Tag: artistes

  • Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    La Région Sud est le point culminant français en matière culturelle et artistique. Nous ne voyons pas la culture comme une dépense mais comme une identité, notre force », amorce Sophie Joissains. « Du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence à Marsatac, en passant par le Festival d’Avignon ou les Chorégies d’Orange », « la culture est un ferment d’espoir et un lien entre tous », estime la vice-présidente de la Région en charge de la culture lors d’une conférence de presse organisée vendredi 29 mai. En dépit d’une baisse de 4% de son budget alloué à la culture, 52,5 millions en 2026, et à l’approche de la saison des grandes manifestations de l’été, l’occasion est donnée de faire un point sur les gros festivals que la collectivité territoriale soutient.

    Primeur de la parole à Richard Galy, président de la Société publique locale (SPL) des Chorégies d’Orange, qui note d’emblée la « nécessité de passer à un autre statut plus adapté, l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC), déjà voté par la Région, le Département et la Ville. Nous attendons l’arrêté qui nous permettra d’y associer l’État ». Directeur démissionnaire de la manifestation, Jean-Louis Grinda annonçait il y a quelques mois une « saison 2026 light », divaguant du 19 juin au 18 juillet de La Traviata de Verdi avec Jessica Pratt dans le rôle-titre, à un concert symphonique de Philippe Katerine. « Un nouveau directeur artistique des Chorégies sera nommé la semaine prochaine. Avec l’objectif de proposer ce qui fait l’ADN des Chorégies, le lyrique et la mise en scène », annonce avec soulagement Richard Galy.

    Successions et bougies

    Nommé à la suite de Pierre Audi, décédé il y a un peu plus d’un an, Ted Huffman, nouveau directeur du Festival d’Aix-en-Provence qui se tiendra du 2 au 22 juillet, réaffirme quant à lui que « l’opéra doit demeurer un art vivant. Il faut sortir de l’idée selon laquelle l’art lyrique est un musée. C’est le moment d’aller vers des choses inattendues », souligne le metteur en scène américain. Parmi les « 250 festivals et manifestations » soutenus par la Région sur le millier existant, certains sont présents comme Marsatac, dont la date du 13 juin réunissant Théodora et Disiz est « bientôt sold out », annonce sa directrice Béatrice Desgranges, Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon dont la 80e édition s’élance le 4 juillet, ou encore Michaël Dian, directeur artistique du Festival de Chaillol qui souffle ses 30 bougies dans les Hautes-Alpes dès le 17 juillet. Sans oublier la présence d’Hugo Lucchino, nommé l’été dernier à la tête de la Villa Noailles, à la suite de la mise à pied de Jean-Pierre Blanc par le ministère de la Culture. Avec une programmation articulée autour du festival international de la mode, de la photographie et d’accessoires d’Hyères ainsi que du festival Design Parade à Toulon et dans la région. Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres d’Arles, tenues du 6 juillet au 4 octobre, met l’accent, elle, sur les différents dispositifs dispensés aux élèves de tous âges autour de l’initiation à la lecture de l’image. « Pour donner des clefs pour permettre aux jeunes de décrypter les images qui les entourent. »

    Le 15e vice-président de la Région en charge de la jeunesse, des sports et de la vie étudiante, Ludovic Perney enchaîne et se félicite pour sa part des « 4 800 élèves » qui ont pu bénéficier de ces ateliers de « lecture de l’image à Arles », mais aussi des parcours initiés au Festival d’Aix ainsi que du nombre de « lycéens accompagnés au Festival d’Avignon ».

    « Mode de vie occidental »

    Si « l’État baisse non seulement ses budgets mais demande aussi aux collectivités un effort pour rembourser la dette nationale », rappelle Sophie Joissains, « il faut faire en sorte que les structures et festivals passent ce mauvais cap ». De son côté, Ludovic Perney voit aussi la culture comme un moyen de s’opposer « aux attaques contre le mode de vie occidental ». Une formule qui laisse pantois, mais que ce candidat à la présidence de la fédération LR des Bouches-du-Rhône « assume », avant de se vautrer dans des explications alambiquées pour tenter de déminer la polémique. « Quand on était à l’école, l’Occident était au milieu de la carte du monde avec l’Europe, et nous, au milieu. Et bien, aujourd’hui, l’axe du monde a changé. Il faut préserver ces valeurs qui sont fondamentales pour conserver la maîtrise de notre destin », dit celui qui aime à citer le moraliste nationaliste et controversé Ernest Renan. Avec tous ces festivals, l’été sera chaud. Mais gare aux coups de soleil idéologiques sur la nuque.

  • Les artistes s’emparent des murs de Port-de-Bouc

    Les artistes s’emparent des murs de Port-de-Bouc

    Port-de-Bouc poursuit sa mue. Comme chaque printemps, la petite ville de 17 000 habitants semble éclore sous les pinceaux des artistes. Cette année, ils seront neuf, venus de France, de Croatie, de Grèce ou d’Espagne, à poser leurs bagages dans le camping municipal Bottaï pour transformer durablement les façades des bâtiments de la Lèque, Tassy, des Comtes ou encore des Aigues-Douces. Pour le maire Laurent Belsola (PCF), « il ne s’agit pas seulement d’embellir. Il s’agit de repenser notre lien à l’espace public ».

    Ce qui était au départ une intuition artistique est devenu un véritable parcours d’œuvres à grande échelle unique en France. À l’issue de cette 7e édition du festival « Les Nouveaux Ateliers », la commune comptera près de 70 réalisations murales. Une concentration exceptionnelle, qui fait aujourd’hui de Port-de-Bouc la détentrice du record européen d’art urbain par habitant. Une fierté, pour l’adjoint au maire délégué à la culture Patrice Chapelle : « Ça veut dire que le projet s’enracine, plaît aux artistes qui viennent de loin, et attire un public extérieur. On a une renommée hors les murs, surtout auprès du public avisé sur le street art. L’an dernier, une dame est venue de Paris pour voir le chantier en cours et l’évolution des fresques. »

    Art et qualité de vie

    Aude Straub, chargée de développement de ce projet, confie : « On aimerait développer le festival dans d’autres petites communes. Ça permet de dynamiser et d’amener l’art dans ces territoires qui sont un peu éloignés et dans les quartiers populaires, où la culture n’est parfois pas très accessible. Ça améliore la qualité de vie. Et puis ça permet d’ouvrir un dialogue entre les habitants et les artistes. »

    Pour en découvrir plus, rendez-vous mardi au cours Landrivon pour un parcours d’un mur à l’autre organisé par l’Office du tourisme, mercredi après-midi pour des ateliers créatifs à destination des enfants square Lopofa, et samedi pour une journée de clôture ponctuée d’animations, de spectacles et de concerts.

  • Un colloque pour décrypter l’anéantissement de Gaza

    Un colloque pour décrypter l’anéantissement de Gaza

    Faire face à l’anéantissement de Gaza. C’est le thème du colloque organisé durant deux jours au Mucem (2e), ces 21 et 22 mai. Tenu dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, le rendez-vous ambitionne de réunir « des artistes et chercheurs de Gaza (…), des institutions culturelles et artistes engagés pour la Palestine, ainsi que des spécialistes de la région et des migrations artistiques ».

    La journée de jeudi, après un accueil introductif d’une trentaine de minutes le matin, s’est ouverte avec un « état des lieux » de l’anéantissement à Gaza. Animée par la journaliste d’Orient XXI Sarra Grira, la rencontre a été l’occasion de revenir sur la destruction du patrimoine gazaoui. Une présentation assurée par Ahmed Ashour, chercheur à l’Université de Tours, spécialiste des politiques culturelles et de l’apprentissage communautaire dans des contextes marqués par la guerre et l’oppression.

    Aïda Delpuech, journaliste indépendante, a évoqué l’écocide en cours à Gaza, d’après elle outil important de la destruction durable de l’enclave. « Attaquer l’écosystème palestinien fait partie du mode opératoire israélien. Il faut comprendre que l’écocide est d’abord un outil du génocide à court terme, car si on prive une population de ses outils de production agricole, on alimente la famine et donc le génocide en cours, détaille-t-elle. Mais aussi à long terme : les bombardements rendent Gaza inhabitable pour une longue durée. On détruit les écosystèmes sur le moment, mais aussi après, avec des ressources, comme les sols, l’eau, l’air, qui sont durablement contaminées. »

    Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés, est également intervenue, en visioconférence. « Nous devons accepter que nous vivons une destruction totale de ce qui est la Palestine en tant qu’identité », martèle-t-elle. Et de rappeler la définition des termes qu’elle emploie : « On parle de génocide lorsqu’il y a volonté de détruire totalement ou partiellement un groupe et religieux. Ici, la volonté n’est pas cachée. » D’après le ministère de la Santé du Hamas, plus de 70 000 personnes sont mortes dans l’enclave palestinienne, chiffre jugé fiable par l’ONU, depuis l’attaque terroriste du 7-Octobre du Hamas sur le sol israélien, qui a déclenché la guerre à Gaza.

    Protestations

    C’est notamment pour protester contre la présence de Francesca Albanese que le président du Crif Marseille, Bruno Benjamin, avait appelé, en début de semaine, à un rassemblement devant les portes du Mucem, qualifiant la rapporteuse de l’ONU d’« antisémite notoire ». Il reproche aussi à l’événement d’être trop orienté politiquement et exige qu’il y ait « la même chose pour le 7-Octobre ». Lui et une trentaine de soutiens, dont le collectif Nous vivrons, sont venus manifester, jeudi matin, devant le musée. En réaction, plusieurs collectifs de défense de la Palestine sont, eux aussi, venus protester. « Mettre sur le même plan le dominant et le dominé, le colonisateur et le colonisé, ça n’a strictement aucun sens », s’est indigné Pierre Stamboul, membre de l’Union des juifs français pour la paix, collectif pro-palestinien.

    Les 428 militants de la flottille pour Gaza expulsés d’Israël

    Les quelque 430 militants de la Global Sumud flotilla, interceptés entre lundi et mardi au large de Chypre par les forces israéliennes, ont finalement été renvoyés en Turquie. Jusque-là détenus dans la prison israélienne de Ktziot, ils ont, jeudi, « tous été expulsés », a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien. Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait provoqué un tollé international en publiant une vidéo montrant des militants agenouillés et les mains liées.

  • Des œuvres d’art à découvrir dans les jardins à Aix

    Des œuvres d’art à découvrir dans les jardins à Aix

    Le temps d’un week-end, le jardin Mérindol, le jardin des Guerriers et celui des Étuves, au cœur d’Aix, se transforment en galeries à ciel ouvert.

    « Mon souhait, depuis 20 ans, est d’offrir l’art gratuitement », se réjouit Andréa Ferréol, créatrice de l’événement. L’actrice de La grande bouffe est aussi une passionnée d’art. Chaque année, elle part à la rencontre des artistes pour proposer un festival hétéroclite, tant dans les médiums que dans les styles. Les artistes seront présents durant la journée pour échanger avec le public.

    Une programmation variée

    Dans le jardin Mérindol, la sculpture est à l’honneur avec le travail organique de Bernard Fugueroa et les créations en clous anciens de l’artiste belge Fabrice Magnée. La dessinatrice Marie-Laure Manceaux réalisera des portraits des visiteurs qu’ils pourront emporter avec eux. Une lecture et un concert de clarinettistes sont prévus en soirée.

    Dans le jardin des Étuves, la jeune garde de la peinture est bien représentée : César Malfi, mêlant art brut et style Renaissance, Philippe d’Orléans et sa série de trônes, mais aussi les dessins hyperréalistes de Mathieu Dutemps, impressionnant de technicité. Le célèbre street-artiste M. Chat, la peintre Corrine Pradier et la céramiste Noémy Meney y seront également exposés.

    Le jardin des Étuves se transformera en un véritable théâtre à ciel ouvert, avec des concerts, des lectures, ainsi qu’un spectacle d’humour de la fantasque Zize Dupanier, dimanche 21 juin à 17h.

    Enfin, le jardin des Guerriers accueillera les sculptures en fil de fer tout en finesse de Myriam Louvel, et celles en toiles d’araignée colorées de l’artiste Quiberon. En journée, une lecture musicale et un spectacle pour enfants sont prévus. Le samedi à 17h, un spectacle du G.U.I.D aura lieu.

    Les Flâneries, les 20 et 21 juin, à Aix. Entrée libre et gratuite. Programmation sur www.aix-en-oeuvres.com/flaneries

  • Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Depuis six étés maintenant, la Ville de Marseille organise son festival estival qui rassemble des centaines de milliers d’habitants et de touristes, fans de rap, électro et house ou simples curieux. Des artistes francophones et internationaux défileront sur le Vieux-Port du 3 juillet au 1er août. Une 7e édition qui confirme les ambitions de ce rendez-vous incontournable avec de belles têtes d’affiche invitées sur scène.

    Des artistes reconnus

    Dès l’ouverture ce 3 juillet, le festival débutera par un concert de Julien Clerc, icône de la chanson française, auteur de véritables tubes tels que Fais-moi une place ou Ma préférence. La chanteuse Blandine complétera le show d’ouverture. Le festival n’est pas seulement un spectacle musical, il célèbre le mois des fiertés avec une soirée Pride organisée le 4 juillet. Les célèbres Drag Queens Mami Watta et la Marseillaise Ruby on the Nail assureront le show, accompagnées par le groupe de pop, Yelle.

    La musique électronique sera mise à l’honneur au fil du mois avec des artistes reconnus comme Sébastien Tellier (10/07), Myd et Cassius (11/07), ou encore Folamour (17/07). La danse sera aussi représentée avec de nombreux spectacles, avec notamment, le 25 juillet, la représentation du spectacle 360, de Mehdi Kerkouche, qui mêle chorégraphie et énergie de concert, portée par Lucie Antunes, et une scénographie d’Emmanuelle Favre. Ce même 25 juillet les amateurs de musique urbaine pourront assister au show de l’étoile montante Jungeli qui sera présent au Vieux-Port pour enflammer la scène. Artiste qui a notamment participé à la célèbre émission Danse avec les stars et auteur du hit de l’été 2024 Petit Génie.

    La 7e édition de l’Été Marseillais se déroulera du 3 juillet au 1er août. Programmation disponible sur le site de la Ville et les réseaux sociaux de l’Été Marseillais.

  • [Grand entretien] « La culture, espace possible de réconciliation »

    [Grand entretien] « La culture, espace possible de réconciliation »

    La Marseillaise : Le gouvernement présente la Saison Méditerranée comme « un temps fort de diplomatie culturelle ». Alors que les États, dont la France, échouent à des relations de paix dans tout le pourtour, ne trouvez-vous pas facile de faire porter ce poids sur les artistes ?

    Mohamed El Khatib : En fait, je pense que c’est une nécessité. il faut arrêter de considérer la culture comme un espace autonome qui ne serait pas relié aux questions diplomatiques, géopolitiques, sociales et économiques. Au contraire, je trouve qu’il était temps que des artistes prennent la parole et se fassent le relais de l’état du monde. Il est temps que les artistes donnent la parole à un certain nombre de pays marginalisés, donnent à entendre des voix libanaises, algériennes, palestiniennes, égyptiennes… Les artistes font leur travail et prennent le relais des empêchements diplomatiques. Regardez par exemple l’état dégradé des relations entre la France et l’Algérie : heureusement que le dialogue persiste à travers la culture. C’est un espace possible de réconciliation.

    Vous avez déclaré lors de la présentation de la saison que, « face à la montée de l’extrême droite, la responsabilité des artistes est d’imaginer des projets qui créent une histoire commune »…

    M.E.K. : Il y a quelques années, j’avais commencé en faisant entrer la Renault 12 au Mucem car c’est un objet du patrimoine industriel français typique que les Français adorent. Et en même temps, un véhicule œcuménique que les Maghrébins se sont notamment réapproprié en en faisant des espèces de tour de Babel roulantes pour rejoindre l’autre côté de la Méditerranée. D’un coup, cette histoire de l’épopée du retour au bled venait s’inscrire dans une histoire plus large de France. J’ai envie de trouver des espaces de dialogue qui, à défaut de resserrer les liens, permettent aux gens d’échanger. Avec Mères Méditerranées, j’ai voulu réunir des mères de chaque pays ayant une façade avec la Méditerranée et de voir ce qu’elles ont en commun. D’abord, car on ne les entend pas ou très peu alors qu’elles prennent en charge la plupart du temps la vie domestique et économique, qu’elles ont parfois à subir les départs d’enfants qui peuvent parfois être avalés par la Méditerranée. Face à cette mer, elles ont à la fois un rapport de fascination et de crainte. J’avais donc envie de créer un parlement des mères en Méditerranée pour voir ce qu’elles veulent léguer à leurs enfants pour un futur désirable. J’aimerais qu’à la fin, on arrive à l’écriture d’un manifeste de ces 23 mères. Aujourd’hui, il est impossible de réunir sur la scène politique la France et l’Algérie par exemple. Nous, on a la liberté de faire des propositions et imaginer de nouvelles façons d’être ensemble.

    Un de leurs autres points communs est qu’elles habitent toutes à Marseille…

    M.E.K. : Déjà, pas sûr de pouvoir retrouver dans beaucoup d’autres villes ces 23 nationalités. Beaucoup me disent que, quel que soit le pays d’où ils viennent, ça ressemble à chez eux. À Marseille, une ville portuaire, ça brasse. C’est une ville où les étrangers arrivent à cohabiter.

    Vous évoquez « Mères Méditerranées » comme un chœur de femmes. C’est-à-dire ?

    M.E.K. : Quand je dis chœur, je ne parle pas de chant, mais de chœur au sens grec : le chœur démocratique. Car on va voir des femmes qu’on n’a pas l’habitude de voir sur scène. On ne les voit pas sur scène et pourtant elles font l’identité de cette ville et sont toujours à l’arrière-plan. Ce sont des femmes qui vont prendre la parole. On a tourné un film avec elles qui sera projeté et qui fait part de leurs préoccupations. Au fur et à mesure, on va aussi donner quelques recettes de cuisine. En repartant, vous saurez par exemple faire le couscous et le houmous. Mais elles donnent aussi des recettes de vie telles que comment mettre votre mari au travail ou que faire pour que votre mari s’occupe aussi des enfants. C’est festif. Il y a aussi une vraie culture du chant. On ne peut par exemple pas faire un spectacle sur la Méditerranée sans l’évocation d’Oum Kalthoum. C’est valable pour tous les pays, y compris la Grèce et Chypre. Et il y a aussi la question de la danse qui revenait dans nos discussions.

    Quelles étaient les autres figures communes et récurrentes ?

    M.E.K. : Il y avait aussi beaucoup Faïrouz. On a également trouvé une série de berceuses communes à l’Espagne et au Maghreb. Tout comme la langue. Le français, l’arabe, l’hébreu… Tout ça part de la même racine. Et la question des Printemps arabes est aussi revenue, notamment la place des femmes dans les dispositifs politiques où elle est la plupart du temps minorée. Or on a retrouvé pas mal d’archives, suite à ce qu’elles nous ont raconté, sur la façon dont les femmes se sont investies dans les mouvements de libération. C’est quelque chose que l’on retrouvait déjà dans les mouvements de libération liés à la décolonisation, et plus récemment, avec les Printemps arabes. Mères Méditerranées est à la fois une ode domestique, affective, militante et politique.

    Samedi 16 et dimanche 17 mai à 20h au Mucem sur la place d’armes du fort Saint-Jean. Gratuit. www.mucem.org

  • À Marseille, des rendez-vous artistiques pour le Soudan

    À Marseille, des rendez-vous artistiques pour le Soudan

    Depuis trois ans, une guerre oppose le commandant Mohamed Hamdane Daglo au général Abdel Fattah Burhan dans une course pour le pouvoir. Les affrontements entre ces deux factions rivales ont causé la mort de plus de 150 000 personnes en plus de centaines de viols et de millions de disparus. Face à « la pire crise humanitaire au monde », selon l’ONU, des artistes et activistes s’engagent à Marseille.

    L’art pour parler de luttes et d’exil

    Plusieurs événements sont prévus durant ce mois de mai, à commencer par une projection du film documentaire Soudan, souviens-toi, réalisé par Hind Meddeb. La réalisatrice retrace la lutte de jeunes soudanais lors de la révolution contre Omar Al Beshir, dictateur déchu en 2019. La soirée se poursuivra autour d’un repas caritatif et d’une vente de t-shirts, le 10 mai de 18h à 21h à la Dar, 127 rue d’Aubagne. Les dons seront reversés à des caisses de solidarité soudanaises.

    Le 14 mai, le vernissage de l’exposition « Quant au Soudan, je le porterai en moi », organisée par les journalistes Elliot Brachet et Arthur Larie et financé par Avaaz, se tiendra à la librairie Maupetit, dès 17h30. Les clichés de six jeunes photographes soudanais seront exposés jusqu’au 20 juin.

  • Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    La Marseillaise : Pourquoi cette démarche à l’Unesco ?

    Alain Chouraqui : Quoi de plus important que de s’appuyer sur le patrimoine de souffrances et de courage de l’humanité pour contribuer à un avenir meilleur ? De construire un lien entre passé et présent qui soit utile, vivant, un repère collectif dans un monde où les repères se brouillent ? Nous souhaitons donc faire connaître le plus largement possible ce que l’histoire du Camp des Milles et de la Shoah apporte comme enseignements interdisciplinaires et intergénocidaires sur les mécanismes universels qui mènent au pire et aux résistances possibles. Cette approche est qualifiée de « percutante » par l’institution en charge de l’instruction des dossiers de candidature au patrimoine mondial de l’humanité. C’est la même raison qui nous avait fait obtenir avec AMU, la création d’une chaire de l’Unesco « Éducation à la citoyenneté, sciences de l’homme et convergence des mémoires ».

    Comment qualifieriez-vous l’originalité du site lui-même ?

    A.C. : Notre démarche éducative et nos ateliers ont été éprouvés auprès d’environ 700 000 jeunes très divers. Mais notre approche originale a d’abord la chance de s’appuyer sur le patrimoine exceptionnel que constitue le site lui-même, seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact et l’un des très rares en Europe. Il porte les traces d’un enchaînement de persécutions visant des étrangers supposés « suspects » venant de 41 pays, des opposants, des « indésirables » puis des personnes juives envoyées vers l’assassinat d’Auschwitz. Car ce camp a aussi l’intérêt pédagogique d’être une antichambre de la mort, une usine « ordinaire » dont des hommes « ordinaires » ont fait un lieu de départ vers l’extraordinaire d’un camp d’extermination. On y perçoit mieux comment s’installe autour de nous une situation qui permet le basculement brutal vers un crime de masse. Le Camp des Milles, ce sont des résistances diverses, 18 Justes qui risquent leur vie pour sauver des hommes, femmes et enfants juifs et de nombreux artistes -parmi les plus grands comme Max Ernst-, qui continuent de créer pour résister à la déshumanisation, qui ont laissé leurs œuvres sur les murs du camp.

    Qu’est-ce que cela apporterait au site
    si elle venait à être acceptée ?

    A.C. : Nous en espérons bien sûr une plus grande visibilité du site et de notre « modèle scientifique, pédagogique et citoyen » de décryptage des leçons du passé pour éclairer le présent. Certains mémoriaux reprennent déjà ce « modèle ». Nous souhaitons aussi, dans l’intérêt de tous, une meilleure diffusion de ces leçons face aux engrenages des intolérances et des extrémismes qui menacent la démocratie partout dans le monde. L’inscription du site au patrimoine mondial serait ainsi un ancrage fort de ces leçons de l’histoire dans le patrimoine de l’humanité.

    On vous a déjà indiqué que le Camp des Milles cochait les cases des conditions d’inscription. Vous êtes donc confiants que cette démarche aboutisse ?

    A.C. : L’institution internationale évoquée affirme en effet que « les critères, les attributs et l’authenticité » existent pour fonder une « valeur universelle exceptionnelle » (VUE) du Camp des Milles, condition d’une inscription au patrimoine mondial. Nous attachons du prix au fait qu’elle vise à la fois le patrimoine matériel du Camp des Milles mais aussi le patrimoine immatériel que représente aujourd’hui son approche pédagogique originale. Mais il ne s’agit que du début d’un processus qui peut être long. Les candidatures venant du monde entier, même solidement fondées, ne peuvent pas être toutes retenues par l’Unesco. Mais il est vrai que cet avis spécialisé très positif renforce notre espoir d’aboutir. De même que les premières réactions de partenaires importants, y compris venant d’Auschwitz qui fut la fin du chemin pour les déportés des Milles. Beaucoup dépendra aussi de l’accompagnement de l’État et des collectivités concernées par cette reconnaissance humaniste exceptionnelle.

    En ces temps de conflits, de montée des haines, comment continuer
    à transmettre le devoir de mémoire ? Promouvoir la démocratie collective
     ?

    A.C. : Cette situation nous impose un véritable courage de mémoire : celui d’appliquer aujourd’hui les leçons civiques de cette histoire, des anti valeurs à combattre et de la démocratie à préserver et approfondir. Alors transmettre c’est aussi se souvenir de l’engrenage mortifère qu’enclenche ou aggrave la brutalisation des mots qui engendre la violence des actes. L’histoire montre ainsi que jouer avec l’antisémitisme, le racisme ou la xénophobie c’est ouvrir une boîte de Pandore passionnelle, immaîtrisable qui finit par dévorer aussi ceux qui ont cru l’instrumentaliser, et surtout qui peut détruire la démocratie et la paix civile.

    En ces temps, comment accueillir mieux, les jeunes et en plus grand nombre ?

    A.C. : Tout est question de moyens. Nous devons déjà limiter certaines activités
    -comme beaucoup d’autres associations, malgré une situation qui engendre de plus en plus de demandes. Nous espérons que des mécénats sauront compléter notre autofinancement et nos subventions publiques pour toucher plus largement les jeunes. Nous constatons chaque jour leur curiosité pour cette histoire forte dont ils perçoivent très spontanément qu’elle peut protéger leur appétit de vivre libres, épargnés par les tragédies autoritaires du passé. Sachons utiliser tous les leviers pour nourrir d’enseignements utiles leurs belles aspirations, en même temps qu’être fidèles au souvenir de nos aînés qui ont payé cher ces leçons de vie.

    LE SOUTIEN DES ACTEURS DU TERRITOIRES

    « Nécessaire reconnaissance mondiale », Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille

    « Le Camp des Milles est un site de référence pour la mémoire de la déportation en France, il est nécessaire qu’il soit à présent mondialement reconnu. En ces temps où certains prônent la division et banalisent la haine, le devoir de mémoire doit être honoré, pour rendre hommage à ces hommes, ces femmes, ces enfants, victimes et héros de la Shoah. Pour que nul n’oublie jamais, il est nécessaire de préserver ces témoignages, de les valoriser et de les transmettre au plus grand nombre au travers de sites historiques tels que celui-ci. »

    Propos recueillis par Eva Janus

    « Le travail de mémoire est essentiel », Caroline Pozmentier, présidente du Fonds mémoire d’Auschwitz, élue Ren. à la Région

    C’est important que le camp des Milles figure sur cette liste du patrimoine mondial de l’Unesco parce que ce patrimoine a été réhabilité ici en France où se sont déroulées au XXe siècle les prémices et la collaboration active du génocide nazi.

    Ce patrimoine existe non seulement dans sa dimension patrimoniale historique mais aussi pour la conscience des génocides et des mécanismes qui entraînent à la haine et au génocide tel qu’il a pu se perpétrer pendant la Shoah.

    Les événements dramatiques qui se sont déroulés au Camp des Milles contribuent au travail de transmission de la mémoire de la Shoah et à son enseignement. Aujourd’hui, face aux controverses auxquelles l’enseignement de la Shoah fait parfois face, le travail de mémoire est essentiel. Ils constituent d’ailleurs l’un des piliers de notre politique culturelle à la Région. Notre collaboration et le partenariat avec la Fondation du Camp des Milles n’ont fait que se renforcer d’année en année, à la fois sur l’investissement et le fonctionnement. »

    E.J.

    « C’est une initiative honorable », Jérémy Bacchi, sénateur PCF des Bouches- du-Rhône

    C’est une initiative honorable qu’il faut à tout prix soutenir, que je soutiens pleinement parce qu’on est condamnés à bien connaître son histoire pour éviter que les choses se reproduisent de manière similaire ou différente.

    Surtout que l’on a coutume de dire : « Je ne comprends pas comment les gens ont pu accepter ce qu’il s’est passé il y a 80 ou 90 ans de cela. » Or les mécanismes qui étaient à l’œuvre il y a 90 ans sont aussi à l’œuvre aujourd’hui, et pour ça je veux saluer le travail remarquable du Mémorial du Camp des Milles qui invite à la réflexion et à décortiquer les mécanismes qui amènent au totalitarisme et à des épurations ethniques comme on a pu connaître. En plus de l’histoire du Camp, il y a aussi un volet réflexif sur l’ensemble des autres conflits qui ont eu lieu par la suite, comme le génocide au Rwanda. Je crois que connaître cette histoire-là, ces histoires-là, c’est aussi une manière de se prémunir de résurgence de phénomènes similaires. cela permet de regarder son histoire en face, cette période qui est à la fois douloureuse et honteuse pour notre nation. Ce qu’il s’est passé dans ce Camp a débuté bien avant la Seconde Guerre mondiale. »

    E.J.

    « Le Camp des Milles est un phare », Martine Vassal, présidente DVD du Département des Bouches-du-Rhône

    « En ces temps troublés partout dans le monde, le Camp des Milles est un phare, un appel à la vigilance contre toutes les formes de haine et d’exclusion. Il porte une mémoire essentielle, universelle et profondément ancrée dans l’histoire de la Provence et de la France. Nous devons en être les passeurs auprès des jeunes générations alors que les derniers témoins de cette époque s’effacent peu à peu. En soutenant sa candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, le Département des Bouches-du-Rhône lance un appel à la tolérance et à la paix entre les hommes et les peuples. » E.J.

    « Avoir une reconnaissance encore plus forte », Marc Pena, député PS des Bouches-du-Rhône

    C’est un processus logique. Je suis membre du conseil scientifique du Camp des Milles : on a commencé par demander une Chaire Unesco, on a créé une Fondation qui s’adossait à ce qui se faisait à l’Université en matière de recherche, l’étape supplémentaire, c’est d’avoir une reconnaissance encore plus forte, une reconnaissance internationale importante au moins à deux niveaux. D’abord, pour ce que représente le Camp des Milles, dans la mémoire collective que cette fondation a su créer : beaucoup de choses qui s’étaient perdues au fil du temps, beaucoup de personnes ne connaissaient pas l’histoire du Camp. Deuxième point -pour parler d’avenir- c’est quelque chose qui nous donnerait une reconnaissance et peut-être des moyens pour aller plus loin dans la pédagogie, la transmission, l’actualisation de ce qu’a signifié la déportation. On a une société aujourd’hui en tension extrême, sens dessus dessous, mais surtout une montée des rapports de force et des impérialismes. On rencontre des éléments communs avec ce qu’il s’est passé dans les années 1930, à commencer par une montée de l’antisémitisme…

    Le rôle du Camp des Milles est d’aller dans ce sens, tout en s’ouvrant. On a associé (à cette cause) les représentants, arméniens, les représentants des Roms, d’autres associations… Aussi, ceux qui sont de cette génération, qui parfois ont été déportés, nous quittent petit à petit : c’est un moment essentiel pour ne pas perdre notre mémoire, et nous sommes dans un moment où cette labellisation est d’autant plus importante. »

    Propos recueillis par Eva Bonnet-Gonnet

    « Une démarche en lien avec le wagon du souvenir », Jean-Marie Valencia, secrétaire CSE, Casi Cheminot

    Cette démarche va dans la continuité de la volonté de pérenniser ce site, entamée avec le wagon de la mémoire. Cela va permettre de continuer le devoir de mémoire, au-delà du territoire. C’est un devoir doublement important, par rapport au ferroviaire. La SNCF a été impliquée dans le fonctionnement du système du moins de ce camp et de la région. Il y a la nécessité de rappeler que la SNCF a servi d’outil, même si les cheminots ont résisté par rapport au fascisme. Mais par contre, par rapport au système, la SNCF a été participante. Et de manière générale, c’est important de connaître, partager et se souvenir de l’histoire pour ne pas la revivre. Et rappeler qu’il faut toujours être pour la paix et combattre le fascisme, le racisme et la xénophobie. »

    E.J.

    « Ce serait tout à fait justifié qu’il soit à l’Unesco », Hendrik Davi, député (l’Après) des Bouches-du-Rhône

    C’est une revendication assez ancienne du Camp des Milles, donc, ce serait bien qu’elle soit acceptée. Et c’est aussi important car c’est le seul camp accessible en France. Il a un rôle important en termes de devoir de mémoire. D’autant que le travail interdisciplinaire qu’il fait au Camp des Milles est assez exceptionnel.

    Surtout dans le contexte politique dans lequel on vit, avec l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans de nombreux pays et les menaces de l’extrême droite en France. D’autant qu’au Camp des Milles, il y a une particularité, c’est qu’il a été mis en œuvre avant l’arrivée de l’Allemagne nazie. Ce qui rappelle le passé fasciste français, car on oublie un peu souvent la place de Vichy dans la déportation des Juifs. C’est une initiative importante. Car au Camp des Milles, il y a eu d’abord des prisonniers politiques plus généraux avant 40. Ce qui montre la continuité de certaines politiques : quand on fait des mesures exceptionnelles et qu’on s’attaque aux opposants politiques, petit à petit on élargit les opposants, on élargit ceux qui subissent des répressions, et ça aboutit à l’horreur qu’on connaît. Il y a vraiment un rôle mémorial extrêmement important de ce camp des Milles, d’autant que c’est le dernier encore accessible en France et que le travail interdisciplinaire qu’il y est fait est assez exceptionnel. Pour toutes ces raisons, ce serait tout à fait justifié qu’il soit un patrimoine de l’Unesco. »

    E.J.

  • Valeur universelle

    Valeur universelle

    La démarche engagée par le Camp des Milles, pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco mérite un large soutien des acteurs de notre territoire.

    Elle vise à faire reconnaître à la fois le site du Camp mais aussi l’approche de convergence des mémoires qu’y développe la Fondation présidée par Alain Chouraqui pour comprendre et prévenir les engrenages génocidaires.

    Cette tuilerie transformée en camp par la IIIe République pour enfermer les ressortissants du Reich -bien souvent des artistes antifascistes qui espéraient trouver refuge en France-, a ensuite été l’instrument du régime de Vichy pour y concentrer jusqu’à 3 500 « indésirables » avant de devenir un camp de déportation des juifs, hommes, femmes et enfants… Plus d’une centaine d’enfants et adolescents juifs furent déportés depuis le Camp des Milles. Le plus jeune avait un an.

    Résistance

    Dans un monde déchiré par les haines et les conflits, défiguré par l’antisémitisme et tous les racismes, ce lieu singulier est précieux.

    Le Camp des Milles porte en lui la mémoire de la Seconde Guerre mondiale mais pas seulement. Son existence est un acte de résistance à l’oubli, à l’indifférence et aux divisions meurtrières.

    La Marseillaise, journal fondé dans la Résistance au nazisme, soutient pleinement l’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco comme elle avait soutenu le projet de site mémorial en son temps.

    Dans le même esprit, elle vous invite ce soir à 18h, à découvrir l’exposition « La part visible des camps » sur l’enfer de Mauthausen, dont Marcel Thomazeau, dirigeant historique de notre journal, est ressorti ne pesant plus que 34 kg.

    En outre, chaque week-end, nous publierons J’avais 16 ans à Pitchipoï le récit de Denise Toros-Marter, rescapée d’Auschwitz. Toujours vivante, elle fait partie des « grands anciens » du Camp des Milles.

    Comme l’écrivait Paul Éluard, « si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons ».

  • Les affiches de Toulouse-Lautrec s’invitent à l’Hôtel de Caumont

    Les affiches de Toulouse-Lautrec s’invitent à l’Hôtel de Caumont

    Plonger dans l’univers bohème du Paris de la Belle Époque : telle est l’immersion proposée par la nouvelle exposition du centre d’art de Caumont, en place jusqu’au 4 octobre et consacrée à Henri de Toulouse-Lautrec, « grand maître de l’avant garde parisienne ». Imaginée par Fanny Girard, directrice du musée Toulouse-Lautrec, et Gilles Genty, historien de l’art spécialiste du postimpressionnisme, l’exposition adopte un angle précis : celui d’un « créateur d’icônes », capable de « sublimer ses contemporains » grâce à « des images très fortes qui ont traversé les siècles ».

    Car Henri de Toulouse-Lautrec, né à Albi en 1864 avant de partir étudier la peinture à Paris, affiche la particularité de représenter des figures immédiatement reconnaissables, là où nombre d’artistes de son époque privilégient des incarnations anonymes. Surnommé « l’âme de Montmartre », il laisse derrière lui (il meurt en 1901), à travers ses affiches et ses peintures, un témoignage saisissant des visages qui ont animé le Paris de la fin du XIXe siècle.

    à chaque univers

    ses visages

    Habitué des cafés‑concerts, cabarets et théâtres emblématiques de son temps, Toulouse-Lautrec en devient l’un des observateurs privilégiés et représente nombre de leurs protagonistes. Parmi elles – car ce sont souvent des femmes – : La Goulue, Jane Avril ou Loïe Fuller, stars des affiches de l’artiste Albigeois.

    Mais le « faiseur d’icônes » fige aussi d’autres visages : ceux qui incarnent des productions commandées par les publicitaires, ceux de son entourage, fréquemment peints, mais aussi ceux qu’il croise au hasard de ses déambulations. Autant d’univers auxquels l’exposition entend rendre hommage, avant de clore le parcours sur les représentations des « marges de la société » auquel « il rend une certaine dignité », d’après Fanny Girard.