Tag: Bouches-du-Rhône

  • Gaby Charroux défend le bouclier martégal, menacé par le RN

    Gaby Charroux défend le bouclier martégal, menacé par le RN

    C’est un Gaby Charroux mobilisateur qui a tenu son dernier meeting ce jeudi soir. Le maire sortant (PCF), qui brigue un quatrième mandat, fait l’unanimité chez ses sympathisants, venus remplir le gymnase des Salins à 72 heures du second tour.

    Mais il a surtout réussi à « rassembler tout le camp du progrès dans l’intérêt de Martigues », souligne la sénatrice des Bouches-du-Rhône Marie-Arlette Carlotti, venue « apporter le soutien de ma famille politique, le parti socialiste » à cette équipe renouvelée à 50%. Son collègue de la chambre haute du Parlement Guy Benarroche (les Écologistes) a également tenu à apporter sa force à Gaby Charroux, appelant les électeurs à « se déplacer pour défendre ces valeurs de justice sociale, ces valeurs de démocratie, cette transition écologique ».

    Au-delà de la sphère politique départementale, le député François Ruffin (Debout !) adresse également un message aux Martégales et aux Martégaux, les invitant à voter pour la liste de l’édile sortant « pour qu’il puisse s’occuper au mieux de la République du quotidien, qui s’occupe des cantines du périscolaire, des cimetières, des transports, de la vie ordinaire ». « Pour ça, il faut des gens qui soient soucieux des gens plutôt que de l’argent », affirme l’élu. L’ancienne insoumise Clémentine Autain aussi, appelle à la mobilisation, pour que « l’égalité soit au rendez-vous des politiques municipales ».

    La « supercherie du RN » dénoncée

    Sans compter l’antenne locale du Collectif solidarité Palestine ou encore l’Union locale CGT de Martigues. Son secrétaire général Daniel Bretonès rappelle : « Martigues n’est pas une ville neutre. Martigues est une ville ouvrière marquée par les luttes, construite par des générations de travailleuses et de travailleurs de l’industrie, de l’énergie, du port, de la pétrochimie, des services publics, du commerce. Une ville où le rouge n’est pas une couleur abstraite. C’est le rouge de la résistance, de celles et ceux qui ont refusé la soumission qui ont combattu le fascisme. (…) Ce rouge-là, camarades, nous oblige à prendre nos responsabilités. »

    Car si Gaby Charroux est arrivé en pole position à l’issue du premier tour, avec 35,71% des suffrages, le RN poursuit sa progression avec la candidature d’Emmanuel Fouquart, qui a obtenu 28% des voix après avoir raflé la députation à Pierre Dharréville en juillet 2024 (52,87% au second tour). « À Martigues, comme partout en France, l’extrême droite progresse en s’appuyant sur une détresse sociale qu’elle n’a pourtant jamais combattue », dénonce le syndicaliste.

    À propos de son adversaire, le candidat d’union de la gauche assène : « Voilà un député RN élu ici dont la première décision, est de tourner le dos aux Martégales et aux Martégaux [Emmanuel Fouquart avait préféré son mandat régional à son mandat municipal, Ndlr.]. Sur la rénovation de l’hôpital, dont nous avons tant besoin et que j’ai porté avec force et conviction, rien. Sur la sécurité, rien non plus. Et à l’Assemblée nationale, il vote contre les communes et fait perdre à la Ville 6 millions d’euros. » Mercredi 14 janvier, le RN a voté un amendement visant à amputer de près de 5 milliards d’euros la dotation globale de fonctionnement aux collectivités.

    Venu lui aussi apporter son soutien à Gaby Charroux, le sénateur communiste Jérémy Bacchi pointe l’enjeu du scrutin de dimanche : « Martigues fait office d’exemple dans sa gestion des services publics, dans l’accès à la culture, au sport, à la santé, dans la défense des travailleuses, des travailleurs, de l’environnement et de notre industrie. Vous avez une chance historique, il ne faut pas la gâcher. Je salue le courage de Gaby Charroux de son équipe de n’avoir jamais cédé aux sirènes de l’austérité. »

    Jean-François Mauffrey, conseiller municipal délégué à l’industrie et à l’environnement lors du précédent mandat et colistier du maire sortant, affirme non sans émotion : « Cette ville elle m’a créé. (…) J’ai bénéficié de l’école, du conservatoire gratuit, des différents types de clubs, de l’athlétisme, de la gym et finalement du club de volley. (…) J’ai aussi grâce à l’intergénérationnel. (…) Il nous faut continuer de défendre ce modèle martégal qui a fait le choix d’investir dans le bonheur et la vie des gens et qui propose des activités diverses à tous les âges. »

    Pour parvenir à le préserver, l’équipe d’union de la gauche tend la main « à tous ceux et celles qui ne se sont pas exprimés dimanche dernier », assure le co-listier Pierre Dharréville, alors que le taux d’abstention a atteint 42,4% lors du premier tour, mais aussi « à celles et ceux qui ont fait un autre choix au premier tour, qui ont voté par exemple pour le Collectif citoyen martégal ». L’appel est passé.

  • Sprint final pour Marc Pena au Jas de Bouffan

    Sprint final pour Marc Pena au Jas de Bouffan

    Sprint final et dernier temps fort de campagne pour Marc Pena, le candidat d’Aix Avenir, liste d’union de la gauche, en lice pour le second tour de l’élection municipale dans la cité du roi René. Ce jeudi soir, à la salle du Cèdre au cœur du Jas de Bouffan, quartier populaire d’Aix aux dizaines de milliers d’habitants, le candidat a fait salle comble pour une réunion publique placée « sous le signe de l’échange ». Laquelle a débuté avec la manière via la lecture d’une déclaration du secrétaire de l’Union locale CGT de la ville (lire ci-dessous). Puis une prise de parole attendue du candidat, ce quartier étant le lieu de son premier meeting de campagne, manière de boucler la boucle : « On avait commencé au Jas de Bouffan, nous terminons au Jas de Bouffan. C’est un quartier emblématique, avec plus de 30 000 personnes ». Avant de regretter : « Il n’y a pas eu la mobilisation souhaitée ici avec un taux de participation qui n’atteint pas 30% dans certains bureaux, pendant qu’on vote à 65% à Puyricard [quartier du nord d’Aix, Ndlr.]… » Mais rien n’est perdu à ses yeux, puisqu’il se remémore son élection comme député aux dernières législatives : « Dans un autre contexte, il y avait eu une forte mobilisation. Il faut donc à nouveau expliquer que le niveau communal est très important. Il faut rappeler que tout commence par là. » L’idée est donc de provoquer la mobilisation dans les quartiers jugés délaissés. Il développe le raisonnement en pointant « un problème d’égalité dans les territoires aixois ».

    Mobiliser les abstentionnistes

    « Le Jas de Bouffan peut s’interroger sur sa place dans la politique municipale, comme l’ensemble des quartiers populaires », poursuit-il. Et prévient : « Cela fait déjà 25 ans qu’on est gouverné par les Joissains, avec 7 ans de plus, la municipalité accentuerait ses politiques discriminatoires. » À l’inverse, il assure : « Notre liste est la seule qui peut changer Aix. »

    Et il énumère des raisons d’y croire. Arrivé 2e avec plus de 20% des suffrages exprimés, Marc Pena peut potentiellement espérer un report de voix de la liste insoumise (8%) et celle de Révolution écologique pour le vivant (Rev, 4,72%) qui n’étaient pas en capacité de se maintenir pour le 2nd tour (lire notre article du 19/03). Laquelle a clairement affiché son soutien à Marc Pena. « Il est encore possible de gagner. Il faut que nous allions convaincre les abstentionnistes mais pas avec des “y a qu’à et faut qu’on” mais en leur expliquant concrètement ce que signifie des services publics de qualité. » Il prend l’exemple de mesures concrètes de son programme : « Des logements étudiants pour qu’ils ne paient pas de loyer exorbitant pour un taudis, c’est ça la solidarité qu’on porte. » Ou encore « créer des maisons de quartier pour coconstruire les choses avec les citoyens, alors que Sophie Joissains ne consulte même pas ! ».

    « Des valeurs de progrès »

    Même si Sophie Joissains, la maire sortante le devance à l’issue du premier tour, il martèle : « Il y a des réserves de voix, il n’y a qu’une liste qui peut battre Sophie Joissains, nous devons tous nous être rassemblés ». « Les Joissains gouvernent depuis 25 ans, certains disent que c’est une fatalité, comme un vieux roi qui ne veut pas mourir », dénonce-t-il. Mais pas de fatalité de son côté : « N’ayons pas peur de rappeler nos valeurs de gauche, nos valeurs de progrès. Une fois élus, ce sera à nous de ne pas décevoir. »

    Des valeurs qui comptent vu le contexte aixois : « En face de moi, j’ai trois candidats de droite et d’extrême droite. (…) Hier, j’avais des croix gammées sur mon visage sur les affiches, ce n’est pas innocent. » D’où l’espoir d’Aix Avenir de changer la ville de l’intérieur.

  • À Arles, l’union fait la force autour de Nicolas Koukas

    À Arles, l’union fait la force autour de Nicolas Koukas

    « Ici c’est Fournier ! » clame Nicolas Koukas à l’ouverture de son meeting de second tour des élections municipales, jeudi soir, pour la liste de l’Union pour Arles. Le gymnase a vibré au son d’Eminem et d’AC/DC à l’énumération des noms des colistiers, avant de laisser place à la voix légèrement enrouée du candidat communiste, qui ne laisse aucune suspension à sa confiance : « ce second tour va nous mener à la victoire dimanche » affirme-t-il devant ses soutiens gonflés à bloc.

    Arrivé en deuxième position du scrutin avec 25,38 % des voix, derrière le maire Horizons Patrick De Carolis à 34%, Nicolas Koukas estime être « en ballotage favorable » au milieu du maire sortant et des autres adversaires que sont Rémy Benson (RN) à l’extrême droite avec 16,37% des voix et Jean-Michel Jalabert (DVC) à 13,69%. Le chef de file de l’Union pour Arles analyse le 1er tour en pointant que « deux tiers des Arlésiens qui se sont exprimés ont dit non au maire […] qui, ne vous y trompez pas, a subi un sérieux revers », mais ne s’en satisfait pas pour autant. « L’abstention est trop forte quand un Arlésien sur deux ne ssest pas déplacé pour voter. Ce n’est pas une fatalité, c’est le symptôme d’une crise démocratique » relève le candidat qui veut la « combattre de manière unie ».

    La force de l’union

    Car « La force de l’union » n’est pas qu’un slogan écrit sur les affiches et tracts du candidat, mais une somme de réalités. Outre les neuf partis politiques mobilisés au sein de cette union, ainsi que les « 600 Arlésiens qui ont construit le projet » porté par sa liste, dont ceux de l’Appel d’Arles, Nicolas Koukas emporte avec lui de nouveaux alliés dans ce deuxième round.

    À commencer par des anciens membres de l’équipe De Carolis comme le Dr Serge Meyssonnier de Mas Thibert, ancien adjoint et Sophie Aspord, ex-3e adjointe à l’urbanisme, tous deux présents dans la salle, le candidat est fort du « consensus de tous bords sur l’incapacité à rassembler et diriger » du maire sortant, « y compris dans son ancienne équipe ». Mais aussi du soutien des Écologistes qui étaient sur la liste de Jecilla Regad (LFI) au 1er tour, dont Nicolas Koukas (PCF) a salué la « belle campagne de gauche ».

    De gauche, comme Fernand Fournier, dont Nicolas Koukas a souhaité « rappeler qui il était : un résistant, cheminot, mort en déportation ». Une précision utile face au discours du maire sortant, qui fait feu de tout bois sur le communiste et son équipe. « Des dangereux bolcheviques avec un couteau entre les dents ! » caricature Nicolas Koukas, qui se dit « fier de nos parents et grands-parents qui ont chassé les nazis eux-mêmes en 1944 et ont mené tant de combats depuis ».

    Plus que l’anticommunisme primaire, le candidat pointe « les intimidations » sur des agents communaux de la part du maire sortant, les « divisions systématiques » au sein de « l’ancien monde en déroute » du « candidat macroniste » qui a été jusqu’à « faire pression sur Jean-Michel Jalabert pour qu’il se retire, en appelant jusqu’à Jean-Pierre Camoin, ancien maire de droite (RPR) dans les années 1980 pour ce faire ». « Quel spectacle, quel cirque nous offre-t-il après nous avoir tant critiqué tout le mandat ? Comment avoir confiance en un homme pareil ? Notre ville mérite mieux » tranche Nicolas Koukas.

    « Notre devoir est de mettre fin au système De Carolis » lance-t-il, y opposant « l’urgence de la démocratie participative pour rendre Arles aux Arlésiens » et « refuser les décisions prises entre amis ou dans un bureau fermé ». Mais aussi « Les 12 millions d’euros que nous allons dédier à l’éducation et aux écoles, la lutte contre l’habitat indigne » entre autres mesures que Nicolas Koukas espère faire gagner par le « réveil de la flamme populaire pour une ville plus humaine, chaleureuse et prospère ».

    La chaleur, elle, était déjà là.

  • [Tribune] Le monde du travail a tout à perdre avec l’extrême droite !

    [Tribune] Le monde du travail a tout à perdre avec l’extrême droite !

    Le premier tour des élections municipales l’a montré sans ambiguïté, l’extrême droite est aux portes de nombreuses mairies, y compris à Marseille et dans notre département. C’est un danger réel, immédiat, pour le monde du travail.

    Nous sommes syndicalistes, présents dans les entreprises, dans les services publics, sur le terrain. Ce que nous voyons chaque jour, c’est une colère sociale profonde et légitime : salaires insuffisants, services publics fragilisés, logements inaccessibles, conditions de travail qui se dégradent. Cette colère, nous la comprenons mais nous refusons qu’elle soit confisquée et détournée contre ceux qui la vivent.

    Car l’extrême droite n’apportera aucune réponse à ces réalités. Elle s’oppose à l’augmentation des salaires, à la justice fiscale, au renforcement des services publics. Son seul moteur, c’est la division, opposer les travailleurs entre eux, désigner des boucs émissaires, détourner la colère vers les plus fragiles plutôt que vers les véritables responsables. Pendant ce temps les droits reculent. C’est pourquoi nous combattons le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination. Notre syndicalisme se bat pour l’égalité réelle des droits, quand l’extrême droite promeut une société fondée sur les inégalités et les injustices sociales.

    Ce n’est pas une hypothèse. Partout où l’extrême droite exerce des responsabilités, les conséquences sont concrètes : subventions aux associations réduites, politiques sociales remises en cause, services publics locaux fragilisés, habitants dressés les uns contre les autres… Ce qui se décide dans les communes touche directement nos vies, qu’il s’agisse de l’accès aux soins, au logement ou à l’éducation. Laisser l’extrême droite s’en emparer, c’est accepter que ces choix soient utilisés contre nous !

    Nous appelons l’ensemble des citoyennes et des citoyens à se mobiliser massivement dans les urnes le 22 mars.

    Dimanche, notre responsabilité est claire, ne laisser aucune ville à l’extrême droite là où elle peut être battue

    Signataires

    Ryad AOUADI, Secrétaire général adjoint CGT Lyondellbasel Berre

    Stéphane BERTOLINO, Secrétaire général CGT Chantier naval de La Ciotat

    François CANU, Secrétaire général de l’UL CGT d’Aix-en-Provence/Secrétaire UD CGT

    Christophe CLARET, Secrétaire général CGT Dockers de Fos

    Serge COUTOURIS, Secrétaire général adjoint Fédération CGT Ports et docks

    Stella ESTAQUE, Secrétaire générale CGT La Poste

    Pascal GALÉOTÉ, Secrétaire général CGT GPMM/Secrétaire UD CGT 13

    Nicolas GUGLIELMACCI, Secrétaire général CGT CPMM

    Monia HADDAOUI, Co-secrétaire générale CGT Educ13

    Renaud HENRY, Secrétaire général
    CGT Energie

    Rémy HOURS, Secrétaire général CGT Cheminot

    Noël KOUICI, Secrétaire général CGT Réparation navale de Marseille

    Frédéric LARIVÉE, Secrétaire général CGT Finances publiques

    Ludovic LOMINI, Secrétaire général CGT Dockers de Marseille

    Sabrina MANCA, Secrétaire UD CGT

    Stéphane MARTINS DE ARAUJO, Secrétaire général CGT Arcelors

    Claude MAS, Secrétaire général CGT USR

    Marc PETROSINO, Secrétaire général UD CGT 13

    Jean-Michel ROCCASALVA, Secrétaire général CGT Centrale de Gardanne

    Marie RUGGIU, Co-secrétaire générale CGT Territoriaux de Marseille

    Messaoudi ZOHEIR, Secrétaire général UL CGT Quartier nord

  • Face au danger RN dans les Bouches-du-Rhône : les points chauds du département

    Face au danger RN dans les Bouches-du-Rhône : les points chauds du département

    Aubagne

    À Aubagne (54,95% de participation), l’extrême droite, Joëlle Mélin (RN) en tête du 1er tour (24,94%) suivie du maire sortant (LR) Gérard Gazay à 24,83% et de Jean-Pierre Squillari, le candidat de l’union de la gauche (23,34%). Plus loin Giovanni Schipani (DVC) a obtenu 16,06% des suffrages. Dans ce paysage aubagnais fragmenté, la fusion opérée entre ces deux dernières listes ouvre des perspectives à gauche. Reste à savoir où fileront les 791 voix de l’insoumise d’Elodie Malek. Pour s’accrocher à son strapontin, Gérard Gazay s’est lui allié à la liste (DVC) de Salem Mohammed (6,56%). Le RN a un très maigre réservoir de voix pour barrer la route à la gauche.

    Carry-le-Rouet

    À Carry où la participation (68,13%) a été forte, Valérie Guarino (DVD), ex-adjointe du maire sortant René-Francis Carpentier (DVD) et Jean-Christophe Trapy, conseiller municipal d’opposition (DVD) soutenu par le RN à travers le label « La Provence qu’on aime », ont fusionné leur liste. La vice-présidente du Département présidé par Martine Vassal (DVD) arrivée en seconde position (29,31%) intègre huit candidats de l’extrême droite (21,72%) au 1er tour. Arrivé en tête (40,56%), Jean-Christophe Trapy est menacé.

    Châteauneuf-

    les-Martigues

    Un seul point séparait le maire sortant (DVD) Roland Mouren (43,25%) et le candidat RN Alain Vaccalluzzo (42,23%) au 1er tour (57,82% de participation). La candidate de l’union de la gauche, Laurence Jouanaud, créditée de 14,52% a refusé de se retirer au second tour.

    Châteaurenard

    À Châteaurenard où quatre listes étaient qualifiées, le second tour propose une triangulaire après le retrait de Christophe Dijon (13,58%). À qui cela profitera-t-il ? Au maire sortant (DVC) élu au 1er tour en 2020, Marcel Martel (30,13%), au candidat de l’extrême droite Chantal Alex (29,65%) ou à la liste de droite de Vincent Lescot (16,15%) ?

    Fos-sur-Mer

    À Fos, la non-candidature du maire sortant (DVG) René Raimondi bouscule une ville habituée à une majorité stable. Soutenu par le RN, Philippe Maurizot (DVD) est arrivé en tête (34,71%), suivi de Rémi Esnault (DVG) à 30,70%, le candidat du maire sortant, et de Jean-Michel Leroy (DVG) à 26,49%. La division de la gauche, pourtant majoritaire, profitera-t-elle à la droite dure ? 8,10% des suffrages se sont portés sur une quatrième liste au centre… Où iront-ils ?

    Martigues

    À Martigues où la participation a été solide (57,59%), le maire communiste sortant, Gaby Charroux, n’a pas été élu dès le 1er tour comme en 2020 mais il est arrivé en tête avec 35,71% des suffrages. Et au second, la triangulaire s’annonce serrée avec le candidat de l’extrême droite Emmanuel Fouquart (RN) crédité de 28%, et celui de la droite, Jean-Luc Di Maria (LR) crédité de 25,34%, les négociations engagées entre ces deux listes dimanche n’ayant pas abouti… Les voix des listes de l’insoumis Frédéric Grimaud (7,90%) et de la dissidente Anne-Marie Sudry (3,04%) compteront.

    Rognac

    Dans cette commune où le sénateur (LR) Stéphane Le Rudulier a laissé un champ de ruine, la dynamique de l’extrême droite semble forte. Christophe Gonzalez (RN), élu fin 2024, a frôlé l’élection dès le 1er tour (49,28%) devançant les deux listes (DVD) de Willy Nicollet (28,75%) et Sébastien Garrel (21,97%). Mais la leçon de la municipale partielle semble avoir été retenue. Willy Nicollet s’est retiré.

    Tarascon

    Dans une ville où le maire sortant (DVD) Lucien Limousin ne brigue pas un nouveau mandat, le duel du second tour fait peur. 45 voix séparent les deux candidats en tête : Alexandre Ducouret (RN) pour l’extrême droite a décroché 45,56%, des suffrages devant Fabien Bouillard (DVD) à 44,66%. Valérie Laupies (Les patriotes) crédité de 9,78% a été éliminée. Un petit réservoir pour le RN dans une ville où la participation a atteint 59,49%.

    Vitrolles

    Le maire sortant Loïc Gachon (PS) est arrivé en tête (41,11%) au 1er tour (52,75% de participation) devant le candidat du RN, Fabien Bravi (36,54%), et Philip Farrugia (DVC) crédité de 22,35%. La triangulaire s’annonce serrée. à Vitrolles, l’extrême droite est de nouveau en embuscade et ça inquiète.

  • [Tribune] Juives et Juifs de Marseille contre le RN

    [Tribune] Juives et Juifs de Marseille contre le RN

    De la participation de Franck Allisio, candidat RN au dîner du CRIF local, candidat juif revendiqué sur la liste RN aux municipales, tracts RN à la caisse de certains commerces, etc. Depuis des années, le RN tente de séduire les électrices et électeurs juifs à Marseille. Le vote RN monte partout en France, dans toutes les tranches de la société. Nos communautés n’échappent pas à cette tendance : nous constatons une banalisation de la présence et du vote RN parmi elles.

    Avec près de 80 000 personnes, Marseille est la ville avec la deuxième communauté juive de France et la troisième d’Europe après Paris et Londres.

    Nous sommes trop longtemps restés silencieux et silencieuses face à ce mouvement d’extrême-droitisation qui paraît pourtant insensé tant les fondements du RN le renvoient à l’antisémitisme, au néofascisme et au négationnisme. Aujourd’hui encore lors des municipales : un membre d’une formation pétainiste sur les listes à Amiens, un membre de l’Action française à Dunkerque, des candidats qui font des « plaisanteries » humiliantes antisémites et racistes à Carpentras, Chambéry, Belfort… Le fond idéologique n’a pas changé, et ces candidats et candidates racistes le savent bien.

    S’il n’utilise plus la haine des Juifs et Juives comme point de campagne, ce n’est pas par changement de ligne directrice, mais par stratégie : ils se servent de nos communautés pour se blanchir. Le RN déteste la diversité et ne défend aucune minorité (religieuses, ethniques, de genre, sexuelles…). Sa stratégie de mise en concurrence des communautés lui a permis de désigner « les Musulmans », comme un groupe monolithique et antisémite, et de se positionner en défenseur des Juifs.

    Nous ne sommes pas dupes : islamophobie et antisémitisme sont les deux faces d’une même pièce. Un parti qui désigne une communauté à la meute comme responsable de tous les problèmes pourra ensuite en désigner une autre.

    De plus, nous ne votons pas seulement pour notre propre sécurité, mais pour la société dans son ensemble. La tradition juive porte des valeurs de justice qui, dans leur essence, sont incompatibles avec celles de l’extrême droite et de son racisme.

    Nos familles, en grande partie exilées d’Afrique du Nord, venues d’Europe de l’Est, ou provençales depuis toujours, ont trouvé refuge à Marseille, où nous pouvons pleinement embrasser nos identités et nos histoires. Nous sommes profondément choqués par ce rejet de la diversité, et par la confiance donnée à nos bourreaux historiques.

    La stratégie du RN est de semer la peur et la division, puis de se poser en seul protecteur possible. Ne nous laissons pas avoir : le RN ne sera jamais notre allié, ne nous protégera jamais. Refusons la division communautaire tant espérée par le RN pour fragmenter notre ville. Nous avons besoin de résister ensemble, de continuer à tisser des liens entre les communautés et à promouvoir la solidarité.

    Les signataires

    Mathilde Arock, avocate

    Hannah Amar, productrice

    Robin Assous, animateur de centre social dans les quartiers Nord

    Charlotte Ayache, enseignante

    Léna A., enseignement supérieur

    Eliaou Balouka, psychologue clinicien, chercheur

    Elisha Baskin, libraire

    Haim Bendao, rabbin

    Eve Benhamou, enseignante-chercheuse

    Esther Bensadon, productrice

    Hannah Bensoussan, psychologue et poétesse (Radical Mitzvah Marseille)

    Louise Berrebi, consultante

    Benjamin Bitane, directeur associatif

    Michèle Bitton, sociologue indépendante

    Alice Boccara, artiste

    Cecilia Breuil, travailleuse dans l’art

    Zohar Cherbit, chercheur

    Cléo Cohen, réalisatrice

    Charlotte Daled, chargée de projet

    Chloé Darmon, directrice RH

    Rémi Decoster, photographe – chef opérateur

    Daniel Disegni, mathématicien

    Maya Eyal, ingénieure pédagogique

    Agnès Freschel, journaliste

    Yael Greenberg, creative consultante

    Sarah Grin, juriste

    Lionel Guetta-Jeanrenaud, réalisateur

    Delphine Guyomar Ponsot, enseignante

    Marielle Hababou, chercheuse

    Marie-Hélène Hadjadj, orthophoniste

    Noémie Hadjedj, dessinatrice

    Alain Hayot, sociologue

    Sacha Hendrickx, président d’Ani Veata

    Jonathan Henzinski, réalisateur-vidéaste

    Odelia Kammoun, illustratrice

    Josiane Korobeinik, militante

    Jessica Laik, accompagnatrice d’initiatives sociales et solidaires

    Eloise Langer, entrepreneuse

    Dan Lascar, infirmier

    Elodie Lascar, dessinatrice

    Rebecca Levy, designer

    Philippe Levy, comédien

    Sarah M., travailleuse associatif

    Émilie Marchandin, artiste peintre

    Caroline Melloul, médecin biologiste

    Elina Melloul, consultante résilience/gestion de crise

    Jany Melloul – Goguillot, Orthophoniste

    Serge Melloul, psychiatre

    Yoram Melloul, journaliste

    Lauren Miller, formatrice

    Ed Mills-Affif, réalisateur et enseignant

    Mia Oustry, cinéaste

    Lauranne Esther Pestre, professeure de piano

    David Pierret, producteur

    Salomé Riviere, danseuse et chanteuse

    Laura Sahin, journaliste réalisatrice co-responsable des Guerrières de la Paix Section Sud

    Evelyne Sitruk Warschawski, responsable d’association

    Anaëlle Smadja, étudiante

    David Stoleru, directeur associatif

    Carole Tauflichen Mills, éditrice

    Clara Teper, réalisatrice

    Hannah Thuriere, cheffe (Radical Mitzvah Marseille)

    Samuel V, médiateur

    Justine Van Minden, Juive « du Pape »

    Véronique Ventola, médecin

    Saskia Waledisch, scénariste-réalisatrice

    Lévanah Zeidenberg, étudiante

    Yael Zerbib, chargée de projet

  • Des rappeurs phocéens haussent le ton contre le RN

    Des rappeurs phocéens haussent le ton contre le RN

    « On entend des gens dire : “on n’a jamais essayé le RN, on ne peut pas savoir. “ Moi, je n’ai jamais testé de manger des excréments, mais je sais que ce n’est pas bon. » L’extrême droite, beaucoup en parlent, mais c’est peut-être le jeune rappeur Maze qui la résume de la manière la plus parlante.

    Comme certains de ses autres camardes, ils sont quelques MC’s et chanteurs, la plupart assez jeunes, à avoir tenu à exprimer leur refus de voir le RN accéder au pouvoir à Marseille, en ce jeudi 19 mars, à l’Après-M. Un lieu de restauration rapide tout autant que plateforme sociale et banque alimentaire, situé à Sainte-Marthe. Dans le secteur des 13-14, ici même où le RN est arrivé en tête au premier tour des élections municipales. « Dans toute l’histoire de notre ville, le monde artistique a fait preuve d’engagement face au racisme et à l’extrême droite : des mouvements des quartiers des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les mobilisations après le meurtre d’Ibrahim Ali », rappellent les organisateurs de cette prise de parole.

    « Ce vote, c’est pour notre survie et les gens qui nous entourent. Il faut aller voter. Même si ce n’est pas votre choix de base, ça sera toujours mieux d’avoir Payan pendant 7 ans que le RN pendant 7 ans », appelle la rappeuse DZ Kaïna, qui se réfère aux exemples du passé comme du présent : « Regardez ce que l’extrême droite a fait avec l’Allemagne nazie, ce qu’elle fait en Palestine, aux États-Unis avec l’ICE… »

    Parmi les autres artistes présentes, Lansky Namek prévient pour sa part : « On est là pour faire barrage aux idées nauséabondes du RN. Marseille, c’est une unité plurielle et ça le restera. »

    Si une majorité de présents sont plutôt jeunes, un pilier du rap marseillais a répondu présent, en la personne de Jo Popo. « Marseille est à un tournant de son histoire. Si les gens ne se mobilisent pas, ils vont le regretter », alerte cette moitié du groupe emblématique 3e Oeil, qui redoute également la destruction du tissu associatif et culturel de la ville si le RN accède à la tête de la mairie.

  • Le RN menace encore de s’emparer de Marseille

    Le RN menace encore de s’emparer de Marseille

    Ce dimanche soir à la Palmeraie Borély, une demi-heure après la publication des premiers résultats du premier tour des municipales à Marseille, le candidat du RN Franck Allisio se gargarisait déjà : « Dimanche prochain, je serai votre maire. »

    Improbable encore à l’automne, cette possibilité s’est renforcée au fil de la campagne. Tandis que le RN affichait un visage policé, la droite marseillaise se perdait entre gages à l’électorat d’extrême droite et coups de barre au centre. Jusqu’au croisement des courbes sondagières dès le début du mois de novembre, puis le décrochage final.

    Pas en pole position

    À l’issue du premier tour, le candidat RN a ainsi quelque 99 137 voix, soit 35,02% des suffrages exprimés, seulement 4 746 bulletins de moins que le maire (DVG) Benoît Payan (36,67%). « Nous avons aujourd’hui fait un choix historique », se vantait donc dimanche soir Franck Allisio, qui a réalisé le meilleur résultat de l’extrême droite dans un scrutin municipal à Marseille. Il réalise notamment une percée dans les quartiers Sud et Est de Marseille, en particulier dans les quartiers les plus aisés (jusqu’à 43,8 points de plus qu’en 2020 pour le bureau de vote de l’école des plages du Prado). De quoi remplacer la droite dans ses bastions traditionnels. Il n’y a guère que dans les quartiers populaires du 14e arrondissement que l’ex-maire FN du secteur, Sandrine D’Angio, fait moins bien que son oncle Stéphane Ravier en 2020.

    S’il n’arrive pas à se placer en pole position pour le second tour, la marche pour que le RN prenne le dessus dans une ville où il a fait couler le sang apparaît dangereusement fine. D’autant plus face à la menace de deux gauches « irréconciliables » et la perspective d’une quadrangulaire plus que hasardeuse.

    Quelle abstention ?

    Le retrait annoncé mardi matin du candidat LFI Sébastien Delogu, « responsable pour un million » comme il le présentait, desserre un peu l’étau. Avec ce désistement, le parlementaire qui avait rassemblé 11,94% des suffrages libère une réserve de 33 000 voix à gauche, sous la pression imposée par le camp de Benoît Payan. Qui a beaucoup moins poussé la candidate de la droite au désistement républicain. Car le second tour est loin d’être une simple question d’additions, et les états-majors ont bien en tête les notices des sondages. L’enquête d’opinion réalisée par Elabe entre les 9 et 16 février estimait ainsi qu’environ 20% des électeurs de Sébastien Delogu pourraient s’abstenir s’il n’était pas présent au second tour, d’autant plus face au rejet partagé dans la manifestation lundi soir qui réclamait la fusion des deux listes de gauche à Marseille. Mais surtout, en cas de duel au second tour, 42% des électeurs de Martine Vassal se tourneraient vers l’extrême droite, et 25% vers le maire sortant, le reste s’abstenant.

    De quoi comprendre la vive réaction du candidat du RN face à une triangulaire qui apparaissait comme le scénario le plus sûr pour éviter sa victoire. Ce mardi, Franck Allisio s’est empressé de dénoncer « les accords de la honte », avant d’appeler lors d’une conférence de presse mercredi, devant des médias sélectionnés, à une « union sacrée » avec la « droite humaniste qui ne nous a pas encore rejoints ».

    Reste à savoir ce que peuvent valoir les prédictions d’un sondeur un mois plus tard, avec l’inconnue de la participation au second tour, de la solidité du socle électoral restant à droite, de l’élan pris surtout par le RN en une semaine, après avoir réalisé un score historique. Et de la solidité d’un front républicain sans cesse convoqué. « Le danger du RN n’est absolument pas écarté », insiste encore ce vendredi dans nos colonnes le maire (DVG) sortant Benoît Payan. Et le résultat risque de n’être certain qu’une fois les derniers bulletins dépouillés, et les potentiels recours épuisés.

    Ces secteurs où le RN est en tête

    Dans les 9e-10e

    Après avoir remporté lors des législatives de 2024 la circonscription, l’extrême droite est arrivée largement en tête du premier tour, avec l’élue régionale (RN) Éléonore Bez (44,9% des voix) qui possède une avance de plus de 7 200 voix sur le candidat du Printemps marseillais, Pierre Huguet (28,77%). La marche peut paraître haute face à celle qui a déjà été candidate plusieurs fois sur le secteur. À droite, la présidente des LR 13 Laure-Agnès Caradec (16,5% au premier tour) s’est maintenue. À gauche, il n’y a qu’une réserve de 3 600 voix avec les 8,1% réalisés par la candidate LFI Myriam Meghraoui. Reste que le soutien de l’ex-maire (Ren.) de secteur Lionel Royer-Perreaut, fortement implanté, peut jouer. De même que la participation.

    Dans les 11e-12e

    À l’Est, le premier secrétaire du Parti socialiste dans les Bouches-du-Rhône Yannick Ohanessian (26,7% des voix au premier tour) a un retard de 8 000 voix à rattraper sur le nouveau délégué du RN pour la ville de Marseille, Olivier Rioult (43,8%). Un retard considérable à rattraper dans le fief de la très droitière sénatrice LR Valérie Boyer, à cheval sur deux circonscriptions législatives remportées par l’extrême droite en 2024. Arrivée en tête en 2020 avant de remporter la mairie de secteur, la droite menée par Sylvain Souvestre ne finit qu’en troisième position, avec 23,5% des voix, et se maintient pour le second tour quand les insoumis y ont réalisé leur plus faible score. Les nombreux élus ralliés au RN avaient senti le vent tourner.

    Dans les 13e-14e

    Le secteur est le seul de Marseille à avoir été dirigé par le FN, de 2014 à 2020, avec à la clé la fermeture de services publics et affaires en justice. Dans le fief de son oncle Stéphane Ravier (ex-RN), l’ex-maire Sandrine D’Angio reste en tête, avec 39,8% des voix, quelque 5 300 voix derrière la candidate (DVG) du Printemps marseillais Tina Biard-Sansonetti (26,42%) qui a labouré le terrain ces dernières années. Des voix que peut apporter le retrait du militant insoumis Mohammed Bensaada (13,1%) comme le score de Nora Preziosi (5,6%). La maire sortant (DVD) Marion Bareille, arrivée en 4e position (12,1%) ne l’avait emporté en 2020 que grâce au retrait du candidat PCF Jérémy Bacchi. Elle n’a pas rendu la pareille.

    Royer-Perreaut soutient Huguet dans les 9-10

    L’ancien maire et député (Ren.) des 9-10 Lionel Royer-Perreaut a annoncé, ce jeudi qu’il voterait « à titre personnel » pour le candidat du Printemps marseillais dans le secteur, Pierre Huguet (G.s) pour le second tour des municipales. Alors que la candidate du RN, Éléonore Bez, a obtenu au premier tour 44,9% des voix, loin devant l’union de la gauche (28,8%) et la droite (16,5%), « je ne voterai ni pour les extrêmes, ni pour les battues d’avance », détaille-t-il, face à « un choix important que je sais crucial pour le secteur ». « Point de soutien à un parti, mais à un homme compétent, travailleur, affable, dont j’estime qu’il a les qualités requises pour défendre les dossiers très techniques de mobilité, de développement urbain », précise l’ancien député.

  • À la croisée des chemins

    À la croisée des chemins

    La deuxième de France connaîtra son prochain maire dans moins de 48 heures. C’est sans doute, l’enjeu le plus important au plan national au regard de la configuration du second tour.

    C’est la ville la plus peuplée sur laquelle le RN a mis une cible. Dans sa stratégie de conquête du pouvoir, tout entière tournée vers la présidentielle, le parti d’extrême droite espère faire de Marseille le plus beau de ses trophées.

    Marine Le Pen, aux prises avec la justice, et Jordan Bardella, sa doublure en cas de condamnation pour la course à l’Élysée, ont décidé d’investir Franck Allisio comme un symbole de leur volonté de « normalisation ».

    Langue de bois, communication lisse, cravate ajustée, expression hésitante, il a été choisi pour trancher avec Stéphane Ravier et incarner une extrême droite « présentable ».

    Grimace

    Le pari était presque réussi lorsqu’au soir du premier tour, le candidat s’est félicité d’avoir mis à son plus bas niveau la droite républicaine, espérant transformer l’essai ce dimanche.

    Son sourire s’est transformé en grimace lorsque le candidat insoumis a pris la responsabilité de se désister et que la candidate de droite dont il espérait vampiriser définitivement l’électorat s’est quant à elle maintenue.

    Il a laissé échapper des mots laissant transparaître son projet politique : division, mépris, rejet.

    Pour autant rien n’est joué. Progressistes, démocrates, républicains sincères, abstentionnistes du premier tour doivent se mobiliser pour faire échec à l’extrême droite, elle représente le pire de notre histoire. Évitons à Marseille de connaître le pire de son avenir.

    La deuxième ville de France est à la croisée des chemins.

  • [Entretien exclusif] Benoît Payan : « Le RN c’est le parti de l’anti-Marseille »

    [Entretien exclusif] Benoît Payan : « Le RN c’est le parti de l’anti-Marseille »

    La Marseillaise : Quelle est votre analyse des rapports de force à la veille du second tour ?

    Benoît Payan : J’ai pris acte de la décision de Sébastien Delogu. Elle est courageuse, elle est responsable. Même si elle est venue sur le tard, elle est venue. Ce qui n’est pas le cas de Madame Vassal, alors que nous nous sommes historiquement toujours retirés quand le RN était en situation de gagner. Le danger du RN n’est absolument pas écarté. On est dans une triangulaire où chaque voix va compter. Je veux battre en brèche l’affirmation seulement laquelle je serais avantagé dans cette configuration. C’est faux. Je veux battre en brèche cette affirmation qui est justement portée par mes adversaires qui veulent démobiliser l’électorat de gauche, écologiste, humaniste, toutes celles et tous ceux qui refuse de voir notre ville tomber dans un système ségrégationniste. On a vingt-sept siècles d’histoire qui nous regarde, on est devant notre destin, confronté à une réalité qui peut nous rattraper dimanche.

    La configuration du second tour ne semble pourtant pas convenir au candidat d’extrême droite.

    B.P. : Lundi, Franck Allisio a fendu le masque de responsabilité qu’il a porté durant toute la campagne pour nous faire croire qu’il était le représentant d’une droite classique et qui avait dupé une partie des Marseillais. Lundi, j’ai vu le visage des enfants de Jean-Marie Le Pen, j’ai vu la haine, il est redevenu lui-même. Ça m’a fait froid dans le dos. Les résultats de dimanche, le retrait de Sébastien Delogu qui l’a apparemment rendu fou, le maintien de Martine Vassal qui l’a, semble-t-il, fait sortir de ses gonds, ont révélé le visage de l’extrême droite : la haine, la violence, la brutalisation du débat public. Il est revenu sur la « submersion migratoire », après avoir délaissé le vocable des héritiers de Vichy durant la campagne. Il s’était retenu trop longtemps. Chassez le naturel, il revient au galop.

    On vous a dépeint comme intransigeant, inflexible à l’égard de la tête de liste insoumise, pour autant il vous faudra ses électeurs pour l’emporter, qu’avez-vous à leur dire ?

    B.P. : D’abord je ne confonds pas les électeurs et les dirigeants. Je ne partage pas leurs méthodes. Je ne me suis jamais soumis à Jean-Luc Mélenchon, je pense que je suis sa bête noire mais ça m’est égal. J’ai un profond respect pour des électeurs qui veulent de la radicalité. Je respecte ceux qui ont cette sensibilité.

    Les rapports de forces de second tour sont très contrastés selon les secteurs. Certains d’entre eux vous inquiètent-ils plus que d’autres ? Allez-vous vous y impliquer ce vendredi ?

    B.P. : D’abord, je veux dire que Mohamed Bensaada [tête de liste LFI dans les 13-14 Ndlr.] qui était qualifié a montré quel militant il était. Les 13-14 portent encore les stigmates des six années du RN et de leur doublure cascade. L’enjeu y est fort. Mais il est fort partout. Dans les 9-10 et les 11-12, le RN est en capacité d’emporter 4 arrondissements à Marseille. Je me bats de toutes mes forces pour empêcher cela. On sait ce qu’est le RN. La suppression des subventions à la culture, le sport qui se dégrade avec l’abandon des stades et des gymnases, les associations qui aident aux devoirs, à la cohésion sociale, sont systématiquement la cible des foudres de l’extrême droite. On a vu les dégâts dans les 13-14. Comme la ville tout entière, aucun secteur ne mérite d’avoir à sa tête une femme ou un homme qui trie les gens en fonction de leur religion, de leur couleur de peau, de leur orientation politique ou sexuelle. Il faut rappeler ce qu’est le RN : c’est le parti le plus condamné de France pour racisme, antisémitisme, xénophobie, homophobie… C’est le parti de la haine de l’autre. C’est le parti de la haine de ce qu’est la République. C’est le parti de l’anti-Marseille. Tout dans l’ADN de Marseille est l’inverse du Rassemblement national. Je le dis aux habitants de cette ville et notamment ceux des quartiers populaires : « Vous avez une arme la plus pacifique qui puisse exister, c’est le bulletin de vote. Montrez-leur que nous sommes les plus nombreux, n’abandonnez pas vos quartiers à ces gens qui n’iraient pas voter. Dites à vos voisins, vos proches, qu’il faut voter. L’abstention profite au RN. »

    Envisagez-vous une ville où vous seriez maire avec un ou plusieurs secteurs dirigés par le RN ? Comment cela pourrait fonctionner ?

    B.P. : Ça serait forcément beaucoup plus compliqué qu’avec un maire républicain, écologiste, communiste ou de gauche radicale. Ça va être terrible parce que ces gens-là ne travaillent pas pour l’intérêt de la population. Ils ne travaillent que pour l’intérêt du clan Le Pen. Ils veulent faire de nos villes des laboratoires de leur politique de ségrégation et d’outrance. Ce sont des dogmatiques. La préférence nationale, qu’est-ce que ça veut dire en fait ? On n’en a pas assez goûté ? On n’a plus de mémoire ? On a fêté les 80 ans de la Libération et on a tout oublié ? Moi je n’oublie rien.

    Des observateurs considèrent que la poussée du RN a été favorisée par la réforme du mode de scrutin à laquelle vous étiez favorable. Y voyez-vous un lien ?

    B.P. : Non, les observateurs, s’ils observaient ne diraient pas ce genre de bêtises. Il suffit de regarder le score de Mme Vassal au premier tour de 2020 et au premier tour de 2026. 100% des voix qu’elle a perdu sont parties sur l’extrême droite. C’est la conséquence directe de ce que je dis depuis trois ans : à force de singer le Rassemblement national, il vous remplace. Gramsci avait raison. Il faut sans cesse mener la bataille culturelle. Quand on perd son âme, on se perd politiquement. Quand culturellement on devient minoritaire, immédiatement cela se traduit sur le plan politique. Quand j’ai voulu aider les associations qui font du lien social, les enfants de Gaza ou SOS Méditerranée, les mots de la droite étaient ceux de l’extrême droite. Quand Mme Vassal a dit qu’elle était l’original et que le Front national était la copie, les gens ne s’y sont pas trompés. Quand elle a dit qu’elle était d’accord avec les valeurs du RN sur l’immigration et la sécurité mais que sur l’économie il est trop à gauche, elle n’a pas mesuré qu’elle était en train d’acter la disparition de la droite républicaine à Marseille. Personne ne peut s’en réjouir. Je combats la droite républicaine, c’est mon adversaire, je n’en partage pas les valeurs mais dans droite républicaine, il y a République. Dans RN ce n’est pas le cas. Quand on a un Bruno Retailleau qui dit que l’état de droit, c’est finalement accessoire, c’est aussi un pas vers le RN.

    L’abstention est préoccupante à Marseille surtout dans une municipale où l’on sait que les citoyens ont un rapport étroit avec leur maire. Est-ce que ça vous a surpris ? Pensez-vous la contrecarrer au second tour ?

    B.P. : Ce n’est jamais bon l’abstention, c’est toujours un mauvais signal pour la démocratie. Je veux me battre contre ça. D’ailleurs quand on regarde où il y a l’abstention, c’est là où les gens ont été pendant des années et des années, à l’abandon. Je ne sais pas construire un commissariat, une école, un service public, une maison de quartier avec un tweet. Je fais les choses avec la réalité, avec le temps administratif. J’ai passé une campagne où tous mes adversaires rasaient gratis or je sais toutes les difficultés, la patience nécessaire. Quand on regarde l’abstention, il y a des chiffres en trompe-l’œil et j’espère que La Marseillaise aura l’occasion de faire une grande enquête sur le sujet, on voit qu’en effet les chiffres de la participation sont en baisse mais pas tant que ça pour des raisons compliquées mais qui méritent d’être regardées.

    Quel message adressez-vous aux abstentionnistes ?

    B.P. : On joue notre histoire. Nous les Marseillais, on est un peuple, on a l’occasion de dire que cette ville, on peut la rendre encore plus solidaire, encore plus belle, encore plus fraternelle. Cette ville leur appartient. Le travail que je mène avec mon équipe, avec tous ces militants extraordinaires, c’est pour eux. Je suis fier des Marseillais, je leur dis allez voter, cette ville c’est celle où vos enfants vont grandir, où vous allez vieillir. Ce n’est pas pareil quand la ville est dirigée par le RN ou par une grande coalition de gauche. On s’occupe des personnes âgées isolées en leur portant des repas chauds plutôt que de ne leur proposer que des lotos. On s’est occupé des plus précaires pour les sortir de la rue, des femmes battues… Il n’y a pas d’autres villes en France et c’est ma fierté, d’avoir, avec Audrey Garino, signé un plan pauvreté. Vous vous rendez compte ce que c’est pour une ville d’avoir à faire un plan pauvreté alors qu’ailleurs, ce sont des départements qui le font. Cela montre à quel point, nous les Marseillais, avons été laissés-pour-compte par notre Métropole, notre Département, notre Région. On s’est battu pour que le logement social soit digne, pour la création d’une Société publique locale d’aménagement d’intérêt national, aucune autre ville que nous n’a construit autant d’écoles en six ans… N’en déplaisent à mes détracteurs, je comprends que ça les ennuie, mais personne depuis 1945 n’aura, en un mandat, construit 27 écoles et au moment où je vous parle, 50 autres sont en train d’être lancées. Aucune ville en France n’aura fait manger gratuitement 10 000 gamins à la cantine, ne propose le kit scolaire à 80 000 enfants d’une valeur de 80 euros et qui va passer à 150 euros, ne travaille sur le petit déjeuner gratuit pour 15 000 gamins ! On n’a pas tout réussi parce que nous ne sommes que des femmes et des hommes mais à côté de ceux pour qui seule la carte de visite compte ou qui veulent une cocarde plus grosse que le pare-brise, nous sommes fiers de ce que nous avons fait avec humilité, force et aussi douceur.

    Martine Vassal vous accuse d’avoir fait monter le RN pour orchestrer un duel.
    Que lui répondez-vous
     ?

    B.P. : Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes.

    Dans le nouveau mandat que vous briguez, qu’est-ce qui pourrait faire reculer l’extrême droite ?

    B.P. : La volonté farouche d’expliquer aux gens de ne pas avoir peur. Le Front national fait son lit sur la peur. Tout dans le monde est en train de favoriser cela. La droite et la gauche qui perdent leur boussole, des débats nationaux qui nous font honte, une actualité internationale terrible, une Europe incapable de nous protéger, des États-Unis qui deviennent, d’un pays allié, un pays rapace, la Russie qui fait la guerre aux portes de l’Europe, les conflits au Moyen-Orient qui ont exacerbé nos différences, monté les communautés les unes contre les autres… Les drames que l’on a pu vivre, les attaques terroristes du 7 octobre, les massacres perpétrés à Gaza, la guerre en Iran, en Amérique du Sud… Les dirigeants de notre monde ne se hissent pas à la hauteur de l’histoire, ne comprennent pas qu’après la Seconde Guerre Mondiale, nous avons fait le serment, nous les démocrates, d’avoir une ligne de conduite dictée par le droit et des institutions internationales qui étaient des cadres desquels il ne faudrait jamais sortir. Aujourd’hui quelqu’un qui dit que la Terre est plate a la même parole que celui qui dit que la Terre est ronde… Il faut qu’une génération se lève pour dire stop.

    Qu’est-ce qu’il manque aux gens tentés par l’extrême droite ? Un État-providence. Un État qui amène du service public. Quand on parle de sécurité, bien sûr qu’il faut des policiers. Je n’ai pas honte de dire que j’ai doublé ma police municipale et que je vais recommencer, ni que j’ai triplé ma police la nuit, que je mets des caméras devant les écoles, que j’ai créé une brigade équestre… Mais il faut que la République soit là. Il faut La Poste, France Travail, la Sécurité sociale… Il faut aussi augmenter le pouvoir d’achat.

    Une municipalité le peut-elle ?

    B.P. : Le maire n’augmente pas les salaires mais je peux faire des choses. Je vous l’ai dit pour la rentrée scolaire, les cantines, les petits-déjeuners dans les écoles. Je vais faire une mutuelle municipale pour que les gens puissent se soigner. Aujourd’hui pour beaucoup c’est soit je remplis le frigo, soit je me soigne. Voilà dans quel monde on vit ! Plus personne à gauche ne pose les conditions d’un grand débat national sur la répartition des richesses. Je ne suis pas quelqu’un qui dit « il y a les méchants et les gentils », mais quand on fait République ensemble, ceux qui gagnent de l’argent, créent des emplois doivent être respectés, la contrepartie c’est qu’on paye des impôts. Ces impôts servent à faire vivre une société, créer des postes de fonctionnaires pour le service public qui est le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas.

    En glissant dans l’urne dimanche, on choisit aussi ses conseillers métropolitains. C’est un enjeu important pour quelqu’un qui a désigné la Métropole comme une entrave à sa politique ?

    B.P. : Ça a été plus que ça. La Métropole a été un outil pour taxer les Marseillais et financer avec leur argent des réalisations magnifiques pour les autres communes. Tant mieux pour elles mais je n’accepte pas cette injustice. Je n’accepte pas que les Marseillais soient ceux qui payent le plus d’impôts pour le service public le plus minable. On nous a reproché de nous renvoyer la balle mais mon rôle était de défendre les Marseillais contre une Métropole qui n’a pas mis l’argent pour qu’on puisse avoir des transports dignes, une ville propre, des routes refaites, un espace public apaisé. Promenez-vous à Cassis, Gemenos, à La Ciotat, à Venelles et vous verrez de quoi est capable la Métropole avec l’argent des Marseillais. Si nous l’emportons dimanche. Ça c’est terminé. Plus rien ne se fera sans Marseille parce que la loi PLM change tout. Je dis aux Marseillais que le bulletin qu’ils ont dans la main permettra de vivre dans une ville plus belle, plus propre, où le développement se fait en accord avec la nature. Tout ça c’est la Métropole. Est-ce qu’ils veulent sur la question de l’eau, avoir des m3 gratuits ? Veulent-ils le tunnel à 1 euro le passage ? Ce tunnel à 12,50 euros, c’est honteux d’avoir laissé des entreprises privées se gaver comme ça sur le dos des Marseillais. Ça aussi c’est du pouvoir d’achat. J’ai été cherché des centaines de millions d’euros à Paris avec des gens qui ne pensaient pas comme moi, je suis capable d’aller négocier ça. Quand on est maire de Marseille, on doit se battre pour protéger, rassembler et préparer l’avenir. Ce n’est pas un slogan, c’est notre viatique. Comment peut-on dire comme M. Allisio qu’on veut être le maire du 9e au 13e arrondissement ? C’est un crachat à la figure des Marseillais. Moi je suis maire de tous les Marseillais, qu’ils votent pour moi ou contre moi. Il a eu l’honneur d’entrer au conseil municipal de Marseille en 2020, la première chose qu’il fait c’est qu’il se carapate à Marignane pour se faire élire député et qu’il démissionne. Il revient pour dire « élisez-moi maire » ! Parlant de notre débat il a dit que dans un OM-PSG on ne rajoute pas Le Havre, méprisant Mme Vassal, mais contre lui, c’est pas l’OM, même pas le PSG, c’est le FC Marignane.

    Martine Vassal dit que ses amis maires continuent de lui faire confiance. Peut-elle rester présidente ?

    B.P. : Il y a les mots qu’on dit pendant les élections et puis il y a la réalité. Je pense que Mme Vassal va devoir faire avec la réalité.

    Est-il possible de faire changer le centre de gravité de la Métropole ?

    B.P. : Il a déjà changé naturellement.

    Avez-vous un candidat ?

    B.P. : Ce sera celui ou celle qui respecte les Marseillaises et les Marseillais.