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  • Fabien Roussel : « Nous ne voulons plus de leurs trafics »

    Fabien Roussel : « Nous ne voulons plus de leurs trafics »

    La Marseillaise : Vous arrivez ce week-end à Marseille dans un contexte particulier, une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci. Quelle a été votre première réaction lorsque vous l’avez appris ?

    Fabien Roussel : À chaque fois que j’entends un drame lié aux narcotrafiquants qui provoque une mort ou un blessé grave, je suis profondément choqué que ces narcotrafiquants viennent pourrir nos vies. Mais quand j’ai appris que cette fois-ci il s’agissait d’un jeune homme tué parce qu’il est le frère d’un autre jeune homme qui se bat contre les narcotrafics, j’ai été sidéré de voir jusqu’où ces truands, ces bandits, étaient capables d’aller pour faire leur commerce de la mort. Ce crime odieux doit être pris à ce niveau. On a en face de nous des truands, des criminels totalement décomplexés, qui sont prêts à tout. En face, nous ne devons pas leur céder un pouce de terrain. Je trouve extrêmement courageux de la part d’Amine de rester digne, droit et déterminé à mener ce combat-là.

    Beaucoup de responsables parlent d’un nouveau cap franchi, avec un assassinat d’intimidation, qui vise un militant politique. Vous partagez ce constat ?

    F. R. : C’est difficile de le caractériser. Mais c’est un assassinat horrible, pour empêcher Amine de mener son combat contre les narcotrafiquants. J’ai du mal à mettre un qualificatif derrière. Un assassinat est un assassinat. Mais ce qu’ils ont fait en tuant Mehdi, c’est de franchir un pas plus grave. Cela montre que ces criminels sont extrêmement dangereux. Tout autant que le sont des terroristes qui tuent des civils innocents.

    Vous allez participer ce samedi à la marche blanche organisée à Marseille à l’appel de la famille, pourquoi avez-vous souhaité y aller ?

    F. R. : Parce qu’Amine entend continuer ce combat, et que ce combat est juste, nous devons tous être avec lui. Pas derrière, mais avec lui, pour faire front, pour garder la tête haute et pour dire que nous ne leur céderons pas un pouce de terrain. Nous ne les voulons plus dans nos quartiers, dans nos halls d’entrée, nous ne voulons plus de leurs menaces, de leurs balles perdues, de leurs trafics de drogue. Nous n’en voulons plus ! C’est important d’être à côté d’Amine mais aussi à côté de toutes ces associations, de tous ces élus, de toutes ces forces de police, de tous ces magistrats qui se battent contre les narcotrafiquants. Nous devons être unis. La population, le peuple doit faire bloc et envoyer un message extrêmement fort pour leur dire : vous ne nous faites pas peur, nous ne céderons pas.

    Sur la question du narcotrafic, on a l’impression que la droite, que l’extrême droite surtout qui veut imposer un état d’urgence à Marseille, sont plus audibles que les forces de gauche. Comment l’expliquez-vous ?

    F. R. : La droite comme l’extrême droite, depuis des années, ont des mots durs pour parler de sécurité. Mais de l’autre côté, ils déshabillent complètement l’État, les différents ministères concernés, les communes, les différentes associations, de tous moyens d’action. Ceux qui appellent tous les jours à réduire la dépense publique sont coupables de désarmer les services de l’État, la justice, la police, les services publics qui sont tous les jours en première ligne dans ces quartiers. Dimanche j’entends dénoncer cette hypocrisie de la part de ceux qui viennent verser des larmes de crocodile quand il y a ces drames, mais derrière quand il s’agit de voter des crédits pour embaucher des policiers, des douaniers, des magistrats, donner des moyens aux communes, aux associations, sont absents ou appellent à faire des économies. Quand il s’agit de lutter contre les trafiquants, il ne peut pas y avoir de double langage. Il faut être capable de hausser le ton mais aussi de donner des moyens à la République, à l’État, d’être forts, extrêmement forts pour résister à ces bandes qui elles ont des moyens illimités.

    Quelles propositions justement peut porter la gauche ?

    F. R. : Je dirai deux mots : des services publics. Et derrière les services publics, c’est la force de l’État. Derrière les services publics, je mets autant les services publics de l’ordre, telle que la police, mais aussi celui du contrôle de nos frontières, les douaniers. Nous avons perdu 15 000 douaniers dans nos ports, nos aéroports, à nos frontières ! Ce sont des services publics qui devraient avoir tous les moyens pour garantir la protection de notre jeunesse et des habitants. Les services publics, c’est ceux de la justice, et derrière la justice je pense à la PJJ, à la protection de la jeunesse, aux moyens de pouvoir juger rapidement, sévèrement et justement ceux qui sont pris. Enfin, les services publics, c’est tout ce qui agit en matière de prévention. Cela va des moyens que l’on donne aux communes à la vie dans nos quartiers, aux logements, au sport, à la culture. C’est essentiel pour vivre ensemble. Et cela contribue à faire reculer aussi l’individualisme, le chacun pour soi, le système D, et donc les trafics. C’est donc une politique d’ensemble qu’il faut avoir, et tenir les deux bouts : la répression, la protection, mais aussi la prévention.

    Vous aviez décidé avant cette actualité dramatique de venir à Marseille, tenir ce meeting national, loin de toute échéance nationale. Pourquoi ?

    F. R. : Dans la période tendue dans laquelle se trouve la France, avec un gouvernement qui entend continuer à mettre en place des politiques d’austérité, dures économiquement, avec un budget qui ne permet pas à la France de répondre à ses besoins dans tous les domaines – l’emploi, les services publics, la sécurité – je tenais à ce que le Parti communiste français ait une parole forte pour dire que les solutions existent. C’est possible ! C’est possible de répondre aux attentes des salariés, de la jeunesse, des familles, des quartiers, des retraités. Nous produisons des richesses, qui sont injustement réparties. Et nous pourrions produire plus de richesses pour répondre aux immenses besoins de ce pays. Je souhaite montrer dimanche que la question de la réindustrialisation, de développer les services publics, c’est la perspective de créer des centaines de milliers d’emplois qui demain permettront de créer des richesses, de payer des cotisations, de financer notre modèle social. C’est par la production de richesses, par la réindustrialisation de la France, par des services publics forts que nous sortirons par le haut. Ce n’est pas par des politiques d’économies, d’austérité. Toutes ces économies demandées conduisent à rabougrir la France, c’est la petite France que nous proposent la droite et ce gouvernement ! Nous, nous avons une grande ambition pour la France. Et c’est cette grande ambition que je souhaite porter dimanche lors de ce meeting.

    Vous avez évoqué les débats budgétaires, avec un texte qui pour la première fois fait l’unanimité contre lui… Quel regard vous portez sur ces débats, dans une Assemblée éclatée ?

    F. R. : Le fait qu’il n’y ait pas de 49-3 et que les différents groupes sont appelés à construire un budget permet de révéler ce qu’un groupe porte et défend. Pour nous, les parlementaires communistes, nous sommes clairs sur ce que nous ne voulons pas. Tout ce qui conduit à taxer davantage le pouvoir d’achat des Français, nous n’en voulons pas. Mais ça permet aussi de dire tout ce que nous voulons pour la France, pour les travailleurs. En matière de justice sociale : hausse des salaires, baisse de la CSG sur les salaires, baisse de la TVA sur l’énergie, des moyens plus importants pour nos communes, pour nos services publics. Tout cela nous le défendons. Et nous disons aussi que nous sommes prêts à faire des concessions, à construire, parce que nous avons bien conscience qu’il faut chacun faire un pas l’un envers l’autre. Malheureusement, en face de nous, la droite et l’extrême droite sont extrêmement fermées à toute contribution supplémentaire que les plus riches, les plus fortunés pourraient faire pour financer les besoins de notre pays.

    Nous avons vu aussi la gauche divisée à l’Assemblée…

    F. R. : Je ne suis pas là pour parler des divergences à gauche, ce n’est pas mon sujet. Je ne suis pas là pour commenter les mots des uns contre les autres, mais pour dire ce que le Parti communiste français porte comme ambition pour le pays. Après, chacun prend ses responsabilités au moment du vote. Et les Français jugeront. Je sais ce que nous, nous défendons, ce que nous voulons pour le monde du travail, pour nos services publics, pour notre industrie, pour la paix. Je parlerai beaucoup de cette question-là dimanche, parce que tout est fait en ce moment pour préparer la France à la guerre. Nous sommes clairs sur ce sujet : ce n’est pas une question de déni, c’est une question d’objectif, d’ambition pour la France. Nous voulons la paix ! Et la paix, ça se négocie, ça se travaille.

    Quelles propositions mettez-vous sur la table pour le budget ?

    F. R. : Les propositions que nous portons, justement, c’est un changement radical dans la conduite économique de notre pays ! Nous voulons créer des emplois pour répondre aux besoins de notre pays en matière de sécurité, mais aussi pour le climat, la petite enfance, les personnes âgées, pour l’enseignement, pour la santé… Il y a des gisements d’emplois considérables, embauchons dans les services publics, dans les collectivités pour répondre à ces immenses besoins ! Il y a besoin de réindustrialiser la France. Nous proposons un choc fiscal permettant d’investir des dizaines de milliards d’euros tous les ans, comme le font les Allemands d’ailleurs, pour inciter les entreprises à relocaliser en France, à créer des emplois en France, à payer des salaires en France plutôt qu’à l’étranger. Et produire en France plutôt qu’à l’étranger. Les 211 milliards d’euros d’aides publiques doivent être utilisés à cela, et exclusivement à cela : relocaliser l’industrie française en France. Nous redresserons l’économie de notre pays par la production de richesses, une richesse permettant aux salariés de vivre dignement, avec un bon salaire, de payer des impôts et de consommer des produits réalisés en France. Cette question de la production est centrale, c’est le message que je souhaite faire passer dimanche, avec des propositions concrètes… que je vous livrerai dimanche !

    Vous parliez des enjeux de la paix, vous avez vivement réagi sur les propos du chef d’état-major des armées qui parler d’« accepter de perdre des enfants »… Comment met-on un terme à ces discours guerriers ?

    F. R. : Cela fait plusieurs semaines que je tire la sonnette d’alarme pour alerter sur le fait que le président de la République, dans ses déplacements, multiplie des déclarations va-t-en guerre, guerrière. Malheureusement, ce n’est pas ça qui domine dans l’actualité. La déclaration du chef d’état-major des armées permet au moins de sortir de cette ambiguïté. Il a dit tout haut ce que le président de la République dit dans ses réunions à l’extérieur, à l’international. Nous ne voulons pas que la France rentre en guerre, contrairement à ce que le président de la République souhaite. Plusieurs chefs d’État en Europe aujourd’hui sont en train de préparer les esprits à un conflit avec la Russie. Nous devons tout faire pour empêcher la généralisation du conflit. La guerre en Ukraine a fait près d’un million de victimes, morts et blessés, il est temps aujourd’hui de tout faire pour négocier. Il y a deux ans, j’avais présenté des propositions qui pouvaient être discutées. Toutes ces propositions avaient été balayées en disant que ce ne sera jamais d’actualité. Or aujourd’hui, elles sont au cœur des négociations. Nous appelons à ce que des négociations pour une paix juste et durable puissent s’accélérer et que tout soit mis en œuvre pour éviter la guerre. Et nous préférons que la France prenne la tête d’un combat pour la sécurité collective des peuples européens de l’Atlantique à l’Oural plutôt que la tête d’une armée européenne contre Moscou.

    Donald Trump tente aujourd’hui d’imposer sa paix en Ukraine. Est-ce qu’elle serait viable ?

    F. R. : Ne laissons pas les États-Unis imposer les conditions de la paix en Europe. C’est à nous Européens de construire les chemins d’une paix juste et durable parce que ce sont nous qui vivons ici. Pas les Américains ! Ce sont les Américains qui ont tout fait pour attiser les tensions avec la Russie sous les précédents mandats. Ce sont les Américains qui ont multiplié les bases de l’Otan à la frontière russe. Ce sont les Américains qui ont incité l’Ukraine à adhérer à l’Union européenne et à l’Otan. Il est temps maintenant que les Américains arrêtent de jeter de l’huile sur le feu dans notre continent. Qu’ils s’occupent de leurs affaires et qu’ils laissent les Européens travailler à la paix.

    À Gaza aussi Donald Trump a imposé son plan de paix, qui n’empêche pas que les bombardements se poursuivent encore ces derniers jours… Comment obtenir une paix définitive ?

    F. R. : En prenant nous-même notre bâton de pèlerin pour la paix, et en arrêtant d’être suivistes des États-Unis. À chaque fois que la France attend que Donald Trump donne le la, nous sommes soumis à ses décisions. Ne laissons pas Donald Trump dicter ses conditions. Il faut que la France, qui est un grand pays, puisse avec d’autres pays être en capacité de négocier et d’imposer des conditions de paix plutôt que de laisser Trump le faire. Concernant la Palestine, la France et d’autres pays de l’Union européenne ont un poids suffisamment important pour imposer à Israël des sanctions fortes pour permettre aux Palestiniens de vivre en paix dans leur propre État. Malheureusement, ce n’est pas le choix qu’ont fait les nations européennes. Et pourtant nous en avons les moyens économiques. Nous avons su prendre des sanctions fortes contre la Russie, il n’y en a eu aucune prise contre Israël. Zéro sanction ! C’est un deux poids, deux mesures inacceptable.

  • Missions locales : aides, écoute, suivi… c’est « important » pour la jeunesse

    Missions locales : aides, écoute, suivi… c’est « important » pour la jeunesse

    Entre le moment où Léna, 24 ans, sonne pour monter à la mission locale du Vieux-Port, et celui où la porte s’ouvre, quatre autres jeunes l’ont déjà rejoint et attendent aussi de monter. Ce lundi, ils sont plusieurs dizaines, âgés de 16 à 25 ans, à passer la porte du 19 rue Vacon à Marseille (1er) pour se faire accompagner dans la recherche de travail, de logement ou pour trouver une écoute.

    Une bonne partie de ceux présents viennent pour leur premier rendez-vous. C’est le cas de Léna qui vient surtout pour avoir accès à des aides. « J’ai fait un service civique et j’ai rompu un contrat saisonnier. Comme je n’ai pas 25 ans, je n’ai le droit ni au RSA ni au chômage. ça fait un mois et demi que je n’ai plus de revenu, c’est très compliqué », confie-t-elle. Les aides apportées par la mission locale, sont « importantes pour moi », assure-t-elle. Si les missions locales permettent d’avoir accès à des aides financières avec le contrat d’engagement jeune (CEJ), elles assurent avant tout un suivi personnalisé pour des jeunes qui n’ont pas forcément de réseau familial ou professionnel. C’est le cas de Genta, 19 ans, réfugié en France depuis quelques mois. « J’habite seul et j’avais besoin d’aide pour trouver des formations et des stages. » Redirigé vers la mission locale par son assistance sociale, le jeune homme espère trouver une formation dans la couture grâce aux conseillers de la structure. Aurore, arrivée il y a un mois à Marseille, y cherche quant à elle de l’aide pour trouver un logement. Car l’accompagnement proposé ne se limite pas à la recherche d’emploi mais englobe l’accès « à la santé, au logement, aux droits, à la citoyenneté et à la mobilité », indique le site du ministère du Travail et des solidarités.

    Aide psychologique

    Keyra, 22 ans, vient elle depuis un an. Elle a trouvé entre ces murs une oreille attentive à ses problèmes. « Quand j’ai commencé, je n’étais pas très assidue. Mais mes conseillères m’ont poussée à revenir, se rappelle la jeune femme. Elles ont été très à l’écoute. Au lieu de me fermer les portes, elles ont essayé de me comprendre. » La jeune fille, qui est suivie par un psychiatre, a pu trouver une réponse appropriée au sein de l’institution. « On m’a conseillé des structures plus adaptées à mes soucis. Mes conseillères m’aident beaucoup sur le plan psychologique plutôt qu’à chercher du travail », explique-t-elle. Un psychologue est d’ailleurs présent au sein de la mission locale pour les bénéficiaires du CEJ. Un accompagnement personnalisé et complet qui risque d’être dégradé par la baisse du budget et du nombre d’employés, alors que les jeunes en difficulté ne cessent d’être de plus en plus nombreux, chaque année.

  • [Entretien] Claude Fournet : « On fait un travail de formation citoyenne » avec les missions locales

    [Entretien] Claude Fournet : « On fait un travail de formation citoyenne » avec les missions locales

    La Marseillaise : Pourquoi les missions locales se mobilisent aujourd’hui ?

    Claude Fournet : Dès la parution du projet de loi de finances 2026, nous avons vu qu’il était prévu une baisse significative de 13%, qui représente 77 millions d’euros de moins sur l’ensemble des missions locales. C’est énorme, d’autant que l’an dernier nous avions déjà eu une baisse, le tout arrivant à 20%. Les organisations syndicales de la région organisent notamment ce rassemblement à la préfecture. C’est complémentaire avec la mobilisation nationale impulsée par les présidents et conseils d’administration des missions locales notamment pour mobiliser les élus contre cette baisse.

    Quelles conséquences de ces baisses ?

    C.F. : Les premiers touchés seront les jeunes et les salariés des missions locales. On estime à 13 000 jeunes qui seront peu, mal ou pas accompagnés, seulement pour notre région si ce budget passe. Ce sont aussi 120 emplois menacés. Et donc des points d’accueil qui vont fermer ou qui seront moins longtemps ouverts.

    Quelle est votre analyse de cette politique de l’emploi ?

    C.F. : Il y a quelque chose d’antinomique. Il y a trois ans, le Président a fait une loi du plein-emploi et donne des moyens et des mesures pour l’accompagnement des jeunes. Les missions locales ont donc recruté, accueilli beaucoup plus de jeunes. Mais depuis, les financements diminuent ! Alors qu’on est au moment où on en a le plus besoin : le chômage remonte, et c’est celui des jeunes qui remonte le plus fort, avec plus de 20% sur un an.

    Pourtant, vous défendez un modèle d’accompagnement bien spécifique…

    C.F. : Nous sommes un exemple de décentralisation. Nous avons une mission de service public de proximité qui répond aux besoins des jeunes et aux exigences des territoires. Je rappelle qu’on travaille avec 12 000 entreprises dans la région pour les jeunes, nous sommes donc aussi une forme de développement économique. Il faut aussi avoir en tête qu’on propose un accompagnement global. Parfois, avant de parler d’emploi à un jeune, il faut qu’on parle de mobilité, de logement, de santé, de famille. On a une série de dispositifs qui aident à avoir une certaine autonomie, laquelle participe à l’entrée dans le monde du travail. On fait un travail de formation citoyenne, et même plus : culturelle, civique… Nous ne sommes pas une structure d’emploi bis de France Travail. On a une certaine vision de l’emploi pour les jeunes.

    Au niveau du calendrier parlementaire, il y a encore de l’espoir d’amoindrir la baisse prévue ?

    C.F. : Il y a une forte mobilisation des parlementaires, grâce à notre pression, et un certain nombre d’amendements, qui ont été retenus en commission des finances contre cette baisse. Et ça a été relativement transpartisan. Il y a donc des chances.

  • « Investir » pour la jeunesse

    « Investir » pour la jeunesse

    Dans le « musée des horreurs » du projet de loi de finances 2026, en débat à l’Assemblée nationale, la baisse de l’engagement de l’État dans les missions locales tient une place de choix car c’est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse qui y est une nouvelle fois traitée par le mépris. Alors que le chômage des 16-24 ans atteignait 19,2% au premier trimestre, c’est en toute conscience que le projet de budget contient un recul de 13% des crédits de l’État aux missions locales qui viennent s’ajouter au recul des financements des collectivités locales.

    Vent debout

    Côté État, les financements étaient déjà en berne en 2025 (moins 6,8%) et, en 2024, le financement du Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PCAEA) a été divisé par deux avec une baisse de 5% des crédits de paiement. C’est-à-dire l’argent sonnant et trébuchant qui permet concrètement aux 430 missions locales du pays de mener leur mission auprès des jeunes de 16 à 25 ans. Vent debout, l’Union nationale des missions locales appelle à la mobilisation ce mardi. Leur légitime inquiétude et leur appel à bloquer un tel projet ont déjà payé, partiellement, auprès de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le 9 novembre, les députés qui la composent ont limité la casse en adoptant un amendement pour rétablir les crédits de 2025. C’est un minimum mais qui ne sera pas au niveau des nouveaux besoins tant le nombre de jeunes venant taper aux portes des missions locales est en hausse. Un budget devrait « investir » pour la jeunesse. Pour l’heure, la Nation lui tourne le dos.

  • Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Plusieurs études ont démontré la vulnérabilité économique et sociale des étudiants dans un contexte inflationniste et de diminution constante des aides financières de l’État. Une population au sein de laquelle les étudiants internationaux sont parmi les plus mal lotis. Pourtant, si le projet de loi de finances 2026 est voté en l’état, quelque 300 000 étudiants extracommunautaires non boursiers perdront leur droit à l’aide personnalisée au logement (APL) d’ici à la prochaine rentrée universitaire. Une perte évaluée entre 100 et 250 euros par mois.

    « Ce n’était pas suffisant de leur imposer des frais d’inscription jusqu’à 16 fois plus élevés que pour leurs homologues européens », dénonce le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), en référence au dispositif ironiquement intitulé « Bienvenue en France », mis en place en 2018. « Suite à des mobilisations partout en France, l’application de cette hausse des frais d’inscription avait été laissée au choix des universités. À Montpellier, suite à une lutte de longue haleine, le Scum avait obtenu que les deux universités n’appliquent pas ces frais d’inscription différenciés », rappelle le syndicat étudiant. « Il était aussi insuffisant pour le gouvernement d’attaquer les étudiantes et étudiants internationaux avec la « loi immigration  », en instaurant des statuts discriminatoires et des restrictions financières », dénonce-t-il.

    Alors que, « dans les années récentes », le nombre d’étudiants bénéficiaires des APL « est passé de 900 612 (34%) à 730 000 (25%) en 2024 », cette réforme constituerait « une nouvelle coupe brutale dans l’aide au logement étudiant », dénonce le Scum qui « alerte sur cette proposition raciste promouvant la préférence nationale  » et relaie une pétition* lancée par la Fondation pour le logement des défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre).

    « Cette exclusion des APL intervient alors que les étudiants étrangers sont déjà confrontés à une grande précarité. D’après l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), 62% ont eu recours à l’aide alimentaire ou en auraient eu besoin, contre 22% des étudiants français », dénonce la pétition. « Aujourd’hui, c’est un véritable parcours du combattant pour être admis à l’Université et obtenir un visa, précarité financière explosive, discriminations dans l’accès au logement ou à l’emploi, frais d’inscription exorbitants à payer depuis Bienvenue en France, difficultés pour les démarches administratives et en particulier pour les renouvellements de titres de séjour : désormais, leur accès à un logement digne, déjà difficile, sera rendu presque impossible ». Réunis dans un collectif national « APL en danger  », associations, syndicats (parmi lesquels le Scum), parlementaires, universitaires appellent donc le Parlement à rejeter ce funeste article 67 du projet de loi de finances.

    * « Non à la suppression des APL pour les étudiant·es étranger·es  !  » sur Change.org

  • Les retraités dénoncent une « vampirisation à tous les étages » dans le Gard et dans l’Hérault

    Les retraités dénoncent une « vampirisation à tous les étages » dans le Gard et dans l’Hérault

    Gel des pensions en 2026 et sous-indexation probablement jusqu’en 2030, suppression de l’abattement de 10% remplacé par un forfait de 2 000 euros, doublement des franchises médicales, gel de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse des retraités les plus modestes)… Premiers concernés par les mesures austéritaires en rafale contenues dans le projet de loi de finances 2026 présenté par le gouvernement, les retraités sont descendus dans la rue ce 6 novembre pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un acharnement.

    Dans le Gard (Nîmes, Alès et Bagnols-sur-Cèze) comme dans l’Hérault (Montpellier, Béziers, Lunel, Clermont-l’Hérault et Bédarieux), ils ont répondu présent à l’appel national lancé par le « groupe des 8 » (CGT, CFTC, CFE CGC, FSU, Solidaires, FGR-FP, LSR, Ensemble et Solidaires). Une colère que n’a pas désamorcé le recul consenti, le 31 octobre, par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui s’est dit prêt à revenir sur le gel des pensions de retraite et des minima sociaux. « Rien n’est acquis, d’autant qu’on ne sait même pas si le vote du budget ira jusqu’au bout. Si on devait passer par des ordonnances, c’est le budget initial qui serait remis sur la table, lequel prévoit le gel des pensions. À l’heure actuelle, on est dans le flou total, ce n’est pas le moment de se démobiliser », considère Jean-Yves Barbier, de la FSU retraités 34, qui dénonce « une vampirisation à tous les étages ».

    « On est vraiment

    le cœur de cible »

    « L’année blanche coûterait en moyenne 350 euros par an à un ménage dont la personne de référence est un retraité : 320 euros de baisse de pension, 20 euros de hausse d’impôt, 10 euros de baisse de prestations sociales. Un salarié, lui, perdra 105 euros et un chômeur, 180. Ce sont les retraités les plus touchés, on est vraiment le cœur de cible », dénonce assure Michel Andreu, de la CGT retraités 34. « Pour les pensionnés en dessous de la pension médiane (1 600 euros), qui sont souvent des personnes seules et parmi elles une majorité écrasante de femmes, perdre 300 euros par an est dramatique », insiste Jean-Yves Barbier. « La suppression de l’abattement fiscal de 10% au profit d’un abattement forfaitaire de 2 000 euros représente, quant à elle, des ponctions de 300 à 800 euros d’impôts supplémentaires pour les gens qui ont une pension supérieure à 1 600 euros. » Sans oublier, pour tous, le doublement des franchises médicales « qui augmente le reste à charge sur les médicaments, les consultations, les actes paramédicaux, les transports sanitaires ». Là encore, les personnes âgées, qui sont celles qui ont le plus besoin de se soigner, seront les premières pénalisées.

    « On nous fait passer pour des nantis, des inactifs qui coûtent. La solidarité devrait donc passer par des sacrifices de la part des retraités. C’est inadmissible », s’agace Michel Andreu. D’autant que « la plupart des retraités qui ont un peu de moyens aident déjà leurs enfants et parfois leurs petits-enfants. Les jeunes retraités sont aussi régulièrement les aidants de leurs propres parents », souligne Jean-Yves Barbier. « Il y a une accumulation de charges sur le retraité moyen qui est une réalité quotidienne et qui n’est absolument pas prise en compte. Sans oublier tout le bénévolat qui remplace des services publics défaillants. »

  • Un budget de fin de mandat prudent pour Nîmes Métropole

    Un budget de fin de mandat prudent pour Nîmes Métropole

    Dernier exercice du mandat pour l’équipe de Franck Proust, le rapport d’orientation budgétaire (Rob) 2026 de Nîmes Métropole, présenté mardi 4 novembre, avait tout d’un baromètre politique. À quelques mois des élections municipales, la majorité communautaire a défendu un budget « de prudence. »

    « Nous avons choisi la stabilité et la rigueur », a souligné le président de Nîmes Métropole. L’agglomération, confrontée à un effort contributif estimé à 3,4 millions d’euros dans le cadre de la réduction du déficit public national, doit composer avec une pression budgétaire accrue. Malgré cela, le Rob affiche une épargne brute de 58,7 millions d’euros et un encours de dette de 487 millions, en légère hausse mais jugée « maîtrisée » par l’exécutif. La capacité de désendettement reste à 8,3 ans, sous le seuil de vigilance des 10 ans fixé par l’État. Aucun nouvel investissement d’ampleur ne figure au programme, « afin de laisser à la future majorité la liberté de ses choix ».

    La principale mesure annoncée reste la nouvelle baisse de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (Teom). Après -10% en 2025, elle devrait reculer de 0,5 point supplémentaire en 2026, passant de 10,54% à 10,01%. Pour une famille moyenne, la baisse cumulée atteindrait une centaine d’euros en deux ans. « C’est le contribuable qui doit en bénéficier, sans que les investissements en matière de modernisation ou de protection n’en pâtissent », a justifié Franck Proust. Côté investissements, l’agglomération mise sur la continuité : 44,7 millions d’euros pour l’eau et l’assainissement, 14,9 millions pour les transports (achat de bus électriques, extension du réseau NemoVélo), et 13,4 millions pour la prévention des inondations.

    Un ROB de fin de mandat sous tension électorale

    Mais pour beaucoup d’élus d’opposition, cette prudence confine à l’immobilisme. Valérie Rouverand (Renaissance) dénonce une « ficelle électorale » à propos de la Teom : « On baisse de 10 % en 2025 et encore de 5 % en 2026, après l’avoir augmentée de 10 % en 2021. Au final, on revient au point de départ, mais la communication fait son effet. » L’élue a aussi regretté des « résultats économiques décevants » et une attractivité « toujours en panne. ». Julien Plantier (Nîmes Avenir) a, lui, adopté un ton plus nuancé : « Le Rob, c’est la visite médicale de notre agglomération : elle vit, elle respire, mais elle tousse un peu. Le bilan n’est ni glorieux ni catastrophique. » Le candidat à la mairie a reproché à la majorité de « laisser dormir des projets structurants » et relancé son idée de passage en communauté urbaine « pour donner une autre dimension au territoire ».

    À gauche, Vincent Bouget (PCF) a fustigé un rapport « autosatisfait, voire triomphaliste », estimant que « les grandes tendances cachent des fragilités structurelles ». Selon lui, « la pression fiscale n’a pas vraiment baissé », citant la taxe mobilités, la hausse de l’eau et de l’assainissement. Et de conclure : « Notre agglomération mérite mieux. Où est la vision d’ensemble, le projet partagé ? On a l’impression d’un empilement de décisions sans cohérence territoriale. » Un ultime rendez-vous budgétaire qui dessine les lignes de fracture d’une campagne municipale qui s’annonce tendue.

  • Plus de 2 000 jeunes négligés par l’austérité dans le Vaucluse ?

    Plus de 2 000 jeunes négligés par l’austérité dans le Vaucluse ?

    Depuis le début de la semaine, les missions locales (ML) de France sont en alerte. Partout sur le territoire, ces structures d’accompagnement des 16-25 ans (lire ci-dessous) sont vent debout contre le projet de loi de finances du gouvernement qui prévoit une baisse de 13% des dotations des ML. Et ce après une première diminution de 7% en 2025. « 77 millions d’euros en tout, à l’échelle du budget de l’État c’est symbolique, mais absolument pas pour nous », déplore Isabelle Gineste, directrice de la ML du Grand Avignon. Ce jeudi, avec le soutien des trois autres structures de Vaucluse (Comtat Venaissin, Luberon et Haut Vaucluse), un point presse avait lieu. Il faisait suite à l’interpellation, en fin de semaine dernière, des trois sénateurs. « Le budget arrive au Sénat le 23 novembre, on va batailler avec des amendements pour contrecarrer tout ce qui ne va pas dans le bon sens », projette Lucien Stanzione (PS). L’an dernier, la Région avait aussi diminué ses crédits de 300 000 à 200 000 euros pour la ML du Grand Avignon.

    Le financement

    à la performance arrive

    Si le budget était adopté en l’état, « nous perdrions huit postes de conseillers, sachant qu’un conseiller accompagne 130 jeunes de l’année, plus de 1 000 jeunes se retrouveraient en grande difficulté de suivi », calcule Lilou Quennesson, présidente de la ML et conseillère municipale d’Avignon déléguée à l’emploi et l’insertion. En ajoutant les jeunes des trois autres ML, ce chiffre grimpe à 2 300 en Vaucluse sur les 12 000 suivis annuellement. « Nous lançons un appel à la mobilisation et la responsabilité collective, la jeunesse n’est pas une variable d’ajustement, investir dedans c’est investir dans l’avenir du pays », fait valoir la présidente. Dans un département parmi les plus pauvres de France, « on enlève encore un élément de solidarité par des choix budgétaires », déplore David Fournier, adjoint (PS) avignonnais venu en soutien.

    Par ricochets, cette baisse « pénalise aussi les entreprises qui auront moins de contact avec les ML pour embaucher », souligne Régis Phaly, trésorier de la ML et adjoint au maire d’Entraigues. La directrice s’inquiète aussi « du financement à la performance, 10% cette année, 20% en 2028 avec des indicateurs que l’on ne connaît pas et alors que nous ne sommes tributaires des créations d’emplois », expose Isabelle Gineste. Et d’inviter n’importe quel administrateur de la ML « à venir vivre la vie d’un conseiller et prendre conscience de notre réalité ».

    REPÈRES

    13%

    de baisse prévue du financement des missions locales par l’État dans le projet de loi de finances 2026. Dans le Grand Avignon, sur un budget annuel de 3,5 millions d’euros, l’État abonde à hauteur de 2,5M (données 2024). Le reste provenant des communes et de l’agglo (435 000 euros), la Région (293 000) et le Département (45 000).

    Au service des 16-25 ans

    Les missions locales veillent à accueillir, accompagner, orienter, informer les 16-25 ans dans toutes démarches professionnelles et sociales avec comme « ADN, donner aux jeunes un sens à leur avenir ». Cela passe par l’emploi, la formation, l’orientation, l’appui à la création d’activité, le logement, la santé, la mobilité ou la citoyenneté. Dans le Grand Avignon, au sein des 14 lieux du territoire, près de 5 500 jeunes ont été accueillis en 2024, dont 1 759 nouveaux. Quelque 1 411 sont entrés en emploi (dont 315 en alternance) et 566 en formation.

    8

    emplois équivalent temps plein sont menacés à la mission locale du Grand Avignon si la baisse de 13% des dotations se concrétise. Ces 8 postes en moins, sur 65 salariés dont une quarantaine de conseillers, impacteraient directement 1 400 jeunes qui seraient moins ou mal suivis.

  • Des doléances portées en préfecture à Marseille

    Des doléances portées en préfecture à Marseille

    Ils ont bien compris la petite mécanique à l’œuvre ces dernières semaines et ne s’en satisfont évidemment pas. Retraités ou non, ils ont marché main dans la main dans les rues de Marseille, jeudi, pour manifester leur rejet du budget d’austérité 2026 préparé avec les projets de loi de finance de l’État et de la Sécurité sociale.

    « Cela va impacter très fortement les travailleurs, en activité ou à la retraite parce que nous considérons bien que nous sommes des travailleurs puisque la retraite est un droit social », glisse d’emblée Josiane Dragoni. La responsable fédérale des retraités de la FSU se veut à rebours de la « guerre des générations prônée par le Medef et reprise par certains partis et une partie de la presse ». Le sentiment est partagé partout dans le cortège où sont présents de nombreux actifs. « Opposer les gens les uns aux autres ça n’amène qu’au pire », résume Marcel, son autocollant CGT bien posé sur sa veste. « Pointer les retraités, les chômeurs, les immigrés comme le fait Monsieur Macron depuis des années, ça ne fait que faire monter l’extrême droite. »

    « On est très en colère et on l’exprime a contrario de ce que veulent le gouvernement et certains médias qui jouent l’opposition entre actifs et retraités. On fait la preuve à Marseille comme dans tout le pays que nos revendications, même si elles sont spécifiques, nous rassemblent », abonde Claude Mas, la secrétaire générale de l’USR CGT 13.

    Ces revendications sont salariales tout d’abord. « Parce que les retraités ne sont pas riches et la pension moyenne est au niveau du Smic » rappelle-t-elle, eux demandent leur indexation sur l’inflation dès janvier, leur revalorisation selon le salaire moyen, et le maintien de l’abattement fiscal de 10%. Elles sont sociales aussi avec la revalorisation des prestations sociales a minima au niveau de l’inflation, l’abandon du doublement des franchises médicales, ou encore le maintien et le développement des services publics sur tout le territoire.

    « Les services publics,

    c’est pour tout le monde »

    Après avoir marché du Vieux-Port à la préfecture, ce sont ces doléances qu’une délégation de l’intersyndicale a transmis aux représentants de l’État dans le département. « Les services publics, c’est pour tout le monde, jeunes, actifs, retraités, et c’est tout ce qui est nécessaire. Cela se déliterait parce que ce serait des dépenses ? Mais non. Ce sont des investissements », reprend Josiane Dragoni. « Les cibler c’est détruire toute solidarité, cela signifie l’effondrement de notre modèle social, et la fin de nos droits sociaux, nos droits à la retraite, à la santé, à l’éducation. Et pour faire quoi ? Faire place au privé et aux grands groupes financiers. » Et la porte-parole des retraités Solidaires 13 de prendre l’exemple des Ehpad dans les Bouches-du-Rhône où plus des 70% sont aux mains de groupes comme Orpea, Korian ou DomusVi. « Les centres de rééducation fonctionnelle, les cliniques de soins sont aux mains de ces groupes avec des situations comparables », poursuit-elle, déplorant que la Sécurité sociale soit tuée à petit feu avec les 80 milliards d’exonération de cotisations sociales annoncées. « On la prive de ses recettes et le report vers les complémentaires de santé et les assurances privées poussés par les déremboursements vont encore s’accélérer avec ce budget. »

    En parallèle, les parlementaires, sénateurs et députés de tout le pays, hors Rassemblement national, « parce qu’on ne discute pas avec eux » sont interpellés. Face à la crainte d’une application par ordonnance, les organisations syndicales comme la CGT veulent connaître leur position dans le débat et attendent qu’ils défendent eux aussi leurs revendications.

  • Le programme Syrius cherche des synergies pour décarboner

    Le programme Syrius cherche des synergies pour décarboner

    « Les industriels ont mis l’aspect concurrence de côté pour privilégier la croissance à travers la décarbonation », résume Isabelle Campagnola-Savon, conseillère régionale déléguée à l’économie, lors du 3e forum Syrius.

    Syrius, pour synergies régénératives industrielles du Sud. C’est bien ce que cherche à faire ce programme, lauréat de l’appel à projets « Zone industrielle bas carbone » (ZIBaC) opéré par l’Ademe (Agence pour la transition écologique) dans le cadre de France 2030 : amener la cinquantaine d’acteurs industriels qui y prennent part, répartis entre Fos-sur-Mer, Berre-l’Étang, Gardanne et Manosque, à se fédérer autour de la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, avec un objectif de -80% d’ici 2050. Pour Nicolas Mat, coordinateur de la démarche lancée en 2023, ce projet illustre la capacité du monde économique à « coopérer, partager et construire une trajectoire collective (…) en mutualisant les ressources et les infrastructures ».

    Un outil stratégique

    Après une première phase de deux ans lors de laquelle 28 études ont été financées à parts égales par l’État et les industriels pour un budget global de 8 millions d’euros, Syrius entre désormais dans une étape plus concrète qui débutera en 2026 et qui visera à approfondir les pistes soulevées. « Les premières conclusions montrent qu’il faut pouvoir disposer de plusieurs leviers pour décarboner, qu’on a le devoir de les actionner tous simultanément et qu’une approche non pas par filière mais territoriale et intersectorielle peut être un game changer pour accélérer et atteindre encore plus vite nos objectifs », énumère Nicolas Mat. Les principaux vecteurs mis en avant sont le déploiement d’un hub hydrogène bas carbone régional (le coût estimé peut aller jusqu’à 5 milliards d’euros) et la structuration d’un hub de CO2 (entre 2 et 6 milliards d’euros).

    Ces enseignements ne sont pas que de la théorie. « Le programme Syrius permet de faire un état des lieux, de savoir quelles filières structurer demain pour réussir la décarbonation », affirme Isabelle Campagnola-Savon. Rémi Costantino, directeur général adjoint du Grand port maritime de Marseille-Fos, abonde : « Dans le milliard d’euros prévu dans notre plan stratégique pour les cinq prochaines années, on flèche un certain nombre d’investissements en fonction des résultats de ces études pour être la bonne plateforme, le bon substrat dans lequel les industriels vont s’implanter. »

    Le dossier de candidature pour la deuxième phase de l’appel à projets a été déposé en juillet 2025 « avec un lot d’une trentaine d’études pour un peu plus de 30 millions d’euros de budget », détaille Nicolas Mat. « Les services de l’État sont en train d’instruire le dossier (…) et devraient pouvoir nous indiquer dans les prochaines semaines les études qui ont été sélectionnées pour un co-financement public. » Simon Deltombe, coordinateur national ZIBaC à l’Ademe, rassure : « Indépendamment de toutes les discussions budgétaires du gouvernement, le budget de l’appel à projet est sécurisé, l’enveloppe dédiée est là et ne sera pas remise en cause. »