croizat et Pierre Laroque sont venus à Marseille nous demander de les aider afin d’ouvrir la première caisse dans un délai prévu. Nous avions appliqué les trois huit, travaillant jour et nuit et nous avons réussi, avec enthousiasme, à édifier une œuvre qui nous plaçait en tête de toutes les nations capitalistes dans le domaine des lois sociales.

    Notre gestion des caisses de Sécurité sociale permettait d’envisager pour les assurés sociaux de meilleures prestations et de belles réalisations. La première caisse à Marseille fut édifiée au square Stalingrad où se trouve actuellement le bureau des PTT.

    Une leçon pour le présent

    C’est du passé, mais une leçon pour le présent. Le système de protection sociale français, garantissant de nouveaux droits et devoirs, fut créé après la Libération alors que le pays était exsangue ! Fondé sur la répartition et la solidarité, il a permis que le pays se relève parce que les hommes s’étaient investis et que l’État assumait ses fonctions au service de la société tout entière. Pourtant, depuis le début, de multiples tentatives d’atteintes à ce système ont été faites par les gouvernements qui se sont succédé, dirigés soit par la droite, le RPR et l’UDF, soit par le Parti socialiste.

    Aujourd’hui, des milliards peuvent être récupérés pour améliorer et développer la Sécurité sociale avec la participation des employeurs. Il faut instaurer pour les entreprises un mode de cotisation basé sur la plus-value réellement ajoutée au travail et non sur le nombre de salariés.

    Applications du programme du CNR

    Les comités d’entreprise (ordonnance du 22 février 1945 et loi du 16 mai 1946) et aussi les comités techniques paritaires de la fonction publique furent une traduction concrète des objectifs affichés dans le programme du CNR. Mais l’adoption de la loi de 1946 fut laborieuse. Nous avions affaire à un patronat qui, avec la complicité de relais à l’Assemblée nationale, était soucieux de préserver les fondements de l’économie capitaliste, la propriété privée et le pouvoir exclusif des dirigeants d’entreprises. Je me souviens que cet avant-projet d’ordonnance était fort limité, nous décevait sans pour autant empêcher les réserves patronales. Nous en avions discuté avec Ambroise Croizat et Albert Gazier, réformiste et responsable de la CGT.

    L’assemblée consultative déposa un amendement pour améliorer le texte initial mais il ne fut pas pris en compte dans l’ordonnance. Dès le 24 février, nous affichions notre volonté de faire modifier ce texte insuffisant. Il aura fallu la démission du général de Gaulle et la grande victoire des partis de gauche pour que notre proposition soit votée à l’unanimité et donne le texte qui allait devenir la loi du 16 mai 1946. C’est ce nouveau texte qui fonda véritablement les comités d’entreprise en rupture avec le passé. Mais la réaction tendait d’accréditer l’idée que les CE étaient le prolongement des comités sociaux de la Charte du travail de Vichy, pur mensonge dont le but était de démobiliser les CE.

    Avec l’ordonnance du 22 février 1945 complétée par la loi du 16 mai 1946 qui rendit obligatoire la création de comités d’entreprise dans toute entreprise ou établissement de plus de 50 salariés, élu pour 2 ans, le CE disposait d’attributions consultatives pour assurer l’expression collective des salariés. Il gérait les activités sociales et culturelles.

    Cette belle loi de progrès constituait une arme puissante entre les mains des travailleurs, pour agir sur la production, les prix de revient et les œuvres sociales.

    La loi institua aussi, pour les ouvriers du bâtiment, des indemnités couvrant une partie des risques dus aux intempéries, ce qui satisfaisait une très ancienne revendication des salariés de ce secteur, ce qu’ils doivent à Ambroise Croizat. Cette législation a été plusieurs fois remaniée. La loi de 1966, l’ordonnance du 17 avril 1947 et la loi du 28 octobre 1982 ont renforcé les attributions du comité d’entreprise : le chef d’entreprise a l’obligation de lui fournir l’information économique nécessaire et le champ de la consultation a été élargi à la formation et aux suppressions d’effectifs. Une autre loi de décembre 1993 permet aux entreprises comprenant de 50 à 200 salariés d’opter pour une délégation unique du CE et les délégués du personnel, ceux-ci disposant d’un mandat de deux ans. Malgré les attaques, la CGT demeure aujourd’hui la première organisation syndicale, comme le prouvent les élections. Mais la désindustrialisation et la montée de la crise ont contribué au déclin et la diminution du nombre de salariés par établissement a affaibli les syndicats. Plus de trois millions de chômeurs pèsent non seulement sur les recettes de la Sécurité sociale, mais facilitent une « dynamique répressive ». La diminution du nombre d’adhérents et de militants les rend moins présents sur les lieux du travail, ce qui pose le problème de la syndicalisation comme première tâche.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Le sourire des salariés de la Centrale

    Le sourire des salariés de la Centrale

    «Le combat a démarré en 2018 », rappelle Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT Centrale de Gardanne. Ce vendredi, au pied de la centrale thermique de Gardanne, lieu devenu symbolique de la lutte pour l’emploi, les salariés du site célèbrent la victoire après un accord historique entre la Centrale, GazelEnergie, propriétaire du site, et l’état, arraché après de nombreuses années de mobilisation. Sur place, des représentants de l’UD CGT, du Parti communiste (PCF), élus d’oppositions du Collectif Citoyen Gardanne-Biver, les Unions locales du département, mais aussi la CGT des dockers, des portuaires, des cheminots, des territoriaux, corporations avec lesquelles les actions de la mobilisation ont plus d’une fois convergé.

    Pour mémoire, le combat s’est construit autour de deux axes : permettre à 27 des salariés licenciés après la fermeture de la tranche charbon d’être réembaucher en conservant leur statut industrie électrique et gazière (IEG), et le projet de production de biométhane sur le site, travaillé et porté par les licenciés, justement. Une première grève de quatorze mois, un an après l’annonce de l’arrêt de la production d’électricité à base de charbon, a été le début d’une lutte syndicale parfois épuisante.

    Le combat « a été très long, a demandé des sacrifices pour tous les travailleurs », rappelle Jean-Michel Roccasalva. On a cravaché pour que ce projet corresponde à tous nos besoins et qu’il n’y ait pas de possibilité de le dédouaner. Avec le rapport de force, le projet industriel, la convergence entre les fédérations, on a pu signer, le 31 juillet, ce protocole d’accord. Quand on s’organise et qu’on est convaincu, il n’y a aucune raison de ne pas gagner un combat. Cette victoire est belle, mais ce n’est pas la dernière. On a encore du travail. On a des gouvernements qui se succèdent, qui font semblant et n’ont que l’envie de décider comme des monarques et dictateurs. On n’est pas à l’abri d’une remise en cause, mais pour autant, on va rester optimistes. » « La lutte paie, c’est un exemple, il y en a eu plein comme ça. La dernière ligne droite n’est pas toujours sans danger, mais nous n’avons aucun doute que vous saurez tenir le cap », soutient Claude Martin, secrétaire fédéral de la CGT FNME (Fédération nationale des mines et énergie).

    « Solutions alternatives »

    Parmi les salariés, la bonne humeur est de mise sur cette matinée de célébration, bien que tous restent vigilants pour la suite, contexte national oblige. « C’est un soulagement énorme, même s’il nous reste encore quelques étapes dans la construction du projet, témoigne Franck Traversari, l’un des 27 salariés. On a vécu pendant des années avec la peur du lendemain. Mener un conflit, c’est être pointé du doigt au quotidien. Mais aujourd’hui, on a des garanties pour que le projet se réalise. Les premières embauches se font en décembre, c’est un acte fort pour l’avenir. Aujourd’hui, on dit que oui, il y a des solutions alternatives, qu’il ne suffit plus de fermer des postes et licencier. »

    à ceux qui sont dans la rue depuis le 10 septembre, Franck Traversari appelle à tenir le bon bout, même si le choix d’être gréviste pèse sur le quotidien. « Il faut prendre en main son destin et cela passe par la convergence des revendications pour peser sur l’état et l’ensemble des entreprises », estime-t-il.

    Constat partagé par Guillaume, qui reconnaît, lui aussi, le poids de la lutte sur la vie de ceux qui la mènent. « Il y a une satisfaction à ne pas avoir lâché, à avoir cru en notre projet et la solidarité entre les uns et les autres. Ce n’est pas encore fini, on ne sait jamais, il faut encore que l’usine sorte de terre », rapporte ce salarié qui, lui aussi, sera réembauché prochainement. « à ceux qui luttent pour leurs droits, je leur dis d’être un acteur du syndicat, ne pas laisser la direction dicter une vision unique de l’entreprise », ajoute Guillaume, qui conseille aux salariés en lutte, sur le territoire national, de s’organiser. « Il y a eu des hauts, des bas, mais la fin paie. ça n’a pas été des moments faciles, on a eu de la chance que nos familles nous suivent : on ne pouvait pas se laisser faire sans réagir. Pour nous, la lutte ne se terminera jamais, rien n’est acquis, on ne peut compter que sur nous-même tant qu’on ne verra pas le début de la construction de la nouvelle unité de production, intervient de son côté Christophe, qui fera partie des deux salariés réembauchés, mais sur la tranche biomasse. Il n’y a que la lutte qui paie, mais surtout la lutte solidaire, ensemble. »

    La notion de solidarité, elle, a marqué les prises de paroles des différentes fédérations sur place, chacune ayant joué son rôle dans cette première victoire. Et doit se poursuivre. « Dans une période marquée par les conflits, par un génocide à Gaza, profitons de ce moment de fraternité qui, parfois, fait défaut au détriment d’un individualisme qui nous ronge, rappelle Serge Coutouris, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des ports et docks. N’oublions pas l’importance de ces moments, pour que, tous ensemble, nous continuions de croire que nous y arriverons. »

    ET AUSSI

    10 ans de réussite des Scop-Ti

    De la menace d’une fermeture totale d’un site à la reprise de l’activité par une coopérative ouvrière, il n’y a qu’un pas et… 1 336 jours de lutte. Les Scop-Ti, ou Fralib, qui ont victorieusement fait plier Unilever, fêtaient leurs 10 ans, en mai 2024.

    La CPMM plus forte que la SAD

    Autre exemple de lutte victorieuse : celle des salariés de l’ex-SAD, filiale marseillaise de Presstalis, messagerie de presse. Depuis la liquidation de cette dernière, les ouvriers du papier ont repris l’activité et la développent avec plus de salariés, une activité diversifiée…

  • Brigitte Cheinet, secrétaire générale USR-CGT du Var : « Aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions »

    Brigitte Cheinet, secrétaire générale USR-CGT du Var : « Aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions »

    La Marseillaise : Pourquoi ce congrès a-t-il lieu maintenant ? Hasard du calendrier ou opportunité contextuelle ?

    Brigitte Cheinet : On se réunit tous les trois ans pour le renouvellement des membres du bureau. Et aujourd’hui plus que jamais, c’est important, puisqu’on est attaqué par le gouvernement et le patronat. Il est donc important d’avoir un congrès pour se renforcer et combattre les idées capitalistes et fascistes qui sont en train de prendre la place de la démocratie.

    Parmi ces attaques, il y a la désindexation des retraites sur l’inflation. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

    B.C. : Il faut rappeler que la retraite est un salaire socialisé. On est toujours des salariés, car on l’a payée. C’est facile de toujours demander aux mêmes de faire des efforts, surtout avec une population de plus en plus pauvre du fait que les salaires n’augmentent pas. Les salariés ont donc des retraites de plus en plus basses, et deviennent des retraités pauvres. Ce n’est pas à nous de payer l’inflation. Il faut cesser de donner de l’argent aux plus riches et arriver à vivre pleinement notre retraite. Pour ma part, j’ai perdu deux mois de revenus en trois ans avec l’inflation.

    La grande majorité des Français se positionne contre l’augmentation de l’âge du départ à la retraite. Vous vous tenez également à leurs côtés ?

    B.C. : On est une seule CGT. Il n’y a pas les retraités et les actifs. Évidemment, on se fait du souci. Quand les salaires n’augmentent pas, c’est une petite retraite qui arrive. Les gens vont au travail avec la boule au ventre, car ils travaillent dans des conditions épouvantables. Il faut défendre les salariés, les salaires, arrêter le système de primes et permettre aux gens de partir à 60 ans, car c’est possible. Mais il faut que les cotisations patronales reviennent dans la sécurité sociale, car elles représentent 90 milliards d’euros. La sécu, c’est non seulement la maladie, mais aussi la retraite. Ça ne peut pas être que les salariés qui payent. Il faut aussi que les patrons payent la force de travail.

    L’argument souvent rétorqué est celui de l’augmentation de l’espérance de vie. Vous l’entendez ?

    B.C. : Absolument pas. Contrairement à ce qui se dit, de plus en plus de salariés partent en retraite en étant malade. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de vivre bien et plus longtemps ? Ce qu’on nous explique, c’est qu’on devrait mourir plus vite. C’est impensable. Les mêmes qui ont des yachts se posent des questions sur notre droit à vivre. Ce n’est pas reporter le départ à la retraite qui solutionnera les problèmes. Travaillons 32h par exemple, mais que tout le monde ait du travail. Il faut pouvoir aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions.

    Quelles sont les questions abordées pendant ces deux jours de congrès ?

    B.C. : C’est le 100% sécurité sociale, avec la volonté de l’État et du patronat de briser notre acquis social. C’est la santé, puisque le gouvernement veut augmenter les tarifications, ce qui implique que les personnes qui n’ont pas de mutuelle n’ont pas de remboursement total, et que les tarifs des mutuelles augmentent. Ce qu’on voit, c’est que ce sont les mêmes qui vont payer. Pour nous, ce qui est primordial, c’est d’avoir un système de santé dans lequel tout le monde peut se soigner. Et de véritables augmentations des retraites et des salaires, car si les seconds n’augmentent pas, les retraites faiblissent.

  • Nîmes. 3 000 manifestants pour maintenir la pression sur le budget

    Nîmes. 3 000 manifestants pour maintenir la pression sur le budget

    À 15 heures précises, le cortège nîmois s’est ébranlé des Jardins de la Fontaine. Derrière les banderoles de l’intersyndicale, la foule s’est dirigée en direction de la Maison Carrée, en passant par le centre-ville, ce jeudi 2 octobre. « Le monde du travail a assez souffert », a lancé d’entrée Thierry Biville, secrétaire départemental FO, donnant le ton de cette journée : « Aucune de nos demandes n’a été satisfaite au cours des dernières semaines. Alors nous recommencerons, autant de fois que nécessaire. La justice sociale, fiscale et environnementale ne peuvent plus attendre un budget qui ne vient pas. »

    Comme le 18 septembre, la manifestation a réuni des enseignants, des agents hospitaliers, des retraités, mais avec une affluence en léger retrait : 3 000 participants selon les syndicats, 1 000 selon la préfecture. Le cortège a marqué une halte symbolique devant la préfecture du Gard à 16h30, avant de se disperser sur l’avenue Feuchères. Cette fois, les slogans ont visé un nouveau responsable politique : Sébastien Lecornu, fraîchement nommé Premier ministre, a supplanté François Bayrou dans la bouche des manifestants. Il faut dire que l’impatience se fait attendre. Rencontré le matin même par les syndicats, « M. Lecornu nous a annoncés ce matin ne pas pouvoir agir faute de budget. Nous le pouvons, nous, en maintenant la mobilisation », avait annoncé d’entrée Thierry Biville. La reconduite dans le cortège de la banderole piquante qui avait marqué les esprits le 18 septembre, sur laquelle était inscrit « Lecornu entre dans l’arène, vivement la feria », témoigne de cette pression maintenue sur le nouveau numéro 2 de l’État. Emmanuel Macron et Bruno Retailleau sont restés, eux, les autres cibles habituelles.

    « Le moment ou jamais »

    Dans les rangs, l’ambiance oscillait entre fatigue et détermination. « Il faut maintenir la pression mais c’est dur, les citoyens s’épuisent », reconnaît Melissa Gil, présidente gardoise de la CFE-CGC. Marie Dufresne, secrétaire générale de l’UD CGT 30, reste quant à elle convaincue que « c’est le moment ou jamais d’agir. Nous en avons encore dans le ventre. Il faut profiter de ce moment propice où le budget est encore en construction pour que l’espoir que nous portons ait une portée réelle, pas seulement symbolique. » Elle rappelle que la question budgétaire n’est pas l’unique moteur de la mobilisation syndicale : l’abrogation de la réforme des retraites demeure également centrale. Elle dit également la CGT prête à reconduire une nouvelle fois la mobilisation « tant qu’un nouveau budget décent et juste ne sera pas proposé et appliqué. »

    Si la mobilisation reste syndicale, les partis de gauche, notamment le PCF, avaient relayé l’appel et étaient largement présents sur place. Dans un communiqué, les communistes dénonçaient un budget « austéritaire » et rappelaient que « le problème, ce n’est pas la dette, mais le coût du capital », qui fait écho à leur « pacte d’avenir pour la France » axé sur l’investissement public, l’emploi et la transition écologique. À la veille d’un automne social qui s’annonce tendu, syndicats et partis de gauche entendent maintenir une dynamique commune. La prochaine étape pourrait être annoncée dès la semaine prochaine.

    « Il faut profiter de ce moment propice où le budget est encore en construction pour agir. »

  • Alès. Une justice fiscale pour sauver les services publics

    Alès. Une justice fiscale pour sauver les services publics

    Dans la capitale des Cévennes comme ailleurs dans la ruralité, les services publics se font de plus en plus rares. Malgré une mobilisation, la Poste de Tamaris a par exemple fermé. Le nombre de médecins diminue. L’attente aux urgences reste insupportable. Les écoles manquent toujours cruellement d’Accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH). Les fonctionnaires continuent donc de dénoncer une baisse des moyens. Ils étaient d’ailleurs nombreux à descendre dans la rue ce 2 octobre pour crier leur ras-le-bol et s’opposer aux premières lignes du budget annoncées.

    « Il est toujours prévu une baisse des financements à hauteur de 5 milliards d’euros pour l’ensemble du système de santé, dont 850 millions d’euros rien que pour l’hôpital public. L’absentéisme commence à remonter parce que les gens n’en peuvent plus et ne sont pas remplacés. C’est dans ce contexte qu’on nous annonce une nouvelle coupe. C’est insensé », s’agace Romain Sabran, de la CGT de l’hôpital d’Alès, qui réclame « l’embauche massive de soignants avec la fin de la taxe sur les salaires  », « l’ouverture de maisons de santé publique » et « l’augmentation des salaires ».

    Reçue en début de matinée par le sous-préfet d’Alès, Martine Sagit, la secrétaire CGT de la section locale, a également fait remonter un certain nombre de revendications au représentant de l’État : « Nous demandons que la sécurité sociale soit à 100% et d’arrêter avec toutes ces mutuelles. L’éducation manque de professeurs, tout comme il manque du monde chez les territoriaux. Il faut aussi arrêter les cadeaux fiscaux au grand patronat. » En effet, dans le cortège alésien, de nombreuses pancartes fustigent les 211 milliards d’aide aux entreprises sans contrepartie. La taxe Zucman ou la taxation des plus hauts revenus sont également souvent évoquées.

    « L’école publique est particulièrement malmenée depuis Blanquer », ajoute Myriam Vermale de la FSU. « Un tas de propositions ministérielles sont complètement à côté du terrain. Il y a un parlementaire qui a enquêté sur les financements de l’Éducation nationale et en réalité, il y a énormément d’argent reversé aux écoles privées. »

    Dans la sous-préfecture gardoise, de nombreux retraités sont également venus battre le pavé. S’ils ont des revendications propres, ils se mobilisent aussi pour le service public et notamment celui de la santé. « Nous demandons une revalorisation immédiate de 300 euros pour les petites pensions et de 10% en général. Sauf que là, nous sommes très inquiets parce qu’ils annoncent dans le prochain budget un gel des pensions. Nous défendons aussi le service public, qui est très attaqué. Je suis ancien postier et je vois que la privatisation arrive au bout. En ce moment, nous faisons signer une pétition pour protéger la sécurité sociale », explique Gilbert Pucheral, de la CGT des retraités.

    Qu’ils soient fonctionnaires ou non, les manifestants alésiens placent la défense du service public au centre de leurs revendications.

  • à Aix, les travailleurs mobilisés pour les salaires

    à Aix, les travailleurs mobilisés pour les salaires

    Ils étaient un peu moins nombreux à défiler, ce jeudi, au départ du rectorat. 350 selon la police, 1 000 selon l’intersyndicale. Mais dans une démarche « tout aussi unitaire », prévient la CGT. Rejoints par des étudiants davantage mobilisés pour la libération de la Palestine, les corps de métiers du privé, du public, mais aussi les indépendants, aux salaires minimums ou plus élevés, ont battu le pavé.

    Certains par « ras-le-bol » de leur précarité, d’autre part solidarité, à l’image de Thierry, contrôleur aérien proche de la retraite. « Je le fais pour mes copains, ma famille, mes enfants. C’est une vision du monde sur l’avenir qui m’inquiète. Si je ne me plains pas de ma situation personnelle, je suis en grève pour le collectif. Je suis inquiet sur tout, notamment la précarité financière. Il y a un problème de partage de richesse », se désole-t-il.

    « Ce qu’il se passe aujourd’hui ne va pas. Les fonctionnaires ne sont plus reconnus ni valorisés, puisqu’on se retrouve avec aucune augmentation du point d’indice des grilles indiciaires. Il faut arriver à trouver une solution pour que ce ne soit pas toujours les mêmes qui trinquent de cette politique qui se met en place », souligne de son côté Alain Capus, responsable FSU des territoriaux pour la mairie d’Aix. La question des salaires, revient régulièrement dans le cortège.

    « Désespérant »

    « Le mien n’a pas augmenté depuis la nuit des temps ! Difficile, de boucler les fins de mois », résume simplement Linda, gestionnaire. « Nos salaires n’ont pas évolué de manière satisfaisante sur les 20 dernières années (…). Le gel d’indice qu’on nous annonce est encore un coup de rabot sur nos salaires, nos conditions de travail qui ne s’améliorent pas… C’est très compliqué », confie Aurélie Zanutto, déléguée CGT pour l’hôpital de Montperrin.

    Même constat pour Linda et Valérie, assistantes sociales, syndiquées CGT et FSU : « On a eu droit, l’an passé, à une réorganisation de notre service : résultat, on a toutes les collègues avec un établissement supplémentaire, une surcharge, des conditions pas satisfaisantes. (…) Plus rien n’a de sens. Notre salaire n’a pas augmenté, on a réussi à avoir, en 2024, des primes. On est démunis, on accueille les élèves, mais on n’a plus de fonds sociaux pour les aider. C’est désespérant. » Des prises de paroles ont conclu la mobilisation.

  • À Marseille, la défense du modèle social dans le viseur

    À Marseille, la défense du modèle social dans le viseur

    On veut des augmentations de salaires, on veut des services publics, on veut que les écoles puissent accueillir nos enfants dans de bonnes conditions, on veut des moyens pour les hôpitaux. » Micro à la main et sur le toit du fameux camion bleu des énergéticiens qui écume les pavés marseillais à chaque manifestation, Renaud Henry, le secrétaire général de la CGT Énergie, donne le ton du « deuxième round » du mouvement social, qui se déroulait ce jeudi.

    Une deuxième journée de grève et d’action à l’appel de l’intersyndicale qui a rassemblé moins de monde dans les rues de la cité phocéenne, avec 80 000 manifestants contre 120 000 le 18 septembre, dénombrés par la CGT. Mais avec une détermination intacte à l’image des discours enflammés proclamés au niveau de la banderole des énergéticiens, en grève reconductible depuis le 2 septembre dernier, entre deux clappings et fumigènes : « On ne les laissera pas faire : La rue est rouge, l’ambiance est rouge ! » Devant le camion bleu, on retrouve des centaines de gilets fluos des dockers de Fos et de Marseille, venus en nombre et à grand renfort de pétards assez bruyants pour réveiller des morts. Et juste derrière la banderole unitaire qui ouvre le cortège marseillais, ce sont les travailleurs des services publics qui sont mis à l’honneur. Un ordre bien à propos au regard de ce que prépare le Premier ministre, Sébastien Lecornu, pour le budget à venir.

    Ce dernier ayant annoncé « une amélioration de la retraite des femmes » sans en dévoiler plus sur le reste de ses intentions pour le prochain budget. « Pour la retraite des femmes, c’est insuffisant. Et les récentes réunions entre nos organisations et le Premier ministre laissent entendre que les coupes budgétaires de François Bayrou sont reconduites », analyse Rendy Dichri, secrétaire général de l’Union départementale Unsa 13. Franck Balliot, co-secrétaire départemental de la FSU 13, anticipe un autre mauvais coup en préparation du côté du gouvernement, qui entend mener une « réforme d’ampleur du financement de la protection sociale ». « La diminution de l’écart entre le salaire brut et net, c’est du vol pour l’ensemble des travailleurs. Cet écart, ce sont les cotisations sociales. Cela veut dire qu’ils vont s’en prendre à la sécurité sociale, un bien commun », développe-t-il. En clair, l’exact inverse des demandes de l’intersyndicale : « Au contraire, il faudrait étendre les services publics à l’énergie, l’eau, le numérique, les médicaments avec un pôle public. » Un avis partagé par la secrétaire de l’Union départementale CGT 13, Jessica Jadé : « Pour pouvoir poursuivre leur politique de casse sociale, tout est bon ! Quand ils disent rapprocher le salaire brut du net, c’est en réalité réduire la part de cotisations des patrons sur nos salaires, encore un cadeau au patronat ! »

    À l’instar des pancartes bien senties des manifestants, comme « Du pognon, pas des canons » ou encore « L’éducation et la culture ne sont pas des marchandises », la syndicaliste rappelle « qu’il y a d’autres choix à faire ». Et appelle surtout à « travailler à ancrer la grève pour monter le rapport de force ».

    Reste à savoir comment la suite du mouvement se dessinera. Au niveau des Bouches-du-Rhône, l’UD CGT 13 appelle à une journée de mobilisation, le 9 octobre prochain. Nul doute que d’ici là, les militants en sauront plus sur le budget et le gouvernement que prépare Sébastien Lecornu.