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  • Le prix Mizrahi pour des œuvres mémorielles

    Le prix Mizrahi pour des œuvres mémorielles

    Qui dit 6e édition, dit nouveauté pour ce prix Robert-Mizrahi, initié par le fonds social juif unifié Marseille Provence pour mettre à l’honneur un travail mémoriel de l’histoire du peuple juif. Cette année, deux prix ont été décernés, le prix individuel qui a été attribué à Nathan Sperling, étudiant journaliste, pour son mini-film sur Lucien Démarque, ancien ouvrier qui a été torturé dans les années 40. Le second prix a été décerné à l’École de Provence des élèves de première et terminale pour leur travail réalisé dans les archives sur l’ancien archevêque de Marseille, Monseigneur Delay.

    « Ils ont fait un beau travail de mémoire, mais le travail de ces jeunes compte parce que ça nous permet de comprendre ce qui s’est passé et de transmettre la mémoire », déclare Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille. Sous les yeux de Robert Mizrahi, les émotions étaient au rendez-vous avec des témoignages poignants de ces survivants d’un drame qui, grâce au travail de ces jeunes, ne tombe pas dans l’oubli.

  • Laure-Agnès Caradec rallie l’UDR

    Laure-Agnès Caradec rallie l’UDR

    Elle faisait partie de ceux, dans l’entre-deux-tours des municipales, qui avaient milité pour une fusion des listes entre la droite et l’extrême droite à Marseille. Ce mardi midi, la présidente sortante des Républicains dans les Bouches-du-Rhône Laure-Agnès Caradec, arrivée à la tête de la fédération fin novembre 2023 après deux ans de vacance du poste, a annoncé rejoindre le parti d’Éric Ciotti, l’UDR.

    « J’ai mené la campagne municipale avec loyauté, écrit celle qui était tête de liste pour Martine Vassal dans les 9e et 10e arrondissements de Marseille. Mais aujourd’hui, je choisis une ligne claire, une droite à la fois libérale et sans compromission. » Avec l’ancienne adjointe de Jean-Claude Gaudin, c’est un ralliement de poids pour l’extrême droite qui n’a eu de cesser de miner les rangs de la droite. Elle « tire les conséquences de la campagne catastrophique de Martine Vassal », se gargarise le responsable départemental du RN Franck Allisio. « On comprend votre maintien au second tour des élections d’arrondissements, il visait à faire gagner l’extrême droite », tacle la tête de liste du Printemps marseillais (G.s) dans le secteur, Pierre Huguet. « Voilà le résultat quand certains sont guidés par la pleutrerie et la couardise » appuie l’ancienne colistière de Laure-Agnès Caradec dans les 9-10, Sandra Blanchard (Ren.) tandis que le conseiller municipal d’opposition (Ren.) Romain Simmarano assure qu’à droite, « il existe une école de pensée qui n’a rien à voir avec l’extrême droite, et qui n’a pas vocation à sauter dans le bain d’acide ». « Ce n’était pas une surprise, pour nous, c’est un non-événement », réagit-on dans l’entourage de la présidente (DVD) du Département Martine Vassal, dont l’exécutif compte désormais deux vice-présidents d’extrême droite avec le maire de Marignane, Eric Le Dissès. Y.S.

  • Deux candidats pour la présidence des Républicains

    Deux candidats pour la présidence des Républicains

    Après la claque des municipales à Marseille et le coup de Jarnac de sa présidente sortante Laure-Agnès Caradec qui a annoncé ce mardi rallier l’extrême droite, le chantier qui attend les Républicains des Bouches-du-Rhône ne s’annonce pas comme une partie de plaisir, à moins d’un an de la présidentielle. Ils sont pourtant deux à lorgner, à l’occasion du congrès qui se tiendra les 8 et 9 juin, la tête de la fédération qui compte quelque 1 700 adhérents dans le département – moitié moins que lors du dernier congrès. Après l’annonce lundi de la candidature du vice-président de la Région Ludovic Perney (notre édition du 12/05), l’ex-présidente de la RTM Catherine Pila a officialisé face à la presse ce mardi matin : « Je suis candidate aujourd’hui à la présidence de la fédération des Républicains des Bouches-du-Rhône. »

    Le défi du renouvellement

    « C’est Bruno Retailleau lui-même qui m’a demandé de m’engager dans cette élection, assure-t-elle. J’ai un côté bon soldat, quand j’ai un chef, je suis mon chef. » Une suggestion qui date de plusieurs mois, raconte l’ancienne présidente du groupe municipal d’opposition de la droite, qui s’est concrétisée lorsque Laure-Agnès Caradec lui a confirmé, jeudi soir, qu’elle ne souhaitait pas conserver son siège « pour raisons personnelles ». Et pour cause, puisque la voilà désormais ralliée à l’UDR d’Éric Ciotti. Si Catherine Pila salue le travail mené par celle qui a dirigé pendant deux ans et demi la fédération, elle se défend de toute porosité avec le RN : « Mes idées ne sont pas d’extrême droite, elles ne sont pas au centre, je ne trahis pas mes convictions. » Dans l’entre-deux-tours des municipales à Marseille, elle avait bien relayé la demande de ceux qui réclamaient un accord technique avec le RN. « Ils m’ont demandé jusqu’au bout d’assumer le sale boulot en tant que présidente de groupe, mais il était hors de question pour moi de franchir ce cap », justifie-t-elle. Soutenue par la sénatrice Valérie Boyer et l’ex-maire d’Aubagne Gérard Gazay, elle ambitionne « de fédérer les militants et de retrouver cette flamme militante qui a brillé pendant des années ». Avec une priorité, ouvrir « une vraie permanence » pour la fédération et travailler à une école de formation des militants.

    « Nous avons deux visions totalement opposées, tacle en face Ludovic Perney. Sa vision, c’est de continuer l’héritage de Martine Vassal qui la soutient en off pour garder une main sur le parti. » « Nous sommes sur une élection interne qui ne concerne que nos militants », rétorque Catherine Pila, rappelant que la présidente (DVD) du Département n’est plus encartée à LR. Mais elle assure : « Je n’ai pas d’adversaire dans ma famille politique. »

    Mais tous deux partagent la nécessité de redresser le parti qui n’a plus aucun conseiller municipal à Marseille et de préparer le terrain pour une nouvelle génération. En misant notamment sur la candidature de Bruno Retailleau à la présidentielle, option retenue par les trois quarts des adhérents dans les Bouches-du-Rhône.

  • Les dockers en grève contre la concurrence déloyale

    Les dockers en grève contre la concurrence déloyale

    Le port de Fos, avec l’ensemble des ports français, sera à l’arrêt le vendredi 29 mai prochain pendant une journée entière, annonce ce mardi par communiqué le syndicat général CGT des ouvriers dockers et des personnels de la manutention portuaire du golfe de Fos. L’organisation, qui avait déjà appelé à quatre heures de grève le 28 avril, dénonce une concurrence déloyale orchestrée par la Région Occitanie à Port-la-Nouvelle. « Le port de Port-la-Nouvelle, où la Région a investi plus de 650 millions d’euros d’argent public pour créer un hub hydrogène et la construction d’éoliennes, vient prendre des trafics rouliers vracs aux ports voisins », déplore le communiqué. Le 23 mars, le syndicat avait donc écrit à la présidente (PS) de la collectivité, Carole Delga, pour demander une rencontre, sans succès. Finalement, le 24 avril une réunion a pu être organisée avec le vice-président de la Région Occitanie et la fédération CGT des Ports et docks, lors de laquelle l’organisation d’une table ronde avec l’ensemble des acteurs a été demandée. « Là aussi, toujours pas de réponse ni de date », déplore le syndicat qui regrette le « mépris de l’ensemble de ces acteurs ».

    Alors l’organisation syndicale annonce que désormais elle s’oppose au projet Deos, qui devait s’implanter sur les bassins ouest du Grand Port maritime de Marseille-Fos. 550 millions d’euros devaient y être investis, dont 82 millions de l’État annonçait mi-avril le ministre des Transports Philippe Tabarot, pour implanter un site de fabrication de flotteurs d’éoliennes en mer… à destination de Port-la-Nouvelle. « La Semop avec Europort et la Région Occitanie de Mme Delga ne peuvent pas venir concurrencer les autres ports français dont Fos, et espérer la complémentarité sur l’éolien », tacle la CGT qui demande à l’État des éclaircissements sur sa stratégie portuaire.

  • Vent debout contre la sélection par la nationalité à l’université

    Vent debout contre la sélection par la nationalité à l’université

    Devant les portiques du campus Saint-Charles de l’Université d’Aix-Marseille (AMU), une autre forme de tri se met en place. Près des grilles, personnels et étudiants plongent la main dans une boîte où il est inscrit : « La nationalité, une question de chance ». Une mise en scène symbolique pour dénoncer la sélection à l’entrée de l’université. Ce mardi 12 mai à midi, une mobilisation intersyndicale d’enseignants, personnels et étudiants s’est tenue sur place. Elle vise la décision du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, de mettre fin à la possibilité d’exonération des frais pour la majorité des étudiants étrangers hors Union européenne.

    Bénissia, en master gestion des ressources humaines, se sent concernée. Originaire de République centrafricaine, elle étudie aujourd’hui à Aix-Marseille. « Moi, comme j’y suis déjà, ça ne me concerne pas. Mais ma sœur, qui vit en Centrafrique, veut venir. Elle a candidaté ici, mais avec ces frais, ça devient hyper compliqué. Si j’avais été dans cette situation, je ne sais pas si j’aurais fait le choix de venir », confie-t-elle. Pour rappel, en 2019 le plan « Bienvenue en France », censé renforcer l’attractivité des universités, avait déjà entraîné une forte hausse des frais pour ces étudiants : de 170 à 2 900 euros en licence, et de 250 à 3 900 euros en master. Jusqu’ici, de nombreuses universités contournaient ces montants grâce aux exonérations prévues par le texte.

    « Un décret excluant »

    Le gouvernement souhaite désormais en limiter drastiquement l’accès. Sur les 80 000 étudiants que compte Aix-Marseille, environ 5 000 sont extra-communautaires. « Cela ne concernerait plus que 10% des étudiants extra-communautaires. Autrement dit, 90% paieraient plein tarif », explique Julien, enseignant-chercheur en informatique et membre du syndicat Sud Éducation. Selon lui, cette mesure risque d’aggraver la précarité d’étudiants déjà fragiles. « J’avais un étudiant réfugié de Guinée : on s’est cotisés pour lui payer ses frais d’inscription », raconte-t-il, avant de dénoncer « un décret excluant, discriminant et xénophobe ».

    C’est aussi le rôle des étudiants internationaux dans l’université qui est mis en avant. Eric Berton, président de l’AMU, le rappelle : « L’excellence de nos universités se construit avec les étudiants internationaux. Ce sujet ne peut pas être regardé uniquement sous l’angle budgétaire […]. Pour AMU, l’ouverture sur le monde et la Méditerranée est un pilier de notre identité », rappelle-t-il. Christophe Baticle, maître de conférences en sociologie et anthropologie, en témoigne : « J’ai étudié à Amiens avec un ami venu du Congo. Aujourd’hui, nous menons des recherches ensemble, aussi au Congo. Il ne serait jamais venu avec ces conditions », constate-t-il. À quelques pas, un collègue plonge sa main dans la boîte : « Argentine ! ». Une syndicaliste lui répond avec ironie : « Ce sera 2 900 euros. Bienvenue en France ! ».

  • Cannes, le cinéma en résistance

    Cannes, le cinéma en résistance

    Pourquoi Cannes est le plus grand festival de cinéma au monde ? Parce que la politique n’est jamais restée aux marches du palais. Contrairement aux propos consternants de Wim Wenders, président du jury 2026 de la Berlinale, estimant que le cinéma devait « rester en dehors de la politique », le cinéaste coréen Park Chan-Wook, président du jury cannois, affirme que « le travail artistique a un message politique ». Cette exigence est dans l’ADN du festival de Cannes. Il fut créé par le ministre du Front populaire Jean Zay, (assassiné par la Milice de Pétain le 20 juin 1944, à l’âge de 39 ans) contre la dérive de la Mostra de Venise, déroulant en 1938 le tapis rouge aux nazis et aux fascistes. La guerre ne permit pas sa tenue en 1939 et sa première édition, en 1946, fit la part belle à la résistance avec notamment La bataille du rail, prix de la mise en scène et prix du jury.

    Œuvres indispensables

    80 ans plus tard, la résistance se conjugue au présent. Mais la puissance du cinéma n’échappe pas à celui, en France, qui nourrit un projet « civilisationnel » ultra-réactionnaire, le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Celui qui a fait fortune dans la France-Afrique et détient médias et journaux, a aussi la main sur une partie du financement du cinéma, via Canal+. Il entend désormais s’approprier les salles UGC et posséder tous les maillons de l’industrie cinématographique. Face à cette offensive d’extrême droite, la résistance passe par un renforcement du service public de la culture et donc du Centre national du cinéma. Un CNC associé aux Régions, dont la nôtre, pour permettre l’éclosion des talents, la création et la diffusion du 7e art.

  • Un juge consulaire jugé pour neuf meublés illégaux

    Un juge consulaire jugé pour neuf meublés illégaux

    Quatre meublés au Panier, deux cabanons dans l’anse de Malmousque, trois logements rue Consolat près du Palais Longchamp dont un 7 m2 impropre à l’habitation. Pour ces 9 meublés touristiques illicites, la Ville a réclamé mardi au tribunal judiciaire de Toulon de prononcer à l’encontre de son propriétaire Philippe Bonifay et de sa société la somme totale de 918 000 euros d’amendes civiles et leur retour à la location classique sous astreinte.

    Spécialisé à l’origine dans l’immobilier d’entreprise, Philippe Bonifay, 71 ans, a créé et exploité de 2008 à 2014 la boutique officielle de Plus Belle La Vie où se vendaient les produits dérivés de la série télévisée. Sur Airbnb où ses annonces restent consultables, il se présente comme travaillant « dans le milieu de la location saisonnière entre particuliers depuis 2009 ». En raison de ses fonctions de juge-commissaire au tribunal des activités économiques de Marseille, l’audience a été dépaysée à sa demande à Toulon.

    « À Marseille la moitié des 12 937 loueurs de meublés touristiques sont dans l’illégalité » a rappelé l’avocat de la Ville, Me Jorge Mendes, rodé à l’exercice depuis les premières assignations qui ont conduit à la condamnation en février de deux bailleurs à 175 000 euros et 40 000 euros d’amende. « Marseille connaît la plus grave crise du logement depuis l’après-guerre. Le maire veut que ces appartements reviennent à des familles qui vivent dans leur quartier. Les touristes sont les bienvenus à Marseille mais pas dans des meublés illégaux », a dit l’avocat au président Olivier Issanjou dont c’était mardi la première audience à Toulon.

    « En tant que juge au tribunal de commerce, M. Bonifay se doit d’être exemplaire. Il doit encore plus se conformer à la loi qu’il applique aux autres », a rappelé Me Mendes. La réglementation adoptée par la commune en 2021 exige, s’agissant des résidences secondaires, une autorisation de changement d’usage qui suppose la création concomitante d’un logement locatif par transformation d’un local qui n’avait pas cet usage (hangar, friche, bureau, etc.). « Or ce professionnel multi-loueur n’a rien demandé, n’a rien compensé et fait commerce de 9 meublés touristiques sans autorisation. Il a fait fortune sur ses appartements qui lui rapportent 180 000 euros par an. »

    « Vous n’êtes pas le porte-voix de la municipalité de Marseille qui vous demande de vous rallier à son étendard pour faire un exemple », a lancé au tribunal Me Maxime Rovella pour le dirigeant social qui n’a pas fait le déplacement. « M. Bonifay est le contre-exemple de ce que la Ville prétend combattre. Car il a reconnu dès le début et sa coopération a été sans faille mais la Ville a refusé toute médiation. » À l’en croire, son client ne s’est pas enrichi. « Il n’a pas été gagnant. Il s’est trompé », a avancé l’avocat sur la foi d’une étude d’un expert judiciaire qui écrit qu’il n’a tiré « aucun bénéfice des locations meublées de tourisme en comparaison avec les revenus générés par une location classique ». « Le message est passé », a dit Me Rovella. « Après une période de latence due au respect des réservations », M. Bonifay a « remis à la location huit biens au bénéfice de familles marseillaises ». Un seul fait exception au rez-de-chaussée gauche du 165 rue Consolat. « Ce local de 7 m² ne peut être loué pour de l’habitation » a admis mardi l’avocat du juge marseillais qui a pourtant loué 112 fois en 2024 cette pièce caractéristique d’un hébergement incompatible avec la dignité humaine pour 50 euros la nuit à une clientèle de passage. Un délit cette fois passible de 5 ans de prison, de 150 000 euros d’amende et de la confiscation du gourbi.

    Délibéré le 23 juin.

    « En tant

    que juge, il se doit d’être exemplaire »

  • Une riposte antifasciste imaginée par Jean Zay

    Une riposte antifasciste imaginée par Jean Zay

    L’antifascisme est un facteur déterminant des naissances du Festival de Cannes, en 1939, 1946 et 1947 », écrit Tangui Perron dans son ouvrage Tapis rouge et lutte des classes*, publié en 2024. Dans cet essai, l’historien du cinéma et du mouvement ouvrier revient sur la genèse de cette fête du cinéma qui est une histoire populaire, ouvrière et antifasciste. « Le projet de 1929, au départ porté par les derniers éléments les plus progressistes du gouvernement, s’est construit en réaction à la mainmise du pouvoir fasciste sur le Festival de Venise en 1938, elle-même renforcée par l’intervention du pouvoir nazi sur le palmarès », relate-t-il.

    La Mostra couronne cette année-là Les Dieux du Stade de Leni Riefenstahl – intime d’Hitler qui lui confie la réalisation de films de propagande nazie – et Luciano Serra, pilote de Goffredo Alessandrini, supervisé par Vittorio Mussolini, fils du Duce. Présent sur place, le haut fonctionnaire Philippe Erlanger alerte à son retour en France Jean Zay, alors ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, lui insufflant l’idée. « C’est un acte de résistance, culturelle cette fois-ci, contre ce régime totalitaire. Et qu’il faut que ce soit la France, le pays des droits de l’homme, qui soit aux avant-postes pour ça », témoigne Hélène Mouchard-Zay dans Affaires sensibles.

    La première édition de l’événement fixée au 1er septembre 1939 sera annulée : l’Allemagne nazie a envahi la Pologne, la Seconde guerre mondiale éclate. Jean Zay est assassiné par la Milice en 1944. Mais le projet survit. À la Libération, Raymond Picaud, maire socialiste de Cannes, médecin des pauvres et résistant, met tout en œuvre pour que le festival se tienne dans sa ville. Cette première édition du 20 septembre 1946 est un succès, à la fois une fête populaire, mondaine et cinématographique. Des milliers d’ouvriers syndiqués à la CGT travaillent jour et nuit, parfois bénévolement, pour construire en quatre mois le Palais des festivals. Le syndicat, entré au conseil d’administration dès la première édition, participe au financement pour pérenniser l’événement jugé trop coûteux par le gouvernement dans la France d’après-guerre. C’est aujourd’hui le plus grand festival du cinéma au monde.

    *Aux éditions de l’Atelier

  • Neuf films soutenus par la Région sur le tapis rouge du festival

    Neuf films soutenus par la Région sur le tapis rouge du festival

    Moteur ! Action ! La région Paca est l’une des terres les plus propices pour le cinéma français, intimement liée au 7e art de par ses décors photogéniques et ses figures emblématiques, de Marcel Pagnol à Robert Guédiguian.

    Depuis, le territoire n’a cessé d’investir dans ce domaine. En effet, selon les données de la région, elle consacrerait un budget annuel de 10,8 millions d’euros en soutenant plus de mille films et 36 festivals. La région a le cinéma au cœur et s’affirme sur la scène nationale. Elle s’impose dans l’industrie puisqu’elle représente 5 000 à 6 000 jours de tournage par an.

    Pour Jordan Milesi, chargé de développement à Provence Studios, situé à Martigues, ce soutien est essentiel : « La région est une grosse alliée du cinéma, tant financièrement qu’en aide plus ponctuelle pour faciliter les rencontres, les débats, les tournages », indique-t-il.

    « C’est une opportunité extraordinaire (…) Les studios représentent des centaines d’emplois. On veut diversifier notre économie industrielle avec le cinéma et le tourisme », indiquait le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, en février dernier. Celui-ci est devenu depuis vice-président de la Métropole, délégué à l’industrie et au cinéma. Déjà le 9 janvier 2023, l’accord signé entre l’État et les collectivités territoriales concrétisait le plan « Marseille en Grand ». Cet investissement a progressivement fait de Marseille la deuxième ville de tournage de l’Hexagone et un leader dans le domaine des industries de l’image. Ce sont en tout 23 millions d’euros investis dans la région, selon la préfecture.

    Un pari payant puisque ce sont neuf métrages soutenus par la Région qui ont été sélectionnés cette année au festival de Cannes, dont 2 en compétition courts-métrages dans la sélection officielle et une en compétition immersive. Parmi eux : La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri, Nouvel Hair d’Hadrien Bels et L’Objet du Délit d’Agnès Jaoui qui témoignent de l’importance qu’a prise la région dans le domaine.

    La région s’anime et anime

    Autre domaine pour se démarquer c’est l’univers de l’animation. Depuis 2010, la région Sud dispose d’un fonds de soutien dédié. Ce dispositif a connu une croissance pour atteindre aujourd’hui 1,4 million d’euros. La politique d’attractivité de la région paye puisqu’entre 2020 et 2025, huit studios de cinéma d’animation ont choisi la région pour s’implanter. Parmi eux : Circus et La Cachette Duetto à Avignon, Andarta et Chromatik à Marseille. Pour Olivier Marchetti, directeur de Provence Studios : « C’est un territoire incroyable, le cinéma prospère. Plein de films y sont tournés, on a même eu la Turquie à Martigues. Des espaces naturels, des décors variés, proche d’une grande ville sans contrainte. Toutes les conditions sont réunies pour développer le cinéma. C’est fertile. »

  • À Cannes, art et politique ne font qu’un

    À Cannes, art et politique ne font qu’un

    Le tapis rouge est en place, les marches ont été foulées : le plus grand festival de cinéma du monde est officiellement lancé ce mardi soir. Durant les deux prochaines semaines, ce sont plus de 100 films qui seront présentés pour la 79e édition de la grand-messe cannoise. Le jury est présidé cette année par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook qui, interrogé sur la place de la politique dans l’art, plante d’emblée le décor : « Je ne crois pas qu’on devrait séparer l’art de la politique », déclare-t-il en conférence de presse. « C’est étrange de penser que les deux sont en conflit l’un envers l’autre », poursuit le réalisateur de Old Boy, face aux journalistes. À ses côtés, le scénariste britannique Paul Laverty, poursuit : « La politique, c’est comme l’eau et l’air. C’est toujours là », martèle le bras droit de Ken Loach. « Nous vivons une époque sombre et comme l’a dit Shakespeare dans Le Roi Lear, “les fous guident les aveugles”. On voit tellement de violences systématiques, le génocide à Gaza et tous ces conflits horribles », renchérit le cinéaste qui a été arrêté en août dernier en marge d’une manifestation propalestienne en Écosse. Les paillettes et les flashs ne peuvent éclipser les guerres en cours et les populations décimées à travers le monde. « Le cinéma ne serait pas le cinéma s’il ne parlait pas des affaires du peuple », tranche l’acteur ivoirien Isaach de Bankolé, également membre du jury.

    Aussi, l’affiche déployée sur le Palais du festival met en avant un film féministe majeur : Thelma et Louise de Ridley Scott, incarnées par Geena Davis et Susan Sarandon. Tout un symbole. Et pourtant, sur les 22 films en compétition pour la Palme d’Or, seuls cinq sont réalisés par des femmes. Ce qui a valu au festival d’être accusé de « feminisme washing » par des associations féministes : « en aucun cas, il ne doit y avoir une politique de quota », justifie le délégué général du festival Thierry Frémaux.

    « Prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif »

    C’est dans son ADN, le festival de Cannes est politique, pensé dès 1938 comme un événement culturel antifasciste (lire ci-contre). Alors à un an d’une élection présidentielle qui voit l’extrême droite faire figure de grande favorite dans les sondages, des membres de l’industrie profitent de l’exposition médiatique de l’événement pour tirer la sonnette d’alarme. Dans une tribune publiée dans Libération ce mardi, 600 professionnels du cinéma alertent de la « concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré [qui] lui donne toute liberté d’agir le moment venu. (…) Le démantèlement du CNC et de l’audiovisuel public fait partie du programme du RN. Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? », interrogent-ils.

    Le « rapport Alloncle » du nom du député ciottiste et les six mois de commission d’enquête parlementaire l’ont démontré : l’extrême droite veut démanteler pour mieux privatiser l’audiovisuel public. Et ce, pour mener la « bataille culturelle », « le projet civilisationnel » du milliardaire ultraconservateur à la tête du groupe Canal+ qui devrait acquérir d’ici 2028 100% des parts d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises. Sa mainmise sur le septième art ne cesse de s’étendre. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », poussent les signataires du texte parmi lesquels figurent les acteurs Swann Arlaud, Juliette Binoche, Adèle Haenel ou encore le réalisateur Arthur Harari.

    « Je ne crois pas qu’on devrait séparer l’art de la politique »