Tag: Arts

  • [Kallisté] Matisse, d’Ajaccio à la révolution de la couleur (1/3)

    [Kallisté] Matisse, d’Ajaccio à la révolution de la couleur (1/3)

    Le 5 février 1898, Henri Matisse arrive à Ajaccio avec son épouse Amélie pour leur voyage de noces. Le jeune couple s’installe à la Villa de la Rocca, à l’angle de l’actuel boulevard Sylvestre-Marcaggi et de la rue Gabriel-Péri, et y demeure jusqu’au mois de juillet. Pour le peintre, âgé de 28 ans, ce séjour de six mois constitue une véritable révélation.

    Matisse, qui jusque-là avait surtout connu les lumières plus grises du Nord, découvre en Corse l’éclat du monde méditerranéen. « Tout brille, tout est couleur, tout est lumière », écrira-t-il. Il dira également avoir senti croître en lui « une passion pour la couleur ». À Ajaccio, sa palette se transforme : les tons deviennent plus francs, plus lumineux et plus libres. Les 55 tableaux qu’il y réalise annoncent déjà les prémices du fauvisme, ce mouvement qui, quelques années plus tard, bouleversera la peinture par l’intensité de ses couleurs.

    Une forme de liberté

    Ce passage décisif de la vie de Matisse demeure encore trop peu connu. Il permet pourtant de comprendre que la Corse ne fut pas seulement pour lui un décor ou une destination de voyage. Elle représenta une étape fondatrice, celle d’un nouveau regard porté sur la lumière, les paysages et la couleur.

    Plus d’un siècle après, l’Association des amis de Matisse à Ajaccio entretient cette mémoire et poursuit son travail autour des liens entre l’artiste et la cité impériale. Elle s’est récemment entretenue avec Alix Agret au sujet de l’exposition « Matisse1941-1954 », présentée au Grand Palais à Paris du 24 mars au 26 juillet 2026.

    Cette exposition consacrée aux treize dernières années de l’artiste montre combien la passion née à Ajaccio a traversé toute son œuvre. De la lumière corse aux grandes gouaches découpées, Matisse n’aura cessé de chercher, par la couleur, une forme toujours nouvelle de liberté.

    À suivre…

  • À Saint-Menet, les minots des Mecs font le cirque

    À Saint-Menet, les minots des Mecs font le cirque

    « Je suis l’étoile de la Reynarde ! » s’écrie Kylian en s’élançant sur le trapèze, bras écartés et tête en bas. Un des cinq ateliers déployés par la Fondation culture et diversité, le Centre international des arts en mouvement (Ciam) et l’Association médicosociale de Provence (AMSP) dans le parc du château de la Mecs à Saint Menet, dans le 11e arrondissement.

    « C’est un projet artistique et sportif qui s’étend sur deux ans, avec une succession d’ateliers de médiation culturelle, de stages de cirque, pour tous les enfants qui y participent, de 5 à 18 ans », explique Valentine Bellone, responsable pédagogique du Ciam, « on va même les emmener au spectacle pour les festivals Jours et Nuits de cirques et Nuits du Magic… ». La Fondation culture et diversité, qui œuvre depuis vingt ans en faveur de l’égalité des chances par l’accès aux arts et à la culture, lançait ces 27 et 28 août dans les Bouches-du-Rhône son programme Arts, cultures et publics en Mecs. « On avait connaissance de cette expérience menée dans le Nord, on s’est dit qu’on allait la reproduire ici, en plus grand », s’enthousiasme Valentine Bellone au milieu des dizaines d’enfants qui se familiarisent au jonglage, à la voltige ou à l’équilibrisme encadré par les animateurs circassiens et éducateurs sociaux.

    « J’ai pris la confiance »

    Sur le câble de fer tendu à trente centimètres du sol, Liam, 9 ans, « bientôt en CM2 », tente d’avancer sans perdre l’équilibre. « J’ai pas peur de glisser et de tomber, ça m’arrive tout le temps », lâche-t-il, fier du mètre parcouru. « Les arts du cirque sont un vecteur extraordinaire pour le développement, atteste Valentine, pour la motricité, la gestion des émotions, l’esprit de coopération, le respect des règles ». Ou la prise de risque maîtrisée. Comme pour Samra, 13 ans, perchée sur le grand trapèze à quelque mètre du sol, en fait l’expérience. Rapidement à l’aise, elle s’élève dans l’air et exécute une figure élégante. « Je fais de la danse », avoue-t-elle. Elle appréhendait cependant cette première expérience de voltige « à cause de la hauteur ». L’adolescente en ressort grisée par la sensation de liberté : « après, j’ai pris la confiance et quand on se lâche, avec l’élan c’est trop bien ».

    Plus loin, Louis, intervenant du Ciam, donne des conseils pour manier le diabolo à Younès, 17 ans, qui préfère rester au sol : « je n’aime pas trop la hauteur ». Evan quant à lui, n’en revient pas de son exploit : « j’ai marché sur le fil ! Pourtant j’ai peur quand c’est dangereux, mais ils m’ont motivé ». Dans un groupe de petits, il faudra à Louis plutôt remettre en face de la réalité les prétentions de deux minots qui pensent savoir « déjà jongler avec trois balles », au regard de la maîtrise qu’ils ont d’une seule. La concentration sera de mise. Découverte, sensibilisation, exaltation, mais aussi un temps calme avec l’atelier du musée numérique créé par La Villette installé dans une des salles du château. Des tables d’écolier, une projection sur écran et des tablettes devant eux, les enfants sont invités à entrer dans l’univers des collections des musées nationaux en « likant » des images.

    Mickael Roman, directeur des deux mecs de l’Amsp fait le tour des ateliers un sourire aux lèvres. Il ne cache pas son bonheur d’assister à ces parenthèses magiques dans les parcours marqués par les ruptures et fragilités multiples des petits et des ados qu’il accueille sur les sites de Saint-Menet et de l’Arbois : « Sans l’aide de la Fondation, on n’a pas les moyens de financer ce type de projets, pourtant essentiel ». Qui pourrait même créer des vocations.

  • Mama Stock : 9 ans de fête et de militantisme culturel

    Mama Stock : 9 ans de fête et de militantisme culturel

    « Né dans les jardins et autour d’une équipe de copains » comme le rappelle Patrick Simonetti, bénévole historique et aujourd’hui responsable bénévole, en 9 ans Mama Stock a grandi sans perdre son ADN.

    Pour Julien Fortier, codirecteur de projet, cette neuvième édition reflète toujours cette volonté de culture pour tous. La programmation mêlera ainsi rap, rock, musiques berbères, Balkans, dub et sound system. Sophie les Bas Bleus, Dizzy Sounds, Anzul Project, ShazaLaKazoo, La Cercleuse, Melan et Soom T se succéderont sur la scène principale. La scène dub, elle, réunira les collectifs Assoya, South Attack et Salvatge Sound.

    Mama Stock ne se limite pas aux concerts : marché artisanal, espace Kidz, live painting, expositions, friperie solidaire à prix libre investiront le site. C’est aussi un grand village associatif. Avec cette édition qui soutient particulièrement l’antenne Hérault de SOS Méditerranée France pour sensibiliser le public au sauvetage en mer. « C’est une manière de rappeler que la fête peut être consciente. » Autre nouveauté cette année : le 28 août à 14h15, une projection de Tous au Larzac sera proposée en partenariat avec le What a Trip! Festival.

    Une aventure portée par les bénévoles

    Cette diversité repose sur une forte mobilisation bénévole. Environ 138 personnes sont engagées cette année, dont 85 à 90% de nouveaux venus. « Nous avons une équipe de copains qui arrive à faire un truc géant », souligne Patrick Simonetti. Or le festival étant autofinancé à plus de 90 %, ce modèle devient toutefois plus difficile à maintenir. « L’ensemble des charges a augmenté avec le coût de la vie et c’est inenvisageable de tout répercuter sur les festivaliers », explique Julien Fortier. La gratuité impose donc de « bricoler » et de s’accrocher au sens du projet. « Maintenir le projet selon ses modalités actuelles s’avère être, année après année, un acte toujours plus militant ».

    Amélia Siapo

  • [C’est l’été] Animation et concerts pour tous à Hyères

    [C’est l’été] Animation et concerts pour tous à Hyères

    C’est la dernière des nuits blanches ce jeudi à Hyères. Plusieurs concerts, activités et animations gratuites sont mis en place par la ville à partir de 18h. Tout est accessible aux enfants et sur la place Clemenceau il y a un parc et un manège.

    Le parcours des Arts sera ouvert jusqu’à minuit, toute la famille pourra découvrir des peintres, potiers et illustrateurs souhaitant montrer leurs ouvrages. Il est également possible de déambuler au Marché des créateurs avec des artisans de la région. Dans le même temps, le groupe de percussions Bandasaï déambulera dans la ville. Les musiciens jouent des instruments traditionnels de la batucada de Rio de Janeiro et proposent une musique brésilienne aux influences de samba.

    Une soirée de concerts

    Pour se restaurer, ce sera à l’espace gourmand, place de la République. Sur cette même place, le groupe Bigfoot jouera de la musique pour toutes les générations, de 21h à 23h30.

    Un autre thème de soirée est possible, place Oustaou Rou, avec une soirée Ibiza.

    Le stationnement est rendu gratuit de 18h à 2h.

    Gabrielle Cartellier

  • Quand l’extrême droite cogne à poing fermé sur la culture

    Quand l’extrême droite cogne à poing fermé sur la culture

    Lorsque l’actualité se bouscule, il arrive qu’on passe à côté d’un des très nombreux dérapages des élus d’extrême droite du département. Des loupés que l’été nous permet de réparer afin de ne pas laisser se ramollir la bataille des idées. Et décrypter ce qui se cache sous les anathèmes et les prises de position flattant les plus bas instincts.

    Ainsi lorsque le député RN de la circonscription de Draguignan Philippe Schreck, candidat heureusement battu aux municipales, épingle le budget de fonctionnement du Musée des Beaux-Arts de Draguignan, il faut plus y voir un exercice de pure démagogie plutôt qu’un réel souci pour les deniers publics. En brandissant des chiffres, ici 1,2 million d’euros, pour, en vrai populiste, brandir le spectre d’une culture élitiste devant les yeux de ceux qui pensent ne pas y avoir accès et que le Rassemblement national n’a aucunement pour projet d’émanciper. L’objectif, met en garde l’ancien maire PS de la ville, Christian Martin est de « choquer tel un triste épouvantail ceux qui ne connaîtraient pas encore ce musée ou penseraient à tort qu’il ne leur est pas destiné ».

    Alors même si on connaît « la finesse » de ce parlementaire du parti à la flamme qui a qualifié les juges qui ont condamné Marine Le Pen de « mollahs » et appelé avec toute la retenue qu’on lui connaît, à l’insurrection, mieux vaut ne pas prendre à légère ses incantations, même si cette fois il n’appelle pas à se soulever face à « la dictature des juges ». N’empêche qu’en disant « tout le bien » qu’il pense du Musée des Beaux-Arts de Draguignan, un équipement public dont la qualité est saluée par la presse nationale, il exprime ses préférences pour une culture rance et sans aucune ambition, comme ses coreligionnaires, d’ailleurs.

    En pure démagogie

    On se souvient par exemple des violentes attaques en conseil municipal de Toulon par la députée RN Laure Lavalette à l’encontre de la programmation du Théâtre Liberté et de son directeur d’alors, l’acteur et metteur en scène Charles Berling. Là aussi il était question de budget. « Non, nous ne sommes pas tous concernés par ces théories nauséabondes… [par la] propagande LGBTQI [dispensée] avec l’argent du contribuable », s’immisçait-elle.

    On sait que le Rassemblement national a une vision assez très étriquée de la culture.

    Ici, ce qui est attaqué c’est le coût pour la collectivité d’un musée qui collabore avec les plus grands établissements en France et à l’étranger, qui lui prêtent des œuvres majeures.

    Plutôt une aubaine, donc pour les habitants de ce territoire qui ont la possibilité de mieux connaître leur patrimoine et de découvrir de nouvelles sensibilités artistiques, à l’instar de l’exposition présentée actuellement (Les Roches rouges) qui magnifie la beauté de l’Estérel, insiste Christian Martin.

    Et puis si la critique porte sur son financement public, la billetterie ne couvrant que partiellement la vie de l’établissement, il faut rappeler que « c’est le cas des musées mais aussi des écoles, depuis que l’enseignement est obligatoire, laïc et gratuit ». Et on comprend comment l’extrême droite entend « investir » dans l’avenir.

    Une politique du sabre ultralibéraliste aux antipodes des intérêts des classes populaires, dans notre département comme partout en France. Une imposture qu’il est donc important de continuer à dénoncer même en plein cœur de l’été.

    À méditer.

  • [C’est l’été] Pop en poupe à la Villa Carmignac de Porquerolles

    [C’est l’été] Pop en poupe à la Villa Carmignac de Porquerolles

    L’euphorie commence d’emblée par une série de Sunsets. Andy Warhol, l’artiste qu’on associe le plus au Pop Art nous livre un motif à répétition sérigraphiée autour du coucher de soleil. Un champ de couleurs aux contours brumeux avec des formes en suspension se fondant dans un ciel pastel et qui rappelle la virtuosité d’un Mark Rothko et agit comme une anesthésie visuelle.

    Puis, tout s’embrase avec une autre star-rock de la Pop Art, Roy Lichtenstein et son étonnant vitrail de lampes fluorescentes. Un éveil au spectacle de la nature, loin des néons aux slogans publicitaires. Du même artiste, une porcelaine émaillée sur acier représentant une jolie blonde américaine en pleurs, Crying Girl. Faisant référence aux romans de gare, le cliché, ludique, est jugé antiféministe aujourd’hui. L’héroïne envahit le cadre dans un style froid et plat, intensifiant les émotions fortes d’une femme soumise, hystérique ou fatale. Tout sentiment amoureux constitue pour elle une menace.

    Le processus créatif

    du Pop Art

    L’artiste à la technique des points de trame a multiplié les techniques, tournant le dos à l’art prétendu « noble ». Pour Lichtenstein, l’art est aussi puissant que la vie à l’instar de Landscape 5, un collage sérigraphié sur Rowlux aux propriétés réfléchissantes tel le miroitement de la lumière sur l’eau.

    Autre célébrité, à mi-chemin entre l’apologie et la parodie du rêve américain aussi consternant que merveilleux, Jeff Koons manie avec humour le gadget et le kitsch. L’apparence hilarante de son homard énorme gonflable a la force sculpturale dans un monde friand en monuments. Le goût grotesque d’un art gonflé par la spéculation.

    Le Pop englobe la musique

    Ancré dans le domaine de l’évasion, du divertissement et de la détente, le parcours de près de 80 œuvres est rythmé par une bande-son. Des tubes allant des Beach Boys, des Beatles à Otis Redding, intensifient l’expérience et la participation sensorielle et émotive du spectateur.

    Le genre est universel

    La volonté de corriger l’oubli des femmes artistes mises sous la touche dans le mouvement Pop Art est évidente. À l’époque, la déferlante capitaliste de « The American Way of Life » débarque dans l’Europe d’après-guerre. L’économie américaine est en pleine expansion avec pour modèle le suprématisme blanc, la consommation à outrance et la femme au foyer, objet sexuel et produit attirant. Un mouvement avant-gardiste se forme avec des œuvres radicales d’artistes tels que Judy Chicago (You don’t own me). La révolution sexuelle permet alors un nouveau type de femme libre, à l’allure déterminée (Rainy de Kiki Kogelnik), sportive (Divers de Joan Brown) et indépendante (Bien sûr le petit bateau de Martial Raysse). Une contre-culture affirmée que l’on retrouve aussi dans La belle endormie d’Evelyne Axell au corps alangui, marquant un érotisme défiant le refoulement du désir féminin. Fini les positions serviles. L’aura est une « pin-up » qui déguste une sucette glacée (Ice Cream). Lèvres ouvertes, langue évidente, dents brillantes, elle affirme sans embarras ses désirs, ridiculisant le voyeur qui y voit une zone érogène. Autre expression faciale, la bouche gigantesque de Welcome de Marjorie Strider qui se délecte à faire de son corps une arme plutôt qu’un obstacle.

    La trahison du rêve américain

    L’appel (E. Axell) est celui de l’aventure version Jack Kerouac. Il exprime ce désir de liberté par opposition au nationalisme américain et l’illusion de la belle vie consumériste. L’énergie sauvage d’un Tarzan révèle aussi que le voyeurisme n’est pas seulement affaire d’homme. Quant à Derrick Adams (Floater), il affiche une mer d’un bleu artificiel avec l’emploi de couleurs vives pour les distractions d’été. Une peinture stéréotypée faisant référence à The American Dream et la farniente, illustre à la fois un espoir et la trahison de ce rêve inatteignable.

    Entre rêve et réalité,

    un retour…sur terre

    Bel exemple d’éphémère, la gigantesque sculpture de Théo Mercier se dessine dans le sable sous un plafond d’eau et rappelle le court terme de la société de consommation, les excès de l’industrie des loisirs, le vite oublié du consommable qui modifie nos plages. Une œuvre vouée à être détruite, faute d’emballage…

    Exposition : « Sea, pop and sun » à la Villa Carmignac sur l’île de Porquerolles. Jusqu’au 1er novembre 2026.
    Juillet et août
     : De 10 à 19 h. Nocturne les jeudis jusqu’à 22 h. Septembre, octobre et novembre : De 10 à 18h.

  • [C’est l’été] Visite guidée à L’Isle-sur-la-Sorgue

    [C’est l’été] Visite guidée à L’Isle-sur-la-Sorgue

    Le parcours vous propose des clés de lecture pour mieux comprendre son univers, ses formes et les matériaux qu’il explore, tout en révélant le dialogue entre ses œuvres et les lieux qui les accueillent.
    Laissez-vous guider et plongez dans une expérience sensible au cœur de la sculpture contemporaine.

    Jeudi 6 août de 17h à 18h30.

    Entre 5 et 8 euros

  • [C’est l’été] Préparer l’éclipse solaire à la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille

    [C’est l’été] Préparer l’éclipse solaire à la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille

    à partir de 18h, dans l’auditorium de la bibliothèque régionale située quartier Belsunce, ce mercredi 29 juillet, Michel Marcellin, astrophysicien, évoquera les éclipses qui ont eu lieu à Marseille au XVIIIe et XIXe siècle. Le scientifique précisera également quels sont les bons gestes à respecter pour observer celle qui va avoir lieu en 2026 en toute sécurité.

    Sur inscription à www.academie-sla-marseille.fr

  • [Portrait] Marina Lafon-Borelli : comment naviguer entre XVIIIe et XXIe siècles ?

    [Portrait] Marina Lafon-Borelli : comment naviguer entre XVIIIe et XXIe siècles ?

    Dans sa vie quotidienne, depuis les baies vitrées d’un appartement situé dans un immeuble de Fernand Pouillon qui prend vue sur le Vieux-Port et le flanc droit de l’hôtel de ville, Marina Lafon se sait chanceuse et privilégiée. Une mère infirmière qui l’orienta vers la médecine, un père italien avec un ancêtre qui vécut longtemps en Égypte, les deux branches de son arbre généalogique ont fait d’elle une héritière : la collection de faïences qu’elle rassemble depuis quatre décennies est surdéterminée par son entourage. Dans le discours de son introduction en 2020 à l’Académie de Marseille, Daniele Giraudy a raconté comment sa famille l’avait félicitée pour l’une de ses incartades. En 1977, après la soutenance de sa thèse de Médecine qui explore les Conditions de travail des égoutiers de Marseille, sa grand-mère lui offrait trois somptueuses assiettes, des jetées de fleurs et des insectes de la Veuve Perrin.

    Du côté de sa mère, ses ascendants, des Grecs de Constantinople établis à Marseille au début du XIXe siècle, étaient des banquiers polyglottes ou bien des entrepreneurs. Son arrière-grand-père, Polype Zafiropoulo fut le commissaire de la section peinture de l’Exposition coloniale de 1906. Il habitait jusqu’en 1943, près du cours Puget, au 13 rue Edouard-Delanglade, un hôtel particulier lourdement aménagé. On l’aperçoit derrière les grilles d’une cour pavée, Marina Lafon a décrit son intérieur dans le numéro 255 de la revue Marseille. Des photos de 1908 en sont témoins, on trouvait dans cet espace un curieux concentré de signes d’opulence et de distinction : des tapisseries de Flandres et d’Aubusson, des meubles de haute époque, des toiles de Monticelli et Gustave Ricard, des assiettes de Saint-Jean du Désert, un cache-pôt de Théodore Deck.

    Zafiropoulo avait pour ami l’Abbé Arnaud Daniel qui écrivit un livre de première importance à propos de Moustiers. De même, les meilleurs chercheurs de notre époque, Daniele Maternati-Baldouy et Régis Bertrand se sont associés à l’exposition de cet été, Faïence et Dévotion dont elle est la commissaire. En dépit de son confort, des flots de la lumière du Vieux-Port et de la simplicité de sa cuisine, son appartement n’est pas résolument moderne, « les choses changent pour que rien ne change ».

    En amont du Tricentenaire de l’Académie

    Sa profuse et remarquable collection ressemble à ce qu’on peut savoir, via des donations et le marché de l’art, à propos des prestigieuses collections provençales de la famille des banquiers Jourdan-Barry ou bien d’une spécialiste de la faïence comme Marguerite Desquelles. On y trouve plus de 200 pièces, des polychromies, des camaïeux verts et des liserés de manganèse, quatre vases bleus et blancs qui appartenaient à Jules Charles-Roux, des objets un brin insolites, des surtouts de table, des plats à barbe ou des chaufferettes. Souci de discrétion implique de ne pas détailler un article paru à propos de ces objets dans Connaissance des Arts en janvier 2024, par exemple le surgissement d’une cheminée d’usine sur une toile qui ponctue finement le bonheur qui se vivait à l’Estaque en 1918.

    Chacun sera libre de trouver luxueuse et désuète, ou bien savoureusement orientée cette collection. Par-delà ces clivages faiblement productifs, les propositions de Marina Lafon sont autrement intéressantes. L’un de ses plus vifs souhaits est de mieux faire percevoir du côté des faïences, un centre artistique majeur, l’écosystème d’un âge d’or qui forgea avant la Révolution un segment conséquent de la réputation multiculturelle du Vieux-Port : d’un côté, des artisans créatifs et des dirigeants de manufactures inventifs comme les Clerissy, Pierrette Candeloup et Joseph Fauchier, de l’autre des bourgeois et des aristocrates convaincus dans toute l’Europe de l’excellence des productions de Marseille et de Moustiers.

    Depuis qu’elle a quitté la Médecine du Travail, Marina Lafon mène une seconde vie pleine d’énergie, d’érudition, d’enthousiasme et de fantaisie. Au musée Borély elle dirige un Fonds de dotation qui coordonne les précieux achats d’une centaine de mécènes privés. En tant que présidente pendant deux ans de l’Académie de Marseille, ses capacités de dialogue et de diplomatie auront permis de déployer pour le Tricentenaire de cette institution les prémices d’une partition dont l’un des points forts est précisément la problématique de son exposition du musée Notre-Dame de la Garde.

    « Faïence et Dévotion », musée de la Basilique Notre-Dame de la Garde, jusqu’au 22 novembre, tous les jours de 9h à 17h.

  • [C’est l’été] Premier festival des Arts

    [C’est l’été] Premier festival des Arts

    Le Château de Berne lance son tout premier festival des Arts et investit l’amphithéâtre à ciel ouvert du domaine, entre vignes et oliviers, pour proposer une programmation éclectique mêlant expositions photographiques, théâtre en plein air, concerts et performances musicales. Nicolas Reyes vous y attend pour un concert.

    Infos sur le site du château