Category: societe

  • Le Secours populaire continue de faire vivre le droit aux vacances

    Le Secours populaire continue de faire vivre le droit aux vacances

    La lutte pour le droit aux vacances est une lutte historique au Secours populaire parce qu’à sa création, sa première action en 1945 a été de faire partir les enfants des familles victimes du nazisme. C’est vraiment quelque chose qui est fondateur pour nous », commence Olivier Masini, le secrétaire départemental de la fédération varoise de l’association humanitaire. Une campagne estivale qui cette année revêt une résonance symbolique toute particulière avec « l’anniversaire des 90 ans des congés payés amenés par le mouvement social du Front populaire en 1936 ».

    « Les vacances, le temps libéré, c’était révolutionnaire », reprend le secrétaire départemental, en expliquant pourquoi, à partir de cet événement historique, le Secours populaire s’est intéressé cette année à la perception qu’avaient aujourd’hui les Français des vacances. L’enquête Ipsos réalisée fin mai début juin, montre par exemple que pour 73% des personnes interrogées ce conquis social est placé comme important juste après la Sécurité sociale.

    « Les trois quarts d’entre eux déclarent que ça relève d’un besoin essentiel, d’autant plus dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Mais 40% considèrent maintenant les vacances comme un luxe, 90 ans après les congés payés », pointe Olivier Masini. Une situation inquiétante lorsqu’on connaît l’importance pour la santé mentale de pouvoir s’extraire de son quotidien, de découvrir d’autres horizons, et se retrouver en famille.

    Le sondage met malheureusement en lumière aussi que, sur les 4 dernières années, 33% des personnes interrogées ne sont pas parties en vacances.

    Ce samedi au bord du lac de Carcès, l’esprit de 36

    Pour lutter contre cette injustice le Secours populaire met en place des séjours de vacances pour les familles, des départs en colonies pour les enfants et la traditionnelle Journée des oubliés des vacances.

    Et dans le Var cela commence dès ce samedi au bord du lac de Carcès pour une guinguette populaire dans l’esprit de 36 afin de fêter les 90 ans des congés payés. « Une belle journée de partage » qui va réunir les bénévoles et les personnes accueillies qui le souhaitent. « Puisque vous le savez, au Secours populaire, il n’y a pas d’un côté celui qui donne et de l’autre celui qui reçoit. On est là pour mettre en mouvement la solidarité. »

    Le SPF83 fait le compte :« Pour l’instant, on a déjà 15 familles qui vont partir en vacances, contre une seule l’année dernière, et d’autres dossiers vont encore d’ici là être montés », précise Lamia particulièrement investie dans cette tâche d’accompagnement de A à Z des bénéficiaires. Et de poursuivre : « Ce matin, une famille a pris le train pour l’Ardèche et est arrivée à 11h à Montélimar, puis pris le bus jusqu’à Ruoms. Et on a leur a réservé un taxi pour les emmener au camping. On ne les abandonne pas dans la nature. »

    Le 22 août à Aqualand

    Des dossiers pas faciles du tout à monter puisque les bénévoles doivent commencer à faire admettre aux personnes en difficulté qu’elles ont droit elle aussi aux vacances. « Quand on y arrive c’est pour nous, une victoire », reprend Lamia. Et de poursuivre : « Notre but c’est justement que les vacances ne soient pas un privilège, mais soient accessibles à chaque famille, que chacun puisse s’épanouir moralement, physiquement, par la découverte. Pour les enlever de l’exclusion et permettre l’égalité de chance pour tout le monde. »

    Concernant la Journée des oubliés des vacances, destination cette année le parc Aqualand de Fréjus le 22 août.

    « On est déjà complets avec 350 participants pour le Var et je pense qu’on va peut-être même rajouter un bus, on va voir. C’est pour vous dire les attentes qu’il y a autour de tout ça », précise Olivier Masini.

    Le secrétaire départemental déplore, cette année encore, un recul évident de l’accès au droit aux vacances. Amer constat 90 ans après l’arrivée du Front populaire.

  • Les croix de la discorde à Comps

    Les croix de la discorde à Comps

    Sommes-nous revenus au XIXe siècle, époque durant laquelle l’Église catholique avait entrepris une reconquête symbolique de l’espace public en installant des croix au sommet des montagnes en opposition à la déchristianisation de la fin du XVIIIe siècle et à la Révolution française ? Dans le Gard, certains doivent le penser, puisqu’ils ont accroché deux croix catholiques sur les hauteurs de Comps, près de Beaucaire.

    Tout commence en 2025. Une première croix en bois est installée sans autorisation et y restera plus d’un an, jusqu’à ce qu’un inconnu la démonte. Mais en mai dernier, une nouvelle croix, cette fois en métal, est solidement accrochée à la roche au même endroit. L’association Action citoyenne anti-raciste et antifasciste à Beaucaire (ACAAB) alerte alors la Ligue des droits de l’Homme et la Libre pensée du Gard pour que cette croix illégale soit démontée, en respect de la loi de 1905.

    La polémique devient alors particulièrement violente. Laure Cordelet, présidente de l’association ACAAB, reçoit plusieurs menaces. Dans le même temps, de très nombreux habitants se mobilisent pour sauver cette croix symbole, selon eux, du patrimoine et de la culture française… Une pétition est même lancée en ligne pour rassembler les soutiens à la présence du symbole religieux dans l’espace public (348 personnes l’ont déjà signée).

    « Sur des parcelles qui appartiennent à une collectivité publique, c’est interdit d’apposer des symboles religieux quels qu’ils soient en vertu de l’article 28 de la loi de 1905. Sur une parcelle privée, chacun fait ce qu’il veut, même si elle est visible de l’extérieur. Toutes les croix installées avant 1905 peuvent être restaurées sans problème parce qu’elles sont devenues patrimoniales et qu’elles datent d’avant la séparation historique de l’Église et de l’État », recadre Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité.

    Une deuxième croix apparaît

    Pendant que la polémique enfle et s’accompagne de tags de soutien, une nouvelle croix, celle-ci en bois, apparaît, toujours sur les hauteurs de Comps. Après vérification, il s’avère que ces croix ont été apposées sur des terrains appartenant à la mairie de Beaucaire pour la première, et au Département du Gard pour la seconde. Le maire de Comps, Alain Laget, a ainsi contacté les deux collectivités pour leur demander d’appliquer la loi. Le Département a rapidement réagi en signifiant que la croix en bois serait retirée. Pour l’heure, la municipalité de Beaucaire n’a pris aucune décision et son maire RN Nelson Chaudon, qui avait été condamné à 103 000 euros pour avoir laissé une crèche dans la mairie, ne semble pas opposé à la présence de la croix.

    D’autres militants d’extrême droite ont même tenté un parallèle hasardeux entre la présence de la croix dans l’espace public et le port du voile islamique. « Ça n’a rien à voir. Est-ce que les croix sont interdites sur les gens ? Grâce à la laïcité, les gens ont le droit à la liberté de conscience et de conviction. Il y a d’un côté l’administration qui doit être neutre pour traiter tout le monde à égalité. De l’autre, les citoyens qui ne sont pas neutres, sinon on est dans un régime autoritaire où plus personne ne peut avoir des idées. Porter un voile n’est pas du prosélytisme. Le prosélytisme, ce sont des prises de parole, des écrits, des slogans, ça n’a rien à voir », rappelle Nicolas Cadène. Reste que la croix, à l’instar de la crèche, pourrait bien devenir la nouvelle marotte du maire RN de Beaucaire.

  • La LPO en congrès national, mobilisée pour la biodiversité

    La LPO en congrès national, mobilisée pour la biodiversité

    Table ronde, échanges, sorties nature… La cité phocéenne accueille le congrès national de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ce samedi 20 juin. Une première se félicite Danielle Castagnoni, présidente de la LPO Paca D’abord, « c’est vraiment une ville où on a développé des partenariats importants, que ce soit au niveau de la sensibilisation, de la protection des espèces et des espaces, de l’éducation à l’environnement, on mène beaucoup d’actions avec la Ville », explique-t-elle. Dans une région « très riche en biodiversité » mais aussi « fragile » sous la pression du tourisme et du développement urbain, ce congrès a aussi toute son importance estime Danielle Castagnoni.

    Avec plus de 400 bénévoles et près de 5 000 adhérents sur l’ensemble du territoire, la LPO Paca est engagée depuis près de 30 ans sur « un grand nombre de fronts », rappelle sa présidente. Une priorité cependant : informer et sensibiliser. Citoyens, entreprises, collectivités, établissements scolaires, la LPO implique une large palette d’acteurs. Où l’on peut apprendre à identifier les libellules à Hyères, se former sur les reptiles méditerranéens dans les Bouches-du-Rhône ou suivre un webinaire sur le campagnol amphibie.

    Une trame verte

    Parmi les projets phare, ajoute Danielle Castagnoni, le réseau de refuges LPO. « Ce sont des personnes, des entreprises ou des institutions, qui vont décider de transformer leur terrain, leur jardin, en refuge de manière à accueillir la biodiversité », explique-t-elle, « notre volonté, ça serait de faire une trame verte pour permettre à cette biodiversité de se déployer sur tout le territoire ».

    L’école ornithologique, avec six formations théoriques et terrains destinés aux particuliers comme aux professionnels, a également « un gros succès » se félicite-t-elle, 90 personnes ayant participé cette année. L’association réalise aussi des études aux côtés des scientifiques. Comme celle publiée ce 16 juin sur la Pie-grièche méridionale dont la région abrite la plus grande population malgré le déclin de l’espèce en Europe, avec l’Institut méditerranéen biodiversité et écologie. Il faut dire que grâce à son réseau d’observateurs, la LPO Paca dispose d’une base de 13 millions de données sur la faune sauvage, des observations récoltées depuis 2009 au moyen d’une application sur smartphone. « On vient aussi de reprendre en 2026, en cogestion, les marais du Vigueirat en Camargue. Un hot spot particulièrement riche en oiseaux », annonce Danielle Castagnoni.

    Toujours dans cette optique de préservation, le congrès abordera notamment les 50 ans loi de protection de l’environnement. Parce qu’on « assiste à la volonté de dégrader », déplore Danielle Castagnoni. Et la LPO ne compte pas laisser faire.

  • Matheos Jaadar n’a pas froid aux yeux

    Matheos Jaadar n’a pas froid aux yeux

    C’est par son père qui dirige une petite société de climatisation, que Matheos Jaadar a découvert ce métier. « Ce domaine, c’est grâce à mon père que je m’y suis intéressé », confie le jeune homme de 20 ans. Cela fait maintenant six ans qu’il pratique, – après avoir débuté dans le domestique – dans la climatisation et les centrales de traitement d’air, avant de passer par une entreprise mêlant agroalimentaire et froid industriel, et de se spécialiser entièrement dans le froid, le domaine qui le passionne le plus aujourd’hui.

    Son parcours de formation est dense. Après un CAP où il apprend les bases du montage comme les raccordements fluidiques et le câblage électrique, Matheos poursuit avec un brevet professionnel en froid énergétique au CFA d’Aix-les-Milles, puis un bac pro en froid et énergie domotique. Une étape clé, qui lui permet d’apprendre à calculer la puissance frigorifique nécessaire pour chaque installation. Aujourd’hui, il prépare un BTS Fluides, Énergies, Domotique (FED), en alternance, pour approfondir encore ses compétences et accéder, à terme, au bureau d’études.

    Son métier ? Concevoir des systèmes frigorifiques destinés aux supermarchés et à l’industrie agroalimentaire. « On fait de la commande de meubles et de centrales du système frigorifique », explique-t-il. Son rôle couvre tout le cycle : raccordement, démarrage, dépannage et entretien des installations.

    Un métier tous les jours
    différent

    « C’est un métier qui est très polyvalent », résume-t-il. Sur chaque chantier, tout est à « construire depuis zéro. » Il faut d’abord réaliser le lotage, qui consiste à planifier le chantier en différentes zones de travail, pour avancer de façon méthodique plutôt que dans le désordre. Ce n’est qu’une fois cette préparation terminée que le raccordement des tuyaux et la mise en route du système peuvent commencer. Une organisation rigoureuse, indispensable selon Matheos pour mener à bien chaque installation. « J’ai appris à travailler sans être bordélique », confie t-il. Vient ensuite le supportage, c’est-à-dire poser les structures métalliques qui vont fixer et maintenir les tuyaux sur les murs ou les plafonds, avant même de pouvoir installer la moindre tuyauterie.

    Pour Matheos, c’est précisément cette diversité qui rend le métier passionnant. « Chaque jour, on voit une nouvelle évolution et on continue d’apprendre », souligne-t-il. Cette polyvalence, mêlant technique, calcul et organisation est, selon lui, ce qui distingue ce métier des autres filières de l’énergie. « Mon but, c’est de continuer d’apprendre, d’évoluer et de pouvoir monter les échelons », jusqu’au bureau d’études qu’il vise à terme. Un objectif qu’il compte bien atteindre en poursuivant ses études après le BTS, par une licence professionnelle dans les métiers de l’énergie. Et c’est cette ambition qui l’a poussé à se qualifier aux Worldskills, à Marseille en octobre dernier, une compétition nationale où de jeunes professionnels s’affrontent sur leur métier.

  • A Mimet, un nouveau cadre pour accueillir les enfants « Dys »

    A Mimet, un nouveau cadre pour accueillir les enfants « Dys »

    Dans l’une des salles de classe ultra-modernes, dont les baies vitrées donnent sur la Sainte-Victoire, un tableau tactile permet de faire défiler l’avant et l’après du lieu. Dans ce qui était autrefois une maison de famille, dont les murs sont loués par un particulier, une unité dite Dys vient d’être inaugurée ce vendredi, en présence des équipes et des partenaires officiels. Parmi lesquels l’Agence régionale de santé (ARS), l’Éducation nationale, la Ville de Mimet et l’association Climatique d’Aide à l’Enfance, qui gère l’établissement.

    Extension du service de Soins médicaux et de réadaptation (SMR) historique du Valprévert, cet espace, l’un des rares sur le territoire, permettra dès la rentrée prochaine d’accueillir une trentaine de jeunes élèves atteints de troubles sévères et spécifiques du langage et des apprentissages, plus communément appelés troubles Dys, puisque regroupant la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, les troubles du langage oral… L’unité n’a pas attendu l’inauguration des locaux officiels – spacieux etmodernes – pour enclencher les accompagnements. Depuis septembre 2023, l’installation de pré-fabriqués permettait d’accompagner une dizaine d’enfants et les équipes. En parallèle étaient menés les travaux sur cette bâtisse qui garde ses murs ocres et ses espaces verts.

    Quarante élèves accueillis en septembre

    D’ici la rentrée, quarante élèves – certains accueillis en hôpital de jour, d’autres sous le statut d’internes – occuperont les lieux pour un suivi spécialisé, le temps d’une à deux années. « Ils seront sur place pour une rééducation intensive avec un projet thérapeutique propre à chaque enfant, détaille Pascale Colas, médecin pédiatre en charge de l’unité Dys. Ils ont une pédagogie différenciée suivie par des enseignants spécialisés. On a des enfants qui ont des difficultés scolaires, des apprentissages avec une lecture non fonctionnelle. Qui sont intelligents, mais qui ont un trouble neuro développemental (…) qui, avec de la rééducation, à plutôt une évolution favorable. » L’objectif du travail dans ce lieu, reste « de consolider les apprentissages fondamentaux, pour que l’enfant retourne en milieu ordinaire en sachant lire, en ayant un niveau de transcription, d’orthographe et de grammaire suffisant pour pouvoir, avec des adaptations, continuer en milieu ordinaire », poursuit Pascal Colas. Pour qu’un enfant puisse être intégré au suivi de cet établissement, une orientation du médecin généraliste est nécessaire, sur recommandation de l’école ou référent MDPH. « On a quand même beaucoup plus d’espaces, de moyens, et le fait d’avoir d’autres professionnels qui soient arrivés apporte un peu plus de richesse », estime Blandine, neuropsychologue. Dans ce lieu, les équipes confient espérer gommer les stigmates qui planent autour des troubles Dys. « Nous inaugurons un lieu dédié à des enfants que l’on a parfois regardé trop vite, trop mal, ou trop peu, rappelle Christophe Imbach, directeur du SMR Valpérevert. Des enfants dont les difficultés d’apprentissage ont parfois été confondues avec du manque d’effort, d’attention, du manque de volonté (…) Cette unité est née pour cela, pour regarder autrement.»

  • SOS Méditerranée, lueur d’espoir et d’humanité

    SOS Méditerranée, lueur d’espoir et d’humanité

    Toujours là. » C’est au sein de l’auditorium du Mucem à Marseille que SOS Méditerranée a dévoilé, vendredi, un rapport inédit : « En pleine tempête ». Le document revient sur les dix années d’opérations de l’association de sauvetage et de recherche en mer. « J’espère que le Mucem continuera à être ce que vous recherchez : un port sûr », martèle Cécile Dumoulin, responsable du département du développement culturel et des publics du musée. C’est dans ces lieux qu’en 2015 l’association, nouvellement fondée, avait organisé l’une de ses premières manifestations. Et c’est toujours ici que sont célébrés, ce samedi, ces dix ans en mer (lire ci-contre). « On partage ces valeurs républicaines et humanistes », insiste Cécile Dumoulin.

    En dix ans, SOS Méditerranée a secouru avec ses deux navires 43 418 personnes, au cours de 464 opérations menées en mer. Des enfants, des femmes, des hommes, qui, sans le secours des équipages auraient pu sombrer au fond de la Méditerranée. Dans ce rapport, l’organisation documente comment, au fil des années, les États européens se sont désengagés du sauvetage en mer, ont externalisé le contrôle des frontières et accentué la criminalisation de l’action humanitaire. Pour l’association, le point de bascule intervient en juin 2018, lorsque la coordination des secours est transférée des garde-côtes italiens aux garde-côtes libyens. Cette année-là, sont atteints des « sommets de harcèlement administratifs », assène Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée. Les équipes sont alors contraintes d’arrêter l’affrètement de l’Aquarius, qui a secouru entre mars 2016 et décembre 2018 quelque 29 523 personnes.

    Entraves de Rome

    et Tripoli

    Le deuxième navire, l’Ocean Viking est allé au secours de 13 895 rescapés entre août 2019 et juin 2026. Ce contraste entre les chiffres symbolise à lui seul la répression accrue. « On est beaucoup moins opérationnels, beaucoup moins efficaces dans notre mission parce qu’on ne nous transmet plus les alertes de détresse. En dix ans, on est passé de 70% des cas de détresse signalés par les autorités maritimes à 4% », déplore Sophie Beau. Entre 2020 et 2023, le navire a été détenu à trois reprises pour des raisons techniques, pour un total de 150 jours. Près de cinq mois durant lesquels les morts se sont accumulés dans ce cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée.

    C’est également en 2023 que le décret Piantedosi que le gouvernement d’extrême droite italien impose aux navires de sauvetage de rejoindre immédiatement le port assigné par les autorités, souvent très loin de la zone de sauvetage.

    À ce tableau déjà sombre, s’ajoute la violence de Tripoli. « En août 2025 on a été pris pour cible, attaqués à balles réelles par les garde-côtes libyens alors qu’on patrouillait en eaux internationales », relate Soazic Dupuy, directrice des opérations de SOS Méditerranée, appuyant sur le « traumatisme » provoqué par cette épreuve. Face à toutes ces entraves, « on se retrouve très seuls, très impuissants », regrette-t-elle. Mais partout, des lueurs d’espoirs subsistent. « Depuis que la Méditerranée se vide des navires civils de sauvetage, on est plus en interaction avec les navires marchands », atteste Soazic Dupuy.

    « Résistance »

    L’association qualifie son action de « résistance ». Car cette semaine, le Parlement européen, phagocyté par la droite et l’extrême droite, a voté la mise en place de « hubs » de retour pour les migrants, soit des centres de rétention en dehors des frontières de l’UE. « La société civile n’a jamais été indifférente malgré tout ce qu’on entend de discours défaitistes ou sombres sur cet écrasement de nos valeurs fondamentales. En fait, beaucoup de personnes sont attachées à ces valeurs d’humanité, de solidarité, de fraternité et ça s’incarne très concrètement dans notre mission », insiste Sophie Beau.

    Les bénévoles n’ont jamais été aussi nombreux et conscients de cette mission vitale. « Nous sauvons des vies. Si notre bateau n’est pas là, ces personnes meurent en mer, cette évidence-là s’impose chez beaucoup de citoyens ». Et pour cause, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recense 1 342 personnes disparues en mer depuis le début de l’année.

    « Nous sauvons des vies. Si notre bateau n’est pas là, ces personnes meurent en mer »

    43 418

    C’est le nombre de rescapés sauvés par SOS Méditerranée depuis mars 2016 avec ses deux navires, l’Aquarius et l’Ocean Viking, au cours de 464 opérations de sauvetage. Parmi lesquels figurent 10 524 enfants, dont 80% étaient non accompagnés.

    35 002

    C’est le nombre de personnes décédées en Méditerranée depuis le début du recensement par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Depuis le début de l’année, au moins 1 342 personnes ont disparu en mer. Ce qui fait de 2026 l’année la plus meurtrière.

  • À Nîmes, l’archéologie creuse son sillon populaire

    À Nîmes, l’archéologie creuse son sillon populaire

    À Nîmes, il suffit parfois de creuser un parking, de restaurer une arche ou d’ouvrir une tranchée pour que la ville, soudain, se mette à parler. Vendredi 12 juin, la Ville de Nîmes et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont renouvelé leur partenariat scientifique et culturel, en présence du maire Vincent Bouget et du président de l’Inrap, Dominique Garcia.

    Derrière la signature, une ambition : faire de l’archéologie non pas un luxe de spécialistes, mais « un moteur de connaissance, de transmission et de rayonnement pour la ville », dans cette ville où l’on construit souvent sur les strates du passé. Depuis plus de 40 ans, l’Inrap accompagne les transformations urbaines de Nîmes. Plus de 400 diagnostics et près de 140 fouilles préventives ont déjà été réalisés, révélant une richesse qui court de la Préhistoire à l’époque contemporaine.

    La ville sous la ville

    La célèbre mosaïque de Penthée, découverte en 2007 lors du chantier du parking Jean-Jaurès, ou encore les traces d’un amphithéâtre antérieur aux Arènes, rappellent que chaque aménagement peut devenir une porte ouverte sur le passé. « Nîmes a participé à la construction de l’archéologie préventive en France », a salué Dominique Garcia.

    Mais le partenariat ne se limite pas aux fouilles. Expositions, conférences, visites de chantiers, colloques, publications et bientôt atlas numérique doivent rendre ces savoirs accessibles aux habitants, aux scolaires, aux chercheurs comme aux visiteurs. « Ces recherches méritent d’être diffusées auprès de tous les publics », insiste Vincent Bouget. Le Musée de la Romanité, dont les collections reposent largement sur ces découvertes, demeure au cœur de cette dynamique.

  • Célébrer la nature au château de la Saurine

    Célébrer la nature au château de la Saurine

    C’est en pays d’Aix et plus précisément sur la commune de Meyreuil, dans le parc du château de la Saurine que l’association Arc Fleuve Vivant organise la deuxième édition de la Fête de la nature ce samedi entre 10h et 18h. « Nous organisons cette édition dans ce lieu majestueux avec un espace extérieur d’une quinzaine d’hectares au milieu duquel passe le fleuve de l’Arc », explique Stéphane Salord, co-président de l’association Arc Fleuve Vivant créée il y a trois ans.

    « Cette journée est un rassemblement associatif avec une cinquantaine d’associations présentes le jour de l’événement mais il y aura aussi beaucoup d’animations diverses et pour tous les âges parce que la nature, la biodiversité et l’environnement concernent les plus jeunes comme les plus âgés », détaille-t-il.

    Des rendez-vous pour petits et grands

    Stands associatifs, expositions, conférences et animations prévues rythmeront cette fête. « Le but c’est aussi d’ancrer différents éléments à travers les thématiques principales que sont la santé et l’environnement puisqu’on ne peut pas être en bonne santé dans une nature malade et la nature ne peut pas être en bonne santé si nous la polluons», campe Stéphane Salord avant de développer : « Il sera également question de débat de civilisation, c’est-à-dire que nous avons besoin d’un droit spécifique pour la nature et du développement d’autorités de contrôle pour le maintien de la biodiversité. Enfin, il est important de rappeler que la situation climatique est urgente, les alertes canicules sont de plus en plus précoces et nous ne sommes à l’abri de rien que ce soit pour les forêts ou pour la Méditerranée ».

    Un fleuve qui a façonné les paysages de Provence

    A l’ombre des arbres, cette journée est faite pour « flâner, prendre le temps et partager » le tout aux abords de ce fleuve témoin de l’histoire et acteur à part entière dans la création des reliefs que l’on connaît en Provence.

    « Le fleuve de l’Arc est un fleuve collinaire qui prend naissance dans la Sainte-Baume et son sillon se poursuit jusqu’à la commune de Berre-l’Etang où il se jette dans la mer », précise Stéphane Salord. « Peu connu du grand public, nous avons pour ambition à travers la Fête de la nature et grâce aux actions que nous menons au sein de l’association, de le remettre au cœur du village, de lui redonner toute son importance et sa superbe. Tant pour ce qu’on lui doit historiquement que géologiquement sans oublier que ce climatiseur naturel est un outil et in instrument de premier plan pour notre avenir. » Et de poursuivre : « C’est aussi un cours d’eau de 89 kilomètres qui est vecteur de biodiversité mais qui est menacé parce qu’en cette période il risque d’arriver à un débit proche de zéro. Nous observons également des épisodes de pollution et nous nous devons d’être des lanceurs d’alerte sur le sujet ».

    Samedi de 10h à 18h.

    Entrée libre

  • Le Collectif Tramway et Transports en Commun dépose un recours contre l’utilité publique du BHNS

    Le Collectif Tramway et Transports en Commun dépose un recours contre l’utilité publique du BHNS

    Malgré le début des travaux des infrastructures du BHNS, le CTTC ne lâche pas l’affaire. Jeudi, le collectif tenait une nouvelle réunion publique afin de réitérer son opposition au projet et sa ferme volonté de voir se réaliser celui du tramway, définitivement enterré par la Métropole TPM l’an dernier.

    « Le BHNS ne permettra pas de faire évoluer significativement la Métropole, en retard par rapport à toutes les autres de même envergure », justifie Maurice Franceschi, le président du collectif, en comparant Toulon aux autremétropoles. le déficit de transports en commun est mesurable à travers, notamment, la part modale des transports publics (autour de 7% à Toulon, contre 20%ailleurs).

    Un projet en défaut par rapport aux normes

    A contrario l’usage massif de la voiture  est de 65% à Toulon, leplus haut taux des 20 plus grandes agglomérations françaises, que le BHNS ne réduirait que de 0,8% selon le dossier de concertation du projet.

    « Pour convaincre les gens, il faut un gain de temps et de confort par rapport à la voiture », poursuit Maurice Franceschi. Or, « le tracé n’étant que 70% en site propre, le bus va subir les embouteillages ».

    Des arguments qui ont poussé, tel que nous l’annoncions le 12 juin, le CTTC à déposer un recours contre la déclaration d’utilité publique (DUP) du projet. Et il en est d’autres : augmentation des émissions de gaz à effet de serre, manque de solutions de stationnements relais… Mais aussi la mise en défaut (ou l’absence de preuve contraire) du projet par rapport à plusieurs normes relatives aux aménagements et au respect de l’environnement : plans locaux d’urbanisme, schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux…

    Le coût du projet, estimé à 395 millions d’euros, « sans intégrer les 187 millions engagés pour le tramway depuis 2001, portant le total à 582 millions » fait aussi grincer des dents, dénonce Anne-Marie Reboul, membre du CTTC. Par ailleurs, alors que la Métropole aurait collecté près de 500 M d’euros auprès des entreprises pour financer l’initial projet tramway depuis 2001, le collectif a interpellé la Chambre régionale des comptes pour savoir ce qu’il est advenu des quelque 300 millions restants.

  • Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un nouveau drame a été évité à Noailles à deux cents mètres de la tragédie du 5 novembre 2018. Jeudi à 21 heures, un immeuble sous arrêté de péril, objet d’un projet de réhabilitation lourde de la SPLA-IN, s’est effondré en château de cartes au 3 Halles Delacroix / 16 rue d’Aubagne, dans un nuage de poussière. Sa façade a tenu. Le bâtiment, côté halles, n’est plus qu’une coque remplie de gravats.

    Quatre passants incommodés par les poussières respirées ont été pris en charge. Le sinistre a mobilisé 70 marins-pompiers, 22 policiers municipaux et plusieurs dizaines de policiers nationaux pour mettre le secteur sous périmètre de sécurité. La place des Halles Delacroix est interdite au public. Les rues adjacentes sont coupées et des commerces fermés. Cinq immeubles dont deux mitoyens ont été évacués, le temps d’un diagnostic structurel. « 17 personnes évacuées n’ont pas pu réintégrer hier soir. 10 ont été pris en charge en hôtel par la Ville, les 7 autres n’en ont pas exprimé le besoin parce qu’ils avaient d’autres solutions », indique l’adjointe au logement Audrey Garino. Des opérations de reconnaissance étaient en cours pour s’assurer de l’absence de victimes sous les gravats de ce bâtiment inoccupé.

    La SPLA-IN Aix-Marseille Métropole avait racheté en 2023 cet immeuble à Marseille Habitat pour 627 560 euros. Elle assurait les études de conception et des travaux de gros œuvre de ce chantier complexe et coûteux (8 120 000 euros, prix hors second œuvre). Sur les causes, un mur de refend au rez-de-chaussée se serait déstructuré lors de la dépose progressive du plancher bas en poutres métalliques, suscitant par précaution la veille l’arrêt du chantier. La décompression soudaine de ce mur porteur à 21h a emporté en château de cartes tous les planchers jusqu’à la toiture. L’immeuble sur cave étayée se trouvait pourtant « dans un état ordinaire sans pathologies importantes » écrivait en janvier 2025 le bureau d’études structure.

    Le principe général du projet structurel était de conserver au maximum les ouvrages en place en les renforçant. Le marché de travaux que La Marseillaise a consulté prévoyait la dépose précautionneuse et progressive du plancher bas du commerce, côté place Delacroix, la démolition de la dalle en béton côté cour intérieure et des colonnes de toilettes sur cour. Les travaux globaux devaient générer 485 tonnes de déchets sur plus de 1 000m² de plancher à curer/démolir.

    « Un immeuble de grande qualité »

    L’immeuble bâti en 1795 est protégé dans le secteur patrimonial remarquable de Marseille. « C’est un immeuble de grande qualité qui souffre à la fois d’un manque d’entretien et de transformations de son architecture, notamment au rez-de-chaussée par des adaptations aux usages commerciaux, menées en toute ignorance de ses compositions architecturales et historiques », décrivait la maîtrise d’œuvre (Groupement Atelier Cord / Chancel Architecture / SP2I / B.M.I / Raedificare SAS) dans le permis de construire délivré en juillet 2024.

    L’immeuble sur cave comprend cinq niveaux de logement avec deux commerces en rez-de-chaussée, l’un orienté rue d’Aubagne, l’autre sur la place des Halles Delacroix. La parcelle est formée de deux ailes articulées autour d’une cour centrale à ciel ouvert. Il était frappé d’un arrêté de mise en sécurité urgente en octobre 2024 après l’incendie du commerce de légumes. La SPLAIN projetait la fin des travaux pour aménager 13 logements, 3 commerces et 1 surface de locaux d’activité à l’automne 2028. Le bailleur Erilia devait assurer le second œuvre. Il faut désormais tout reprendre.

    « La priorité, c’est de mettre les gens en sécurité. Quand on se retrouve encore devant des gravats, on pense au 5 novembre », réagit la conseillère d’arrondissement des 13-14, Lynda Kherbache, cousine de Cherif Zemmar décédé au 65 rue d’Aubagne, venue apporter son aide aux délogés. Le Collectif du 5-Novembre critique « des délogements gérés dans le chaos » avec une « SPLA-IN largement absente du terrain », une « gestion improvisée, approximative et profondément anxiogène » des délogés « ravivant des souvenirs que cette ville ne devrait plus jamais revivre ». Plus fondamentalement, le C5N interroge : « Comment un immeuble intégré à une opération urbaine de rénovation peut-il finir par s’effondrer ? » Contactée, la SPLAIN n’a pas souhaité s’exprimer.