Category: politique

  • [Dossier extrême droite] À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    [Dossier extrême droite] À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    « Si ces personnes ont besoin de soutien parce qu’elles ne parlent pas le français, ce n’est pas mon problème, ce n’est pas à nous de payer », argumentait dans Le Figaro le maire RN Julien Sanchez dès son arrivée à la tête de la ville. En 2014, l’extrême droite applique immédiatement une grande purge dans le milieu associatif. Terminée la subvention à la Ligue de l’enseignement et sa Maison du vivre ensemble. Cette structure organisait du soutien scolaire et recevait en 2013, 33 185 euros de la mairie. Puis plus rien. Comme pour la Mission locale, structure d’accompagnement dédiée aux jeunes âgés de 16 à 25 ans qui rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle et sociale, de 11 000 euros à rien. Entre 2013 et 2015, les subventions aux associations dans le cadre de la « politique de la ville », c’est-à-dire les actions qui visent les plus précaires, sont passées de 81 195 à 24 185 euros pour ne plus jamais remonter. Contactée, la mairie n’a pas répondu à nos questions.

    À bas l’insertion

    À propos de la « politique de la ville », Julien Sanchez, le maire de Beaucaire, également élu à la région Occitanie, affirmait en 2015 en conseil régional que « ces dispositifs sont des primes à la voiture volée », visant à envoyer « des gamins en voyage en Espagne » selon le Midi Libre du 21 février 2015. Un an après son élection, le magazine municipal annonçait la nouvelle politique générale « la Mairie ne finance pas d’associations communautaristes et ne finance plus d’associations politisées comme c’était le cas auparavant », cite le journaliste et chercheur Hacène Belmessous dans son livre enquête : Les laboratoires de la haine : enquête sur la face cachée du frontisme municipal. Résultat : « une mise à mort sociale des associations engagées dans ce dispositif, nombre d’actions ont disparu à Beaucaire. Faute de financement, des postes d’animateurs et de médiateurs de rue ont été restreints, voire supprimés, des activités culturelles ont été rayées de la carte beaucairoise, des lieux d’accueil des familles ont été fermés », analyse le chercheur.

    Autre exemple de destruction d’actions socio-culturelles, la disparition du Relais jeune, un service municipal dédié aux adolescents qui « marchait bien pour encadrer les jeunes et leur proposer des activités », se souvient un travailleur historique de l’action sociale. « Sur le gymnase attenant au local du Relais, les jeunes avaient réalisé une fresque avec les drapeaux de différents pays et de blasons de club, il y avait des drapeaux comme celui de l’Algérie, du Maroc. la mairie s’est empressée de repeindre par dessus ».

    Vive les assos des élus

    D’autres pratiques sont quant à elles nouvellement soutenues par la mairie. Action défense bushido académie, l’association animée par le chef de la police municipale Laurent Colombeau reçoit des subventions tous les ans (2 000 euros en 2024) et s’est vue gratifiée d’une salle flambant neuve en 2019.

    Le volume global de subventions aux associations n’a pas changé radicalement. De 2013, dernière année de plein exercice de la précédente municipalité, à 2024, dernier exercice de l’extrême droite analysable, le montant total est passé de 406 889 à 343 389 euros, soit une baisse de 15,61%. En revanche, l’augmentation est sensible pour les clubs de sports de combat subventionnés, qui eux, sont devenus à la mode dans la ville. En l’espace de deux mandats, ils sont passés de trois en 2013 pour 3 600 euros, à sept pour 10 250 euros en 2024. Autre hausse significative, l’association Les chats libres de Beaucaire dont la responsable, Eliane Hauquier est la conseillère municipale déléguée aux animaux de compagnie. Depuis qu’elle est élue, l’association tourne autour de 3 000 euros de subventions contre 250 auparavant. Le Harley Davidson club gladiator Ugernum est aussi un des grands gagnants du changement. Il bénéficie d’un local spacieux situé en face de l’hôtel de ville. Le tout à titre gracieux et ce depuis 2016, reconduit en 2021. Son président n’est autre qu’Alberto Camaione, conseiller municipal adjoint au commerce depuis 2020. Les 1er mai, il organise, avec le budget de la Ville, l’American Day et redécore Beaucaire d’une culture venue d’ailleurs et de drapeaux étrangers. Mais ceux-là ont l’avantage d’être aussi bleu blanc rouge.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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  • [Dossier extrême droite] À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    [Dossier extrême droite] À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    À Béziers, la vie politique de la ville peut se raconter à travers les fameuses affiches municipales dont Robert Ménard a le secret. Régulièrement, elles font polémique. Mais le bruit qu’elle génère silencie d’autres réalités dans cette municipalité gérée par l’extrême droite depuis 2014. « Ici c’est l’omerta, plus personne n’ose s’exprimer. Il ne faut surtout pas que nos associations soient assimilées à quoique ce soit de “politique” selon la mairie », résume une militante associative biterroise, qui préfère rester anonyme. Une chape de plomb qui rend le travail journalistique délicat. « Il ne faut pas s’attirer les foudres de Ménard », s’est justifié un dirigeant associatif qui n’a pas souhaité répondre à nos questions. Derrière la chronologie des « affiches de Ménard » une autre histoire peut se raconter, celle d’associations malmenées par le pouvoir municipal.

    2015. Le maire d’extrême droite fait polémique avec une affiche montrant un pistolet, qualifié de « nouvel ami » de la police municipale. Pendant que les policiers s’arment, un centre social disparaît. La mairie décide de couper une subvention de 44 000 euros à l’association Arc-En-ciel, qui œuvrait depuis trente ans dans le quartier populaire de la Devèze. Motif ? Des propos jugés « trop politiques », du président du centre social, explique Robert Ménard au Midi Libre. Après les élections départementales de 2015, favorable à l’extrême droite, ce dernier avait déploré dans ce journal local « une démobilisation d’un certain nombre de bénévoles du centre, un peu en colère par le fait que nombre de gens se sont abstenus, ne sont pas allés voter ».

    2016. Des affiches dénonçant la venue de « migrants » dans le centre-ville de Béziers défraient la chronique. Cette année-là, l’ABCR, l’Association Biterroise contre le racisme se fait refuser une salle municipale pour manquement au règlement de la maison de la vie associative. Sa faute : là encore trop « politique ». La structure, œuvrant pour l’insertion des populations roms, porte l’affaire jusque devant le Conseil d’État, et gagne.

    2024. Une affiche montrant une croix de David avec la mention « soutien à Israël » est affichée par les services de la mairie dans la médiathèque André-Malraux. Une pétition d’usagers du lieu de Béziers dénonce « des affichages et prises de positions partisanes ou unilatérales concernant l’actualité ». Dans le même temps, la participation de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) à la journée des associations est compromise. Ses statuts n’auraient pas été déposés dans les temps selon la mairie, ce que ses membres contestent. « Le jour J, on a posé notre stand à côté de celui de la cosmopolithèque, un lieu citoyen qui nous héberge. Quand Ménard est passé, je l’ai interpellé pour lui demander pourquoi nous n’étions pas enregistrés au registre des associations, il a répondu que nous étions antisémites », se remémore Jean-Claude, membre de l’association. Interrogée à ce sujet, la municipalité n’a pas répondu à nos questions.

    Plus pour la com’ que

    pour le social et la culture

    Les affiches de Ménard font partie d’une stratégie de communication municipale coûteuse. Pour mesurer les dépenses de communication de la Ville de Béziers, Le Poing s’est fondé sur les comptes administratifs, qui retracent les dépenses réellement exécutées. La Ville a consacré environ 693 000 euros en 2016, 784 000 euros en 2019 et 767 000 euros en 2020 à sa communication, un niveau croissant depuis l’arrivée de Robert Ménard à la mairie. Cette année-là, cette dernière a dépensé plus dans ce domaine qu’en subventions versées aux associations culturelles et sociales selon les données que nous avons collectées.

    Cette communication engendre aussi des frais indirects. Les passages devant des tribunaux font aussi partie des postes de dépenses municipales en augmentation, alerte Pascal Resplandy, ancien conseiller municipal LR. Selon ses calculs, elles auraient coûté 870 000 euros entre 2014 et 2019, notamment à cause des choix de communication de Robert Ménard. Des chiffres que la municipalité nuance, évoquant « seulement » 715 000 euros de frais de justice sur la période. Par exemple, une photo a été utilisée dans la campagne municipale anti migrant sans autorisation d’un photographe de l’AFP. Résultat : 11 000 euros en frais de justice, payés par le contribuable, selon France 3 Régions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

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    Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Dossier extrême droite] Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

    [Dossier extrême droite] Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

    Des salles de musiques murées, des festivals repris en main, des institutions culturelles attaquées, des financements supprimés… En 1995, les maires Front national avaient fait de la culture un champ de bataille idéologique dans les villes du sud qu’ils venaient de conquérir – Marignane dans les Bouches-du-Rhône, Toulon dans le Var, Orange dans le Vaucluse.

    La génération suivante, celle de Beaucaire, Perpignan ou Fréjus, du désormais Rassemblement national (RN), fait moins d’éclat. « Dans les années 90, la politique culturelle est envisagée comme marqueur pour affirmer des différences, […] un combat de valeurs pour le “pluralisme culturel”, une notion détournée pour faire la critique d’un milieu marqué à gauche et homogène », rappelle Vincent Guillon, politologue et co-président de l’Observatoire des politiques culturelles. « Depuis 2014, dans les grandes villes notamment, les exécutifs sont dans une perspective de ne pas faire de scandales. Ils sont la vitrine de la normalisation du RN, de sa capacité à gouverner. Ils vont donc mettre en scène la poursuite de partenariats, comme à Perpignan avec le festival de la photo [Visa pour l’image, Ndlr]. »

    Mais derrière la dédiabolisation, nos chiffres montrent que la culture reste une cible privilégiée pour l’extrême droite. Dans 80% des communes analysées, la majorité municipale a sabré dans ses aides aux associations culturelles. Y compris dans les petites communes, celles dont on ne parle jamais mais qui subissent de plein fouet ces politiques anti-culture. C’est à elles que nous nous sommes intéressés.

    La culture portée disparue

    À Bédarrides, 5 500 habitants, les subventions aux associations culturelles ont quasiment disparu depuis l’élection de Jean Bérard en 2020, avec le soutien du RN. De 31 400 euros par an, elles sont passées à… 830 euros. Même cure d’austérité à Camaret-sur-Aigues, 4 500 habitants, où l’extrême droite a pris le pouvoir en 2014. Le financement des associations culturelles a été divisé par -de 13 960 euros à 6 450 euros. Sur les huit associations culturelles subventionnées en 2012, seules trois l’étaient encore en 2017. En 2021, le maire RN a aussi demandé à toutes les associations de la ville de faire un effort financier. Les baisses de dotation acceptées par certaines structures n’ont jamais été rattrapées.

    C’est par exemple le cas d’Éclats de lire, une association de sensibilisation à la lecture qui intervient dans les écoles et à la bibliothèque municipale, qu’elle a fondée et où ses membres font office de bibliothécaires plusieurs fois par semaine. Sa subvention a été divisée par deux, de 2 380 euros € à 1 200 euros. L’association n’a pourtant pas réduit ses activités. Ses membres ont par contre dû se battre pour garder leur place au comité de lecture, quitte à avaler quelques couleuvres. « Au moment du départ de l’ancienne bibliothécaire, la ville a voulu [nous évincer]. On a résisté, on y est toujours, mais des livres nous sont imposés, comme ceux d’Éric Zemmour [le polémiste d’extrême droite et fondateur du parti politique Reconquête, Ndlr] », témoigne Françoise Virlouret, président de l’association et cheffe de file de l’opposition.

    Comme les maires Front national en leur temps, Philippe de Beauregard aime aussi s’immiscer dans la programmation de ses structures culturelles. Le frontiste a ainsi décidé de censurer sur son site Internet l’affiche de La belle saison de Catherine Corsini, qui racontait une histoire d’amour lesbien. Pour ne pas subir ce genre de pression, le festival Jazz dans les vignes a quitté Camaret, un autre s’est sabordé.

    Contacté, Philippe de Beauregard conteste d’abord nos chiffres. Selon les siens, les subventions aux associations culturelles sont passées de 11 066 euros en 2013 à 8 000 euros en 2025. Mais l’édile intègre dans ses calculs des subventions à des structures relevant de notre avis plus de la conservation du patrimoine. Le maire de Camaret en a fait le cœur de sa politique culturelle avec « la défense des traditions et de la culture provençale ».

    Ensuite, il défend son « attachement au pluralisme » des idées, qui oriente certains de ses choix, comme l’organisation d’une projection-débat consacrée aux Arkis ou l’achat des ouvrages d’Éric Zemmour ou Philippe de Villiers pour la bibliothèque municipale. Enfin, Philippe de Beauregard assure avoir recruté en 2024 une coordinatrice culture et lancé la création d’un pôle culturel.

    La culture aux ordres

    à Morières-lès-Avignon, 9 000 habitants, le couperet est tombé sur la Cie Okkio. Pendant l’été 2024, l’association a perdu sa subvention de 2 500 euros€ et la mise à disposition ponctuelle d’un local pour les répétitions de ses spectacles pour très jeune public. Sa faute ? Avoir relayé un communiqué de son syndicat professionnel mettant en garde contre les risques d’une victoire de l’extrême droite à l’occasion des élections législatives anticipées. Un courrier est envoyé par la majorité RN à la compagnie début juillet, comme l’avait raconté la compagnie dans un communiqué de presse annonçant son départ de Morières. La réponse de cette dernière est restée lettre morte. « Le maire était suppléant du candidat rassemblement national. On nous a reproché de faire une publicité négative à la commune, de nuire à nos bonnes relations avec la mairie et d’assimiler le RN à l’extrême droite », se souvient Isabelle Lega, la co-directrice artistique d’Okkio.

    Alors qu’elle s’était décidée à rester à Morières-les-Avignon à l’arrivée du maire RN, la compagnie s’est réfugiée à Avignon, où elle a été accueillie à bras ouverts par la Ville et les acteurs culturels. Mais ce changement n’est pas si simple. « On a des gros projets en cours, mais on n’a plus de locaux. Et nos actions d’éveil musical parents-enfants sont stoppées depuis un an », s’inquiète Isabelle Lega.

    En revanche, Grégoire Souque, le maire RN, a maintenu le financement de 10 000 euros du Festival des vents, un festival de musique centré sur le jazz qui se déroule depuis près de 25 ans en août dans la petite voisine d’Avignon et draine quelque 600 spectatrices et spectateurs sur trois soirées et six concerts. « Ce qui l’a sauvé c’est que [la nouvelle majorité] souhaitait s’approprier sa notoriété », estime ainsi Philippe Renaud, son président depuis 2010. Contacté à plusieurs reprises, Georges Souque n’a pas souhaité nous répondre.

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    À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

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  • [Dossier extrême droite] En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    [Dossier extrême droite] En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, dit l’adage. Exemple à Camaret-sur-Aigues, 4 500 habitants, une commune du nord Vaucluse dirigée depuis 2014 par le frontiste Philippe de Beauregard. Depuis 2019, la ville subventionne à hauteur de 1 200 euros € par an Le Cèdre et l’Olivier, une association jumelée avec Ras Balbeek, un village chrétien du Liban. Au-delà de son caractère confessionnel et communautariste, pourtant fustigé par le RN, la structure créée en 2018 a la particularité d’avoir été fondée et d’être présidée par Isabelle Latard, qui est conseillère municipale déléguée à la petite enfance.

    Même mélange des genres à Bédarrides, 5 500 habitants, quelques kilomètres plus au sud. Alors que les subventions aux associations ont chuté de 35 % depuis la victoire de Jean Bérard en 2020, avec le soutien du RN, une seule association s’en sort : l’Avenir Sportif de Bédarrides-Chateauneuf-du-Pape Rugby (SBCPR). Le principal club de la ville, qui évolue en National 2, le quatrième échelon national, a vu sa part dans le total des subventions passer de 46,86% en 2019 à 61,81% en 2024. Résultat, d’autres associations de la commune ne peuvent pas se développer ou simplement conduire leurs activités faute de financement.

    Cette curiosité locale a d’ailleurs interpellé la chambre régionale des comptes. Dans son rapport de gestion publié en juillet 2025, elle consacre un chapitre au SBCPR. Avantages en nature non comptabilisés, versement de subventions malgré des dossiers incomplets, le club bénéficie selon le document d’un traitement de faveur de la part de la majorité de Jean Bérard. Mieux, un membre de son conseil d’administration fait partie de la poignée de conseillers municipaux chargés d’étudier les demandes de subventions au sein de la « réunion d’arbitrage » qui a remplacé la « commission municipale des associations, des festivités et de la culture » depuis 2020. Alerte des magistrats financiers : « L’absence de participation de l’élu aux débats et aux votes lors de la séance du conseil municipal fixant la subvention de l’association ne saurait suffire à écarter le risque de conflit d’intérêts, qui ne peut être dissipé en l’absence d’adoption de procès-verbaux de la réunion d’arbitrage. »

    Contactées, ces mairies n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

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    À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

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  • [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    Maire de Fréjus depuis 2014, David Rachline briguera un nouveau mandat, mais pas sous l’étiquette du Rassemblement national. Début décembre, il a démissionné de son poste de vice-président du parti lepéniste après s’être vu refuser son investiture. Proche de Marine Le Pen, le sénateur du Var a un temps incarné la réussite locale du parti d’extrême droite et sa ville une vitrine de sa « normalisation ». Une image fissurée par les affaires judiciaires : le parquet de Draguignan a fait appel de sa relaxe fin janvier pour prise illégale d’intérêts, et il reste poursuivi pour favoritisme. Le procès est attendu à l’automne.

    Au-delà de ces affaires, l’analyse des subventions à Fréjus souligne une profonde réorientation des politiques publiques lors de ses deux mandats. Alors que la dette de la commune (153 millions en 2024, deux fois plus que la moyenne des villes de même taille) a explosé, l’enveloppe des aides aux associations a reculé de 4,2 %, passant entre 2012 et 2024 de 4,33 millions à 4,15 millions d’euros.

    Une baisse en apparence modérée qui cache un bouleversement plus net : laminé, le secteur social a vu ses financements s’effondrer de 92% (de 1,79 million à 138 000 euros) tandis que ceux destinés au sport ont bondi de 60 % (2,83 millions en 2024). Trois associations sportives figurent dans le top 3 des associations les plus subventionnées par la ville.

    Intervention

    de David Rachline

    La première d’entre elles, l’Association multisports et loisirs de Fréjus (AMSLF), a vu sa dotation progresser de 29 % sur la période. Un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) y a pointé des dysfonctionnements significatifs dans la gouvernance sur fond de « liens étroits » avec la mairie ainsi qu’une situation financière préoccupante. « De tels postulats résultent plus d’opinions personnelles voir, là encore, de jugement de valeur et ne semblent pas corroborées par des éléments factuels », explique l’AMSLF dans sa réponse officielle aux magistrats financiers.

    Un compte rendu de réunion en mairie, obtenu par ces derniers, fait pourtant état d’une intervention de David Rachline dans la gouvernance de l’association.

    Créé en 2019, le club de pétanque de Fréjus est lui entré dans le top 5 des 63 associations sportives les plus aidées. Selon les données compilées des comptes administratifs, la subvention du Fréjus International Pétanque est passée de 50 000 euros (2019) à 75 000 euros en 2024. Le club accueille parmi les meilleurs joueurs mondiaux et organise un Mondial baptisé « Laurent Barbero – Ville de Fréjus ».

    Ici, ce nom renvoie à une autre réalité locale. Laurent Barbero est le grand-père d’Alexandre Barbero, entrepreneur du BTP, dirigeant notamment de RBTP / Holding Delta Investissements, implantée à Fréjus et dans le Var. Un nom qui apparaît dans des procédures judiciaires en cours visant la mairie dans le cadre de l’enquête du Parquet national financier ouverte pour favoritisme, recel de favoritisme et corruption active et passive d’élus. Sollicitée, la mairie de Fréjus n’a pas répondu à nos questions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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  • [Entretien] Paul Planque : « Une bataille pour la santé et pour l’emploi industriel »

    [Entretien] Paul Planque : « Une bataille pour la santé et pour l’emploi industriel »

    La Marseillaise : Comment se déroule la campagne ?

    Paul Planque : Cela fait un an maintenant que l’on va à la rencontre des Alésiens pour entendre quelles sont leurs attentes pour la ville. Il nous semblait indispensable d’aller dans une démarche citoyenne à la rencontre de ceux qui vivent la ville au quotidien. Nous avons donc accumulé un ensemble de demandes concernant cette ville que nous avons tenté de réintroduire dans ce que l’on appellera non pas un programme, mais un projet pour la ville car cette démarche, nous souhaitons la poursuivre, y compris dans la gestion à venir de la ville.

    Quels sont les thèmes que vous portez dans cette campagne ?

    P.P. : Il y a d’abord la santé car 7 000 Alésiens sont sans médecin traitant. Ensuite, il y a la question de la jeunesse et de la réussite éducative. C’est un domaine dont la municipalité actuelle s’est totalement désengagée puisqu’elle privilégie une population âgée. C’est légitime de s’occuper des personnes âgées mais ça ne peut pas se faire au détriment de l’avenir d’Alès qui est sa jeunesse. Aujourd’hui, il n’y a plus de maisons de quartier, il y a une maison de la jeunesse qui est très mal placée par rapport aux besoins réels de la jeunesse. Nous avons aussi travaillé sur l’emploi pour que cette jeunesse reste travailler à Alès après ses études. Le nombre d’emplois industriels a été divisé par dix et il y a une bataille à mener pour recréer de l’emploi industriel. Notre préoccupation est aussi de redynamiser le centre-ville, ce qui passe par la revalorisation du pouvoir d’achat des Alésiens.

    Alès est aussi une ville fracturée. Comment comptez-vous reconnecter tous les quartiers de la ville ?

    P.P. : Il y a un problème de communication entre le centre-ville et certains quartiers comme ceux du Prés-Saint-Jean, de Clavières ou des Cévennes. Mais il y a aussi un problème de communication des quartiers entre eux. Quand j’habite la Prairie, pourquoi je ne peux pas aller directement à Tamaris ? Aujourd’hui, il y a des navettes qui tournent comme des guêpes autour du centre-ville et dont la population regrette qu’elles ne viennent pas dans leur quartier.

    Pourquoi l’union avec Basile Imbert (PS) n’a pas été possible ?

    P.P. : J’ai encore relancé nos camarades du PS et des Écologistes la semaine dernière mais j’ai reçu une fin de non-recevoir de la part de Basile Imbert. Nous avons aussi appris que l’ancien secrétaire de la section alésienne du PS, Christophe Clauzel, était sur la liste de Rivenq. Est-ce inéluctable sur Alès que le PS finisse toujours à droite ? C’était le cas avec Christian Chambon, maintenant avec Clauzel, qu’adviendra-t-il de Christiane Thomas ? Aujourd’hui j’ai plus envie de m’adresser aux électeurs socialistes qu’à leurs dirigeants. Le 15 mars, le vote utile, c’est nous. Mais je ne doute pas qu’on retrouve avec les socialistes au second tour.

  • Alès : le pari de réunir une ville fracturée

    Alès : le pari de réunir une ville fracturée

    Il y a un peu moins d’un an, lorsque Max Roustan laissait son fauteuil de maire à l’omniprésent premier adjoint et président d’Alès agglomération Christophe Rivenq, la survie du « roustanisme » semblait assurée. Mais onze mois plus tard, rien n’est moins sûr tant les problèmes à Alès s’accumulent, bien loin de l’image du « sud ingénieux » vantée par Christophe Rivenq.

    Les fusillades liées au narcotrafic se succèdent ces derniers mois et viennent souligner l’abandon des quartiers populaires où les services publics disparaissent les uns après les autres à l’image de la fermeture du bureau de poste de Tamaris. Ces quartiers manquent aussi d’une réelle connexion avec le centre-ville qui aurait lui aussi à y gagner tant les fermetures de commerces y sont récurrentes. Touchée par un important taux de chômage (23,8% en 2022) notamment chez les jeunes (39,3% pour les 15-24 ans), la ville doit retrouver une économie florissante qui embauche, clé pour retrouver l’attractivité d’Alès. Un développement économique qui ne pourra se faire qu’en lien avec l’écologie car Alès sera la troisième ville de France la plus impactée par l’augmentation des températures due au dérèglement climatique.

    Face à tous ces enjeux, avec la liste « Alès, c’est vous ! » Paul Planque a lancé une initiative citoyenne de consultation de la population pour construire un projet au plus près des attentes des 46 000 habitants de la ville. Ingénieur architecte et ancien premier adjoint de la ville de Saint-Ouen en banlieue parisienne où il a lancé le plus vaste projet d’écoquartier d’Île-de-France, il souhaite désormais mettre son expérience au profit de sa ville natale. Pour cela, il mènera une liste soutenue par La France insoumise, L’Après, le Parti animaliste et des militants syndicaux et associatifs.

    Mais Planque n’aura pas réussi à réunir toute la gauche au premier tour puisque Basile Imbert (PS) soutenu par les Écologistes, est bien décidé à aller au bout. « Je vous remercie pour ce énième appel solennel à se ranger derrière le candidat du PCF et pour votre généreuse proposition sur votre liste, une méthode qui me confirme que vous n’avez toujours pas saisi pourquoi il y a aujourd’hui deux listes de gauche à Alès », a répondu le jeune socialiste à l’appel d’union lancé par « Alès c’est vous » fin janvier. S’il a dévoilé une partie de son programme, Basile Imbert n’a toujours pas communiqué sur sa liste et certains s’interrogent sur sa capacité à cocher la quarantaine de noms nécessaires pour se présenter.

    Le RN en embuscade

    À l’instar d’un Jean-Paul Fournier à Nîmes, Max Roustan parvenait à chaque élection à capter un électorat populaire habituellement acquis à la gauche. Pas sûr qu’il en soit de même pour Christophe Rivenq. S’il annonce dans tout Alès que des sondages le donnent large vainqueur au premier tour, sa popularité dans la deuxième ville du Gard reste largement à prouver tant les voix critiques sont nombreuses. « Tout le monde nous dit la même chose : Rivenq n’est pas Roustan. Rivenq n’est pas apprécié du tout car il a gardé ce côté directeur. Les gens attendent une alternance et une autre proposition », soutient Armand Crépin (LFI).

    D’autant que Rivenq devra faire face à deux listes sur sa droite. Le président de l’association Agir pour Alès et son Agglomération (AAA) Marc Infantès a en effet décidé de se lancer dans la bataille avec sa liste « Alès Moderne et Authentique ». Ce retraité de la gendarmerie a axé sa campagne sur la sécurité, ciblant là aussi une faiblesse de la municipalité sortante dans une ville gangrenée par le narcotrafic. Le Rassemblement National suit la même stratégie. Si le parti d’extrême droite n’a pas envoyé de poids lourd en Cévennes, il s’appuie lui aussi sur un fonctionnaire de police pour mener sa liste et compte marteler un discours sécuritaire. Anthony Bordarier, 40 ans, a en effet officialisé sa candidature le 6 février, entouré des députés Pierre Meurin et Yoann Gillet. Il confirme vouloir « créer la surprise ». Et dans une triangulaire, voire une quadrangulaire, au second tour, les chances de Christophe Rivenq de l’emporter sont tout sauf acquises. À Alès, tout reste donc ouvert.

  • L’Occitanie maintient le cap malgré les coups fourrés de l’État

    L’Occitanie maintient le cap malgré les coups fourrés de l’État

    Trois milliards et cinq cent quatre millions d’euros. Tel est le montant du budget 2026 pour l’Occitanie, voté jeudi 12 février par le conseil régional malgré l’opposition de la droite et du RN. Un montant stable comparé à l’an passé en dépit d’un nouveau mauvais coup de l’État.

    Par le jeu pervers de la baisse des dotations qui lui sont allouées, la Région a dû composer un budget à l’équilibre avec 144 millions d’euros de recettes en moins (-108ME au titre des dotations et -36,7ME au titre de la compensation de la taxe professionnelle supprimée par Nicolas Sarkozy). « Nous sommes la Région la plus impactée après les Hauts-de-France et la Normandie alors même que l’Occitanie est la région la plus enclavée et la plus touchée par le réchauffement climatique », peste Carole Delga. Depuis 2023, le manque à gagner s’élève à 500 millions d’euros.

    La présidente socialiste n’y va pas par quatre chemins et dénonce une loi de finances « injuste » votée par le gouvernement, qui pénalise deux fois plus l’Occitanie que d’autres quand on rapporte ces sommes au nombre d’habitants (6,12 millions ici). Un effort de 20% demandé aux collectivités jugé « inégalitaire », celles-ci ne représentant que 6,5% de la dette publique et contribuant pour 70% à l’investissement public. « Cette décision est grave », estime Carole Delga, qui s’est fendue d’un courrier au Premier ministre cosigné par les 14 autres présidents de Région.

    177€ investis par habitant

    Au prix de choix de mutualisation, d’économies par-ci par-là (-0,8% sur le fonctionnement) et grâce à la mobilisation de crédits européens, l’Occitanie parvient à maintenir le cap budgétaire. Avec sobriété et efficacité. La maîtrise de la dette régionale (7 ans pour rembourser, en deçà du seuil d’alerte de 9 ans) couplée à une capacité d’autofinancement satisfaisante (509 millions d’euros) permet à la collectivité de continuer à investir (1,15 milliard d’euros). Soit l’équivalent de 177 euros investis par habitant contre 152 euros en moyenne.

    Les principaux dispositifs liés au pouvoir d’achat des familles seront maintenus. Par exemple l’ensemble des mesures (Ordis, livres et cars Lio gratuits…) qui font que l’Occitanie propose « la rentrée la moins chère de France » pour les lycéens. La Chambre régionale des comptes ayant salué la hausse de fréquentation des TER de 68% depuis 2019, pas de raison de changer de stratégie ferroviaire. Les 14 millions de billets à 1 euro continueront à être proposés cette année.

    Malgré une tentative de désengagement de l’État sur le projet de TGV Toulouse-Bordeaux-Dax, pour lequel les travaux ont débuté, Carole Delga maintient son soutien total à l’autre ligne à grande vitesse (LGV) Montpellier-Perpignan mais ne cache pas son inquiétude. « Le recours à un Partenariat public privé (PPP) sur Bordeaux-Toulouse entraînerait un surcoût de 7,3 milliards d’euros. Sur le TGV, l’État est défaillant. »

    En 2026, la présidente socialiste compte recruter dans les maisons de santé d’Occitanie le 150e médecin. Là encore pour pallier les déserts médicaux et les errances de l’État, compétent en matière de santé publique. D’ici quelques jours sera présenté au salon de l’agriculture un « pacte de souveraineté agricole », qui sera soumis au vote en juin prochain. Afin de créer les 25 000 emplois annuels nécessaires pour contenir le chômage qui reste élevé (9,2% au 3e trimestre 2025), la Région promet aussi de maintenir ses aides à la formation et aux entreprises ainsi qu’un budget culture « volontariste ». Enfin, les « projets les plus urgents » pourront être subventionnés auprès des communes, exsangues. En juin, Carole Delga promet de s’entretenir avec les nouveaux maires élus.

  • « La dynamique citoyenne » fait souffler l’espoir à Bédarieux

    « La dynamique citoyenne » fait souffler l’espoir à Bédarieux

    En 25 ans de métier au sein de la Poste, Dimitri Estimbre a mesuré l’évolution de sa commune chérie, Bédarieux (Hérault). Il y est né, y a grandi, vit et travaille au pays, arpente ses rues et rencontre ses habitants au quotidien.

    Il a vu le centre-ville du gros bourg de 6 000 habitants, devenir désertique au profit de zones commerciales sans âme. Les jeunes et moins jeunes souffrir de la privation d’emplois : 13,9% de taux de chômage. Alors, depuis quelques années, Dimitri Estimbre et ses camarades de la section du PCF, mais aussi de nombreux citoyens non encartés dans une organisation politique, se retroussent les manches. En 2020, il lui a manqué une poignée de voix (65) pour gagner l’élection municipale face à l’actuel maire sortant, Francis Barsse, 76 ans, qui se représente.

    « Pendant six ans de mandat dans l’opposition et avec Françoise Bousquet au conseil communautaire, nous avons rendu compte de notre mandat lors de réunions publiques et nous avons gardé autour de nous le collectif. Nous ne sommes pas repartis de zéro en 2026 », souligne l’élu qui a toujours siégé au conseil municipal. « Il y a deux ans, nous avons vraiment réactivé le collectif avec pour objectif de retravailler comme en 2020, c’est-à-dire, à partir des membres du collectif on a identifié des thématiques de travail. Là nous sommes à 17 thématiques. Chaque membre du collectif s’inscrit dans le thème qui l’intéresse et, à son tour, invite des personnes intéressées. Bien sûr avec comme préalable un prisme à gauche ». Une méthode qui a permis aux citoyens engagés de prendre part au programme.

    Ce vendredi 13 février, la liste de 31 candidats sera présentée lors d’une grande réunion publique, salle Léo Ferré. « Nous avons travaillé la composition de la liste de façon collégiale », précise Dimitri Estimbre. Outre le maire sortant, l’extrême droite présente une liste nommée « union des droites patriotes à Bédarieux » dont la tête de liste a été conseiller municipal Front national et récemment le délégué d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle.

    Pour un service municipal des pompes funèbres

    En six ans, Dimitri Estimbre a gagné en notoriété. Dans la vie publique du conseil municipal et notamment lors de la bataille des retraites dans laquelle ce militant CGT s’est totalement investi lors des grandes manifestations organisées à Bédarieux. La question sociale et les réponses à y apporter irriguent d’ailleurs le programme de la liste « Bédarieux la dynamique citoyenne » (lire détails ci-dessous), notamment sur les services publics. « Nous proposons un service public municipal des pompes funèbres. Ensuite, en accord avec l’intercommunalité, nous proposons la création d’un réseau intercommunal de transports en lien avec la ligne SNCF qui traverse notre territoire ». Dimitri Estimbre a d’ailleurs sur sa liste Jacky Tello, président du comité pluraliste de réhabilitation, de défense et de promotion de la ligne SNCF Béziers-Millau-Neussargues. On y trouve aussi des syndicalistes CGT de l’hôpital de Bédarieux. « C’est le premier employeur de la ville. Nous nous sommes opposés au projet de groupement de coopération sanitaire qui est, en fait, un partenariat public-privé entre le groupe Cap santé et l’hôpital. Cela revient à démanteler l’hôpital public ». Des syndicalistes de l’Éducation nationale qui se sont mobilisés contre des fermetures de classes, sont aussi colistiers. Bref, les forces vives du mouvement social sont là. Autre grand sujet, la gestion de l’eau avec une proposition utile pour les habitants : la gratuité des premiers m³ d’eau. Autant d’idées concrètes qui font souffler l’espoir à Bédarieux.

    *18h à Bédarieux, salle Léo-Ferré

    En chiffres

    Bédarieux compte quelque 6 000 habitants. Son taux de chômage en 2022 était de 13,9% selon l’Insee. Sur le plan socioprofessionnel, Bédarieux comptait aussi en 2022 2 006 retraités soit 40% de sa population. 535 ouvriers, soit 10,7% des habitants et 796 employés soit 15,9% de la population. 20 agriculteurs exploitants sont installés, 235 Artisans, commerçants, chefs d’entreprise. 385 sont dans des professions intermédiaires et 192 exercent des fonctions de cadres et professions intellectuelles supérieures (CPS).

  • [Entretien] Benoît Hamon à Nîmes : « L’économie sociale et solidaire est un modèle solide »

    [Entretien] Benoît Hamon à Nîmes : « L’économie sociale et solidaire est un modèle solide »

    La Marseillaise : Nîmes en commun souhaite faire de l’économie sociale et solidaire (ESS) un pilier de son programme. En quoi est-ce pertinent ?

    Benoît Hamon : Construire aujourd’hui ou donner une priorité au développement de l’économie sociale et solidaire c’est répondre à des besoins des populations qui ne sont pas satisfaits par l’économie conventionnelle ou les services publics. L’ESS se situe dans cet intervalle.

    L’ESS peut-elle répondre aux besoins de création d’emplois dans une ville comme Nîmes frappée par le chômage, la pauvreté ?

    B.H. : Souvent les villes et dans les élections municipales des candidats aux mairies font des grandes déclarations sur le développement économique, sur les grandes entreprises qui pourraient s’installer, etc. La réalité c’est qu’on met souvent beaucoup d’argent public pour des emplois qui peuvent partir aussi vite qu’ils sont arrivés. La force de l’économie sociale et solidaire, ce sont les emplois non délocalisables. Ils n’iront jamais à Singapour, en Chine ou aux États-Unis. Ce sont des emplois qui répondent à des besoins sur un territoire et qui sont portés par des entreprises privées de l’ESS mais qui ont un modèle non lucratif. Cela ne veut pas dire qu’elles perdent de l’argent mais tout simplement qu’elles ne distribuent pas d’argent aux actionnaires. Cet argent reste dans l’entreprise. C’est cela qu’il faut comprendre, la force de l’ESS.

    Un exemple ?

    On observera qu’il y a dans l’ESS des entreprises qui sont en concurrence avec d’autres, pas de l’ESS, par exemple les crèches. Vous avez des crèches lucratives avec des actionnaires et des crèches non lucratives. La différence c’est que la non lucrative ne distribue pas de dividendes donc l’argent reste dans la crèche, ce qui permet un meilleur taux d’encadrement des tout-petits.

    L’ESS est donc un modèle économique solide ?

    B.H. : En étudiant l’espérance de vie des entreprises en coopérative et celles en économie conventionnelle, sur un même marché, le ministère de l’économie et des finances a observé que les entreprises, comme les SCOP, avaient une espérance de vie plus longue que les entreprises conventionnelles. À partir du moment où les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise, la consolident, l’espérance de vie est plus longue. Et à partir du moment aussi où les décisions importantes de l’entreprise sont partagées et discutées, elles sont plus tempérantes, plus fiables, plus solides pour préparer l’avenir.

    L’ESS est victime d’idées reçues. Que répondez-vous ?

    B.H. : L’ESS, c’est 14% de l’emploi privé en France et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas une économie subventionnée. La Cour des comptes a mis cela au clair : seulement 7% des aides publiques aux entreprises, dont les subventions aux associations, concernent l’ESS. Notre modèle, qui pourtant concourt à l’intérêt général, reçoit moins que les entreprises conventionnelles. Pour résumer : on fait 10% du PIB, 14% de l’emploi privé et 7% des aides publiques. L’économie la plus soutenue, c’est l’économie capitaliste.

    Nîmes est politiquement à la croisée des chemins avec la possibilité d’un changement avec Nîmes en commun, une droite divisée mais une extrême droite qui menace. Quel message avez-vous pour convaincre d’aller voter le 15 mars ?

    B.H. : L’extrême droite et le RN déposent des amendements pour supprimer l’économie sociale et solidaire. Ils ne comprennent certainement rien à ce que l’on fait mais en voulant supprimer ESS France, c’est leur obsession de mettre au pas l’économie sociale qui produit de l’intérêt général. C’est intéressant de regarder Trump, c’est l’extrême droite. Il avait un grand programme sur le pouvoir d’achat, d’emploi, de salaire. On observe qu’il est en échec sur tous ces sujets. La seule chose où il garde un lien fort avec sa base c’est qu’il leur propose de partager sa joie de faire mal à d’autres. C’est là-dessus que l’extrême droite « honore » son programme. Elle ne rate jamais une occasion de faire mal à une catégorie de la population. Là où vous élirez l’extrême droite, vous aurez le lendemain plus de désordre. On doit mettre en face des projets politiques qui revendiquent la joie au sens de la fête, de la culture !

    *Vendredi 13 février à .18h30, local des cheminots, 15 rue Benoît Malon, Nîmes.

    Les mesures

    Nîmes en commun propose la création d’une École de la coopération « Charles Gide ». Objectifs : créer un centre de recherche et d’innovation sociale. Autre mesure : créer un Fonds indépendant pour sécuriser les financements associatifs et faire des SCIC, qui est l’entreprise de la coopération, un outil de développement local pour les Places Communes (tiers-lieux de quartier), la gestion des Halles, la transition énergétique, la mobilité solidaire , l’ alimentation durable, la culture et l’éducation populaire.