Tag: Architecture

  • Peter Knapp raconte l’école d’art du Bauhaus

    Peter Knapp raconte l’école d’art du Bauhaus

    La fondation Vasarely organise une conférence ce jeudi à 19h sur le mouvement du Bauhaus, raconté par le photographe et graphiste Peter Knapp qui a été élève d’un de ses fondateurs. L’événement, organisé par la fondation, est le fruit d’un partenariat avec le festival des nuits photographiques de Pierrevert, qui se déroulera dans les Alpes-de-Haute-Provence à la fin du mois de juillet.

    La conférence permettra de découvrir l’école du Bauhaus, fondée en 1919, à travers les yeux de Peter Knapp qui fut l’élève de Johannes Itten, professeur du Bauhaus. « À 95 ans, il est un des derniers témoins qui peut en parler », insiste Stéphane Kossmann, président des nuits photographiques de Pierrevert. Car avant de désigner un courant artistique, le Bauhaus était avant tout une école d’architecture et d’arts appliqués créée par Walter Gropius à Weimar. Paul Klee, Vassily Kandinsky ou encore Johannes Itten y ont d’ailleurs été professeurs. Cette école portait l’ambition de rassembler l’enseignement de toutes les matières artistiques telles que l’architecture, la peinture ou art plastique. Une institution régie par le manifeste du Bauhaus, rédigé par son directeur, qui affirme notamment qu’« il n’existe aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan ».

    Menacés par le nazisme, car considérée comme une école apprenant « l’art dégénéré », beaucoup de professeurs se sont exilés. Comme Johannes Itten qui est parti à Zurich, où il a continué d’être professeur et où Peter Knapp est devenu son élève. La conférence sera également l’occasion de découvrir le travail de ce photographe et designer qui a notamment travaillé dans la mode. Au début de la conférence, un petit film retracera son œuvre.

    Conférence sur le Bauhaus
    par Peter Knapp, jeudi 19h,
    à la fondation Vasarely

  • La Maison atelier de Gaston Castel à Marseille

    La Maison atelier de Gaston Castel à Marseille

    La maison du patron ne manque pas d’éloquence », pose le guide « Architectures à Marseille 1900-2013 » à propos de cet édifice marseillais mythique, signé Gaston Castel, un architecte majeur de l’entre-deux-guerres. L’édifice singulier saisit depuis 1924 le passant à l’angle de la rue Croix-de-Régnier et du cours Franklin-Roosevelt.

    Gaston Castel, né à Pertuis le 1er août 1886 et mort à Marseille le 9 février 1971, est un architecte marseillais de premier plan. L’opéra de Marseille, le monument aux morts de l’armée d’Orient, la prison des Baumettes, l’annexe Art déco du palais de justice, le siège de la Compagnie générale transatlantique ou encore les portiques du tunnel du Rove sont quelques-unes des plus belles réalisations de celui qui fut architecte en chef du département, chef d’orchestre de la commande publique pour d’innombrables groupes HLM, comme le souligne l’ouvrage des éditions Parenthèses Les Castel, une agence d’architecture au XXe siècle. En 1942, Vichy le destitue pour avoir caché deux résistants dans sa villa à La Rose. La production de l’Agence Castel est riche de 270 bâtiments construits. Donné pour mort en 1915, il était revenu défiguré du premier conflit mondial. Il a enseigné à l’école d’architecture de Marseille, de 1922 à 1952, et livré ses idées dans les Cahiers du Sud.

    C’est au rez-de-chaussée du 2 rue Croix-de-Régnier qu’il a fondé, en 1921, son agence et signé les plans de sa demeure familiale, là où il vécut jusqu’à sa mort, en 1971. Il avait acheté cette parcelle bancale occupée par un bistrot. Sa configuration trapézoïdale en proue avec des oculus de bateau rappelle la Maison Puget à l’angle des rues de Rome et de la Palud. Pierre Puget (1620-1694), le grand sculpteur baroque, avait bâti sa demeure personnelle comme les proues des navires royaux qu’il sculptait aussi.

    « L’esprit de l’architecture est celui du style Art déco qui triomphe à l’exposition internationale des arts décoratifs de Paris en 1925 », écrit l’historien de l’architecture Jean-Lucien Bonillo. « Le jeu plastique des volumes est habilement traité par l’architecte sur la façade d’angle, comme une série de retraits successifs qui expriment les principales fonctions et les espaces correspondants. Il est servi par le répertoire décoratif classique : soulignement des modénatures, ferronneries ouvragées, sculptures en bas-reliefs, treilles, jarres, traités ici avec discrétion. »

    Des décors dispersés
    aux enchères

    Toujours soucieux d’associer des artistes à ses réalisations, Gaston Castel a fait aménager et décorer les intérieurs par un menuisier d’art suisse, Albert Held. Le ferronnier d’art le plus fameux du style Art-déco, Edgar Brandt, a réalisé le mobilier et le décor de la salle à manger principale. Dans les années 50, l’architecte remanie les espaces et décide de recouvrir la terrasse du second étage. Il fait disparaître la pergola et rehausse la demeure d’un troisième étage. Dix ans après sa mort, l’atelier-maison est inscrit au titre des monuments historiques. La protection s’étend aux façades et toitures, au salon et à la salle à manger, au premier étage, « avec leur décor ».

    « Décor », mot très imprécis, va être la cause d’un contentieux perdu, expliqué dans la Revue Marseille n°242. à la mort de son fils Elio en 1989, la hoirie met en vente la maison et décide de disperser le mobilier lors d’enchères à Avignon. Le commissaire-priseur est informé par la DRAC que les décors sont des objets « incorporés à perpétuelle demeure et ne doivent en aucun cas être enlevés de leur contexte ». Un référé va échouer à empêcher la vente. Du fait de cette notion vague de « décor » et faute d’inventaire précis produit à l’instance, l’état est débouté et la vente a lieu.

    La demeure sera ensuite livrée à l’abandon et au squat jusqu’à son rachat en 1996. Les nouveaux propriétaires récupèrent une maison saccagée. Aujourd’hui, la demeure privée réhabilitée à l’identique n’est malheureusement pas ouverte à la visite. En mars 2021, le label « Patrimoine XXe » est décerné au monument.

    Une partie du fonds conservée dans une villa, à La Rose, fut sauvée d’une destruction et donnée au musée d’Histoire de Marseille. Le fonds resté rue Croix-de-Régnier a été déposé aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

  • Marseille : le Mucem ou le fait du prince

    Marseille : le Mucem ou le fait du prince

    Une autorisation a posteriori a été délivrée en juin 2026 sous la pression directe de la présidence de la République. L’article rapporte le coût exorbitant de cette « expérimentation » d’une durée d’un an qui a déjà coûté entre 200 000 et 250 000 euros de fonds publics, et dont la répartition exacte des coûts entre le fabricant Ludoparc et le créateur Ora-ïto n’est pas communiquée. Cette structure devra être entièrement démontée et le sol remis en état. Dans sa réponse à la Tribune de l’Art, la Drac déclare que « si l’expérimentation est jugée positive, un nouveau concours et un nouvel appel d’offres seront lancés pour un autre projet mieux intégré, rendant l’investissement initial totalement perdu ». Sites & Monument avait dénoncé le 22 juin ce montage dans un courriel à la DRAC. La déléguée régionale Sandrine Rolengo s’interrogeait sur « la qualité particulièrement pauvre de ces aménagements au regard de la valeur historique et architecturale du Fort Saint-Jean ». « Le choix de couleurs très visibles et invasives est une atteinte à la perception du monument ». Sans parler d’une aire de jeux inutilisable car chauffée à blanc en plein soleil !

  • L’histoire mise en scène pour sauver la bastide Marin à La Ciotat

    L’histoire mise en scène pour sauver la bastide Marin à La Ciotat

    Les navigateurs au long cours et les riches commerçants qui ont fait vivre la bastide pendant près d’un demi-siècle reviennent à La Ciotat avec le spectacle « Révélations ». « Nous avons fait le pari de faire un dîner spectacle sur plusieurs époques, pour raconter la ville au fil des siècles », raconte Mireille Benedetti, présidente de l’association.

    Au programme : plusieurs scènes d’une dizaine de minutes, entrecoupant le repas, et retraçant le passé de La Ciotat, de l’époque médiévale aux années folles. « On part de la grande histoire pour arriver à l’histoire locale et on révèle de petits secrets, toujours en lien avec la bastide. » Issu du livre du même nom publié l’année dernière par Mireille Benedetti, le spectacle se veut participatif et convivial. « Ce sont les acteurs qui font le service. On joue avec les gens, on sert de l’hypocras, un vin médiéval, pour qu’ils se sentent vraiment dans cette époque. »

    Sur scène, une cinquantaine de comédiens, également membres de l’association, font vivre le patrimoine historique de La Ciotat. « On va parler de la peste, du chantier naval, de l’installation de la gare dans la ville. L’idée, c’est de montrer que toute l’histoire est liée. »

    Fil rouge

    Cette représentation sera suivie d’autres événements, qui courront tout au long de l’été. Pour Mireille Benedetti, il a toujours été question de restaurer la bastide Marin afin de préserver l’histoire de la ville. « On a décidé de sauver et de sauvegarder, par la culture, ce patrimoine qui était à l’abandon, précise-t-elle. Tous les bénéfices de nos spectacles servent à rénover la bastide. »

    Depuis plus de 20 ans, l’association agit avec une conviction : « On ne peut pas transmettre et protéger ce que l’on ne connaît pas. » Tous les spectacles, construits à partir de recherches historiques, se veulent ainsi très pédagogiques.

    La transmission passe aussi par les enfants, invités à découvrir l’histoire locale à travers des ateliers. « On leur explique comment les enfants vivaient il y a longtemps. Mon concept, c’est la culture pour tous et avec tous. »

    À La Ciotat, nombreux sont ceux qui s’associent au projet. « Les costumes sont faits avec de la récupération, des rideaux, des draps (…). On incarne l’histoire pour la rendre vivante. » Une mobilisation particulièrement visible depuis l’incendie qui a touché la bastide, en 2020. « Les habitants ont organisé des ateliers couture pour nous refaire des costumes. »

    « À chaque fois qu’on a eu le genou à terre, des gens nous ont aidés », affirme Mireille Benedetti. Grâce à ce soutien, l’association peut poursuivre son travail de sauvegarde et de transmission du patrimoine local, à travers ses spectacles.

  • Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un nouveau drame a été évité à Noailles à deux cents mètres de la tragédie du 5 novembre 2018. Jeudi à 21 heures, un immeuble sous arrêté de péril, objet d’un projet de réhabilitation lourde de la SPLA-IN, s’est effondré en château de cartes au 3 Halles Delacroix / 16 rue d’Aubagne, dans un nuage de poussière. Sa façade a tenu. Le bâtiment, côté halles, n’est plus qu’une coque remplie de gravats.

    Quatre passants incommodés par les poussières respirées ont été pris en charge. Le sinistre a mobilisé 70 marins-pompiers, 22 policiers municipaux et plusieurs dizaines de policiers nationaux pour mettre le secteur sous périmètre de sécurité. La place des Halles Delacroix est interdite au public. Les rues adjacentes sont coupées et des commerces fermés. Cinq immeubles dont deux mitoyens ont été évacués, le temps d’un diagnostic structurel. « 17 personnes évacuées n’ont pas pu réintégrer hier soir. 10 ont été pris en charge en hôtel par la Ville, les 7 autres n’en ont pas exprimé le besoin parce qu’ils avaient d’autres solutions », indique l’adjointe au logement Audrey Garino. Des opérations de reconnaissance étaient en cours pour s’assurer de l’absence de victimes sous les gravats de ce bâtiment inoccupé.

    La SPLA-IN Aix-Marseille Métropole avait racheté en 2023 cet immeuble à Marseille Habitat pour 627 560 euros. Elle assurait les études de conception et des travaux de gros œuvre de ce chantier complexe et coûteux (8 120 000 euros, prix hors second œuvre). Sur les causes, un mur de refend au rez-de-chaussée se serait déstructuré lors de la dépose progressive du plancher bas en poutres métalliques, suscitant par précaution la veille l’arrêt du chantier. La décompression soudaine de ce mur porteur à 21h a emporté en château de cartes tous les planchers jusqu’à la toiture. L’immeuble sur cave étayée se trouvait pourtant « dans un état ordinaire sans pathologies importantes » écrivait en janvier 2025 le bureau d’études structure.

    Le principe général du projet structurel était de conserver au maximum les ouvrages en place en les renforçant. Le marché de travaux que La Marseillaise a consulté prévoyait la dépose précautionneuse et progressive du plancher bas du commerce, côté place Delacroix, la démolition de la dalle en béton côté cour intérieure et des colonnes de toilettes sur cour. Les travaux globaux devaient générer 485 tonnes de déchets sur plus de 1 000m² de plancher à curer/démolir.

    « Un immeuble de grande qualité »

    L’immeuble bâti en 1795 est protégé dans le secteur patrimonial remarquable de Marseille. « C’est un immeuble de grande qualité qui souffre à la fois d’un manque d’entretien et de transformations de son architecture, notamment au rez-de-chaussée par des adaptations aux usages commerciaux, menées en toute ignorance de ses compositions architecturales et historiques », décrivait la maîtrise d’œuvre (Groupement Atelier Cord / Chancel Architecture / SP2I / B.M.I / Raedificare SAS) dans le permis de construire délivré en juillet 2024.

    L’immeuble sur cave comprend cinq niveaux de logement avec deux commerces en rez-de-chaussée, l’un orienté rue d’Aubagne, l’autre sur la place des Halles Delacroix. La parcelle est formée de deux ailes articulées autour d’une cour centrale à ciel ouvert. Il était frappé d’un arrêté de mise en sécurité urgente en octobre 2024 après l’incendie du commerce de légumes. La SPLAIN projetait la fin des travaux pour aménager 13 logements, 3 commerces et 1 surface de locaux d’activité à l’automne 2028. Le bailleur Erilia devait assurer le second œuvre. Il faut désormais tout reprendre.

    « La priorité, c’est de mettre les gens en sécurité. Quand on se retrouve encore devant des gravats, on pense au 5 novembre », réagit la conseillère d’arrondissement des 13-14, Lynda Kherbache, cousine de Cherif Zemmar décédé au 65 rue d’Aubagne, venue apporter son aide aux délogés. Le Collectif du 5-Novembre critique « des délogements gérés dans le chaos » avec une « SPLA-IN largement absente du terrain », une « gestion improvisée, approximative et profondément anxiogène » des délogés « ravivant des souvenirs que cette ville ne devrait plus jamais revivre ». Plus fondamentalement, le C5N interroge : « Comment un immeuble intégré à une opération urbaine de rénovation peut-il finir par s’effondrer ? » Contactée, la SPLAIN n’a pas souhaité s’exprimer.

  • À Sorgues, le Pont centenaire des Arméniers entame sa cure de jouvence

    À Sorgues, le Pont centenaire des Arméniers entame sa cure de jouvence

    Le Mistral fait quelque peu bouger les haubans et câbles rouillés du pont des Arméniers, qui relie Sorgues à l’île de l’Oiselay, alors que deux ouvriers casqués et vêtus d’un gilet orange martèlent vigoureusement les charpentes métalliques de l’ouvrage, dans un Mistral qui fait lever quelques vaguelettes sur le fleuve qui passe en dessous. Ce sont les débuts des premiers vrais travaux sur la construction inscrite aux monuments historiques, qui fête ses 100 ans cette année, depuis sa fermeture en 1975 pour des raisons de sécurité.

    L’occasion pour le Département de Vaucluse, qui supervise le projet, de présenter les modifications et rénovations ce jeudi 11 juin. Au pied des pylônes hauts de 44 mètres, la présidente Dominique Santoni (DVD) évoque ainsi un chantier « qui dépasse le seul côté technique ». En effet, de nombreux paramètres compliquent la tâche des architectes et autres conducteurs de travaux. Le fait d’être un monument historique contraint à réutiliser une grosse partie des matériaux d’origine ; seuls les 200 câbles, haubans et suspentes vont être remplacés d’ici avril 2027. Tandis que la zone classée inondable et Natura 2000 réduit également la liberté d’action des entreprises qui s’emploient à la restauration.

    « Ce n’est pas le plus facile des chantiers, mais on fait beaucoup d’études. Ce sera long et beau », ajoute la présidente. « Cela a été une conception longue et difficile. On a aussi vu que la passerelle est très sensible au vent. Avec du Mistral comme il y en a aujourd’hui, ça bougeait tellement qu’on ne pouvait presque pas marcher dessus », précise Thomas Tamisier, conducteur d’opération pour le Département de Vaucluse.

    Plusieurs phases

    Le pont avait été construit en 1926 pour pouvoir faire passer les marchandises des maraîchers d’un côté à l’autre de la Sorgue, avec parfois des camions « jusqu’à 7 tonnes », assure Robert Reboul, petit-fils de l’un des maraîchers de l’îlot qui avait lancé le projet dans les années 1920.

    Deux ans et demi seront nécessaires pour pouvoir, plus de 50 ans après sa fermeture, repasser à nouveau sur le pont suspendu. Celui-ci permettra de compléter la ViaRhôna, voie cyclable qui traverse le Vaucluse. Deux années de travaux divisées en plusieurs phases, donc, jusqu’en 2028. Après les travaux préparatoires lancés en mars, dont l’installation d’une plateforme d’accès sur l’eau, place désormais au démontage de la structure suspendue. D’ici octobre, 25 tronçons du tablier vont être levés, ainsi que les suspentes et les câbles de suspension. Puis, d’octobre à avril 2027, ce sera au tour des pylônes d’être remis à neuf. Ce, avec la mise en place de nouvelles passerelles de visite, une restructuration des parements en béton, mais aussi la construction de quatre massifs de câbles au vent. De mai à octobre 2027, la nouvelle suspension va être installée tout en réinstallant le tablier. Avant de terminer, entre octobre 2027 et juin 2028, par la pose du système de garde-corps, la mise en peinture de l’ouvrage puis les travaux de voirie.

    De quoi réjouir les descendants des instigateurs du projet initial. Avec tout de même la petite crainte « que cela ne ramène une fréquentation accrue autour de cette terre préservée et des élevages », glisse Claude Reboul, autre petit-fils qui possède toujours des cultures sur l’Oiselay.

  • Vente du Fort-des-Têtes : les opposants aux JO voient rouge

    Vente du Fort-des-Têtes : les opposants aux JO voient rouge

    Les dernières annonces de la Solideo et de la mairie de Briançon ne semblent pas avoir dissipé les inquiétudes, au contraire. Point de cristallisation de cette colère : le projet qui consiste en l’acquisition par la Ville du Fort-des-Têtes, une fortification Vauban du XVIIIe siècle propriété inoccupée de l’armée, pour la somme de 250 000 euros. Le site doit être ensuite revendu à la Solideo, la société de livraison des ouvrages olympiques, qui, après réhabilitation, revendra in fine les bâtiments à des investisseurs privés afin d’en faire des logements en copropriété.

    Un « deal scandaleux », selon Stéphane Faure-Brac, fondateur du collectif local d’alerte sur les Jo 2030 (Caojop) : « Ce que personne ne dit c’est qu’un monument comme celui-là, fait l’objet d’une loi spéciale monument historique, quiconque investit sur le Fort peut défiscaliser énormément. » Pour lui, le projet n’apportera pas une solution de logement pour les Briançonnais, sur un territoire où le logement est rare et très onéreux, mais va plutôt profiter à des acteurs à hauts revenus qui réaliseront des projets immobiliers en défiscalisant leurs investissements.

    La crainte de surcoûts pour le contribuable

    Autre sujet de discorde : les 4,5 km de remparts, actuellement entretenus par l’armée, qui resteront la charge de la municipalité. « Nous, les Briançonnais, on hérite d’un bien inestimable, classé à l’Unesco, et derrière c’est la Solideo tout de suite qui le rachète au même prix, pour être revendu aux promoteurs privés. On appelle ça une captation d’héritage. Plein d’argent public va contribuer à l’entretenir mais on le refile à quelqu’un d’autre qui va faire de l’argent avec ! », dénonce-t-il.

    D’autant que le collectif soupçonne également la Solideo et la Région Paca de sous-estimer le coût de l’opération de réhabilitation du Fort des Têtes et de l’usine de la Schappe. « La réhabilitation du Fort, des remparts et toute la viabilisation nécessaire, puisqu’il n’y a pas de route, d’électricité, d’égouts ou d’eau, plus l’ascenseur valléen, tout ça devait coûter à l’origine 300 millions environ. Là, dans les médias, on nous annonce une réhabilitation à 133 millions, affirme Stéphane Faure-Brac. On redoute qu’il y ait des surcoûts colossaux pour les collectivités. »

    De son côté, au dernier conseil municipal, le maire Arnaud Murgia avait tenu à rassurer quant au bien-fondé du projet, rappelant notamment que le fait d’imposer une part importante de logement en accession sociale serait « une ligne de force », sur laquelle il ne dérogerait pas. En réponse aux critiques sur l’entretien des remparts par la Ville, il avait rappelé que c’était déjà le cas « pour la totalité des autres fortifications sur la commune depuis vingt ans sans que ça n’inquiète personne ». Cela n’a visiblement pas suffi à rassurer les opposants déclarés aux JO 2030.

  • Les Architectures vives fêtent leurs 20 ans

    Les Architectures vives fêtent leurs 20 ans

    Voilà 20 ans que le Festival des architectures vives (FAV), fondé par deux architectes montpelliérains, Élodie Nourrigat et Jacques Brion, propose un dialogue poétique et contrasté entre patrimoine historique et architecture contemporaine. Chaque année, durant quelques jours, les hôtels particuliers du cœur de Montpellier, véritables joyaux de pierre habituellement fermés au public, accueillent, dans leurs cours intérieures, des installations contemporaines créées par de jeunes équipes d’architectes du monde entier. « L’idée n’est pas de donner une leçon d’architecture, mais de faire éprouver l’expérience d’un lieu, d’un espace. Car l’architecture est ce qui constitue notre quotidien, notre environnement », explique Elodie Nourrigat, cofondatrice du FAV. « Pour cela, on a voulu croiser deux éléments : la dimension patrimoniale et la dimension d’architecture contemporaine, pour montrer que le patrimoine s’incarne aussi dans une contemporanéité, que c’est là qu’il peut vivre et survivre. La production contemporaine est une pierre pour constituer le patrimoine de demain. »

    Cette rencontre, cet alliage entre la mémoire et l’avenir, entre les inspirations d’hier et celles d’aujourd’hui fait tout le charme de cette déambulation dans le cœur de Montpellier, à la découverte d’œuvres éphémères, surprenantes et poétiques. Cette année, 13 hôtels particuliers ouvrent leurs portes, dont un nouveau : l’hôtel de Beaulac. Édition anniversaire oblige, le FAV 2026 sera placé sous le thème de la transmission, « ce fil invisible mais essentiel qui traverse les générations d’architectes, d’artisans, de bâtisseurs ».

    640 architectes du monde entier accueillis en 20 ans

    « D’habitude, on fait un appel à candidatures auprès de jeunes architectes du monde entier. On a à peu près une centaine de réponses et on en retient entre 10 et 13. Cette année, on a voulu changer de format pour célébrer cette notion de transmission : on a invité des équipes qui ont participé à des éditions précédentes à jouer le rôle de mentors, de passeuses d’héritage, en nous proposant de jeunes architectes dont elles souhaitent mettre le travail en lumière », détaille Elodie Nourrigat. Depuis sa création, le festival – dont la dernière édition a rassemblé pas moins de 16 000 visiteurs – a accueilli plus de 640 architectes du monde entier. C’est parmi eux que se trouvent les mentors de cette nouvelle édition, venus du Japon, du Canada, du Portugal, d’Espagne, d’Italie et bien sûr de France.

    Pour célébrer la transmission, toujours, le parrainage de ce FAV 2026 a été confié à Julien Tuffery, qui incarne la quatrième génération d’une lignée de maîtres tailleurs-confectionneurs. Fondé en 1892 à Florac, au cœur des Cévennes, l’atelier Tuffery est aujourd’hui le plus ancien fabricant français de jeans encore en activité. « En accueillant Julien Tuffery comme parrain, le FAV met à l’honneur une vision de la création profondément ancrée dans le temps long, celle qui relie les générations, valorise le geste et affirme que l’innovation peut naître de l’héritage. » Au sein de l’hôtel Saint-Côme, l’installation « Téisser » transformera la cour en un vaste métier à tisser mettant en scène la transformation du denim et son cycle de vie. « Évolutive, l’installation invite chaque visiteur à nouer à son tour une lanière de denim et à participer au tissage collectif. »

  • Le futur hôtel sur la corniche d’une toque a fait table rase

    Le futur hôtel sur la corniche d’une toque a fait table rase

    À Marseille, enfreindre les règles d’urbanisme est un sport. À quelques dizaines de mètres du rooftop illégal d’un bar, un chantier est à l’arrêt depuis l’intervention du service de l’urbanisme de la ville de Marseille alertés par des habitants que des travaux avaient entièrement rasés l’ancien cabinet dentaire au 247, Corniche Kennedy, (8e), qui devait être conservé.

    Affiché sur la grille, le permis de construire délivré en accord tacite fin juillet 2025 et que nous avons pu consulter, ne prévoyait à l’origine aucune démolition, même partielle. L’opération était présentée sous un angle étonnement peu interventionniste. « Le projet est une demande de changement de destination pour l’aménagement d’un petit hôtel constitué de 12 chambres. Il comprend la surélévation des trois bâtis afin d’harmoniser les hauteurs et les volumétries, le tout articulé autour d’un patio » peuvent lire les passants sur le panneau d’affichage de ce projet hôtelier porté par un chef cuisinier.

    C’est en effet la société de restauration SOCOMREST de Christian Ernst, le chef cuisinier du Rowing Club de Marseille, qui se lance dans l’hôtellerie sur la célèbre corniche marseillaise. Baptisé « Le Kennedy by Mr Ernst », l’établissement « s’adresse à une clientèle simple et esthète qui souhaite découvrir la cité phocéenne, les ruelles du quartier de Malmousque et ses plages attenantes » en leur « offrant une expérience intime et confidentielle » dit la présentation annexée au permis.

    Décidément, les grandes toques sont meilleures à leurs fourneaux que devant des agglos. Son confrère étoilé Gérald Passédat a démontré récemment aussi sa difficile assimilation du code de l’urbanisme. Le tribunal correctionnel l’a reconnu coupable en novembre 2025 d’avoir édifié une villa à Endoume avec un permis périmé et en infraction au PLUi. Un permis pour régularisation lui a été délivré pour se conformer au nouveau PLUI avant le prononcé de la peine que le tribunal a fixé au 4 septembre prochain.

    « Il l’a fait à la marseillaise comme on dit, mais quand on démolit de façon aussi cavalière, on s’arrange au moins pour que ça ne fragilise pas les mitoyens » commente Alain, un riverain qui nous montre les désordres occasionnés sur le bâti voisin. Une partie d’un commerce a été endommagée du fait que les charpentes étaient solidaires du bâti rasé. Interrogée, la ville s’est bornée à nous confirmer pudiquement qu’« une procédure était en cours », sans préciser si un arrêté interruptif de travaux avait été pris, comme ce fut le cas pour le chantier en infraction de l’hôtel cinq étoiles Amédée Armand, au 11, rue Lafon. Il nous a été indiqué qu’il avait été demandé au maître d’ouvrage de mettre urgemment en sécurité l’immeuble mitoyen, ce qui a été fait : un mur a été remonté et la toiture voisine refaite. Depuis le chantier est arrêté.

    La parcelle litigieuse de 244 m2 a été acquise 650 000 euros en 2021. Elle comprenait un bâtiment principal d’un niveau et d’anciens petits bâtiments en retrait organisés en patio et un bâtiment ruiné en pierre conservé. Le dossier d’urbanisme ne comporte aucune photo du bâti démoli, ce qui est une anomalie. Le descriptif rédigé par un cabinet d’architecte présentait l’opération comme un simple « réaménagement (décoration) du bâtiment existant sans toucher aux structures et aux planchers ». Il décrivait « la création de trois ailes attenantes à R+1 d’une surface totale de 140,1 m2 (hors bâtiment existant) entourant un espace à l’air libre de 72 m2 ».

    S’agissant du traitement du bâtiment sur rue, l’Architecte des bâtiments de France avait émis un « avis favorable de principe » sous la réserve de la reprise du porche central et l’ajout d’un balcon ajouré sur le modèle des architectures des années 30. Le permis de construire accordé le 15 octobre 2025 a bénéficié d’une dérogation du préfet sur la non-accessibilité des personnes handicapées, après un refus initial. Contacté, Christian Ernst, n’a pas donné suite à notre demande.

  • Elle gagne pour 200 ans d’Opéra

    Elle gagne pour 200 ans d’Opéra

    Le public était invité à résoudre une série d’énigmes autour de l’histoire, de l’architecture et de l’univers du spectacle vivant. Le nom de la lauréate a été dévoilé vendredi : Amélie Lefebvre, enseignante de 48 ans. Son prix ? Une place nominative pour chaque opéra et chaque spectacle du Ballet de l’Opéra Grand Avignon pour les 200 prochaines années. En 7 mois, sur les centaines de participants, seules quatre personnes ont trouvé la bonne réponse.