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  • Béziers étudie une usine de dessalement

    Béziers étudie une usine de dessalement

    C’est un des effets du dérèglement climatique : face à la sécheresse, la ressource en eau se raréfie en France. Pire, sur le bassin méditerranéen, les scientifiques s’accordent à dire que les effets du dérèglement sont deux fois plus rapides que dans le reste de l’Hexagone.

    Béziers ne déroge pas à la règle. Surtout que les prévisions ne sont guère reluisantes. « La majorité de la ressource en eau utilisée sur l’Agglo de Béziers provient des nappes souterraines d’accompagnement de l’Orb. Or, selon les prévisions, d’ici une vingtaine d’années, le débit de l’Orb pourrait chuter de 45% », précise Olivier Sarlat, directeur de Veolia Eau en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. En ce sens, la multinationale
    – qui a conclu un contrat de gestion du service public d’eau potable avec l’Agglo de Béziers de 138 millions d’euros pour 12 ans à partir de 2027 – planche notamment sur l’étude d’un projet d’usine de dessalement d’eau saumâtre. « On viendrait pomper l’eau dans l’estuaire de l’Orb pour pouvoir alimenter une partie des besoins supplémentaires auxquels la collectivité devra faire face », poursuit Olivier Sarlat. Le dessalement se ferait par traitement membranaire, permettant ainsi de séparer le sel de l’eau.

    Un projet vertueux ?

    Si le projet n’est pas certain d’arriver à terme – l’étude, au stade d’ébauche, s’inscrit dans une stratégie globale de sobriété menée par Veolia aux côtés de la réutilisation d’eaux usées ou encore la lutte contre les fuites dans les réseaux – ses porteurs mettent en avant son caractère novateur. L’usine serait en effet une première en France. « Cette eau pompée dans l’estuaire n’a pas la même concentration en sel que la Méditerranée, qui est de l’ordre de 30 à 35 g de sel/L. Ici, on serait entre 5 et 10 g/L, ce qui fait que les rejets en sel seront moindres que si l’on pompait directement dans la mer. Ce dessalement est vertueux, car moins énergivore et respectueux de l’environnement », détaille le directeur occitan de Veolia.

    Pour autant, certains semblent circonspects quant à l’utilité d’un tel projet. « Encore une fois, on essaye de trouver une solution technique sans changer notre façon de faire. Mais il va falloir s’adapter, on ne peut plus vivre comme avant. On est dans le déni du dérèglement climatique », soupire Thierry Antoine, élu Les Écologistes à Béziers. Et celui qui est aussi candidat du Printemps de Béziers à la mairie de s’inquiéter de la pollution : « Où iront les rejets de saumures, des produits chimiques ? On connaît les conséquences que cela a sur la biodiversité marine. » Sur ce point, Olivier Sarlat se veut rassurant : « l’étude va explorer l’endroit où les rejets auraient le moins d’impact sur l’environnement. Ce ne sera pas dans l’estuaire. Une fois que l’on aura exploré toutes les pistes, l’Agglo de Béziers prendra sa décision. »

    Or, connaissant l’opportunisme du président d’extrême droite de l’Agglo Robert Ménard, il se pourrait que ce dernier surfe sur cette vague (un peu) verte afin de choyer son électorat et de parfaire sa communication. « Ce n’est pas la première fois qu’on nous promet une solution miracle dont on ne voit jamais le début de la queue, où l’on serait la première usine en France, que c’est fantastique, etc. Il y a eu tellement d’effets d’annonce – on a eu le colosse, le cinéma – que je me demande qui peut encore y croire  », s’amuse Thierry Antoine.

  • Nice-Marseille : chaud derby en perspective

    Nice-Marseille : chaud derby en perspective

    Du côté de la Commanderie, la trêve a été studieuse.

    « Nous avons pu bien travailler. Certains internationaux sont revenus plus tôt de sélection. Et je récupère quelques joueurs. » Pour Roberto De Zerbi, la préparation du déplacement à Nice a donc été moins problématique, même si durant la parenthèse internationale, deux joueurs ont rejoint l’infirmerie. « Nous avons pu travailler dans le jeu, sur la mobilité et les transmissions. Bref, progresser dans le collectif, malgré un temps restreint. »

    Son équipe va donc retrouver la Ligue 1 ce vendredi, puis la Ligue des Champions, mardi avec la réception de Newcastle. L’entraîneur phocéen est focalisé sur le derby qui attend ses hoplites. Dans un stade de la Riviera qui, pour la première fois de la saison – et malgré l’absence de supporters marseillais – va être à guichets fermés.

    « Il fera chaud dans le stade. Et l’ambiance compliquée qui nous attend doit nous booster, pas nous faire peur », insiste l’Italien. Et si, dans la foulée, son équipe jouera son avenir européen au Vélodrome, il n’oublie pas que « ce déplacement à Nice n’est pas moins important que le match contre Newcastle. C’est le moment pour nous de passer un palier, malgré la malchance qui nous suit », détaille-t-il.

    Pour Roberto De Zerbi, « mon effectif, quand il est au complet, est très fort. Il peut nous permettre d’aller jusqu’où je ne sais pas… », évoque-t-il. Mais avec cinq joueurs majeurs à l’infirmerie, il est conscient que ses forces sont sans doute un peu moins vives.

    Nice demeure un adversaire à part pour l’OM. Parce que c’est un derby. Parce que les duels sont toujours très tendus. Parce que les Olympiens restent sur deux défaites consécutives au stade de la Riviera. Et que le moment serait malvenu d’en vivre une troisième consécutive. Ce qui ne leur est plus arrivé depuis 35 ans.

    « Que ce soit Nice, ou une autre équipe, il n’y a aucun match facile. Chacun est un contexte différent et nous savons que nous serons attendus. Nous nous sommes préparés au mieux pour pouvoir répondre aux Niçois », clame Geoffrey Kondogbia.

    Après deux mois de soins, il est enfin apte et estime que l’OM reste en position de force. « Nous avons la chance d’avoir notre destin entre nos mains, y compris en Ligue des Champions », insiste-t-il.

    Nice est une ligne de crête pour des Olympiens qui doivent y trouver la bonne voie s’ils veulent poursuivre leur route vers les sommets. Défendre, ou bonifier leur place de dauphin, avant de se relancer en Europe.

    La défense olympienne encore remaniée

    Si Geoffrey Kondogbia, Timothy Weah et Leo Balerdi ont profité de la trêve pour se requinquer, Roberto De Zerbi doit encore faire face à une avalanche de forfaits.

    Ainsi, Michael Murillo est revenu blessé de ses participations aux matches du Panama. Alors que du côté de Nayef Aguerd, s’il n’a pas joué avec le Maroc, les craintes de pubalgie se sont révélées exactes.

    De fait, c’est encore la défense marseillaise qui sera cacochyme face à Nice. « Il va nous falloir gagner, malgré les absences », insiste l’entraîneur phocéen. S’il reconnaît que l’absence de Nayef Aguerd est la plus problématique, « nous devons nous habituer à jouer sans lui, même s’il est irremplaçable ».

    S’il n’a rien dévoilé de ses plans concernant son onze de départ, il est possible qu’il replace Benjamin Pavard en défense centrale, aux côtés de Leo Balerdi, dont le statut reste le même. « Il fait ses matches à la Balerdi et rien ne change à son sujet par rapport au début de saison », insiste Robert De Zerbi.

  • Les Marseillaises ne veulent pas perdre le nord face à Lens

    Les Marseillaises ne veulent pas perdre le nord face à Lens

    Une occasion en or massif se présente aux Marseillaises, ce vendredi soir. L’OM accueille Lens au stade Francis-Turcan de Martigues (21h) et les Sang et Or sont lanterne rouge de l’Arkema Première Ligue avec un seul point en sept journées. Un succès donnerait de l’air aux joueuses de Corinne Diacre par rapport à la zone de relégation. Saint-Etienne est le premier relégable, à une longueur, et doit affronter le Paris Saint-Germain durant le week-end.

    La venue de l’ancienne coach de Clermont Foot commence à être bénéfique pour le promu. Une série de trois matches sans défaite avec deux partages de points en championnat et une victoire contre Toulouse dans la nouvelle coupe LFFP. Ce dernier succès a été positif d’après l’ex-sélectionneuse de l’équipe de France, qui a apprécié « la patience et l’intelligence » de son équipe durant cette rencontre. La validation de la qualification en quarts de finale est aussi une satisfaction.

    Enchaîner avec une nouvelle victoire

    Face au RCL, l’opportunité est importante. Les Nordistes restent sur des victoires en coupe LFFP, mais cinq revers de rang en Première Ligue, dont un 8-1 à domicile contre l’OL Lyonnes. Ce succès en championnat manque encore au Racing – le club est le seul dans ce cas – et la menace d’une relégation se précise. Gagner, pour les Marseillaises, permettrait de poursuivre cette série emballante et d’y voir plus clair avant les trois rencontres du mois de décembre (PSG, Nantes, Montpellier).

  • Tennis : au crépuscule de la saison, les joueurs en mode interclubs

    Tennis : au crépuscule de la saison, les joueurs en mode interclubs

    Le circuit ATP est mis sous papier bulle pour quelques semaines. La saison s’est achevée il y a seulement cinq jours, à Turin, et la prochaine arrive vite, dès le 1er janvier 2026. Pendant ce temps, beaucoup de joueurs sont en vacances avant de débuter une sérieuse préparation foncière. Beaucoup, mais pas tous. Loin de la lumière des grands courts internationaux, dans certains pays européens, comme en France, les interclubs sont un moment marquant de la fin d’année.

    Dans les Bouches-du-Rhône, le Tennis Club Marignanais dispute la Pro A, la première division nationale. Une période majeure pour ce club, mais aussi pour ses joueurs. Clément Chidekh est 249e mondial, un classement qu’il a stabilisé par rapport à 2024. L’Arlésien apprécie ces moments de partage, où il se sent moins seul que lors des 30 semaines par an qu’il passe à voyager. « Ce sont des moments de plaisir. On profite ensemble, c’est un rafraîchissement après une longue saison. À Marignane, nous sommes presque tous de la région, on se connaît depuis longtemps. C’est aussi ce qui fait notre force. »

    « Important de jouer pour le club de ma région »

    D’après lui, les interclubs sont « une vitrine, une locomotive pour chaque club ». Ces quelques semaines représentent un laps de temps où les clubs sont mis en avant, pour le plus grand bonheur des adhérents, jeunes ou moins jeunes. « Pour nos licenciés, c’est l’occasion de voir de grands joueurs à la maison. C’est une fête pour l’ensemble du club », décrit Laurence Bonnaure, présidente des Marignanais.

    Harold Mayot représente Thionville, club que le TCM recevait mercredi au complexe sportif du Bolmon (victoire 4 matches à 2 des locaux). Accessoirement, le natif de Metz, 23 ans, est classé 162 à l’ATP. Il n’oublie pas que c’est une période où garder la forme est essentiel. « Nous sommes aussi en pleine préparation foncière pour la saison à venir. Les interclubs, c’est un écosystème qui fonctionne bien, pendant une période plus creuse. C’est important pour moi de jouer pour le club de ma région, j’y suis attaché. » Cette vie de groupe, façon Coupe Davis, semble être appréciée par les principaux intéressés. Clément Chidekh l’a dit, avoir une compagnie après des mois à parcourir le monde plutôt seul, est réellement appréciable.

    Club familial aux petits moyens, Marignane est en train de réaliser une prouesse après deux journées d’interclubs. Deux succès contre le Blanc-Mesnil et Thionville mettent le club dans une position favorable. Le premier de cette poule B affrontera celui du groupe A lors d’une finale nationale. Exploit en marche.

  • Quand la violence relègue « la conversation »

    Quand la violence relègue « la conversation »

    La conversation, cette « façon d’être ensemble », « serait-elle en danger ? », s’interrogent les Rencontres d’Averroès, dont la première table ronde prend ses quartiers vendredi, à 14h30, à La Criée. Qui dit conversation implique forcément diplomatie qui, en ces temps incertains, est hélas trop mise en sourdine par le bruit des canons, comme a pu l’illustrer la guerre à Gaza et l’impunité dont continue de bénéficier l’État israélien. Selon la sociologue Laetitia Bucaille, autrice de Gaza quel avenir ?, « les Européens ont brillé par leur absence et passivité pour jouer les pacificateurs ». D’autant plus sous l’ombrageux Trump et sa « diplomatie brutale, imposée », à l’origine d’un plan dont la 2e phase a été votée lundi par le Conseil de sécurité de l’ONU.

    « Appétits financiers »

    « C’est une sorte de protectorat international qui s’installerait sur la bande de Gaza, qui écarte pour le moment toute souveraineté palestinienne et qui, si on cherche ses mérites, pourra peut-être faire cesser les bombardements israéliens », sonde Laetitia Bucaille. Avant d’estimer : « On peut plutôt craindre que ça soit l’occasion, certes de reconstruire Gaza, mais de développer aussi un secteur des affaires entre pays du Golfe et États-Unis qui, finalement, réponde surtout à des appétits financiers plutôt qu’aux besoins primaires des Palestiniens. »

  • François Bazzoli à Luminy : l’enseignant majeur

    François Bazzoli à Luminy : l’enseignant majeur

    C’était un Diogène du XXe siècle : né en 1947, ce célibataire drôle et éclectique, fut inventif et curieux en face des brèches de son époque. Avant de devenir un insatiable découvreur-recenseur d’images contemporaines, il explora plusieurs registres. Dans son logis, 13 boulevard Longchamp, on heurtait des empilements de livres, des accrochages furieusement discrets. Les DVD et les cassettes d’enregistrements de films rares et d’émissions improbables se multipliaient. La littérature du côté de Buzzati et d’Alphonse Allais, la science-fiction, les bandes dessinées, Charlie Hebdo, les monstres, les fous et la transversalité le passionnaient ; pour Pilote, Métal Hurlant et Caza, il rédigea des scénarios. Un accident de voiture avait tué son père, il fut employé par la Caisse d’Épargne des Chartreux, libraire à la Touriale où il organisa une exposition de Roland Topor, rédacteur assidu du Breteuil boulevard Notre-Dame, coprogrammateur de la Cinémathèque de Marseille basée en Maison Diamantée.

    Avant d’œuvrer à Luminy entre 1984 et 2012, ses activités d’enseignant débutent en 1976 à l’École d’Art de Toulon. Il noue amitié avec Marie-Claude Beaud (1946-2024) qui lui demande d’aider au musée pour Louis Pons et Georges Bru ou bien d’offrir une première chance à Judith Bartolami. De 1984 à 2008 il donne des cours à l’École nationale de photographie d’Arles.

    Levé à cinq heures du matin, jusqu’au bout clivant-blaguant, François Bazzoli travaillait prodigieusement, pour confier à ses auditeurs l’énorme iconothèque, les complicités qu’il avait croisées. En sus de ses cours pendant plusieurs années joyeusement orchestrés avec Gérard Traquandi, il siégeait dans des jurys et commissions afin de frayer la voie aux artistes : ses amitiés électives, ce sont entre autres Anne-Marie Pêcheur, Caccavale, Gérard Fabre, Eric Pasquiou, Olivier Rebufa, Patrick Sainton.

    En dépit de ses innombrables publications et des amis qui sollicitaient ses conférences depuis Bruxelles jusqu’à Saint-Étienne-les-Orgues, depuis l’Algérie de son enfance en passant par La Clayette en Bourgogne, malgré ses greffes aux Bains-Douches de la Plaine qu’il a cofondés, sa place sur l’échiquier fut celle d’un outsider. Son diabète engendra chutes, désastres, amputation, hospitalisations. Dans l’émotion d’un ultime retournement grâce à l’écoute à Digne de Nadine Gomez, Sandra Cattini et Lydie Rekow-Fond, ses donations furent menées jusqu’au terme. Des camions arrivèrent au port qu’il souhaitait : 3 000 ouvrages pour la bibliothèque de Luminy, sa collection d’œuvres d’art offerte au musée Gassendi.

    Obsèques samedi 22 novembre, 9h30 cimetière Saint-Pierre, 11h au crematorium.

  • [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Marseille montre l’avenir de notre humanité »

    [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Marseille montre l’avenir de notre humanité »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur Marseille ?

    Souleymane Bachir Diagne : J’ai eu l’occasion d’y venir quelques fois. Je connais un tout petit peu la ville, le chemin entre le Vieux-Port et la gare. J’ai une attirance particulière pour Marseille car elle me semble être le type même de la ville cosmopolite et multiculturelle. De ce point de vue, je pense qu’elle nous indique l’avenir de notre humanité, celle que nous avons en partage. Des cultures et langues différentes mais toujours orientées vers l’universalité.

    Dans les années 1920, Marseille a été l’une des terres d’élection du poète jamaïcain Claude McKay, qui a inspiré le mouvement de renouveau artistique afro-américain Harlem Renaissance, qui a lui-même préfiguré le courant de la Négritude…

    S.B.D. : Il faut souligner la conscience qui a été la sienne, notamment avec son roman Banjo. Claude McKay a donné une impulsion au mouvement de la Négritude. Mais cette histoire marseillaise a été éclipsée par ce que l’on appelait le Paris noir. Pour autant, il ne faut surtout pas oublier l’importance de Marseille mais aussi de Claude McKay, et l’influence qu’il a pu avoir sur quelqu’un comme Ousmane Sembène [un Sénégalais qui a débarqué à Marseille en 1946, où il devient docker CGT, de tous les combats anticolonialistes, avant de devenir une figure majeure de la littérature et du cinéma, Ndlr].

    Au contraire de Marcus Garvey, précurseur du panafricanisme, Claude McKay estimait que tous les noirs à travers le monde étaient différents et qu’ils devaient s’émanciper partout où ils se trouvaient. Une réflexion aidée par sa grande conscience de classe. Vers « l’universel » auquel vous appelez, quel rôle doit jouer cette dernière ?

    S.B.D. : Sur ce point, je suis plutôt du côté de McKay avec son insistance du pluriel. Il ne faut pas avoir l’impression que tous les noirs aillent dans la même direction car les cultures noires sont des cultures au pluriel. Quant à la question de classes, il ne faut pas la négliger. Quand on parle de classes, cela implique de parler d’inégalités socio-économiques. Dans la construction d’une humanité commune, qui est le premier universel, il est donc important que nous combattions tout ce qui s’y oppose, parmi lesquels les inégalités socio-économiques.

    La quête de « l’universel » est entravée par les replis identitaires qui submergent le globe. Un « monde de tribus », dîtes-vous…

    S.B.D. : Ce sont les tribus qui estiment qu’elles sont tout naturellement opposées et hostiles aux autres tribus. Cette manière de s’enfermer dans une conception carcérale de l’identité, comme une sorte de forteresse assiégée, relève d’un esprit de tribu. On le voit aujourd’hui avec une sorte de réaffirmation de suprématie où certains se regroupent par exemple entre blancs. Une solidarité nouvelle comme c’est le cas avec les Afrikaners en Afrique du Sud. Leur suggestion récente, qu’on puisse les considérer comme des réfugiés, ne tient qu’à une chose : une sorte de concept d’identité raciale. Que dire encore de ceux qui veulent partir en croisade, censément pour protéger les chrétiens au Nigeria ? Ce sont des manières de penser immédiatement en termes d’identités : « Ce sont des gens de ma tribu car nous partageons la même couleur de peau ou la même religion. » Cet esprit tribal, on le voit partout. Pas seulement en Europe ou en Amérique, mais aussi en Afrique. Il y a une recrudescence de nationalismes aplatis sur les identités. Et l’on parle beaucoup plus de souveraineté que d’ouverture.

    L’universel auquel vous aspirez nécessite que les hommes ne soient plus ethnocentrés. Votre dernier livre et votre travail autour de la Galerie des cinq continents du Louvre, anciennement Pavillon des sessions, va dans ce sens. Pouvez-vous revenir sur ces enjeux ?

    S.B.D. : Il y a d’abord eu le fait que le Louvre, sous l’impulsion du président Jacques Chirac en 2000, s’est ouvert à des arts venus des quatre autres continents. Si l’Égypte et la Mésopotamie étaient présentes auparavant, tout cela était centré autour d’un universalisme européen. La présence d’œuvres venues d’Océanie, d’Asie, du Pacifique, d’Afrique et de l’Amérique précolombienne était une forme d’ouverture. Mais tant qu’elles restaient au Pavillon des sessions, dans l’entre-soi, elles restaient encore un peu en marge. Alors le passage du Pavillon des sessions à la Galerie des cinq continents, c’est donc l’idée qu’il faut, non pas seulement mettre les arts, que l’on appelait les arts premiers, dans une sorte d’espace à part, mais qu’il faut faire véritablement en sorte que les œuvres venues du monde entier se retrouvent ensemble et dialoguent. Cela permet à quelqu’un qui vient visiter le Louvre de les regarder ensemble, de considérer ensemble les créations venues de l’ensemble de l’humanité, et d’avoir le sens de la créativité d’une seule et même humanité. C’est la raison pour laquelle le passage du Pavillon des sessions à la Galerie des cinq continents est une forme de matérialisation de ce que j’appelle l’universel latéral : un universel de cultures posées côte à côte, dans leurs équivalences et qui, toutes, donnent un visage particulier à notre humanité commune.

  • Vaucluse : une petite éclaircie financière en vue dans le budget du Département

    Vaucluse : une petite éclaircie financière en vue dans le budget du Département

    L’an dernier, au moment d’aborder l’exercice du rapport d’orientations budgétaires (ROB), Dominique Santoni évoquait « l’art difficile de gouverner, encore plus pour construire un ROB quand tant d’informations divergentes ajoutent encore à l’incertitude… ». La présidente LR du Département tablait sur 15 millions d’euros d’économies, actés finalement en janvier lors du vote du budget.

    Ce vendredi matin, lors d’une séance plénière consacrée en ouverture au ROB, le ton sera certainement plus adouci qu’il y a un an. Le climat est loin d’être au beau fixe non plus. « L’exercice 2026 semble à ce jour extrêmement incertain notamment en raison du contexte parlementaire qui complique l’adoption d’une loi de finances avant fin décembre », lit-on dans le document. Si le Département redoute toujours une ponction de l’État sur ses recettes de fonctionnement [baptisée Dilico], le discours, la semaine passée, du Premier ministre lors de l’assemblée des Départements de France, a plutôt rassuré. Sébastien Lecornu a ainsi confié que le Dilico ne concernerait que les Départements les plus riches.

    « Les notes de conjoncture laissent augurer une tendance pour les finances locales 2025 plus favorable qu’espérée en début d’exercice », relève le ROB. Pour 2026, le conseil départemental table sur des recettes en hausse à 791 millions d’euros contre 776 l’an dernier, quand elles n’avaient progressé que de 10 millions entre 2024 et 2025. Le Vaucluse s’en sort mieux que la moyenne « grâce à la discipline budgétaire ». Les divers indicateurs en termes d’en-cours de dette ou de capacité de désendettement [1,9 an contre 6,7 en moyenne pour les départements] restent largement en dessous des ratios nationaux. Reste à connaître ensuite les choix politiques qui en découleront, le ROB restant très flou en la matière.

    La CGT encore sur le pont

    Cela devient une habitude. Depuis plusieurs séances, le syndicat CGT des territoriaux installe un barnum revendicatif devant l’hôtel du Département pour inviter les agents à faire part de leurs doléances et poser une heure de grève. Un nouveau rendez-vous est fixé ce vendredi (10h30). Dans un communiqué, le syndicat relaie également une lettre ouverte adressée à la présidente Dominique Santoni (LR) « à la suite du retrait abusif d’un agrément d’assistant familial ». Une décision, retoquée par la justice, mais qui selon la CGT est le symbole « de choix arbitraires et inhumains, contraires à l’intérêt supérieur des enfants ». Et de réclamer plus de « dignité dans la protection de l’enfance ».

  • La procureure Florence Galtier sur le départ

    La procureure Florence Galtier sur le départ

    Après presque quatre ans en Cité des Papes, la procureure de la République d’Avignon, Florence Galtier, quitte Avignon.

    En effet, un décret publié le mercredi 5 novembre au Journal officiel la nomme avocate générale à la cour d’appel de Montpellier.

    La magistrate a notamment été avocate générale lors du procès du meurtrier du policier Éric Masson, contre lequel elle avait requis la réclusion criminelle à perpétuité. Elle était également en fonction lors du procès des viols de Mazan. Elle quittera son poste le vendredi 28 novembre.

    Remplaçante de Charente

    Elle est remplacée par Stéphanie Loreau-Aouine, actuelle procureure de la République au tribunal judiciaire d’Angoulême (Charente). Dans un portrait publié sur le site de la préfecture de la Charente en mars dernier, on apprend notamment que la Parisienne de naissance est sortie major de promotion de son DESS grâce à un mémoire sur la femme victime de viol. Elle est nommée tout d’abord procureure de la République à Châteauroux (Indre) en 2014, où elle a été faite chevalier de l’ordre du Mérite en 2018, puis à Angoulême en mars 2020. « Aujourd’hui, je vois encore des jeunes filles qui ne s’autorisent pas certaines filières. Mais il ne faut pas se mettre soi-même des barrières, il faut se faire confiance. Rien n’est impossible si on travaille et si on a la chance, comme moi, de trouver des personnes qui vous renvoient que vous êtes compétente et que vous avez raison de faire les choses telles que vous les faites », confie-t-elle notamment dans ce portrait.

  • Le forum de l’orientation de Saint-Chamand bat son plein

    Le forum de l’orientation de Saint-Chamand bat son plein

    Le château de Saint-Chamand, à Avignon, était bondé de collégiens et de quelques jeunes plus âgés en ce jeudi 20 novembre, à l’occasion de la 3e édition du forum de l’Orientation qui se tient sur place.

    Un événement organisé par l’association Un Sourire pour Tous 84 avec l’aide de la mission locale du Grand Avignon pour montrer la diversité d’établissements et de formations à disposition. Se côtoyaient ainsi un stand de la gendarmerie, trois lycées professionnels du territoire, la CCI de Vaucluse et, quelques lettres plus loin, un représentant d’une prépa en médecine. Pendant la journée, entre 400 et 500 enfants, majoritairement de 13 classes de 3e des collèges Anselme-Mathieu et Roumanille, ont pu jeter un œil aux 30 stands de structures venues pour présenter leurs activités.

    « Il y a plein de trucs que je ne connaissais même pas. J’avoue que je n’ai toujours pas trop d’idées mais j’ai pris quelques papiers pour mes parents », lâche un des élèves, tandis que son camarade à côté de lui était particulièrement attentif aux formations proposées par le lycée professionnel Montesquieu, à Sorgues. « C’est possible de devenir agent immobilier en allant chez vous ? », demande-t-il au représentant de l’établissement, qui propose des formations commerciales, et qui le rassure avec des exemples d’élèves travaillant aujourd’hui dans des agences immobilières. « L’un des plus gros intérêts est de sensibiliser les élèves à l’apprentissage. Beaucoup pensent qu’en intégrant nos établissements, c’est la fin d’un schéma d’apprentissage classique. Mais on peut continuer les études et aller jusqu’en bac +5. On a longtemps renvoyé l’image d’un échec scolaire mais c’est loin d’être le cas. Et aussi de rappeler qu’il ne faut pas voir nos formations uniquement par le prisme du salaire », explique Jean-Emmanuel Lefèvre, responsable du CFA Provence de Miramas. « On a plus de 300 métiers chez nous. Le but est de transmettre l’amour du métier aux jeunes », ajoute Gaëlle, référente recrutement de la gendarmerie de Vaucluse.

    Autre image des quartiers

    « Ces formations ne sont pas mises en avant alors que l’on sait qu’il y a des débouchés. Il faut changer cette image-là des boulangers ou encore de l’industrie quand on sait que localement, il y a des besoins avec des difficultés à recruter », assure Lilou Quenesson, présidente de la mission locale jeunes Grand Avignon. Tandis qu’Hakima Kabbour, organisatrice de la journée avec l’association Un Sourire pour Tous 84, mais aussi mère de trois enfants qui ont grandi dans les quartiers populaires d’Avignon, souligne le choix du lieu. « Les quartiers de la Rocade n’ont pas bonne réputation et il faut que ça change. Il y a de belles choses qui se passent et on réfléchit déjà à une quatrième édition », confie-t-elle. Le rendez-vous est déjà donné.