Category: societe

  • Eric Pesty, imprimeur-éditeur

    Eric Pesty, imprimeur-éditeur

    Son destin s’est lentement tracé. Avant de devenir vers 30 ans un imprimeur « à l’ancienne », personnage auparavant incarné par des figures tutélaires comme l’instituteur Célestin Freinet ou bien l’éditeur Guy Lévis Mano, Eric Pesty est passé par une longue série d’apprentissages. Il esquive son Baccalauréat, choisit le métier de luthier, répare et fabrique à Mirecourt en Lorraine des violons et des archets. Son diplôme obtenu, il œuvre trois ans chez un aîné marseillais, Charles Leduc Hommel, avant de bifurquer vers des études littéraires, à la faveur d’un stage de magasinier-objecteur de conscience dans la bibliothèque de la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence. La linguiste Claire BlancheBenveniste, les commentaires de Montaigne par Jean Raymond Fanlo et André Tournon le passionnent. Il prend le risque de rédiger sa maîtrise et sa thèse à propos de l’œuvre de Claude Royet-Journoud ; ses livres lui sont révélés pendant les séminaires de Jean-Marie Gleize.

    L’amour de la musique ne le quitte pas, il abandonne la lutherie. L’exposition Poésure-Peintrie, les auteurs qui lisent et performent au CIPM de la Charité, l’établissement à Paris pour les éditions Ivrea d’un volume de Tacite ainsi qu’un voyage en Californie du côté de la « small-press » en compagnie d’Eric Giraud, l’emmènent ailleurs. Entre autres raisons parce qu’au Centre de Poésie de la Vieille Charité, Emmanuel Ponsart le recrute souvent à mi-temps, à la fois en tant que bibliothécaire et secrétaire de rédaction de la revue du CIPM, le Panier est son quartier. Sa machine, les plombs de ses lettres de casse et son stock d’ouvrages ont pour premier domicile la rue des Mauvestis. Une fois qu’on a gravi les rudes escaliers de la place Sadi Carnot, on croise à présent Eric sur la pente de la rue des Belles Ecuelles.

    Songer à la lime
    de Montesquieu

    Il se veut à la fois « lisible et invisible ». Ses amis de l’édition indépendante estiment qu’il est un ultime survivant, « presque une aberration ». Les tirages en offset ne lui sont pas inconnus : il les a pratiqués en 2005, lorsqu’il a débuté. Trois ans plus tard, au terme d’une mue effectuée à Corbières près de Manosque en compagnie du typographe Pierre Mréjen-Harpo, il est devenu un imprimeur comme il n’en n’existe presque plus: à la fois joyeux, silencieux, antique et moderne.

    Sa saisie, lettre après lettre, de l’espace d’une page est un hommage à Mallarmé ainsi qu’à la modernité franco-américaine des poètes des années 1970-1990 comme Daive et Hocquard. Avec une assiduité et une intensité peu communes, six jours par semaine, le matin dès 9 heures et le soir jusqu’à 19 heures, Eric Pesty réalise la plupart de ses livres de manière frontale, avec des pratiques et des encres qui induisent un tact singulier. Pour éditer, il faut savoir lire: une page de poème peut approcher la densité d’un arbre ou bien d’un caillou dans un paysage.

    Ce moine sans religion n’est pas un solitaire, les parfaites habitudes de son corps et de son esprit font de lui un athlète de l’artisanat. Parmi les amis qui l’accompagnent figurent en premier plan la philosophe Michèle Cohen-Halimi et Jean Daive qui lui a confié pendant 12 ans, un lieu de montage et d’affinement, les 27 cahiers d’une revue inframince qui porte un titre difficilement prononçable : « KOSHKONONG » est un lac du Wisconsin où vivait la poète Loraine Niedecker.

    Chacun de ses livres mériterait une précise description. À côté de la rigueur des anciens de la « poésie blanche », prennent relief et s’ancrent les avancées de plus jeunes écrivains, Luc Benazet, Nicolas Bouissy et Kaïl Vezza, des femmes comme Dorothée Volut et Pauline Von Aesch. Des relations très fortes avec la Scandinavie ont engendré des traductions ainsi qu’en 2025 un festival franco-suédois. Le plus beau et le plus conséquent des livres d’Eric Pesty serait sa très fidèle réédition de L’Arbre le temps de Roger Giroux. En face de la centaine de livres de ses éditions, on pourrait éprouver à quoi fait référence Jean Daive à propos de l’outil que préférait Montesquieu : « une lime sourde qui parvient lentement à sa fin ».

    Qui le suivra ? Sur son chemin de crête, la cohérence de ce résistant est rarement flexible. Les aides publiques sont devenues aléatoires, Rachida Dati ampute de 25% le budget

    Livre de son Ministère. À juste titre un groupe d’amis s’inquiète grandement, développe pour son entreprise un financement participatif mensuel plus que nécessaire. On aime l’humour et la ferveur de ses vœux de 2026 : « Fabriquer dans l’ombre, en silence, imperceptiblement d’autres règles, traquer les poncifs, les pompiers ou l’art à la mode, improviser ! »

  • Chasse aux voitures-ventouses au Charrel

    Chasse aux voitures-ventouses au Charrel

    S’il y a une égratignure à ma voiture, je fais le oaï », rugit un homme. Il est un peu plus de 10h, jeudi, sur un parking de la résidence du Charrel, et l’équipe chargée d’enlever la Peugeot de couleur sombre, qui ne compte que trois roues, l’autre étant déboîtée, fixe des câbles à la voiture-ventouse. L’énervement du propriétaire du véhicule va crescendo. « Il est où le PV ?… », gueule-t-il. Alors que le ton monte, il est maîtrisé par les policiers, puis embarqué, menottes aux mains. Remplie jusqu’à la gueule d’objets, la Peugeot « était là depuis un an », selon un habitant. « Le mec en avait fait sa cave », commente Vincent Rusconi, l’adjoint à la sécurité. Il y a peu, relate le maire (LR) Gérard Gazay, présent pour le coup d’envoi de l’opération, « lorsque nous sommes venus avec la préfète à l’égalité des chances faire un tour au Charrel, ce problème nous a été remonté comme étant la première préoccupation des gens. Les gens sont inquiets car, à cause des voitures-ventouses, les véhicules se garent en double, voire triple file, et s’il y avait un incendie, les sapeurs-pompiers ne pourraient pas intervenir… ».

    400 euros par voiture

    Dans ce quartier de plus de 2 000 habitants touché par la précarité, Erilia « a identifié 60 voitures non roulantes, et 40 roulantes. Car nous avons appris qu’il y avait ici des négociants en véhicules qui se servent du parking de la résidence pour les stocker… La semaine dernière, après que nous ayons averti de l’opération, une dizaine d’entre eux ont été spontanément enlevés », éclaire l’adjoint à la sécurité. Parce que, au Charrel, « on est sur une voie privée ouverte à la circulation publique, on est sur le domaine d’action du maire, et donc la Ville peut intervenir ». Ce qui n’est pas le cas de la résidence des Arpèges à Aubagne, où une quarantaine de véhicules à demeure empêchent les résidents de se garer. « Aux Arpèges, nous sommes sur le domaine de la police nationale. Elle est prête à faire l’opération, mais il faut que quelqu’un règle l’addition », intervient le maire. « Faire retirer une voiture coûte 400 euros. Pour faire cela ici au Charrel, chacun paie un tiers, le bailleur, la Ville, et l’État », précise l’élu. Une trentaine de ces véhicules vont être enlevés d’ici un mois.

    Parmi les voitures-ventouses non roulantes, « il y a celles, en partie volées, qui font l’objet de trafic de pièces détachées, et quand on a pris tout ce qu’on voulait, on lui met le feu », détaille Vincent Rusconi. Autre cas de figure, « acheter une voiture pas cher, mais lorsqu’elle tombe en panne, le propriétaire n’a pas les moyens de la faire réparer, et il s’en sert de remise ».

    Croisé dans le quartier, un trentenaire lance : « Il y a le maire qui se fait remarquer pour dire qu’il a enlevé les épaves… ». Une résidente de 56 ans réagit : « Ces voitures, c’est un vrai problème. Pas loin, il y a une Golf noire remplie de poubelles, près d’un immeuble. Si jamais elle prenait feu, c’est ça qui fait peur… ». La Golf a le pare-brise défoncé. Sur le capot et les portières, une main a gravé : « Brûlez-moi »

  • En soutien au peuple kurde du Rojava

    En soutien au peuple kurde du Rojava

    Nous sommes tous Rojava ! » De la Canebière jusqu’au cours Lieutaud, les drapeaux du Kurdistan syrien flottent ce jeudi après-midi dans le centre-ville de Marseille. C’est dans ce territoire du nord-est de la Syrie, que les forces armées kurdes ont vaincu l’État islamique, à l’époque soutenues par la coalition internationale antijihadiste menée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, pour ne citer qu’eux. Dix ans plus tard, le nouveau pouvoir syrien, dirigé par Ahmed al-Charaa, ancien combattant d’Al Qaïda et de Daech, attaque ces mêmes Kurdes, tentant de reprendre la main sur ce territoire avec l’aide d’Ankara. Dans le silence assourdissant des puissances occidentales.

    « Nous n’avons pas seulement défendu la Syrie contre le terrorisme mais le monde entier, et là, le peuple syrien nous tourne le dos. Comme en 1923, le peuple turc l’a fait », tempête Rosrin, rappelant que des milliers de jihadistes sont toujours retenus en Syrie dans les prisons contrôlées par les Kurdes. « Si les jihadistes prennent le dessus, ils pourront revenir en France et en Europe commettre des attentats à nouveau », signale-t-elle. Autour de la jeune femme, quelque 2 500 personnes – selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône – sont venues apporter leur soutien au Rojava, tandis que des individus ont tenté d’entacher ce rassemblement (lire ci-contre).

    Une manifestation massive qui témoigne de la gravité de la situation. « Ça fait 15 ans que notre peuple combat Daech, on a perdu des milliers et des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, tous assassinés. On ne peut pas en plus perdre notre territoire après ça ! », fulmine Firat, kurde originaire de Turquie. « On est le peuple le plus nombreux du monde à être apatride encore aujourd’hui », tient-il à souligner.

    « Nous ne lâchons pas

    les Kurdes »

    L’appel lancé par le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) a trouvé un écho dans tout le pays. Des rassemblements sont ainsi prévus dans les prochains jours dans des dizaines de villes, comme Paris, Toulouse, Montpellier, Nantes, Strasbourg et Vichy. Face à cette colère qui se propage, à un sentiment d’abandon que la communauté kurde déplore, Paris est sommé de réagir.

    « Nous ne lâchons pas les Kurdes, nous savons ce que nous leur devons », a déclaré Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse ce jeudi, sans pourtant s’exprimer sur des actions concrètes. « Il faut continuer à dénoncer la lâcheté des puissances occidentales qui nous ont vendues une fois de plus, nous continuerons à nous battre », jure Salih Azad, responsable du Centre démocratique kurde de Marseille (CDK-M).

    Témoignages recueillis par Lisa Marchand, Thibaut Carceller et Laureen Piddiu

    Joël Dutto. Secrétaire de la section PCF Marseille 15e

    « Il est important d’être aux côtés du peuple kurde qui a perdu tant d’hommes, de femmes et d’enfants dans les combats contre Daech. Les Kurdes risquent d’être rayés de la carte du Moyen-Orient car le type de société qu’ils promeuvent est insupportable pour les monarchies pétrolières qui les entourent. »

    Barine. Kurde de Syrie

    « Notre message au monde entier, c’est que nous voulons la paix et nous souhaitons que notre voix soit entendue par l’Union européenne. J’ai de la famille en Syrie et j’ai pu parler avec des combattantes. Elles sont actuellement bloquées près de la prison de Hasakah, en Syrie. Cette situation est préoccupante et peut devenir dangereuse. »

    Akram. Kurde de Turquie

    « Il y a une résistance au Rojava [nord-est de la Syrie Ndlr]. Le peuple Kurde a gagné ses droits et, aujourd’hui, ils sont réprimés par les jihadistes et par al-Charaa. Ils sont en train de perdre tous les droits qu’ils ont gagnés. Si j’ai fait le déplacement ici, à Marseille, c’est pour apporter mon soutien au peuple kurde qui résiste. »

    Nathalie Tessier. Conseillère municipale PCF de Marseille

    « À chaque fois que je viens dans les manifestations pour le peuple kurde, je suis saisie par la présence des femmes. Au Rojava, les femmes ont le rôle qu’elles ont décidé d’avoir en étant les égales des hommes. Et ça, c’est un sacré signe pour l’Histoire. »

    Zrng. Kurde originaire d’Iran

    « Les Kurdes sont le plus grand peuple sans territoire qui s’est battu contre les plus grands terroristes du monde. Nous nous sentons trahis, ces mêmes terroristes sont aujourd’hui au pouvoir à cause de l’Europe, ce n’est pas normal. Nous sommes unis, dans la rue et nous n’avons pas peur. »

    Cathy Aubron. Collectif solidarité Kurdistan

    « Je suis venue défendre le projet démocratique porté par les Kurdes, qui accorde une place importante à la paix et au féminisme. Tant que le Parti des travailleurs kurdes sera considéré comme une organisation terroriste, les Kurdes ne pourront être défendus comme ils devraient. »

    Josiane Durrieu. Chargée des questions internationales au PCF 13

    « Si on ne fait rien, Ahmed Al-Charaa va installer un régime islamiste, ils ont déjà libéré des prisonniers jihadistes. Les islamistes ne supportent pas le régime kurde du Rojava parce qu’il est laïc, démocratique, et féministe, tout le contraire des jihadistes. »

  • Simplification du droit de l’urbanisme

    Simplification du droit de l’urbanisme

    Chaque semaine, retrouvez « Robes noires », une chronique dédiée au monde de la justice, proposée par des avocats du SAF, issus des barreaux d’Aix-en-Provence, de Marseille et de Montpellier.

    La proposition de loi de simplification du droit de l’urbanisme a été présentée par des députés en avril 2025 car ils estimaient que le droit de l’urbanisme est « souvent perçu comme excessivement complexe et pénalisant l’émergence des projets ».

    Leur proposition a été débattue à l’Assemblée nationale en mai 2025 puis au Sénat en juin 2025. Elle a finalement été adoptée en commission mixte paritaire par le Sénat le 9 juillet 2025 et par l’Assemblée nationale le 15 octobre 2025.

    Le 21 octobre 2025, les présidentes du groupe parlementaire Écologiste et Social et de la France Insoumise ont déféré la loi au Conseil Constitutionnel, conformément à l’article 61 alinéa 2 de la Constitution qui permet cette saisine a priori de la promulgation de la loi par plus de 60 députés ou sénateurs.

    Le Conseil constitutionnel a examiné la conformité de plusieurs dispositions au droit à un recours juridictionnel effectif garanti par l’article 16 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (DDHC).

    La décision a été rendue le 20 novembre 2025.

    Le Conseil Constitutionnel a censuré la disposition qui prévoyait de restreindre aux seules personnes ayant participé à la consultation du public le droit de recours contre une délibération approuvant un schéma de cohérence territoriale (SCoT : document prévoyant des orientations d’aménagement à l’échelle d’un bassin de vie) ou un plan local d’urbanisme (PLU : document fixant les règles d’aménagement et d’occupation des sols à l’échelle d’une commune ou d’une intercommunalité).

    Il a validé :

    • la réduction du délai de recours gracieux contre une autorisation d’urbanisme (permis de construire, non-opposition à déclaration préalable) à 1 mois et le fait que ce recours gracieux ne proroge plus le délai de recours contentieux (art L600-12-2 C. urba applicable aux recours formés contre les décisions intervenues après le 28 novembre 2025). Donc, pour contester un permis de construire délivré après cette date, il ne sert plus à rien de faire un recours gracieux ;

    • la suppression de la possibilité d’invoquer l’illégalité de certains documents d’urbanisme (ex : PLU/ SCoT) pour vice de forme ou de procédure par voie d’exception, c’est-à-dire non pas à l’occasion d’un recours direct formé dans le délai de recours, mais à l’occasion d’un recours ultérieur contre une décision d’application de ce document (ex : permis de construire) ;

    • l’impossibilité qu’un permis de construire modificatif soit refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d’urbanisme intervenues après la délivrance du permis initial.

    La loi a été promulguée le 26 novembre 2025 et est entrée en vigueur le 28 novembre 2025, le lendemain de sa publication au Journal Officiel.

    Une question ? Besoin d’un conseil ? Contactez nos chroniqueurs par mail

    avocats@lamarseillaise.fr

  • « On ne peut pas penser le monde si on ne lit pas de science-fiction »

    « On ne peut pas penser le monde si on ne lit pas de science-fiction »

    La Marseillaise : À brûle-pourpoint, que souhaitez-vous
    à vos lecteurs et aux nôtres pour 2026
     ?

    Marion Mazauric : De la paix, partout dans le monde… Un climat de paix, c’est ce que tout le monde veut.

    Nous venons de perdre Pierre Bordage, qui était un grand auteur de science-fiction du catalogue. C’était un homme extraordinaire, plein de bienveillance, dont tous les livres appelaient à se libérer de la domination, religieuse ou de pouvoir. C’était quelqu’un qui plaidait pour une humanité réconciliée avec elle-même. C’était un résistant dans un monde soumis au racisme, à la haine et à l’injustice, donc je pense à lui. J’émets des vœux de bienveillance, de justice, et de respect d’autrui.

    Il y a 25 ans, vous avez créé votre maison d’édition sur ce morceau de territoire gardois cerné par l’extrême droite. Le climat politique de ces derniers mois est de plus en plus tendu. Vous qui êtes issue d’une famille communiste, est-ce que vous êtes inquiète ?

    M.M. : Ce qui explique l’extrême droite, c’est plus de misère, d’humiliation et un avenir qui se noircit tous les jours. De grandes exploitations financières rachètent les terres, les transforment et massacrent les paysages ; on n’a plus de médecins traitants, pas de lycée, peu de culture… Et pendant ce temps, 1% des plus riches captent plus de la moitié des richesses mondiales. C’est une poudrière ! Dans les territoires les plus pauvres, les gens en ont ras le bol, et ils sont prêts à aller vers des analyses simplistes. La colère crée la violence.

    J’ai choisi un territoire qui n’est pas Paris, qui n’est pas une zone privilégiée, et j’aime ce territoire. On n’est pas dans un pays de fascistes, on est dans un pays de pauvres qui voient que tout ce qu’ils aiment est en train de disparaître…

    Les choix éditoriaux sont des choix politiques. On vous décrit souvent comme une éditrice indépendante et engagée. Est-ce que cela vous convient ?

    M.M. : En fait c’est un pléonasme. Être éditeur indépendant, c’est un travail militant à temps plein. C’est une vie, comme curé ou médecin ; ça ne s’arrête jamais. Après, Au Diable, on a des valeurs engagées contre l’obscurantisme qui menace. On fait des livres pour que chacun puisse penser et imaginer avec son libre arbitre. On est forcément des résistants, engagés contre un monde qui tend vers le contraire. Le trumpisme est un vrai fascisme. Le président américain interdit certains livres dans les bibliothèques ! C’est le modèle terminal…

    L’empire vorace d’une poignée d’oligarques, dont Vincent Bolloré, a marqué le secteur de l’édition ces dernières années. Quel regard portez-vous sur ces évolutions ?

    M.M. : En fait, les éditeurs indépendants sont indépendants du capital industriel. Vincent Bolloré et les autres sont les éditeurs du capital. On a publié assez de science-fiction pour savoir où en est Vincent Bolloré… Pour lui, un seul livre transforme les citoyens en consommateurs et en victimes consentantes. Cela vaut aussi pour ses chaînes et ses médias, qui réalisent un travail idéologique de préparation à la pensée unique et à la domination.

    Vous dites souvent combien les politiques devraient s’intéresser aux romans de science-fiction. Ont-ils déjà tout dit ?

    M.M. : On ne peut pas penser le monde d’aujourd’hui si on ne lit pas de science-fiction. C’est la littérature qui en parle le mieux et qui a anticipé ce glissement vers la dictature du plus fort. Je pense que la science-fiction des années 80 a tout écrit, y compris la dictature la plus totale à la Trump. Norman Spinrad, Octavia Butler, la Planète des singes… Beaucoup de films et de romans ont montré ce vers quoi on était en train de se diriger. Et Donald Trump le réalise de manière très claire…

    Que vous les ayez édités ou pas, quels sont les trois ouvrages que vous conseilleriez aux lecteurs pour s’armer ou pour s’évader dans les mois à venir ?

    M.M. : D’abord Octavia Butler, qui est une très grande écrivaine afro-américaine. Elle a écrit La Parabole du semeur (1993), qui est un chef-d’œuvre, mais aussi la première dystopie à avoir montré l’effondrement de l’Amérique sous la houlette d’un copain de Donald Trump, qu’elle cite d’ailleurs dans son livre. C’est un grand livre d’espoir et de résistance.

    En fantasy, je parlerai aussi de Patrick Dewdney, qui a écrit Le cycle de Syffe (2018). C’est un roman de formation extraordinaire, dans un monde en chaos. Il est purement magnifique, avec des vertus cathartiques et de résistance.

    Pour s’évader et bien comprendre le monde, je propose aussi Thomas Gunzig, que l’on publie depuis le premier jour. C’est un grand écrivain belge, drôle, avec un esprit satirique sur le monde contemporain, et en même temps il produit de vrais romans d’alarme dans une langue magnifique.

    Et puis je rajoute quand même Pierre Bordage, parce qu’il faut lire toute son œuvre. Ses romans d’aventures vous emmènent partout. Ça vous rend heureux, et c’est addictif…

  • [Entretien] « Un apport précieux au débat démocratique »

    [Entretien] « Un apport précieux au débat démocratique »

    La Marseillaise : En quoi l’arrivée de « La Marseillaise » dans les Hautes-Alpes constituerait une bonne nouvelle pour vous ?

    Sophie Delfino : Ce serait une très bonne chose. Dans le 05, il n’y a qu’un seul journal. Avec tout le respect que j’ai pour ce journal d’ailleurs, il me semble évident que la pluralité de la presse favorise la démocratie. Cela diversifie les points de vue, les approches. Avec les municipales qui arrivent, la présence de La Marseillaise permettrait un apport précieux au débat démocratique.

    « La Marseillaise » est issue de la Résistance, vous reconnaissez-vous dans son histoire et sa démarche actuelle ?

    S.D. : Oui, il y a besoin de donner de l’écho à toutes les démarches progressistes. Dans notre département l’extrême droite prend de l’ampleur de façon inquiétante. La Marseillaise, avec les valeurs qu’elle porte, permet d’opposer publiquement une parole de progrès aux idées de régression.

    Dans un monde déchiré par les conflits, notre journal contribue-t-il, à vos yeux, à la bataille pour la paix ?

    S.D. : Oui, actuellement, et je l’espère à l’avenir dans les Hautes-Alpes. Le Parti communiste est depuis longtemps dans une démarche de défense de la paix. Nous avons besoin, ici, d’espaces pour exposer ce point de vue que je crois salutaire au regard de l’instabilité croissante du monde. De même, dans ce département, nos amis du Mouvement de la paix sont actifs mais rencontrent peu d’écho médiatique alors même qu’il y a plus que jamais besoin de visibilité pour ces combats-là.

    Quels enjeux spécifiques aux Hautes-Alpes vous semblent importants à prendre en compte pour un traitement utile de l’actualité ?

    S.D. : Il y a le thème des saisonniers qui est insuffisamment traité de mon point de vue, il est à la jonction de l’emploi, du logement et du tourisme. Ce serait intéressant d’avoir un point de vue différent sur le sujet, d’aller chercher la parole des saisonniers eux-mêmes, de recueillir le témoignage de celles et ceux qui, dans le 05, sont dans l’incapacité de se loger sur place. Ces sujets-là me paraissent vraiment prégnants et je sais que La Marseillaise les traite de bonne manière dans d’autres territoires.

    Les Jeux olympiques vont structurer l’actualité jusqu’en 2030, quelle est votre perception de ce sujet ?

    S.D. : C’est un sujet extrêmement clivant. Souvent c’est tout pour ou tout contre. Nous on défend une position autre : pour des JO populaires, à la portée de tous, qui favorisent le sport scolaire. C’est très important pour nous de faire cheminer cette approche qui prend en compte les intérêts du monde du travail. Nous avions pu mettre en lumière ces aspects de la préparation des JO à l’occasion de la venue de Bernard Thibault, à l’invitation de la CGT à Gap. Mais c’est insuffisant. Si La Marseillaise réussissait son pari de venir dans les Alpes, elle serait un atout certain pour mettre au cœur de l’actualité cette préoccupation.

  • [Nuit de la solidarité] Mille volontaires à la rencontre des sans-abri à Marseille

    [Nuit de la solidarité] Mille volontaires à la rencontre des sans-abri à Marseille

    Il est 19h et Kahina, Clara et Kady, ont récupéré le plan du secteur qu’elles devront arpenter, les questionnaires à soumettre aux personnes dans la rue et les tickets de transports à distribuer. Sous la pluie, le petit groupe part en mission.

    Un peu plus tôt, réunies avec une centaine d’autres volontaires à la mairie des 2-3, elles ont bénéficié des conseils de la petite formation. Attentive aux recommandations, Aya, 27 ans, est venue accompagnée de sa petite chienne, Alfie. « C’est ma première participation, ça fait un moment que j’avais envie de m’engager dans des maraudes et c’est l’occasion de commencer dans un cadre rassurant, accompagnée par une personne expérimentée. Et je suis convaincue que cibler les attentes des gens dans le besoin est la bonne démarche », annonce la jeune femme alors qu’une main amicale vient caresser la tête d’Alfie. Le maire qui ne cache pas son affection pour l’espèce canine, est venu témoigner sa reconnaissance à l’ensemble des participants.

    Le « scandale » des enfants à la rue

    « Grâce à vous, nous affinons nos politiques de solidarité, a remercié Benoît Payan , le maire (DVG) de Marseille, ce sont des actes, pas un slogan. » Rappelant l’ouverture en juin dernier de la Grande maison dédiée à l’hébergement d’urgence des femmes avec enfants, il annonçait : « Nous allons inaugurer dans une dizaine de jours des douches municipales de belle qualité. »

    L’édile place la solidarité au cœur des préoccupations municipales « car si on parle beaucoup de sécurité », a-t-il souligné, « protéger les Marseillais c’est protéger les plus vulnérables ». Retraités, mères isolées, travailleurs pauvres, les visages des sans-abri sont divers. « Face au manque criant de prise en charge sociale, ce n’est pas notre compétence, nous choisissons d’agir. L’État a fait un effort, ce n’est pas le cas du Département », a-t-il ajouté. Dans la rue, on trouve aussi des enfants. « Un scandale ! a vivement réagi le maire, des associations apolitisées dénoncent la maltraitance institutionnelle… et le Département détourne le regard ! »

  • Une journée à la découverte de l’IUT et l’Université de Toulon

    Une journée à la découverte de l’IUT et l’Université de Toulon

    Que faire après le Bac ? Les questions concernant l’orientation pèsent lourd dans les préoccupations des lycéens tant il va être déterminant pour eux. C’est pour tenter de les aider à y voir un peu plus clair que l’Université de Toulon organise une journée portes ouvertes sur tous ses sites, La Garde, Toulon et Draguignan, le samedi 31 janvier.

    Avec la mobilisation de tous ses services pour apporter les informations nécessaires concernant les formations et les aider les futurs étudiants à préparer au mieux leur avenir professionnel. Tout aussi important les renseignements sur les possibilités de logements, de bourses ou les offres de transport disponibles pour assurer quotidiennement leurs déplacements seront également disponibles sur les campus. On sait comme cela peut influer sur leurs décisions. Tout comme la possibilité de pouvoir exercer dans sa vie étudiante des pratiques sportives, culturelles ou associatives.

    Préparer son avenir

    Une journée enfin pour maîtriser les modalités de candidatures et d’inscription. Bref, pour rassurer et dissiper quelque peu le brouillard épais auquel font face certains jeunes, souvent les plus éloignés familialement de cet univers. À l’heure des choix à effectuer via la toujours très décriée plateforme Parcoursup. Afin que la visite soit le plus profitable, l’Université de Toulon conseille de préparer sa visite en visionnant sur le site internet dédié* contenant le programme complet de la journée ainsi que des vidéos sur les filières et les infrastructures. Mais aussi plus largement toutes les offres de formation sur le portail www.univ-tln.fr.

    *https://jpo.univ-tln.fr l

    Retrouvez le programme complet de la Journée Portes Ouvertes par campus. Préparez votre visite

  • Des personnels toujours engagés pour une ville plus solidaire et plus humaine

    Des personnels toujours engagés pour une ville plus solidaire et plus humaine

    Vous œuvrez chaque jour auprès des plus vulnérables, des plus fragiles, des plus isolés. Vous accueillez, vous écoutez, vous accompagnez, vous tendez la main. Vous soutenez parfois, sans bruit, sans reconnaissance immédiate, mais toujours avec humanité », a commencé la directrice générale Virginie Cauquil, devant les personnels du Centre communal d’action sociale de Toulon qui ont répondu en nombre à l’invitation.

    « Je sais pouvoir compter sur vous toutes et vous tous qui donnez votre cœur et votre énergie à servir la cause du CCAS », les a remerciés à son tour la vice-présidente, le docteur dominique Andreotti, en leur souhaitant tout le bonheur possible. Et d’ajouter : « Le CCAS continuera, j’en suis sûre, à porter haut les valeurs qui sont inscrites dans notre hall d’entrée, de professionnalisme, d’humanité, de solidarité, pour être toujours présent auprès des personnes les plus fragiles, les plus isolées et les plus âgées. »

    La parole a ensuite été donnée à la maire de Toulon Josée Massi (SE) qui assure également la présidence de cet établissement public : « Il est essentiel pour moi de venir régulièrement à votre rencontre, d’échanger avec vous, de vous écouter. Car je m’enrichis de votre expérience, de votre regard, de votre sens du terrain », explique-t-elle. Et de poursuivre : « C’est grâce à vous que Toulon devient chaque jour une ville plus solidaire, plus inclusive, plus humaine. »

    Au service des plus fragiles

    L’occasion aussi d’expliquer que ces vœux interviennent dans un temps particulier qui bouscule la tradition. Pas question en effet en cette période pré-électorale de dresser le bilan de l’année écoulée ou d’évoquer les projets à venir. « Alors, c’est peut-être un mal pour un bien : cela va me permettre de concentrer mon propos sur l’essentiel, à savoir les remerciements que je souhaite vous adresser », ajoute-t-elle. Et de poursuivre à l’intention des personnels du siège, des résidences seniors et des Ehpad, ou qui exercent sur le terrain comme infirmières, aides à domicile ou porteurs de repas : « Votre travail est inestimable. Grâce à vous, nos concitoyens les plus fragiles se sentent moins seuls. Grâce à vous, ils retrouvent confiance, espoir et dignité. »

    Ce qui suppose, reconnaît-elle, la tâche difficile « de porter, jour après jour, le poids de la détresse, de la solitude, des urgences sociales ». Et ce d’autant plus que « l’année 2025 n’a pas été un long fleuve tranquille », avec « son lot d’incertitudes et de défis » auxquels les services ont su faire face. Ce qui révèle, insiste Josée Massi, « la solidité » du Centre d’action sociale toulonnais.

    Et de souhaiter donc qu’il poursuive dans cette voie en 2026, « celle de la cohésion, de la rigueur, de l’écoute, du dialogue, et du respect des valeurs du service public ». Et au personnel : « Une année apaisée, constructive et porteuse d’espoir. »

  • Pour la CGT, la lutte syndicale a déjà porté ses fruits… et doit continuer

    Pour la CGT, la lutte syndicale a déjà porté ses fruits… et doit continuer

    En toile de fond des vœux de ce début d’année, un contexte international « anxiogène » et une montée de l’extrême droite, à l’aube des élections municipales. Alors que dans le monde entier des guerres et révolutions éclatent, que l’ICE poursuit les arrestations de migrants aux États-Unis et récemment « l’enlèvement du président vénézuélien et de son épouse », François Canu secrétaire de l’Union locale CGT annonce : « Pour toutes ces raisons, l’Union locale CGT des syndicats du Pays d’Aix appellera à manifester avec d’autres organisations aixoises le 31 janvier, à 16h, à la Rotonde, sous le mot d’ordre : droit international bafoué, dites non à la guerre. » Un lien est rapidement fait entre opposition au bafouement des droits humains et son impact direct sur les travailleurs.

    Barrer l’extrême droite

    « Nous devons mesurer les conséquences de cette situation internationale sur les travailleurs ainsi que sur le corps militant. Le risque c’est la sidération, la peur, et le sentiment que tout est permis. [Ce sentiment] est bien sûr exploité par Macron et le patronat, pour éteindre toute velléité de mobilisation sociale, légitimer l’austérité et l’augmentation des crédits militaires. Cette actualité internationale chargée ne nous détournera pas de notre action syndicale quotidienne. » Autrement dit, à l’échelle locale, il faut continuer à lutter contre les « licenciements, les salaires trop faibles pour vivre ». Déjà quelques « victoires » ponctuent le bilan de l’année militante : celle de la fonderie de Bretagne, chez Duralex, ou la suppression du PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) de 2 500 salariés d’Auchan… « Plus près de nous, saluons la relance de la centrale de Gardanne après sept ans de lutte de syndicat de la centrale, de l’Union départementale, des fédérations Port et Docks, de l’Énergie, des unions locales du département et de la Confédération. Un meeting se tiendra le 13 février sur le site, en présence de Sophie Binet, je pense », poursuit François Canu. À une échelle locale, la mobilisation « importante » aura participé à « faire échouer le plan Bayrou de Macron et du patronat. À Aix, nous y avons tous contribué ». Il reste désormais à lutter contre le « danger de l’extrême droite (…) la CGT jouera encore tout son rôle pour rappeler le danger mortel de celle-ci et interpeller les forces politiques sur leurs responsabilités face à ce danger ».