Tag: Arts

  • Programme en « résistances » à la Citadelle de Marseille

    Programme en « résistances » à la Citadelle de Marseille

    Troisième saison culturelle en vue pour La Citadelle, qui a accueilli 185 000 visiteurs l’an passé, aussi bien venus « pour un coucher de soleil, une programmation culturelle ou un atelier », rappelle Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de l’association éponyme qui a la gestion de cet espace implanté sur la partie haute du Fort Saint-Nicolas. Sa mission, depuis la signature avec la Ville en 2021 d’un bail emphytéotique de 40 ans : « Restaurer et ouvrir au public » ce fort classé Monument historique en 1969 qui fut édifié dès 1660 sur ordre de Louis XIV pour « punir les Marseillais de leur trop grande passion pour la liberté ». Rien d’anodin à ce que la saison 2026 de La Citadelle soit placée sous le signe des « Résistances », comme pourra l’illustrer dès le 16 mai l’exposition et résidence croisée entre la France et la Tunisie, « Résistances et désobéissances ». Accueilli dans le cadre de la saison Méditerranée initiée par l’Institut français, un parcours faisant « dialoguer artistes, historiens et société civile » autour de l’incarcération, en ces lieux entre 1940 et 1942 du « futur président Habib Bourguiba et de sa garde rapprochée », résume Mathilde Rubinstein. Démantelé pendant le Révolution, transformé en prison et garnison au XIXe siècle, lieu de détention d’opposants au régime de Vichy comme Jean Zay ou Simone Weil, la Citadelle est un endroit « commun à plusieurs figures de la Résistance nationale et internationale, mais aussi un lieu de convivialité qui aide à la résistance à l’isolement et au repli sur soi », place-t-elle tandis que des ouvriers de chantiers d’insertion (« 42 nationalités représentées ») s’affairent à la restauration d’un patrimoine exceptionnel. « L’aménagement du bastion Vendôme et sa transformation en salle polyvalente » ou celle du « bastion Saint-Victor pour y installer un amphithéâtre extérieur de 250 places » sont attendus à l’horizon 2030.

    Musiques et patrimoine

    La saison culturelle de la Citadelle sera lancée le 18 avril avec « Faire fort !, journée populaire et festive » où « les artistes vont faire vibrer les remparts ». Parmi les propositions, des acrobaties aériennes du Centre international des arts en mouvement, un « dancefoor spécial minots » animé par le festival Basses fréquences, ou encore un « solo de guitare augmentée » de Benjamin Dupé, « en résidence avec sa compagnie pour au moins deux ans », précise Mathilde Rubinstein. La musique occupera une place centrale dans la saison avec « une date off de Marsatac » le 2 mai, une fête de la musique à l’esprit choral, local et mondial le 21 juin, ainsi que trois soirées assurées par la salle de concert du Makeda en juillet. Le week-end d’ouverture de la saison Méditerranée, les 16 et 17 mai, sera aussi l’occasion de voir le projet porté par la fondation Camargo, « Mondes marins », pour comprendre « comment l’art peut approfondir notre compréhension des mutations qui transforment la Méditerranée et les sociétés qui en dépendent ».

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    Le tome quatre de son catalogue raisonné dénombre seulement 77 huiles sur toile ou sur bois. Entre autres, un David et Goliath de 1931 jovialement monstrueux et dissymétrique ainsi qu’un Autoportrait de 1938, ironique et songeur, deux toiles qu’on aperçoit au premier étage du Musée Regards de Provence.

    Dans ce très complet catalogue, des portraits d’amis, quelques natures mortes, des vues de village, des chats et des silhouettes burlesques – Don Quichotte, des petits-bourgeois vaniteux, une « Sous-maîtresse » pas du tout désirable et des vieilles matrones coiffées avec des chapeaux à fleurs – sont plaisants mais n’ont rien de miraculeux.

    Tableau bariolé et pointilliste

    En revanche, deux grands tiers de ces peintures sont consacrés à des silhouettes de matadors, aux courses de vachettes et aux corridas. Plusieurs des titres de ces toiles – « Le Moment des clarines », « l’Attente », « Monumental » ainsi que le rappel d’un très justement célèbre vers de Garcia Lorca – pointent la passion et le respect que Dubout pouvait éprouver en face des instants les plus tragiques de la corrida.

    Cet intraduisible de Lorca – « A las cinco de la tarde » n’est évidemment pas l’équivalent de « Cinq heures de l’après-midi – Albert Dubout en donne une vision à la fois ensoleillée et intranquille. Les bruissements de couleurs, les taches blanches, oranges ou bien rouges qui évoquent la foule sont interchangeables. Les hommes, les femmes et les enfants sont identiques. Les rumeurs et les ovations sont énormes, le souci du détail disparaît.

    Ce tableau bariolé et pointilliste laisse entendre que dans cette immense chorale, les rires et les sifflets peuvent soudainement s’interrompre. Dans ce gentil tournoiement de couleurs, au cœur de cette simplicité bon enfant, les lames et les découpes de la lumière sont d’ores et déjà omniprésentes. Les ombres pourraient brusquement grandir : la totale indécision de cet instant peut basculer du côté de l’insouciance de la fête, ou bien vers l’irrémédiable.

  • Un mois entier dédié au 8 mars à Martigues

    Un mois entier dédié au 8 mars à Martigues

    On met l’accent sur les femmes invisibilisées qui ont apporté au pays », résume sobrement Gérard Frau, adjoint (PCF) de Martigues aux égalités, aux discriminations et aux droits des femmes, à propos du programme déployé par la Ville autour du 8 mars.

    Car une commune peut faire quelque chose, à sa hauteur, pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et en dehors. « On a développé un programme sur un mois avec de nombreux partenaires » illustre l’élu, qui rappelle aussi « la Commission extra-municipale de toutes les égalités, créé il y a 2 ans, et dans laquelle j’anime la partie discrimination femme-homme ». Tout comme « le dispositif Femmes en place pour renommer les espaces publics dans lesquels les femmes sont aussi invisibilisées », à l’image de la maison de Carro Anita-Conti, du nom de la pionnière de l’océanographie, ou de l’espace santé autonomie Madeleine-Riffaud, « une grande journaliste résistante », commente Gérard Frau.

    Un programme varié

    Le programme est dense avec par exemple la rencontre-débat avec des autrices de bandes dessinées organisée par le collectif féministe du PCF de Martigues à la salle Dufy de l’espace Simone Veil, ce samedi 7 mars de 15h30 à 20h, ou encore les ateliers sur l’égalité proposés mercredi 11 et 18 mars par le service jeunesse de la Ville à l’Espace infos jeunes du quai Toulmond. Les agents de la Ville auront aussi droit à pièce de théâtre de sensibilisation le 17 mars à 14h à l’hôtel de Ville. « À Martigues, on a vocation à lutter et créer des égalités », conclut Gérard Frau.

  • Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    À l’origine, Philippe-André Dayan, ancien consultant en acquisition d’entreprises raconte ne plus se reconnaître dans un univers « où ça manquait de sens et de cœur ». Il tâtonne, crée un fonds de dotation, expérimente. Puis l’idée d’un lieu s’impose. L’hôtel est acheté en fonds propres en 2021. Le projet prend le nom de Fraise, Fonds pour le rayonnement artistique, l’intégration sociale et l’emploi. Le principe est de produire des œuvres tout en accompagnant jusqu’à 50 professionnels porteurs de projets culturels. Pour ce faire, des studios, une structuration juridique, des conseils artistiques, de la mise en réseau. « L’objectif, c’est de permettre aux artistes d’avancer vite, avec les bons outils. » La gouvernance est pensée comme un garde-fou avec commissions collégiales, audit externe, transparence statutaire. « On veut inscrire les projets dans une réalité commerciale sans que la logique marchande interfère dans le processus de création. Si on veut réussir, il faut trouver des terrains de collaboration. »

    La recherche comme terrain

    Au-delà de la production, Fraise revendique un ancrage intellectuel avec des universités telles que Yale ou encore l’Université Paul-Valéry, à travers le laboratoire Leyris. Vincenzo Susca, professeur de sociologie, accompagne le projet. « Il y a aujourd’hui un besoin aigu de laisser s’exprimer des désirs de création en dehors d’un cadre capitaliste basé sur la concurrence. » Il y voit l’émergence de tiers-lieux où « les individus cherchent des formes d’identification liées à l’art, à l’esthétique et à la communauté. »

    Le partenariat prévoit des bourses pour des doctorants travaillant dans les jeux vidéo, le cinéma entre autres. Certes Fraise n’a pas encore ouvert ses portes, mais le chantier est déjà habité de projets. Entre ces murs se dessine une tentative d’organiser la création sans l’industrialiser et collaborer plutôt que concurrencer. Reste à savoir si ce pari trouvera son rythme à l’ouverture au printemps et au-delà.

  • Le travail d’une vie d’Edmond Barrial, au Musée d’art brut de Montpellier

    Le travail d’une vie d’Edmond Barrial, au Musée d’art brut de Montpellier

    Edmond Barrial travaille dans les mines jusqu’à l’âge de 47 ans. De sa retraite jusqu’à sa mort en 2012, cet homme handicapé produit dans l’ombre une œuvre aujourd’hui reconnue par une institution muséale. Un récit qui entre dans l’histoire impressionnante de l’art brut. Exposer son travail est une fierté pour Franck Martin, directeur de l’établissement, qui raconte une découverte presque fortuite. Ce qui le frappe immédiatement, c’est à la fois la dureté du parcours de vie du créateur et la puissance formelle de son travail, réalisé en totale autonomie, hors de tout circuit artistique. Les sculptures sont longtemps restées invisibles, oubliées dans un grenier, transmises de proches en proches, sans valorisation ni appréciation. « Ça aurait pu finir à la poubelle ou chez des brocanteurs pour trois francs six sous », souligne le directeur. Pire encore : « Si personne ne les avait prises, elles auraient été brûlées. Une partie l’a déjà été. »

    Aujourd’hui, une centaine de pièces sont conservées, et une quarantaine sont présentées au public. Des figurines en bois de châtaignier campées sur leurs socles comme des sentinelles. On peut observer des visages aux traits simplifiés, aux yeux exorbités et aux proportions approximatives. Entre autres un soldat en uniforme, poitrine bombée, fusil en bandoulière. Une femme au visage rose vif tenant un seau et un panier, silhouette rigide. Le bois reste souvent brut. On y voit encore les stries du couteau, le grain du châtaignier. Mais le créateur y ajoute des touches de peinture, du rouge éclatant sur un visage, bleu nuit sur un uniforme, jaune d’or sur une couronne ou une coiffe. Comme si ces couleurs signalaient un costume ou une identité. Issu d’un milieu populaire extrêmement dur qu’est la mine et marqué par la maladie et l’invalidité, Edmond Barrial vivait reclus dans un hameau cévenol et travaillait dehors, sans regard extérieur. Il correspond à la définition historique de l’art brut telle que l’a formulée Jean Dubuffet, créateur du terme, pour qui ces créations sont des ouvrages réalisés par des personnes indemnes de culture artistique.

    Isolement et influences populaires

    Pour le directeur, le sculpteur ne créait pas pour être vu. « Il s’est sorti de sa maladie grâce à ça. Quand il n’y avait plus de travail, il a créé. » Son œuvre devient une forme de reconstruction personnelle, presque une échappée face à l’angoisse, à l’isolement et à une vie marquée par la fermeture de la mine. L’histoire raconte qu’il travailla dans la solitude complète jusqu’à sa mort, dans un hameau à population très restreinte. Et pourtant, ses références à Charlie Chaplin, aux nains de Blanche-Neige, à Ben Hur ou à d’autres figures du cinéma populaire sont omniprésentes. « Dans ces villages, il y avait des cinémas en plein air. Il a dû les voir puis recréer », explique le directeur. Entre l’absence supposée de culture et ces influences très visibles, une contradiction se dessine, qui rend l’œuvre d’Edmond Barrial particulièrement fascinante.

    Cette exposition arrive à un moment charnière pour l’art brut. « Ces créateurs “purs”, totalement en dehors des circuits, deviennent extrêmement rares », souligne le directeur. Avec la démocratisation culturelle, Internet, la psychiatrie moderne, il est presque impossible aujourd’hui de créer dans l’ignorance totale du monde de l’art. Edmond Barrial appartient à une génération qui disparaît. Ces autodidactes absolus, coupés de tout, pour qui la création était une nécessité vitale et non un choix esthétique. Reconnaître son œuvre posthume, c’est préserver un pan entier de l’histoire de l’art du XXe siècle. Celui des marges, de ceux qui créaient sans savoir qu’ils faisaient de l’art.

  • [Opéra] Un triomphe pour « Ermione »

    [Opéra] Un triomphe pour « Ermione »

    Ovation des grands soirs (ou du dimanche après-midi en l’occurrence) pour la première des deux Ermione de Rossini données à l’Opéra de Marseille. Un public électrisé n’a pas ménagé ses applaudissements pour offrir un triomphe mérité au plateau exceptionnel réuni par Maurice Xiberras, l’inépuisable (espérons-le) directeur de la maison, ainsi qu’à un Orchestre de l’Opéra littéralement magnétisé par Michele Spotti, pas loin de la transe.

    En tête d’affiche, deux voix que le public marseillais adore : la mezzo Karine Deshayes dans le rôle-titre et Enea Scala qui a endossé un Pyrrhus flamboyant. Maîtresse de la volute acrobatique, armée d’aigus d’airain, « La Deshayes » (pourquoi pas ?) offre un de ces festivals vocaux qui ont fait et font encore la gloire de l’art lyrique près du Vieux-Port. Ça fuse avec grâce, ça vocalise jusqu’au vertige. On reste subjugué par tant de présence scénique. Enea Scala fait tomber des graves insoupçonnés chez ce ténor solaire. Il éclaire le plateau à chacune de ses interventions. Le ténor sud-africain Levy Sekgapane reçoit une belle et touchante ovation. Il est un Oreste tout ce qu’il y a de plus rossinien. C’est souple, élégant, virtuose. Un nom à ne pas oublier.

    Autre révélation, la basse française Louis Morvan, envoûtant Fenicio au timbre d’une clarté rayonnante et aux graves profonds. À noter – et on l’attend de pied ferme – qu’il sera le géant Fafner dans L’Or du Rhin, dirigé en mai à Marseille par Michele Spotti. Teresa Iervolino est une fort belle Andromaque servie par un mezzo de grande classe. Matteo Macchioni fait un Pylade au ténor délié et parfaitement phrasé. Fita Monfort (Cleone) n’est pas en reste et ne se contente pas de jouer les comparses avec une voix bien timbrée. De même Cefisa est servi par la très piquante et très remarquable Mathilde Ortscheidt. Enfin, Carl Ghazarossian habite de son élégante silhouette un très bel Attalo.

    Un orchestre de prestige

    Pour redécouvrir cet ouvrage, la version concert permet au public de se concentrer sur le meilleur. I Masnadieri de Verdi en avait déjà été une autre preuve indiscutable. Et à Marseille, on ne le dit pas assez, le meilleur, nous l’avons. Nous avons un orchestre qui n’a plus grand-chose à prouver, sinon qu’il est une phalange dont les qualités sont encore trop dédaignées par on ne sait quel snobisme qui voudrait qu’à Marseille, il ne soit question que de galéjades ou de trafics. Nous avons un chef que bien des maisons d’opéras nous envient. Et nous avons, en la personne de Maurice Xiberras, un directeur qui possède cet art si subtil de réunir en plateau des fidèles et l’intelligence de savoir recruter de nouveaux talents. Il est fort dommage que ce qui se passe à l’Opéra de Marseille ne reçoive pas l’écho qu’il mérite.

    Ce mardi à 20h. Détails sur le site opera-odeon.marseille.fr

  • Créer une culture nîmoise vivante…

    Créer une culture nîmoise vivante…

    Fondateur du Triptyk Théâtre, metteur en scène et figure reconnue du paysage culturel nîmois, Denis Lanoy ne conçoit pas la culture comme un supplément d’âme ni comme une variable d’ajustement budgétaire. Elle est le socle même de l’action politique. Engagé de longue date aux côtés de Vincent Bouget, Leader de la liste municipale Nîmes en commun rassemblant la gauche sociale et écologiste, communiste convaincuil défend au sein de Nîmes en commun une ambition culturelle claire et assumée : « Il n’y a pas de réflexion politique sans réflexion culturelle ».

    Dans un contexte de désengagement massif de l’État et de fragilisation du monde artistique, la situation nîmoise apparaît, à ses yeux, préoccupante. « La culture est souvent le premier domaine, avec le sport, où les aides publiques sont retirées », constate-t-il. À Nîmes, le diagnostic est sans appel : l’absence de politique culturelle clairement définie par la municipalité actuelle. « Il n’y a pas aujourd’hui de politique publique de la culture à Nîmes. C’est cela qu’il faut remettre en question. » Cette carence a des conséquences concrètes : précarisation des associations, fragilité des artistes, manque de lisibilité pour les pratiques amateurs comme professionnelles, et une politique éducative artistique jugée trop timide. Pour Denis Lanoy, une politique culturelle digne de ce nom doit embrasser l’ensemble de ces dimensions : soutien à la création, éducation artistique, accès aux savoirs, reconnaissance du patrimoine dans toutes ses strates.

    Doubler la capacité d’accueil du conservatoire

    Car c’est aussi là que se joue une autre critique majeure : la réduction de Nîmes à une « ville-musée », tournée presque exclusivement vers sa romanité et son attractivité touristique. « On ne peut pas réduire Nîmes à une carte postale », insiste-t-il, rappelant la richesse de l’histoire médiévale, moderne et contemporaine de la ville, trop souvent reléguée au second plan. Du menhir de Courbessac aux fresques du XIXe siècle de l’église Saint-Paul, en passant par le patrimoine du XXe siècle, c’est toute une mémoire urbaine que Nîmes en commun souhaite réinvestir avec et pour les habitants.

    Le metteur en scène va plus loin : « Nîmes est un carrefour méditerranéen. Elle reçoit des influences venues du sud, de l’est, de l’ouest, et les transforme. Ce n’est pas une identité figée, c’est une richesse faite de circulations, de croisements et de métissages ». Une vision en rupture avec les discours identitaires, qu’il associe aux logiques de repli et aux offensives de l’extrême droite contre le savoir, la recherche et la liberté d’expression. Défendre une culture ouverte, plurielle, traversée par les contradictions, devient alors un véritable rempart démocratique. « La culture, ce n’est pas pour me sentir seulement Nîmois, c’est pour me sentir un être humain », résume-t-il.

    Cette ambition culturelle repose sur une méthode claire : la concertation. Avec la création d’un office culturel municipal, Nîmes en commun entend bâtir une politique coconstruite avec les acteurs et les habitants, afin de « mettre les expériences, les envies et les projets en commun ». Fondée sur la confiance accordée aux artistes, cette vision se cristallise dans un dossier emblématique, celui du conservatoire : face à un projet municipal qui organise le rétrécissement, le collectif défend un nouvel équipement capable de doubler sa capacité d’accueil et de viser un conservatoire à rayonnement régional. Une « cité de la musique » pensée pour le long terme, qui tranche avec la logique de vitrine et d’austérité, et affirme un choix politique clair : faire de la culture un service public essentiel, au cœur du projet démocratique nîmois.

  • Les propositions de Nîmes en commun

    Les propositions de Nîmes en commun

    À un mois des élections municipales, Nîmes en commun affiche une ambition culturelle structurante, pensée comme un levier de cohésion sociale. Le programme défendu par le collectif repose sur une idée centrale : replacer la culture au cœur de l’action publique. Première mesure phare : la création d’un office culturel municipal, conçu comme un lieu permanent de dialogue entre la Ville, les institutions culturelles, les associations et les artistes. Objectif : coconstruire la politique culturelle, partager les moyens et définir collectivement les priorités à l’échelle communale et intercommunale.

    Faire culture commune

    Autre axe majeur : le soutien durable à la création. Nîmes en commun propose de généraliser les conventions pluriannuelles avec les acteurs culturels afin de sortir de la logique du projet par projet. Une manière d’instaurer un rapport de confiance, de sécuriser l’emploi artistique et d’assurer une offre culturelle continue pour les habitants. Le collectif défend également la gratuité intégrale des bibliothèques, couplée à un soutien renforcé aux librairies indépendantes et aux maisons d’édition locales. Cette politique s’inscrit dans un projet plus large : faire de Nîmes une véritable Cité du livre, en lien avec l’université, la formation et l’éducation artistique.

    Sur le plan des équipements, Nîmes en commun entend revoir en profondeur le projet de conservatoire, jugé sous-dimensionné. Le collectif plaide pour un nouvel établissement, capable d’accueillir davantage d’élèves et de viser le label de conservatoire à rayonnement régional. Enfin, le programme met l’accent sur le patrimoine, envisagé autrement que sous l’angle touristique, et sur la création de tiers-lieux culturels, les « places communes », ancrés dans les quartiers, co-gérés et ouverts à toutes les pratiques. Ces propositions seront au cœur de la réunion publique organisée dimanche 22 février à 15 heures, à l’auditorium du centre Pablo-Neruda, à Nîmes. Un temps d’échange est prévu avec les habitants pour débattre de l’avenir culturel de la ville qui sera précédé d’un moment musical.

  • Nakata, un spectacle sur la voie des arts japonais à Aix-en-Provence

    Nakata, un spectacle sur la voie des arts japonais à Aix-en-Provence

    Un mélange de danse, d’arts martiaux et de peinture en direct. C’est ce que propose la compagnie Telmah avec son spectacle Nakata. Ce mardi à 19h, les curieux pourront profiter gratuitement de leur représentation à la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence. « Nous voulons creuser les liens entre la danse contemporaine et les arts martiaux », explique Aurélie Imbert, danseuse qui propose ce spectacle avec Idir Chatar. Le duo est à la recherche du tracé calligraphique, de la trace laissée par le corps dans l’espace. Par un petit jeu de mot, Nakata, le nom de l’œuvre, fait référence au fameux sabre japonais, le katana. Au-delà du nom, le spectacle puise son inspiration de Kafka sur le rivage, d’Haruki Marukami, et de nombreux éléments de la culture nippone.

    Un lieu imprégné d’art

    « Ayant un penchant pour les arts plastiques et la peinture, cela faisait sens pour nous de travailler au milieu de ces œuvres monumentales », s’enthousiasme la danseuse. « Les formes géométrique de Vasarely font un écho à l’architecture de la chorégraphie de Nakata », précise-t-elle. Plasticien de renom, Victor Vasarely est connu comme le père de l’art optique, courant artistique fondé sur les illusions visuelles, les formes géométriques et les effets de mouvement. Aurélie Imbert, qui rêvait de ce spectacle, espère que « tenir cette représentation dans un écrin inhabituel, sans lumière, offrira une nouvelle perspective aux spectateurs, leur fera aimer la danse contemporaine ».

  • À la découverte de l’art aborigène à Lodève

    À la découverte de l’art aborigène à Lodève

    Bien plus qu’une tradition picturale, « l’art aborigène est un système de connaissance, une structure de croyances et un modèle de vie qui ont guidé les communautés depuis 65 000 ans », présente le musée. Afin d’offrir aux visiteurs des voies d’accès à cette vision du monde complexe, l’exposition est organisée autour de trois thèmes : Country (pays, territoire, Terre), entité vivante à laquelle les individus appartiennent et dont ils prennent soin ; Creation, qui renvoie aux récits fondateurs décrivant comment les êtres ancestraux ont façonné la terre, établi les lois de l’existence et laissé leur présence dans le monde naturel ; et Ceremony, qui évoque la danse, le chant, la peinture corporelle et la performance rituelle qui maintiennent le bien-être de Country et assurent la transmission de la mémoire culturelle.

    Grâce à une sélection d’œuvres provenant de différentes régions, « cette exposition rappelle que le continent aujourd’hui nommé Australie n’a jamais constitué un pays unique. Avant la colonisation, il se composait d’environ 250 communautés distinctes, chacune dotée de ses propres langues, lois, traditions et histoires. Ces différences se reflètent dans la grande diversité régionale de l’art aborigène. » Les artistes de cette exposition appartiennent ainsi à des groupes linguistiques et des identités claniques spécifiques.

    LM