Category: international

  • « Une très forte tension entre aspiration à la paix et populisme »

    « Une très forte tension entre aspiration à la paix et populisme »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur ce conseil de paix créée de toutes pièces par Donald Trump ?

    Bertrand Badie : C’est assez sidérant. Penser qu’un conseil de paix puisse être présidé de manière très autoritaire et unilatérale par le président d’une des puissances qui sont les plus impliquées dans la guerre, ce serait comme si on demandait à Al Capone de présider un conseil de lutte contre la mafia ! C’est un défi d’abord au multilatéralisme, dans le prolongement immédiat de propos extrêmement hostiles tenus à l’encontre des Nations Unies qui sont pourtant en grande partie une invention étasunienne. On entre dans un temps de subjectivation des normes internationales qui ne transcenderaient plus les logiques de puissance, mais seraient dans leur prolongement, ce qui est la négation même du droit. C’est ignorer ce qu’est la nature présente des nouveaux conflits internationaux qui ne sont pas liés à leur origine mais à un phénomène très préoccupant de décomposition sociale, économique, institutionnelle, donc qui implique, au contraire, une mobilisation des instruments de sécurité humaine. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que les premiers à se précipiter ont été Victor Orban, le roi du Maroc, le ministre des Affaires étrangères de Biélorussie et maintenant Netanyahu.

    Groenland, Venezuela, Iran : les appétits de Trump sont qualifiés d’impérialistes ou de néocolonialistes mais vous jugez ces termes inadaptés. Pourquoi ?

    B.B. : Je me méfie toujours du recyclage des vieux mots qui avaient été forgés pour décrire des situations historiques tout à fait différentes. Il était un temps où l’interventionnisme américain se comprenait dans le contexte de la rivalité Est/Ouest. C’était l’époque de la bipolarité et de la guerre froide. On intervenait au Vietnam pour contenir indirectement la menace venant du camp soviétique. Puis, lorsque le mur est tombé, on intervenait en Irak pour changer le régime, le convertir aux vertus de la démocratie et du libéralisme : ces fameuses guerres de conversion. Aujourd’hui, la puissance est autofinalisée. On intervient non pas dans un but précis, comme le prescrivait en son temps Clausewitz, mais tout simplement pour montrer sa puissance. Chacun sait que ni l’intervention indirecte à Gaza, directe au Venezuela, potentielle au Groenland, ne correspondent à des visions stratégiques ou de démocratisation des systèmes politiques concernés. On découvre une forme nouvelle de puissance, qui est nue, complètement coupée du droit et des valeurs. Elle n’a pour fonction que de faire écho à une crise de la société américaine qui se sent régresser, dépossédée, victime de la mondialisation et d’en faire un instrument de gouvernement en soi, indépendamment d’autres préoccupations. C’est devenu la puissance pour la puissance.

    Vous soulignez dans votre livre* que ces puissances ne gagnent plus les guerres qu’elles mènent.

    B.B. : Absolument. Les États-Unis ont été vaincus dans toutes les guerres qu’ils ont menées depuis 1945, sauf celles menées en 1991 sous mandat des Nations Unies. Ils ont été battus au Vietnam, Afghanistan, en Irak, en Somalie. Trump lui-même en tire les conséquences en s’agitant sur la scène internationale, en menaçant, en faisant de la musculation diplomatico-militaire, mais en évitant d’envoyer, comme on dit en anglais, « boots on the ground », c’est-à-dire des hommes sur le terrain.

    Emmanuel Macron qui affirme « pour être libre, il faut être craint ». Que vous inspire cette rhétorique ?

    B.B. : Ce n’est plus actuel, ni pertinent. Aujourd’hui, on a montré que la puissance n’impressionnait plus. Et de façon d’autant plus remarquable, que le plus souvent c’est le faible qui gagne sur le fort. Ce qui importe, ce n’est pas d’être craint, c’est d’être crédible. Dans notre monde tel qu’il est, toutes les forces et toutes les puissances brutes ne sont plus nécessairement craintes. En revanche, une force crédible, l’est à deux égards. Car, d’une part, il faut savoir convaincre que l’on a une proposition raisonnable de paix qui puisse susciter la confiance de l’adversaire, et ça, c’est ce qui manque à la diplomatie européenne. D’autre part, il faut montrer que l’on a une capacité d’action qui soit adaptée aux données et aux paramètres nouveaux des conflits, ce qui est loin d’être le cas.

    Face à cela, quel est le rôle de cette « mystérieuse énergie sociale » ?

    B.B. : Pendant des siècles, les sociétés étaient tenues en dehors des relations internationales qui étaient, comme disait Raymond Aron, l’affaire du diplomate et du soldat. Or aujourd’hui, et depuis que la mondialisation est en marche, que la communication sociale s’est généralisée, on assiste progressivement à une appropriation sociale des relations internationales. De plus en plus, les forces sociales entrent sur la scène internationale et pèsent un poids remarquable sur celle-ci. La résilience sociale du peuple ukrainien a été l’un des facteurs majeurs d’échec de l’armée russe qui n’a pas réussi à conquérir Kiev au bout de quatre ans. Pour Gaza, l’opinion publique internationale s’est très fortement mobilisée, notamment sur les campus, la thématique palestinienne s’est insérée dans les revendications sociales des personnes, obligeant les gouvernements d’Europe occidentale à reconnaître l’État de Palestine, les États-Unis et même Israël, à mettre fin à une boucherie qui avait atteint pourtant déjà les 100 000 morts. C’est l’avenir des relations internationales : cette capacité de créer de l’empathie, de voir s’unir, se confondre les souffrances internationales.

    Les réseaux sociaux favorisent cela ?

    B.B. : C’est l’explication de cette insertion fulgurante de la nouvelle génération, la Gen Z, dans les affaires politiques mondiales. D’abord au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, puis ensuite à Madagascar et au Maroc, tout ça renvoie à une nouvelle génération qui ne ressemble pas aux précédentes, qui est surconnectée. Vous avez dans le monde 3 milliards d’individus qui sont connectés, y compris jusque dans les bidonvilles africains. Il y a une visibilité du monde qui suscite l’empathie, l’intérêt pour des causes extérieures et quelquefois lointaines, qu’autrefois, les individus n’auraient même pas connu.

    Le sondage Ifop (lire p.2) publié ce jour témoigne des tensions qui traversent notre société…

    B.B. : Vous avez dans la société une très forte tension entre une aspiration à la paix qui est puissante, transhistorique, que vous retrouviez même à l’époque de la guerre froide et, simultanément, une vague néopopuliste qui se construit autour d’une peur de la mondialisation, d’un sentiment croissant de rétraction nationale et identitaire. Elle s’exprime notamment par une hostilité à l’égard de la migration, du commerce mondial, une volonté protectionniste, souverainiste, de repli national. Cela conduit, paradoxalement, à rendre très impopulaire un personnage comme Donald Trump, mais à le rendre également fascinant, avec le désir secret de faire la même chose chez soi. C’est tout le danger du national-populisme aujourd’hui que de créer en même temps un appétit de paix et une demande sociale de puissance pour se rassurer face aux incertitudes imaginées de la mondialisation.

    *Aux éditions Odile Jacob

  • [Sondage] 79% des Français redoutent l’usage de l’arme atomique

    [Sondage] 79% des Français redoutent l’usage de l’arme atomique

    Les résultats de notre enquête d’opinion Ifop/ Mouvement de la paix/ La Marseillaise/ l’Humanité à paraître ce jeudi sont sans appel : les Français sont frappés de plein fouet par le climat mondial anxiogène. À la question posée à l’occasion des 80 ans des bombardements atomiques sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki, « dans le contexte international actuel, diriez-vous que l’utilisation accidentelle ou volontaire d’une arme nucléaire vous inquiète », ils sont 79% à répondre « oui » et même 64% à juger ce cas de figure « probable ».

    Retrouvez l’intégralité des résultats de notre sondage dans La Marseillaise de ce jeudi.

  • [Entretien exclusif] « Notre vision est celle d’un Iran démocratique »

    [Entretien exclusif] « Notre vision est celle d’un Iran démocratique »

    La Marseillaise : À la suite
    du mouvement «
     Femme, Vie, Liberté », d’importantes manifestations ont lieu en Iran. Quelles en sont pour vous
    les motivations principales ?

    Ehwen Çiyako : Il convient de préciser d’emblée que le mouvement actuel s’inscrit complètement dans la continuité du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » qui a émergé en 2022 suite à l’assassinat de Mahsa Jina Amini par la République islamique. Ces protestations sont le fruit d’une profonde et structurelle fracture entre l’État et la société. Depuis 47 ans, la République islamique d’Iran viole systématiquement les libertés et les droits fondamentaux du peuple iranien. Elle s’attaque aux droits culturels des différentes nationalités iraniennes par des politiques d’assimilation et, en appliquant des lois inspirées de la charia, prive les femmes de leurs droits de la manière la plus brutale qui soit. Le régime ne tolère aucune forme de dissidence et réprime les libertés politiques, culturelles, économiques et sociales par divers moyens. La liberté d’expression est bafouée et l’environnement iranien a été gravement dégradé, conformément aux intérêts et à la politique militariste du régime. La République islamique est devenue une force déstabilisatrice pour la sécurité régionale et mondiale, et c’est avant tout le peuple iranien qui en supporte le poids. Malgré toutes ces pressions, la société iranienne continue de revendiquer la démocratie et la liberté. Cette persistance a créé un profond fossé culturel entre le peuple et la République islamique, fossé qui recèle un potentiel de soulèvements et de révolutions.

    Diriez-vous qu’il s’agit d’une révolution ?

    E.Ç. : Il ne fait aucun doute que nous assistons à une révolution, à condition de ne pas la percevoir superficiellement comme un événement ponctuel visant uniquement à renverser le pouvoir politique, mais de la comprendre comme un processus dynamique et continu. La révolution « Femme, Vie, Liberté » est à l’œuvre quotidiennement dans les sphères sociales et culturelles iraniennes. Cette réalité creuse sans cesse le fossé entre l’État et le peuple et prépare le terrain pour une révolution politique, c’est-à-dire une transformation fondamentale du système de gouvernance iranien. Cette révolution s’attaque directement aux fondements de la République islamique, la plongeant dans une crise de légitimité politique, sociale, juridique et administrative. Nous sommes fermement convaincus que cette révolution finira par triompher.

    Quelle place les Kurdes prennent-ils dans ce mouvement ?

    E.Ç. : En 2022, la ville de Saqqez a joué un rôle de premier plan, de locomotive dans le mouvement. Lors de la dernière vague de contestation, ce rôle a été assumé par Ilam et Malekshahi, deux villes du Kurdistan. Ceci démontre une fois de plus le rôle pionnier du Kurdistan dans le processus révolutionnaire iranien. Bien que cette vague de protestations ait débuté dans le bazar de Téhéran, elle est initialement restée largement circonscrite à certains secteurs, et l’État est parvenu en partie à enrayer son expansion et sa diffusion. C’est au Lorestan et dans les régions méridionales du Kurdistan, notamment à Ilam et Kermanshah, que le mouvement a pris une ampleur sociale. Tandis que les manifestations à Téhéran s’essoufflaient et que le régime concentrait ses forces répressives sur Ilam et Kermanshah, d’autres villes du Kurdistan ont répondu à l’appel du 8 janvier lancé par sept partis kurdes d’Iran, membres du « Centre de dialogue des partis kurdes d’Iran », en organisant des manifestations et des grèves. Grâce à un soutien sans précédent, notamment à travers des grèves massives, les Kurdes ont non seulement étendu leur mouvement à l’ensemble du Kurdistan, mais ont également relancé les manifestations à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes. Cette fois-ci, les rues étaient massivement remplies et les manifestations se sont intensifiées à l’échelle nationale. Cette réalité souligne une fois de plus le rôle crucial des Kurdes et leur position de force motrice de la révolution iranienne.

    Le régime islamiste peut-il tenir grâce à la répression ?

    E.Ç. : Depuis sa création, la République islamique a systématiquement réprimé les manifestations populaires. Lors des soulèvements récents, notamment le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, elle a eu recours aux formes de répression les plus brutales. Malgré cela, le régime n’est pas parvenu à assurer sa survie et, sous la pression croissante de facteurs internes et externes, il est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Il ne fait aucun doute qu’il se dirige vers sa chute. Le peuple iranien est épris de liberté et courageux, et la République islamique est incapable de le détourner de cette voie. La répression continue ne fait qu’attiser la haine du peuple envers le régime, et cette haine se transforme peu à peu en une force politique et de résistance organisée. Si la République islamique persiste dans sa politique répressive, elle sera finalement vaincue par cette force politique de plus en plus puissante : la volonté organisée du peuple iranien.

    Croyez-vous à une intervention extérieure ?

    E.Ç. : Nous avons une foi inébranlable dans la force intérieure de la société iranienne et sommes convaincus que le talon d’Achille de la République islamique réside dans ses faiblesses internes. Cette force populaire doit être renforcée et soutenue par la communauté internationale. Une attention accrue portée aux fragilités internes du régime, conjuguée à un soutien international aux luttes populaires, suffirait à induire un changement fondamental en Iran. Nous préconisons cette approche face à la République islamique et entendons devenir l’une des forces dynamiques et décisives de ce processus. Nos préparatifs et nos stratégies sont alignés en conséquence.

    Parallèlement, les politiques de la République islamique créent de plus en plus les conditions qui légitiment l’intervention étrangère. Cette situation résulte directement des actions du régime, et non de nos convictions ou de nos préférences. Néanmoins, en toutes circonstances, nos actions resteront guidées par un engagement indéfectible envers la démocratie, la réalisation des droits démocratiques et la protection des vies et des biens. Notre vision, en toutes circonstances, est celle d’un Iran démocratique.

    Le PJAK souhaite-t-il un scénario
    à la syrienne où les Kurdes contrôleraient une partie
    du territoire ? En avez-vous les moyens civils et militaires
     ?

    E.Ç. : Le PJAK est sans conteste l’une des forces les plus influentes au Kurdistan et en Iran. Ses progrès ne se limitent pas au domaine militaire ; ils s’étendent également aux sphères politique, intellectuelle, sociale et organisationnelle. Le PJAK est convaincu que pour parvenir à un changement significatif, l’unité sociale et la convergence avec les autres forces démocratiques et émancipatrices du Kurdistan et d’Iran sont indispensables. Des progrès ont déjà été accomplis dans ce sens, et la consolidation et l’expansion de ces acquis demeureront un élément clé de la stratégie future du PJAK. Nous fondons notre stratégie sur la capacité à saisir chaque opportunité dans l’intérêt des peuples du Kurdistan et d’Iran.

  • Les Kurdes appellent l’Europe à stopper les massacres en Syrie

    Les Kurdes appellent l’Europe à stopper les massacres en Syrie

    Pancarte « Defend Rojava » dans une main et smartphone dans l’autre, celle qui se fait appeler Suzanne scrolle sur WhatsApp et fait défiler les images partagées par ses proches. On y voit les visages ensanglantés, les corps inertes, de personnes présentées comme victimes des massacres perpétrés au Rojava (Kurdistan syrien). « C’est insupportable pour nous de voir ça. C’est pour défendre les Kurdes de Syrie qu’on est là aujourd’hui », martèle la jeune femme. Des centaines de membres de la communauté kurde se sont ainsi rassemblés ce mardi à 13 heures devant les grilles de la représentation de la commission européenne à Marseille, au sein du World Trade Center local. « Je parle avec mes cousins, mes oncles et tantes, ils ont peur. Je n’ai pas l’habitude de venir manifester mais je me sens obligée de le faire pour eux », insiste Suzanne.

    Au micro, Mehmet répète : « Partout résistance. Charaa terroriste, Europe complice, à bas le régime fasciste en Turquie. » Des drapeaux aux couleurs des YPG et YPJ, unités de protection du peuple et de la femme réunis au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS), flottent dans les airs. Des pancartes à l’effigie du président syrien intérimaire Ahmed al-Charaa sont brandies, le représentant d’un côté en uniforme militaire, turban sur la tête et de l’autre en costume cravate, barbe bien taillée et cheveux courts gominés. Avec ces mots écrits en rouge « stop terroriste ! ». « Nous sommes extrêmement préoccupés, inquiets par le silence de l’Union européenne qui n’a pas si longtemps que ça a décidé de lâcher au régime syrien près d’un milliard d’euros. C’est ce même régime qui, aujourd’hui, massacre la population kurde », tempête Salih Azad, responsable du Centre démocratique kurde de Marseille (CDK-M). « Al-Charaa est un ancien cadre d’Al Qaïda, il a été membre de Daesh, à ce titre il est coupable d’avoir ordonné l’assassinat de dizaines de milliers de civils kurdes », accuse-t-il, rappelant que le régime syrien actuel est notamment soutenu par la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. « C’est un appel à la communauté internationale : arrêtez de vous rendre complice du régime de Daesh, ne restez pas silencieux ! », pousse Salih Azad.

    «Je viens du Rojava »

    Barine, qui prend part à la protestation, est directement concernée. « Je viens du Rojava, de la ville de Kobané, vous devez connaître », glisse-t-elle. La capitale de la résistance kurde face à l’État islamique est actuellement encerclée par des groupes armés islamistes, proches du pouvoir. « On n’a pas d’armée forte, les combattants kurdes tentent de résister eux-mêmes. On a peur des massacres », alerte l’étudiante en médecine. Elle en appelle, elle aussi, aux États-Unis et à l’Union européenne. « On veut juste la paix », jure-t-elle.

  • L’Espagne en deuil après la terrible collision ferroviaire

    L’Espagne en deuil après la terrible collision ferroviaire

    C’est un jour de douleur pour toute l’Espagne », a dit notamment Pedro Sanchez, le président du gouvernement, qui s’est déplacé hier en milieu de journée à Adamuz, village de 4 000 habitants, et a annoncé un deuil national de trois jours. C’est au niveau de la gare de cette commune, que s’est produit ce tragique accident. Il était 19h45 dimanche, lorsqu’un premier train grande vitesse d’une compagnie italienne Iryo qui reliait Malaga à Madrid, s’est couché en partie sur la voie voisine après avoir déraillé. Vingt secondes plus tard un autre train grande vitesse un Alvia de Renfe, qui arrivait de Madrid à destination de Huelva, a percuté les voitures couchées sur les rails. Un choc d’une violence inouïe, qui a projeté des voitures de l’Alvia en contrebas, une chute de quatre mètres. C’est surtout dans cet amas de ferrailles de l’Alvia, que les sauveteurs craignent de trouver d’autres victimes ce qui viendrait alourdir le bilan humain qui était lundi en fin d’après-midi de 40 morts, 152 blessés dont 43 sont encore hospitalisés et 12 dont un enfant en unité de réanimation.

    Les habitants d’Adamuz ont été les premiers, dimanche soir, à se rendre sur place et apporter tant bien que mal leur aide auprès des personnes valides, pour les sortir du train et les réconforter. Très vite, le village s’est mobilisé et une chaîne de solidarité s’est mise en place. Les habitants ont tout de suite guidé les secours à travers les chemins qu’ils connaissent parfaitement bien pour accéder au lieu de la catastrophe. La commune a mis en place plusieurs lieux d’accueil où les villageois ont apporté couvertures, eau, alimentation.

    Les secours très rapidement sur les lieux, ont œuvré sans relâche toute la nuit de dimanche à lundi avec des températures en dessous de zéro, les recherches se poursuivent et une commission d’investigation est sur place pour essayer de déterminer la cause de cet accident.

    « Un accident étrange »

    Oscar Puente, ministre des Transports, qui était présent hier aux côtés du chef du gouvernement, a déclaré qu’il s’agissait « d’un accident étrange, il s’est produit sur une ligne droite sur une voie récemment rénovée pour un coût de 700 millions d’euros » de son côté le président de Renfe, Álvaro Fernández, interrogé par la radio Cadena SER, a précisé qu’il n’y avait pas eu d’excès de vitesse puisqu’un des trains circulait à 205 km/h et l’autre à 210 km/h au moment du choc, il ajoutait que ce tronçon de voie ferrée permet aux trains de circuler jusqu’à 250 km/h.
    « Bien que j’évite de tirer des conclusions, tout montre qu’il pourrait s’agir d’une possible défaillance matérielle soit sur le train, soit sur l’infrastructure. » Alvaro Fernandez devait rappeler que le système de sécurité et de signalisation LZB (système de protection automatique des trains) est opérationnel sur cette ligne, « il est précisément prévu pour empêcher les erreurs humaines ».

    La porte-parole de la Guardia Civil, Rosa Reina, a fait savoir qu’un appel était lancé aux familles des victimes afin de recueillir leur ADN, tant le travail d’identification s’avère difficile. Cinq centres sont ouverts pour cela : à Madrid, Huelva, Malaga, Cordoba et Séville. Ces centres permettent aussi aux familles d’obtenir des informations. L’émotion et la douleur sont grandes dans toute l’Espagne, comme le rappelait hier Pedro Sanchez, qui a assuré les familles de la solidarité du gouvernement « la tragédie exige unité dans la douleur et unité dans la réponse qu’il faudra apporter. La société espagnole se demande ce qui a pu se produire. Le temps de l’investigation va s’ouvrir, dès que nous connaîtrons les conclusions, c’est avec clarté et transparence que nous informerons les citoyens de notre pays. »

  • [Passerelle interculturelle] Paris sans filtre ? Réflexions croisées sur le regard et le quotidien

    [Passerelle interculturelle] Paris sans filtre ? Réflexions croisées sur le regard et le quotidien

    Ces derniers jours, des photos de Paris ont largement circulé sur les réseaux sociaux chinois. On y voit un homme âgé, venu de Chine, posant simplement devant la tour Eiffel, sous le ciel d’hiver parisien. Rien d’exceptionnel : pas de ciel bleu éclatant, pas de mise en scène. Juste un instant ordinaire. Autour de ces images prises au fil de son voyage, les commentaires se sont multipliés. Une expression est revenue avec insistance : « Ces photos ont enlevé le filtre de Paris. »

    Cette formule m’a fait sourire, puis réfléchir. Car elle en dit autant sur Paris que sur notre manière de regarder le monde. Paris, comme beaucoup de grandes villes, vit sous un filtre collectif. En Chine, elle est souvent associée au romantisme et à une certaine idée idéalisée de l’Europe, façonnée par le cinéma et la littérature. Les photos de cet homme âgé ne cherchaient ni à confirmer ni à contredire cette image : elles montraient simplement une ville telle qu’elle se vit, au quotidien.

    Vivant aujourd’hui en France, un pays que j’aime profondément et où je me suis installée depuis une dizaine de mois, je découvre cette réalité concrète, faite de nuances, parfois différente de ce que l’on imagine depuis la Chine. Ces dernières semaines, quelques jours d’intempéries ont suffi à rappeler que même une grande capitale repose sur des équilibres sensibles : déplacements ralentis, habitudes bousculées, et, un jour, une pénurie d’œufs au supermarché. Rien de dramatique, mais assez inhabituel pour inviter à regarder autrement le fonctionnement du quotidien.

    Quelle image de Beijing

    ont les Français ?

    Tout cela m’a amenée à repenser à la vie quotidienne en Chine, si proche et si lointaine à la fois. Et je me suis posée une question simple : quelle image de Beijing ont les Français ? Existe-t-il, là aussi, un filtre, comme celui à travers lequel nous regardons Paris depuis la Chine ? D’après ce que j’ai pu observer au cours de ces dix mois en France, certains aspects très ordinaires de la vie en Chine restent encore peu connus ici.

    Revenons aux œufs. Ces derniers jours, le sujet faisait même l’objet de discussions à la télévision française. En Chine, avec un euro, on peut acheter environ seize œufs. Ce chiffre peut sembler anecdotique. Il dit pourtant quelque chose de l’organisation du quotidien dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, où la stabilité de l’approvisionnement en produits de base est tellement intégrée à la vie ordinaire qu’on n’y pense presque jamais. Personnellement, je n’avais jamais imaginé me poser un jour la question des œufs. Il ne s’agit pas de comparer ni d’opposer. Ces différences rappellent simplement que chaque société construit ses propres équilibres, souvent invisibles tant qu’ils fonctionnent.

    C’est là que la question du « filtre » prend tout son sens. La distance entre deux pays n’est pas d’abord géographique. Elle est cognitive. Ce qui me touche dans cette histoire de photos, ce n’est donc pas l’idée d’un « Paris sans filtre », mais le regard de celui qui observe : calme, attentif, sans jugement. Les filtres ne disparaissent sans doute jamais complètement. Mais ils peuvent s’alléger, à mesure que l’on observe et que l’on accepte la complexité du réel.

    Entre la Chine et la France, les différences sont réelles. Mais ce sont souvent les regards patients et bienveillants, ceux qui prennent le temps de voir sans conclure trop vite, qui permettent de mieux se comprendre.

  • [Entretien] Neirlay Andrade : « La crainte de subir des arrestations arbitraires est devenue constante »

    [Entretien] Neirlay Andrade : « La crainte de subir des arrestations arbitraires est devenue constante »

    La Marseillaise : Quelle est la situation dans le pays depuis l’attaque américaine ?

    Neirlay Andrade : Le gouvernement a décrété l’état d’urgence, ce qui a généré un climat de peur profonde au sein de la population. Car il donne, dans la pratique, carte blanche aux forces de police et à l’armée pour arrêter toute personne accusée d’avoir encouragé ou soutenu l’opération militaire qui a abouti à l’arrestation illégale de Nicolás Maduro et Cilia Flores. La crainte de subir des arrestations arbitraires pour avoir exprimé des positions critiques, tant à l’égard de l’administration Maduro qu’à présent celle de Delcy Rodríguez, est devenue une constante quotidienne. Dans différentes villes, des barrages policiers et militaires ont été installés sur les routes et autoroutes. Les agents de sécurité exigent des citoyens qu’ils leur montrent le contenu de leurs téléphones portables, à la recherche de preuves supposées de sympathie envers l’agression américaine. Cela rappelle ce qui s’est passé en 2024, lorsque de nombreux citoyens ont été arrêtés pour avoir exprimé dans des groupes WhatsApp ou sur les réseaux sociaux leur mécontentement face à l’action du Conseil national électoral (CNE) et pour avoir exigé la publication des résultats officiels des élections présidentielles. À l’époque, des arrestations massives avaient eu lieu. Ce qui explique pourquoi aujourd’hui, beaucoup de gens choisissent de garder le silence et d’éviter de s’exprimer publiquement sur ce qui se passe dans le pays.

    Après l’attaque, vous avez écrit : « Ni tutelle impérialiste ni continuité autoritaire. » Quelle est la relation du parti avec le régime de Maduro ?

    N.A. : En 2023, l’administration Maduro a lancé une offensive judiciaire contre le Parti communiste vénézuélien (PCV), lui retirant sa personnalité juridique et ses cartes électorales, pour les remettre à un petit groupe d’opérateurs politiques du parti au pouvoir. Ces individus utilisent les symboles du Coq rouge pour faire croire à l’opinion publique que les militants communistes soutiennent la direction du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV, au pouvoir), alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. En 2024, après les élections présidentielles, le PCV a dénoncé le détournement des résultats électoraux. En janvier 2025, lorsque Nicolás Maduro a pris illégalement et inconstitutionnellement un nouveau mandat, le PCV a lancé un appel public aux forces révolutionnaires, populaires et véritablement démocratiques pour former une large alliance destinée à rétablir la pleine vigueur de la Constitution nationale et les droits sociaux, professionnels et politiques du peuple vénézuélien, puis présenté une feuille de route pour faire face à la crise politique.

    Vous dénoncez les politiques néolibérales.

    N.A. : Depuis août 2018, le Venezuela applique un ajustement économique néolibéral dans le cadre du Programme de relance économique, de croissance et de prospérité. Cette politique a réduit considérablement les dépenses publiques, libéralisé les prix et dollarisé de facto l’économie. Auparavant, le PSUV et ses alliés avaient déjà approuvé la loi sur les zones économiques spéciales. Les conventions collectives ont été démantelées et le salaire minimum est devenu le seul paramètre légal pour les indemnités et les prestations, excluant les primes et autres revenus. L’impact sur les travailleurs a été dévastateur : perte des prestations sociales et détérioration financière des syndicats. En 2022, un salaire minimum a été gelé à 130 bolivars, soit moins d’un dollar par mois aujourd’hui du fait de la dévaluation, tandis que les primes, qui constituent la majeure partie des revenus, ne sont pas prises en compte dans les avantages sociaux légaux. Cette politique permet aux employeurs publics et privés d’économiser des millions. Même dans les secteurs privés soumis à des conventions collectives, ces acquis sociaux sont menacés. Les dirigeants d’entreprise et le gouvernement de désormais Delcy Rodríguez ─ s’orientent vers un « nouveau modèle de rémunération », dans lequel le salaire traditionnel pourrait disparaître, consolidant ainsi la précarité des travailleurs vénézuéliens.

    Quelles sont les véritables intentions de Donald Trump ?

    N.A. : Le pétrole, le pétrole et encore le pétrole. Donald Trump cherche à garantir des réserves énergétiques stratégiques en cas de conflit majeur qui pourrait entraîner la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un quart du pétrole brut commercialisé dans le monde.

    Delcy Rodríguez a évoqué l’ouverture d’un « nouveau moment politique ». Qu’est-ce que ça signifie selon vous ?

    N.A. : En moins d’une semaine, Donald Trump a déclaré publiquement que ses relations avec Miraflores [palais présidentiel vénézuélien Ndlr] étaient désormais « fantastiques » et que Delcy Rodríguez « faisait tout ce qu’on lui demandait ». Ces déclarations révèlent la véritable nature de ce soi-disant « nouveau moment politique » et réduisent à néant la rhétorique anti-impérialiste avec laquelle le PSUV a tenté, pendant des années, de tromper certains secteurs de la gauche internationale.

    Il est également révélateur que l’un des principaux piliers du soutien à l’administration Maduro ces dernières années ait été le même groupe d’entreprises qui, il y a deux décennies, a mené le coup d’État contre le président Hugo Chávez. Tout cela confirme que ce « nouveau moment politique » n’est pas une rupture, mais l’approfondissement d’une alliance avec les secteurs entrepreneuriaux et l’impérialisme, en contradiction flagrante avec les intérêts du peuple vénézuélien.

  • [Entretien] Navid Shomali : « La solution en Iran ne peut venir que du peuple »

    [Entretien] Navid Shomali : « La solution en Iran ne peut venir que du peuple »

    Des manifestations d’ampleur secouent l’Iran depuis plus de deux semaines. Un mouvement qui, à l’origine, était lié au coût de la vie, mais s’est rapidement étendu et réclame désormais la chute du régime, qui est prêt à tout pour sa survie. Quelque 3 428 personnes auraient ainsi été tuées depuis le début du mouvement de contestation, a annoncé, mercredi, l’ONG Iran Human Rights (IHR), qui a également fait état de plus de 10 000 arrestations. Un véritable massacre mené par les Gardiens de la Révolution de la République islamique. Des rapports font état « de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays », affirme l’ONG Human Rights Watch.

    La Marseillaise : Pensez-vous comme le chancelier allemand que le pouvoir iranien vit ses « derniers jours » ?

    Navid Shomali : Les dirigeants européens ont déjà décidé que le régime devait être changé. Certains parlent d’une transition « en douceur », d’autres rappellent leurs ambassadeurs et essayent de réduire leur représentation diplomatique. Le problème est qu’ils ne connaissent pas nécessairement l’Iran. Ils aimeraient que l’Iran soit pro-Occident et pro-Otan dès demain. C’est loin de la réalité. La révolution iranienne de 1979 a mis deux ans à atteindre son stade final, avec des millions de personnes dans les rues. Ce régime brutal, qui dispose de l’un des appareils militaires et sécuritaires les plus redoutables du Moyen-Orient, est conscient que s’il quitte le pouvoir, il n’aura nulle part où se cacher. Il va donc s’accrocher et résister. C’est pourquoi nous sommes très préoccupés par l’ingérence politique des Israéliens, des Britanniques, des Français, des Allemands, des Portugais et de tous les membres de l’Otan. Cela compromettra les attentes sincères des personnes qui sont descendues dans la rue en 2009, 2017, 2018, 2019 et 2022. À chaque fois, ils ont réussi à forcer le gouvernement à reculer. Le régime peut utiliser ces déclarations pour affirmer que les manifestants sont manipulés par des puissances étrangères. Notre parti exige que ces ingérences cessent immédiatement.

    Quelles sont les revendications des manifestants ?

    N.S. : Les manifestations de ces deux dernières semaines sont directement liées à la propagation rapide de la pauvreté ainsi qu’à la corruption en Iran. L’accumulation de richesses par une petite minorité d’individus extrêmement riches, alors que la majorité de la population lutte pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires, est insupportable. Ils constatent également que ce ne sont pas seulement des acteurs extérieurs qui ont conduit le pays à sa situation actuelle, mais aussi le régime et ses partisans, ses alliés et les membres de leur famille, par leur corruption endémique et leur pillage effréné de l’économie. Ce sont eux qui, au cours des trois dernières décennies, ont amassé des sommes d’argent astronomiques. Pendant ce temps, les travailleurs ne sont pas payés, les entreprises et les industries font faillite. Environ 60% de la population iranienne vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est pourquoi ils sont dans la rue et prêts à sacrifier leur vie pour changer ce régime et offrir à leurs enfants et aux générations futures une vie digne.

    Le fils de l’ancien Shah, Reza Pahlavi, se positionne comme un acteur clé. Est-ce vraiment ce que souhaite le peuple ?

    N.S. : Pendant 47 ans, les Pahlavi ont vécu dans un luxe absolu grâce aux milliards de dollars qu’ils ont détournés de l’Iran. Lorsque Reza Pahlavi est interviewé, son ignorance de la situation est flagrante. Un document de 200 pages distribué à ses partisans propose clairement une dictature. Bien sûr, pas ecclésiastique, mais une dictature qui conduirait à la création d’un régime despotique dans lequel personne ne serait libre, l’ordre capitaliste serait maintenu et l’Iran serait un allié des États-Unis et d’Israël. Il n’a aucun programme politique, économique, social ou culturel clair pour résoudre les problèmes urgents de plus de 90 millions d’Iraniens. Après 47 ans de régime islamique et 50 ans de pahlavisme avant cela, l’Iran aura vécu sous la tyrannie pendant près de 100 ans. C’est pourquoi les esprits les plus brillants et les plus visionnaires d’Iran doivent s’unir pour trouver un moyen de sauver le pays. Cet homme n’est pas accepté par la population, mais chaque jour, les médias occidentaux invitent dans leurs émissions des politiciens et des personnalités publiques qui font l’éloge de la monarchie, affirmant que Pahlavi bénéficie d’un fort soutien international. Le problème est que l’opposition à l’intérieur du pays a été brutalement et totalement réprimée pendant longtemps, réduisant l’arène de la lutte interne à néant depuis la fin des années 1980.

    La France, le Royaume-Uni et le Portugal ont rappelé leurs ambassadeurs pour dénoncer la répression des manifestants.

    N.S. : Ce sont ces mêmes gouvernements qui ont poussé à l’adoption de sanctions plus sévères contre l’Iran. En octobre, ils ont affirmé que l’Iran avait abrogé ses responsabilités en vertu de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien. Cependant, le régime et un certain nombre d’experts en droit international ont affirmé que cet accord avait en fait été abrogé par les États-Unis en 2018, lorsque Trump s’en est retiré. L’accord stipulait que si l’un des six partenaires se retirait, il serait rompu. Ces gouvernements rêvent de revenir à l’ère coloniale et retrouver leurs positions. C’est le contraire de ce que l’on attend de pays qui se décrivent comme démocratiques et prétendent respecter le droit international. Si les gouvernements occidentaux n’interviennent pas, la République islamique pourrait s’effondrer sous la pression populaire interne à l’Iran. La solution en Iran ne peut venir que du peuple. Seuls les Iraniens ont le droit de décider du sort de notre pays et de la voie politique qu’il empruntera.

    Pensez-vous qu’il y aura une intervention militaire américaine sur le sol iranien ?

    N.S. : Personne ne peut prédire ce que Donald Trump va faire. Un jour, il dit une chose, et le lendemain, il fait le contraire. Les Américains et l’Occident ont clairement échoué à évaluer correctement la situation en Irak en 2003. Il a fallu de nombreuses années pour pacifier ce pays, sans parler de lui apporter un semblant de stabilité pendant de nombreuses années après cela. Et en termes de superficie, l’Iran est près de quatre fois plus grand que l’Irak. Il n’est donc pas impossible que le régime iranien et les États-Unis reviennent à la table des négociations pour parvenir à un accord. Les Américains auront bien sûr le dessus et finiront par l’emporter, car le régime théocratique est prêt à tout pour rester au pouvoir. Le grand perdant sera le peuple iranien. C’est pourquoi nous espérons que les forces progressistes, démocratiques et nationalistes, ainsi que la classe moyenne, les enseignants, les infirmières et les femmes, s’uniront pour former un front uni qui aspire à la paix, à la démocratie et à un avenir dans lequel les vastes ressources de l’Iran seront utilisées pour construire un pays prospère. En renforçant la solidarité et l’unité d’action entre toutes les forces sociales progressistes engagées dans cette lutte, nous nous efforcerons de faire face simultanément à la dictature au pouvoir et aux menaces de l’impérialisme américain.

  • [Passerelle interculturelle] Chine – France : les sports d’hiver comme nouveau terrain de coopération économique

    [Passerelle interculturelle] Chine – France : les sports d’hiver comme nouveau terrain de coopération économique

    Chaque saison, les stations des Alpes fonctionnent à plein régime, soutenues par des réseaux bien établis de transport, d’hébergement, de formation et de services. Le ski y est à la fois une pratique sportive largement partagée et un pilier de l’économie hivernale locale. En Chine, selon des modalités différentes, l’attrait pour les sports d’hiver prend son essor.

    En effet, depuis les Jeux olympiques d’hiver de Beijing 2022, la participation du public chinois aux sports de glace et de neige progresse de manière continue. Selon les données disponibles, le secteur chinois des sports d’hiver dépasse désormais 1 000 milliards de yuans par an, soit environ 130 milliards d’euros, avec des effets d’entraînement notables sur la consommation hivernale, notamment dans le commerce de détail, les transports et la restauration.

    À Harbin, à la découverte du « Monde de glace et de neige »

    Dans le nord de la Chine, le développement des sports d’hiver s’appuie sur des villes historiquement associées au froid. Chaque hiver, la ville de Harbin accueille le Monde de glace et de neige de Harbin, un vaste site touristique construit à partir de dizaines de milliers de tonnes de glace stockées à l’avance. Les installations éphémères transforment temporairement l’espace urbain en une cité de glace ouverte au public, intégrée aux circuits touristiques et culturels hivernaux. Dans le sud du pays, la ville de Shenzhen a investi dans l’un des plus grands centres de ski indoor au monde. Ce type d’infrastructure permet une exploitation tout au long de l’année : alors que la température extérieure avoisine les 26°C, l’intérieur est maintenu autour de -6°C, rendant la pratique du ski indépendante des conditions climatiques et accessible à de nouveaux publics.

    Dans la région du Xinjiang, notamment à Altay et à Urumqi, des « vacances de neige » ont été mises en place afin d’encourager les élèves à participer à des activités sportives, éducatives et culturelles liées à la glace et à la neige. Certains domaines skiables proposent, durant ces périodes, des accès gratuits ou des tarifs préférentiels pour les jeunes, favorisant une familiarisation précoce avec les sports d’hiver.

    Ces évolutions dessinent une trajectoire distincte du modèle alpin européen. Là où la France s’appuie sur un système fondé sur la montagne et le tourisme de séjour, la Chine combine infrastructures urbaines, équipements indoor et politiques publiques afin d’élargir rapidement la base des pratiquants. Dans ce contexte, les sports d’hiver apparaissent comme un nouveau terrain de coopération économique entre la Chine et la France. L’expertise française en matière de gestion des stations, de formation, de sécurité et de tourisme hivernal durable rencontre un marché chinois en forte croissance, ouvrant la voie à des partenariats concrets et pragmatiques entre les deux pays.

  • [Entretien exclusif] Zagros Hiwa : « La libération d’Öcalan est non-négociable »

    [Entretien exclusif] Zagros Hiwa : « La libération d’Öcalan est non-négociable »

    La Marseillaise : Comment évaluez-vous la situation depuis l’appel à un processus de paix lancé par Abdullah Öcalan ?

    Zagros Hiwa : Beaucoup de choses ont changé depuis l’appel historique de notre leader Abdullah Öcalan à la paix et à une société démocratique. Jusqu’à présent, notre mouvement a essentiellement pris des mesures unilatérales, à l’initiative de notre dirigeant, sans accord avec l’État turc ni conditions spécifiques. Nous avons immédiatement répondu à l’appel du 27 février, annoncé un cessez-le-feu unilatéral, et le PKK a tenu son 12e congrès. Constatant avoir joué son rôle historique et que la lutte pouvait désormais se poursuivre dans le cadre de la démocratie, il a décidé de se dissoudre et de mettre fin à la lutte armée. Suite à cela, une cérémonie symbolique a eu lieu au cours de laquelle un groupe de combattants, mené par le camarade Besê Hozat, a brûlé ses armes. De plus, nos forces se sont retirées des zones situées à l’intérieur des frontières de l’État turc et de la région de Zap, où les affrontements les plus violents avaient eu lieu. L’État turc, quant à lui, n’a pas apporté de réponse appropriée à ces mesures unilatérales de notre mouvement. De nombreux discours, plus ou moins positifs, ont été prononcés et une commission parlementaire a été mise en place. Bien que nous considérions la création de cette commission comme importante, elle n’a pas répondu à nos attentes. Elle a été instrumentalisée pour retarder le processus, et jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été prise pour le faire avancer. Au contraire, il est devenu évident, par exemple lorsque des mères kurdes se sont vu interdire de parler kurde devant la commission, que le chemin est encore long avant qu’un changement de mentalité puisse s’opérer dans la vie politique turque. On constate que ce processus a offert un répit à la société et aux forces démocratiques. Les attaques et la répression, légitimées par le conflit, ont cessé, ce qui a jusqu’à présent apaisé le climat politique. Un changement de conscience s’opère clairement au sein de la société. Si certains milieux continuent de propager délibérément des sentiments anti-kurdes, la prise de conscience de l’existence de la question kurde et des problèmes qui en découlent s’accroît. Ce processus a également permis un rapprochement notable de la société kurde, toutes tendances politiques confondues.

    Quelles conditions le PKK pose-t-il à la poursuite de ce processus de paix ?

    Z.H. : Pour nous, en tant que mouvement de libération, la condition essentielle à la poursuite d’un véritable processus de paix est l’inscription du « droit à l’espoir » dans la Constitution turque. Ceci permettrait de rétablir la liberté physique de notre leader, Abdullah Öcalan, et de lui permettre d’exercer pleinement son rôle d’interlocuteur principal dans des conditions de vie et de travail libres. Ensuite, il conviendra d’apporter les modifications législatives et constitutionnelles nécessaires pour reconnaître les droits de la société kurde, ainsi que ceux de toutes les minorités ethniques, religieuses et culturelles de Turquie, et protéger leur culture, leur identité et leur histoire. Il est indispensable de préparer le terrain juridique pour l’instauration d’une vie politique véritablement démocratique, qui permettrait l’intégration au sein d’une république démocratique. Toutefois, tout cela requiert avant tout la volonté politique de toutes les forces responsables de trouver une véritable solution à la question kurde et de la considérer comme un enrichissement pour tous.

    Considérez-vous que la société turque est davantage prête que ses dirigeants à la reconnaissance du peuple kurde ?

    Z.H. : Notre dirigeant, Abdullah Öcalan, a maintes fois souligné l’importance de l’unité des peuples pour garantir la stabilité et la sécurité. Aujourd’hui, face au processus en cours, il a réaffirmé la nécessité de réorganiser les relations historiques entre les peuples turc et kurde, fortement fragilisées. L’histoire révèle un héritage de fraternité de près de mille ans entre les peuples turc et kurde, qui remonte à 1071, date à laquelle les Turcs s’installèrent en Anatolie avec l’aide des Kurdes. Depuis lors, ces deux peuples ont prospéré lorsqu’ils vivaient en paix. Contrairement aux réalités sociales de la région, l’État-nation turc a été fondé sur une conception moniste qui insistait fanatiquement sur l’unicité : « Une nation, un drapeau, une langue et un État. » Tout ce qui n’était pas turc était rejeté et anéanti. Cette mentalité
    persiste aujourd’hui et est propagée par certains dirigeants politiques. Cependant, leur influence, notamment grâce au processus en cours sous la direction d’Abdullah Öcalan, s’amenuise. La volonté de reconnaître le peuple kurde et de raviver la fraternité historique entre les deux peuples est bien plus répandue au sein de la population turque que chez nombre de dirigeants politiques qui ont bâti toute leur existence politique sur un nationalisme périmé.

    La libération d’Abdullah Öcalan est-elle la condition au désarmement définitif du PKK ?

    Z.H. : La liberté physique d’Abdullah Öcalan est une condition essentielle et non négociable. Cependant, limiter le processus à la seule fin du conflit armé serait réducteur. Il convient de s’interroger sur les raisons qui ont motivé la lutte armée et la création du PKK. L’État turc a été fondé sur le négationnisme et le génocide. La lutte armée et le PKK constituaient des mécanismes nécessaires d’autodéfense face aux attaques physiques et à l’assimilation visant à effacer l’identité, l’histoire et la culture kurdes. Le processus en cours doit impérativement aborder cette question. Il est indispensable de réévaluer l’histoire et, sur la base des conclusions tirées, de construire un avenir commun dans un contexte géopolitique en mutation. Une chose est claire : pour qu’une Turquie forte puisse exister à l’avenir, la question kurde doit être résolue et la démocratisation accomplie. Réduire ce processus à un simple dépôt des armes serait une erreur. J’appelle au soutien, notamment au niveau international, au processus de « Paix et Société démocratique » et à l’exercice de pressions politiques sur l’État turc afin de l’inciter à prendre des mesures concrètes en réponse à nos actions unilatérales.

    En Iran, à la suite du mouvement « Femme, vie, liberté », de nombreuses manifestations se déroulent. Quelle est votre analyse de la situation ?

    Z.H. : Ce soulèvement actuel s’inscrit dans la continuité du mouvement « Jin, Jiyan, Azadî » [« Femme, vie, liberté » Ndlr]. En Iran, tous les peuples, toutes les couches de la société, sous l’impulsion de la jeunesse et des femmes, aspirent à un changement de mentalité et de politique du régime iranien. Ils refusent d’être gouvernés par une théocratie moyenâgeuse où des centaines de personnes sont pendues chaque mois et où des femmes sont assassinées, torturées et emprisonnées pour avoir simplement revendiqué leurs droits les plus fondamentaux. Ils veulent que les responsables politiques et les fonctionnaires corrompus rendent des comptes et que les ressources économiques ne soient plus pillées ni monopolisées. Ils souhaitent un système de gouvernance plus démocratique, garantissant les droits des femmes et permettant aux travailleurs et aux étudiants de s’approprier leur destin. Ce sont là des revendications légitimes.

    Quelle est la place des Kurdes dans ce mouvement ?

    Z.H. : Les Kurdes sont à l’avant-garde des soulèvements, comme ils l’ont toujours fait. Ils ont payé le prix le plus lourd dans la lutte pour la liberté et la démocratie. Ils ont le plus souffert sous le régime. Nombre d’entre eux ont été pendus. C’est pourquoi ils mènent une lutte si acharnée pour un véritable changement dans le pays. Ils revendiquent la reconnaissance de leurs droits à l’identité.

    Pensez-vous que la République islamique d’Iran a encore un avenir ?

    Z.H. : Le peuple iranien, les femmes et les jeunes, sont pleinement conscients qu’ils n’ont aucun avenir dans ce système de gouvernement. Il semble que l’avenir du régime et celui du peuple iranien divergent. Le régime en place cherche à assurer sa pérennité sans tenir compte de la volonté et des revendications démocratiques du peuple.

    Quel regard portez-vous sur la situation en Syrie ? Les nouvelles autorités de Damas, tiennent-elles leurs engagements à l’égard de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie ?

    Z.H. : Le régime instauré à Damas n’est en réalité qu’une version modernisée du précédent régime d’Assad. On pourrait même le qualifier de régime baasiste d’extrême droite. Sa politique et sa mentalité sont visibles aux yeux de tous. Depuis plusieurs jours, les trois quartiers kurdes d’Alep, Sêxmeqsûd, Esrefiyê et Benî Zeyd, sont bombardés, plusieurs civils ont été assassinés et des tentatives de nettoyage ethnique sont en cours. Nous avons déjà constaté les exactions commises contre les Druzes et les Alaouites. Les mêmes bandes, soutenues par Damas et la Turquie, qui ont perpétré ces attaques s’en prennent désormais aux Kurdes d’Alep. Comme le montrent clairement les articles de presse, le gouvernement de transition à Damas adopte la même approche que le régime précédent vis-à-vis des droits des Kurdes et des autres minorités. Il ne prend pas les mesures nécessaires à la mise en œuvre de l’accord du 10 mars. L’ingérence turque joue également un rôle déterminant. L’État turc envoie constamment de nouvelles délégations pour étendre son influence au sein du gouvernement de transition, déploie ses propres troupes et continue de soutenir et d’inciter des groupes jihadistes à provoquer des affrontements avec l’Administration autonome. Il met tout en œuvre pour saboter une éventuelle solution à la question kurde, car il aspire à une Syrie instable sur laquelle il puisse exercer son influence et son contrôle, comme il le faisait déjà sous Assad.

    Estimez-vous la menace du terrorisme islamiste encore active dans la région ?

    Z.H. : L’État islamique, l’une des plus grandes menaces non seulement pour la région mais aussi à l’échelle mondiale, a été vaincu militairement, mais n’a jamais disparu. Soutenues et financées par divers acteurs, dont l’État turc, les cellules de l’EI ont pu se maintenir et continuer à perpétrer des attaques meurtrières. Plus récemment, l’Administration autonome a mis au jour des plans révélant une intention de libérer des prisonniers de l’EI détenus dans des camps du nord et de l’est de la Syrie avec l’aide de la Turquie. Al-Charaa [nom de guerre de l’actuel dirigeant syrien Al Joulani], ancien membre d’Al-Qaïda et ancien dirigeant du Front al-Nosra, dirige désormais l’État syrien. L’armée syrienne est aujourd’hui composée de nombreux groupes jihadistes venus du monde entier. La menace n’a jamais cessé, mais elle a commencé à changer de forme. Je saisis cette occasion pour réitérer mon appel au soutien de la résistance du peuple kurde en Syrie face aux attaques jihadistes, qui constituent une menace non seulement pour la société dans la région, mais pour le monde entier.

    L’agression du Venezuela par les États-Unis modifie-t-elle, selon vous, les principes des relations internationales ?

    Z.H. : Le cas du Venezuela illustre la mutation que connaît la modernité capitaliste. L’ordre mondial se redessine, et il s’agit d’un ordre où les États fondés sur le modèle théorique classique de l’État-nation, n’ont plus leur place. Il n’y a ni négociations, ni efforts politiques, ni même de tentative d’orchestrer une mascarade politique. Seuls les intérêts d’un seul État hégémonique priment dans cette modernité capitaliste. Le Venezuela en est l’exemple le plus récent en Amérique latine, tout comme le Groenland dans l’Atlantique.

    Ce que je tiens à souligner avant tout, c’est que le cas du Venezuela ne doit pas être considéré comme un cas isolé. Il ne s’agit pas d’un phénomène apparu en quelques semaines seulement dans cette région ; c’est tout le système des États-nations qui s’effondre. Par conséquent, concernant l’évolution des principes des relations internationales, ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas un simple changement, mais un effondrement imminent, d’où émergera un nouvel ordre. Dès que les États-Unis, qui ont été le pilier du système des États-nations, se désengageront de ce système, de ses institutions et de ses principes, tout le système se désagrégera. Ce fait même démontre que, comme l’a souligné notre dirigeant Abdullah Öcalan, il n’existe en réalité qu’un seul État-nation, l’État-nation hégémonique, et que tous les autres en sont des branches. L’arrestation de Nicolás Maduro confirme une fois de plus la théorie de notre dirigeant Abdullah Öcalan, selon laquelle un socialisme fondé sur l’État-nation est voué à l’échec, comme ce fut le cas à l’époque soviétique, tandis qu’un socialisme fondé sur la société démocratique triomphera assurément.