Category: international

  • À Marseille, des manifestants réclament le déjumelage avec la ville d’Haïfa

    À Marseille, des manifestants réclament le déjumelage avec la ville d’Haïfa

    « On ne s’arrêtera pas, on n’a pas le droit de baisser les bras », souffle Catherine, de l’Union juive Française pour la paix (UJFP). Au-dessus d’elle flotte une banderole sur laquelle est écrit en lettres rouges « arrêtez le génocide et les coupables ». L’organisation qui se définit comme « juive laïque, universaliste et antisioniste » est présente à chacune des manifestations organisées par le collectif l’Union pour la Palestine Marseille (UPM), dont elle est membre.

    Ainsi, chaque week-end depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et le début de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, ces militants défilent dans le centre-ville de Marseille, sensibilisant la population sur le massacre du peuple palestinien. Ce samedi en fin d’après-midi, ils sont une cinquantaine à déambuler au départ de porte d’Aix.

    Micro en main Younès de l’UPM cible, dans son discours, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot : « Pourquoi ces 5 500 français engagés au sein de l’armée génocidaire ne sont-ils pas jugés ? », interroge-t-il. Le nombre de ressortissants français qui combattent au sein de Tsahal est estimé entre 4 185 et 6 464 soldats. Des organisations telles que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont demandé l’ouverture d’informations judiciaires contre certains d’entre eux, restées lettres mortes à ce jour.

    « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous », ont ensuite scandé les manifestants sur le cours Belsunce. Un appel qui a trouvé son écho à quelques mètres de là, aux pieds de la Canebière, où quelques passants se joignent à la protestation. Ils crient « de Marseille à Gaza, résistance, résistance ». Arrivés sur le Vieux-Port des affiches « Stop au jumelage Marseille Haïfa » sont distribuées.

    « À Haïfa ville jumelle de Marseille depuis 1958, les citoyens palestiniens d’Israël vivent sous un régime d’appartheid », clame Sabrina. Puis, le maire DVG de Marseille, Benoît Payan, est pointé du doigt pour avoir annoncé le jour de la reconnaissance par la France de l’Etat de Palestine, le jumelage avec la ville de Bethléem, en Cisjordanie, « mais depuis, rien. Aucune délibération actée, aucune mise en œuvre. Ce jumelage n’existe que dans un communiqué de presse », pousse-t-elle.

  • [Entretien] Neirlay Andrad, Au Venezuela, le rejet de « toute forme de domination »

    [Entretien] Neirlay Andrad, Au Venezuela, le rejet de « toute forme de domination »

    Depuis l’enlèvement illégal par les États-Unis du président du Venezuela Nicolás Maduro, le pays est dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Celle-ci semble s’être accommodée de la tutelle imposée par Washington à Caracas, accédant à chacune des exigences de l’administration de Donald Trump ; entre exploitation de la reprise de l’activité pétrolière au profit des multinationales américaines – mais pas des habitants – et rétablissement des relations consulaires avec Israël. Pendant ce temps, la population vénézuélienne peine à se relever des conséquences des séismes, plongeant davantage dans la pauvreté.

    La Marseillaise : Quelle est la situation politique dans le pays depuis le début de la « tutelle » américaine ?

    Neirlay Andrade : Le triumvirat dirigé par Delcy Rodríguez, son frère et président du Parlement, Jorge Rodríguez, et le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, exerce illégalement le contrôle interne. Le gouvernement aurait dû organiser des élections après l’enlèvement de Nicolás Maduro, comme le prévoit la Constitution. Or, ce groupe s’est emparé du pouvoir et agit sous la direction de la Maison Blanche. Pour Washington, la priorité immédiate n’est pas le rétablissement de la souveraineté populaire ou des libertés démocratiques, comme on le faisait croire à l’opinion publique. Son véritable objectif est de garantir des conditions favorables au pillage du pays, et le PSUV [le Parti socialiste unifié du Venezuela, au pouvoir, Ndlr.] en est devenu le garant. Pendant des années, le gouvernement de Maduro a construit un faux discours de confrontation avec les États-Unis. Aujourd’hui, cette relation est présentée comme une nécessité. Le peuple vénézuélien doit résoudre sa crise politique et sociale sans que Washington ne décide de la date des élections, des personnes autorisées à y participer ou de la manière dont le pétrole sera géré. Cela ne signifie pas pour autant défendre l’ancien gouvernement de Maduro ni ignorer la profonde crise politique qui l’a précédé. C’est précisément parce que nous dénonçons l’autoritarisme, la corruption et la destruction des droits démocratiques sous le PSUV que nous refusons la solution consistant à remplacer une forme de subordination par une autre. L’alternative pour le Venezuela ne peut pas être de choisir entre l’autoritarisme du PSUV et la tutelle impérialiste.

    Les manifestations contre l’impérialisme américain sont-elles fréquentes ?

    N.A. : Il n’y a pas eu de mobilisations anti-impérialistes massives depuis le 3 janvier. La direction du parti au pouvoir a neutralisé toute initiative susceptible de compromettre ses relations avec la Maison Blanche. La campagne exigeant la libération de Maduro et son retour au Venezuela a été brusquement abandonnée et remplacée par une campagne visant à promouvoir la « renaissance » du pays dans le cadre d’un nouveau dispositif de « coopération » avec Washington. Cependant, des manifestations antisionistes importantes ont récemment eu lieu dans plusieurs villes du pays, en signe de rejet de la présence des forces militaires israéliennes, intégrées à l’équipe chargée de diriger le processus de reconstruction des zones sinistrées à la suite des tremblements de terre. Ces rassemblements, bien que de faible ampleur, ont été menés par des militants de base du PSUV qui rejettent le revirement opéré par la direction du parti [qui a rétabli les liens consulaires avec Israël, Ndlr.]. Le PCV œuvre aux côtés d’organisations politiques et sociales à la construction d’une alternative démocratique, populaire et souveraine, visant à rétablir la Constitution et à lutter contre le pillage, l’autoritarisme et toute forme de domination étrangère.

    Marco Rubio a été qualifié par le New York Times comme le « vice-roi du Venezuela ». Qu’est-ce que cela signifie ?

    N.A. : Marco Rubio joue un rôle clé dans la domination des États-Unis sur le Venezuela. Il a été l’artisan du « plan » mis en œuvre après les bombardements du 3 janvier et proposé une feuille de route en trois phases : « Stabilisation, relance et transition. » La première vise soi-disant à éviter le chaos ; la deuxième phase est directement liée à la garantie de l’accès des entreprises américaines au pétrole vénézuélien ; et la troisième serait une éventuelle transition politique. En d’autres termes, la soi-disant transition démocratique semble subordonnée à une phase préalable de stabilisation et de relance économique selon des conditions définies par les États-Unis.

    La production pétrolière semble avoir repris mais qui profite des bénéfices économiques ?

    N.A. : Il est fondamental de savoir qui contrôle cette production, gère les recettes et empoche les revenus pétroliers. Et c’est là qu’un changement très important est en train de s’opérer. La nouvelle réforme de la loi organique sur les hydrocarbures renforce l’ouverture du secteur aux multinationales et réduit la capacité de l’État à s’approprier les revenus. Donc, même si l’État peut conserver formellement une participation au capital, il perd la capacité effective de décider de la gestion de l’activité et de la part de ces revenus qui reste au Venezuela. Les fonds provenant de la commercialisation du pétrole sont gérés par le biais de mécanismes placés sous contrôle américain. Selon Donald Trump, les États-Unis ont déjà tiré plus de 13 milliards de dollars de la vente du pétrole vénézuélien. À cela s’ajoute la renégociation de la dette extérieure. Le Venezuela est accablé par des obligations dont le montant réel n’est même pas établi de manière transparente. La reprise du secteur pétrolier sert essentiellement à satisfaire les créanciers et à garantir les bénéfices des multinationales, alors que les salaires et les retraites restent pratiquement gelés, le peuple vénézuélien n’en profite pas. Cela se répercute directement sur les conditions de vie ; environ 68% des ménages vivent dans la pauvreté et 32% dans l’extrême pauvreté.

    Comment jugez-vous la gestion du séisme par le gouvernement actuel ?

    N.A. : Les séismes du 24 juin dernier constituent sans aucun doute la catastrophe naturelle la plus dévastatrice qu’ait connue le Venezuela dans son histoire moderne. Cette tragédie a frappé un pays plongé dans une profonde crise politique, économique et sociale qui a privé l’État de moyens suffisants pour faire face à une urgence de cette ampleur. Pour se rendre compte de l’ampleur de la détérioration des institutions, il suffit d’observer la situation de la Fondation vénézuélienne de recherches sismologiques (Funvisis). Son réseau de surveillance est passé de 250 à 300 stations opérationnelles au cours des années 1990 à seulement quatre actives en 2026. Des enquêtes indépendantes ont révélé qu’au cours des premières 24h, l’État avait déployé 4 000 fonctionnaires civils et militaires, soit 12,6% de l’effectif total mobilisé pendant toute la durée de la situation d’urgence. Au cours des premières heures, la majeure partie des opérations de sauvetage a été menée par des voisins et des bénévoles. Aujourd’hui encore, près de deux mois après les séismes, il y a toujours des milliers de disparus et aucune donnée officielle à ce sujet.

  • [Passerelle interculturelle] Chongqing et Toulouse : entre fleuves, industrie et innovation

    [Passerelle interculturelle] Chongqing et Toulouse : entre fleuves, industrie et innovation

    Lorsque j’ai découvert Toulouse, j’ai d’abord été impressionnée par Airbus et la Cité de l’espace. La ville incarne, à mes yeux, la puissance de l’industrie aéronautique et spatiale française. Mais Toulouse, ce sont aussi ses façades en briques roses et la Garonne qui traverse paisiblement la ville. Si je devais lui chercher une ville correspondante en Chine, je penserais à Chongqing. Le rapprochement peut sembler inattendu : Toulouse est une ville du sud-ouest de la France, tandis que Chongqing est une immense métropole montagneuse traversée par le Yangtsé et la rivière Jialing. Pourtant, toutes deux possèdent une forte tradition industrielle et entretiennent une relation étroite avec leur fleuve. Ce rapprochement est d’autant plus naturel que Toulouse et Chongqing sont officiellement jumelées depuis 1982. À Chongqing, le Yangtsé et la rivière Jialing se rejoignent au pied d’une ville construite sur les montagnes. Souvent appelée la « ville montagne », Chongqing monte, descend et se superpose sur plusieurs niveaux. Les routes longent les collines, les ponts franchissent les fleuves et certaines lignes de métro traversent même les immeubles. Le Yangtsé ne constitue pas seulement un élément du paysage. Il a longtemps joué un rôle essentiel dans le transport des marchandises et des voyageurs. Aujourd’hui encore, le port fluvial, les lignes ferroviaires et les plateformes logistiques font de Chongqing un important carrefour commercial.

    Fleuve bleu et briques roses

    La ville possède aussi une culture populaire très forte. La cuisine occupe une place essentielle dans son identité. Le plat le plus connu est bien sûr la fondue de Chongqing, le hot pot, préparée avec des piments, du poivre du Sichuan et de nombreuses épices. Le repas, souvent long et animé, se partage entre amis ou en famille. Derrière cette image touristique, Chongqing reste l’un des grands centres industriels de Chine. L’automobile, la moto, l’électronique et la fabrication d’équipements ont longtemps soutenu son développement. Aujourd’hui, la ville investit dans les véhicules électriques et intelligents ainsi que dans les technologies numériques.

    C’est ici que le parallèle avec Toulouse prend tout son sens. Toulouse s’est imposée comme l’un des principaux centres européens de l’aéronautique et de l’espace, tandis que Chongqing s’appuie sur sa puissance manufacturière pour accélérer sa transformation technologique. Toutes deux montrent comment un fleuve et une forte tradition industrielle peuvent façonner l’identité d’une ville.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • Veillée pour la Palestine à Marseille

    Veillée pour la Palestine à Marseille

    Ces Palestiniens étaient réfugiés dans le camp de Tall el-Zaatar à Beyrouth au Liban. Après plus de cinquante jours de siège, le camp est pris d’assaut et, suite aux massacres, a été complètement rasé.

    Le portrait de Barghouti

    Un demi-siècle après cette tuerie de masse, les Palestiniens subissent aujourd’hui l’oppression et l’arbitraire du gouvernement israélien. Samedi soir, après une manifestation partie de la Porte d’Aix, une veillée s’est tenue sous l’ombrière au Vieux-Port.

    Exigences principales : la fin du génocide des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupée, la levée du blocus et un cessez-le-feu permanent. Le portrait de Marwan Barghouti, responsable palestinien emprisonné depuis 2022 dans les geôles d’Israël, était accroché sous l’ombrière. Il symbolise l’espoir d’un règlement politique à cette guerre ignoble avec la création d’un État palestinien souverain, comme le stipule le droit international.

    F.V.

  • [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, une visite jugée « absolument inacceptable » par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Cette polémique n’a rien d’anodine, Tokyo étant l’un des soutiens de Kiev dans la guerre déclenchée par la Russie en 2022. Désormais, tous les alliés des Ukrainiens sont ciblés d’une façon ou d’une autre par le pouvoir russe. Sur le front, les deux pays s’épuisent ; si Kiev peut compter sur ses drones, elle peine à intercepter les missiles russes, et demande, aux États-Unis de lui vendre au moins 5% de ses missiles Patriot.

    La Marseillaise : La visite de Vladimir Poutine sur les îles Kouriles a provoqué l’ire du Japon. Cet acte est considéré comme une « escalade », Tokyo soutenant Kiev. Qu’en dîtes-vous ?

    Jean de Gliniasty : Le sort des îles Kouriles devait être négocié entre le Japon et la Russie à l’occasion du traité de paix en 1945. Il n’y en a pas eu, justement parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les Kouriles du Nord [considérées par le Japon comme occupées depuis 1945 par l’Union soviétique à l’époque et désormais la Russie, ndlr]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un chef d’État russe vient solennellement dans les îles Kouriles. Dmitri Medvedev n’y est pas allé en tant que chef d’État. Poutine y a visité une usine de poissons et pas d’installation militaire. Pourquoi il l’a fait ? Le Japon a, depuis longtemps déjà basculé dans le camp des pays occidentaux qui appliquent des sanctions contre la Russie, pratiquement les mêmes que les Européennes ou les Américaines. Le deuxième élément, c’est qu’il y a une discussion en cours au Japon sur le resserrement d’alliances avec les États-Unis et l’éventuel stationnement d’armes nucléaires.

    Drone transportant des explosifs retrouvés en Allemagne, ingérences dans la campagne présidentielle en France, tous les alliés de Kiev sont ciblés ?

    J.d.G. : Dans la guerre hybride, tous les soutiens à l’Ukraine sont frappés. Tout dépend du niveau d’attaque : utilisation de l’intelligence artificielle, de fermes à trolls etc, cela fait longtemps que les Russes les emploient et cela s’intensifie en période électorale. Les Russes, comme tous les États dans les démocraties, soutiennent les partis qui leur sont favorables : l’AfD en Allemagne et d’autres formations politiques que je ne citerais pas en France, et s’attaquent à ceux qui soutiennent l’Ukraine. On est dans un moment d’intensification de la guerre hybride.

    Cela s’explique-t-il par les difficultés de la Russie sur le front ?

    J.d.G. : La situation est compliquée dans la mesure où les Ukrainiens ont fait des percées en matière de technologie et de fabrication de drones : ils peuvent frapper n’importe quelle partie du territoire russe. Mais c’est une phase qui se termine parce que les Russes ont mis au point des contre-mesures, attaquent l’Ukraine, bloquent les ports qui lui permettent d’exporter des céréales, ce dont elle est très dépendante. Nous sommes plutôt dans une phase d’escalade, où chacun a des atouts qu’il utilise. Les Russes ont les missiles et les Ukrainiens, les drones. Mais ils n’ont pas assez de Patriots et d’intercepteurs de missiles. On est dans une phase extrêmement dangereuse, d’escalade un peu sauvage. Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens et ils pensent pouvoir y arriver.

    N’est-ce pas l’opinion russe qui se lasse de ce conflit ?

    J.d.G. : Les bombardements sur les populations, en général, ça a l’effet totalement inverse. Si vous prenez le Blitz à Londres, l’effet des bombardements américains en Iran ou ceux contre les infrastructures avec des dégâts collatéraux des Russes en Ukraine, à chaque fois, ça a comme première conséquence d’accroître la cohésion de la population autour des dirigeants. Pour les Russes, c’est un petit peu différent car Poutine avait dit « c’est une opération militaire spéciale, ce n’est pas une guerre, on n’en subira pas les conséquences ». Il y a eu une première réaction de la population qui a été assez négative en disant « que fait le gouvernement ? C’est pas normal qu’on soit obligé de faire la queue aux stations d’essence ». L’Ukraine essaye de s’appuyer sur les mécontentements de la population russe pour déstabiliser le pouvoir, mais j’ai des doutes sur l’efficacité de cette méthode. Car l’autre réaction aux attaques, en général, c’est d’accroître la crédibilité du gouvernement qui ici dit « on est en guerre » avec l’Occident collectif, qui veut nous tuer, nous démanteler, nous dépecer. Je pense que la population russe et notamment la partie qui soutient Poutine, entre 50 et 60% de la population, seront galvanisés. On a déjà des articles, des tribunes, des chroniques. La pression de ceux qui veulent accroître la dimension de la guerre devient plus forte.

    Quid de la situation en Crimée ?

    J.d.G. : Le moment de l’annexion de la Crimée a été celui de la popularité maximale de Poutine. Et même s’il descend en ce moment, il n’est pas en dessous du niveau d’approbation de son action qu’il avait avant la Crimée, il en a gardé le bénéfice. Il est totalement exclu que les Russes rendent le territoire parce que c’est l’objectif principal de la guerre qui est soutenu par l’opinion. Le seul moment où il y a vraiment eu un risque nucléaire c’est quand les troupes ukrainiennes se sont approchées de la Crimée.

  • [Entretien] Naïma Senanedj, PCF : « Une grande solidarité se manifeste pour Cuba »

    [Entretien] Naïma Senanedj, PCF : « Une grande solidarité se manifeste pour Cuba »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de votre visite à Cuba ?

    Naïma Senanedj : Notre délégation [composée de Naïma Senanedj et de Leila Moussavian membre du secteur International du PCF, ndlr] a participé à la 24e Rencontre des partis communistes et ouvriers où le but était de renouer les liens entre la quarantaine d’organisations politiques présentes. Nous avons réaffirmé notre solidarité avec Cuba mais aussi avec des pays tels que la Palestine, et échangé sur les façons dont, ensemble, on pouvait œuvrer à porter haut et fort des revendications comme la levée du blocus, qui, aujourd’hui, étrangle Cuba et son peuple. Nos discussions ont également tenu sur l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat en Palestine et à la reconnaissance de l’État palestinien, à côté de l’État d’Israël. Nous voulons faire respecter la charte des Nations Unies et le droit international dans ces pays-là, qui ne sont pas du tout respectés par les États-Unis en premier lieu, qui imposent leur loi surtout en Amérique latine. Nous travaillons tous ensemble à ces points-là, mais aussi sur un rapport qui vise à la construction de la paix dans le monde.

    Avez-vous ressenti sur place les effets du durcissement des sanctions américaines sur l’île ?

    N.S. : Il y a une réalité, on ne peut pas la nier, c’est que la situation est de plus en plus compliquée. J’ai eu l’occasion de participer au 1er mai à Cuba en 2024. En deux ans, j’ai vu que la situation devenait de plus en plus difficile. Le prix de l’essence a augmenté, il y a des pénuries, les stations sont fermées, on sent ces difficultés-là. Quand on va dans un restaurant, de nombreux produits sont barrés de la carte, parce qu’ils proviennent de l’importation. La notion alimentaire est centrale, quand les containers sont bloqués, quand il n’y a plus d’essence qui rentre dans le pays, la situation devient difficile et pour produire localement et pour toutes les importations qui pourraient se faire. En me promenant, j’ai constaté que dans des quartiers que j’avais traversés il y a deux ans, des commerces ont fermé, de même que l’intégralité de rues, autrefois, commerçantes. Mais pour autant, je ne vois pas le désarroi dans le regard des Cubains. Ils savent d’où vient le problème.

    Comment les Cubains vivent les menaces proférées par l’administration Trump ?

    N.S. : Ça reste quand même une menace réelle, on l’a senti dans les discours. Il y a toujours la crainte de voir ce qui s’est passé au Venezuela avec la capture de Maduro, se dérouler ici. Mais tout le monde continue à vivre.

    Face à cette situation, comment s’organise la solidarité internationale ?

    N.S. : Dans les Bouches-du-Rhône, on a lancé une campagne de solidarité avec Cuba, dans le cadre de la campagne nationale pour faire partir des containers de médicaments et de produits médicaux. Pour ma part, j’ai déjà vidé un carton à la Fédération pour le mettre dans ma valise pour l’amener à Cuba. Les Belges aussi sont arrivés avec des valises de médicaments. La délégation chinoise a apporté des panneaux photovoltaïques. Personne n’est venu les mains vides. Tout le monde s’est rendu à Cuba en amenant du matériel nécessaire aux Cubains. Il y a une grande solidarité qui se manifeste.

    Comment ces échanges vous inspirent en tant que militante communiste ?

    N.S. : Ces rencontres se tiennent à l’occasion des 100 ans de la naissance de Fidel Castro. Nous avons plusieurs journées d’atelier et de travail pour échanger à la fois sur l’héritage et sur l’avenir. Nous sommes inspirés par l’évolution de Cuba avec ses réflexions montantes sur la souveraineté des peuples, la paix, l’internationalisme, la solidarité entre les nations, la justice sociale, la construction d’un monde plus juste. Mais aussi sur la santé, l’éducation, la jeunesse et le féminisme. Être à Cuba aujourd’hui, être à La Havane, ce n’est pas seulement regarder l’histoire, c’est aussi participer au développement du monde que nous voulons construire. C’est fort de sens. Nous apportons des témoignages de solidarité avec le peuple cubain. Et, eux, nous montrent leur résistance et leur résilience aux attaques qu’ils peuvent subir depuis plus de 60 ans. Durant ces six décennies, ils ont quand même réussi à faire évoluer un système de santé que beaucoup de monde envie, que ce soit dans la recherche ou dans l’application des soins. Pour tous les peuples rassemblés, ça va être une force de participer ensemble à des débats pour construire un monde meilleur dans chacun de nos pays respectifs.

    La situation à Cuba est proche de la crise humanitaire. Mercredi, dans un communiqué, des experts des droits humains des Nations Unies ont alerté sur « les conséquences humanitaires [qui] sont déjà en train de prendre les proportions d’une crise majeure », estimant que « le gouvernement des États-Unis doit mettre un terme à toutes ses menaces et actions hostiles envers la souveraineté de Cuba ». Face à cela, les peuples solidaires s’organisent pour aider l’île. C’est ce qu’ils ont démontré lors de la 24e Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers (RIPCO) à La Havane, cette semaine.

  • [Passerelle interculturelle] Beijing et Paris : protéger les villes anciennes sans les figer

    [Passerelle interculturelle] Beijing et Paris : protéger les villes anciennes sans les figer

    Beijing et Paris sont deux capitales anciennes, mais elles ne racontent pas leur histoire de la même manière. À Beijing, la vieille ville se reconnaît à ses murs rouges, à ses toits gris et à ses hutong qui s’étendent autour de la Cité interdite. À Paris, elle apparaît le long de la Seine, dans les façades en pierre, les passages, les places, les cafés et les immeubles serrés les uns contre les autres.

    À Beijing, l’histoire est visible à une échelle impressionnante. La Grande Muraille serpente dans les montagnes au nord de la capitale. Au centre de la ville, les murs rouges et les toits dorés de la Cité interdite rappellent plusieurs siècles d’histoire impériale. Plus au sud, le Temple du Ciel, avec sa silhouette circulaire, reste l’un des paysages les plus reconnaissables de Beijing.

    Ces monuments ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un vaste ensemble historique organisé autour de l’axe central de Beijing, qui traverse la capitale du nord au sud. La Cité interdite, la place Tian’anmen, les anciennes tours de la Cloche et du Tambour, les temples et les quartiers traditionnels composent une structure urbaine unique. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2024, cet axe raconte plusieurs siècles d’histoire politique, architecturale et culturelle chinoise.

    Concilier le charme de l’ancien et le confort moderne

    Mais le charme du vieux Beijing ne se trouve pas uniquement dans ses grands monuments. Il apparaît aussi dans les hutong, ces ruelles étroites bordées de maisons traditionnelles à cour carrée, les siheyuan. On y découvre une ville plus intime : des habitants assis devant leur porte, des vélos appuyés contre les murs gris, de petites boutiques, des arbres qui dépassent des cours et des voisins qui se connaissent depuis longtemps.

    Pendant des années, de nombreuses maisons de hutong ont souffert du vieillissement et d’un manque d’équipements. Certaines étaient mal isolées, difficiles à chauffer ou dépourvues d’installations sanitaires adaptées. Protéger ces quartiers ne pouvait donc pas signifier les conserver exactement dans leur état ancien.

    Beijing a restauré et rénové de nombreuses maisons dans les hutong. Les toitures, les murs et les cours ont été réparés, tandis que les réseaux d’eau, de chauffage et d’électricité ont été améliorés. Ces travaux cherchent à préserver l’apparence traditionnelle des ruelles et des siheyuan, tout en rendant les logements plus sûrs et plus confortables.

    Les hutong attirent également des habitants étrangers. Certains choisissent de vivre dans une maison à cour plutôt que dans un immeuble moderne. Ils apprécient le calme des ruelles, les relations de voisinage et la possibilité de découvrir Beijing au plus près de la vie locale.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • En mémoire d’Hiroshima et de Nagasaki

    En mémoire d’Hiroshima et de Nagasaki

    « Les hibakushas nous ont laissés face à une responsabilité historique implacable », déclare Michel Dolot, porte-parole du Mouvement de la paix 13 ce jeudi soir devant le monument des mobiles (1er). À sa droite sont accrochées des photographies des victimes des bombardements atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. En ce 81e anniversaire, le pacifiste lance devant ses soutiens la campagne de son organisation pour l’abolition des armes nucléaires : « dénoncer la bombe, c’est dénoncer un système qui hiérarchise les humanités en méprisant le vivant », lance-t-il. L’objectif est d’interpeller le gouvernement et les élus locaux, notamment les maires, pour pousser la France à ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian).

    En haut de la Canebière, le secrétaire général de l’UD CGT 13, Marc Pietrosino appelle le « camp progressiste » à la mobilisation : « la lutte pour la paix, c’est la lutte des classes ». Il note par ailleurs, qu’au moment où des usines ferment, notamment Fibre Excellence à Tarascon, les travailleurs sont redirigés vers les entreprises de l’armement, à Istres ou à Toulon… « Il n’y a pas de fatalité, continuons à nous battre », pousse le dirigeant syndical.

    Peu à peu, l’armée s’immisce partout, au travail, à l’école. « Au lieu de financer des emplois utiles et durables pour la santé, l’éducation et la transition écologique, l’État instrumentalise la précarité pour alimenter les spéculateurs et les profiteurs de guerre », fustige Coralie Hernandez, responsable fédérale de la commission solidarité internationale et paix au sein du PCF 13. Et alors que le Conseil constitutionnel a validé dans la journée la dernière loi de programmation militaire portant à 436 milliards d’euros pour le budget des armées d’ici à 2030, la communiste note que « sur 12 Canadairs, seuls 5 sont en marche ». La maison brûle et l’État prépare les armes.

  • [Entretien] Pierre Villard, Mouvement de la paix : « C’est toujours émouvant de venir à Hiroshima »

    [Entretien] Pierre Villard, Mouvement de la paix : « C’est toujours émouvant de venir à Hiroshima »

    La Marseillaise : Dans quel contexte s’inscrit votre nouveau déplacement au Japon ?

    Pierre Villard : L’urgence de l’élimination des armes nucléaires est encore plus forte aujourd’hui que ce qu’elle était il y a un an. Je le sens dans le contenu des débats. C’est-à-dire que 2025, était une année anniversaire, c’étaient les 80 ans des bombardements donc il y avait beaucoup d’expressions sur la réalité de la bombe avec des témoignages des hibakushas [personnes ayant survécu aux bombardements, ndlr]. Évidemment, c’est toujours très présent. Mais les mobilisations pour l’élimination des armes nucléaires, notamment en vue de la première conférence d’examen du Tian (traité sur l’interdiction des armes nucléaires), qui aura lieu en novembre prochain, ont pris plus de place. Nous sommes par ailleurs porteurs d’une action qu’on va proposer dans le monde entier le même jour à l’ouverture de la conférence du traité d’interdiction. La question de la convergence des actions pacifistes dans le monde entier, pour contraindre les gouvernements toujours réticents, reste au centre de nos discussions. Ces États sont de moins en moins nombreux quand même, puisque là, on vient d’avoir le centième, les Îles Tonga, qui a signé le traité d’interdiction des armes nucléaires, quand 75 l’ont ratifié. Aujourd’hui, la majorité des États s’engagent pour le traité, considérant que le seul moyen de se prémunir de la menace atomique, ce n’est pas de la contrôler, mais c’est de l’éliminer.

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    votre première visite
     ?

    P.V. : C’est la sixième fois que je viens ici, la première fois, c’était il y a 15 ans donc je vois aussi des évolutions. Cette fois, il y a énormément de gens de Corée du Sud car c’est le pays où il y a le plus d’hibakushas après le Japon. Et pour cause, pendant la Seconde guerre mondiale, du fait de l’impérialisme japonais, il y avait énormément de prisonniers coréens au Japon, et qui, eux aussi, ont été victimes des radiations. En France, on a les victimes des essais nucléaires français, à la fois en Algérie et en Polynésie. Ici, j’ai posé concrètement la question du lien et de la solidarité entre toutes les victimes des politiques nucléaires, qu’elles le soient des bombardements ou des recherches et des essais. Les milliers de Français qui, actuellement, sont membres de l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) eux, ne se revendiquent pas comme étant victimes de la bombe atomique.

    Comment ces échanges nourrissent vos actions ?

    P.V. : À titre tout à fait personnel, c’est toujours à la fois émouvant, enrichissant et rafraîchissant de venir ici. C’est émouvant parce qu’on a du mal à s’imaginer qu’il y a 80 ans, la ville était rasée. Cela renforce, à la fois la valeur de l’engagement pour la paix et l’interdiction des armes nucléaires et la nécessité de le développer encore. On réfléchit à faire venir les hibakushas à nouveau, début 2027 dans le cadre des actions qu’on va développer pour la campagne des élections présidentielles. Nous sommes engagés sur plusieurs mois d’actions pour l’élimination des armes nucléaires avec une montée en puissance jusqu’à l’élection présidentielle pour que cette question-là soit dans le débat public.

  • La visite exceptionnelle des hibakushas

    La visite exceptionnelle des hibakushas

    Les témoignages des derniers survivants des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki sont précieux, et leur combat, juste. « L’arme nucléaire n’a pas sa place dans l’humanité », appuyait ainsi Hideto Matsuura, 80 ans, qui était encore dans le ventre de sa mère au moment où l’enfer a été largué sur le Japon.