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  • [Entretien] Lisa Ribeaud : « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

    [Entretien] Lisa Ribeaud : « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

    La Marseillaise : L’instabilité politique conduit, cette année, à une élaboration du projet de loi de financement de la Sécurité sociale assez chaotique. Est-ce que cela vous inquiète en tant que responsable mutualiste ?

    Lisa Ribeaud : Oui, on assiste à des allers-retours incessants entre le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Des mesures sont annoncées puis retirées. Des parties de textes sont créées puis supprimées puis réintroduites, des compromis de dernière minute sont passés… Encore à l’heure où on se parle. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. On ne parle pas d’ajustement technique, mais de l’accès aux soins, de l’hôpital, des restes à charge… Bref, de la vie quotidienne de millions de personnes. Je suis outrée que le budget de la Sécurité sociale fasse l’objet d’un marchandage permanent.

    Plusieurs acteurs du mouvement social ont qualifié ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale de « musée des horreurs ». Partagez-vous ce constat ?

    L.R. : Totalement. S’agissant du texte initial qui a posé le cadre de la discussion, l’analyse que je fais, c’est qu’il inverse les solidarités fondées par la Sécurité sociale il y a 80 ans. On passe d’un système où la maladie était prise en charge collectivement, à un système où – de plus en plus – on demande aux personnes fragiles, aux personnes malades de payer pour générer des recettes qu’on n’est pas capable de trouver par ailleurs. C’est insupportable et c’est d’une grande violence. Il y a plusieurs mesures qui méritent leur entrée au musée des horreurs. Premièrement, le doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires. Ce sont ces petites sommes qui restent à la charge des patients lorsqu’ils vont chez le médecin ou à la pharmacie. On sait que ces franchises, qui ne sont pas d’un montant spectaculaires, constituent néanmoins des barrières financières à l’accès aux soins, surtout lorsque les personnes malades doivent s’en acquitter de manière répétitive. Ça va finir par peser très très lourd.

    Le gouvernement parle de responsabiliser les patients. Vous n’êtes pas d’accord ?

    L.R. : Par ailleurs, politiquement, le message est assez détestable : on parle de responsabiliser les patients, mais les patients ne sont pas responsables de leurs maladies. On ne choisit pas d’être malade. Les patients ne sont pas responsables de ce qu’un médecin met sur l’ordonnance. Pour moi, en revanche, c’est le gouvernement et les décisions politiques qui ont été prises ces dernières années qui sont responsables de la situation actuelle de la Sécurité sociale et du manque de financements pour combler son déficit. Plutôt que d’aller chercher de nouvelles recettes, on pointe les personnes malades, je trouve assez insupportable d’inverser les responsabilités de cette manière.

    On pourrait vous dire que des restes à charge importants, c’est plutôt un argument pour développer des mutuelles.

    L.R. : Ce n’est pas du tout notre conception. Nous, aux Mutuelles de France, on se positionne en complémentarité de la Sécurité sociale. Plus elle transfère des charges sur les mutuelles, plus on est obligé d’augmenter les cotisations et notre vocation, c’est que la population puisse être couverte pour une Sécurité sociale de haut niveau et par des mutuelles qui restent accessibles financièrement. Le combat de Solimut et des Mutuelles de France, c’est que la santé soit un droit pour tout le monde. Pour cela, il n’y a rien de mieux que la Sécurité sociale, qui a une base de mutualisation extrêmement forte puisqu’elle couvre l’ensemble de la population. En tant que mutuelle héritière des mutuelles ouvrières, on n’a aucun intérêt à rembourser de plus en plus de dépenses. Ce n’est pas soutenable financièrement pour nos adhérents. La seule chose qui se passe avec ce type de logique, c’est que les personnes ne prennent plus du tout de mutuelle.

    Au-delà du doublement des franchises médicales, quelles sont les mesures qui vous choquent dans le projet de budget de la Sécurité sociale ?

    L.R. : Il y a une mesure qui peut sembler administrative sur le papier, c’est de pousser les personnes qui ont une maladie chronique qu’on appelle « stabilisée » à sortir du dispositif des affections de longue durée. Il faut être extrêmement vigilants à la façon dont cela va se mettre en place. Il y a 14 millions de personnes en affection de longue durée. Une personne qui a un diabète stabilisé, elle reste diabétique. De même, une personne qui a le VIH et dont la charge virale est indétectable, reste porteuse du VIH. Si leur maladie est stabilisée, c’est parce que ces personnes ont pu avoir un accès aux soins, remboursés à 100%. Le risque, c’est que sans cela, elles recourent de moins en moins aux soins et donc que leur maladie chronique soit aggravée. À titre individuel c’est dramatique et à titre collectif, on sait qu’une maladie mal prise en charge ensuite coûtera plus cher et contribuera à désorganiser le système de soins.

    Encore une fois, plutôt que d’aller chercher des recettes supplémentaires, on s’en prend à des personnes malades qui sont considérées comme « plus assez malades ». C’est une logique très dangereuse. Ensuite, pour moi, le dernier élément qui mérite son entrée au musée des horreurs, c’est l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). C’est le chiffre qu’il ne faut pas dépasser. Son augmentation était fixée dans le texte à 1,6%, alors qu’on sait que l’augmentation naturelle des besoins de santé est de 4 à 5% avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques et l’innovation médicale. Donc, si on applique ce taux-là, on va demander un effort insoutenable à notre système de santé. On décide de volontairement sous-financer la Sécurité sociale et, ensuite, on se sert de cela pour fermer des lits voire des services à l’hôpital…

    Après avoir été supprimée en première lecture, les députés ont réintroduit en séance, vendredi 5 décembre, la taxe d’un milliard d’euros sur les cotisations mutualistes. Vous vous y opposez, mais les mutuelles n’ont-elles pas leur part d’effort à faire ?

    L.R. : Répétons-le : quand une taxe augmente, elle finit inéluctablement par peser sur le bénéficiaire final. Au-delà de la mesure financière lourde pour les adhérents, ce sont les « arguments » invoqués avec désinvolture qui nous alertent et nous révoltent. Plus d’une heure durant, nous avons entendu, de la part des députés en séance, des propos fallacieux, insensés, insultants, qui remettent en cause l’intégrité du mouvement mutualiste. Mettre en cause l’intégrité des mutuelles, c’est attaquer le système de protection sociale solidaire que nous défendons. Nos entreprises relèvent de l’économie sociale et solidaire, sont à but non lucratif et à gouvernance démocratique. Ce sont les adhérents, élus par leurs pairs, qui ajustent les tarifs au strict nécessaire pour garantir les équilibres, payer les prestations et assurer les services aux populations que nous protégeons. Nous ne pouvons pas laisser s’installer ce discours. Nous ne pouvons laisser sans rien dire les mutuelles se faire insulter avec leurs adhérents, leurs militants, leurs salariés. Nous ne pouvons pas accepter que les mutuelles deviennent les boucs émissaires de décisions prises par les mêmes députés depuis des années, comme les transferts de dépenses vers les complémentaires, ou le définancement organisé de la Sécurité sociale, qui sont les véritables causes du niveau des cotisations mutualistes. Personne n’est dupe sur les jeux politiques en cours. Une partie des députés a sacrifié délibérément le pouvoir d’achat des ménages au profit d’un accord tactique pour faire passer un texte quel qu’en soit le contenu.

    Votre prédécesseure avait déjà lancé une carte-pétition contre la taxation « habituelle » des mutuelles en expliquant que les hamburgers étaient moins taxés que les cotisations mutualistes. Où en êtes-vous ?

    L.R. : Cette campagne produit ses effets auprès d’une partie des députés, nous continuons à dire que ces taxes sont profondément injustes parce qu’elles visent la santé et pénalisent les personnes âgées, fragiles ou qui ne sont pas salariées et qui ne bénéficient pas de l’aide de leur employeur. Nous poursuivons ce combat en mobilisant nos militants mutualistes pour interpeller les pouvoirs publics et aussi expliquer les enjeux dans la population avec un message fort : stop à la casse de la Sécurité sociale et stop à la taxation des mutuelles. Dans le cadre des 80 ans de la Sécurité sociale, nous avons mené plusieurs initiatives à Marseille, en Île-de-France, à Nice… qui ont été des moments de rassemblement populaire pour penser ensemble un autre avenir pour la Sécurité sociale.

    Comment faire autrement ? Quand on dit qu’il n’y a pas d’argent, vous n’y croyez pas ?

    L.R. : De l’argent il y en a ! Il y a beaucoup de déconstruction de discours à faire autour du financement de notre système de Sécurité sociale. Il y a tout un discours gouvernemental qui consiste à dire que la dépense sociale est trop élevée en France et du coup qu’il faudrait la maîtriser pour « sauver notre modèle ». Des économistes qui travaillent à évaluer notre dépense sociale, comme Anne-Laure Delatte, démontrent que quand on compare avec d’autres pays européens, on est dans la moyenne par habitant d’autres grands pays comparables. C’est un premier élément important à rappeler. Deuxième élément fondamental : ce n’est pas la dépense le sujet. L’augmentation des dépenses est inévitable, l’enjeu, c’est comment la financer. Qui contribue  ? À quelle hauteur ? Sous quelle forme ? Notre système de Sécurité sociale souffre d’un sous-financement chronique. Pourquoi ? Parce qu’on parle de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations imposées par le gouvernement à destination des entreprises. Le gouvernement fait ce choix politique, mais il demande à la Sécurité sociale de le financer puisqu’il ne compense pas les montants. Il y a aussi toute une part des richesses produites qui ne contribue pas au financement de la Sécurité sociale. Ce serait aussi un levier important pour financer correctement notre modèle de protection sociale.

    Si on vous suit bien, vous appelez les parlementaires à rejeter le projet de budget de la Sécurité sociale dans son état actuel. N’y a-t-il pas un risque de chaos ?

    L.R. : Moi, j’appelle surtout les parlementaires à construire un budget à la hauteur des besoins, qui finance correctement notre Sécurité sociale, qui protège les plus malades et ne les pénalise pas, qui fasse fonctionner la solidarité collective. Je pense que c’est cela qu’on attend d’un débat parlementaire de haut niveau. La Sécurité sociale est trop importante pour être l’objet de marchandages. C’est ce qui permet à notre société de rester unie, c’est un socle de cohésion. Il faut aussi avoir cela à l’esprit quand on est parlementaire et que l’on vote sur l’avenir de la Sécurité sociale.

    Une campagne offensive contre la taxation des cotisations mutualistes

    Solimut et les Mutuelles de France poursuivent leur campagne de cartes-pétition contre la taxation des cotisations mutualistes. Vous pouvez y prendre part en vous rendant sur le site https://pas-de-taxe-sur-ma-sante.fr qui vous permettra de calculer vos économies si la taxe est supprimée et d’interpeller vos parlementaires.

  • Grand Avignon : l’audit sur le gestionnaire des transports reste presque à quai

    Grand Avignon : l’audit sur le gestionnaire des transports reste presque à quai

    Ce n’était pas encore la dernière séance, mais cela fleurait drôlement la fin de règne, ce lundi soir, en conseil communautaire du Grand Avignon. Si un ultime rendez-vous est normalement fixé au 9 février, le vote de l’ultime budget de la mandature n’a soulevé aucun emballement majeur, que ce soit un bilan pro domo ou critique acerbe des presque six années de mandat. Même le président (SE) Joël Guin n’aura pas dit un mot sur les finances et ses réalisations, laissant Xavier Belleville, son vice-président (LR) au budget, dérouler son propos.

    « Ce budget 2026 laisse des marges de manœuvre, il faudra faire des choix complémentaires », avance Xavier Belleville, à l’adresse de ceux qui seront aux manettes à l’issue des élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars. Un budget, encore une fois voté par la majorité de gauche des élus avignonnais, et pour lequel seul le RN s’est opposé sans qu’un élu d’extrême droite ne prenne la parole pour s’en justifier. Les écologistes se sont, eux, abstenus : Jean-Pierre Cervantès a tracé un programme communautaire des projets à réaliser. Personne n’est revenu sur la hausse prévue puis finalement retirée de l’ordre du jour de la fiscalité sur l’eau (nous y reviendrons dans l’édition de mercredi).

    Autre sujet fort attendu, l’audit sur la gestion de la société publique locale (SPL) Tecelys, qui a notamment la charge du réseau de transports du Grand Avignon (notre édition de vendredi). Là aussi, un quasi-flop, évoqué lors d’un rapport sur le compte rendu annuel de Tecelys à la collectivité, où il n’est nullement fait mention de cet audit. Lors de la précédente séance, Joël Guin avait assuré qu’il « n’y avait pas de poussière sous le tapis » au sein de cette entité, dézinguée par son ancien directeur des services (DGS) qui avait soulevé de lourdes irrégularités. Ce que dément l’audit, évoquant « des dysfonctionnements ».

    Ce lundi soir, Joris Hébrard est monté au créneau sur le dossier, le maire (RN) du Pontet ayant trouvé là un véritable os à ronger depuis 14 mois et le début de l’affaire. « Ce rapport semble conçu pour contrecarrer méthodiquement les dysfonctionnements portés par l’ancien DGS plutôt que pour établir une vérité objective », dénonce Joris Hébrard, accusant Joël Guin, également PDG de Tecelys, « de conflit de gestion et de gouvernance ». Un grief que l’on retrouve dans l’audit, qui recommande de mettre fin à cette double casquette. Et le maire du Pontet de s’en remettre au travail « sérieux et sans complaisance » de la chambre régionale des comptes (CRC) qui a entamé un contrôle sur Tecelys et le Grand Avignon.

    La CRC en juge de paix

    « Je me réjouis qu’elle soit là, c’est moi qui l’ai demandée », répond Joël Guin, tout en laissant sous-entendre que les conclusions viendront « apporter une certaine contradiction » aux propos des accusateurs. C’est bien le seul moment où le président rejoindra Joris Hébrard qu’il fait passer pour un couard. « En commission ad hoc sur l’audit, vous vous êtes illustré par votre silence, vous n’avez pas eu le courage de dire en face des auditeurs que leur travail était bidon », pique Joël Guin. Cette brève escarmouche sera la seule sur Tecelys, SPL qui, comme son nom l’indique, dépend de l’argent public. Aucun élu avignonnais – Tecelys a aussi un volet aménageur, conduisant des travaux en ville – n’est non plus intervenu. « Tout le monde attend les conclusions de la CRC », glisse l’un d’entre eux.

    À la tribune, Joël Guin ne dira pas ce qu’il adviendra des recommandations de l’audit. Notamment sur le cumul non souhaitable des rôles de président du Grand Avignon et de PDG de Tecelys. « Il aurait pu le dire mais on ne va pas changer maintenant [à 3 mois de la fin du mandat] », confie-t-on dans l’entourage de Joël Guin après la séance. Les conclusions de la CRC ne seront de toute façon pas connues avant les élections.

  • Revirement au Grand Avignon : pas de hausse du prix de l’eau

    Revirement au Grand Avignon : pas de hausse du prix de l’eau

    « Ne m’attends pas pour dîner ». Le message a du passer, ce lundi matin, dans les chaumières des conseillers communautaires du Grand Avignon. On se croirait presque à Noël, à la lecture d’un ordre du jour copieux, les cadeaux certainement en moins. À commencer par le dossier Tecelys, dont l’audit sur la gestion de cette SPL sera débattu (lire notre édition de vendredi). Le document n’est pas à proprement parlé dans une délibération mais, lors de la précédente séance, le président (SE) Joël Guin, avait promis un débat dessus ce lundi. Notons que le compte rendu annuel de Tecelys à la collectivité figure à l’ordre du jour, mais sans mention de l’audit. Une étude « partielle et partiale », continue d’ailleurs de pourfendre l’ex-directeur général des services, qui a lancé l’affaire.

    Au-delà de Tecelys, il sera aussi et surtout question de finances avec l’adoption du budget 2026, le dernier de la mandature. L’heure du bilan, avec un revirement de dernière minute : le Grand Avignon renonce finalement à augmenter sa fiscalité sur la facture de l’eau. La mesure figurait pourtant bien à l’ordre du jour, dans une version encore envoyée à la presse ce vendredi. Mais, selon nos informations, mercredi, une nouvelle mouture a été remodelée où ne figure plus cette hausse. Patrick Sandevoir, vice-président (DVD) du Grand Avignon délégué à l’eau et à l’assainissement, nous a confirmé le retrait de la délibération. « Ils ont du faire leur compte et s’apercevoir que ça ne passerait pas », commente un conseiller communautaire.

    Une hausse initiale

    de 56 euros par an

    Cette hausse suscitait une vive opposition des élus avignonnais de la majorité de gauche de Cécile Helle. Elle était en effet loin d’être marginale, à plus 15%. « La facture type annuelle de 120 m3 passerait de 386,45 euros à 442,51 euros, soit une augmentation de 56,06 euros par an », était-il noté dans la délibération initiale. Si la part sur l’eau passait de 0,40 à 0,53 euros, celle sur l’assainissement était doublée. « C’est une excellente nouvelle », réagit Mireille Dapon, présidente du Collectif de l’eau, qui avait prévu d’assister au conseil communautaire et de manifester son opposition à cette hausse. « Nous ne sommes pas contre une augmentation, mais de manière concertée, avec des échanges en commission des services publics locaux ce qui n’a jamais été le cas », déplore Mireille Dapon pour qui les élus « ont manqué d’anticipation car il faudra augmenter vu l’état des réseaux ».

    Un vif point d’alerte évoqué il y a deux mois lors du rapport d’orientations budgétaires. Figée depuis 2018, la part fiscale du Grand Avignon sur le prix de l’eau ne suffit plus pour mener à bien les travaux, s’inquiétait en substance Xavier Belleville, vice-président LR aux finances. Sans hausse, il était prévu d’investir 1,9 millions d’euros en 2026 alors que les besoins sont estimés à 3,1 millions. « Si cette augmentation n’était pas mise aux voix ou pas votée, de toute façon, les prochains qui seront élus dans 6 mois seront bien obligés de le faire », prévenait il y a un mois Patrick Sandevoir. On s’y dirige tout droit.

  • [Entretien] Maxime Launay : « Comprendre le scénario dans lequel se place l’état-major »

    [Entretien] Maxime Launay : « Comprendre le scénario dans lequel se place l’état-major »

    La Marseillaise : Comment analyser ce passage du service national universel au service national volontaire ?

    Maxime Launay : Promis par Emmanuel Macron en 2017 en réponse au vide ressenti par certains depuis la suspension en 1997 du service national, le service national universel mis en place à partir de 2019 n’a pas convaincu. Le dispositif était coûteux et sa finalité comme son efficacité faisaient débat. Certains y voyaient un mélange des genres entre éducation armée et citoyenne, et son sens interrogeait par rapport à ce que proposait déjà l’Éducation nationale. Mais il y a surtout eu un changement de contexte en 2022 avec la dégradation de l’environnement stratégique de l’Europe. Cette reconfiguration a poussé à créer un dispositif purement militaire, pour reprendre le terme du président.

    S’inscrit-il dans la continuité des politiques de défense depuis 1997 ?

    M.L. : Je ne suis pas sûr qu’on soit totalement dans une continuité. Le service national qui a existé entre 1905 et 1997, était un service obligatoire pour les hommes. Là, on est sur un dispositif volontaire. Donc en termes de classe d’âge, on ne va pas toucher la même proportion de jeunes. Il en est prévu 3 000 en 2026 et 42 500 dans dix ans, là où une classe d’âge en concernait 400 000 dans les années 60-70. Le volontariat fait aussi qu’on n’est plus sur les mêmes logiques de crispations et de contestations de ceux qui ne voulaient pas faire leur service. L’autre différence, c’est que ce service militaire pourra désormais concerner les femmes. La société change et cela montre une féminisation des fonctions combattantes.

    Les contraintes techniques, matérielles et financières ont pesé dans ce choix ?

    M.L. : Les états-majors ne voulaient pas d’un service militaire universel. Absorber tous les ans le flux de toute une classe d’âge aurait été trop coûteux, matériellement, il aurait fallu créer de nouvelles casernes, même s’il le faudra quand même… On ne voyait pas non plus la finalité combattante d’une telle masse même si l’armée de terre en a besoin car elle a eu du mal à fidéliser ces dernières années. Et puis derrière, il y a encore une contrainte de ressource humaine. Pour encadrer ces jeunes, il va falloir dégager des cadres, des officiers et sous-officiers expérimentés à ce jour affectés sur de l’opérationnel car leur mission principale c’est d’abord de se préparer à la guerre, pour les mettre sur des missions de formation.

    Quel était le contexte politique
    lors de la suppression du service national en 1997 ? Les arguments des défenseurs et des opposants ?

    M.L. : Longtemps, il y a eu un consensus dans la classe politique sur l’idée qu’il fallait un service militaire. Les choses changent avec la fin de la guerre froide et ce sentiment que la menace à l’Est disparaît. La guerre du Golfe (1990) vient aussi saper la légitimité du service national car à ce moment-là, le président Mitterrand envoie combattre l’armée professionnelle mais pas les appelés du contingent, même volontaires. Là, on commence à se demander à quoi ça sert ? Une série de réflexions se développent, disant qu’on est quand même armé avec la dissuasion nucléaire et une armée de haute technologie. On se demande ce qu’apportent les appelés ? Ils ne vont pas piloter de Rafale ou être dans des sous-marins nucléaires… On réfléchit à une armée plus resserrée et expéditionnaire, capable d’intervenir partout sur le globe.

    Vous dites qu’il y avait une forme de consensus. Une partie de la gauche était contre sa suspension ?

    M.L. : C’est assez complexe. Au fondement de la pensée de gauche, il y a Jaurès qui estimait qu’il fallait une armée du peuple qui ne soit pas qu’une armée de professionnels recrutés dans les milieux armés de la bourgeoisie ou de l’aristocratie. Cette idée a perduré au XXe siècle. Les partis de gauche, le Parti socialiste, le Parti communiste y étaient attachés. Pour autant, la gauche de gouvernement a compris que la guerre ne se faisait plus comme au début du XXe et cette décision annoncée par Chirac en 1996, est avalisée par la gauche plurielle en 1997.C’est une majorité de gauche au Parlement qui vote la loi et c’est le gouvernement Jospin qui la met en œuvre.

    On retrouve ces positions aujourd’hui avec cette annonce ?

    M.L. : Il faut regarder ça au prisme de la situation actuelle. On a un président de la République qui avec ce service national volontaire est au cœur de son périmètre régalien, et en même temps, ce sont les parlementaires qui vont voter le budget de la défense et avaliser le dispositif. On aurait pu imaginer la gauche entériner facilement cette décision mais on a un président affaibli et rien n’est acquis. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui a toujours regretté la suspension du service national et proposait en 2022, une conscription citoyenne, est critique depuis l’annonce. Le PS a réagi avec un communiqué se disant « sceptique » et réclame un débat. Les écologistes sont pour le renforcement des réserves. Le PCF, lui, est depuis toujours très cohérent, hostile à l’Otan, méfiant vis-à-vis de ce réarmement, de l’aide à l’Ukraine… On est sur une forme de défiance.

    Le service national a encore un sens quand on parle de guerre hybride, d’armée professionnelle ?

    M.L. : C’est une question fondamentale et il faut comprendre dans quel scénario se place l’État-major qui a le rôle de préparer la guerre en espérant qu’elle ne vienne pas. Ils se préparent aujourd’hui, à l’idée que la Russie ne s’arrêterait pas à l’Ukraine mais souhaiterait attaquer un pays du flanc Est de l’Union européenne. Dans ce cas, l’armée professionnelle irait dans le cadre d’une coalition otanienne ou européenne, en soutien du pays agressé. Or si elle quitte massivement le territoire national, il faut continuer à le protéger, précisément parce que la Russie est accoutumée à ce qu’on appelle des actions agressives hybrides : tentatives d’assassinat, sabotage d’infrastructures civiles ou militaires, de nœuds ferroviaires, de centrales nucléaires, de ports… Tout ça suppose que ces endroits soient protégés, et c’est là qu’un service national, dans la logique militaire, serait utile, comme on utilise Sentinelle pour surveiller les rues dans une logique antiterroriste.

    Quel sens a un service national dans l’articulation d’une défense au sein
    de l’Europe construite depuis 1997
     ?

    M.L. : On n’a jamais réussi à construire une armée européenne. C’est un projet des années 50 mais il y a trop d’intérêts divergents et de peur aussi. Mon laboratoire à l’Irsem a sorti une étude sur le retour du service militaire dans 34 pays européens : il y a débat partout mais on ne fait jamais le lien avec l’Europe. Il n’y a pas non plus de discussions, à ma connaissance, entre états-majors et leaders politiques sur l’harmonisation d’un service à l’échelle européenne. C’est une forme d’impensé. Autant ça discute énormément sur les questions d’armement, industrielles, d’alliance, sur la paix en Ukraine, autant le service militaire reste quelque chose d’extrêmement national.

  • À Béziers, une mobilisation en demi-teinte contre l’austérité

    À Béziers, une mobilisation en demi-teinte contre l’austérité

    Une mobilisation en demi-teinte. Voilà comment on pourrait résumer celle qui s’est déroulée à Béziers, le 2 décembre. Quelques têtes présentes néanmoins, à l’image des autres rassemblements ayant eu lieu dans le département de l’Hérault à l’instar de Montpellier et Nîmes. Pourtant, la colère gronde. « Nous dénonçons ce budget de 2026. Toutes les mesures qui avaient été arrachées pour taxer les grandes entreprises et les ultra-riches viennent d’être enlevées par la droite et l’extrême droite au Sénat. Et on continue la casse des services publics, de démanteler l’hôpital, etc. », déclare Sébastien Perret, de l’Union locale biterroise de la CGT.

    Mais force est de constater que le gouvernement n’envisage pas de bouger d’un iota sa politique de l’offre. « Le problème, c’est qu’il n’y a aucune volonté de faire payer les riches. Quand on voit tous les dividendes distribués, que Bernard Arnaud fasse des milliards de profits en une journée et qu’on vienne taxer les chômeurs et baisser les aides des plus précaires, c’est scandaleux, ça met en rage », soutient Françoise Le Bris, secrétaire de Solidaires Béziers. Et s’il ne semble pas avoir de l’argent pour réduire les inégalités et permettre ainsi une meilleure redistribution dans la société, l’argent devient magique dès qu’il s’agit de défense, en témoignent les dernières déclarations d’Emmanuel Macron, jouant les petits chefs de guerre. « La guerre fait taire les révoltes, participe à une vision selon laquelle la nation doit se ranger derrière un chef. Tout est fait dans ce sens, le retour du service militaire, etc. », poursuit Françoise Le Bris.

    « On continue… »

    Mais au vu du faible nombre de personnes regroupées devant la Bourse du travail, la mobilisation a du plomb dans l’aile – même si la pluie en explique une partie. « Aujourd’hui, les gens ont tellement la tête sous l’eau qu’il devient compliqué de les mobiliser », reprend Sébastien Perret. Le contexte des fêtes de fin d’année doit également peser sur le portefeuille. À cela s’ajoute la résignation à la vue des actions menées par Emmanuel Macron. « Les gens se disent que ça ne sert plus rien. On a l’impression que quoiqu’on fasse, ça ne marche pas, ils passeront en force. Il n’y a rien qu’à voir les résultats des législatives de 2024 », analyse Françoise Le Bris.

    Pour autant, les syndicats gardent espoir. « On continue à se battre. À la sortie de la guerre 39-45, tout ce que nous avons obtenu, c’est grâce au rapport de force. Alors qu’il n’y avait plus d’argent, que le pays était à reconstruire, on a réussi à créer la Sécurité sociale en deux ans », fait valoir Sébastien Perret. La lutte continue.

  • Trafic de drogue : à Marseille, les assos quittent le terrain faute de budget

    Trafic de drogue : à Marseille, les assos quittent le terrain faute de budget

    « Au-delà du ramassage de seringues, nous participons de fait à la lutte contre le trafic de drogues », assure Pierre Alboui, président de la Régie de quartier Belsunce Noailles. C’est en effet dans un contexte de troubles graves liés à l’installation d’un point de deal que la structure a ouvert ses portes en février 2024, sur l’impulsion des élus communistes de la Ville.

    Dans ce quartier paupérisé du centre-ville, la proximité du commissariat de Noailles n’a pas empêché l’installation d’un point de deal sur la place de la Providence. Sous la pression du réseau, le Centre médico-psychologique et la Maison départementale de la Solidarité avaient mis la clé sous la porte. Les rondes policières plus fréquentes n’ont pas eu l’heur de mettre fin aux tirs de mortier, coups de feu et intrusions dans les immeubles. Dans « ce peu d’espace social qui subsiste, nous offrons une alternative à la désertification et contribuons a offrir des perspectives avec des activités d’insertion, du lien social, précise l’associatif, en déplorant, une baisse de 15% de financements d’État, par décision budgétaire ».

    L’aide sociale déraille

    À la Busserine, c’est Shebba, association historique du 14e arrondissement qui a vu son budget fondre de 70% en dix ans. Et ses effectifs salariés dégringoler de 50 à 3 postes. « Ce sont autant de retours à l’emploi, d’actions sociales et de personnes en moins pour occuper le terrain, déplore sa vice-présidente Danielle Sautet Vitiello, et on sait que le deal a horreur du vide. » Pas mieux du côté de l’insertion. Dans le 3e arrondissement le chantier école Appel d’aire qui accueille des jeunes orientés par la PJJ pour les remobiliser vers la formation et l’emploi n’a plus aucune subvention de la Région. Karine Pomar, des chantiers d’insertion Améli Provence, également agréés PJJ, déplore « en 15 ans on a perdu 50% de notre pouvoir d’agir, alors qu’on maintient la paix sociale dans un contexte plus qu’alarmant ».

    Les économies de l’État mettent en danger tous les pans du social. C’est jusqu’à la protection de l’enfance qui devient famélique. Le collectif Alerte 13 réunit une dizaine des plus grosses associations des Bouches-du-Rhône pour dénoncer la baisse des crédits alloués par le Département. Leur mission de protection et d’accompagnement est mise en péril. « J’étais perdue, j’avais fugué. Et dehors, c’est la jungle pour survivre. Les proxénètes d’une copine m’avaient donné deux options, la mule ou la pute », témoigne Alice, qui a été placée en foyer à l’âge de 13 ans. L’aide-soignante de 21 ans, reconnaît : « Si les éducs ne m’avaient pas récupérée, je glissais. Mais dans les foyers ils sont débordés, ça déraille. »

    Dans le Vaucluse, les épiceries dans le viseur

    Très régulièrement, le préfet évoque la lutte contre le blanchiment de drogue, en ciblant des commerces. En particulier les épiceries. Il y a trois semaines, lors du salon des maires, Thierry Suquet a indiqué que deux épiceries avaient fermé depuis juin pour des liens avérés avec le narcotrafic. Depuis début 2025, 71 épiceries ont fait l’objet de fermetures administratives contre 51 l’an passé. « Pour troubles à l’ordre public et vente de produits interdits et qui servent probablement à faire du blanchiment », souligne le préfet. Et d’inviter les maires à fournir « des renseignements exploités par les services en toute confidentialité ». F.C.

  • [Grand entretien] Samuel Hervé : « J’espère que le site de Vergèze sera maintenu »

    [Grand entretien] Samuel Hervé : « J’espère que le site de Vergèze sera maintenu »

    TAXES TRUMP

    LM : Quels sont les effets des droits de douane en Occitanie ?

    S.H. : Trump a une diplomatie économique qui n’est pas celle qu’on a connue pendant des années. Cela génère un inconfort supplémentaire. Il s’amuse avec le dollar sur les taux d’intérêt, que va-t-il se passer pour nos emprunts, nos investissements ? On est sur une inflation contenue autour de 2% mais il suffit d’une mauvaise humeur pour faire monter les taux. En France, l’agroalimentaire avec l’agriculture est le secteur qui souffre le plus des droits de douane. L’aéronautique est passée à 0% sur demande de Boeing. Les sous-traitants automobiles, les produits de luxe, les vins, fromages… sont taxés à 25%. Pour les viticulteurs c’est un vrai sujet. 6 000 emplois pourraient être perdus dans l’industrie de la beauté.

    ENTREPRISES & EMPLOI

    LM : Avec la fin des aides Covid, y a-t-il plus de défaillances d’entreprises ?

    S.H. : Au 2e trimestre 2025 en Occitanie, on a eu +19% de défaillances. Les petites entreprises et de plus de 100 salariés sont touchées dans le bâtiment, l’hôtellerie restauration. Plusieurs facteurs jouent dont la fin des prêts garantis par l’État (PGE) combinée à l’inflation qui a fait un effet ciseau.

    La verrerie pourrait fermer, êtes-vous inquiet pour l’emploi industriel ?

    S.H. : J’espère que la décision du tribunal pour Perrier va permettre à Nestlé Waters de maintenir le site et le sous-traitant à Vergèze. On est inquiet mais l’Occitanie est la seule région où le solde net d’usines (création/destruction) est positif (+9). Si on veut garder l’industrie, il faudra que la fiscalité, le coût du travail et la simplification soient abordés.

    Les délocalisations ne vous révoltent pas, c’est la loi du marché ?

    S.H. : Pardon tout le monde fait ses calculs. Vous feriez sans doute les mêmes. On peut attendre des grands groupes davantage de responsabilité sur les délais de paiement. Mais pourquoi j’irai produire plus cher ici qu’ailleurs ? Il ne faut pas leur demander de se tirer une balle dans le pied.

    Mais un jour la France ne produira plus rien…

    S.H. : On doit être fort sur les sujets qui créent une forte valeur ajoutée : la RD, l’innovation, le numérique, l’aéronautique. Vouloir garder en France des industries mondialisées, non différenciantes, c’est très compliqué. On peut aussi travailler sur des sujets de souveraineté alimentaire, de défense, de cybersécurité, du nucléaire. Stop aux petits calculs, l’État doit poser les grands enjeux.

    INSTABILITÉ & INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

    LM : Quels effets l’instabilité politique a-t-elle sur le moral et les décisions des chefs d’entreprise en Occitanie ?

    Samuel Hervé : Des études de la Banque de France en Occitanie ou le baromètre de la CCI régionale montrent que si on sort le secteur aéronautique qui tire l’économie vers le haut, on a dans les autres secteurs comme le BTP, l’hôtellerie-restauration, le numérique, les services sanitaires, social et à la personne, tous souffrent de difficultés de visibilité, de capacité à se projeter. Comparé à l’an passé, tous voient leurs chiffres d’affaires, perspectives d’investissement (à l’arrêt) et d’embauche diminuer. Quand vous ne savez pas à quelle sauce vous allez être mangés… On assiste à un grand concours Lépine de toutes les fiscalités possibles. Tout le monde attend. Le contexte international peut aussi un peu jouer quand les règles du jeu peuvent changer du jour au lendemain avec Trump.

    Voyez-vous l’IA comme un atout ou un danger pour l’emploi ?

    S.H. : Le Medef a fait un IA tour dans chaque département. On avait une centaine de chefs d’entreprise chaque fois. L’enjeu c’est de surfer sur la vague et de ne pas se faire submerger. Il faut bien connaître les valeurs de cet outil, ses forces et ses faiblesses, dans son entreprise, indépendamment de l’IA. La cité de l’économie et des métiers de demain avec le groupement Leader et l’appui de la Région ont lancé le programme « IA, on accélère ». Il y a 2 promos de 20 entreprises. On est accompagnés sur les différences d’IA (générative, prédictive…). Par exemple, dans ma PME de restauration collective j’ai une dette technologique à résorber pour récupérer des données accumulées depuis 18 ans. On peut aussi faire en sorte que les collaborateurs se concentrent sur leur cœur de métier. Il y a aussi risque de la substitution. Je ne mettrais pas des garde-fous légaux mais à la main du patron. Trouver des salariés impliqués est précieux, je ne connais pas beaucoup de patrons qui s’en séparent même si la compétence est substituable. On peut acheter de la compétence, pas de la motivation.

    TAXATIONS & RETRAITES

    LM : Vous refusez plus de fiscalité mais les profits du CAC40 sont énormes : 131 milliards en 2024. Ne faudrait-il pas taxer plus les gros et moins les petits ?

    S.H. : Si on regarde l’addition des 53 milliards d’économies, il y en a 31 sur les gros. Il y a en France un CAC40 bashing un peu terrifiant. On devrait se féliciter d’avoir des champions français, européens, ce sont des boîtes transnationales. L’activité de Total est déficitaire en France, ils pourraient s’en débarrasser mais ils la gardent. L’essentiel du prix à la pompe c’est des taxes. Par ailleurs, on demande aux grands groupes de continuer à faire de l’apprentissage alors qu’ils n’ont plus aucune aide. Opposer les grands aux petits c’est une vision idéologique. Les gros sont aussi des donneurs d’ordre. Beaucoup de PME et PTE travaillent avec les patrons du CAC40. A travers eux, on risque d’affaiblir le tissu régional. Aujourd’hui, le capital est moins bien rémunéré en France qu’en Allemagne, en Italie, en Suède. Une étude de l’OFCE montre aussi que le niveau de rémunération (des salariés) comparé à la valeur ajoutée créée par les entreprises est le plus élevée en France.

    Vous étiez dans le Conclave. Pourquoi avoir quitté la conférence sociale ?

    S.H: On est allés au Conclave alors que nos cousins n’y sont pas allés et que personne ne les a questionnés. Cette réforme des retraites était passée, ce n’était plus un objet de discussion. Ça a été remis sur le tapis pour des calculs politiciens, on n’était pas pour. On est allé plus loin que beaucoup de positions qu’on avait pu avoir : sur les carrières des femmes, la prévention de la pénibilité, des carrières longues. Là, avec la suspension, on ne fait plus de prospective, on devient instrumentalisés politiquement, on n’en a pas envie. Pareil sur l’assurance chômage, la réforme était passée il y a 2 ans. On a rouvert la boîte de pandore, c’était du pain béni pour les syndicats (salariés). Je peux concevoir que le 49-3 n’ait pas plu mais il reste un outil constitutionnel. Ce n’est pas un déni de démocratie.

    C’EST QUOI UN BUDGET RESPONSABLE ?

    S.H. : Un budget qui conjugue la capacité d’un pays à pouvoir continuer à faire de la croissance. Si on veut protéger le modèle social, la capacité des entreprises à faire de l’emploi, on ne peut pas assécher les conditions de création de valeur. Il n’y a plus d’incitation fiscale pour les entreprises à créer de la valeur. Les systèmes sont parfois confiscatoires. Ça résonne sur l’investissement, sur l’emploi ce qui fait moins de cotisations sociales qui rentrent. Taper sur les entreprises plutôt que sur les dépenses de l’État ce n’est pas responsable.

  • [Entretien] Gabriel Zucman : « Ce que je propose, c’est une taxe sans échappatoire »

    [Entretien] Gabriel Zucman : « Ce que je propose, c’est une taxe sans échappatoire »

    La Marseillaise : Quel message délivrez-vous pour cette conférence aixoise ?

    Gabriel Zucman : Je donne une série de conférences à travers la France pour parler de mon livre Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin avec deux objectifs. Le premier, c’est de permettre une appropriation citoyenne des savoirs. C’est-à-dire de permettre à tout le monde de s’approprier les connaissances qui ont été établies, ces dernières années, sur le montant réel d’impôts payés par les plus grandes fortunes du pays. C’est une question sur laquelle il y a beaucoup d’opacité, il n’y a pas de statistiques publiques sur ces sujets. Mais, cette opacité, elle a commencé à être dissipée très récemment. Ce sont de nouveaux travaux de recherche qui ont été menés depuis 3-4 ans, dont je rends compte dans le livre. Le deuxième objectif, c’est de permettre à tout le monde de s’armer intellectuellement pour les débats sur l’impôt plancher que je défends, qui ne font que commencer. Certes, il y a eu un vote négatif à l’Assemblée nationale en octobre, mais la proposition va revenir très vite dans le débat : on a des problèmes très lourds de finances publiques, donc on a besoin de recettes fiscales. Donc dès 2026, on va en reparler. Et si ce n’est pas adopté en 2026, ce sera un enjeu majeur de l’élection présidentielle de 2027. Donc, je veux permettre à tous les citoyens de se faire leur propre avis et de connaître les arguments, les contre-arguments et de s’armer pour ce débat.

    Avez-vous le sentiment qu’entre les discours autour de la dette qui justifient l’austérité et votre proposition de taxe, les lignes bougent sur la fiscalité des plus riches ?

    G.Z. : Oui, je pense que le débat en matière fiscale, le débat sur la question de l’imposition des très grandes fortunes, est beaucoup mieux posé aujourd’hui qu’il y a encore six mois ou un an. Il y a beaucoup plus de gens qui comprennent l’anomalie que j’explique dans mon livre : les milliardaires ne paient quasiment pas d’impôts sur le revenu et qu’en conséquence, tout prélèvement obligatoire compris, ils paient deux fois moins que le Français moyen. Ça commence à être beaucoup mieux compris, connu. Ce n’était pas le cas encore il y a un an. Et puis surtout, qu’il y a une solution efficace et juste à ce problème qui consiste à créer un taux minimum, un plancher incompressible d’imposition pour les ménages ultra-riches, qui ont plus de 100 millions d’euros de patrimoine. C’est une idée assez nouvelle. Ce n’est pas du tout le retour de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), c’est l’inverse, ça n’a rien à voir. Ça touche beaucoup moins de gens. Il n’y a pas d’échappatoire, il n’y a pas de niche fiscale, etc. Cette proposition-là, elle commence à être connue aussi. Donc, il y a eu des gros progrès, dont je me félicite.

    Quel regard portez-vous sur la version « allégée » de votre taxe que porte actuellement le Parti socialiste ?

    G.Z. : La version light proposée par le PS était très problématique parce qu’elle venait répéter l’erreur principale qui avait miné l’ISF. L’ISF exonérait les mal nommés « biens professionnels ». C’est-à-dire que si vous possédiez plus de 25% du capital d’une entreprise, toutes ses actions étaient exonérées d’ISF. C’est ça qui faisait que les milliardaires ne payaient pas l’ISF. À la veille de son abolition en 2016, le taux effectif d’ISF pour les milliardaires, c’était 0,005%. Il y avait quand même une déroute, un échec dramatique en matière économique, budgétaire, qui s’agira de ne pas reproduire. Moi, dans mon travail de chercheur, j’essaie de tirer les leçons de cet échec pour produire autre chose précisément. Ce que je propose, c’est de créer un dispositif sans échappatoire. Dans la version light du PS, il y avait une exonération pour les gens qui possédaient plus de 50% de leur entreprise. Donc, si vous êtes très très gros, vous étiez exonérés de l’impôt plancher. Alors que le principe que je défends, fondamental, c’est celui de dire que si vous êtes immensément riche, vous devriez payer un minimum incompressible, sans exonération quelconque. Et on peut débattre [de la notion d’immense richesse Ndlr] : est-ce que c’est 100 millions, 200 millions, 50 millions, à la rigueur…

    Vous dites, dans « L’Humanité », que votre taxe est un « minimum syndical ». Est-ce qu’on ne doit pas aller plus loin ?

    G.Z. : C‘est le minimum syndical au sens où 2%, c’est le taux qui permettrait de s’assurer que tout prélèvement obligatoire compris, les milliardaires ne payent pas moins que le Français moyen. Donc, avec un taux de moins de 2%, ça veut dire que les milliardaires continueraient à payer moins d’impôts que le Français moyen. Et ça, c’est une violation de notre principe fondamental d’égalité devant l’impôt, principe constitutionnel en France. C’est comme ça que le taux de 2% a été calculé. Si on veut mettre nos lois fiscales en conformité avec notre principe d’égalité devant l’impôt, pris dans son exception minimaliste, alors on a besoin de ce taux plancher de 2%. Évidemment, il y a de très bonnes raisons de vouloir aller au-delà de 2%, avec des taux plus élevés. Parce que beaucoup de gens aimeraient que les milliardaires payent plus d’impôts en proportion de leurs revenus que le Français moyen. Dans ce cas-là, il faudrait des taux de 3%, 4%, 5%, enfin des taux plus élevés que 2%. Mais 2%, c’est une proposition pensée pour être consensuelle. C’est-à-dire que personne n’accepte, personne ne devrait accepter, que les milliardaires puissent payer moins que le Français moyen. On peut corriger cette anomalie avec 2%.

    Vous faites le lien entre cette extrême richesse et le rapport sénatorial sur les aides publiques aux entreprises qui les estime à 211 milliards d’euros ?

    G.Z. : Il y a plusieurs liens, mais d’une façon générale, en France, on a une fiscalité qui est mitée d’échappatoires, de niches fiscales, d’avantages divers et variés. Ça prend la forme, par exemple pour les milliardaires, qu’on les laisse toucher leurs revenus via des sociétés holding qui font écran à l’impôt et qui leur permettent donc d’échapper à l’impôt sur le revenu. Mais ça prend d’autres formes aussi, et ce maquis d’aides publiques aux entreprises, de crédit d’impôt de recherche, d’exonération, etc. C’est une autre illustration de ce mal fondamental qui ronge le système fiscal français, et du coup aussi le consentement à l’impôt, qui est la multiplication des régimes préférentiels dans lesquels s’engouffrent inévitablement les personnes qui sont les plus fortunées ou les grandes entreprises, bien conseillées par des armées d’avocats fiscalistes. Tout cela alimente l’injustice fiscale, en plus d’avoir un coût budgétaire très élevé.

    à Sciences Po, 25, rue Gaston-de-Saporta
    à Aix-en-Provence. Inscriptions closes,
    le rendez-vous affiche complet

  • FSU et CGT rejoignent la mobilisation du 2 décembre

    FSU et CGT rejoignent la mobilisation du 2 décembre

    Pas de mobilisation prévue dans la capitale de Provence, mais l’union locale CGT et la FSU se joindront au cortège marseillais (au départ des Réformés, à partir de 10h30) ce mardi 2 décembre, pour battre le pavé contre l’austérité budgétaire. Lors des mobilisations de septembre et octobre derniers, les syndicats avaient défilé dans les rues aixoises ; cette fois, la stratégie de l’unité a été privilégiée pour cette nouvelle action.

    à Aix, « l’appel de la CGT est unitaire avec celui de la FSU », précise François Canu, secrétaire de l’union locale CGT. Le syndicat SUD Solidaire, qui rejoint l’appel à la grève, se rallie à l’appel de son Union départementale. « Gel des salaires dans la fonction publique, blocage des pensions des retraites, hausse des franchises médicales, coupes dans les services publics… Le budget Lecornu maintient le cap de l’austérité », pointe, dans un tract, l’union locale CGT. Des remarques que la FSU partage.

    « On continue de bosser en intersyndicale, même si, pour cette mobilisation, elle est restreinte », précise Céline Peccini, co-secrétaire départementale de la SNUIPP-FSU pour les Bouches-du-Rhône. Les étudiants, largement présents lors des dernières manifestations aixoises, n’ont pas non plus contacté la CGT, ni la FSU.

    Hospitaliers, enseignants, travailleurs du social et autres travailleurs de la fonction publique, comme du privé, seront donc mobilisés pour de meilleurs salaires et conditions de vies. « Les revendications restent les mêmes tant que le gouvernement ne lâchera pas son projet de budget actuel. S’y ajoutent la dénonciation de l’épuisement professionnel ou les injonctions hiérarchiques. Et on se battra aussi pour la réforme des retraites, poursuit Céline Peccini. On sait que ce combat n’est pas terminé. On attend toujours l’abrogation de la loi retraite. »

  • L’escalade guerrière pour tout horizon

    L’escalade guerrière pour tout horizon

    Sur les ondes de RTL ce mardi matin, le discours du président de la République a le mérite d’être éloquent. « Au moment où la guerre s’hybride, il est très important […] que nous raffermissions la Nation », assume Emmanuel Macron, en déplacement au Gabon. Tandis que le chef de l’État bat ses records d’impopularité (16% d’opinions favorables), il doit se rendre ce jeudi à Varces (Isère), auprès de la 27e brigade d’infanterie de montagne, pour annoncer un nouveau service national volontaire. « Il est très clair que nous devons renforcer le pacte armée-Nation », appuie-t-il encore, insistant toujours plus sur la menace russe.

    2 milliards à partir de 2035

    Les grandes lignes de ce nouveau service militaire ont opportunément filtré ce week-end, dans les colonnes de La Tribune dimanche. Payés 900 à 1 000 euros par mois, les volontaires seraient formés pendant dix mois aux métiers d’armes, et pourraient même être déployés sur le territoire dans les patrouilles de la force Sentinelle. Sans être envoyés en opération extérieure, avec l’objectif d’atteindre dès la deuxième année 10 000 volontaires, puis 50 000 à l’horizon 2035. Pour un coût estimé, à terme, à 2 milliards d’euros. Après quatre ans d’un fiasco émaillé de scandales, la page du Service national universel voulu pour les lycéens, avec son coût faramineux de 3,5 à 5 milliards d’euros en 2024, est définitivement tournée.

    « Il faut supprimer l’idée confuse qui consisterait à dire que l’on envoie nos jeunes en Ukraine », a beau jeu d’insister le président de la République. Car, avant lui, le chef d’état-major des Armées avait été envoyé déminer le terrain, assumant, il y a une semaine à l’occasion du congrès des maires de France, qu’il fallait « accepter de perdre ses enfants ». Un propos « sorti de son contexte », répète Emmanuel Macron, qui n’entend pas moins envoyer des soldats français en Ukraine, à l’arrière, « une fois que la paix sera signée ». Un déploiement « comme nous le faisons dans certains pays sur le flanc Est de l’Otan, soit dans les airs, soit sur terre, soit sur mer ».

    Car le chef des Armées assume l’escalade militaire et la confrontation avec la Russie. « Dans les scénarios qui sont étudiés par tous les Européens, une des principales menaces pour nos pays est la Russie », annonce-t-il, en dénonçant « des guerres hybrides sur le sol de l’Union européenne ». Alors, le président de la République menace : « Le jour où vous donnez un signal de faiblesse à la Russie, elle va continuer d’avancer. » Après avoir doublé, depuis le début de son mandat, les crédits militaires à travers deux lois de programmation, il assume la course aux armements : « Si nous voulons nous protéger, nous devons montrer que nous ne sommes pas faibles avec la puissance qui nous menace le plus. »

    Ces élans militaristes, le secrétaire national du PCF les a dénoncés à l’occasion de son meeting, dimanche, à Marseille (notre édition du 24/11). « Depuis trois ans, les discours guerriers se multiplient et alimentent une escalade dangereuse », alerte Fabien Roussel. Défendant des engagements diplomatiques pour la paix et la sécurité « de l’Atlantique à l’Oural », sans rien enlever à une défense nationale souveraine.

    Chantage sur le budget

    Mais, ce lundi, le Premier ministre Sébastien Lecornu, ancien ministre de la Défense, passait un cap supplémentaire en sollicitant auprès de l’Assemblée un débat, le 10 décembre prochain, sur les enjeux militaires afin de mieux faire avaler un budget austéritaire. Sans budget, « la défense perd 6,7 milliards prévus dès 2026 », avertissait le résident de Matignon. Si le gouvernement devait recourir à une loi spéciale pour reconduire le budget actuel, les Armées « seraient les premières victimes », insistait-il. Alors que la Russie, elle, « n’a pas de politique sociale, elle est très loin de tous les débats qu’on a : elle produit des sous-marins, des missiles, des tanks », lâchait ce mardi Emmanuel Macron. Comme s’il fallait suivre l’exemple.