Category: international

  • L’interception de la flottille pour Gaza inquiète

    L’interception de la flottille pour Gaza inquiète

    Après l’interception, lundi, de 40 des 52 bateaux membres de la flottille Global Sumud (résilience, ténacité, persévérance en arabe), partie la semaine dernière de Turquie pour apporter de l’aide humanitaire à Gaza, les forces israéliennes ont progressivement poursuivi les arrestations mardi. « Trois des dix bateaux restants ont déjà été arrêtés, ils vont tous être interceptés, ce n’est plus qu’une question d’heures malheureusement », se désole Florence Heskia, coordinatrice de Global Sumud France, ce mardi après-midi.

    176 militants interceptés en avril

    à bord de ce cortège humanitaire, près de 400 personnes, issues de 47 nationalités, dont 41 Français et trois Marseillais. Si les activistes ne peuvent plus communiquer avec les organisations à terre depuis leur arrestation, Florence Heskia dit avoir été informée par le consulat français d’un transfert des militants sur des « bateaux prisons ». « Nous sommes très inquiets. Au début, les interceptions se sont déroulées sans violence, mais on constate sur certaines vidéos que des coups de feu ont eu lieu. D’autant que, au-delà du moment de l’interpellation, nous ne savons pas comment sont traités nos camarades », poursuit la coordinatrice.

    Global Sumud insiste par ailleurs sur le caractère illégal de ces opérations, a priori opérées en eaux internationales, où aucun état n’est en droit d’intercepter un navire. Il existe deux exceptions : les actes de piraterie (criminalité de guerre) et la lutte contre l’esclavage.

    Fin avril, 176 militants de la Flottille, partis, eux, de Marseille, Barcelone et Syracuse, avaient été interceptés par Israël, au large de la Grèce, là aussi en eaux internationales. Thiago Avila et Saif Abu Keshek, activistes présents à bord, avaient ensuite été détenus durant 10 jours dans une prison israélienne, où ils ont été « maltraités et brutalisés ».

  • L’Andalousie passe aux mains de la droite et de l’extrême droite

    L’Andalousie passe aux mains de la droite et de l’extrême droite

    Les résultats des élections régionales de dimanche en Andalousie vont reconfigurer le Parlement régional. Par rapport à 2022, la droite (Parti populaire) perd 5 sièges, passant de 58 à 53, la majorité absolue étant fixée à 55. Le Parlement compte 109 députés représentant huit provinces (Séville, Malaga, Grenade, Cadix, Almería, Jaén, Cordoue et Huelva).

    Le PSOE perd 2 sièges, passant de 30 à 28, lui qui, pendant près de quarante ans, a été majoritaire dans cette région jusqu’en 2018. Le parti d’extrême droite Vox gagne 1 siège et comptera désormais 15 parlementaires. La liste « Adelante Andalucía », se réclamant d’une gauche alternative et souverainiste, crée la surprise en passant de 2 à 8 sièges. Enfin, « Por Andalucía », la liste emmenée par la coalition Izquierda Unida (IU), Podemos et Sumar, conserve ses 5 sièges.

    Un paysage politique recomposé

    Au vu de ces résultats, on constate, d’une part, que la droite n’a plus la majorité absolue et devra s’allier avec l’extrême droite pour gouverner et, d’autre part, que la gauche de gouvernement recule ou stagne au profit d’une gauche radicale et régionaliste. Si la perte de la majorité absolue du PP était attendue, la percée spectaculaire de « Adelante Andalucía » a surpris tous les observateurs. Cette formation, qui a contribué à mobiliser des abstentionnistes, a probablement capté en partie les voix d’électeurs de Podemos, qui n’ont pas apprécié l’union de leur formation avec Izquierda Unida. Une union sur laquelle Antonio Maíllo, coordinateur de IU, comptait pour amorcer une remontée de la gauche face au PSOE, en vue notamment des élections générales de 2027. Celui-ci a clairement exprimé sa déception à l’issue du scrutin dimanche soir, en admettant que l’objectif n’avait pas été atteint : « Por Andalucía » espérait obtenir au moins 7 sièges.

    C’est pourtant une campagne très offensive qu’a menée la liste conduite par Antonio Maíllo, avec plus de 200 rencontres sur le terrain en quinze jours et des retours encourageants. Une campagne pour la défense de la santé publique, contre son démantèlement et les projets de privatisation (rappelons que la santé est une compétence des régions), contre la précarité, et pour le logement. Antonio Maíllo avait promis que voter pour la liste « Por Andalucía » constituait un vote utile pour un gouvernement régional menant une politique sociale. Cela n’a pas suffi, et la coalition de gauche se voit devancée par une autre formation, « Adelante Andalucía », qui a adressé durant la campagne plusieurs critiques au PSOE. José Ignacio Garcia, la tête de liste, a déclaré « nous avons jeté les bases pour à terme éjecter la droite. On lui a déjà enlevé sa majorité absolue, nous sommes résolument une force de gauche alternative et souverainiste », a-t-il martelé, dimanche soir, devant les militants.

    Le PSOE, quant à lui, avait présenté María Jesús Montero, première vice-présidente du gouvernement, qui a reconnu le recul de son parti. Celui-ci n’obtient que 28 sièges, mais elle affirme vouloir fédérer l’opposition et assure que son parti « porte la seule alternative aux droites en Andalousie ».

    Mais déjà, les élections générales de 2027 pointent à l’horizon. La gauche dite alternative et souverainiste d’Andalousie a reçu, dès dimanche soir, un message de félicitations du leader d’Esquerra Republicana de Catalunya, Gabriel Rufián, qui aspire à organiser les gauches régionalistes, avec Irene Montero (Podemos), et à présenter une candidature commune d’une gauche non gouvernementale aux élections nationales. D’ici 2027, le chemin vers une union à gauche du PSOE, souhaitée par Antonio Maíllo et Izquierda Unida, s’annonce encore long.

  • [Passerelle interculturelle] Mini-séries chinoises : le nouveau phénomène mondial venu d’Internet

    [Passerelle interculturelle] Mini-séries chinoises : le nouveau phénomène mondial venu d’Internet

    Depuis deux ans, un nouveau format audiovisuel connaît une croissance fulgurante en Chine : les « mini-séries », ou micro-dramas. Courtes, rythmées, pensées pour le téléphone portable et les réseaux sociaux, ces séries, dont les épisodes durent de quelques dizaines de secondes à quelques minutes, sont devenues un véritable phénomène culturel et économique.

    Contrairement aux séries télévisées traditionnelles, les mini-séries chinoises adoptent un rythme extrêmement rapide. Chaque épisode dure généralement entre une et trois minutes, avec une narration très condensée : intrigue immédiate, rebondissements fréquents, suspense permanent et émotion directe.

    Un format né pour le mobile

    Leur mode de diffusion correspond parfaitement aux habitudes numériques actuelles. Elles sont principalement regardées sur smartphone, via des plateformes de vidéos courtes ou des applications spécialisées. Le spectateur peut ainsi enchaîner plusieurs épisodes dans les transports, pendant une pause ou avant de dormir.

    Le modèle économique repose souvent sur un système « freemium » : les premiers épisodes sont gratuits afin d’attirer le public, puis les suivants deviennent payants ou accessibles par abonnement.

    Derrière cette apparente simplicité se cache une véritable industrie. En Chine, certaines mini-séries sont tournées en seulement quelques jours, avec des budgets relativement modestes par rapport aux productions télévisées classiques.

    Les équipes privilégient l’efficacité : scénarios courts, décors limités, tournage intensif et montage rapide. Mais cette production accélérée ne signifie pas absence de professionnalisation. De nombreuses plateformes utilisent désormais des outils d’analyse de données pour identifier les thèmes les plus populaires : romance, revanche sociale, histoires familiales, fantasy, entrepreneuriat ou encore drames historiques.

    L’intelligence artificielle commence également à jouer un rôle, qu’il s’agisse de recommander les contenus, d’analyser les tendances ou, parfois, d’accompagner l’écriture des scénarios.

    Un nouveau moteur de l’industrie culturelle numérique

    Le phénomène dépasse désormais le simple divertissement. Les micro-dramas deviennent à la fois un outil d’influence culturelle et un nouveau relais de croissance économique. Leur succès attire aussi l’attention à l’international, notamment aux États-Unis, où ce format est déjà considéré par certains observateurs comme l’un des futurs terrains de conquête de l’industrie audiovisuelle.

    Dans la ville de Quzhou, dans la province du Zhejiang, dans l’est de la Chine, un véritable pôle industriel dédié aux micro-dramas est en train d’émerger. À la Meigao Short Drama Super Factory, plus de 200 décors prêts à tourner – hôpitaux, aéroports, villas, tribunaux – sont réunis dans une même zone de production. Les jeunes créateurs peuvent y entrer et commencer à filmer presque immédiatement.

    Le modèle est simple : produire vite, tourner efficacement, raconter sans interruption. Pour les autorités locales, il s’agit aussi d’une stratégie de transformation industrielle : associer les ressources traditionnelles du territoire à la créativité numérique, afin de faire des micro-dramas un nouveau levier de développement culturel et économique.

  • Un cessez-le-feu qui peut exploser à tout moment

    Un cessez-le-feu qui peut exploser à tout moment

    Si le cessez-le-feu annoncé le 8 avril a largement mis un coup d’arrêt à la guerre déclenchée par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février, le contexte reste inflammable. Washington a présenté une liste de cinq points, exigeants notamment que l’Iran ne maintient qu’un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d’uranium hautement enrichi aux États-Unis, a rapporté l’agence de presse Fars. Selon cette même source, les États-Unis ont également refusé de débloquer « ne serait-ce que 25% » des avoirs iraniens gelés à l’étranger ou de verser des réparations pour les dommages subis par l’Iran pendant la guerre. De son côté, l’agence Mehr a affirmé que les États-Unis n’avaient accordé à l’Iran « aucune concession tangible », dénonçant « des conditions excessives » imposées par Washington.

    Frappes sur une centrale nucléaire émiratie

    Lundi, la diplomatie iranienne avait indiqué que Téhéran avait appelé, dans ses propositions, à une cessation immédiate des hostilités dans la région, notamment au Liban, ainsi qu’à la levée du blocus imposé à ses ports par la marine américaine. L’Iran a également réclamé le dégel de ses avoirs détenus à l’étranger, visés de longue date par les sanctions américaines.

    Par ailleurs, un incendie s’est déclaré après une frappe de drone près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis, sans faire de blessés ni provoquer de hausse de la radioactivité, ont annoncé dimanche les autorités locales. L’incident survient alors que des monarchies du Golfe accusent l’Iran d’avoir mené des frappes de drones sur leur territoire malgré le cessez-le-feu. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a exprimé « sa profonde préoccupation » dans un message publié sur X. « Toute activité militaire menaçant la sûreté nucléaire est inacceptable », a ajouté le chef de l’agence onusienne.

    Au début du mois, les Émirats avaient déjà imputé à Téhéran une frappe de drone contre une installation énergétique à Fujaïrah, dans l’est du pays, accusation démentie par l’Iran. Téhéran accuse de son côté des pays du Golfe d’avoir permis aux forces américaines d’utiliser leur territoire pour mener des attaques contre la République islamique.

    La tension est encore montée cette semaine après des informations de presse faisant état de frappes menées directement par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite contre l’Iran pendant la guerre.

    Des Européens négocient le passage par Ormuz

    Malgré la trêve, la République islamique continue de bloquer le détroit d’Ormuz tandis que les États-Unis maintiennent leur propre blocus des ports iraniens. La télévision d’État iranienne a affirmé samedi que des pays européens étaient en discussion avec Téhéran afin d’obtenir des autorisations pour franchir cette voie stratégique du commerce mondial de pétrole bloquée depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient.

    « Après le passage de navires en provenance de pays d’Asie de l’Est, notamment de Chine, du Japon et du Pakistan, nous avons reçu aujourd’hui des informations selon lesquelles des Européens ont entamé des négociations avec la marine des Gardiens de la Révolution » pour traverser le passage, a annoncé la télévision d’état sans préciser les noms de ces pays. Le blocage iranien de cette voie maritime par laquelle transite habituellement un cinquième de la production mondiale de pétrole perturbe les marchés mondiaux et confère à Téhéran un levier stratégique.

    CHRONOLOGIE

    1957

    Lancement du programme nucléaire iranien par la signature entre le Shah et les États-Unis en 1957 d’un accord de coopération civile sur l’utilisation pacifique de l’atome nommé « Atome pour la paix ».

    1968

    L’Iran s’engage pour le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qu’il ratifie en 1970.

    1974 Création de l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran (OEAI) et début de la construction de deux sites industriels atomiques à Bushehr.

    1979

    La révolution iranienne éclate, le programme nucléaire est suspendu. La France refuse de remettre à l’Iran l’uranium enrichi inclut dans l’accord d’Eurodif pour lequel Téhéran a avancé 1 milliard de dollars. Une série d’attentats éclatent. La République islamique créé un centre de technologie nucléaire pour assurer sa propre production.

    2002

    Des opposants exilés iraniens dévoilent l’existence de sites nucléaires jusqu’alors inconnus. Quelques mois plus tard, l’AIEA se rend sur place et demande à l’Iran de prouver qu’elle ne développe pas l’arme nucléaire.

    2015

    Un accord historique est conclu entre l’Iran et le groupe des « 5+1 » (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) après des années de négociations. Donald Trump s’en retire dès son arrivée à la Maison Blanche.

    2025

    Israël déclenche ce qui sera nommé la guerre de 12 jours contre l’Iran qui réplique. Les États-Unis bombardent les sites nucléaires qu’elle dira alors avoir totalement détruits… Jusqu’au déclenchement d’une nouvelle attaque en février 2026.

  • [Entretien] Mohammad Omidvar : « Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran »

    [Entretien] Mohammad Omidvar : « Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran »

    La Marseillaise : Quelle est la situation en Iran entre la guerre lancée par Israël et les États-Unis et la répression accrue de la République islamique ?

    Mohammad Omidvar : Il n’y a aucune justification internationale à cette agression qui a été menée sous de faux prétextes. Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran. Près de 3 millions de personnes se sont retrouvées sans abri ou déplacées à la suite de la destruction de près de 60 000 maisons, immeubles d’habitation et autres bâtiments. Un grand nombre de petites et moyennes entreprises ont fait faillite, non seulement à cause de la guerre, mais aussi en raison des coupures d’Internet. Des centaines de milliers de travailleurs ont été licenciés parce que les usines ne tournent plus ou ont été détruites. La situation économique devient tout à fait insupportable. Même les classes moyennes puisent dans leurs économies juste pour survivre. La guerre impérialiste menée contre le pays a considérablement affaibli le mouvement populaire contre le régime. Les gens descendaient dans la rue depuis des mois, voire des années, pour manifester quotidiennement. Désormais, sous la menace d’une occupation, les gens se disent qu’il faut sauver le pays. Le régime se trouve renforcé : il joue la carte du patriotisme et se pose en défenseur de la nation. En réalité, il a profité de la situation pour lancer une campagne d’arrestations et d’exécutions. Selon un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, au cours des dernières semaines, plus de 4 000 personnes ont été arrêtées et chaque jour, nous recevons des informations faisant état d’exécutions de prisonniers politiques en Iran.

    Comment qualifier la République islamique sur un spectre politique ?

    M.O. : Les gens ont tendance à l’oublier mais le régime iranien est ouvertement capitaliste dans son orientation. Au cours des dernières décennies, il a mené des politiques économiques néolibérales qui ont plongé une grande partie de la population dans une extrême pauvreté. La République islamique a mis en œuvre ces politiques conformément aux recommandations du FMI et de la Banque mondiale, qui l’ont félicité pour cela. Selon les statistiques officielles, près de 40% de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvreté défini par le gouvernement lui-même. Nous avons connu une inflation galopante, la dévaluation de notre monnaie et un chômage de masse dans certaines provinces, à cela s’ajoute la corruption systémique perpétuée par le régime, son cercle restreint, ses forces de sécurité et les Gardiens de la révolution. C’est une dictature théocratique qui représente les intérêts de la grande bourgeoisie en Iran. Nous la divisons en deux : la bourgeoisie marchande et la bourgeoisie bureaucratique, c’est-à-dire celle qui s’est développée au sein du système étatique, comme les Gardiens de la révolution et la milice Bassidji. Il n’est pas surprenant que, juste avant l’attaque l’an dernier, nous ayons eu plus de 2 700 grèves et manifestations de travailleurs à travers le pays. Cela s’ajoute aux manifestations quasi quotidiennes des retraités, des femmes, des étudiants, de la jeunesse. Le régime avait largement perdu sa légitimité.

    Le Tudeh est l’un des plus anciens partis communistes au monde. La plupart de vos membres ont été contraints à l’exil. Face à cela, comment organiser une alternative politique en Iran ?

    M.O. : Nous faisons face à un régime dont le bilan désastreux est à la fois bien documenté et bien établi, et qui a brutalement réprimé toute forme de dissidence. Une attaque de grande ampleur a été lancée contre notre parti en 1983. Ils ont arrêté plus de 10 000 membres et sympathisants, soit la quasi-totalité de la direction, du comité central, du bureau politique et du secrétariat du parti. Certains d’entre eux avaient été emprisonnés dans les geôles du Shah pendant 25 ans et libérés lors de la Révolution de 1979. Ils n’ont été libres que trois ou quatre ans avant d’être à nouveau arrêtés, horriblement torturés puis exécutés en masse en 1988 par le régime. Ils ont fait la même chose avec les membres du Fadaian, les Moudjahiddines, les forces kurdes et même des religieux. Malgré l’arrestation de 10 000 personnes, ils n’ont pas réussi à détruire le parti. Celui-ci a survécu et s’est rapidement réorganisé avec des personnes qui étaient en exil. Le parti bénéficie toujours d’une solide base de soutien à l’intérieur du pays, bien que ses membres ne puissent s’organiser ouvertement. De nombreuses autres organisations de gauche suivent aussi les lignes du parti que le régime considère toujours comme la menace principale venant de la gauche. C’est pourquoi, depuis l’attaque, il n’y a pas eu un moment où ils n’ont pas tenté de nous déstabiliser. Nous sommes l’unique organisation de gauche à disposer encore d’un comité central qui se réunit toutes les deux semaines.

    Trump a une nouvelle fois menacé de détruire l’Iran si le pays n’acceptait pas les termes de son plan de paix. Le cessez-le-feu peut-il tenir ?

    M.O. : Personne ne connaît les détails exacts de la proposition américaine ni de la contre-proposition iranienne. L’Iran a raison de ne pas accepter la capitulation, ce n’est pas la Seconde Guerre mondiale. Le pays a le droit de défendre sa souveraineté nationale. Et ce, en dépit de ce que nous pensons du régime. C’est une guerre d’agression contre notre pays. Certaines rhétoriques provenant de la Maison Blanche et de Trump sont effroyables. Il parle de détruire toute une civilisation, d’attaquer les cibles civiles, ce qui, selon l’ONU, constituerait des violations flagrantes et graves de sa Charte et du droit international. Ce seraient des crimes de guerre. Ce qui est ironique, c’est que l’accord dont Trump s’est retiré stipulait déjà que l’Iran ne devait pas dépasser un certain niveau d’enrichissement d’uranium et qu’il devait être soumis à une surveillance étroite et régulière. Il y a désormais des points de tensions autour du détroit d’Ormuz et Téhéran a le droit de dire qu’il a la souveraineté sur cette zone, ça a toujours été ainsi. Trump cherche désespérément à se sortir de ce pétrin. Ce n’est pas ce que veulent les Israéliens.

    Benjamin Netanyahu est un criminel. Il veut des guerres sans fin pour se maintenir au pouvoir et échapper à la menace imminente de poursuites judiciaires. Il devrait être en prison, non seulement pour crimes contre l’humanité, mais aussi pour détournement de fonds et toutes sortes d’autres infractions qu’il a commises en Israël. Ils survivent grâce à cette guerre et à la mise en œuvre du « Grand Israël », qui consiste à occuper autant de territoire que possible dans la région et à en faire une colonie de Tel-Aviv. Nous avons affaire à un gouvernement criminel qui a violé à peu près toutes les lois internationales imaginables et qui agit avec la bénédiction totale non seulement de l’impérialisme des États-Unis mais aussi de l’Europe, qui a systématiquement failli à condamner ouvertement et sans équivoque cette agression.

  • La gauche en reconquête de l’Andalousie

    La gauche en reconquête de l’Andalousie

    La législature devait se terminer fin juin, mais le président de la région en a décidé autrement en prononçant la dissolution du parlement andalou, et en convoquant les élections pour ce dimanche. Juan Manuel Moreno Bonilla (Parti populaire) avait été élu à la présidence de cette communauté autonome le 19 juin 2022, en obtenant la majorité absolue. Le mode de scrutin étant proportionnel et plurinominal.

    La droite va donc tenter dans ces élections de garder la majorité. Celle-ci avait déjà fait tomber la gauche une première fois aux élections de 2018. Le Parti socialiste avait auparavant assuré la gouvernance en Andalousie pendant 36 ans. Le parti d’extrême droite Vox, qui a émergé cette dernière décennie dans le paysage politique régional et national, pourrait être faiseur de roi. Créé en 2013, le parti d’extrême droite s’est fortement implanté en Andalousie, de 0,45% aux élections de 2015 ce parti a obtenu 10,87% en 2018, puis 13,46% en 2022. Pour ces élections, les sondages créditent Vox de 14%. Le Parti populaire (PP) est donné à 42,8% et espère obtenir la majorité absolue pour éviter une alliance avec Vox mais cette hypothèse est sérieusement envisagée, le PP pourrait donc s’allier avec l’extrême droite pour garder la région et la faire entrer dans l’exécutif.

    Arithmétiquement, la droite aidée par l’extrême droite pourrait rester majoritaire selon les sondages. La gauche engagée dans une nouvelle dynamique grâce à une campagne offensive et unitaire de Izquierda Unida et Podemos, est en légère progression dans les derniers sondages et espère reconquérir la région. Ce qui donnerait à Pedro Sanchez au plan national une bouffée d’air à un an des prochaines élections générales de 2027. Le chef du gouvernement, qui bénéficie d’un énorme capital sympathie sur le plan international avec ses prises de position anti Trump notamment, et en faveur du peuple palestinien, subi les assauts incessants de la droite et de l’extrême droite sur sa politique intérieure et contre son entourage proche. Une politique intérieure qui pourtant est marquée par de nombreuses avancées sociales, souvent portées par les communistes au gouvernement au sein de la coalition Sumar.

    Le PSOE, selon les derniers sondages serait à 23%, « Por Andalucia » la coalition menée par Izquierda Unida et Podemos à 8% et « Adelante Andalucia », une formation de gauche radicale et régionaliste à 6,9%. À gauche, bien que la tâche de reconquête reste difficile, une nouvelle dynamique s’est mise en place avec l’alliance de Izquierda Unida (IU) et Podemos impulsée le coordinateur et candidat de IU Antonio Maillo. Dans Mundo Obrero, le mensuel du PCE, celui-ci dans une interview se réjouit de l’union entre Izquierda Unida et Podemos « nous sommes à un moment clé, la gauche doit assumer que la fragmentation fragilise et que la classe des travailleurs ne demande pas autre chose que coopération, maturité et projet partagé. Tout cela n’est pas de la tactique, il s’agit de construire une alternative réelle au modèle de Moreno Bonilla [l’actuel président PP, Ndlr]. Pour cela, chaque pas en direction de l’unité est essentiel. En Andalousie avec ce qui se passe dans le secteur de la santé, du logement ou de l’emploi, l’utilité de la gauche passe par la nécessité d’être ensemble et offrir une alternative crédible. » Pour Antonio Maillo, les trois priorités du programme de « Por Andalucia » sont : renforcer la santé publique, garantir l’accès au logement et combattre la précarité au travail, il s’agit, dit-il, « de priorités qui ont une incidence directe sur la vie des gens ».

    Ce dimanche les Andalous vont choisir la politique qu’ils veulent pour les quatre années à venir.

    « L’utilité de
    la gauche passe par la nécessité d’être ensemble
    et offrir une alternative crédible. »

  • Les 78 ans de la Nakba, dans les mémoires et le présent

    Les 78 ans de la Nakba, dans les mémoires et le présent

    Devant la Cité administrative d’Avignon, sur le cours Jean-Jaurès, une douzaine de drapeaux palestiniens flottaient, portés par un mistral frais de début de soirée, ce vendredi 15 mai, soit exactement 78 ans après la Nakba. Le mot, qui signifie « la catastrophe » en arabe, renvoie à l’expulsion massive des Palestiniens de leurs terres par les forces israéliennes en 1948.

    Organisé par l’association Stop génocide 84, environ une centaine de personnes se sont rassemblées pour l’occasion. Et pour Carol Alarcon, l’une des membres de l’organisation qui a pris la parole, « la Nakba n’est pas juste la suite historique de la guerre qui accompagne la création de l’État d’Israël à la suite de la colonisation britannique » et « désigne plus que le processus qui a produit et accompagné les déplacements de populations sous la contrainte, les dépossessions massives, les occupations illégales qui s’en sont suivies ».

    Plusieurs revendications sont portées par le collectif. À savoir le « respect des droits humains et du droit international en Palestine », la fin de « la colonisation, de l’apartheid » et « le droit au retour des réfugiés », ce à quoi correspond la résolution 194 de l’ONU, prise quelques mois après la Nakba, en décembre 1948.

    Et les militants pointent également la responsabilité des pays européens dans la poursuite de la guerre. « Des entreprises privées ou bien les États-Unis, la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni participent, par des soutiens militaires et politiques, ce qui affaiblit profondément l’application du droit international », poursuit Carol Alarcon, qui réclame la suspension de l’accord entre l’UE et Israël ainsi que les échanges d’armes et de composants militaires.

  • [Passerelle Interculturelle] Et si la Chine n’était pas si loin ?

    [Passerelle Interculturelle] Et si la Chine n’était pas si loin ?

    Si vous êtes déjà allé en Chine, vous aurez sûrement envie d’y retourner encore et encore. Si vous n’y êtes jamais allé, la Chine reste peut-être encore dans votre imagination : un pays lointain, immense, difficile à comprendre, où la langue semble être une barrière et où le voyage paraît compliqué.

    Et pourtant, aujourd’hui, partir en Chine est devenu beaucoup plus simple. Pour les voyageurs français titulaires d’un passeport ordinaire, il est possible de séjourner en Chine sans visa jusqu’à 30 jours, pour un voyage touristique, familial, professionnel ou de transit. Pour un séjour court, cela enlève une grande partie des démarches qui rendaient autrefois le voyage plus difficile à organiser.

    Exemption de visa

    Le trajet lui-même est aussi devenu plus direct. Depuis la France, notamment depuis Paris, il existe des vols vers plusieurs grandes villes chinoises comme Beijing, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen ou Chengdu, selon les compagnies et les périodes. Une fois sur place, le train facilite beaucoup les déplacements. Les grandes lignes ferroviaires permettent de traverser le pays assez facilement, et les transports urbains sont souvent pratiques et peu coûteux.

    C’est aussi un aspect qui surprend beaucoup de voyageurs français : en Chine, manger dehors et se déplacer peuvent rester très accessibles. On peut prendre un métro, un taxi, un train, manger dans un petit restaurant local ou goûter des spécialités de rue sans forcément prévoir un budget énorme. Il y a beaucoup de choix, parfois même trop, et c’est souvent dans ces moments simples que le voyage devient le plus vivant.

    Bien sûr, Beijing, Shanghai et Hong Kong gardent une place particulière, surtout pour les jeunes voyageurs qui cherchent de grandes villes dynamiques, modernes et intenses. Mais la Chine ne se limite pas à ces grandes métropoles. Wuhan, Kunming, Lijiang ou Lhassa offrent d’autres rythmes, d’autres paysages, d’autres façons d’approcher le pays. Certaines villes sont plus faciles, d’autres plus dépaysantes, mais chacune laisse une impression différente.

    La Chine n’est pas toujours un pays que l’on comprend immédiatement. Elle peut surprendre, fatiguer parfois, impressionner souvent. Mais elle donne aussi beaucoup à observer : une rue animée le soir, un repas partagé, une gare immense, un vieux quartier, un paysage de montagne, une conversation faite de gestes et de sourires.

    Avec la politique actuelle d’exemption de visa, le voyage paraît simplement moins lointain qu’avant. Et au moment où revient la saison des vacances en France, la Chine peut devenir non pas une destination à cocher sur une liste, mais une vraie expérience à vivre, à son rythme. 

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • [Passerelle Interculturelle] Le cinéma chinois en France : entre diversité, mémoire et innovation

    [Passerelle Interculturelle] Le cinéma chinois en France : entre diversité, mémoire et innovation

    Les projections sont organisées dans plusieurs villes françaises, parmi lesquelles Paris, Lyon, Marseille, Toulouse ou encore Cannes, ainsi que dans certains territoires d’outre-mer, notamment à La Réunion et en Nouvelle-Calédonie. À travers cette tournée, le festival offre au public francophone l’occasion de découvrir la diversité du cinéma chinois contemporain, tout en revisitant une partie de son patrimoine cinématographique.

    Pour Noël Garino, conseiller technique et artistique du Festival, l’un des rôles essentiels du festival est justement de permettre au public français de découvrir des films chinois auxquels il n’a généralement pas accès. « En 2025, il y a un film chinois qui est sorti en France et qui a très bien marché. Il a été très bien accueilli par le public, mais aussi par la critique. Ce film, c’est Her Story. En chinois, le titre est Hao dongxi. C’est un film sur les femmes. C’est aussi un film très moderne. Et je pense que c’est un film qui peut parler à tout le monde. Il peut toucher les femmes chinoises, mais aussi les femmes françaises. » « Il y a également une autre grande tendance très nette dans le cinéma chinois récent : c’est la place de plus en plus importante du cinéma d’animation. En 2025, les films d’animation ont représenté 48% du box-office chinois. Cette année-là, plusieurs films d’animation ont connu un succès absolument impressionnant. Parmi eux, Ne Zha 2, sorti pendant la période du Nouvel An chinois 2025, a dépassé les 15 milliards de yuans de recettes. »

    Il y a plus de cent trente ans, en France, les frères Lumière faisaient pour la première fois « bouger » les images. Georges Méliès, lui, ouvrait la voie au rêve cinématographique grâce aux décors, à la magie et aux premiers effets spéciaux. Dès ses origines, le cinéma n’a donc jamais été seulement une invention technique : il est devenu un prolongement de l’imagination humaine.

    Aujourd’hui, le cinéma se trouve de nouveau à un tournant technologique. Intelligence artificielle, tournage virtuel, images numériques, plateformes de streaming : les nouvelles technologies transforment la manière de produire, de diffuser et de regarder les films. Les échanges cinématographiques entre la Chine et la France prennent ainsi un sens nouveau. Pour le cinéma français, le cinéma chinois représente de nouveaux publics, de nouveaux récits et de nouvelles possibilités de coopération. Pour le cinéma chinois, la France demeure une référence importante en matière d’art cinématographique, de transmission et de protection de la diversité culturelle. La Chine et la France ont des industries cinématographiques très différentes, mais elles partagent une même conviction : le cinéma n’est pas seulement un produit culturel ou commercial. C’est aussi une expérience collective, artistique et humaine.

  • Alima Boumediene-Thiery témoigne depuis la flottille

    Alima Boumediene-Thiery témoigne depuis la flottille

    « Partir, pour moi, était naturel, je ne pouvais plus rester ici sans rien faire », affirme Alima Boumediene-Thiery. Ancienne eurodéputée et sénatrice écologiste, l’avocate a embarqué à bord de Persévérance, un bateau qui bat pavillon français avec pour ambition de rejoindre la bande de Gaza et mettre fin au blocus israélien. Au moment où elle témoigne, la flottille longe les côtes grecques en direction de la Turquie, l’un des points d’étape et de rendez-vous des activistes. « Notre objectif, bien sûr, c’est de poursuivre, quels que soient les risques, jusqu’au bout », martèle-t-elle, consciente des dangers encourus.

    Quelques jours auparavant, les autorités israéliennes ont intercepté, dans les eaux internationales, une vingtaine de navires humanitaires de la Global Sumud Flotilla et détenu plus de 170 militants sur un bateau-prison, où ils auraient été battus. La plupart ont depuis été relâchés. Deux militants brésiliens et espagnols sont toujours en détention. Leurs gouvernements respectifs ont appelé à leur libération. « Israël est non seulement un État criminel, mais aussi un État voyou, un État pirate. C’est absolument interdit dans le droit international, mais aussi dans le droit maritime, d’intercepter des bateaux dans les eaux internationales. Et il est interdit de monter sur un bateau qui a un pavillon étranger », soulève Alima Boumediene-Thiery.

    Elle fait par ailleurs état de drones qui survolent le navire depuis des jours, ce qui renforce sa détermination. « Ça fait 40 ans que je manifeste et 20 ans que je me rends en Palestine régulièrement. Voilà 3 ans qu’il y a un génocide sous nos yeux, on doit briser ce silence et mettre nos États au pied du mur pour les forcer à réagir et couper tout lien avec Israël pour l’isoler », pousse-t-elle.