Category: international

  • [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencéà quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

    La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

    Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

    À Minneapolis, la population
    a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé
     ?

    C.S. : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

    Ce mouvement a-t-il réussi
    à faire reculer le président ?

    C.S. : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite (voir photo). Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

    Vous dites que la popularité
    de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

    C.S. : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

    Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

    C.S. : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs
    et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

    Rassemblement à Marseille ce mercredi

    Deux mobilisations de soutien au peuple américain sont organisées simultanément mercredi à 18h30, à Paris et à Marseille, sous l’ombrière du Vieux-Port, à l’appel du collectif la Digue et d’Indivisible Paris.

  • [Passerelle interculturelle] Comprendre la Chine au-delà des apparences

    [Passerelle interculturelle] Comprendre la Chine au-delà des apparences

    La France est depuis longtemps un lieu de rencontre des cultures du monde. Grâce à ses musées, ses festivals, ses théâtres et son cinéma, elle offre aux cultures étrangères un espace de visibilité et de dialogue. De nombreux pays souhaitent y présenter à la fois leur patrimoine et leur création contemporaine.

    En tant que journaliste chinoise installée en France, je découvre cette ouverture avec intérêt. Mais cette expérience m’amène aussi à m’interroger. Il arrive que certains spectacles, présentés comme de simples propositions culturelles, véhiculent en réalité des messages idéologiques ou politiques que le public ne perçoit pas toujours clairement.

    Ces derniers mois, la troupe « Shen Yun », associée au mouvement Falun Gong, a été largement promue dans le sud de la France. Pour de nombreux spectateurs, il s’agit avant tout d’un spectacle inspiré de la tradition chinoise. Pourtant, Falun Gong est considéré en Chine comme une organisation sectaire interdite depuis 1999. Par ailleurs, des médias internationaux ont relayé des témoignages d’anciens artistes évoquant une forte pression idéologique ainsi que des conditions de travail difficiles au sein de la troupe. Ces éléments permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel ces spectacles s’inscrivent.

    La question n’est donc peut-être pas de juger, mais de s’interroger sur la manière dont la culture est présentée. Lorsque des spectacles se revendiquent comme porteurs d’une culture « authentique », la transparence sur leur démarche et leur message apparaît essentielle, par respect pour le public comme pour les traditions culturelles elles-mêmes.

    Renouveau culturel

    La culture chinoise ne se résume pas à des symboles figés. Riche de plusieurs millénaires d’histoire, elle est diverse, vivante et en constante évolution. En Chine, de nombreux jeunes s’intéressent aujourd’hui aux savoirs traditionnels, au hanfu ou aux arts classiques, tout en participant à une création artistique contemporaine dynamique, souvent soutenue par les nouvelles technologies. Pourtant, ces formes culturelles actuelles disposent encore de peu d’occasions d’être présentées à l’étranger, notamment dans un cadre professionnel en France.

    Ce décalage explique en partie pourquoi l’image de la culture chinoise reste souvent associée, dans l’esprit du public français, à des références très traditionnelles. Alors même que les échanges culturels entre la Chine et la France se développent, un meilleur équilibre dans la représentation des cultures reste à construire.

    À l’approche du Nouvel An chinois, moment de partage et de renouveau, cette réflexion prend tout son sens. Multiplier les échanges, diversifier les formes de présentation et favoriser la circulation des œuvres permettraient aux publics chinois et français de mieux se connaître et d’apprécier des créations culturelles authentiques, contemporaines et de grande qualité. Dans ce contexte, le Consulat général de Chine à Marseille, en collaboration avec les communautés chinoises locales, prépare une série d’événements culturels mettant en valeur les cultures chinoises. Le public est invité à les découvrir prochainement.

  • « Les Kurdes n’ont pas à payer pour ces débordements »

    « Les Kurdes n’ont pas à payer pour ces débordements »

    La Marseillaise : Suite aux incidents survenus après la manifestation de jeudi, le Préfet a interdit celle prévue ce samedi. Quel est votre sentiment ?

    Josiane Durrieu : C’est profondément injuste. On condamne ces violences qui ont été perpétrées après l’ordre de dispersion par des personnes cagoulées dont on ignore l’identité. Les Kurdes n’ont pas à payer pour ces débordements qui desservent leur cause. Ce sont des militants responsables et calmes qui n’aspirent qu’à la paix et défendent leurs droits alors que les djihadistes les massacrent.

    La Marseillaise : La situation est extrêmement tendue nord de la Syrie ?

    J.D. : Elle est dramatique avec des massacres de Kurdes du Rojava par des groupes islamistes, soutenus par la Turquie et l’armée du régime syrien d’Al-Charaa. Il faut rappeler que ce gouvernement n’a pas été élu, ce sont des islamistes issus d’Al Qaida et Daesh. Même s’il a rasé sa barbe et mis un costume cravate, il reste un djihadiste qui a juste lissé son image pour avoir l’appui des Américains…

    On a eu un moment l’impression que les choses s’apaisaient.

    J.D. : Il y a eu des discussions pour trouver une solution politique et apporter des droits aux Kurdes qui souhaitent avant tout la paix. Ils y ont participé mais malgré ça Al-Charaa leur envoie son armée. Il y a eu des massacres à Alep, avec 400 ou 500 morts, et ça continue au nord de la Syrie, à Kobane, la ville martyre.

    Les Kurdes ont participé à chasser Daesh et désormais la communauté internationale ferme les yeux ?

    J.D. : Tout le monde a lâché les Kurdes alors que sans eux, Daesh contrôlerait tout le Moyen-Orient. Ils ont combattu, avec des milliers de morts, pour la démocratie, mais c’était pour nous aussi. Et aujourd’hui, la coalition qui est toujours dans le nord de la Syrie, reste muette. C’est scandaleux. Elle doit intervenir contre les cellules de Daesh qui se sont reformées et stopper les attaques d’Al-Charaa.

    Vous êtes aux côtés de la communauté kurde dans sa mobilisation. Que demandez-vous ?

    J.D. : On demande au président de la République d’intervenir avec des frappes aériennes parce que la France fait partie de la coalition internationale, pour arrêter les groupes islamistes et les troupes d’Al-Charaa, et éviter les massacres. On ne peut pas laisser tomber les Kurdes. On le leur doit mais on se le doit aussi à nous si on veut faire vivre la démocratie. La France à un rôle à jouer pour que l’Europe se prononce. Si on ne fait rien, Al-Charaa installera un régime islamiste. Ils ont déjà libéré des prisonniers djihadistes. Les islamistes ne supportent pas le régime kurde du Rojava parce qu’il est laïc, démocratique, et féministe. Cela aura des répercussions jusqu’en Europe, avec ce que cela comporte en risque d’attentats. Et puis, il y a la Turquie aussi qui veut en finir avec les Kurdes de Syrie.

    Il y a eu des négociations en Turquie.

    J.D. : La Turquie a négocié avec les Kurdes de Turquie mais ça piétine parce que la Turquie ne veut pas d’une région autonome kurde en Syrie car ça créerait un précédent. Nous demandons que les Kurdes du Rojava, puissent garder leur système politique et en étant inclus dans la Syrie. Il faut une région autonome.

    Comment interprétez-vous le silence de la communauté internationale ?

    J.D. : Trump a invité Al-Charaa, on l’a présenté comme un démocrate mais il s’est juste donné une fausse image. Les Américains ont joué la carte des islamistes contre les Kurdes en pensant que ça allait stabiliser la région et qu’il pourrait récupérer et exploiter le pétrole. Trump a fait ce calcul en s’asseyant sur toutes les questions démocratiques.

  • [Entretien] Pierre Villard : « C’est le reflet d’un monde anxiogène »

    [Entretien] Pierre Villard : « C’est le reflet d’un monde anxiogène »

    La Marseillaise : Quels sont pour vous les principaux enseignements de cette enquête d’opinion ?

    Pierre Villard : Elle révèle des aspirations assez contradictoires des Français. Ce qui ressort fortement, c’est l’inquiétude vis-à-vis de l’armée nucléaire dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. La France dit toujours qu’il ne faut pas s’en inquiéter qu’on ne va pas s’en servir mais près de 80% des Français se disent inquiets de cette utilisation et ils la jugent probable à deux tiers.

    Pour autant une majorité de sondés soutiennent la modernisation des armes atomiques françaises.

    P.V. : Oui c’est l’aspect contradictoire dont je parlais. Cela nous inquiète et nous interroge. C’est un résultat à corréler avec un monde anxiogène et instable. En même temps, il n’y a pas plus de personnes opposées à la réduction des dépenses militaires aujourd’hui qu’il y a huit ans.

    L’enquête montre aussi un attachement fort au cadre multilatéral offert par les Nations unies. Comment l’analysez-vous ?

    P.V. : C’est positif, c’est même en progression. Dans ce contexte mondial fait d’inquiétudes, le soutien au multilatéralisme et l’attente d’une France qui prenne sa place dans le concert mondial pour la paix sont forts. Par ailleurs, deux tiers des Français – même si c’est en baisse par rapport aux études précédentes – sont favorables à une participation de la France au traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Pour les pacifistes c’est un point d’appui parce qu’on a un immense travail d’éducation populaire à faire sur ce traité.

    Avez-vous été surpris par les chiffres déclinés selon les tendances politiques ?

    P.V. : Oui, par exemple, l’électorat macroniste est très en faveur du cadre multilatéral des Nations unies alors même que le président de la République n’est pas franchement, dans sa pratique, sur cette orientation. On peut même s’inquiéter que sur certains items, l’électorat de gauche soit le plus frileux. C’est une invitation au mouvement pacifiste à s’adresser à l’intégralité de la population française. La France n’est pas signataire du traité sur l’interdiction des armes nucléaires mais nous souhaitons faire grandir l’idée qu’elle puisse être observatrice.

    N’est-ce pas naïf dans un contexte où de nombreux acteurs estiment que les menaces grandissantes doivent conduire à un « réarmement » de notre pays ?

    P.V. : C’est une hérésie de penser que des armes amènent à la paix. « Si tu veux la paix prépare la guerre », ça n’a jamais fonctionné. À force de préparer les guerres, on finit par les faire. C’est le développement de la culture de paix qui éloignera les guerres. Les Hommes sont voués à construire demain avec leurs ennemis d’aujourd’hui. Ils font se mettre autour de la table et faire taire les armes.

    Pierre Villard est l’auteur de
    «
     Pour en finir avec l’arme nucléaire ». Éditions La Dispute.

  • À Davos, Trump rage contre l’Europe

    À Davos, Trump rage contre l’Europe

    « J’aime l’Europe, et je veux que l’Europe aille bien, mais elle ne va pas dans la bonne direction », a-t-il asséné dans son discours à la tribune du Forum économique mondial, qui tient sa réunion annuelle dans la station huppée des Alpes suisses. Le président américain vient éprouver la résistance des Européens face à son projet d’acquisition du Groenland, un territoire autonome appartenant au Danemark, a exigé des « négociations immédiates » sur le sujet. « Les gens pensaient que j’utiliserai la force. Je n’ai pas besoin d’utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force. Je n’utiliserai pas la force », a-t-il poursuivi.

    « Le fait est qu’aucune nation ni groupe de nation n’est en position de pouvoir assurer la sécurité du Groenland en dehors des États-Unis. Nous sommes une grande puissance, beaucoup plus grande que ce que les gens comprennent. Je pense qu’ils l’ont découvert il y a deux semaines au Venezuela », a-t-il affirmé, reprochant aussi au Danemark de faire preuve d’« ingratitude ». « Les États-Unis sont le moteur économique de la planète », a-t-il aussi vanté, alors que les sondages révèlent un profond mécontentement des Américains sur le coût de la vie, ce qui menace le Parti républicain à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. « Quand l’Amérique prospère, le monde prospère. Quand elle va mal, ça va mal pour tout le monde », a-t-il lancé.

    « Un morceau de glace pour protéger le monde »

    L’ancien promoteur immobilier, qui depuis son retour au pouvoir il y a un an a complètement bouleversé l’ordre mondial, participe au Forum pour la première fois depuis 2020. Jeudi, il fera la promotion de son « Conseil de la paix », considéré par beaucoup comme un rival de l’ONU. Donald Trump a déjà dit ne pas s’attendre à beaucoup de résistance des Européens et d’autres alliés, malgré leurs déclarations plus ou moins vigoureuses. « Nous voulons un morceau de glace pour protéger le monde, et ils refusent de nous le donner », a encore commenté Donald Trump. « Ils ont donc le choix », a-t-il poursuivi. « Ils peuvent dire “oui”, et nous leur en serons très reconnaissants. Ou ils peuvent dire “non”, et nous nous en souviendrons », a-t-il poursuivi sur un ton peu amène.

    « Le Royaume-Uni ne cédera pas sur ses principes et valeurs et sur l’avenir du Groenland », a déclaré mercredi son Premier ministre Keir Starmer. Le président américain insiste sur le fait que le Groenland est vital pour la sécurité des États-Unis et de l’Otan face à la Russie et à la Chine. Il a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu’à 25% à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l’Europe à menacer les États-Unis de représailles. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé l’Europe à rompre avec sa « prudence traditionnelle » face aux défis d’un monde « de plus en plus anarchique » et défini par la « puissance brute ».

    Au Forum mardi, Emmanuel Macron a mis en garde contre les tentatives américaines « inacceptables » de « subordonner l’Europe ». « Nous préférons le respect aux brutes », a-t-il déclaré. Des propos qui n’ont visiblement pas plu au milliardaire américain, qui, comme à son habitude, joue la carte de l’humiliation. « Je l’ai regardé hier avec ces belles lunettes de soleil (…) jouer le dur à cuire », s’est moqué le président américain.

  • « Une très forte tension entre aspiration à la paix et populisme »

    « Une très forte tension entre aspiration à la paix et populisme »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur ce conseil de paix créée de toutes pièces par Donald Trump ?

    Bertrand Badie : C’est assez sidérant. Penser qu’un conseil de paix puisse être présidé de manière très autoritaire et unilatérale par le président d’une des puissances qui sont les plus impliquées dans la guerre, ce serait comme si on demandait à Al Capone de présider un conseil de lutte contre la mafia ! C’est un défi d’abord au multilatéralisme, dans le prolongement immédiat de propos extrêmement hostiles tenus à l’encontre des Nations Unies qui sont pourtant en grande partie une invention étasunienne. On entre dans un temps de subjectivation des normes internationales qui ne transcenderaient plus les logiques de puissance, mais seraient dans leur prolongement, ce qui est la négation même du droit. C’est ignorer ce qu’est la nature présente des nouveaux conflits internationaux qui ne sont pas liés à leur origine mais à un phénomène très préoccupant de décomposition sociale, économique, institutionnelle, donc qui implique, au contraire, une mobilisation des instruments de sécurité humaine. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que les premiers à se précipiter ont été Victor Orban, le roi du Maroc, le ministre des Affaires étrangères de Biélorussie et maintenant Netanyahu.

    Groenland, Venezuela, Iran : les appétits de Trump sont qualifiés d’impérialistes ou de néocolonialistes mais vous jugez ces termes inadaptés. Pourquoi ?

    B.B. : Je me méfie toujours du recyclage des vieux mots qui avaient été forgés pour décrire des situations historiques tout à fait différentes. Il était un temps où l’interventionnisme américain se comprenait dans le contexte de la rivalité Est/Ouest. C’était l’époque de la bipolarité et de la guerre froide. On intervenait au Vietnam pour contenir indirectement la menace venant du camp soviétique. Puis, lorsque le mur est tombé, on intervenait en Irak pour changer le régime, le convertir aux vertus de la démocratie et du libéralisme : ces fameuses guerres de conversion. Aujourd’hui, la puissance est autofinalisée. On intervient non pas dans un but précis, comme le prescrivait en son temps Clausewitz, mais tout simplement pour montrer sa puissance. Chacun sait que ni l’intervention indirecte à Gaza, directe au Venezuela, potentielle au Groenland, ne correspondent à des visions stratégiques ou de démocratisation des systèmes politiques concernés. On découvre une forme nouvelle de puissance, qui est nue, complètement coupée du droit et des valeurs. Elle n’a pour fonction que de faire écho à une crise de la société américaine qui se sent régresser, dépossédée, victime de la mondialisation et d’en faire un instrument de gouvernement en soi, indépendamment d’autres préoccupations. C’est devenu la puissance pour la puissance.

    Vous soulignez dans votre livre* que ces puissances ne gagnent plus les guerres qu’elles mènent.

    B.B. : Absolument. Les États-Unis ont été vaincus dans toutes les guerres qu’ils ont menées depuis 1945, sauf celles menées en 1991 sous mandat des Nations Unies. Ils ont été battus au Vietnam, Afghanistan, en Irak, en Somalie. Trump lui-même en tire les conséquences en s’agitant sur la scène internationale, en menaçant, en faisant de la musculation diplomatico-militaire, mais en évitant d’envoyer, comme on dit en anglais, « boots on the ground », c’est-à-dire des hommes sur le terrain.

    Emmanuel Macron qui affirme « pour être libre, il faut être craint ». Que vous inspire cette rhétorique ?

    B.B. : Ce n’est plus actuel, ni pertinent. Aujourd’hui, on a montré que la puissance n’impressionnait plus. Et de façon d’autant plus remarquable, que le plus souvent c’est le faible qui gagne sur le fort. Ce qui importe, ce n’est pas d’être craint, c’est d’être crédible. Dans notre monde tel qu’il est, toutes les forces et toutes les puissances brutes ne sont plus nécessairement craintes. En revanche, une force crédible, l’est à deux égards. Car, d’une part, il faut savoir convaincre que l’on a une proposition raisonnable de paix qui puisse susciter la confiance de l’adversaire, et ça, c’est ce qui manque à la diplomatie européenne. D’autre part, il faut montrer que l’on a une capacité d’action qui soit adaptée aux données et aux paramètres nouveaux des conflits, ce qui est loin d’être le cas.

    Face à cela, quel est le rôle de cette « mystérieuse énergie sociale » ?

    B.B. : Pendant des siècles, les sociétés étaient tenues en dehors des relations internationales qui étaient, comme disait Raymond Aron, l’affaire du diplomate et du soldat. Or aujourd’hui, et depuis que la mondialisation est en marche, que la communication sociale s’est généralisée, on assiste progressivement à une appropriation sociale des relations internationales. De plus en plus, les forces sociales entrent sur la scène internationale et pèsent un poids remarquable sur celle-ci. La résilience sociale du peuple ukrainien a été l’un des facteurs majeurs d’échec de l’armée russe qui n’a pas réussi à conquérir Kiev au bout de quatre ans. Pour Gaza, l’opinion publique internationale s’est très fortement mobilisée, notamment sur les campus, la thématique palestinienne s’est insérée dans les revendications sociales des personnes, obligeant les gouvernements d’Europe occidentale à reconnaître l’État de Palestine, les États-Unis et même Israël, à mettre fin à une boucherie qui avait atteint pourtant déjà les 100 000 morts. C’est l’avenir des relations internationales : cette capacité de créer de l’empathie, de voir s’unir, se confondre les souffrances internationales.

    Les réseaux sociaux favorisent cela ?

    B.B. : C’est l’explication de cette insertion fulgurante de la nouvelle génération, la Gen Z, dans les affaires politiques mondiales. D’abord au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, puis ensuite à Madagascar et au Maroc, tout ça renvoie à une nouvelle génération qui ne ressemble pas aux précédentes, qui est surconnectée. Vous avez dans le monde 3 milliards d’individus qui sont connectés, y compris jusque dans les bidonvilles africains. Il y a une visibilité du monde qui suscite l’empathie, l’intérêt pour des causes extérieures et quelquefois lointaines, qu’autrefois, les individus n’auraient même pas connu.

    Le sondage Ifop (lire p.2) publié ce jour témoigne des tensions qui traversent notre société…

    B.B. : Vous avez dans la société une très forte tension entre une aspiration à la paix qui est puissante, transhistorique, que vous retrouviez même à l’époque de la guerre froide et, simultanément, une vague néopopuliste qui se construit autour d’une peur de la mondialisation, d’un sentiment croissant de rétraction nationale et identitaire. Elle s’exprime notamment par une hostilité à l’égard de la migration, du commerce mondial, une volonté protectionniste, souverainiste, de repli national. Cela conduit, paradoxalement, à rendre très impopulaire un personnage comme Donald Trump, mais à le rendre également fascinant, avec le désir secret de faire la même chose chez soi. C’est tout le danger du national-populisme aujourd’hui que de créer en même temps un appétit de paix et une demande sociale de puissance pour se rassurer face aux incertitudes imaginées de la mondialisation.

    *Aux éditions Odile Jacob

  • [Sondage] 79% des Français redoutent l’usage de l’arme atomique

    [Sondage] 79% des Français redoutent l’usage de l’arme atomique

    Les résultats de notre enquête d’opinion Ifop/ Mouvement de la paix/ La Marseillaise/ l’Humanité à paraître ce jeudi sont sans appel : les Français sont frappés de plein fouet par le climat mondial anxiogène. À la question posée à l’occasion des 80 ans des bombardements atomiques sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki, « dans le contexte international actuel, diriez-vous que l’utilisation accidentelle ou volontaire d’une arme nucléaire vous inquiète », ils sont 79% à répondre « oui » et même 64% à juger ce cas de figure « probable ».

    Retrouvez l’intégralité des résultats de notre sondage dans La Marseillaise de ce jeudi.

  • [Entretien exclusif] « Notre vision est celle d’un Iran démocratique »

    [Entretien exclusif] « Notre vision est celle d’un Iran démocratique »

    La Marseillaise : À la suite
    du mouvement «
     Femme, Vie, Liberté », d’importantes manifestations ont lieu en Iran. Quelles en sont pour vous
    les motivations principales ?

    Ehwen Çiyako : Il convient de préciser d’emblée que le mouvement actuel s’inscrit complètement dans la continuité du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » qui a émergé en 2022 suite à l’assassinat de Mahsa Jina Amini par la République islamique. Ces protestations sont le fruit d’une profonde et structurelle fracture entre l’État et la société. Depuis 47 ans, la République islamique d’Iran viole systématiquement les libertés et les droits fondamentaux du peuple iranien. Elle s’attaque aux droits culturels des différentes nationalités iraniennes par des politiques d’assimilation et, en appliquant des lois inspirées de la charia, prive les femmes de leurs droits de la manière la plus brutale qui soit. Le régime ne tolère aucune forme de dissidence et réprime les libertés politiques, culturelles, économiques et sociales par divers moyens. La liberté d’expression est bafouée et l’environnement iranien a été gravement dégradé, conformément aux intérêts et à la politique militariste du régime. La République islamique est devenue une force déstabilisatrice pour la sécurité régionale et mondiale, et c’est avant tout le peuple iranien qui en supporte le poids. Malgré toutes ces pressions, la société iranienne continue de revendiquer la démocratie et la liberté. Cette persistance a créé un profond fossé culturel entre le peuple et la République islamique, fossé qui recèle un potentiel de soulèvements et de révolutions.

    Diriez-vous qu’il s’agit d’une révolution ?

    E.Ç. : Il ne fait aucun doute que nous assistons à une révolution, à condition de ne pas la percevoir superficiellement comme un événement ponctuel visant uniquement à renverser le pouvoir politique, mais de la comprendre comme un processus dynamique et continu. La révolution « Femme, Vie, Liberté » est à l’œuvre quotidiennement dans les sphères sociales et culturelles iraniennes. Cette réalité creuse sans cesse le fossé entre l’État et le peuple et prépare le terrain pour une révolution politique, c’est-à-dire une transformation fondamentale du système de gouvernance iranien. Cette révolution s’attaque directement aux fondements de la République islamique, la plongeant dans une crise de légitimité politique, sociale, juridique et administrative. Nous sommes fermement convaincus que cette révolution finira par triompher.

    Quelle place les Kurdes prennent-ils dans ce mouvement ?

    E.Ç. : En 2022, la ville de Saqqez a joué un rôle de premier plan, de locomotive dans le mouvement. Lors de la dernière vague de contestation, ce rôle a été assumé par Ilam et Malekshahi, deux villes du Kurdistan. Ceci démontre une fois de plus le rôle pionnier du Kurdistan dans le processus révolutionnaire iranien. Bien que cette vague de protestations ait débuté dans le bazar de Téhéran, elle est initialement restée largement circonscrite à certains secteurs, et l’État est parvenu en partie à enrayer son expansion et sa diffusion. C’est au Lorestan et dans les régions méridionales du Kurdistan, notamment à Ilam et Kermanshah, que le mouvement a pris une ampleur sociale. Tandis que les manifestations à Téhéran s’essoufflaient et que le régime concentrait ses forces répressives sur Ilam et Kermanshah, d’autres villes du Kurdistan ont répondu à l’appel du 8 janvier lancé par sept partis kurdes d’Iran, membres du « Centre de dialogue des partis kurdes d’Iran », en organisant des manifestations et des grèves. Grâce à un soutien sans précédent, notamment à travers des grèves massives, les Kurdes ont non seulement étendu leur mouvement à l’ensemble du Kurdistan, mais ont également relancé les manifestations à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes. Cette fois-ci, les rues étaient massivement remplies et les manifestations se sont intensifiées à l’échelle nationale. Cette réalité souligne une fois de plus le rôle crucial des Kurdes et leur position de force motrice de la révolution iranienne.

    Le régime islamiste peut-il tenir grâce à la répression ?

    E.Ç. : Depuis sa création, la République islamique a systématiquement réprimé les manifestations populaires. Lors des soulèvements récents, notamment le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, elle a eu recours aux formes de répression les plus brutales. Malgré cela, le régime n’est pas parvenu à assurer sa survie et, sous la pression croissante de facteurs internes et externes, il est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Il ne fait aucun doute qu’il se dirige vers sa chute. Le peuple iranien est épris de liberté et courageux, et la République islamique est incapable de le détourner de cette voie. La répression continue ne fait qu’attiser la haine du peuple envers le régime, et cette haine se transforme peu à peu en une force politique et de résistance organisée. Si la République islamique persiste dans sa politique répressive, elle sera finalement vaincue par cette force politique de plus en plus puissante : la volonté organisée du peuple iranien.

    Croyez-vous à une intervention extérieure ?

    E.Ç. : Nous avons une foi inébranlable dans la force intérieure de la société iranienne et sommes convaincus que le talon d’Achille de la République islamique réside dans ses faiblesses internes. Cette force populaire doit être renforcée et soutenue par la communauté internationale. Une attention accrue portée aux fragilités internes du régime, conjuguée à un soutien international aux luttes populaires, suffirait à induire un changement fondamental en Iran. Nous préconisons cette approche face à la République islamique et entendons devenir l’une des forces dynamiques et décisives de ce processus. Nos préparatifs et nos stratégies sont alignés en conséquence.

    Parallèlement, les politiques de la République islamique créent de plus en plus les conditions qui légitiment l’intervention étrangère. Cette situation résulte directement des actions du régime, et non de nos convictions ou de nos préférences. Néanmoins, en toutes circonstances, nos actions resteront guidées par un engagement indéfectible envers la démocratie, la réalisation des droits démocratiques et la protection des vies et des biens. Notre vision, en toutes circonstances, est celle d’un Iran démocratique.

    Le PJAK souhaite-t-il un scénario
    à la syrienne où les Kurdes contrôleraient une partie
    du territoire ? En avez-vous les moyens civils et militaires
     ?

    E.Ç. : Le PJAK est sans conteste l’une des forces les plus influentes au Kurdistan et en Iran. Ses progrès ne se limitent pas au domaine militaire ; ils s’étendent également aux sphères politique, intellectuelle, sociale et organisationnelle. Le PJAK est convaincu que pour parvenir à un changement significatif, l’unité sociale et la convergence avec les autres forces démocratiques et émancipatrices du Kurdistan et d’Iran sont indispensables. Des progrès ont déjà été accomplis dans ce sens, et la consolidation et l’expansion de ces acquis demeureront un élément clé de la stratégie future du PJAK. Nous fondons notre stratégie sur la capacité à saisir chaque opportunité dans l’intérêt des peuples du Kurdistan et d’Iran.

  • Les Kurdes appellent l’Europe à stopper les massacres en Syrie

    Les Kurdes appellent l’Europe à stopper les massacres en Syrie

    Pancarte « Defend Rojava » dans une main et smartphone dans l’autre, celle qui se fait appeler Suzanne scrolle sur WhatsApp et fait défiler les images partagées par ses proches. On y voit les visages ensanglantés, les corps inertes, de personnes présentées comme victimes des massacres perpétrés au Rojava (Kurdistan syrien). « C’est insupportable pour nous de voir ça. C’est pour défendre les Kurdes de Syrie qu’on est là aujourd’hui », martèle la jeune femme. Des centaines de membres de la communauté kurde se sont ainsi rassemblés ce mardi à 13 heures devant les grilles de la représentation de la commission européenne à Marseille, au sein du World Trade Center local. « Je parle avec mes cousins, mes oncles et tantes, ils ont peur. Je n’ai pas l’habitude de venir manifester mais je me sens obligée de le faire pour eux », insiste Suzanne.

    Au micro, Mehmet répète : « Partout résistance. Charaa terroriste, Europe complice, à bas le régime fasciste en Turquie. » Des drapeaux aux couleurs des YPG et YPJ, unités de protection du peuple et de la femme réunis au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS), flottent dans les airs. Des pancartes à l’effigie du président syrien intérimaire Ahmed al-Charaa sont brandies, le représentant d’un côté en uniforme militaire, turban sur la tête et de l’autre en costume cravate, barbe bien taillée et cheveux courts gominés. Avec ces mots écrits en rouge « stop terroriste ! ». « Nous sommes extrêmement préoccupés, inquiets par le silence de l’Union européenne qui n’a pas si longtemps que ça a décidé de lâcher au régime syrien près d’un milliard d’euros. C’est ce même régime qui, aujourd’hui, massacre la population kurde », tempête Salih Azad, responsable du Centre démocratique kurde de Marseille (CDK-M). « Al-Charaa est un ancien cadre d’Al Qaïda, il a été membre de Daesh, à ce titre il est coupable d’avoir ordonné l’assassinat de dizaines de milliers de civils kurdes », accuse-t-il, rappelant que le régime syrien actuel est notamment soutenu par la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. « C’est un appel à la communauté internationale : arrêtez de vous rendre complice du régime de Daesh, ne restez pas silencieux ! », pousse Salih Azad.

    «Je viens du Rojava »

    Barine, qui prend part à la protestation, est directement concernée. « Je viens du Rojava, de la ville de Kobané, vous devez connaître », glisse-t-elle. La capitale de la résistance kurde face à l’État islamique est actuellement encerclée par des groupes armés islamistes, proches du pouvoir. « On n’a pas d’armée forte, les combattants kurdes tentent de résister eux-mêmes. On a peur des massacres », alerte l’étudiante en médecine. Elle en appelle, elle aussi, aux États-Unis et à l’Union européenne. « On veut juste la paix », jure-t-elle.

  • L’Espagne en deuil après la terrible collision ferroviaire

    L’Espagne en deuil après la terrible collision ferroviaire

    C’est un jour de douleur pour toute l’Espagne », a dit notamment Pedro Sanchez, le président du gouvernement, qui s’est déplacé hier en milieu de journée à Adamuz, village de 4 000 habitants, et a annoncé un deuil national de trois jours. C’est au niveau de la gare de cette commune, que s’est produit ce tragique accident. Il était 19h45 dimanche, lorsqu’un premier train grande vitesse d’une compagnie italienne Iryo qui reliait Malaga à Madrid, s’est couché en partie sur la voie voisine après avoir déraillé. Vingt secondes plus tard un autre train grande vitesse un Alvia de Renfe, qui arrivait de Madrid à destination de Huelva, a percuté les voitures couchées sur les rails. Un choc d’une violence inouïe, qui a projeté des voitures de l’Alvia en contrebas, une chute de quatre mètres. C’est surtout dans cet amas de ferrailles de l’Alvia, que les sauveteurs craignent de trouver d’autres victimes ce qui viendrait alourdir le bilan humain qui était lundi en fin d’après-midi de 40 morts, 152 blessés dont 43 sont encore hospitalisés et 12 dont un enfant en unité de réanimation.

    Les habitants d’Adamuz ont été les premiers, dimanche soir, à se rendre sur place et apporter tant bien que mal leur aide auprès des personnes valides, pour les sortir du train et les réconforter. Très vite, le village s’est mobilisé et une chaîne de solidarité s’est mise en place. Les habitants ont tout de suite guidé les secours à travers les chemins qu’ils connaissent parfaitement bien pour accéder au lieu de la catastrophe. La commune a mis en place plusieurs lieux d’accueil où les villageois ont apporté couvertures, eau, alimentation.

    Les secours très rapidement sur les lieux, ont œuvré sans relâche toute la nuit de dimanche à lundi avec des températures en dessous de zéro, les recherches se poursuivent et une commission d’investigation est sur place pour essayer de déterminer la cause de cet accident.

    « Un accident étrange »

    Oscar Puente, ministre des Transports, qui était présent hier aux côtés du chef du gouvernement, a déclaré qu’il s’agissait « d’un accident étrange, il s’est produit sur une ligne droite sur une voie récemment rénovée pour un coût de 700 millions d’euros » de son côté le président de Renfe, Álvaro Fernández, interrogé par la radio Cadena SER, a précisé qu’il n’y avait pas eu d’excès de vitesse puisqu’un des trains circulait à 205 km/h et l’autre à 210 km/h au moment du choc, il ajoutait que ce tronçon de voie ferrée permet aux trains de circuler jusqu’à 250 km/h.
    « Bien que j’évite de tirer des conclusions, tout montre qu’il pourrait s’agir d’une possible défaillance matérielle soit sur le train, soit sur l’infrastructure. » Alvaro Fernandez devait rappeler que le système de sécurité et de signalisation LZB (système de protection automatique des trains) est opérationnel sur cette ligne, « il est précisément prévu pour empêcher les erreurs humaines ».

    La porte-parole de la Guardia Civil, Rosa Reina, a fait savoir qu’un appel était lancé aux familles des victimes afin de recueillir leur ADN, tant le travail d’identification s’avère difficile. Cinq centres sont ouverts pour cela : à Madrid, Huelva, Malaga, Cordoba et Séville. Ces centres permettent aussi aux familles d’obtenir des informations. L’émotion et la douleur sont grandes dans toute l’Espagne, comme le rappelait hier Pedro Sanchez, qui a assuré les familles de la solidarité du gouvernement « la tragédie exige unité dans la douleur et unité dans la réponse qu’il faudra apporter. La société espagnole se demande ce qui a pu se produire. Le temps de l’investigation va s’ouvrir, dès que nous connaîtrons les conclusions, c’est avec clarté et transparence que nous informerons les citoyens de notre pays. »