Tag: Bouches-du-Rhône

  • [Entretien] Stella Estaque : « La priorité est le maintien de l’emploi à La Poste »

    [Entretien] Stella Estaque : « La priorité est le maintien de l’emploi à La Poste »

    La Marseillaise : Vous avez été élue récemment. Quels sont les combats prioritaires de la CGT AP 13 ?

    Stella Estaque : La première des priorités du secrétariat est la sauvegarde des bureaux de poste. On a sauvé celui de Martigues grâce au comité de vigilance postale et de ses usagers. On se bat actuellement pour celui de Gardanne-Biver. L’idée est de conserver un maillage territorial et donc de l’emploi. Qui dit fermeture de bureaux, dit emplois en moins et un service rendu aux usagers en disparation. On demande des bureaux de plein exercice, avec la possibilité de faire toutes les opérations possibles. Et non pas comme les « points de contact » dans des commerces privés. C’est donc intimement lié au maintien de l’emploi, autre priorité du mandat : En 4 ans, dans les Bouches-du-Rhône, on a pratiquement perdu la moitié de notre masse salariale chez les agents, hors cadre. Le tout a un impact sur les conditions de travail, notamment des facteurs, avec des tournées de plus en plus importantes. On a aussi un autre sujet d’inquiétude : la réorganisation de la Plateforme industrielle de courrier (PIC) Provence, à Vitrolles.

    Vous alertez sur ces transformations ?

    S.E : La réorganisation de la PIC va avoir des conséquences qui vont bien au-delà de la PIC en elle-même. Elle va se transformer en plateforme « version Amazon » avec principalement des colis, où l’on risque de perdre le courrier. Cela va dire une perte d’emploi à venir, mais aussi une forme de fusion des plateformes de colis qui se trouvent aux Arcs, dans le Var, et à Cavaillon, dans le Vaucluse. Que va-t-il se passer pour les facteurs colis des Bouches-du-Rhône ? Que vont devenir les facteurs courriers ? Ce sont des questions auxquelles nous n’avons pas de réponses pour l’heure, mais il y aura un énorme chamboulement du maillage entre courrier et colis. Et c’est lié aux contrats avec Amazon et Temu…

    La direction de La Poste affirme pourtant maintenir le rôle social du facteur, avec le développement de l’aide à la personne, par exemple…

    S.E : C’est un affichage qui ne se retrouve pas dans les faits. Le nombre d’emploi fond comme neige au soleil. Et si l’on veut une utilité sociale au postier, on ne supprime pas autant d’emplois. Philippe Wahl [PDG sortant de La Poste, ndlr] évoquait la distribution des repas, mais pour cela, il faut des bras. C’est le même principe pour les bureaux de poste : ils disent qu’ils souhaitent faire revenir les usagers dans les bureaux, mais il y en a de moins en moins. Avec les fusions de bureaux, ils sont toujours plus éloignés géographiquement des usagers… Les accords avec Amazon et Temu montrent cela : ils privilégient la rentabilité plutôt que l’utilité sociale. En réalité, on est sur une chasse au coût permanente en interne, avec un PSE [plan de sauvegarde de l’emploi, ndlr] déguisé.

    Vous appelez à la grève pour ce mardi ?

    S.E : La Poste ne fait pas de plan social. Mais la direction licencie dans des proportions importantes malgré tout. Il y avait 55 PIC il y a quelques années, il n’y en a plus que 26 aujourd’hui. Au lieu de faire un PSE, qui permettrait un accompagnement ou des formations, la direction propose des postes à l’autre bout du pays, pour que le salarié refuse et soit licencié. Il y a des départs à la retraite pas remplacés, beaucoup de licenciements pour inaptitude… La nouveauté, c’est le « licenciement pour désorganisation ». On a un exemple sur le site de Marseille 5e arrondissement, à Louis-Astruc. Notre appel à la grève concerne ce site. Un agent a eu des problèmes de santé, l’an dernier, avec 100 jours d’arrêt maladie environ. Cette année, il a eu 13 jours. La direction a donc calculé sur deux ans et juge qu’il y a trop de jours d’arrêt, et le licencie pour ce motif, la « désorganisation ». La direction expliquant que cela avait provoqué des problèmes d’organisation. On répond que ce sont des arguments fallacieux.C’est facile de crier à la désorganisation quand on manque cruellement d’effectifs. D’autant qu’on a des facteurs remplaçants qui prennent le relais en cas d’absence… C’est encore moins compréhensible d’évoquer une désorganisation pour une absence pour maladie dans un bureau. Il y a la même situation pour une agent dans les Alpes-de-Haute-Provence. On revendique leur réintégration. Et ce sont des symboles du PSE déguisé : on a plusieurs dizaines de licenciements pour désorganisation dans le département depuis l’année dernière… Nous appelons donc à un rassemblement devant le Village La Poste à Marseille, ce mardi, à 10 heures.

  • [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    La Marseillaise : Les derniers chiffres montrent une forte hausse du chômage des jeunes. Vous l’observez comment sur le terrain ?

    Vincent Cantrin : Il y a un effet structurel, il y a toujours une montée du chômage des jeunes à la fin de l’année scolaire parce qu’ils sortent de l’école, ils ne trouvent pas forcément un boulot immédiatement. Et la loi « Plein emploi » a obligé les jeunes suivis par les missions locales à s’inscrire à France Travail, ce qui, mécaniquement, a fait augmenter le nombre de jeunes inscrits. Ceci dit, il y a d’autres raisons. Quand le chômage monte, que l’emploi stagne, ceux qui en pâtissent les premiers sont souvent les jeunes. Au-delà, il faut voir ce qu’on leur propose sur le marché du travail, avec souvent des offres non qualifiées, mal payées. L’apprentissage a été développé, et on se retrouve avec une masse de gens qui ont fini leur apprentissage, mais qui ne peuvent pas entrer sur le marché du travail classique parce qu’ils sont mis en concurrence avec d’autres apprentis, même dans les grandes entreprises… Il y a des tas d’écoles privées, très chères, qui proposent à des gamins des formations qui les font rêver, par exemple en marketing du sport, pour lesquelles il n’y aucun débouché. Ce n’est pas l’enseignement public le problème, il y a ces écoles de commerce à tous les coins de rue !

    Les réformes de l’assurance-chômage ont-elles eu un impact ?

    V.C. : Ceux qui ont été le plus pénalisés par le changement de la méthode de calcul, ce sont les saisonniers et les intérimaires. Il y a une volonté de contraindre les gens à travailler, mais avec en regard une situation qui ne leur propose pas le type de contrat qui convient. C’est toujours l’intérim qui tire son épingle du jeu, il n’y a que 25% des embauches qui se font directement en CDI ! Pour les jeunes, il y a une précarisation au chômage, parce qu’ils sont moins bien rémunérés. Mais, quand vous n’avez plus rien, votre premier réflexe, c’est comment je vais bouffer, pas quel travail je vais trouver. On le voit, ceux qui retrouvent le plus facilement du travail, ce ne sont pas ceux qui sont les moins indemnisés, ce sont ceux qui ont encore une voiture pour se déplacer, un abonnement internet, un téléphone qui fonctionne… Et, d’autre part, une précarité aussi dans le travail, avec des contrats de courte durée, très mal rémunérés. Le monde du travail a éclaté et donc les jeunes en pâtissent les premiers. Cela génère de nouvelles mentalités, de nouveaux comportements.

    Les annonces du gouvernement sur le budget ciblent particulièrement France Travail…

    V.C. : Cela fait plus que nous alerter, ça nous inquiète. La loi « Plein emploi » a créé une charge de travail supplémentaire et là, on nous réduit les effectifs. Il nous fallait 2 000 emplois de plus, on en a 515 de moins. Comme pour la création de Pôle emploi, ils tablaient sur une baisse massive du chômage et se disaient qu’on accompagnerait mieux les personnes. Et là, patatras, le chômage remonte. On a moins de moyens et plus de gens à accompagner. Au bout d’un moment, on ne peut pas y arriver ! Et quand on nous dit 20% de moins sur le budget d’intervention, cela veut dire qu’on va financer de moins en moins de prestations, d’aides à la création d’entreprises, à la reprise d’emploi, de formations…

  • Une jeunesse en lutte contre le chômage

    Une jeunesse en lutte contre le chômage

    Six semaines pour provoquer l’engagement chez les jeunes éloignés de l’emploi, c’est l’objectif du « Lab de l’engagement », dispositif de l’antenne du Vieux-Port de la mission locale de Marseille. Autour de la table se trouvent Amir, Achraf, Félix, Maëlle, Jenna, Carlla-May et Kassim, aux côtés de leurs accompagnatrices, Coraline et Louna. Ils ont entre 16 et 24 ans et sont dans la cinquième semaine du dispositif, fruit d’un partenariat entre plusieurs associations – Citizen Campus, les Têtes de l’Art, Appel d’Aires – et financé par la Ville de Marseille.

    Au rythme de trois à quatre ateliers par semaine, ils pratiquent divers exercices en lien avec l’engagement au sens large et rencontrent des associations. « On a vu beaucoup de choses, un travail sur les médias, les informations actuelles et historiques… On a rencontré des intervenants intéressants », témoigne Amir. Son parcours résume bien l’objectif du Lab : « Au début, je me demandais ce que je faisais là. Et, au bout d’une semaine, je me suis dit que c’était trop bien. Sans le Lab, je ne me serais pas autant ouvert. » Achraf abonde : « J’ai acquis de l’expérience avec les ateliers sur la politique. On n’aurait pas eu ces informations sans le Lab, c’était bénéfique. »

    De quoi réellement les pousser vers le travail. Par exemple, Carlla-May bénéfice d’une allocation au titre de « l’engagement jeune ». « Ça me permet de mettre des sous de côté pour m’acheter du matériel et faire le métier que j’aime. Et me payer la formation adéquate », explique-t-elle. Un engagement « donnant-donnant ». Même principe pour Kassim, qui a « postulé pour être ambassadeur de la vie collégienne » suite au Lab de l’engagement. Et Amir entend redoubler d’efforts dans l’association, dont il est déjà membre.

    En bref, l’objectif du Lab est jugé atteint par la plupart des jeunes présents. « J’étais vraiment pas rassuré de faire des choses en groupe, je suis venu à reculons. J’ai appris à reprendre confiance en moi, à m’exprimer en situation de groupe alors que je n’étais pas habitué », témoigne Kassim. Il se dit même « fier » d’être sorti de sa zone de confort. Et les effets sont concrets : Si ces jeunes sont la deuxième promotion du Lab, les membres de la première « ont tous trouvé un emploi ou une formation ».

    Découverte des métiers de Twitch

    Au programme ce jour, ils découvrent le studio Twitch, service de diffusion vidéo en direct, de l’émission de la mission locale Lab’On-ID. Paul Ordonneau, co-animateur, présente les grandes lignes du format : « Notre but est d’éveiller la curiosité chez les jeunes. On a aussi des formats qui nous tiennent à cœur, avec des émissions plus axées sur le divertissement. Ça permet de parler de la mission locale d’une autre manière. » Il propose à Kassim de co-construire une future émission. Les deux échangent longuement pour établir un plan, avec l’optique de lui laisser la main. « Quel concept tu veux voir ? Tu verrais comment cette séquence… », questionne-t-il. Kassim rebondit, en proposant des variantes de concepts qu’il connaît : « Cyril Gane [combattant de MMA, Ndlr.] fait des vidéos comme ça. Faire une discussion autour du sport, j’aime bien. »

    Rapidement, il prend la main : « On pourrait faire ça avec des invités en plateau, j’animerais et je poserais des questions si nécessaire. » Les autres jeunes écoutent Rayima Ammad qui expose son travail sur la gestion du tchat et la participation des auditeurs, la création des relais de l’émission en temps réel sur les réseaux sociaux… Mathieu Jonquières s’occupe de la régie et présente les aspects techniques et les micros : « Notre objectif est de donner la parole aux jeunes sur les sujets qui les intéressent. On essaie d’avoir une approche qui amène naturellement les jeunes à la mission locale. » Présentation de métiers avec des formats vidéos qui parlent aux jeunes, pendant que les jeunes accompagnés mettent la main à la patte. C’est tout le concept de Lab’On ID : « Ça les aide à découvrir des métiers et voir qu’il y a des opportunités à la mission locale. »

    EN CHIFFRES

    +6,3%

    De jeunes de moins de 25 ans sont inscrits à France Travail et tenus de chercher un emploi (catégories A, B et C) dans la région, au 3e trimestre 2025, portant leur nombre à 63 370, dont 41 870 (+8,7%) sans aucune activité (catégorie A). Sur un an, la hausse est de 21,4%, soit 11 170 jeunes de plus.

    +7,1%

    De jeunes inscrits en catégorie A, B et C dans les Bouches-du-Rhône, soit 26 850 personnes, dont 17 950 en catégorie A (+9,3%). +6,3%Dans le Var, soit 12 920 jeunes inscrits, dont 8 630 en catégorie A (+8,8%).

    +5,3%

    En Vaucluse, soit 8 550 jeunes inscrits, dont 5 500 en catégorie A (+8,1%).

  • Des jeunes en première ligne de la précarité

    Des jeunes en première ligne de la précarité

    La conjoncture se dégrade. Encore. Selon la Dares, le chômage des moins de 25 ans, qui frappe environ un jeune sur cinq dans le pays, a progressé sur le trimestre de 6,8% pour la catégorie A et de 4,4% pour les catégories A, B et C. Sur un an, il a bondi de 29,8% pour ceux sans aucune activité et de 19,5% en incluant l’activité réduite.

    La hausse du chômage des jeunes n’est pas un accident. Elle est le résultat d’un système qui les abandonne. Dans un communiqué, la CGT dénonce cette situation sociale, dont les jeunes sont « les premières victimes », évoquant une « précarité qui explose ».

    Investir dans l’avenir

    Derrière les chiffres, une réalité brutale : contrats courts, absence de perspectives, précarité durable. Les réformes de l’assurance chômage ont aggravé la situation, pénalisant les plus fragiles, notamment les jeunes, les saisonniers et les intérimaires. La politique de l’offre menée depuis de nombreuses années aboutie à une impasse.

    Pendant que France Travail voit ses moyens fondre alors que les besoins augmentent, les missions locales tentent de maintenir le cap avec des initiatives, comme le « Lab de l’engagement » à Marseille, qui redonnent confiance et envie d’agir à une jeunesse trop souvent abandonnée.

    Mais ces efforts locaux ne suffisent pas à compenser une politique nationale défaillante. Il s’agit désormais d’investir dans l’accompagnement, la formation, les services publics. Et cesser de culpabiliser une jeunesse qui subit les choix politiques. Car investir dans la jeunesse, c’est aussi investir dans l’avenir.

  • Victoire bonifiée pour Provence rugby face à Brive

    Victoire bonifiée pour Provence rugby face à Brive

    Quand deux équipes en quête de confiance s’affrontent, le spectacle n’est pas toujours au rendez-vous. C’est ce qu’a été la première période du duel Provence-Brive, mettant aux prises des protagonistes encore marqués par leur échec lors de la journée précédente. Les Aixois avaient raté le coche à Oyonnax, tandis que les Corréziens avaient été domptés à domicile par Soyaux-Angoulême.

    En première période, pour voir un peu de jeu, il fallait attendre la demi-heure de jeu, après que les Brivistes ont récupéré leurs punis du premier quart d’heure. À deux de plus, les Aixois avaient eu du mal à prendre le score, avec seulement deux essais, alors que la logique aurait voulu qu’ils profitent de l’aubaine pour creuser l’écart.

    Le retour à 15 des visiteurs ramenait un certain équilibre. Sans que le jeu prenne du relief. Ce qui se remarquait, c’étaient essentiellement les ballons tombés, de part et d’autre.

    Après les citrons, le jeu devenait un peu plus intéressant. Avec des Corréziens qui tentaient au large, face à des Aixois plus présents dans le petit périmètre. Une tactique qui usait la défense visiteuse, qui devait céder une troisième fois après l’heure de jeu. Le bonus offensif était alors acquis. Même si le succès aurait pu être plus large, un quatrième essai provençal étant refusé à Malohi Suta en fin de match.

    Provence – Brive 25 – 3 (15 – 3)
    9ᵉ journée de Pro D2
    Stade Maurice David (8200 spectateurs).
    Arbitre : P. Bru.

    PROVENCE : 3 essais Latterrade (22), Tuisue (25), Piféléti (64), 2 transformations (22, 64) et 2 pénalités (7, 58) Muntz.

    BRIVE : 1 pénalité Shillcock (29). Cartons ; jaune : Herbst (13), Affane (77) ; orange : Gué (3).

  • Une traversée de l’histoire dans l’œil des Detaille

    Une traversée de l’histoire dans l’œil des Detaille

    Une reproduction historique d’un atelier photographique du XIXe siècle accueille le visiteur. La chambre photographique en impose, majestueuse. Gérard Detaille, qui représente la troisième génération de la célèbre dynastie de photographes, a raconté cette aventure sur trois générations, lancée avec son grand-père, lors de la présentation de l’exposition, jeudi. L’événement fait figure de petite révolution au Musée d’histoire de Marseille.

    Le ministère de la Culture l’a labellisée au titre du « Bicentenaire de la photographie », qui se tiendra de septembre 2026 à septembre 2027. L’exposition présente les clichés de la cité phocéenne pris par les membres de cette famille.Si Nicéphore Niépce réalisait le premier cliché de l’Histoire en 1824, c’est en 1860 que Fernand Detaille pose les premières fondations de l’œuvre familiale qui donne à voir Marseille à travers le temps, sous tant de visages.

    « Portraitistes »

    L’histoire débute lorsque Nadar, photographe, lègue son atelier situé sur la Canebière (numéro 77) à Fernand Detaille (1875-1954), tombé amoureux de la mer. Rien ne prédestinait ce « jeune garçon de famille modeste, au père tonnelier et sans un sou, à partir à Genève, chez le grand photographe Boissonnas, qui le guida vers Nadar », témoigne le dernier de la lignée. C’est le début de l’empire.Le fils Albert (1903-1996) prend la suite en 1950, apportant poésie et sensibilité. L’atelier devient un lieu de rencontres effervescent de personnalités et journalistes. Son objectif capturera ainsi Joséphine Baker, de Gaulle ou Marcel Pagnol… Gérard, né en 1948, raconte reprendre le studio en 1971. « À l’atelier, mon père quittait la table pour aller sortir les plaques du bain. En fait, les Detaille étaient ouvriers à la maison, hommes du monde dehors et artistes quand il fallait », confie celui qui sera le modernisateur et qui introduira une dimension panoramique et aérienne aux clichés.

    Mille Marseille défilent au fil des décennies : aménagement de la ville, transformations modernes, la guerre, les mariages, les métiers, les baptêmes… « Nous étions des portraitistes intimes de la ville », conclut Gérard Detaille. L’exposition présente 225 photographies, quatre grands appareils photos anciens et autres objets emblématiques qui font remonter le temps.

    Jusqu’au 30 octobre 2026, 2 rue Henri-Barbusse (1er). Gratuit

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    Ma conclusion déclarait que la classe ouvrière de France s’était prononcée pour une Fédération syndicale mondiale destinée à rassembler, dans son sein, tous les pays et toutes les tendances. Je fus ovationné par le congrès debout. Étonné d’une telle ovation, je ne m’attendais pas à ce que Jouhaux voulait m’imposer : présenter des excuses à Citrine. Il demanda à Benoît Frachon d’intervenir auprès de moi dans ce sens. Benoît lui répondit : « Demande-lui toi-même. »

    C’est ce qu’il fit en quittant la tribune. Il exigea que je fasse des excuses à Lord Citrine. J’étais ennuyé et regardais Benoît Frachon, qui était sur la tribune et faisait passer sa pipe de gauche à droite : c’était un message. Je refusais toute excuse, applaudi par la délégation française, sauf les minoritaires.

    Cette intervention faite en 1945 à la création de la Fédération syndicale mondiale permet de mieux comprendre la suite, les événements et la scission de 1947. Trois mois après le Comité confédéral de la CGT, Saillant, secrétaire de la Fédération syndicale mondiale, dénonça l’Américan Fédération of Labor qui travaillait contre la FSM. Ce n’est pas une nouveauté pour nous, mais les attaques contre la FSM avaient pris d’autres caractères. Elles étaient menées et conduites par les gouvernements américains et de Grande-Bretagne sur le conseil de Citrine, ouvertement hostiles au développement et le rayonnement de la FSM. Il fallait donc constater que ces gouvernements, y compris celui de la France, ont tout fait pour nuire aux initiatives et au travail de la FSM refusant par exemple les visas pour les responsables de celle-ci. L’Américan Fédération of Labor refusa d’adhérer à la FSM nouvellement créée et, parallèlement, elle délégua en Europe Irving Brown pour mener l’action contre les forces hostiles à la stratégie américaine.

    Sur le plan international, l’année 1947 fut marquée par la division du monde en deux camps qui se concrétisa par la création du plan Marshall et du Kominform. En France, chacun prit place dans son camp. Les communistes dénoncèrent la trahison des chefs socialistes qui les avaient exclus du gouvernement sur l’ordre des USA. Quant aux socialistes, ils dénoncèrent la rupture par les communistes de la solidarité gouvernementale à propos des revendications des travailleurs.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Lorris Canovas, prêt à accueillir ses anciens copains alsaciens avec le CNM

    Lorris Canovas, prêt à accueillir ses anciens copains alsaciens avec le CNM

    Après leur triomphe à Barceloneta en Ligue des Champions mercredi soir (11-12), les pensionnaires du Cercle des nageurs de Marseille retrouvent l’Hexagone, ce samedi (à 18h) au bassin Pierre-Garsau, pour disputer la rencontre phare du championnat national face à la Team Strasbourg. Et parmi eux figure un ancien pensionnaire du bassin alsacien : Lorris Canovas.

    Le défenseur-pointe international français de 24 ans, débarqué dans la cité phocéenne lors de la dernière intersaison, a disputé quatre saisons dans l’Est. « C’était la première fois que je partais de Nice, dont les objectifs commençaient à redescendre un peu », raconte le Maralpin d’origine. « Je me suis dit que Strasbourg était un club qui allait me faire passer un cap dans ma carrière. J’ai beaucoup appris là-bas, avec des joueurs d’expérience », poursuit l’ancien coéquipier d’Hugo Fontani, le gardien phare de l’équipe de France.

    Dans la capitale de l’Europe, Lorris Canovas a découvert le plus haut niveau. Ses bonnes performances lui ont permis de vivre ses premières sélections avec les Bleus, où il a pu faire la connaissance d’un certain nombre de poloïstes du CNM. « Je savais que mon prochain objectif était de rejoindre Marseille, qui est le meilleur club français », souligne-t-il, conscient qu’il était temps pour lui de passer dans un environnement plus compétitif. « Le niveau est très haut ici. Tous ces très bons joueurs sont tout le temps en concurrence, ils travaillent avec beaucoup d’acharnement et sont toujours amenés à se dépasser. C’est un mélange dont j’ai besoin pour progresser », ajoute celui apprécie l’exigence de son nouvel entraîneur Milos Scepanovic.

    Au bassin Pierre-Garsau, le Niçois a retrouvé des visages familiers. D’abord celui de Marc Amardeilh. L’adjoint du technicien monténégrin a séjourné deux saisons sur le banc strasbourgeois. Puis celui d’Andréa De Nardi, qu’il connaît depuis son enfance. « C’est son père qui m’a appris à nager et qui m’a initié au water-polo », raconte Canovas, lors de vacances passées dans un village dans les montagnes près de la cité des Anges. Ils se sont retrouvés quelques années plus tard, lorsqu’il a intégré l’Olympic Nice Natation, où il a évolué avec le petit frère d’Andréa. Le water-polo, c’est très souvent une histoire de famille.

  • [Chefs-d’œuvre des musées] Au musée Cantini, pénombres et vitrages, un diptyque de Leonardo Cremonini

    [Chefs-d’œuvre des musées] Au musée Cantini, pénombres et vitrages, un diptyque de Leonardo Cremonini

    Cremonini s’était établi à Paris en 1951, son atelier se situait en haut d’un immeuble de la rue de Buci. Dans la vie quotidienne, c’était un personnage de très fine culture, disputeur et généreux. Ses compatriotes Moravia, Calvino et Umberto Eco, en France Louis Althusser, Régis Debray et Gilbert Lascault ont accompagné son œuvre. Ses étudiants des Beaux-Arts de Paris l’appréciaient, visitaient ses expositions chez le proche galeriste Claude Bernard. L’acquisition de ce tableau de long format par le musée Cantini s’effectua en 1984 ; une fois de plus, un achat dû aux initiatives de Germain Viatte.

    Une franche séparation, des verticales dures régissent cette toile. En dépit de la richesse des couleurs et de l’irrationalité des situations, on n’échappe pas à l’empire de la géométrie. À gauche l’obscurité est tempérée par le tamis d’un lustre. Des silhouettes de gamins que le peintre a souvent clonées s’agitent. Des maillots de bain sans innocence, des trognes lourdement nourries et pas complètement éveillées trimbalent maladroitement de grands châssis : on pourrait imaginer l’inquiétude et la cruauté d’un rêve, l’atmosphère d’un cambriolage.

    À droite, en contraste avec la resserre où des tableaux sont suspendus, un arrière-fond de plage avec des cabines de douche se précise. Trois autres gamins fourgonnent un second déménagement, transportent chaises et fauteuils. Des coulures délibérément bâclées interviennent au niveau de la poignée d’entrée. La clarté de la mise en scène n’est pas parfaite puisqu’à cause des reflets et des traînes de buée de la porte-fenêtre, tout est perçu au travers d’un délavement et d’un retrait partiel de la lumière du soleil, Cependant, malgré ces conflits, ces griffures et ces corrosions du réalisme, rien n’est vraiment rebutant dans ce tableau. Un mystérieux renversement s’opère. Ce qui prévaut chez Leonardo, ce sont les énigmes, les joies et vivacités d’une peinture qui sait parfaitement ce qu’elle peut devoir aux fresques du Quattrocento, aux splendeurs de Velasquez ainsi qu’aux meilleurs moments de l’inventivité surréaliste, Balthus, Max Ernst et Chirico.

    Les chassis-barrages, Leonardi Cremonini

    format 152 x 200 cm

  • Des étoiles et des méduses, Pascaline Zicavo accueille Bernard Moninot

    Des étoiles et des méduses, Pascaline Zicavo accueille Bernard Moninot

    Ce sont des rythmes, une respiration, des dimensions ironiques ou bien des couleurs festives. C’est sensuel, fluide et imprescriptible. L’élégance et la fraîcheur du blanc des murs finement repeints évitent les écueils, le minimalisme ou bien l’abstraction rigides : une joyeuse cohérence s’impose clairement.

    Pascaline Zicavo est née en 1962 à Nice. Dans le commerce de l’art, elle est tardive. Plutôt nomades, ses parents lui ont donné la chance d’une double culture, elle a vécu à Barcelone jusqu’à l’âge de 17 ans. Franco-espagnole de cœur, elle parle volontiers avec autrui. À cause de leurs qualités graphiques, elle continue d’aimer acheter des livres d’enfant. Très jeune elle a passionnément fréquenté Vence et Saint-Paul de Vence, la galerie Chave et la Fondation Maeght. Elle estime que son défaut majeur serait d’être trop réfléchie, plutôt méticuleuse.

    Pour appréhender le monde, sa plus fidèle clef reste sa formation scientifique : elle a poussé loin ses études de biologie à Luminy, elle s’est durablement et volontiers vouée à son métier d’ingénieure. Jusqu’à ce que surviennent des ruptures dans sa vie. Un ancien atelier d’artiste s’étant libéré, elle a soudainement décidé en 2008 d’ouvrir une galerie. Son lieu craignit longtemps le qualificatif d’« invisible » qu’elle lui avait donné, à la fois par sincérité et par goût de la provocation.

    Foires et Salons, décentrements

    On a souvent pour axiome qu’une « vraie » galerie ressemble à sa galeriste. Pour elle et ses artistes, ce fut une chrysalide, un creuset. Son quartier s’est transformé : quand elle inaugure son espace, le Panier n’a pas la capacité d’attraction qu’il développe pour le meilleur et pour le pire, depuis 2013. Au fil des ans, la donne s’est éclaircie, Pascaline Zivaco a noué de solides complicités avec des collectionneurs privés, avec les Amis du Frac-Sud de Catherine Bollini, le Château de Servières de Martine Robin, la Chapelle des Pénitents Noirs d’Aubagne de Coralie Duponchelle ainsi qu’avec la galerie La Nave Va de Pierric Paulian. Avant qu’il ne quitte Marseille, le directeur du Frac, Pascal Neveux l’a convaincue d’accroître ses potentialités et de louer un stand à Paris pendant le Salon de Paris Drawing Room de mars 2024, avec une exposition solo d’Olivier Gruber, l’artiste-phare de sa galerie.

    Prendre le risque de montrer des artistes hors Marseille est une question de survie, le marché local est terriblement étroit. Le franc succès du premier essai l’a conduit à renouveler l’expérience dans d’autres cités européennes, Bruxelles en octobre 2024, ensuite Lisbonne et Santander en juillet 2025. Pour l’édition 2026 de Drawing Room, Invisible Galerie espère être sélectionnée : son projet regroupe des travaux d’Olivier Gruber, Joseph Dadoune et Guillermo Peñalver.

    L’exposition qu’elle présente actuellement autour de Bernard Moninot, artiste proche de Bernard Noël et de Jean-Christophe Bailly, exposé à la Fondation Maeght en 2022, s’est décidée en écho avec les manifestations programmées par le Cipm de la Vieille Charité autour de Liliane Giraudon, sa commissaire Cécile-Marie Castanet l’a aidée pour le choix des œuvres. « Ombre sonore » réunit une trentaine de petits formats à l’intérieur desquels on retiendra deux étonnantes merveilles. D’abord les très fines structures d’un objet multidirectionnel qui assemble des cordes de piano et d’énigmatiques formes étoilées de cinq millimètres de diamètre, des fossiles de pentacrine dont l’improbable survivance date de deux cent millions d’années ; pendant son enfance dans le Jura, leur assembleur aimait les collecter lorsqu’il les découvrait parmi les vignes après des heures de pluie,

    Ensuite, réalisée en avril 2025, une série de quatorze formats titrée Méduses. Quand bien même on aperçoit conformément à l’iconographie de la Renaissance des visages mortels et des têtes coupées en surimpression sur un fond noir, rien n’est exactement tragique dans l’apparition des fils lumineux de ces très singulières et très fascinantes bestioles : Bernard Moninot aime dire qu’une écoute, une perception aigüe des formes de l’univers sont beaucoup plus riches et inventives que notre imagination.

    Exposition Bernard Moninot, 2 rue du Petit Puits jusqu’au 29 novembre, ouvert du jeudi au samedi de 14 à 18h,
    tél : 06.18.17.27.82