Top départ pour la semaine la plus stressante de la vie d’un lycéen. Ce lundi débutent les épreuves écrites du baccalauréat 2026 avec le redouté examen de philosophie, et après l’épreuve écrite de français, en fin de semaine dernière. Mais cette année, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a sûrement augmenté le niveau de stress des bacheliers. « Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au Bac », a-t-il assené, le 19 mai. Intention louable sur fond de questionnement réel ou opération de communication pour un ministre en manque de visibilité ?
Du côté des syndicats d’enseignants, la réponse est limpide : « Sur l’orthographe, il y a déjà des instructions pour pénaliser les erreurs. Le ministre enfonce une porte ouverte : on s’en est toujours préoccupé », tacle Nadine Cesari, représentante du Snes-FSU au lycée Joliot-Curie à Aubagne et également professeure de lettres. Forcément, sur la forme, le calendrier de l’annonce ne passe pas : à quelques semaines à peine des épreuves. « Ça va être difficilement applicable, et on n’a rien de concret sur la formalisation de cette annonce. Et nous restons maîtres de l’évaluation », rassure Nicolas Bernard-Hayrault, également professeur de lettres au collège de Pélissane et co-secrétaire départemental du Snes-FSU. Reste que le rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, dans son dossier de presse pour ce Bac 2026, persiste et signe : « La prise en compte de la qualité rédactionnelle sera renforcée dans les barèmes nationaux de toutes les disciplines. »
Mais c’est surtout sur le fond que l’intention ministérielle provoque l’ire des profs. « On a 4 heures plancher de français par classe pour préparer un Bac dont le contenu est plus exigeant qu’avant. Il n’y a pas de miracle possible », explique Nadine Cesari. Avant de renvoyer la macronie à ses responsabilités : « Lancer une grande apostrophe sur l’orthographe c’est jeter un voile sur une responsabilité institutionnelle et de choix budgétaires. »
Dans le viseur, la réduction des heures d’enseignement, et donc de français. Proche de la retraite, Nadine Cesari peut témoigner de l’évolution de la place accordée au cours de français : « Il y a 10 ans, en seconde on avait 6-7 heures de cours. Avec la perte d’heures d’enseignement, on réduit la présence d’adultes et de professeurs devant les élèves. De fait, on précarise l’apprentissage. » Car les profs de français savent aussi compter : « Les changements de rythme scolaire dus aux dernières réformes ont fait perdre presque une année scolaire aux élèves, juste pour l’école. La réforme du collège de 2015 a mis des horaires planchers. Et avec la réforme Blanquer, les élèves ont encore perdu des heures d’enseignement », énumère Nicolas Bernard-Hayrault.
pour les oraux de français
Derrière ces heures en moins, c’est la question des moyens qui se pose au regard de la supposée baisse de niveau en orthographe ciblée par le ministre. « À mes débuts, on avait des moyens pour des effectifs en classe réduits qui permettait de retravailler certains points, reprendre la méthodologie… », se remémore Nadine Cesari. Des heures qui manquent cruellement aujourd’hui : « Maintenant on n’a absolument plus le temps de retravailler l’orthographe. Les programmes sont de plus en plus ambitieux : il y a 16 textes à travailler pour les oraux de français du Bac en général, c’est la course toute l’année. »
Même constat pour son homologue du collège : « Pour bien écrire français, il faut comprendre d’où vient le mot, son sens. Mais ce travail est compliqué à faire en si peu d’heures, avec 35 élèves par classe, et avec la multiplication d’autres injonctions », précise Nicolas Bernard-Hayrault. Il faut voir plus loin qu’un simple décompte de fautes dans une copie pour appréhender l’enjeu derrière ce débat sur l’orthographe. « Ce qui est sous-entendu avec les déclarations du ministre, c’est que l’orthographe doit être un outil de sélection. Et pourquoi pas de sélection sociale ? À travers ce totem, ce sont souvent les catégories sociales les plus défavorisées qui sont visées », note Nicolas Bernard-Hayrault.
« Les tests de dictée font apparaître que les performances en orthographe sont marquées par l’origine sociale des élèves », écrit Patrick Charaudeau, linguiste et chercheur associé au CNRS dans Le Monde. Un bon sujet d’examen.
« Lancer une grande apostrophe sur l’orthographe c’est jeter
un voile sur une responsabilité institutionnelle »









