Category: international

  • [Passerelle interculturelle] La beauté du chinois : une langue entre héritage et ouverture

    [Passerelle interculturelle] La beauté du chinois : une langue entre héritage et ouverture

    Récemment, le président chinois Xi Jinping a répondu à une lettre d’enseignants et d’élèves d’une classe de chinois dans une école internationale située en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en France. Dans sa réponse, il a souligné que la langue chinoise transmet l’héritage de plus de 5 000 ans d’histoire et que chaque caractère renferme une part de cette mémoire collective. Il a également rappelé que l’apprentissage du chinois permet de mieux comprendre la Chine, ancienne comme contemporaine, tout en contribuant au rapprochement entre les cultures.

    La beauté du chinois s’exprime d’abord dans sa forme. De nombreux caractères sont issus d’anciennes représentations visuelles, ce qui confère à l’écriture chinoise une valeur esthétique singulière, où le sens et la forme sont étroitement liés.

    Elle se manifeste également dans le son. Le système des quatre tons donne au chinois une musicalité particulière, marquée par des variations de hauteur et de rythme. Cette caractéristique confère à la langue une dimension sonore proche de celle d’une composition, notamment dans la poésie classique.

    Au-delà de la forme et du son, le chinois se distingue par sa capacité à suggérer. L’expression y est souvent concise, laissant place à l’interprétation et à la nuance. Quelques mots peuvent suffire à transmettre une idée complexe ou une émotion subtile, ce qui reflète une certaine manière de penser et de concevoir le langage.

    Comprendre les dynamiques culturelles contemporaines

    Dans la lettre adressée au président chinois, les élèves français ont partagé leur expérience d’apprentissage ainsi que leur intérêt pour la culture chinoise. Ils ont également exprimé leur volonté de renforcer les échanges avec les jeunes chinois. Cet exemple illustre le rôle croissant du chinois comme vecteur de dialogue entre les pays.

    Dans sa réponse, Xi Jinping a invité les jeunes français et européens à se rendre en Chine afin d’étudier, voyager et découvrir une société contemporaine en transformation. Il a encouragé les élèves à faire du chinois un compagnon durable, capable de les accompagner dans leur parcours personnel et professionnel.

    À l’heure où les échanges internationaux se multiplient, le chinois apparaît de plus en plus comme une langue d’ouverture. Son apprentissage ne se limite pas à l’acquisition de compétences linguistiques : il permet aussi d’accéder à une autre vision du monde et de mieux comprendre les dynamiques culturelles contemporaines.

    La beauté du chinois réside ainsi dans cet équilibre entre tradition et modernité, entre précision et suggestion, entre enracinement et ouverture. À l’occasion de la Journée internationale de la langue chinoise, elle se révèle non seulement comme une richesse culturelle, mais aussi comme une passerelle entre les peuples.

    dongqiao@cctv.com

  • À Barcelone, un sommet progressiste contre l’internationale de la haine

    À Barcelone, un sommet progressiste contre l’internationale de la haine

    Les leaders de plus d’une vingtaine de pays se sont réunis samedi à Barcelone pour un sommet international progressiste, dans le cadre de la quatrième édition de Global Progressive Mobilisation. La veille, s’était tenu une rencontre entre l’Espagne et le Brésil qui consacrait un large accord entre Pedro Sanchez et Lula da Silva. Parmi les autres participants pour la journée du samedi, étaient présents notamment : Claudia Sheinbaum présidente du Mexique, le président de la Colombie Gustavo Petro, Catherine Connolly présidente d’Irlande, Inga Ruginiené première ministre de Lituanie, Lars Klingbeil vice-chancelier d’Allemagne, David Lammy vice-Premier ministre du Royaume-Uni… Pour leur part, Hillary Clinton, Michelle Bachelet, Bernie Sanders et le maire de New York Zhoran Mamdani, ont envoyé des messages de salutations et appellent aussi à la mobilisation progressiste du monde.

    Les représentants de tous les pays ont notamment réclamé que l’ONU joue un rôle plus transcendant, et décidé d’explorer les mécanismes pour améliorer la gouvernance digitale, diagnostiquant que la désinformation passe par les réseaux sociaux. Ils ont également convenu que pour faire face à l’extrémisme, il faut mener un « combat contre les inégalités ». Le diagnostic étant que l’extrême droite prospère quand les pouvoirs publics ne sont pas en capacité d’offrir des solutions aux citoyens.

    Il a d’ailleurs été décidé d’impulser un « agenda pour la justice sociale » qui mette en avant « la cohésion, l’égalité des opportunités, la participation de la jeunesse et l’égalité des genres ». À ce propos, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a estimé que « la démocratie implique la liberté, mais que la liberté reste un mot creux si elle n’est pas accompagnée de justice sociale ».

    Le président du Brésil, Lula da Silva, a dénoncé la dérive belliciste des États-Unis. Adressant un message pour l’ONU, Lula a déclaré : « Accomplissez votre obligation de garantir la paix du monde, et arrêtez la folie de la guerre. La crédibilité de l’ONU doit être restituée (…) l’invasion de l’Irak a été basée sur un mensonge, la destruction de la Lybie a été basée aussi sur un autre mensonge et le génocide de Gaza est commis au nom d’un autre grand mensonge. » Lula a pointé les États-Unis, qui sont « les créateurs de guerres successives, le monde vit une dérive dangereuse (…) défendre la politique internationale aujourd’hui, c’est défendre un multilatéralisme réformé et défendre que le droit prévale sur la force et que la paix prévale sur la guerre ».

    Tout au long de ces deux journées, les leaders de gauche et de centre gauche ont réactivé un pôle d’opposition au monde que dessine Donald Trump, et un contrepoids à ce que Pedro Sanchez appelle l’internationale de la haine. « Le temps de l’intervention de l’ultradroite et de ses valets de la droite est arrivé à son terme, ce sommet est le point d’inflexion pour une alliance qui à partir de maintenant sera orgueilleuse d’exister, une alliance progressiste, pacifiste, écologiste et féministe. »

    Cette rencontre de Barcelone a été aussi l’occasion pour les chefs de gouvernement d’Espagne, du Brésil et du Mexique d’émettre un communiqué commun à l’issue de cette journée de samedi en soutien à Cuba : « Nous exprimons notre énorme préoccupation pour la grave crise humanitaire que traverse le peuple cubain et nous demandons que soient adoptées les mesures nécessaires pour soulager cette situation (…) et que soient évitées les actions qui aggraveraient les conditions de vie de la population, ou celles qui sont contraires au Droit international. »

  • Un soldat français tué dans une embuscade au Liban

    Un soldat français tué dans une embuscade au Liban

    « La Nation s’incline avec respect et adresse son soutien aux familles de nos soldats et à tous nos militaires engagés pour la paix au Liban. Tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah », a déclaré le président français Emmanuel Macron sur X.

    Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a « condamné fermement » cette embuscade, soulignant que selon les premières conclusions de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), les Casques bleus ont « essuyé des tirs d’acteurs non étatiques, présumés appartenir au Hezbollah », chiite pro-iranien.

    Le sergent-chef Florian Montorio, rattaché au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban, dans le sud-ouest de la France, a été tué « par un tir direct à l’arme légère », dans la région de Deir-Kifa, a précisé la ministre française des Armées Catherine Vautrin.

    Âgé de 40 ans, ayant servi sur de nombreux théâtres d’opérations depuis son engagement en 2007, il était « un militaire d’exception », a dit son chef de corps, le colonel Jérémy Akil, saluant un homme « profondément généreux et courageux ». Père de deux filles, il était « au terme de son parcours militaire » et devait revenir à la vie civile « d’ici quelques mois ». C’est le deuxième militaire français tué dans l’embrasement de la région après le début fin février des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran.

    « L’arrestation

    des coupables »

    « La France exige des autorités libanaises qu’elles arrêtent immédiatement les coupables », a ajouté M. Macron, et qu’elles « prennent leurs responsabilités aux côtés de la Finul ». Le président libanais Joseph Aoun a condamné l’attaque contre les Casques bleus français et a promis de poursuivre les responsables. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a dénoncé une attaque « délibérée », estimant également que les auteurs de l’embuscade étaient vraisemblablement du Hezbollah. Forte de près de 8 200 militaires de 47 nations, dont plus de 600 Français, la Finul est régulièrement attaquée. Trois Casques bleus indonésiens ont été tués fin mars.

    « Le Hezbollah nie avoir un lien avec l’incident survenu avec la Finul », a affirmé dans un communiqué le groupe islamiste chiite allié de l’Iran, installé au Liban où il exerce une énorme influence et est en guerre contre Israël.

    De son côté, Emmanuel Macron recevra mardi le Premier ministre libanais Nawaf Salam, a indiqué dimanche l’Élysée, alors que la situation reste très instable au Liban où un cessez-le-feu fragile est entré en vigueur. S’il sera évidemment question, lors de cette rencontre, de la récente attaque contre les forces françaises de la Finul, « cette visite sera l’occasion pour le chef de l’État de rappeler son attachement au respect plein et entier du cessez-le-feu au Liban, le soutien de la France à l’intégrité territoriale du pays et aux actions entreprises par l’État libanais pour assurer la souveraineté pleine et entière du pays et le monopole des armes », a souligné la présidence française.

  • L’UE durcit ses règles migratoires

    L’UE durcit ses règles migratoires

    Le Parlement européen serait-il en train de se trumpiser ? L’adoption du règlement retour, grâce à l’alliance entre la droite et l’extrême droite, le 26 mars, semble donner raison à cette tendance. En effet, le texte prévoit un net durcissement d’une politique migratoire déjà plus que répressive. « Il aura des conséquences dramatiques pour les personnes étrangères et pour les personnes qu’on accompagne. C’est effectivement un développement très inquiétant », soupire Olivia Carniel, responsable des questions européennes à la Cimade.

    Le texte prévoit notamment la possibilité d’externaliser des centres de retour dans des pays hors de l’Union européenne afin d’y enfermer les personnes exilées ou des demandeurs d’asile déboutés. « Ce qui est vraiment problématique, c’est que le texte pose uniquement les bases légales pour créer ces centres mais il ne précise rien. On ne sait pas pour combien de temps les personnes pourraient être enfermées dans de tels centres dans des pays qu’on ne connaît pas, ni dans quelles conditions », reprend Olivia Carniel. Et ainsi criminaliser un peu plus les exilés en les plaçant dans des conditions de détention sans avoir commis de crime ou de délit. « Il n’y a pas de mécanismes pour vérifier si les droits des personnes sont respectés. Les États s’exonèrent de toutes les responsabilités », abonde Titouan Cady, membre de la LDH à Montpellier.

    Les renvois accélérés

    La détention semble d’ailleurs être devenue la norme puisque les délais d’internement pourraient aller jusqu’à 24 mois. « Il y a aussi une logique d’accélérer les renvois sans passer par des recours juridiques. Alors qu’aujourd’hui, on pouvait contester et ainsi suspendre le renvoi », note Titouan Cady. Des renvois pourraient se faire sans que le juge n’ait besoin de statuer. Tout est fait pour déshumaniser des personnes déjà épuisées par un exil forcé. En ce sens, la « décision de retour européenne » est inquiétante. « On généralise le fichage. Toute personne soumise à une procédure d’éloignement dans un pays sera expulsable d’un second pays de l’UE même si elle respecte toutes conditions d’asile. On pousse ces personnes dans une plus grande précarité », se désole Olivia Carniel.

    Un texte xénophobe qui met un coup au respect des droits fondamentaux, pourtant érigé comme une valeur cardinale d’une Union européenne de plus en plus marquée à droite. Si le Parlement lui est acquis, il en est de même à la tête des États membres : seuls trois pays sont gouvernés par la gauche dont le Danemark, connu pour ses positions anti-migrants. « C’est une rupture dans l’histoire du Parlement européen, qui avait toujours été une institution progressiste. Mais depuis 2024 [date des dernières élections, Ndlr], on voit se former une majorité de droite et d’extrême droite sur les sujets liés à l’immigration et l’environnement. Cette alliance est néfaste pour l’UE et affaiblit sa souveraineté », fait valoir Chloé Ridel, députée PS européenne, qui a voté contre le texte, s’inquiétant des dérives trumpistes de l’institution strasbourgeoise. Le texte va maintenant faire l’objet de négociations en trilogue avec la Commission européenne et le Conseil de l’UE, avant d’être définitivement adopté.

  • [Entretien] He Youlin : « S’offrir un voyage en Chine “sur un coup de tête” est à portée de main »

    [Entretien] He Youlin : « S’offrir un voyage en Chine “sur un coup de tête” est à portée de main »

    La Marseillaise : La Chine a annoncé la prolongation de la politique chinoise d’exemption de visa unilatérale pour les Français. Quel en est le but ?

    He Youlin : En 2024, la Chine a mis en œuvre une politique d’exemption de visa pour plusieurs pays européens, dont la France, attirant ainsi plus de 2 millions de touristes européens. Afin de faciliter davantage les échanges humains et de renforcer l’amitié sino-française, la partie chinoise a décidé de prolonger cette mesure jusqu’au 31 décembre 2026. Cette initiative offre une facilité sans précédent aux amis français souhaitant découvrir la Chine par eux-mêmes. Tout citoyen français titulaire d’un passeport ordinaire peut se rendre en Chine sans visa pour un séjour n’excédant pas 30 jours, que ce soit pour affaires, tourisme, visites familiales, échanges ou transit. Cette mesure réduit considérablement le temps de préparation et le coût du voyage. De plus, sous l’impulsion de notre consulat général, une ligne aérienne directe entre la Chine et Marseille a été ouverte. Avec trois vols hebdomadaires à des tarifs très compétitifs, il est désormais envisagé d’augmenter la fréquence des vols et d’ouvrir d’autres lignes. Pour les habitants du sud de la France, s’offrir un voyage en Chine « sur un coup de tête » est devenu aujourd’hui à portée de main.

    Pourquoi aller si loin alors qu’Internet nous permet de tout découvrir depuis chez soi ?

    H.Y. : À Beijing, une Marseillaise nommée Marie Derien (connue sous le nom chinois de Dai Mingxin) illustre parfaitement cette dynamique : ses partages sur les réseaux sociaux chinois ont déjà séduit plus d’un million d’abonnés. Mais la véritable Chine dépasse largement les images fragmentaires que l’on voit sur les réseaux sociaux. Rien ne remplace l’expérience directe. Il y a tant à découvrir : la profondeur de l’histoire, le dynamisme de la modernité, l’authenticité de la gastronomie…

    Récemment le hashtag #BecomingChinese, c’est-à-dire #DevenirChinois a fleuri sur les réseaux. Que signifie-t-il pour vous ?

    H.Y. : Le hashtag que vous évoquez, #DevenirChinois, ne doit pas être pris au sens littéral : il ne s’agit évidemment pas de changer de nationalité. Je crois qu’il reflète plutôt l’intérêt des internautes du monde entier pour le mode de vie des Chinois et les détails du quotidien que les Chinois considèrent comme naturels. Je pense que ce phénomène reflète l’attractivité croissante de la culture chinoise et est une illustration concrète des fruits de la modernisation chinoise. Il offre au monde une nouvelle fenêtre pour mieux comprendre la Chine.

    Quels aspects de la Chine suscitent l’intérêt dans le reste du monde d’après vous ?

    H.Y. : Ces dernières années, l’économie chinoise a su continuer à avancer malgré diverses pressions extérieures, démontrant une forte résilience. En 2025, le produit intérieur brut a progressé de 5%, atteignant plus de 17 530 milliards d’euros, ce qui renforce la place de la Chine en tant que deuxième puissance mondiale. Sa contribution à la croissance mondiale dépasse 30%, et fait l’objet de l’appréciation par de nombreux pays. Aujourd’hui, on n’oublie jamais la Chine quand on parle de l’économie : la Chine est devenue un acteur incontournable de l’économie mondiale. Dans le domaine de l’innovation scientifique et technologique, de l’envol du grand avion de ligne chinois C919 à l’achèvement complet de la station spatiale chinoise, en passant par des percées dans des domaines de pointe tels que l’intelligence artificielle, l’intelligence incarnée, les technologies quantiques et les communications 6G, la Chine voit sa capacité scientifique et technologique évoluer d’une position de « suiveur » vers celle de « co-acteur », voire de « leader ». Ces accomplissements ont non seulement renforcé la force nationale globale de la Chine, mais ont également apporté l’intelligence chinoise au progrès technologique mondial. La Chine est aujourd’hui un leader mondial des technologies d’énergie propre : en 2025, la part de l’électricité propre a atteint 42%, et le pays reste le premier producteur et marché mondial de véhicules électriques. En matière d’amélioration du bien-être de la population, la Chine a achevé en 2020 l’édification d’une société de moyenne aisance, avec un PIB par habitant dépassant les 10 000 dollars. Elle a ainsi éradiqué la pauvreté absolue et mis en place les plus grands réseaux d’éducation, de santé et de protection sociale dans le monde entier, qui bénéficient à plus de 1,4 milliard de personnes. À l’ère du numérique, de l’information toujours plus rapide, galopante, je crois que ces transformations gigantesques de la Chine interpellent les internautes du monde entier.

  • [Passerelle Interculturelle] Le boom du running en Chine : d’un sport de niche à une pratique du quotidien

    [Passerelle Interculturelle] Le boom du running en Chine : d’un sport de niche à une pratique du quotidien

    Au cours de la dernière décennie, une transformation silencieuse s’est opérée en Chine. Ce qui n’était autrefois qu’un sport d’endurance de niche est devenu une habitude urbaine largement répandue.

    Le running ne se définit plus uniquement par la compétition ; il est désormais un moyen concret et accessible de rester en bonne santé, de gérer le stress et de s’inscrire dans le rythme de la ville. Le développement du marathon moderne en Chine est généralement associé à 1981, lorsque le marathon de Beijing organisa sa première édition avec seulement 86 participants. En tant que premier marathon international officiel du pays, il a introduit la course sur route auprès d’un public plus large et posé les bases d’un mouvement qui allait s’étendre à l’échelle nationale.

    L’ampleur et la dynamique économique

    Aujourd’hui, l’ampleur du phénomène est sans commune mesure. Rien qu’en 2024, environ 7 millions de personnes ont participé à des courses sur route. En 2026, la demande a atteint un niveau record : le marathon de Wuxi a enregistré 500 000 inscriptions. Obtenir un dossard est devenu un véritable défi statistique, comparable à une loterie pour l’attribution des plaques d’immatriculation. Cette intensité se traduit également sur le plan économique. En 2024, les dépenses liées aux marathons ont atteint 16,8 milliards de yuans (environ 2,46 milliards de dollars), soit une hausse de 26% par rapport à l’année précédente.

    Une intégration au mode de vie urbain

    Le running est désormais devenu un véritable écosystème, reliant activité physique et tourisme, notamment à travers le phénomène du « racecation » : les participants voyagent, prolongent leur séjour et consomment davantage, générant ainsi des retombées économiques locales significatives.

    Le running est devenu un repère temporel dans les villes chinoises, s’étendant sur l’ensemble de la journée. Le matin, les parcs sont investis par ceux qui cherchent un moment de clarté avant le travail. À midi, de courtes courses apparaissent dans les quartiers d’affaires, comme le CBD de Pékin ou Lujiazui à Shanghai. Lors des week-ends de course, les villes se réorganisent temporairement : les routes se ferment, les rues s’ouvrent, et l’espace urbain se transforme en piste collective. Le phénomène le plus marquant est sans doute celui du running nocturne. À la tombée de la nuit, les berges des rivières se remplissent de coureurs venus se détendre après la journée.

    Ce cycle quasi continu sur 24 heures est soutenu par des politiques publiques, comme l’initiative du « cercle de fitness de 15 minutes », ainsi que par le développement de pistes de course intelligentes, équipées d’éclairage et de dispositifs de sécurité.

    Pour de nombreux jeunes actifs, courir est devenu non seulement un moyen de faire du sport, mais aussi un espace de sociabilité, de routine et de construction identitaire. Sur des plateformes comme WeChat et Xiaohongshu, la trace d’une course n’est plus privée : elle est visible, partageable et socialement valorisée.

  • Les femmes du Rojava à l’honneur du Nouvel an Kurde

    Les femmes du Rojava à l’honneur du Nouvel an Kurde

    Pour cette troisième séquence du festival Newroz, co-organisé par Solidarité et liberté Provence et le Collectif solidarité Kurdistan 13, c’est le Rojava, kurdistan syrien, qui était mis à l’honneur. Trois des coautrices de Nous vous écrivons depuis la révolution, paru en 2021 aux éditions Syllepse, sont venus raconter leur expérience au cœur de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie.

    Textes de réflexions, poèmes, contes, extraits de journaux intimes… L’ouvrage qu’elles présentent se compose d’écrits de « femmes internationalistes, mères, journalistes, militantes qui ont passé de quelques jours à plusieurs années [dans les rangs] de la révolution du Rojava ».

    Leur objectif : inviter lecteurs et lectrices à découvrir « le projet et la réalité des femmes de la Syrie du nord et de l’est qui, depuis 2012 [à l’époque, peu de temps après la guerre civile en Syrie, la majorité du Kurdistan syrien passe sous le contrôle des milices kurdes, Ndlr], travaillent minutieusement à la création de leurs structures autonomes ». Car le combat Kurde est aussi connu pour sa dimension profondément féministe, incarnée, notamment, par les Unités de défense de la femme (YPJ), organisation militaire exclusivement composée de femmes.

    « Vivre dans un système plus juste »

    « Ma première réelle prise de conscience sur les femmes au Kurdistan était en 2004, à l’occasion d’un reportage dans un camp d’entraînement, raconte Mireille Court, professeure d’anglais, journaliste pour Le Monde Diplomatique et co-autrice. J’ai remarqué une égalité totale entre les filles et les garçons. Il pouvait y avoir les filles qui fendaient le bois et les garçons qui faisaient le pain. Il n’y avait aucune différence, c’était vraiment l’égalité et ça m’avait énormément frappée. »

    Fille d’ouvriers syndicalistes et également co-autrice, Sarah Macha voit, elle, dans le mouvement kurde une grande source d’inspiration. « Quand j’ai compris quel était le projet politique et social du Kurdistan, porté par ces femmes, (…) ça a résonné énormément avec les recherches de ma génération à l’époque, retrace-t-elle. Cette volonté de vivre dans un système beaucoup plus juste, plus démocratique, dans lequel tous les peuples, les femmes, les jeunes (…) pourraient s’unir. Je pense que le Rojava a représenté ça aussi. »

    Marie, militante pour un Kurdistan libre et dernière co-autrice présente lors cette rencontre, a proposé une recontextualisation du conflit, toujours vif aujourd’hui.

  • [Passerelle interculturelle] Zhang Xue, l’homme derrière la moto de champion

    [Passerelle interculturelle] Zhang Xue, l’homme derrière la moto de champion

    En Chine, cette victoire déclenche une autre forme d’effervescence. Derrière la performance sportive, les médias se passionnent pour l’histoire de l’homme à l’origine de cette machine : Zhang Xue.

    Son parcours commence loin des circuits. Originaire d’une région rurale du Hunan, il quitte l’école après le collège avec une idée déjà arrêtée : il veut réparer des motos. À 19 ans, il entre dans le métier. Un an plus tard, il ouvre son propre atelier. Très tôt, il fait preuve d’une détermination peu commune. Convaincu qu’il doit se rapprocher du monde de la compétition, il prend lui-même l’initiative de contacter un journaliste de Hunan TV pour raconter son ambition. Le reportage est diffusé. C’est un premier pas vers un univers auquel rien ne le destinait.

    Les années suivantes sont marquées par un travail intense, presque obsessionnel. Zhang Xue travaille sans relâche : moins de cinq jours de repos complet par an, des journées entièrement consacrées à la moto. « En vingt ans, j’ai travaillé comme si j’en avais fait quarante », explique-t-il.

    Au fil du temps, il acquiert une connaissance complète de la chaîne industrielle. Du démontage à la recherche et développement, de la fabrication aux tests, jusqu’au service après-vente, il passe par toutes les étapes. Cette immersion totale forge une conviction : comprendre en profondeur est la condition pour réussir.

    Une course qui ne fait que commencer

    C’est cette certitude qui le pousse à créer sa propre marque. Et à lui donner son nom. Pour Zhang Xue, la valeur d’une marque ne dépend pas de son appellation, mais de la qualité de son produit. Un nom, aussi prestigieux soit-il, ne peut rien compenser si le produit est médiocre. À l’inverse, une machine performante peut transformer n’importe quel nom en référence.

    Face aux constructeurs européens et japonais, il reconnaît un écart : celui de l’expérience accumulée. Leur force repose sur des décennies de savoir-faire. Mais Zhang Xue voit dans cet écart un processus en cours. En démontant et en analysant les meilleures machines du monde, ses équipes apprennent, comprennent et construisent progressivement leur propre base d’expérience.

    Sa méthode est directe : agir, apprendre rapidement, corriger immédiatement. L’échec n’est pas un obstacle, mais un outil. « Je n’ai jamais eu peur de l’échec », affirme-t-il.

    Aujourd’hui, son ambition est claire : faire entrer Zhang Xue Motorcycles dans le top 10 mondial en dix ans.

    À Portimao, la victoire de Valentin Debise a marqué les esprits. Mais pour Zhang Xue, elle n’est qu’une étape. Même dans le succès, il identifie déjà les faiblesses, comme une vitesse de départ encore perfectible. À Portimao, une course s’est terminée. Pour Zhang Xue, elle ne fait que commencer.

  • [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir voulu monter à bord de cette flottille ?

    Edmond Baudoin : Comme beaucoup d’êtres humains, je suis concerné par ce qu’il se passe en ce moment. Je suis né à Nice, en 1942, il y a bien longtemps, et c’est aussi pour ça que la mer Méditerranée m’importe tant. C’est un lieu de passage, où l’on meurt énormément, et depuis longtemps maintenant. L’horreur dans laquelle nous sommes arrivés, nous ne pouvons plus la continuer. Je vais bientôt mourir et je sais que je voudrais que l’humanité continue, c’est ce que j’espère. Le chemin que nous avons pris nous emmène vers un point limite. Il faut que ça bascule. Donc j’ai dit oui à ce voyage, avec cette flottille, pour participer à ce militantisme sur la Méditerranée, parce que je suis encore vivant, parce que j’ai encore la possibilité de faire et d’écrire.

    Quel message portez-vous ?

    E.B. : Le message sera la Méditerranée et la culture. Bien sûr, ce qui se passe tue, mais c’est aussi un assassinat de la culture. On voit comment tout est détruit : en Palestine, à Gaza, qui est un espace d’une grande culture, mais aussi partout au Liban, puis en Iran… On piétine les êtres humains, c’est ça, bien sûr, le plus grave. Mais derrière les êtres humains, il y a tout ce qu’ils étaient. Dire qu’on va ramener l’Iran à l’âge de pierre, qu’est-ce que ça veut dire ? [Donald Trump a déclaré mercredi depuis la Maison-Blanche vouloir « ramener l’Iran à l’âge de pierre », Ndlr] Pourquoi ne sommes-nous pas en train de manifester dans la rue ? Juste ces mots… comment est-ce possible ?

    Comment occuperez-vous
    vos journées à bord
     ?

    E.B. : Bien sûr, je vais aider à faire avancer le bateau, car nous sommes huit à bord, ce qui signifie que nous devons tous participer à son fonctionnement. Mais dès que j’aurai une minute, je dessinerai ce que je pense, ce que je vois. Je vais remplir du papier, faire ce que je suis censé faire dans le monde. J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner. Pour ça, je n’ai pas beaucoup d’autres moyens que le dessin et l’écriture.

    Quelles affaires avez-vous emportées ?

    E.B. : Je suis déjà allé en bateau sur la Méditerranée. Je sais donc que, n’importe où, même en plein été, il fait froid, ou qu’en tout cas tout est très humide. Donc je me suis habillé comme pour partir à la montagne. Sinon, j’ai pris de l’aquarelle, de l’encre de Chine… C’est à peu près tout. Ah oui, j’ai aussi pris des médicaments pour le mal de mer !

    Avez-vous peur ?

    E.B. : Non. C’est quelque chose que je connais mal, le stress. Je ne sais pas, je me dis que ce n’est pas maintenant que je vais mourir. Et puis, quelle importance ? Mourir ne me pose aucun problème. Simplement, je n’existerai plus. Voilà. Mais pendant des millions, des milliards d’années, je n’ai pas existé, donc je n’existerai pas. Et puis j’ai 84 ans, disons que ça me pend au nez.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud

  • Menaces sur les ressources stratégiques

    Menaces sur les ressources stratégiques

    Les décimales des stations-service qui montent chaque jour depuis l’attaque israélo-états-unienne contre l’Iran, il y a un mois, sont ancrées dans le quotidien. Mais, derrière le spectaculaire de la flambée des carburants qui agite le spectre d’un nouveau choc pétrolier, l’accès à de nombreuses ressources cruciales se retrouve pris dans les conséquences du conflit, entre le bombardement des infrastructures et les menaces sur le passage stratégique du détroit d’Ormuz.

    C’est le cas pour le gaz naturel liquéfié, certes marginal dans l’approvisionnement global en gaz, mais dont 20% proviennent du Qatar, qui a vu sa principale usine de Ras Laffen à l’arrêt après une attaque de drones. De quoi faire flamber les factures dans certains pays d’Asie et d’Europe, pourtant avec une demande en baisse à la sortie de l’hiver. Une situation qui risque de faire grimper les prix de l’électricité indexés sur les coûts du gaz.

    Mais derrière cet arrêt, c’est la production d’hélium, sous-produit du gaz naturel liquéfié, qui est aussi stoppée. Avec un retour à la normale qui n’est pas attendu avant six à huit semaines, confirmait le ministre qatarien de l’Énergie. Le gaz noble est crucial dans les industries de pointe, dans la santé et surtout dans la production des semi-conducteurs. Et si des réserves sont stockées en Allemagne, elles ne peuvent être conservées plus de 40 jours et l’Europe dépend à 40% du Qatar, l’un des quatre principaux fournisseurs avec les États-Unis, l’Algérie et la Russie. Le 25 mars dernier, le groupe français s’alarmait d’une pénurie à court terme.

    Autre ressource cruciale produite dans le golfe, un tiers des engrais transitent par le détroit d’Ormuz, dont la moitié du soufre, un tiers de l’urée, un quart de l’ammoniac… En moins de deux semaines, l’urée a ainsi flambé de plus de 13%, menaçant les productions agricoles, notamment dans les pays de l’Est africain. Et s’ajoutent encore des augmentations des cours sur l’aluminium et les plastiques produits aussi dans la région. Un cocktail explosif pour l’économie mondiale.