Tag: Arts

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À l’Alcazar, le bureau et les tableautins de Louis Brauquier

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À l’Alcazar, le bureau et les tableautins de Louis Brauquier

    On lui préférera, tranquillement solaire, le miracle de la toile peinte au même endroit qui figure sur la lucarne de cette chronique. Ce qui se donne derrière les deux fenêtres, c’est presque un jeu d’enfant, un miséricordieux moment de passé-présent. Le dehors et le dedans ne s’interrompent pas. On retrouve immédiatement en deux miniatures, sans gel, sans mélancolie ni froidure, les petits pans de mur et les architectures du paysage de l’ancienne rive.

    Sur les notices de cette vue du second étage du 17, du quai Rive-Neuve, on apprend que ce tableau fut peint entre juin et octobre 1956 : commencé à Marseille depuis l’immeuble qui abrite aujourd’hui le Théâtre Badaboum, achevé pendant l’automne depuis Alexandrie. Dans cette occurrence, Brauquier dont le style exotique et minutieux avoue d’ordinaire son étroite connivence avec Gauguin ou bien avec le Douanier Rousseau, s’empare de références à la fois intimes et avant-gardistes. Les couleurs du carrelage et la géométrie de son tapis, la savoureuse sobriété du mobilier et du décor, le repos de son épouse Geotte qui lit un livre peuvent être rapprochés des bonheurs d’expression d’Henri Matisse, par exemple pendant sa période de l’Intérieur aux aubergines vécue à Collioure en 1911.

    Louis Brauquier (1900 – 1976) avait coutume de dire qu’il devint très tard « un jeune peintre ». Un courrier adressé à Gabriel Audisio date d’avril 1953 sa décision. Cet autodidacte, ce peintre du dimanche ne fit pas de grands progrès. Il ne s’acharna pas vraiment. Il comprit très vite que « c’était passionnant et difficile ».

    Au troisième étage de la Bibliothèque de l’Alcazar, on peut découvrir cette toile dans le vrac d’un petit sanctuaire aménagé selon les directives de sa sœur Eugénie Brauquier, décédée en octobre 2003, la reconstitution à la fois dérisoire et attachante du bureau-atelier de son dernier appartement, situable au 367, avenue du Prado. Louis Brauquier parlait de cet espace comme s’il s’agissait d’un grand musée d’Espagne.

  • Daniel Pennac à la rencontre des jeunes de la Busserine

    Daniel Pennac à la rencontre des jeunes de la Busserine

    Le temps d’une rencontre, la bibliothèque du Merlan prend des allures de salle de conférences où des doigts levés s’érigent tels des fusées. Face à des rangées d’enfants du quartier du Grand Saint-Barthélemy, Daniel Pennac. Cet auteur, « le plus grand écrivain du monde » d’après un des enfants, a été sollicité par le comité Mam’Ega pour échanger sur deux de ses œuvres, Kamo et Moi et L’Œil du loup.

    Créations artistiques

    Pour l’occasion et à l’initiative du comité, deux classes de l’école élémentaire de la Busserine ainsi que les collégiens du collège Pythéas ont produit des travaux mêlant podcast, art plastique, vidéo et lecture autour de ces deux livres.

    La rencontre a pour ambition de donner le goût de la lecture aux jeunes, de stimuler leur créativité et surtout d’encourager la fréquentation des lieux culturels. Ali Akroun, directeur de la bibliothèque, se félicite de l’événement qui traduit l’engagement du lieu : « C’est important que des rencontres comme celle-ci se passe parce que ça permet de mettre en lumière notre travail mené à l’année : rendre la culture accessible à tous ». Les enfants attentifs du début jusqu’à la fin semblent eux aussi sensibles à cette démarche. Kaïm s’exclame devant le reste de la classe : « Il est rigolo Pennac, ça m’a donné envie d’écrire ! »

    Vincent Schneegans, avocat et président de l’association Des livres comme des idées, est à la genèse de cette rencontre. Ancien élève de Daniel Pennac, il lui a présenté le livre de Françoise Ega, alias Mam’Ega, qu’il a par la suite préfacé.

    L’héritage de Mam’Ega

    Pour l’avocat, il y a un devoir de faire vivre la mémoire de l’autrice : « Tout part du livre de Mam’Ega parce que c’est son héritage ce quartier et qu’elle mérite d’être connue ». Daniel Pennac a eu une véritable rencontre littéraire avec son œuvre alors « tout ce qui touche à son univers me plaît et ça me fait plaisir d’être ici », affirme-t-il. Plus largement c’est la rencontre avec les enfants qui l’anime : « Les enfants c’est la vie vivante » Pour son fils, Jean Marc Ega, faire vivre la mémoire de sa mère, c’est entretenir une figure de proue dans leur travail associatif : « Elle et comme beaucoup de femmes nous permet de mettre en avant la culture dans notre quartier en mutation. C’est par ce biais qu’on s’ouvre au monde. C’est en joignant les histoires et les mémoires qu’on crée la rencontre entre les personnes. Cet esprit d’ouverture, c’est l’héritage de Mam Ega ».

  • « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « On essaye de montrer que la littérature est une manière d’habiter autrement ce monde qui tangue, une manière de faire entendre des voix multiples dans une époque où tout pousse à simplifier, accélérer et opposer », rappelle Nadia Champesme, co-directrice d’« Oh les beaux jours ! ». Lancée mardi, la 10e édition de ce festival littéraire propose 80 rencontres en tous genres auxquelles 130 auteurs participent, jusqu’au dimanche 31 mai.

    Un long voyage au fil

    des pages mondiales

    Ce long voyage au fil des pages mondiales se matérialise par un large éventail : d’un dialogue au Musée d’Histoire de Marseille, jeudi, entre l’historien Stéphane Mourlane et Marius Rivière, ainsi que Grégory Mardon, auteurs d’une savoureuse BD dans les pas du boxeur marseillais Kid Francis. Jusqu’aux « grands entretiens », accessibles gratuitement, d’auteurs illustres et chevronnés qui effeuillent leurs vies et influences, tels qu’Alain Guiraudie, vendredi à 14h30, Erri De Luca, samedi à 11h, Delphine de Vigan dimanche à 14h30 (tous à La Criée) et de l’immense auteur cubain Leonardo Padura, dimanche à 17h, au Mucem.

    Programme complet sur www.ohlesbeauxjours.fr

  • Un atelier artistique pour les patients de l’Établissement de Psychiatrie du Var

    Un atelier artistique pour les patients de l’Établissement de Psychiatrie du Var

    Depuis lundi, dans les jardins de l’Établissement de psychiatrie du Var, on peint, danse, crée, dans le cadre d’un atelier artistique proposé par Châteauvallon et la compagnie Artmacadam. Intitulé « Invente ton Nid », ce projet porté par l’Agence régionale de santé (ARS) et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) invite des patients en psychiatrie, âgés pour la plupart de plus de 65 ans, à « concevoir leur nid, où ils peuvent rêver et s’envoler, ce qui a du sens en ces lieux », décrit Hélène Charles, coordinatrice artistique d’Artmacadam.

    Une restitution vendredi

    Les prémices de ces ateliers remontent à février : « On est venu dans leur lieu de vie pour les introduire au sujet. On a récolté beaucoup d’informations, on les a fait parler, danser… Il était important de les libérer », évoque Hélène Charles. Depuis lundi, les participants travaillent autour de réalisations évoquant le nid. « Ça peut être des nids de mots, de mouvement… On a utilisé trois médiums : la musique, la danse, les arts plastiques. En imaginant la sécurité, l’amour d’un nid à travers le mouvement du corps, en donnant des musiques, des sons qui les apaisent… C’est un projet polymorphe », décrit l’artiste.

    Pour Michelle, l’une des patientes, c’est une renaissance : « Quand je suis rentrée à l’hôpital, j’ai cru que ma vie était finie. Je me suis réveillée il y a une semaine. J’ai vécu cela tellement fort. Avec les personnes du groupe, on ne se parlait pas. Maintenant, on fait connaissance, c’est une merveille. » « On leur apporte du rêve, un rôle et ça leur donne confiance », s’émeut Hélène Charles.

    Une restitution ouverte au public, réalisée par les membres d’Artmacadam, aura lieu vendredi à 15h dans les jardins du centre hospitalier de Pierrefeu. « Ce sera une rencontre, pas un spectacle. Ça permet d’ouvrir le monde psychiatrique par le biais de l’art et de faire tomber les préjugés. Les patients nous ont fait plein de cadeaux, on va essayer de les restituer au mieux », appuie la coordinatrice artistique.

  • Beau succès populaire de la saison méditerranéenne

    Beau succès populaire de la saison méditerranéenne

    Marron châtaigne, orange saumon, bleu marine, et une petite touche de jaune. Le studio Fotokino (1er) tient du carrefour des couleurs méditerranéennes. Les adultes contemplent les cadres colorés, tandis que les minots dessinent. Jusqu’au 30 mai, l’atelier proposera vernissages, conférences et activités dessin, autour de couleurs françaises, mais aussi marocaines et tunisiennes. « C’est une occasion de rendre l’art accessible à tous. Il y a un vrai travail de transmission qui passe par la culture. L’identité méditerranéenne ici à Marseille est marquée, retrouver autant de diversité peut permettre à tous de s’y retrouver », apprécie Sarah, artiste marseillaise, venue « s’inspirer » au gré des œuvres.

    Un peu plus loin, aux ateliers Jeanne-Barret (15e), où sont présentées les œuvres produites par une quarantaine d’artistes gazaouis, Karena et son mari acquiescent : « L’un des poèmes évoque ces enfants gazaouis qui ne se réveilleront plus, dans un cadre mélancolique, qui fait appel à ce que l’on connaît comme les oliviers, les citronniers, cette chaleur méditerranéenne. Ces œuvres nous transportent, en faisant appel à des sens qui nous sont familiers », commentent-ils. Tous deux algériens, ils s’avouent « touchés » par les poèmes, photos et dessins exposés. C’est en tout cas la promesse de la Saison Méditerranée, qui se veut solidaire. Le dispositif rassemblera, pendant 6 mois, plus de 60 villes en France en Algérie, ainsi qu’en Égypte, Tunisie, au Maroc et au Liban autour de l’art avec la volonté « d’unir et connecter les populations, valoriser les diasporas », selon les mots du président de la République. Une volonté que Pauline, autre visiteuse des ateliers Jeanne-Barret, espère ne pas voir « s’essouffler », au terme de cette fin de saison. « C’est important de valoriser les cultures et artistes d’autres pays, surtout dans ce climat actuel sous tension. J’espère simplement que ce programme aura autant de portée que l’on souhaite. »

    De retour au Vieux-Port, sur l’esplanade Gisèle-Halimi (2e), les curieux semblent plutôt convaincus. En seulement quelques minutes, une foule de Marseillais encercle la troupe de danseurs chorégraphiés par Taoufik Izeddiou. Sur des sonorités contemporaines méditerranéennes, les artistes professionnels bougent de manière désorganisée. Une volonté artistique assumée, qui séduit certains spectateurs. Benoit s’agite de droite à gauche, fait parfois bouger ses épaules. Le quarantenaire est émerveillé : « Je suis Tunisien et ces influences musicales me rappellent mon enfance. J’ai juste envie de les rejoindre et danser avec eux », lance-t-il. Marina et ses amies partagent son ressenti. Les trois trentenaires applaudissent cet événement gratuit et au grand jour, qui « permet à tous d’assister et de participer ».

    Événement privatisé ?

    Pour autant, certains rendez-vous n’ont pas fait que des heureux. Il en est de l’organisation du spectacle de Mohamed El Khatib au Mucem prévu pour 20h, vécue comme « mépris » par « plus de 200 Marseillais », dénonce Céline. « Le Mucem a fait attendre dans le vent, sur le J4, plus de 200 personnes alors que l’équipe d’organisation savait que la jauge de l’amphithéâtre (330 places) était déjà préremplie par les invités des 23 mères-danseuses, la presse, et des programmateurs éventuels ou partenaires. » Quelques dizaines de personnes seulement ont pu finalement assister au spectacle, atteste-t-elle, les autres ont attendu plus de deux heures, « pour rien ». Un « scandale » s’insurge la Marseillaise. Au-delà du « manque de communication », elle considère que le site tenant d’un service public a tout simplement organisé « une soirée privée ».

    Hormis cet incident, l’ensemble des visiteurs semblent unanimes pour saluer l’événement, sa portée culturelle et artistique, et les liens ainsi tissés ou retissés entre les différentes rives de la Méditerranée.

  • Ce « musée embarqué » solidaire avec Gaza

    Ce « musée embarqué » solidaire avec Gaza

    Le voilier Hétérotope, devenu centre culturel embarqué de la flottille pour Gaza, a permis samedi de livrer des témoignages sur le blocus naval illégal de la Palestine alors qu’Israël menace à nouveau d’arraisonner dans les eaux internationales les 50 navires de la flottille partie vendredi de Grèce.

    « C’est ici un petit coin d’humanité et de Palestine et vous savez combien pour la Ville de Martigues la question de la paix, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est importante surtout quand on voit ressurgir des fantômes » a dit Florian Salazar-Martin (PCF), adjoint au maire en charge de la culture.

    « Gaza vit sous blocus hermétique depuis 20 ans », énonce Pierre Stambul de l’Union juive française pour la paix, qui présente son livre Du projet sioniste au génocide. « Les Gazaouis sont punis collectivement, ont subi des bombardements incessants. Plus personne ne peut douter du mot “génocide” et l’Europe et les États-Unis en sont coauteurs. Il ne reste plus que les sociétés civiles du monde entier et ces flottilles sont un exemple formidable. Elles se substituent à la lâcheté, à la complicité de nos politiques. »

    Le collectif d’habitants de l’Estaque est présent. « Plus de 150 habitants sont venus à soutenir la flottille Thousands Madeleens To Gaza qui s’était amarrée en mars à l’Estaque et qui a rejoint en avril la flottille Global Sumud partie de Barcelone le 31 août. Nous exposons les dessins réalisés par des enfants de l’Estaque pour les enfants de l’école El-Watan à Gaza », montre Fathi Bouaroua qui souhaite ardemment un jumelage avec Marseille. « Ces dessins ont été très appréciés des petits Gazaouis. Ils ont tout imprimé et affiché sur leur tente », explique Maeva, une des enseignantes qui a participé à cette correspondance de dessins, de poèmes et de lettres avec l’association Education For Gaza pour des enfants qui vivent et sont scolarisés dans des conditions matérielles et morales épouvantables.

    « Il y a tout un processus d’invisibilisation de la culture palestinienne » rappelle l’organisateur Émilien Urbach, journaliste à l’Humanité, arrêté et arbitrairement retenu par les Israéliens. « Ce n’est pas pour rien que les journalistes sont les premières cibles à Gaza, que les chercheurs, les enfants sont tués à Gaza et de plus en plus en Cisjordanie. C’est un processus qui participe de tuer cette culture, de tuer l’existence de ce peuple, sa vitalité, sa créativité. C’est pour ça qu’on a créé ce bateau le centre culturel embarqué et qui comme, une criée après la pêche donnent tout ce qu’ils ont récolté. »

    Doyenne de la flottille attaquée le 8 octobre, Isaline Choury, 82 ans, a témoigné de la violence inouïe de l’armée israélienne qui a kidnappé 176 militants. « Un type très massif me frappait en criant en français “bienvenue en enfer !” » a relaté la fille du résistant corse, Maurice Choury et nièce de Danielle Casanova, la résistante communiste assassinée à Auschwitz. « Il y a eu pire. Trois de ma flottille ont été dénudés, un chien leur a pissé dessus et ils ont été violés (…). Depuis, je milite. Ils n’ont pas gagné. Je suis debout et vivante. Ils n’ont pas fini de m’entendre. Ils ne gagneront pas ! »

  • La Citadelle lance sa nouvelle saison artistique

    La Citadelle lance sa nouvelle saison artistique

    « Nous voulions ouvrir la saison avec un événement destiné aux familles, qui parle à tout le monde. Pas seulement aux visiteurs qui s’intéressent à l’histoire du Fort, mais aussi à ceux qui cherchent à se divertir. » Alors qu’elle tente de se couvrir du soleil qui frappe sur le fort, Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de la Citadelle de Marseille explique ainsi ce qui l’a motivé à accueillir le projet. Au programme de la journée : solo de guitare, spectacle d’acrobatie, une exposition, et plusieurs visites « flash » dans l’après-midi. L’objectif : faire d’un monument historique, un lieu qui continue de « vivre et de bouger » poursuit la directrice. Un pari réussi puisque le site affichait complet ce samedi. En famille ou entre amis, les Marseillais et visiteurs ont répondu en nombre pour suivre le circuit culturel proposé. Des propositions motivantes car « accessibles pour découvrir une partie du patrimoine », déclare Alice.

    Un lancement inédit

    Mère de deux enfants en bas âge, elle affirme s’être déplacée « pour assister aux différentes performances », une bonne occasion pour « profiter de la vue imprenable et découvrir l’architecture du site ». Un événement inédit puisque pour la première année, les artistes ont « carte blanche » sur leurs productions artistiques. Une manière de « lancer différemment la saison portée par un programme assez dense », annonce Benjamin Lengagne, directeur de la communication de la Citadelle de Marseille. « Nous accueillerons, en mai, les festivals Marsatac et Basse Fréquence, ainsi que l’événement Résistance et Désobéissance porté par Saison Méditerranée », énonce-t-il. Des manifestations que certains des visiteurs ne comptent pas manquer comme Mathieu et sa compagne Clara, bien décidés à « suivre de près les événements culturels qui rythmeront la saison ».

    plus d’infos sur : citadelledemarseille.org

    Légendes photos

    1 – Mathilde Rubinstein, la directrice déléguée de la Citadelle, en pleine visite express du site.

    2 – Le guitariste Benjamin Dupé, artiste résident à la Citadelle s’est produit sur la scène du site, samedi après-midi.

    3 – Un spectacle d’acrobaties aériennes intitulé « Li(e)n » a été donné par la compagnie Appesa devant un public aussi surpris de la proposition que séduit.

    4 – La Citadelle, classée monument historique et surplombant le port de Marseille a fait l’objet d’un très important chantier de restauration conduit par l’association spécialisée dans l’insertion Alta Vista.

    PHOTOs C.S. et Pierre Gondard/La Citadelle

  • À Marseille, le festival de Flamenco confirme son succès

    À Marseille, le festival de Flamenco confirme son succès

    Cela fait plus de trente ans que Maria Pérez dirige le centre Solea situé rue Sainte. Passionnée de Flamenco, elle ouvre son école de danse en 1994 avec son mari Marc Bamoudrou pour transmettre la culture andalouse. En cette 8e édition, son festival reçoit, cette année, une attention particulière. « Le maire de la Union, en Espagne, Joaquin Zapata, animera la soirée de samedi. C’est un honneur ainsi qu’une grande marque de reconnaissance de l’accueillir en nos lieux », annonce-t-elle fièrement.

    Populaire et solidaire

    Le maire et directeur du Festival international espagnol du Cante de las Minas prendra la parole à 18h30, pour une conférence sur l’histoire, l’identité et l’évolution du Flamenco. Intervention qui sera suivie d’un concert du guitariste Joaquín Muñoz Fernández. Plus de place disponible pour cette soirée, qui promet d’être « explosive », selon la directrice.

    Un engouement qui s’accélère depuis trois ans et se confirme une fois de plus cette année. Une réussite due, selon Maria Pérez, aux « valeurs populaires et solidaires » que prône le Centre. « Nous avons à plusieurs reprises travaillé avec T’Cap 21, pour les jeunes trisomiques. Mais aussi pour A Pulso, un cycle d’ateliers de danse flamenca avec des femmes réfugiées ou en difficulté sociale, à Marseille et à Arles. » Une volonté donc d’unir à travers la danse, mais aussi de « combattre les préjugés », selon Claude Freissinier, directeur de la société Arts et Musiques. « La programmation de vendredi est aussi une manière de valoriser le Flamenco de nos quartiers. Mettre en lumière la communauté gitane de notre région avec, par exemple, l’intervention de Manuel Gomez, un guitariste de Martigues », confie-t-il.

    Quelques places sont encore disponibles pour la soirée de vendredi, qui s’ouvrira sur un bal sévillan à 19h. Au menu : des spectacles de Flamenco traditionnel puis la projection d’un film dédié au guitariste Yerai Cortés.

    Renseignements sur festivalflamenco-azul.com

  • Programme en « résistances » à la Citadelle de Marseille

    Programme en « résistances » à la Citadelle de Marseille

    Troisième saison culturelle en vue pour La Citadelle, qui a accueilli 185 000 visiteurs l’an passé, aussi bien venus « pour un coucher de soleil, une programmation culturelle ou un atelier », rappelle Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de l’association éponyme qui a la gestion de cet espace implanté sur la partie haute du Fort Saint-Nicolas. Sa mission, depuis la signature avec la Ville en 2021 d’un bail emphytéotique de 40 ans : « Restaurer et ouvrir au public » ce fort classé Monument historique en 1969 qui fut édifié dès 1660 sur ordre de Louis XIV pour « punir les Marseillais de leur trop grande passion pour la liberté ». Rien d’anodin à ce que la saison 2026 de La Citadelle soit placée sous le signe des « Résistances », comme pourra l’illustrer dès le 16 mai l’exposition et résidence croisée entre la France et la Tunisie, « Résistances et désobéissances ». Accueilli dans le cadre de la saison Méditerranée initiée par l’Institut français, un parcours faisant « dialoguer artistes, historiens et société civile » autour de l’incarcération, en ces lieux entre 1940 et 1942 du « futur président Habib Bourguiba et de sa garde rapprochée », résume Mathilde Rubinstein. Démantelé pendant le Révolution, transformé en prison et garnison au XIXe siècle, lieu de détention d’opposants au régime de Vichy comme Jean Zay ou Simone Weil, la Citadelle est un endroit « commun à plusieurs figures de la Résistance nationale et internationale, mais aussi un lieu de convivialité qui aide à la résistance à l’isolement et au repli sur soi », place-t-elle tandis que des ouvriers de chantiers d’insertion (« 42 nationalités représentées ») s’affairent à la restauration d’un patrimoine exceptionnel. « L’aménagement du bastion Vendôme et sa transformation en salle polyvalente » ou celle du « bastion Saint-Victor pour y installer un amphithéâtre extérieur de 250 places » sont attendus à l’horizon 2030.

    Musiques et patrimoine

    La saison culturelle de la Citadelle sera lancée le 18 avril avec « Faire fort !, journée populaire et festive » où « les artistes vont faire vibrer les remparts ». Parmi les propositions, des acrobaties aériennes du Centre international des arts en mouvement, un « dancefoor spécial minots » animé par le festival Basses fréquences, ou encore un « solo de guitare augmentée » de Benjamin Dupé, « en résidence avec sa compagnie pour au moins deux ans », précise Mathilde Rubinstein. La musique occupera une place centrale dans la saison avec « une date off de Marsatac » le 2 mai, une fête de la musique à l’esprit choral, local et mondial le 21 juin, ainsi que trois soirées assurées par la salle de concert du Makeda en juillet. Le week-end d’ouverture de la saison Méditerranée, les 16 et 17 mai, sera aussi l’occasion de voir le projet porté par la fondation Camargo, « Mondes marins », pour comprendre « comment l’art peut approfondir notre compréhension des mutations qui transforment la Méditerranée et les sociétés qui en dépendent ».

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    Le tome quatre de son catalogue raisonné dénombre seulement 77 huiles sur toile ou sur bois. Entre autres, un David et Goliath de 1931 jovialement monstrueux et dissymétrique ainsi qu’un Autoportrait de 1938, ironique et songeur, deux toiles qu’on aperçoit au premier étage du Musée Regards de Provence.

    Dans ce très complet catalogue, des portraits d’amis, quelques natures mortes, des vues de village, des chats et des silhouettes burlesques – Don Quichotte, des petits-bourgeois vaniteux, une « Sous-maîtresse » pas du tout désirable et des vieilles matrones coiffées avec des chapeaux à fleurs – sont plaisants mais n’ont rien de miraculeux.

    Tableau bariolé et pointilliste

    En revanche, deux grands tiers de ces peintures sont consacrés à des silhouettes de matadors, aux courses de vachettes et aux corridas. Plusieurs des titres de ces toiles – « Le Moment des clarines », « l’Attente », « Monumental » ainsi que le rappel d’un très justement célèbre vers de Garcia Lorca – pointent la passion et le respect que Dubout pouvait éprouver en face des instants les plus tragiques de la corrida.

    Cet intraduisible de Lorca – « A las cinco de la tarde » n’est évidemment pas l’équivalent de « Cinq heures de l’après-midi – Albert Dubout en donne une vision à la fois ensoleillée et intranquille. Les bruissements de couleurs, les taches blanches, oranges ou bien rouges qui évoquent la foule sont interchangeables. Les hommes, les femmes et les enfants sont identiques. Les rumeurs et les ovations sont énormes, le souci du détail disparaît.

    Ce tableau bariolé et pointilliste laisse entendre que dans cette immense chorale, les rires et les sifflets peuvent soudainement s’interrompre. Dans ce gentil tournoiement de couleurs, au cœur de cette simplicité bon enfant, les lames et les découpes de la lumière sont d’ores et déjà omniprésentes. Les ombres pourraient brusquement grandir : la totale indécision de cet instant peut basculer du côté de l’insouciance de la fête, ou bien vers l’irrémédiable.