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  • Ramses : une escorte pour un astéroïde qui va nous frôler

    Ramses : une escorte pour un astéroïde qui va nous frôler

    Quand on le découvre en 2004, l’astéroïde Apophis a une probabilité de frapper la Terre évaluée à 2,7%.

    Cela peut paraître faible, mais c’est loin d’être nul. L’impact est prévu le vendredi 13 avril 2029. Heureusement, le risque est vite écarté par d’autres observations. « Mais cela a été un électrochoc », se souvient Patrick Michel, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur (Nice). Et si le risque est écarté, l’astéroïde de 350 mètres de diamètre passera tout de même très proche : 32 000 kilomètres, soit moins d’un dixième de la distance Terre-Lune. Il est tentant d’aller l’observer de plus près. C’est l’objectif de la mission Ramses, qui a obtenu en novembre sa dernière tranche de financement. « Nous en sommes à la revue de conception critique, détaille Patrick Michel, responsable scientifique de la mission pour l’Agence spatiale européenne. Nous passerons bientôt les contrats avec les industriels pour poursuivre le développement. » Le lancement est prévu entre le 20 avril et le 15 mai 2028. « C’est très serré, admet le chercheur. Mais nous ne partons pas de rien. »

    Les travaux s’appuieront sur l’expérience acquise avec la mission Hera partie en 2024 pour atteindre le couple d’astéroïdes Didymos et Dimorphos en octobre prochain. « Ramses est basée sur le même type de plateforme », explique Patrick Michel.

    Spectacle unique

    Une sonde principale et deux mini-satellites – des cubesats – munis d’instruments : caméras dans différentes longueurs d’onde, radar, laser altimètre et même un sismomètre qui se posera sur l’astéroïde. « Une première, se félicite le chercheur. Observer les ondes sismiques se propager dans la roche nous renseignera sur ses propriétés mécaniques. »

    Le but est d’observer l’impact des effets de marée induits par notre Terre sur l’astéroïde. « Nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer un tel phénomène », souligne Patrick Michel. Si ce n’est lors de la dislocation d’une comète à l’approche de Jupiter dans les années 1990. « Mais c’était très loin », ajoute-t-il. Comment réagira Apophis ? « Jusqu’à présent, les interactions que nous avons eues avec des astéroïdes nous ont toujours surpris », souligne le chercheur. En effet, ils sont souvent moins « durs » que les images ne le laissent penser. « C’est important pour définir quelle stratégie choisir pour les dévier », ajoute-t-il. Si un jour un astéroïde venait véritablement à menacer la Terre.

    Ce ne sera pas le cas d’Apophis. Il est sans danger. Mais il sera à coup sûr un spectacle. « Nous retransmettrons les images de la sonde en direct », promet Patrick Michel. Et dans la nuit du 13 avril 2029, il passera si près de la Terre qu’il sera possible de le voir à l’œil nu défiler dans le ciel nocturne pendant quelques heures. « Un événement exceptionnel », s’enthousiasme-t-il. L’occasion de sortir lever les yeux.

  • Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    À cinq cent mètres du bistrot du village, se trouvait l’accès à l’ancien poste de conduite de tir n°1 des missiles stratégiques de la force de frappe, là où entre 1971 et 1996 se sont succédés 182 officiers, des binômes aguerris, cloîtrés H24 dans une capsule blindée enfoncée à 1,7 km du sas d’entrée et à 500 mètres sous la montagne. Recevant l’ordre présidentiel irrévocable, ils devaient activer le tir simultané des 18 missiles de plus d’un mégatonne enterrés dans des silos sur le plateau d’Albion. Le poste de tir de Rustrel avait son jumeau à 30 km à Reilhannette (Drome) où deux autres officiers contrôlaient 9 autres missiles. Ce PC n°2 a lui été intégralement démantelé.

    En 1963, le conseil de défense décide d’investir le plateau d’Albion, plus sûr géologiquement que le plateau de Valensole. La cité Saint-Michel de 874 logements à Apt pour accueillir les militaires et leur famille. On aménage des routes adaptées aux convois de missiles. En 1968, plus de 1 000 ouvriers s’activent pour extraire 74 000m3 de roches et couler 40 000m3 de béton armé. La forteresse inexpugnable comprend sa propre centrale électrique, ses circuits d’aération, des galeries à angle droit pour casser le souffle d’une bombe ennemie, des puits de gaz brûlés, des tunnels et des puits d’évacuation de 1,6km, des trappes piégées et la fameuse capsule. On construit la base aérienne de Saint-Christol où 2 000 personnes vont, les installations de transmissions du Mont Ventoux, de la montagne de Lure et du Luberon. Le 1er Groupement de missiles stratégiques s’installe. Mais c’est à la gendarmerie qu’est confié le boîtier de contrôle gouvernemental des ogives, la surveillance des sites, l’escorte des convois et des équipages d’officiers de tir.

    « Pendant cinq ans, j’ai eu la responsabilité du tir de 9 missiles », nous avait confié en 2006 Jean-Louis Cahu, qui a été un très jeune officier de tir de 1979 à 1984. À 22 ans, il avait sous sa responsabilité des vecteurs de 96 fois la puissance de la bombe A qui a rasé Hiroshima le 6 août 1945 tuant instantanément 70 000 personnes. Sa désertion le 11 novembre 1984 a été un coup de tonnerre. À 26 ans, au terme d’une prise de conscience personnelle, il médiatisait son refus de tourner la clé.

    Des simulations d’incidents nucléaires

    Son quotidien était de surveiller les missiles dans les silos, de faire des exercices de mise sous tension. « J’avais la commande de tous les outils d’action mécanique sur les missiles. Chaque action, quelle que soit la commande qui visait à interagir avec le missile, ne se faisait jamais à la légère car nous agissions sur des “engins vivants”. Nous simulions des incidents nucléaires en vitesse accélérée pour voir en situation de stress maximal jusqu’où l’officier pouvait aller. » Des simulations qui n’étaient pas un jeu mettaient les nerfs de ces officiers à rude épreuve, précisément pour les filtrer. « Certains ont craqué à quelques secondes du tir. Dans les périodes de tensions internationales, on a eu des moments chauds à l’intérieur de la capsule. On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes qu’à ce poste. Je suis la démonstration que lorsqu’on ne croit plus à la dissuasion nucléaire, on ne peut plus tenir ce poste », avait-il confié à La Marseillaise. À ses procès il avait revendiqué un droit à l’objection permanente.

    L’ordre présidentiel devait leur parvenir par des canaux de transmissions durcis et redondants. « Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelait les “hommes du Président”. Ma seule autorité, c’était le Président, le Premier ministre et le ministre de la Défense. Il n’y avait pas plus secret que ce poste de tir », disait l’ancien officier toujours astreint au silence.

    En février 1996, Jacques Chirac a signé la fin d’Albion. La dernière ogive a quitté le plateau le 26 février 1998. La science est descendue aux abris et des silos ont été recyclés en déchetterie, en plateforme d’observation astronomique. On peut même boire des canons au Bistrot de Lagarde sur un ancien silo. Sur le plateau, la Légion étrangère protège désormais les « grandes oreilles » d’une station d‘écoute de la DGSE car la « grande muette » est tout sauf sourde.

    Lire : [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    « On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes »

  • [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    Enfoui à cinq cents mètres sous le plateau d’Albion, le Laboratoire souterrain à bas bruit de Rustrel (Vaucluse) est l’exemple le plus abouti à ce jour d’une reconversion réussie d’un site militaire ultrasecret dédié au lancement de 18 missiles nucléaires en une unité scientifique copilotée par le CNRS et l’Université d’Avignon pour l’appui à des recherches de très haut niveau international.

    Perdu dans la pampa et enfoui sous un massif karstique, ce bastion imprenable jouit loin de l’effervescence acoustique des grands centres urbains et industriels d’un calme anthropique rare, et surtout d’un silence magnétique exceptionnel. Dans ce saint des saints, un objet fascine : une capsule blindée capable de résister au souffle d’une frappe nucléaire. Dans cette cage de Faraday qui repousse toute onde au dessus de 40hz, on peut faire des recherches aux frontières du silence absolu.

    « J’ai visité les galeries avec des mitraillettes dans le dos » s’était plu à nous raconter il y a vingt ans Georges Waysand, le père du LSBB (La Marseillaise, 10 décembre 2006). Ce physicien honoraire du CNRS était resté bouche bée en découvrant les qualités de cet « étrange sous-marin suspendu ». « Mon nanomètre de mesure du champ magnétique indiquait quasiment zéro. » Son lobbying pour que la science investisse les lieux au départ de l’armée a été déterminant.

    Gilles Micolau, professeur à l’université d’Avignon, a ouvert à La Marseillaise ce labo hors normes qu’il dirige. Au volant du même chariot Fenwick qui convoyait durant la guerre froide les officiers de tir qui se relayaient dans la capsule, il nous guide avec Daniel Boyer, son directeur adjoint technique rattaché lui à l’université Côte d’Azur dans le ventre de la montagne et le dédale de 4km de galeries qui depuis trente ans accueillent plusieurs centaines de missions d‘observation et d’expériences scientifiques de très haut vol.

    Une salle de métrologie d’une parfaite stabilité thermique est l’objet d’un partenariat scientifique avec le groupe Bertin-Technologies basé à Pertuis et Aix-en-Provence connu pour la qualité des instruments optiques qu’il produit pour l’aérospatiale, les accélérateurs de particules. Ses ingénieurs ont réalisé la caméra SuperCam du rover Perseverance de la Nasa qui a débarqué sur Mars en février 2021 après un voyage de 490 millions de kilomètres.

    Le long des galeries, des sismomètres, des capteurs d’infiltrations d’eau crachent des données précieuses. « D’ici et par la fibre optique qui remonte au sommet de la montagne, on fait des mesures d’une rare sensibilité sur la gravité », détaille Gilles Micolau. Dans une pièce, pas moins de six sismomètres, un micro-baromètre et un accéléromètre déversent H24 des données précieuses aux services nationaux d’observation, au centre d’étude atomique, à toute une communauté scientifique. « Vous avez ici un gravimètre d’un raffinement technologique extraordinaire. Et c’est le seul endroit au monde où il y en a deux séparés par 500 mètres de roche dans un labo. Ces appareils de mesure ont une sensibilité diabolique. Pour exploiter leurs données, il faut encore retirer l’influence exercée par l’ensemble des planètes du système solaire. » Grâce à eux, on mesure les remous du système karstique rattaché à la Fontaine-de-Vaucluse, un des plus grands réservoirs d’eau douce d’Europe. On étudie ici l’attraction gravitationnelle qui s’exerce sur l’eau qui traverse la montagne, les soulèvements de la nappe phréatique qui se recharge après un orage sur le plateau d’Albion, ses variations avec la pression atmosphérique. « Cela permet de réaliser un bilan hydrique de ce qui rentre dans la montagne et passe dans ses profondeurs, mais aussi en surface de l’évapotranspiration des plantes », souligne Daniel Boyer.

    Plus loin, dans ce qui était un œuf en béton baptisé « R10 », du nom d’un des récepteurs du code nucléaire qu’il abritait, une expérience est menée depuis plusieurs années : 60 accéléromètres détectent les vibrations de la roche pour intercepter les ondes sismiques et comprendre leur propagation dans le massif karstique. « Chaque capteur opère 10 000 mesures tridimensionnelles à la seconde. C’est une quantité phénoménale de données. »

    MIGA, futur gravimètre

    à atomes froids

    Après 1,7 km de route, une porte blindée de deux tonnes conçue pour résister à une pression de 20 bars et revêtue d’une cuirasse galvanique, donne accès à l’enceinte étanche au champ électromagnétique. Au fond apparait la fameuse capsule posée sur vérins et rotules hydrauliques. Elle est suspendue au plafond d’une cavité ovoïde en béton de 2 mètres d’épaisseur, recouverte d’un centimètre d’alliage d’aciers. Tout a été conçu pour résister au flash électromagnétique qui précède l’explosion atomique et permettre la riposte nucléaire. « Nous sommes à 520m de profondeur à l’endroit le plus profond et le plus stable. On a ici le plus haut niveau de protection pour les manipulations les plus fines pour mesurer les fluctuations du champ magnétique. » On peut écouter l’activité d’un cerveau en phase de sommeil profond. Ici, pour la première fois un magnétomètre SQUID refroidi à l’hélium a mis en évidence le couplage entre un important séisme à 6 000km et des irisations atmosphériques qui le précédaient à la vitesse de la lumière. « Le bruit de fond magnétique filtré au-dessus de 40 Hz fait du LSBB, un des rares endroits capables de détecter ces signaux précurseurs très faibles d’un tremblement de terre. »

    L’avenir du LSBB se dessine dans deux nouvelles galeries creusées en 2015-2019 on l’on découvre une antenne gravitationnelle en cours de montage. Le projet MIGA est porté par le Laboratoire temps espace de Paris et le LP2N de Bordeaux. C’est un tube ultravide en acier de 150 mètres de long. « C’est un instrument de métrologie de très haut vol basée sur la nouvelle technologie d’interférométrie quantique par atome froid. Ses miroirs sont d’une précision inouïe », explique Gilles Micolau.

    Tout est parti de la prédiction d’Albert Einstein en 1916 sur l’existence d’ondes gravitationnelles. Pour la première fois, le 11 septembre 2015 deux interféromètres optiques de Ligo (USA) et de Virgo (Italie) ont détecté cette onde qui provenait de la fusion à 1,3 milliard d’années-lumière de deux trous noirs. « Pour l’heure, c’est un prototype démonstrateur, mais on espère qu’à la fin il servira à de l’observation gravimétrique », ajoute Gilles Micolau à la tête d’un labo qui repousse les formidables contraintes d’humidité, d’exiguïté, d’inconfort sous terre pour accueillir des expériences vraiment hors normes dans un environnent proche de la science fiction.

    « Vous avez là des appareils de mesure d’une sensibilité diabolique »

  • [Travailleur de demain] Théo Moni, une « pépite » aux fourneaux

    [Travailleur de demain] Théo Moni, une « pépite » aux fourneaux

    En ce moment je prépare la finale du championnat de France des desserts. C’est dans une semaine », annonce Théo, visage souriant et détendu. En démarrant un CAP boulangerie-pâtisserie, le jeune apprenti ne savait pas encore qu’il sauterait pieds joints dans les grands plats de l’art culinaire avec autant de plaisir. Toqué du piano de cuisine, Théo l’est « depuis tout petit ». En témoignent des photos de lui à trois ans, tablier autour du ventre et mains dans la farine, pétrissant la pâte dans la cuisine familiale. Il en a gardé une prédilection pour les plats à l’italienne. Sa madeleine de Proust est à la fois sarde et toscane. Il y a puisé dans son enfance l’inspiration pour son premier concours, « le sujet était le trompe-l’œil, j’ai fait un bomboli, mais au risotto ». Si sa passion reste la pâtisserie, c’est en faisant un stage à la Maison M et R, dans le 9e arrondissement, qu’il prend goût au poisson, « à la cuisine en général », et décide de bifurquer en hôtelerie et restauration.

    Dès 2024, élève au CFA Greta Marseille Méditerranée, Théo est distingué du « Coup de cœur du jury » au concours « Les pépites des chefs » qu’il défend à Paris. Depuis, il a « comme attrapé un virus ». À chaque concours, il fait monter la sauce. « J’aime les défis, ça oblige à se surpasser, ça donne un supplément de sens à ce que l’on fait. Décrocher une médaille, c’est une fierté sur le coup mais c’est surtout un formidable moteur pour aller de l’avant, comme un bilan de compétences ». Des défis, Théo en met jusque dans l’assiette, « en travaillant des produits que je n’aime pas vraiment, comme le navet. Je l’ai accommodé en tarte tatin au piment d’espelette et c’était pas mauvais ».

    Viser la crême, avec lucidité

    Chez ce chef en herbe, dépasser ses limites est d’autant plus remarquable, qu’il est poussé par sa volonté de surmonter un handicap. « Je suis multi-dys, tout ce qui relève de la coordination, la tenue des couteaux c’est compliqué. Je suis plus lent que les autres à réaliser certaines choses, avoue-t-il simplement, ça demande un plus de travail et d’adaptation. Et savoir s’adapter, c’est la première des qualités. » Maîtrise et technique sont pour lui les maîtres-mots quand on vise l’excellence. Et pour les atteindre, il ne rechigne pas à remettre l’ouvrage sur le métier. Théo n’est pas de ceux que la difficulté impressionne. Mieux, il force la main au destin et à ses professeurs, décidé à viser haut. « J’ai toujours fait ce que je voulais sans me poser de freins. Mais préparer un élève à un concours, c’est beaucoup d’investissement pour un enseignant et ça a aussi un coût financier. Alors je m’inscrivais et je leur demandais ensuite », explique-t-il, en citant une longue liste de remerciements à tous ceux qui l’ont guidé sur ce parcours, au lycée, mais aussi parmi les professionnels chez qui il a évolué en alternance. Il ne compte pas les heures passées à s’entrainer, « au lycée, dans les cusines de ST Microéléctronics, de la Tour La Marseillaise », pour réussir une préparation culinaire en quelques minutes chrono. Comme les grands chefs qu’ils admirent, « ceux qui ont inventé des recettes, ceux qui ont inventé des méthodes pour faire évoluer le métier », son objectif : « Faire un beau parcours, être dans le leader ship…sans viser le MOF, l’élite des élites, il faut être réaliste. »

  • [Entretien] « Un journal qui porte une autre vision des choses »

    [Entretien] « Un journal qui porte une autre vision des choses »

    La Marseillaise : « La Marseillaise » arrive dans votre département ce samedi. Quelle est votre réaction ?

    Éliane Barreille : C’est toujours bon d’avoir des médias qui puissent porter une autre vision des choses. Cela fait plus de 10 ans que La Marseillaise s’était retirée des Alpes-de-Haute-Provence, ne nous laissant qu’un seul interlocuteur. C’était dommage. Apporter une vision différente et éventuellement une contradiction, ça a du sens. Je suis ravie que nous ayons ce retour de votre journal qui apporte un pluralisme supplémentaire.

    En tant que présidente de Département vous vous occupez des collèges. La propagation des fake news, notamment chez les jeunes, vous préoccupe-t-elle ?

    É. B. : Je crois qu’il y a un vrai clivage générationnel. Les gens de plus de 60 ans sont ceux qui se tournent le plus vers la presse quotidienne régionale et qui sont le moins pollués par les réseaux. Les plus jeunes, oui, il faut bien le reconnaître, ils sont toute la journée sur le smartphone avec les problèmes que cela comporte. Au Département, nous leur avons fourni une tablette dont ils ne peuvent se servir que comme de livre. Il faut une sensibilisation pour distinguer une information vérifiée d’une autre.

    Quels sujets sont, selon vous, prégnants dans les Alpes-de-Haute-Provence ?

    É. B. : J’ai un dada en ce moment : la décentralisation. Le Premier ministre en parle beaucoup, moi je réponds « ruralité ». On ne peut pas être traité de la même manière quand on est un département comme le nôtre avec peu de population et peu de budget que des départements très urbanisés. J’ai rencontré le président des départements de France, j’ai pris rendez-vous avec le ministre de la Ruralité même si pour cause de municipales j’ai cru comprendre qu’il risquait de changer, pour porter ce message. Par exemple, les grands départements de France se verraient bien confier la santé. Mais moi, ici, je n’ai pas les moyens de l’assumer en totalité même si on fait des efforts pour répondre aux besoins. On ne peut pas tous être traités sans distinction depuis Paris.

    Quid des transports, des services publics ?

    É. B. : Nous sommes un département de montagne avec des contraintes fortes d’entretien du fait d’éboulements fréquents. On ne peut pas être logé à la même enseigne qu’un département parisien. Les transports en commun sont gérés par la Région et donc d’assez loin. Les agglo ont des transports qui fonctionnent intramuros, mais dès qu’on en sort, c’est très difficile. Je veux m’y pencher pour le prochain mandat.

    Il n’y aura pas d’épreuves des JO dans le 04 mais des changements sont-ils à attendre ?

    É. B. : J’ai été désignée comme porte-parole des territoires non-hôte des JO. Je suis en train de travailler pour apporter des propositions d’héritage pérenne. Mais d’ores et déjà, la ligne des Alpes, c’est 100 km de voie ferrée dans le 04 avec cinq gares qui vont être refaites. Je ne veux pas me limiter à ça. A priori, il y aurait quelques possibilités de financements à destination des collégiens. J’aimerais bien les sensibiliser au sport à cette occasion. Ensuite nous réfléchissons, comme pour le passage de la flamme des Jeux de Paris, à des animations dans les communes qui le souhaiteront. J’avais eu 7 communes partenaires en 2024, ça avait drainé un monde fou. Je vais réfléchir avec les autres départements à ce qu’on peut porter autour des JO, par exemple en anticipant des formations sur le tourisme en amont.

  • [Entretien] « “La Marseillaise” dans les Hautes-Alpes, ça montre qu’on est attractif »

    [Entretien] « “La Marseillaise” dans les Hautes-Alpes, ça montre qu’on est attractif »

    La Marseillaise : Comment percevez-vous l’arrivée de « La Marseillaise » dans votre département à partir de ce samedi ?

    Jean-Marie Bernard : On ne peut que se féliciter de l’arrivée d’un nouveau journal dans le département des Hautes-Alpes. C’est un interlocuteur supplémentaire pour nous. Je pense que cela va renforcer la cohésion du territoire en apportant une vision ouverte sur toute la région. C’est bon signe pour vous mais aussi pour nous parce que ça montre que notre territoire est attractif !

    Quelles sont les thématiques qui marquent, d’après vous, ce territoire ?

    J.-M. B. : Pour ce qui est du conseil départemental, la compétence numéro 1 c’est la solidarité. On fait beaucoup sur l’insertion des personnes en difficulté qui sont allocataires du RSA. La question des déplacements est aussi très importante dans un département comme le nôtre. La Région va réaliser de nombreux chantiers pour l’amélioration de la ligne ferroviaire Marseille-Briançon.

    Ces travaux interviennent en vue des JO. Comment vont-ils transformer le territoire au-delà des transports ?

    J.-M. B. : Tout le monde connaît la partie sportive. Ce que je vois dans les Jeux, c’est l’implication de l’État et des Régions pour favoriser la mise en place d’améliorations accélérées. Par exemple sur le réseau routier, ce qui va se faire en 5 ans, j’aurais mis peut-être 15 ans à le financer seul. On va faire 350 millions d’euros de travaux sur la voie ferrée qu’on n’aurait jamais pu faire sans les JO, idem pour les 180 millions sur le réseau routier départemental et national. On va en profiter aussi pour enterrer des parkings dans les stations pour camoufler les voitures et améliorer la vue depuis ces très beaux sites. Et puis on espère beaucoup de la transformation du village olympique à Briançon en quartier de ville où on trouvera des logements de qualité, des logements sociaux, des lits hôteliers…

    Les JO sont aussi l’occasion de réfléchir à l’avenir en prenant en compte le changement climatique. Elle ressemblera à quoi la montagne de 2050 selon vous ?

    J.-M. B. : On va continuer à faire du ski. Peut-être qu’au lieu de faire des saisons de 120 jours, on en fera de 100 jours. Les Hautes-Alpes vont vivre encore longtemps avec les sports d’hiver mais il faudra diversifier, trouver des accroches pour un tourisme d’été et de demi-saison. On s’aperçoit que les vacances de Toussaint ou de printemps sont attractives aussi. On va démultiplier les accroches.

  • [Chronique Corse] Continuité territoriale : quand les marins tirent la sonnette d’alarme

    [Chronique Corse] Continuité territoriale : quand les marins tirent la sonnette d’alarme

    Les marins CGT de La Méridionale et de Corsica Linea ont déposé un préavis de grève afin de dénoncer des choix stratégiques qui menacent près d’un millier d’emplois et fragilisent le principe même de la continuité territoriale maritime.

    Au cœur des inquiétudes exprimées par les salariés : la remise en cause d’un service public essentiel. Ces liaisons ne sont pas de simples lignes commerciales : elles constituent un lien vital pour les insulaires, pour les travailleurs, pour les familles, mais aussi pour les nombreux Corses vivant sur le continent. Derrière la concurrence accrue et les logiques de rentabilité imposées au transport maritime, ce sont des savoir-faire, des emplois qualifiés et un équilibre territorial fragile qui sont aujourd’hui menacés, notamment entre la Corse et Marseille.

    Une question politique centrale

    Parmi les symboles forts de cette mobilisation figure le navire « Kalliste », que la direction de La Méridionale envisage de retirer du service. Kallisté, « la plus belle », c’est aussi le nom de notre association. Un clin d’œil chargé de sens, qui rappelle que derrière un bateau, il y a bien plus qu’un outil de transport : il y a une histoire, une identité, et un attachement profond à la Corse et à celles et ceux qui la font vivre, sur l’île comme sur le continent.

    Ce mouvement social pose ainsi une question politique centrale : la continuité territoriale doit-elle être soumise aux seules règles du marché et de la concurrence, ou rester un service public protégé, garant de l’égalité d’accès, de l’emploi et de la cohésion territoriale ?

    À Kallisté, nous avons souvent rappelé combien ces liaisons maritimes sont essentielles au quotidien des Corses. L’actualité nous le confirme une nouvelle fois : défendre la continuité territoriale, c’est défendre l’emploi, la justice sociale et le lien indéfectible entre la Corse et Marseille.

  • Les piliers de verre qui portent la société

    Les piliers de verre qui portent la société

    Sa voix est un murmure, un « pardon » discret quand elle passe la serpillière entre deux chaises. Elle se déplace comme une ombre parmi les salariés pressés, absorbés par leurs mails, leurs réunions, des appels à passer. On la frôle sans la voir. On lui sourit parfois, par politesse plus que par reconnaissance. Personne ou presque ne la remarque.

    Elle connaît pourtant ces lieux mieux que quiconque. Les traces de doigts sur les vitres, les miettes sous les bureaux, les confidences oubliées sur un Post-it. Elle efface les signes du passage des autres, méthodiquement. Son travail consiste à faire disparaître. À rendre propre.

    La nuit, elle bosse encore. Dans de grands immeubles vides où le silence résonne plus fort que le jour. Les ascenseurs soupirent en ouvrant leurs gueules, les couloirs s’allongent. Infinis. Les lumières allumées, étage après étage, marquent sa progression comme une constellation urbaine. Vue de dehors, on pourrait croire à un veilleur tardif, à une vie secrète qui persiste quand tout le monde dort. À l’intérieur, il n’y a qu’elle, son chariot et le bruit régulier de ses gestes. La nuit, au moins, personne ne détourne le regard : il n’y a personne pour ne pas la voir. Sauf les caméras.

    Elle a l’âge qu’on ne demande jamais. Un corps fatigué, un dos qui tire, des horaires éclatés. Elle fait le ménage. Elle fait tenir debout des journées de travail qui ne sont pas les siennes. Elle s’appelle Nadia, mais elle pourrait s’appeler Irène ou Marie.

    Les invisibles sont comme des piliers de verre : ils portent tout, mais on ne les distingue qu’au moment où ils se brisent. Comme pendant la période du COVID, où les métiers essentiels sont apparus au monde entier. Pas de trader, encore moins de politicien. Ils sont le filigrane de la société, ce dessin discret qu’on ne voit qu’en transparence. Et quand la lumière change, on s’aperçoit qu’ils étaient là depuis le début. Surtout quand la période s’assombrit. .

  • [Vidéo] Les tenders de poulet aux épices cajun pour les enfants

    [Vidéo] Les tenders de poulet aux épices cajun pour les enfants

    C’es avec un champion du monde de burgers que nous vous donnons rendez-vous pour cette recette ! Joannes Richard partage avec vous sa recette des tenders de poulet aux épices, spéciale enfants qui aura de quoi faire plaisir à toute la famille !

    Pour commencer, écrasez grossièrement les corn-flakes entre vos doigts. L’objectif étant de garder de la mâche et du volume. Réservez dans un plat et ajoutez la chapelure panko. Il est possible de réaliser cette recette avec une panure à la française mais celle-ci sera moins croustillante. Mélangez bien les deux panures à la main et réservez.

    Pour les filets, ôtez au couteau les parties grasses ou quelque peu disgracieuses puis coupez le filet au milieu dans le sens de la longueur, enfin réalisez des aiguillettes en coupant le filet en diagonale pour faire de petits morceaux d’environ 50g chacun. Déposez les tenders dans une assiette creuse ajoutez du poivre, du sel, des épices cajun ou des épices que vous affectionnez, enfin un peu d’huile d’olive et mélangez le tout. Réservez au frais.

    Dans un cul-de-poule versez la farine, de nouveaux des épices cajun, du sel et du poivre. L’idée ici est d’assaisonner en amont, au cours de la préparation pour ne pas avoir à saler les tenders une fois prêts. Versez un peu d’eau dans le mélange afin de préparer un appareil fluide, un peu comme une pâte à tempura qui ait l’aspect d’une pâte à crêpes mais un peu plus épaisse.

    Trempez vos morceaux de poulet dans l’appareil, ils doivent être entièrement nappés, avec une main et gardez l’autre main propre pour les tremper ensuite dans la panure. Petite astuce du chef pour éviter d’avoir des pertes de panure à la cuisson, pressez légèrement celle dernière à la main sur le poulet pour qu’elle accroche bien. Une fois les tenders panés, réservez dans une assiette. Faites chauffer votre huile à feu fort d’abord puis baissez un peu le feu pour éviter que la préparation noircisse. Vous pouvez le faire à la friteuse ou à la casserole en fonction de ce que vous avez sous la main. Faites cuire 4 minutes pour avoir une panure dorée et croquante. Égouttez les tenders sur un sopalin pour enlever le gras. Dégustez ! Bon appétit.

    Il vous faudra :

    – De la chapelure panko

    – Une grosse poignée de corn-flakes natures

    – De la farine et de l’eau

    – Des épices cajun

    – De l’huile d’olive,
    du sel et du poivre

    – Deux beaux filets de poulet

  • Balade sur les rives de l’étang de Bolmon

    Balade sur les rives de l’étang de Bolmon

    Petits et grands sont invités ces samedi et dimanche à profiter d’une balade guidée pour découvrir les secrets du marais de Bolmon à Marignane. L’Association pour la protection de l’environnement des Marignanais (Apem) organise cette animation dans le cadre de la Journée mondiale des zones humides dont la date internationale est le 2 février. « Il faut savoir que cette date du 2 février existe depuis 1971, date à laquelle une convention internationale a été signée en Iran et dédiée à la protection des zones humides », souligne Gilbert Cacciotto, président de l’association. « C’est un des premiers accords sur l’écologie dont 198 pays, y compris les États-Unis sont signataires. »

    Une meilleure connaissance de la zone

    Marignane étant une ville des Bouches-du-Rhône entourée de zones humides y compris des étangs, marais et d’un fleuve côtier, c’est donc tout naturellement que l’association veut rendre accessible au plus grand nombre une meilleure connaissance de ces zones. « La Camargue, zone humide par excellence est notamment à l’initiative de la convention. De notre côté nous avons ce qui s’appelle La Petite Camargue qui se trouve à Saint-Chamas et c’est important pour nous de sensibiliser le grand public sur la question », poursuit-il. « Ainsi la balade se fait au départ du parc des 4 vents qui se trouve au milieu de l’étang et qui a été récemment rénové. C’est un parcours en dix étapes au cours desquelles nous livrerons un élément représentatif du marais à la fois historique, scientifique et écologique. »

    Les poussins, les juvéniles et les adultes

    Une promenade accessible à tous les âges qui dure entre 2h et 2h30 pour kilomètres de marche sans dénivelée. « L’objectif de ces deux journées étant de sensibiliser le public à l’importance de la préservation des milieux humides et leur conservation, de faire découvrir et partager la biodiversité de l’étang de Bolmon et de donner envie à celles et ceux qui le souhaitent, d’agir en faveur de la zone et de l’environnement en général. Le tout autour d’une thématique générale qui s’applique à tous les événements en lien avec la Journée internationale des zones humides, zones humides et savoirs traditionnels, célébrer les patrimoines culturels ce qui entre parfaitement dans la vocation de l’Apem », explique Gilbert Cacciotto.

    Une sortie qui favorise également la vulgarisation ce qui la rend accessible à tous avec, lors de chaque arrêt de petites questions pour « les poussins, les juvéniles et les adultes ». « Nous avons voulu donner une petite connotation sympathique à tout cela en utilisant le champ lexical des oiseaux. Ainsi petits, plus grands et adultes pourront répondre aux questionnaires avec toujours l’objectif d’engager la discussion autour des sujets abordés », précise le président. Chaque balade guidée se clôturera par un petit goûter offert par l’association.

    Réservation conseillée à : apem.marignane@gmail.com ou au 07.69.63.41.34. Départs à 14h samedi et dimanche.