Category: societe

  • Marseille : deux marchands de sommeil du Gyptis condamnés

    Marseille : deux marchands de sommeil du Gyptis condamnés

    Mohand Naceri, serrurier de son état, et Josette son épouse, avaient continué à percevoir des loyers dans la copropriété du Gyptis, 7/9 rue Jean Cristofol (3e), alors que la copropriété de 268 studios était frappé d’arrêtés de péril et aussi d’insalubrité. La barre infernale avait fini par être évacué par les autorités les 14 et 15 mars 2023, entraînant le délogement de 230 personnes. Ils y possèdent trois taudis acquis en 2017 pour 11 000, 9 000 et 5 000 euros. Le couple a continué à percevoir 400 euros de loyers de leur locataire qui vivait à l’étroit et dans l’insalubrité avec sa femme enceinte de 5 mois et leur fils de 4 ans. Le locataire avait relaté que le propriétaire criait pour qu’il paye et lui répondait : « Je m’en fous des arrêtés, c’est pas mon problème. » Des SMS prouvaient ses dires.

    Le couple possède des logements dans deux copropriétés dégradées à Maison Blanche et aux Rosiers. La Ville, constituée partie civile, obtient 540 euros de préjudice matériel et 800 euros de préjudice moral. L’Établissement public foncier Paca poursuit la maîtrise totale de l’immeuble muré.

  • [En immersion avec les jeunes de La Martine 3/4] Un centre social comme « une deuxième maison »

    [En immersion avec les jeunes de La Martine 3/4] Un centre social comme « une deuxième maison »

    De la liberté, de l’autonomie, mais aussi découvrir le monde en collectif pour pouvoir se construire… L’accueil jeunes, mis en place au centre social La Martine (15e), en mars 2025, c’est tout ça à la fois. Des critères établis par la Caisse d’allocation familiale qui subventionne ce secteur. Kader Allem, coordinateur jeunesse, en a tiré la substantifique moelle pour donner la possibilité aux enfants âgés de 12 à 17 ans de participer aux activités.

    Son leitmotiv : faire en sorte que les ados s’ouvrent aux autres. « Tant que je serai là, les projets seront ouverts aux 12-17 ans de La Martine, explique-t-il. L’accueil jeunes, c’est un lieu de rencontres et de création. Tout le monde a le droit de s’inscrire et l’idée est que chacun prenne sa place. Ce qui m’intéresse, c’est que les jeunes prennent confiance en eux. » Ce qui n’est pas toujours chose facile.

    Nasser, 15 ans, le reconnaît bien volontiers : lui, ce qu’il aime, c’est « rester avec ses potes ». « On est soudés », explique-t-il. Alors accueillir les plus petits dans le groupe avec ce que l’on appelle, au centre social, « les passerelles », où les 11 à 13 ans se mélangent avec les plus grands de temps en temps, il a encore du mal. « On voit pas trop pourquoi, on est bien entre nous », insiste-t-il. « C’est un peu bizarre, il faut s’adapter », abonde Jhany, 14 ans. Petit à petit, Kader les a convaincus des bienfaits du collectif, même si par moment, il faut encore faire des piqûres de rappel.

    Ensemble, c’est plus facile

    La réflexion a néanmoins fait son chemin chez Chemsy, 16 ans. « Ici, on sait qui on va voir, y a pas de prise de tête. Mais, quand on se met à la place des petits, c’est pas la même. Moi, quand j’étais ici au centre, j’aurais aimé être avec les grands de temps en temps. » Quand Kader est arrivé, « cela se voyait à sa tête qu’il était gentil. Mais on s’est dit, il va changer des choses », poursuit-elle. « Alors que pour nous, c’était très bien comme ça », balance Nasser à ses côtés.

    Briser l’entre soi aura donc été le premier chantier avant de s’attaquer à l’accès pour tous aux activités. Du paiement en fonction du quotient familial, on est passé « à une nouvelle politique tarifaire où on ne paie que 30% des sorties, une petite participation est demandée pour les séjours », précise Kader.

    Résultat : « on fait des choses qu’on pourrait pas se payer », s’enthousiasme Jhany, et aussi « des sorties pédagogiques qu’on pourrait pas faire ailleurs ». « Le musée d’histoire de Marseille, j’y serai jamais allé tout seul », ajoute-t-il, tandis qu’un quiz sur la visite est justement en cours dans la salle à côté. Ce que nos ados préfèrent : « Partir ensemble, c’est plus facile », analyse Chemsy. « C’est bien qu’on se retrouve ensemble, autre part, pour découvrir d’autres mondes », insiste la jeune fille.

    Libres d’aller et venir au sein de cet accueil jeunes, devenu plus souple administrativement et techniquement, s’ils font le choix de rester, c’est aussi parce que la politique éducative menée est efficace. « On met tout en place pour qu’ils aient envie de rester toute la journée », lance Kader. Et de s’adresser aux ados : « La réussite éducative, c’est ce que nous, on peut faire pour vous en complémentarité de l’école et de votre famille. Pour que vous vous épanouissiez et arriviez à l’âge adulte. »

    Des expériences

    qui servent au quotidien

    Pour certains, le centre a pris une importance vitale. « Cela m’apporte du bonheur. C’est une des seules choses qui me plaît dans ma vie, en ce moment, avec la danse. Cela me permet de m’évader de mon quotidien. J’ai grandi ici, je venais déjà à l’âge de 5 ans, j’ai rencontré des personnes », témoigne Chemsy. À ses côtés, Jhany acquiesce. « Si j’avais pas ça, je pense que je me serais ennuyé, je serai resté sur la play[station] », estime-t-il, quand Nasser pense au pire. « Si j’ai pas le centre, c’est sûr, je vais faire plus de conneries. » « Oui, il serait livré à lui-même », commente Chemsy, parce que « chez soi, on gamberge, alors que là, on sait où aller », précise Maïssa, 16 ans.

    Elle revient sur le coup de foudre amical avec Chemsy. « Moi, ce centre, cela m’a permis des rencontres. Avec Chemsy, la première fois qu’on s’est vues, on est devenu copines comme si on se connaissait depuis 100 ans. Alors que, dans la vie de tous les jours, jamais je serais allée lui parler », raconte-t-elle, un peu émue. Le centre, c’est aussi « des trucs qui nous servent au quotidien, comme le concours d’éloquence, les ateliers radio », insiste la jeune fille. Bref, c’est comme « une deuxième maison », résume Nasser, « avec de nouveaux co-locataires », s’amuse Chemsy.

  • L’inauguration contestée du collège jésuite Loyola

    L’inauguration contestée du collège jésuite Loyola

    Tambours, bénitiers, trompettes et pancartes. L’inauguration officielle du collège Loyola au cœur d’Euroméditerranée 2, dans les quartiers nord de Marseille (15e), laisse un goût amer. Ouvert en septembre avec 49 élèves répartis dans deux classes de 6e, l’établissement privé catholique ambitionne d’en accueillir 500 d’ici 2032. Conçu par le cabinet Dosse, le bâtiment de 4 500 m2 se veut, sur le papier, une « fenêtre » sur un quartier appelé à accueillir 30 000 nouveaux habitants.

    Écologie intégrale

    et spiritualité

    Loyola revendique une pédagogie inspirée de la tradition jésuite, basée sur la responsabilité, la coopération et l’ouverture à la diversité. « Apprendre aux élèves à aller vers les autres et à s’enrichir de la différence », résume le Père Aimé Yoh, son directeur. « Une pédagogie innovante et une éducation de qualité », dont le but vise notamment à accompagner chaque élève à « œuvrer en faveur de l’écologie intégrale et à découvrir sa voie personnelle vers Dieu », précise encore un communiqué. Si le second concept est évident, le premier, popularisé par le pape François en 2015, est plus ambivalent. En lien pour certains avec la pensée maurrassienne et une frange de la droite réactionnaire.

    Forcément, l’inauguration suscite la controverse. L’observatoire sur le financement des établissements scolaires privés (Ofsep), qui tiendra une conférence de presse en marge de celle-ci, a choisi de dénoncer « des choix politiques et financiers lourds de conséquences ». En cause, le soutien du Département apporté à ce projet privé, alors que les subventions aux collèges publics, qui viennent d’être versées, sont jugées « insuffisantes » par l’Ofsep qui réunit syndicats (Unsa, Sud, FSU, CGT) et associations (FCPE, LDH, Attac, Vigie laïcité, DDEN, LP13).

    Loyola a, en effet, bénéficié d’une subvention de 1,95 million d’euros du Conseil départemental et d’une garantie d’emprunt couvrant entièrement un prêt de 10 millions contracté par l’école de Provence. À cela s’ajoute la vente du terrain initialement destiné à un collège public par Euromed, l’établissement public d’aménagement conduisant une opération de rénovation urbaine du secteur.

    Pour l’Offset, ces financements, bien que légaux, « ne sont pas obligatoires » et traduisent un choix politique : privilégier un établissement confessionnel privé, non soumis à la carte scolaire, dans une zone parmi les plus sous-dotées en collèges publics. « L’argent public pour l’École publique », martèle l’Ofsep dans son communiqué, dénonçant un « séparatisme social et scolaire » et réclamant la construction d’un établissement public.

  • La mairie dans un bus pour un service public plus proche

    La mairie dans un bus pour un service public plus proche

    C’est désormais tous les mercredis, de 9h à 12h30 et de 13h30 à 16h30, que le bus de la Ville transformé en bureau municipal se positionnera sur le parking de Grand Littoral. Le lundi, c’est devant le centre social de Kallisté, le mardi devant celui du Canet, le jeudi à la cité SNCF à Saint-Barthélémy et le vendredi devant le centre d’animation de Saint-Mauront.

    Qui se plaindrait d’un retour des services de proximité ? La Ville de Martigues l’avait mis en place, la municipalité marseillaise a fait de même en 2024, dans le 13e. Et son succès, « avec 1 300 dossiers traités depuis janvier et un taux de satisfaction de 95% », peut se féliciter Sophie Roques (PS), adjointe au maire en charge de l’État civil, a convaincu la Ville de l’étendre.

    Une volonté « de maintenir un guichet humain à l’heure du numérique, précise Audrey Gatian (PS), adjointe en charge de la politique de la Ville, et d’offrir un service plus proche, plus souple, sans rendez-vous. »

    À l’intérieur du bus, un véritable bureau est mis en place. Alexandre, agent municipal, précise : « Nous avons tout le matériel nécessaire pour produire les documents administratifs. Nous accompagnons les gens dans leur démarches en ligne, pour une carte d’identité, un passeport, une inscription sur liste électorale, mais aussi pour les inscriptions scolaires, la cantine, et les activités périscolaires… »

    Autre avantage de ce service qui va au-devant des habitants, où les transports restent insuffisants, « on fait sa demande ici et on vient récupérer ses papiers ici », souligne Hedi Ramdane (DVG), adjoint en charge de la Jeunesse. Tellement simple et pratique que les demandes débordent parfois du cadre municipal. « Dans ce cas, on réoriente », sourit Alexandre.

  • Gérald Passedat devra raboter sa villa d’Endoume

    Gérald Passedat devra raboter sa villa d’Endoume

    Le tribunal correctionnel de Marseille a déclaré, vendredi, Gérald Passedat et sa SCI coupables de démolition et exécution de travaux non autorisés. Le chef avait fait bâtir, en 2023, une villa, impasse du Riff (7e), dans le quartier d’Endoume, avec un permis de construire de 2018 périmé.

    Le juge a ajourné le prononcé de la peine au 4 septembre 2026, laissant le temps au chef cuisinier de mettre en conformité la construction qui excède de 50 cm la hauteur maximale autorisée par le nouveau PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal).

    Alertée par des habitants du quartier, La Marseillaise avait révélé (notre édition du 9 janvier 2023) cette situation singulière, le service de l’urbanisme ayant, en effet, formellement rejeté, fin 2020, sa demande de prorogation du permis qui expirait alors en mars 2021, refus motivé par le fait que le projet n’aurait pas respecté les exigences du nouveau PLUi sur la hauteur de l’ouvrage.

    à l’audience du 3 octobre, Gérald Passedat avait dénoncé, par la voix de son avocat Julie Savi, « le comportement non coopératif » de la Ville de Marseille et dit son sentiment d’être « traqué », ce à quoi le procureur Guillaume Bricier avait répondu que M. Passedat était « jugé comme tout le monde ».

    Des travaux avaient débuté une dizaine de jours avant la caducité du permis. Mais, suivant une jurisprudence constante, le service de l’urbanisme et le tribunal ont considéré ces travaux préliminaires comme insuffisants et non significatifs pour valoir « commencement d’exécution » du projet. En effet, à la date de la péremption, « seuls des travaux préparatoires avaient été entrepris (études de sol, installation du chantier, dépôt de matériel de démolition, dépose du portail et de la maçonnerie d’entrée) », énonce le jugement rendu.

    Gérald Passedat avait ensuite passé outre l’arrêté interruptif de travaux délivré par la Ville de Marseille et poursuivi l’édification de sa villa jusqu’à son achèvement avec une hauteur à l’égout de la construction de 7,54 m. Pour régulariser, il lui est demandé de réduire sa hauteur à 7 m.

  • [Entretien] Hervé Cilia : « Nous voulons maintenir l’activité de l’Entraide »

    [Entretien] Hervé Cilia : « Nous voulons maintenir l’activité de l’Entraide »

    La Marseillaise : Le tribunal des affaires économiques a placé l’Entraide en redressement judiciaire, le 15 octobre dernier. Quelle est la suite pour vous ?

    Hervé Cilia : Il faut remonter au début. Il y a d’abord eu une conciliation qui n’a pas fonctionné. Ce que nous demandions, c’était de vendre notre établissement du Roy d’Espagne pour une somme aux alentours de 12 millions d’euros, afin de sauver L’Entraide et de pouvoir effectuer tous les investissements qu’il fallait. Si cela avait marché, nous n’en serions pas là maintenant. Nous avons basculé sur une procédure de sauvegarde de justice qui aurait pu aller jusqu’au mois de janvier 2026, mais nous ne l’avons pas souhaité. Le fait que le Département des Bouches-du-Rhône et la Ville de Marseille nous empêchent de vendre notre bien au Roy d’Espagne, et des visites de l’Agence régionale de santé (ARS) sur certains de nos établissements qui nous ont obligés à réduire notre activité tout en maintenant les personnels, ont fait qu’il n’y avait pas d’autres solutions. Cela avait un deuxième intérêt, de pouvoir renouer un dialogue avec nos autorités de tutelle, l’ARS et le conseil départemental. D’après ce que nous avons cru comprendre, ces deux autorités auraient une « perte de confiance » vis-à-vis de l’Entraide. Je ne comprends pas pourquoi. Nous sommes historiquement un partenaire, nous nous occupons d’un service public de santé vis-à-vis de nos seniors. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’un appel d’offres a été fait, soit pour assurer un partenariat avec notre association et redresser l’Entraide, soit pour pouvoir racheter tout ou une partie de notre activité. Ce qui nous importe, c’est de maintenir les 900 résidents sur place et les 700 salariés, de pérenniser leurs emplois. Que ça s’appelle Entraide ou autre, peu nous importe : nous voulons maintenir l’activité, qui est nécessaire et utile au département. C’est pour cela que nous ne comprenons pas la position du Département.

    En juin, le conseil départemental évoquait des solutions, et au mois d’octobre, il ne veut rien d’autre qu’un repreneur. Que s’est-il passé entre-temps ?

    H.C. : Rien justement. Les réunions prévues n’ont jamais eu lieu. Nous avons fait un plan avec nos administrateurs judiciaires, avec différentes options à proposer. Ce n’est que la veille de la séance que le Département nous a envoyé un courrier pour nous dire qu’ils réfutent toutes les options proposées et refusent de nous parler. Et on arrive comme ça au tribunal des affaires économiques. Le président était furieux, le procureur encore plus !

    Comment l’expliquez-vous, ce revirement ?

    H.C. : Je pense que le Département des Bouches-du-Rhône se ment à lui-même et n’a pas les moyens. En revanche, ce qu’ils peuvent faire, c’est nous autoriser tout simplement à augmenter le prix de journée. Non seulement on nous interdit de vendre nos propres biens, mais en plus, c’est le Département et l’ARS qui nous fixent nos tarifs, et à chaque fois qu’on demande une augmentation, ils refusent.

    Vous avez aussi évoqué la situation de l’Ehpad de Pélissanne, dont l’ARS demande la fermeture…

    H.C. : Nous avons appris la nouvelle par une publication Facebook du maire de Pélissanne qui, lui, a prévu un Ehpad privé dans son plan local d’urbanisme. Nous avons des résidents qui sont là depuis plus de vingt ans, nous avons une résidente de 104 ans ! Est-ce que vous pensez vraiment qu’on peut déplacer une dame de 104 ans sans qu’il n’y ait des conséquences dramatiques ? Personne n’a compris. L’ARS dit qu’il y a une urgence à fermer, mais on se donne six mois. Alors, je ne vois plus le caractère d’urgence ! Ils parlent de maltraitance institutionnelle, parce que le jour où ils sont venus, il y avait moins de personnel avec les vacances et des arrêts maladie. Mais les soins étaient assumés dans la journée. Et ils se basent sur cette unique journée pour nous faire fermer six mois reconductibles !

    L’ARS parlait quand même de trois décès « potentiellement évitables » en un été…

    H.C. : Nous ne sommes pas en prison, nous ne fliquons pas les résidents ! Le fils d’un autre résident a ouvert le portail et l’a laissé partir. Quand on s’en est aperçus, on a immédiatement appelé la gendarmerie, ils ont fait une battue et ils l’ont retrouvé le lendemain, décédé. Pour le deuxième, est-ce que c’est évitable un suicide, quand une personne l’a décidé… Ceux-là, on n’a pas pu les éviter, mais il n’y a pas eu de négligence ou de maltraitance de notre part. En revanche, ce qui va être entraîné par le déplacement des personnes, là, c’est évitable ! Les familles sont remontées et nous sommes main dans la main avec les syndicats, nous sommes dans la même galère.

    Que va-t-il se passer après l’audience du 7 janvier ?

    H.C. : Le redressement court jusqu’en juillet. En janvier, on verra les offres sur la table. Elles vont être soumises à l’agrément du conseil départemental. Même là, on ne peut pas choisir qui va reprendre ! Si tout était refusé, le bout du bout, c’est une liquidation. Mais nous avons 50 millions d’actifs, nous serions les morts les plus riches du cimetière ! Si le conseil départemental et sa présidente souhaitaient mettre 700 personnes au chômage du jour au lendemain, ils auraient affaire aux syndicats. En pleine campagne des municipales, ce serait maladroit.

  • La si belle rage de vivre de Sébastien Besatti, otage arlésien du Bataclan

    La si belle rage de vivre de Sébastien Besatti, otage arlésien du Bataclan

    « Qu’est-ce qui a fait, dans notre société, que le sens de la vie de certains soit de la prendre à d’autres ? Une question qu’il serait bon d’aborder avec des lycéens. Pour leur dire que si ça leur parait incroyable, c’est qu’il y a de bonnes raisons, car c’est totalement absurde. » Ce que Sébastien Besatti, Arlésien, otage lors des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan, assure vouloir raconter aux jeunes qui douteraient de la véracité de cette nuit d’horreur. Qu’est ce que je faisais là ?, titre-t-il son livre témoignage, en référence à la première phrase que lance son père après les attentats.

    à l’époque dans une passe difficile, fraîchement licencié de La Marseillaise à la suite d’un plan social – où il confesse avoir passé ses « sept plus belles années professionnelles » -, le « journaliste militant » de 34 ans est de passage à Paris pour un week-end chargé, qui fera définitivement basculer sa vie. Réfugié sur l’une des façades du Bataclan, quelques minutes après l’entrée des assaillants dans la salle de concert, Sébastien se fera le sauveur de Charlotte, femme enceinte elle aussi suspendue à une fenêtre, appelant à l’aide de peur de lâcher prise. Une scène filmée par un journaliste du Monde qui fera ensuite le tour de la planète.

    Rencontrer ses « potages »

    Une jeune femme avec qui le rescapé se lie ensuite d’amitié. « Dès que je l’ai revue, j’ai de nouveau éprouvé cette faim de vie que j’avais ressenti, ce soir-là. J’avais envie de donner la main à tout le monde comme je l’ai fait avec elle. Je débordais d’amour, de joie et d’espoir », s’émeut Sébastien.

    Mais cet heureux sauvetage ne sonne pas, pour le jeune homme, la fin de l’horreur. Alors qu’un assaillant vient d’être abattu par la Brigade anticriminalité au rez-de-chaussée, les deux djihadistes restant dans le Bataclan basculent dans la prise d’otage de 11 personnes, alors entassées dans un étroit couloir. Sept de ces onze destins, demeurés sous la menace des terroristes pendant 2 heures, resteront en contact. C’est ce que raconte la série Des vivants, en ce moment diffusée sur France TV et retraçant une partie de l’après pour Marie, Arnaud, Caroline, Grégory, Stéphane, David et Sébastien. « Les revoir a été la meilleure décision de ma vie. C’est une thérapie à très haute dose. Quand on se voit, on a une explosion de vie », s’enthousiasme Sébastien. Des rescapés désormais « potages » – contraction de « pote » et « otage » – qui se fréquentent toujours régulièrement, mais « pas assez », selon l’Arlésien.

    « La meilleure version

    de moi-même »

    Des amitiés qui auraient pu s’abîmer suite au témoignage de l’Arlésien au procès des attentats, ouvert en septembre 2021 et clôturé en mai 2022. à la barre, l’ex-otage abordera la potentielle responsabilité de l’état français dans les attaques, évoquant notamment les bombardements orchestrés par l’Hexagone en Syrie la même année. « Lorsque je me suis retrouvé dans la fosse, il m’est arrivé un sentiment étrange d’être la victime sacrificielle de mon pays. J’avais l’impression de subir les représailles qu’on voulait infliger à la France », explique Sébastien. Et c’est ce qu’aborde une partie de son livre. « J’avais la sensation que l’état ne parvenait pas à mesurer la conséquence ses actes. Car quand on fait la guerre, il faut s’attendre à des représailles. C’est l’enquête que j’ai menée en partie derrière mon ordinateur, et que je raconte dans mon livre », poursuit-il.

    Le 13 novembre 2015 a finalement été, pour Sébastien, « un mal pour bien » : « Ca m’a permis de démêler des traumas préexistants au Bataclan, ça m’a donné un incroyable élan de vie, pour devenir la meilleure version de moi-même. » Pour l’avenir, Sébastien espère continuer à incarner une mémoire, « dans les lycées peut-être ». « Pour prévenir les racines de la haine. Et inciter tout le monde à prendre ses armes pour défendre la paix ». Dans nos colonnes hier comme dans son livre aujourd’hui, il a choisi la plume.

  • Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Plusieurs études ont démontré la vulnérabilité économique et sociale des étudiants dans un contexte inflationniste et de diminution constante des aides financières de l’État. Une population au sein de laquelle les étudiants internationaux sont parmi les plus mal lotis. Pourtant, si le projet de loi de finances 2026 est voté en l’état, quelque 300 000 étudiants extracommunautaires non boursiers perdront leur droit à l’aide personnalisée au logement (APL) d’ici à la prochaine rentrée universitaire. Une perte évaluée entre 100 et 250 euros par mois.

    « Ce n’était pas suffisant de leur imposer des frais d’inscription jusqu’à 16 fois plus élevés que pour leurs homologues européens », dénonce le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), en référence au dispositif ironiquement intitulé « Bienvenue en France », mis en place en 2018. « Suite à des mobilisations partout en France, l’application de cette hausse des frais d’inscription avait été laissée au choix des universités. À Montpellier, suite à une lutte de longue haleine, le Scum avait obtenu que les deux universités n’appliquent pas ces frais d’inscription différenciés », rappelle le syndicat étudiant. « Il était aussi insuffisant pour le gouvernement d’attaquer les étudiantes et étudiants internationaux avec la « loi immigration  », en instaurant des statuts discriminatoires et des restrictions financières », dénonce-t-il.

    Alors que, « dans les années récentes », le nombre d’étudiants bénéficiaires des APL « est passé de 900 612 (34%) à 730 000 (25%) en 2024 », cette réforme constituerait « une nouvelle coupe brutale dans l’aide au logement étudiant », dénonce le Scum qui « alerte sur cette proposition raciste promouvant la préférence nationale  » et relaie une pétition* lancée par la Fondation pour le logement des défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre).

    « Cette exclusion des APL intervient alors que les étudiants étrangers sont déjà confrontés à une grande précarité. D’après l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), 62% ont eu recours à l’aide alimentaire ou en auraient eu besoin, contre 22% des étudiants français », dénonce la pétition. « Aujourd’hui, c’est un véritable parcours du combattant pour être admis à l’Université et obtenir un visa, précarité financière explosive, discriminations dans l’accès au logement ou à l’emploi, frais d’inscription exorbitants à payer depuis Bienvenue en France, difficultés pour les démarches administratives et en particulier pour les renouvellements de titres de séjour : désormais, leur accès à un logement digne, déjà difficile, sera rendu presque impossible ». Réunis dans un collectif national « APL en danger  », associations, syndicats (parmi lesquels le Scum), parlementaires, universitaires appellent donc le Parlement à rejeter ce funeste article 67 du projet de loi de finances.

    * « Non à la suppression des APL pour les étudiant·es étranger·es  !  » sur Change.org

  • Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Au fond d’un long couloir aux murs immaculés du Centre hospitalier universitaire de Montpellier se trouve un service qui fait, depuis plus de 45 ans, la fierté des soignants montpelliérains. Le centre anti-douleurs héraultais est en effet l’un des premiers de France et comble aujourd’hui des besoins qui s’étalent sur tous les départements limitrophes de l’Hérault et parfois même au-delà.

    Ici, le soin a laissé place à l’évaluation et au traitement d’une multitude de patients qui ont tous un point en commun : ils souffrent. Parfois sans savoir d’où proviennent ces douleurs, ils sont tous rongés par un mal qui a rendu leur quotidien infernal avec des conséquences sur tous les pans de leur vie.

    Pour leur venir en aide, ce centre s’appuie sur une approche holistique où les choix du patient sont réellement pris en compte. « Traiter la douleur c’est accompagner un projet thérapeutique qui se construit autour du patient. On sort d’une médecine paternaliste. Ici, on propose un traitement, on l’explique et le patient peut refuser. Le patient doit être acteur de son soin. C’est aussi une médecine intégrative, c’est-à-dire qu’elle intègre l’ensemble de la problématique du sujet et pas que le point douloureux. Nous avons souvent des patients pris en soin sur l’aspect technique auxquels on propose en même temps un accompagnement relevant du champ de la psychologique : méditation, sophrologie, hypnose, musicothérapie, etc. Mais c’est aussi une médecine très chronophage », explique Raphaël Gonon Demoulian, psychiatre et pharmacien de formation devenu chef de service du Centre depuis un an et demi.

    Pour accueillir les 70 patients par jour, l’équipe s’appuie sur tout un ensemble de médecins spécialistes, kinésithérapeutes, rhumatologues mais aussi sur une aide-soignante formée en réflexologie ou un ancien patient qui s’est formé à l’insertion professionnelle et qui propose de l’accompagnement social deux demi-journées par semaine.

    Une nouvelle écoute

    Pendant que le professeur Gonon Demoulian prend le temps de recevoir chaque premier patient pendant une heure et que deux autres médecins s’activent pour tenter de vider une salle d’attente toujours remplie, Magalie, infirmière, forme quatre patients à la Stimulation électrique transcutanée (TENS). Dans la salle, Jean, 75 ans, ne peut pas rester assis : « Je suis suivi ici depuis deux ans. Moi, j’ai mal partout parce que j’ai eu de graves accidents de ski et de voiture. Et j’ai mal tout le temps, du moment où je me lève jusqu’au coucher. Je sais que j’aurai mal toute ma vie mais l’objectif en venant ici c’est de baisser l’intensité de la douleur. »

    À ses côtés, Stéphanie, 64 ans, est aussi, depuis deux ans, une habituée du centre, où elle a trouvé une nouvelle écoute : « Quand je suis arrivée ici, j’étais très mal. J’ai mal tout le temps et j’ai des crises la nuit. J’ai vu beaucoup de médecins qui m’ont dit que c’était le stress. J’avais l’impression qu’on m’accusait. Alors qu’ici, on écoute votre douleur. Rien que ça, ça a été un soulagement. » Dans le groupe, une blouse blanche reste silencieuse et écoute les patients. Anesthésiste, Samir est venu d’Aurillac pour une semaine de stage dans le service pour comprendre l’ampleur de ces douleurs dans la vie des patients. Lui aussi regrette le manque de formation des médecins sur les douleurs chronique. « Il faudrait créer le module douleur pour les étudiants en médecine, pour connaître les conséquences de ces douleurs. Il faut vraiment sensibiliser les futurs médecins à la douleur chronique », confirme-t-il.

    Valérie, 58 ans, 1m85, n’a pas perdu son énergie malgré des douleurs qui l’empêchent aujourd’hui de travailler. « J’ai eu des problèmes de dos qui se sont diffusés mais je pensais que c’était inhérent à la vie jusqu’au jour où je n’ai pas pu sortir du lit. J’avais mal tous les jours et je ne me rendais pas compte de l’impact que ça avait sur la vie de tous les jours et sur ma capacité à gérer mon quotidien. Je ne voyais pas que ce n’était pas normal. J’ai donc été arrêtée de travailler et ça aussi c’est très dur pour quelqu’un qui est très actif comme moi. Je ne peux plus aller au cinéma ou jardiner. Il y a aussi la reconnaissance de cette douleur qui est difficile. Parfois, on préférerait avoir une maladie grave comme un cancer. »

    Face à l’afflux de patients dans ce service, la direction du CHU a prévu de déménager le Centre à l’été 2027 dans le bâtiment en construction de Balmès 2, déménagement qui s’accompagnera d’un recrutement de personnels.

  • Septèmes-les-Vallons : un devoir intergénérationnel pour relire notre histoire

    Septèmes-les-Vallons : un devoir intergénérationnel pour relire notre histoire

    L’occasion d’honorer la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre la nôtre. Mais « le travail de mémoire n’est pas simplement une célébration du passé », a souligné André Molino, le maire PCF de Septèmes lors de son allocution, « il nous offre la possibilité de relire et d’écrire notre histoire ». Et au regard de celle-ci, de conclure : « Il n’y a qu’un combat qui vaille, le combat pour la paix ! »