Category: societe

  • [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    Dans sa tente, installée dans un coin du Vallon de la Barasse, en bordure de Marseille, Abigaël Lordon est tétanisée. Des crissements de feuilles se font entendre autour d’elle. « Des bruits de pas, pour sûr ». Moyen de défense ? « Aucun », constate la jeune fille d’alors 30 ans, après un rapide état des lieux. « Mon frère a fait du Judo lui, mais moi, avec mes restes de danses et de gymnastique, je ne sais rien faire. » Hurler puis courir ? « Mauvaise stratégie », s’avise-t-elle. Puis elle rit : « Des sangliers. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de sangliers, et ça m’a beaucoup rassurée. »

    Cette nuit, c’est la première qu’Abigaël Lordon passe sur le GR2013, chemin de randonnée périurbain de 365km dans les Bouches-du-Rhône, en août 2014. Douze ans plus tard, elle s’apprête à sortir une bande dessinée sur cette aventure de presque un mois, qu’elle est l’une des seules à avoir accomplie d’une traite. Une révolution par les pieds – titre de son roman – qu’elle raconte, au crayon et à la plume, comme un éveil féministe.

    Raconter l’irracontable

    Dans la maison des Berthoins à Divajeu (Drôme), où vit désormais Abigaël, aux côtés de sa fille, son conjoint, et 7 autres colocataires, la table du salon accueille quelques-uns des innombrables croquis qui ont permis de composer sa bande dessinée. À l’origine de ce travail : un petit carnet de voyage, déjà recouvert de plans et d’illustrations, tous élaborés en 2014, au fil de son aventure sur le GR2013. Certains, plus ou moins modifiés, apparaissent dans son projet final, publié le 20 mars aux éditions Wild Project. « Je me suis rendue compte en revenant de cette expérience qu’elle était, en un certain sens, irracontable. L’idée d’en faire un objet que je pourrais potentiellement publier a progressivement émergé », retrace la jeune maman. Un objet qu’elle prendra donc plus de 10 ans à construire, parce qu’Abigaël « aime raconter une globalité à partir des détails ». Et sa BD l’illustre à la perfection. Plus de 130 pages entièrement confectionnées par ses soins, composées de milliers d’éléments méticuleusement imaginés, dessinés puis, un par un, scannés. Sur la table de son salon, les cinq brouillons (presque identiques) de sa page 96, qui raconte « l’épaisseur du paysage », sont un témoin de ce titanesque travail de fourmi.

    L’éveil féministe

    De ce voyage, Abigaël tire une grande conclusion : la prééminence des inégalités hommes-femmes dans l’espace public. « Mais c’est dangereux toute seule ! », « Mais vous n’avez pas peur toute seule ? », « Moi, je ne le ferais pas à votre place », voilà un échantillon des remarques faites à Abigaël à l’annonce de son projet, en partie répertoriées dans les premières pages de sa BD. « Je suis sidérée d’être à 99% considérée comme, au mieux, une originale et au pire une femme (nue) et/ou un enfant », écrit-elle. « Je crois que j’étais jusque-là un peu naïve. Et soudain la conscience de la vulnérabilité des femmes dans l’espace public m’est apparue. »

    Du temps
    pour comprendre

    Elle se souvient d’un épisode marquant, qu’elle raconte aussi dans son livre. « Il y a eu ces vieilles dames, installées près d’un cimetière, à qui j’avais demandé ma route, démarre-t-elle, agacée. Leur seule réponse a été de me dire que ce chemin était beaucoup trop dangereux, qu’il ne fallait pas y aller. Et alors quoi ? L’espace public ne nous appartient plus ? Le chemin disparaît de nos représentations et devient de plus en plus hostile, car déserté par les femmes… »

    Un éveil féministe qu’Abigaël poursuivra tout au long de sa rédaction, en partie au contact d’Edith Hallauer, son amie et éditrice. « Ce qui est très intéressant dans son travail, c’est qu’elle a mis beaucoup de temps à qualifier vraiment ce qu’il s’était passé, aussi parce qu’elle était encore elle-même en train de vivre une transformation », s’enthousiasme-t-elle. De ces échanges naîtront des réflexions de plus grande échelle sur les femmes et la marche, et sur la force d’indépendance qu’incarne cette pratique. Edith et Abigaël partageront leurs lectures et apprendront des récits de Lucie Azema, Annabel Abbs et Lauren Bastide, trois figures féministes intéressées par le rapport des femmes au voyage. À la question « Que diriez-vous aux gens pour les convaincre d’acheter votre BD ? » Abigaël prendra, comme elle aime à le faire, le temps de la réflexion. Sa réponse viendra une semaine plus tard, par e-mail : « Ils y trouveront un témoignage inspirant, de la beauté, de la curiosité, de la sincérité, de la liberté, sûrement des résonances avec eux-mêmes… une invitation au voyage intérieur. »

    Une révolution par les pieds

    Éditions Wild Project

    20 euros

    En librairie à partir
    du 20
     mars

  • Croustillant butternut, épinards et purée de chou-fleur au tahini

    Croustillant butternut, épinards et purée de chou-fleur au tahini

    Découvrez une recette à la fois simple et élaborée, proposée à la carte chez Tilt. Fraîcheur, saveurs et authenticité sont les maîtres mots de ce croustillant feta, pousses d’épinard et butternut accompagné de sa purée de chou-fleur au tahini, salade d’herbes fraîches et grenade.

    Des préparations goûteuses

    Pour commencer, épluchez la butternut, coupez-la en tranches fines et arrosez d’huile d’olive avec un peu de sel et du poivre. Faites cuire au four. En parallèle, mettez à chauffer dans une poêle vos pousses d’épinard tombées à l’huile d’olive, ajoutez les citrons confits, la menthe et la coriandre, ainsi que les épices zaatar. Une fois qu’ils sont cuits, égouttez bien les épinards et ajoutez la feta en brisures puis mélangez pour amalgamer le tout.

    Une purée fondante

    Une fois que ces premières préparations sont terminées, déposez, sur un papier cuisson, une feuille de brick que vous badigeonnez d’huile d’olive avec un pinceau. Puis une nouvelle par-dessus. Déposez au centre deux à trois tranches de courge butternut, par-dessus une belle cuillérée d’épinards à la feta et refermez avec les mains en commençant par le bas, les côtés. De nouveau un coup d’huile d’olive au pinceau sur la feuille de brick restante, pour permettre de coller le tout, et roulez enfin. Ajoutez un peu d’huile d’olive sur le croustillant roulé avant cuisson, pour lui donner de la brillance, et saupoudrez d’épices zaatar. Enfournez 15 minutes à 180°.

    Faites cuire le chou-fleur dans de l’eau avec du sel ou un bouillon cube. Une fois prêt, mixez avec de la crème fraîche et le tahini. Assaisonnez à votre convenance.

    Pour le dressage, déposez en fond d’assiette la purée, la salade et les herbes fraîches à votre convenance, puis le croustillant. Terminez avec de jolis grains de grenades frais.

    Bon appétit !

    Pour deux feuilletés, il vous faudra :

    – 4 feuilles de brick

    – 120g de courge butternut

    – 40g de feta

    – 200g de pousses d’épinard fraîches

    – 6g de coriandre et de menthe fraîches et ciselées

    – 0,50g d’épices zaatar

    – 4g de citrons confits

    – 1 chou-fleur

    – 50 cl de crème fraîche

    – 30g de tahini ou pâte de sésame

    – Sel, poivre et huile d’olive

  • Un mois entier dédié au 8 mars à Martigues

    Un mois entier dédié au 8 mars à Martigues

    On met l’accent sur les femmes invisibilisées qui ont apporté au pays », résume sobrement Gérard Frau, adjoint (PCF) de Martigues aux égalités, aux discriminations et aux droits des femmes, à propos du programme déployé par la Ville autour du 8 mars.

    Car une commune peut faire quelque chose, à sa hauteur, pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et en dehors. « On a développé un programme sur un mois avec de nombreux partenaires » illustre l’élu, qui rappelle aussi « la Commission extra-municipale de toutes les égalités, créé il y a 2 ans, et dans laquelle j’anime la partie discrimination femme-homme ». Tout comme « le dispositif Femmes en place pour renommer les espaces publics dans lesquels les femmes sont aussi invisibilisées », à l’image de la maison de Carro Anita-Conti, du nom de la pionnière de l’océanographie, ou de l’espace santé autonomie Madeleine-Riffaud, « une grande journaliste résistante », commente Gérard Frau.

    Un programme varié

    Le programme est dense avec par exemple la rencontre-débat avec des autrices de bandes dessinées organisée par le collectif féministe du PCF de Martigues à la salle Dufy de l’espace Simone Veil, ce samedi 7 mars de 15h30 à 20h, ou encore les ateliers sur l’égalité proposés mercredi 11 et 18 mars par le service jeunesse de la Ville à l’Espace infos jeunes du quai Toulmond. Les agents de la Ville auront aussi droit à pièce de théâtre de sensibilisation le 17 mars à 14h à l’hôtel de Ville. « À Martigues, on a vocation à lutter et créer des égalités », conclut Gérard Frau.

  • « Avec le Printemps marseillais, est née une volonté politique féministe »

    « Avec le Printemps marseillais, est née une volonté politique féministe »

    La Marseillaise : Défendre les droits des femmes relève d’une politique nationale. Qu’est-ce que cette délégation municipale a changé ?

    Nathalie Tessier : Les femmes représentent un peu plus d’un tiers de la population, il est normal que leur voix soit entendue, partout. Il a fallu une loi sur la parité pour qu’autant de femmes que d’hommes siègent au conseil municipal. Quand on ne l’impose pas cela ne se fait pas. Or, il y a des réponses concrètes à apporter aux problèmes que les femmes rencontrent sur le territoire, et une ville peut mettre en place une politique féministe. A commencer par rencontrer les associations, les écouter. Quand elles ont été reçues par le maire en 2020, c’était la première fois que la Ville de Marseille leur répondait. Il n’y avait aucune volonté politique de travailler autour de leur protection et de la lutte contre les violences faites aux femmes avant l’arrivée du Printemps Marseillais. Le budget consacré à ces associations est passé de 43 200 euros à 335 000 euros, c’est un sacré levier pour pouvoir travailler sérieusement à mettre des actions concrètes en place. L’amicale du nid pour l’hébergement, le relais parents enfants au Beaumettes, les luttes contre l’excision et le mariage forcé menée par Naky Savané, femmes solidaires… Tous ces projets féministes sauvent des vies, le soutien aux associations est un socle sur lequel doit s’appuyer une municipalité pour avancer dans tous les domaines, notamment à destination des plus précaires, des étrangères, qui sont les plus exposées aux coups, à la prostitution.

    Le dispositif Safer plages lancé en 2022 s’est rapidement étendu à l’ensemble du littoral marseillais. Le signe d’une nécessité d’agir dans l’espace public ?

    N.T. : C’est encore un dispositif de la ville porté par une association, Orane, en collaboration avec d’autres. des médiateurs ont été formés, des permanences installées, de la sensibilisation faite auprès des publics. Il y avait des agressions. Mais pas de réelle prise de conscience. Et les retours sont très positifs, les jeunes filles viennent directement au stand, parlent, dénoncent. La honte a changé de camp. Toute cette prévention est vitale pour l’avenir.

    Le violentomètre et l’observatoire des violences faites aux femmes donnent-ils une vision plus claire de la situation ?

    N.T. : Nous en avons déjà distribué 250 000. Il permet une discussion, c’est l’alpha et l’oméga pour s’apercevoir que les choses ne sont pas normales et mieux agir en conséquence. Il y a aussi le numéro 39.19 pour pouvoir joindre les associations et nous avons créé un annuaire marseillais des droits des femmes, qui réunit de la plus petite à la plus grande association, qui leur permet de se contacter pour se relayer, travailler ensemble. L’Observatoire est encore un des éléments que la ville a mis en œuvre, car il faut pouvoir quantifier, se poser la question à chaque fois de combien d’hommes, de femmes sont concernés par ces violences.

    Quels sillons souhaitez-vous encore creuser ?

    N.T. : J’ai plein d’idées encore, que seule une politique de gauche peut porter. Quelque chose me tient à cœur, c’est de créer, à l’image de la Cité audacieuse à Paris, une cité des femmes, un lieu où toutes les associations féministes seraient reçues, un espace de sororité, de rencontres qui leur permettrait de mieux travailler collectivement.

  • Trois jours de collecte pour les Restos du cœur

    Trois jours de collecte pour les Restos du cœur

    L’année dernière, dans l’Hérault, la récolte de dons annuelle organisée par les Restos du cœur avait permis de rassembler 150 tonnes de denrées alimentaires. Cette année, les 6, 7 et 8 mars, ils seront de nouveau environ 900 bénévoles par jour à participer à cette nouvelle édition, devant 84 supermarchés partenaires.

    « Nos bénévoles seront disponibles à l’entrée des supermarchés avec des caddies pour récupérer les dons, explique Anita Barone, présidente départementale des Restos du cœur de l’Hérault. La priorité est donnée aux denrées alimentaires. Ce dont nous avons le plus besoin, ce sont des conserves de légumes, de plats cuisinés ou de poissons, mais aussi de l’huile, du sucre, de la farine, des pâtes, du riz et du café. »

    La précarité explose

    « Ces récoltes annuelles sont absolument nécessaires, poursuit Anita Barone. Chaque année, de plus en plus de personnes se trouvent dans des situations précaires, que ce soit des familles monoparentales, des retraités, des travailleurs pauvres ou simplement des personnes qui n’ont plus les moyens de manger après avoir payé leur loyer. »

    L’année dernière les Restos du cœur ont distribué 161 millions de repas en France, et 3,5 millions dans l’Hérault. Cette année, ce ne sont pas moins de 4 millions de repas qui vont être distribués dans le département. « Le contexte économique et politique ne cesse de précariser de plus en plus de monde, notamment depuis le Covid, conclut Anita. Parmi les personnes accueillies dans l’Hérault, qui est l’un des départements les plus pauvres de France, il y a une grande part d’étudiants et 25% de familles monoparentales. »

    Inscriptions et renseignements : www.collecte.restosducoeur.org

  • [Grand entretien] « Les femmes prennent enfin leur place »

    [Grand entretien] « Les femmes prennent enfin leur place »

    La Marseillaise : De quoi parle votre spectacle « En rodage » ?

    Justine Le Pottier : C’est un spectacle qui est venu au fur et à mesure. J’ai commencé à faire des plateaux de quelques minutes en comedy club et un thème se dégageait, celui de raconter des anecdotes et mon parcours d’artiste. Comment j’ai commencé à être comédienne, les cours Florent, mon arrivée à Paris, mais aussi mes galères… jusqu’à la fin du spectacle, sur scène. C’est du stand-up, donc très autobiographique.

    Pourquoi avoir fait le choix
    de raconter votre vie
     ?

    J.L.P. : Je pense qu’il faudrait un psy pour répondre à cette question ! (rires). C’est venu assez naturellement parce que je voulais parler de quelque chose que je connais bien. Et comme mon métier me passionne, il y a beaucoup de choses à raconter.

    Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédienne ?

    J.L.P. : J’allais très souvent au cinéma avec ma mère et ça me faisait rêver, j’avais envie d’être dans les films. C’est un univers qui me fascinait et je crois que la meilleure manière d’être, moi aussi, dans les films, c’était tout naturellement de devenir actrice !

    Au-delà d’être actrice, vous avez de nombreuses casquettes. Théâtre, web-séries, séries télé… Comment arrivez-vous à passer d’une casquette à l’autre ?

    J.L.P. : ça reste le même métier, le même milieu, c’est de l’interprétation. Sauf le théâtre, c’est plus compliqué que les tournages, parce que les techniques pour faire porter sa voix, par exemple, sont différentes.

    Le stand-up fait aussi partie de votre vie puisque vous avez ouvert votre propre comedy club, à Paris, et que vous êtes sur scène. Comment est née cette envie ?

    J.L.P. : C’est un milieu qui m’intéressait bien avant que j’ouvre Le Cartel. Un jour, une copine du cours Florent m’a appelée en me disant qu’elle avait un restaurant dont elle ne voulait plus et m’a proposé que l’on ouvre un comedy club ensemble. Au départ, je ne voulais pas, mais en voyant le lieu, j’ai eu un coup de cœur et nous nous sommes lancées dans l’aventure. Aujourd’hui, nous en sommes très fières puisque nous avons à la fois des artistes émergents, mais aussi des humoristes confirmés comme Roman Frayssinet ou Camille Lellouche.

    Vous faites aussi des vidéos sur Instagram qui racontent la vie un peu chaotique d’une comédienne. Sont-elles également inspirées de votre vie ?

    J.L.P. : Totalement. D’ailleurs, ça rejoint un peu le thème général du spectacle et les anecdotes sont complètement réelles ! (rires)

    Dans le spectacle, il y a une question centrale : comment arrive-t-on à se faire une place dans ce milieu. Avez-vous aujourd’hui la réponse ?

    J.L.P. : Selon ma propre expérience, je pense qu’il ne faut pas attendre qu’on nous appelle. C’est assez paradoxal, parce que c’est quand même notre quotidien, attendre que le téléphone sonne et qu’on nous propose des rôles. Mais je pense que c’est important de faire ses propres trucs, d’oser, d’écrire son propre spectacle, faire ses vidéos et se lancer sans avoir peur, même si ce n’est pas facile. Je pense d’ailleurs que c’est commun à pas mal de domaines professionnels.

    Vous jouez le 8 mars à Marseille, une date symbolique, dans le cadre d’une semaine dédiée à l’humour féminin. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

    J.L.P. : Je suis très contente parce que pendant très longtemps, le stand-up n’a été réservé qu’aux hommes. Or maintenant, il y a une émergence des femmes dans ce milieu. Elles prennent enfin leur place et ça fonctionne. C’est une avancée exceptionnelle et je suis ravie que des gens payent pour aller voir ces femmes sur scène.

    Vous notez un progrès dans le milieu mais le stand-up reste-t-il misogyne ou patriarcal ?

    J.L.P. : L’égalité sur les plateaux est de plus en plus présente. Ce n’est pas parfait, mais il y a une évolution. D’ailleurs, je compare souvent ça à l’égalité salariale. Les mentalités et l’humour ont évolué grâce aux femmes avec des sujets intimes et trash sur la sexualité par exemple, dont notre mère à tous est Blanche Gardin, bien que ce ne soit pas mon créneau.

    Est-ce une nécessité pour vous de faire rire les gens dans cette période politique et sociale compliquée ?

    J.L.P. : Je crois oui ! ça me fait du bien à moi d’abord, assez égoïstement, mais ce qui est génial, c’est de pouvoir rire ensemble. Le stand-up, d’ailleurs, est propice à ça parce qu’il y a beaucoup d’échanges avec le public qui, lui, sait parfois être très drôle aussi. Donc arriver à ce niveau de connivence, c’est trop bien.

    Justement, quel regard portez-vous sur la situation politique en France à un mois des municipales ?

    J.L.P. : Ce n’est pas un sujet que j’aborde, je fais juste des blagues sur les gens de gauche versus les gens de droite, mais le climat est vraiment très inquiétant. Je ne suis pas une spécialiste, mais ce que je trouve bien avec l’humour, c’est qu’il fédère, peu importe son bord politique.

  • Ces leviers d’actions contre les violences faites aux femmes

    Ces leviers d’actions contre les violences faites aux femmes

    Autour de la table ronde, la directrice et une psychologue de Solidarités Femmes 13, un brigadier de police et la réalisatrice Alexandra Lamy sont venus échanger sur les leviers d’action contre les violences sexistes et sexuelles subies par les Femmes. La conférence « Ne détournons pas le regard » était organisée par la CEPAC de la Caisse d’Épargne. Devant un public majoritairement féminin, la présidente du directoire de l’entreprise Christine Fabresse rappelle : « En France, 230 000 femmes subissent ces violences, qu’elles soient physiques, psychologiques, financières… La Caisse d’Épargne s’engage avec force », en prévoyant notamment des actions de facilitation financière.

    L’accompagnement

    « Se reconnaître en victime », « poser les mots », « mettre à distance pour réduire les mécanismes de défense ». Les différents participants énumèrent les étapes du parcours de reconnaissance et de reconstruction que traverse les victimes. Un parcours « traité avec pertinence » par le film « Touchées » d’Alexandra Lamy qui résume : « On peut pas les sauver mais les accompagner ». Ces acteurs reconnaissent l’importance du suivi psychologique et de l’accompagnement pour réduire les facteurs de dépendance à son agresseur. Certaines mesures existent pour faire face aux contraintes économiques et matérielles, comme le « coffre-fort » digital pour garder les preuves, des places d’hébergement secret, ou encore le violentomètre mesurant la gravité et l’urgence d’agir, utilisé par la police , particulièrement au moment du dépôt de plainte. Des premiers leviers d’actions contre un système patriarcal enraciné.

  • « La santé des femmes n’est pas qu’une question de femmes »

    « La santé des femmes n’est pas qu’une question de femmes »

    Hélène Gaufichon, secrétaire générale, et Olympe Chabason, responsable solidarité et prévention, considèrent les inégalités entre les genres comme une question de santé publique. Après avoir réalisé une étude, elles ont pensé une campagne de prévention et de sensibilisation aux inégalités subies par les femmes dans le milieu de la santé, en raison d’une moindre connaissance de leurs corps par le système médical et d’une précarité qui touche davantage les femmes que les hommes en France.

    La Marseillaise : Quelle est la position de Solimut vis-à-vis des inégalités de genre dans l’accès à la santé ?

    Hélène Gaufichon : La philosophie de Solimut est d’être une mutuelle militante, engagée. La thématique de la santé des femmes est un fil rouge. Nous avons travaillé sur le sujet des violences faites aux femmes, la prévention des cancers, la santé gynécologique, la précarité menstruelle. Il faut user des plaidoyers pour avoir un vrai impact de progrès et d’émancipation. Nous avons acquis une certaine expertise que l’on souhaite enrichir, consolider, mais aussi, partager.

    Quels sont les constats sur les inégalités de genre dans l’accès
    à la santé en France ?

    Olympe Chabason : D’abord, il y a une méconnaissance du corps des femmes, liée au fait que la médecine a été développée par et pour des hommes. Par exemple, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes en France. On ignore qu’elles peuvent avoir des symptômes différents de ceux des hommes. Donc, il y a davantage d’hommes hospitalisés mais les femmes en meurent plus. Ensuite, on a tendance à laisser de côté les maladies féminines mais à sur-investir la question de la maternité. Une femme sur dix en âge de procréer a l’endométriose, mais il faut sept à dix ans pour un diagnostic. À côté, la majeure partie des contraceptifs sont féminins. Ça révèle la banalisation des maladies féminines et le surinvestissement de la question de la fertilité et de la maternité. Si elles reposent en grande partie sur les femmes au détriment parfois de leur santé physique et mentale, les avancées en la matière ont, dans le même temps, constitué un grand progrès (loi Veil, prise en charge de la PMA, etc.) Enfin, il y a le cercle vicieux de la précarité. En France, 4,9 millions de femmes vivent sous le seuil de pauvreté contre 4,3 millions d’hommes en 2022 (Insee). Les femmes sont en moyenne plus précaires que les hommes. Quand on a moins de ressources, la santé peut vite devenir une variable d’ajustement dans son quotidien. Donc on va être en moins bonne santé, on va peut-être devoir passer à temps partiel, on va perdre des revenus et être encore plus précaires. C’est un constat alarmant et grave mais ce n’est pas une fatalité, on peut y remédier en repensant le système de santé, en revoyant le lien médico-social pour rapprocher ces femmes des politiques de prévention, de dépistage et d’accès aux soins.

    H.G. : Rechercher l’égalité homme-femme ne signifie pas nier les différences biologiques, car il y en a. Or historiquement, dans la société patriarcale, les recherches se sont basées principalement sur la connaissance du corps de l’homme. Ce n’est pas complètement adapté à l’autre moitié de l’humanité. Il faut rééquilibrer les états de connaissances pour adapter au mieux les prises en charge, afin de lever ces inégalités en santé.

    Comment cette campagne
    a-t-elle été pensée ?

    H.G. : Elle est à la fois l’aboutissement d’une démarche de plusieurs années et en même temps le début d’une dynamique renforcée à destination de l’ensemble des femmes, et plus globalement encore de la société. Parce que la santé des femmes n’est pas qu’une question de femmes, c’est aussi une question d’hommes et de regards portés sur les femmes. C’est un sujet qui doit être pris en compte si on veut une société humaniste, féministe, antiraciste. Il n’y a pas de raison d’occulter ce que vivent et traversent les femmes, à savoir la moitié de la population.

    O.C. : Cette campagne a trois objectifs majeurs. Le premier, c’est de mettre la santé des femmes et les inégalités au cœur du débat public, car ce n’est pas un sujet dont on parle autant qu’il le mérite, alors que c’est une vraie urgence de santé publique et de justice sociale. Le deuxième objectif est de donner la parole aux femmes, de récolter leurs expériences et leurs préoccupations, pour améliorer leur santé et réduire les inégalités. Le troisième est de mettre en avant les solutions qu’on propose déjà. On a choisi comme slogan : « Les inégalités de genre en santé sont d’abord politiques » parce qu’on veut démontrer que les inégalités en santé ne sont pas une fatalité. C’est une construction liée à l’histoire, à des décisions scientifiques, politiques. Donc, on peut les corriger et les surmonter.

    Quelles sont les actions concrètes mises en place dans cette campagne ?

    O.C. : D’abord, on va alerter sur ces constats et on sera présents le 8 mars sur différentes manifestations publiques. Au-delà du relais de la campagne, on a préparé une enquête 100% anonyme, disponible en ligne. Elle vise à recueillir les histoires des femmes, à objectiver les inégalités, à récolter leurs propositions en vue d’avoir un bilan de tout ce qu’on aura appris à travers ces questionnaires. L’enquête pourra être remplie par toutes les femmes. On souhaite aussi proposer concrètement des solutions aux femmes en matière de santé, avec de la prévention santé, notamment sur les cancers féminins, les maladies cardiovasculaires. On veut proposer partout des solutions, dans une logique d’éducation populaire et d’émancipation. Au-delà de la campagne, les actions se poursuivent tout le reste de l’année car les femmes ont besoin de solutions toute l’année, toute la vie.

    H.G. : Si on veut que les messages soient entendus, ça le sera d’autant plus si on est plusieurs à dire la même chose. D’où l’intérêt des actions autour du 8 mars qui se font de façon coordonnée et dans un objectif de prise de conscience collective. On sait à quel point, parfois, ça peut être compliqué d’entendre certains discours. Ça peut être compliqué pour certains hommes de les entendre, des hommes qui ne se sentent pas malfaisants, mais qui ont du mal à percevoir à quel point la société est patriarcale et a mis sur le bord du chemin la moitié de sa population.

  • L’action syndicale pour lutter contre les inégalités des genres

    L’action syndicale pour lutter contre les inégalités des genres

    Fière d’être en intersyndicale pour rappeler l’importance de cette lutte pour les droits des Femmes et pour une société progressiste », lance la co-secrétaire de FSU 13 Virginie Akliouat. La CGT, la FSU et Solidaires du département des Bouches-du-Rhône appellent à la grève féministe de manière unitaire, ce dimanche. Et à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, les trois syndicats présentent leur mot d’ordre « Solidarité avec toutes les femmes du monde. Particulièrement avec les Palestiniennes, Kurdes, Soudanaises, Afghanes, Américaines… Souvent en première ligne des conflits actuels », soulignent-elles.

    Travail, Santé, Education…

    Les inégalités de genre s’immiscent à travers toutes les sphères : santé, éducation, famille, travail, retraites… Les inégalités des femmes au travail concernent l’écart de rémunération mais aussi la question des métiers de genres. « Salaires égaux pour des valeurs de travail égales », déclarent les syndicats, d’une voix unie. La renégociation des accords d’égalité professionnelle dans la fonction publique – avec 9,8% d’écart salarial – et la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale sont « des leviers pour lutter contre l’inégalité à condition que ce ne soit pas des vitrines sans contenu », avertissent les syndiquées.

    Alors que le gouvernement souhaite le réarmement démographique, les représentants du syndicat alertent : « A chaque recul du service public, ce sont les femmes qui encaissent : les conditions de travail dégradées, la charge mentale renforcée, l’accès au service public de santé et d’éducation de la petite enfance de plus en plus difficile », relèvent les syndicalistes. Dès l’école primaire, reflet de la société, les élèves sont confrontés aux inégalités des genres. Des inégalités, parfois invisibles, comme la répartition du temps de parole, l’espace d’occupation de la récréation ou les remarques vestimentaires.

    Menace de l’extrême droite

    « Nous avons la responsabilité de le combattre au quotidien dans la structure de l’école pour construire une vraie culture de l’égalité et faire cesser ces comportements sexistes », appuie Magali Hidalgo, CGT Education 13. L’émergence du « fémonationalisme » est décriée par les syndicats : « Il se prétend féministe, mais est dans une logique excluante. La plupart du temps, l’extrême droite est l’ennemi des droits des femmes. » D’ailleurs, au Parlement européen, l’extrême droite s’est opposée ou s’est abstenue de soutenir la gratuité des protections hygiéniques, l’IVG, l’accès à la contraception… Et de poursuivre : « Ces dernières années, les mobilisations du 8 mars prennent de l’ampleur. Femmes et hommes manifester leur égalité. C’est sur cette vision de la société que nous souhaitons construire un avenir. » Pour la mobilisation inter-syndicale prévue ce dimanche, la Magali Tardieux conclut : « On veut des droits. Pas une rose. »

    Rendez-vous dimanche à partir de 10h place du Général-de-Gaulle à Marseille pour un village organisé par le Collectif 13 Droits des femmes puis à partir de 11h avec les syndicats de vant le Medef sur cette même place.