Category: environnement

  • Béziers étudie une usine de dessalement

    Béziers étudie une usine de dessalement

    C’est un des effets du dérèglement climatique : face à la sécheresse, la ressource en eau se raréfie en France. Pire, sur le bassin méditerranéen, les scientifiques s’accordent à dire que les effets du dérèglement sont deux fois plus rapides que dans le reste de l’Hexagone.

    Béziers ne déroge pas à la règle. Surtout que les prévisions ne sont guère reluisantes. « La majorité de la ressource en eau utilisée sur l’Agglo de Béziers provient des nappes souterraines d’accompagnement de l’Orb. Or, selon les prévisions, d’ici une vingtaine d’années, le débit de l’Orb pourrait chuter de 45% », précise Olivier Sarlat, directeur de Veolia Eau en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. En ce sens, la multinationale
    – qui a conclu un contrat de gestion du service public d’eau potable avec l’Agglo de Béziers de 138 millions d’euros pour 12 ans à partir de 2027 – planche notamment sur l’étude d’un projet d’usine de dessalement d’eau saumâtre. « On viendrait pomper l’eau dans l’estuaire de l’Orb pour pouvoir alimenter une partie des besoins supplémentaires auxquels la collectivité devra faire face », poursuit Olivier Sarlat. Le dessalement se ferait par traitement membranaire, permettant ainsi de séparer le sel de l’eau.

    Un projet vertueux ?

    Si le projet n’est pas certain d’arriver à terme – l’étude, au stade d’ébauche, s’inscrit dans une stratégie globale de sobriété menée par Veolia aux côtés de la réutilisation d’eaux usées ou encore la lutte contre les fuites dans les réseaux – ses porteurs mettent en avant son caractère novateur. L’usine serait en effet une première en France. « Cette eau pompée dans l’estuaire n’a pas la même concentration en sel que la Méditerranée, qui est de l’ordre de 30 à 35 g de sel/L. Ici, on serait entre 5 et 10 g/L, ce qui fait que les rejets en sel seront moindres que si l’on pompait directement dans la mer. Ce dessalement est vertueux, car moins énergivore et respectueux de l’environnement », détaille le directeur occitan de Veolia.

    Pour autant, certains semblent circonspects quant à l’utilité d’un tel projet. « Encore une fois, on essaye de trouver une solution technique sans changer notre façon de faire. Mais il va falloir s’adapter, on ne peut plus vivre comme avant. On est dans le déni du dérèglement climatique », soupire Thierry Antoine, élu Les Écologistes à Béziers. Et celui qui est aussi candidat du Printemps de Béziers à la mairie de s’inquiéter de la pollution : « Où iront les rejets de saumures, des produits chimiques ? On connaît les conséquences que cela a sur la biodiversité marine. » Sur ce point, Olivier Sarlat se veut rassurant : « l’étude va explorer l’endroit où les rejets auraient le moins d’impact sur l’environnement. Ce ne sera pas dans l’estuaire. Une fois que l’on aura exploré toutes les pistes, l’Agglo de Béziers prendra sa décision. »

    Or, connaissant l’opportunisme du président d’extrême droite de l’Agglo Robert Ménard, il se pourrait que ce dernier surfe sur cette vague (un peu) verte afin de choyer son électorat et de parfaire sa communication. « Ce n’est pas la première fois qu’on nous promet une solution miracle dont on ne voit jamais le début de la queue, où l’on serait la première usine en France, que c’est fantastique, etc. Il y a eu tellement d’effets d’annonce – on a eu le colosse, le cinéma – que je me demande qui peut encore y croire  », s’amuse Thierry Antoine.

  • La carrière de Murles dans le brouillard

    La carrière de Murles dans le brouillard

    « Ce n’est pas un refus de principe, c’est un refus raisonné. » S’il se dit toujours « ouvert au dialogue », le président Alain Barbe pour qui « la protection de notre environnement doit rester prioritaire », fait partie de ceux qui ont mis un coup de frein au projet de renouvellement (pour 30 ans, échéance le 1er juin 2026) et d’extension de la carrière de Murles, ainsi que de création d’une Installation de stockage de déchets inertes (ISDI).

    Réunis en urgence en conseil communautaire le 10 novembre pour donner leur avis consultatif avant la fin de l’enquête publique (clôturée 12 novembre), les élus du Grand Pic Saint-Loup ont largement rejeté le seul dossier à l’ordre du jour porté par l’actuel exploitant du site dit du Grand Autas : Languedoc Granulats.

    Par 25 voix contre (17 pour, 5 abstentions), le projet de doublement de la surface exploitée (actuellement 43 hectares) a été retoqué. Quant à l’idée d’ajouter une ISDI, c’est carrément une fin de non recevoir (44 contre, 1 pour, 2 abstentions). Un choix tranché qui doit faire la joie du collectif citoyen d’opposants et qu’Alain Barbe justifie sans peine. « Je dois considérer l’équilibre global du territoire. À cette échelle, les garanties environnementales ne nous semblent pas suffisantes. Notre avis défavorable s’inscrit dans une logique de prudence et de responsabilité », pose celui qui est aussi maire des Matelles.

    Plusieurs avis contraires

    Quatre réserves expliquent la réticence de l’intercommunalité à accorder son blanc-seing. D’abord les dispositifs relatifs à la protection de l’eau lui paraissent « insuffisants ». Des contrôles plus rigoureux sont réclamés et la marge (30 mètres de profondeur) vis-à-vis de la nappe phréatique doit être « renforcée ». Alimentée par la source du Lez qui passe sous la carrière, la Métropole de Montpellier avait d’ailleurs émis un avis défavorable.

    Ensuite, la préservation de la biodiversité est mise en avant. Si l’Agence régionale de santé (ARS) a donné son feu vert, l’Autorité environnementale (MRAe) a émis plusieurs réserves et le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a rendu un avis défavorable en présence d’espèces protégées (aigle de Bonelli, lézard ocellé…), estimant qu’il n’y a pas de « raison impérative d’intérêt public majeur ».

    Le manque de clarté et de justification est aussi invoqué par la Communauté de communes concernant la gestion des déchets inertes. Enfin, les élus du Grand Pic Saint-Loup insistent sur le besoin de « réduire les nuisances » pour les riverains (bruit, gaz à effets de serre, poussière due au passage des camions). Un point qui fait écho aux inquiétudes du collectif relatives à la santé publique.

    À l’instar du directeur de la carrière, Eric Riguet, ne cache pas sa déception. Favorable au projet, le maire de Murles est convaincu que les élus ont fait valoir le principe de précaution par manque d’information. « Le dossier de 3 600 pages a été découvert 2 heures avant et le collectif a joué sur les peurs avec sa pétition en ligne qui comportait des erreurs. »

    Selon ce maire, les garanties données par la société privée sont probantes. « Des capteurs ont été identifiés, il n’y a pas de vibration. À aucun moment les seuils de tolérance ne sont atteints. Au sujet de la poussière, les premières maisons sont à plus d’un kilomètre. Si l’ISDI pose problème, la société est prête à l’enlever. » Quant à la nappe phréatique, « dans 30 ans, il restera encore 30 mètres de marge », rassure Eric Riguet.

    Pour l’édile qui avait été élu sur la liste de l’écologiste Clothilde Ollier en 2014, cette mutation est indispensable. « Cela fait 30 ans que la carrière travaille en toute transparence. Ce ne sont pas des voyous, 14 emplois sont en jeu. » Si demain ce site fermait, « il faudrait en ouvrir un autre ailleurs », assure-t-il, tandis que ce territoire compte deux autres carrières à Combaillaux et Viols-le-Fort.

    Consultatif, l’avis défavorable du Grand Pic Saint-Loup ne présage en rien du choix à venir du préfet de l’Hérault. Lequel devra se prononcer après avoir pris connaissance du rapport du commissaire enquêteur qui lui sera remis le 2 décembre.

  • [EQDD] Mieux vivre, ensemble

    [EQDD] Mieux vivre, ensemble

    À écouter certains discours, nous pourrions croire que la transition écologique ne cesse de gagner des opposants. Pourtant, la réalité est plus nuancée : une majorité de nos concitoyens soutient l’action environnementale, et beaucoup estiment même que l’État n’en fait pas assez. Ce qui s’exprime, en revanche, c’est une défiance croissante envers la manière dont elle est menée.

    Taxe carbone, zones à faibles émissions, fin annoncée des voitures thermiques, nouvelles normes agricoles, interdiction de location des passoires thermiques… Ces mesures cristallisent parfois des résistances, non parce que l’urgence écologique serait contestée, mais parce qu’elles pèsent d’abord sur les plus précaires. Derrière cette opposition apparente, ce n’est pas la transition elle-même qui est rejetée, mais les injustices de sa mise en œuvre. Et c’est précisément en écoutant cette attente que la contrainte peut se muer en projet fédérateur.

    Car, au-delà des injonctions, la transition recèle un formidable potentiel. Elle porte un projet de société fondé sur le soin : soin de nos milieux de vie, soin de notre santé, soin de nos liens sociaux. Respirer un air plus pur, partager une eau de qualité, accéder à une alimentation saine, habiter des logements adaptés aux canicules comme aux hivers rigoureux, être moins exposé aux substances toxiques, retrouver le plaisir d’espaces verts à proximité et de relations de voisinage plus solides : autant d’atouts qu’offre une action écologique ambitieuse.

    Et si, en préservant nos milieux de vie, cette transition devenait simplement le meilleur moyen de mieux vivre, tous ensemble ?

    C’est cette conviction qui rassemble aujourd’hui 53 titres de la presse quotidienne régionale. À l’initiative de Sparknews, nous vous proposons ce supplément de 16 pages avec une ambition claire : dépasser les clivages stériles, montrer ce qui se construit déjà dans nos territoires et mettre en lumière les initiatives de citoyens, d’associations, d’entreprises et de collectivités qui, chaque jour, inventent une transition porteuse d’avenir et de mieux-vivre ensemble.

  • Dans le quartier de Tassy, à Port-de-Bouc, le compost collectif nourrit le jardin partagé

    Dans le quartier de Tassy, à Port-de-Bouc, le compost collectif nourrit le jardin partagé

    Dans l’air frais du matin, le café chaud fait des volutes de fumée. Le petit groupe habituel qui s’occupe de l’entretien du jardin partagé, créé en 2021, se retrouve devant le centre social Nelson-Mandela et se sert un gobelet du thermos. Ce mercredi 19 novembre, deux agents de la Métropole se joignent à ce rendez-vous pour une matinée dédiée au compostage.

    Dans le quartier de Tassy, cette pratique a été mise en place il y a trois ans. Plusieurs bacs, installés à proximité de la structure municipale, font office de bornes de collecte des déchets alimentaires, « qui représentent 30% des poubelles », précise une fonctionnaire de la Métropole. Les habitants qui souhaitent s’impliquer dans la démarche ont quant à eux des récipients d’apport à domicile, qu’ils remplissent avec leurs épluchures de fruits et de légumes, du marc de café et des coquilles d’œufs. « On les vide ensuite dans le grand bac à déchets humides et on fait un mille feuille de ces épluchures et de matière sèche, comme des broyats de végétaux apportés par les services techniques de la Ville, dans un dernier bac qu’on appelle le bac à maturation », explique encore l’agente.

    Après quelques mois, les habitants récupèrent de l’engrais naturel, un excellent fertilisant pour les sols. Annie, qui participe au compost depuis un an, témoigne : « On s’en sert pour le potager partagé et ça donne des vitamines à nos légumes. Ça les booste, on le voit ! C’est bon pour notre production, mais aussi pour notre santé : ça nous permet de savoir ce qu’on mange. »

  • [EQDD Le Télégramme] Anne Roué-Le Gall : « L’aménagement et l’urbanisme sont des leviers puissants d’amélioration de la santé »

    [EQDD Le Télégramme] Anne Roué-Le Gall : « L’aménagement et l’urbanisme sont des leviers puissants d’amélioration de la santé »

    Depuis une quinzaine d’années, avec le collectif d’enseignants-chercheurs UrbaSEPT, vous travaillez autour du concept d’Urbanisme favorable à la santé, avec l’ambition d’irriguer les politiques publiques d’aménagement. En quoi consiste cette approche ?

    C’est une approche par les déterminants de la santé. On en a retenu quinze. Par exemple, on regarde les polluants de l’air, de l’eau, des sols, l’exposition à des produits chimiques, à des perturbateurs endocriniens. On les croise avec des déterminants de cadre de vie comme l’exposition à la lumière, au bruit, mais aussi avec des déterminants sociaux-économiques comme les interactions sociales, les accès aux transports, aux espaces verts, aux commerces et services, à l’emploi. Enfin, il y a des déterminants plus individuels comme les habitudes de vie, d’alimentation, d’activité physique au quotidien.

    Il s’agit d’encourager des choix de politiques publiques d’aménagement qui, d’une part, minimisent l’exposition des populations à des facteurs de risque (comme les pollutions de l’air ou la sédentarité). Et qui, d’autre part, maximisent leur exposition à des facteurs de protection (comme les aménagements cyclables ou les parcs publics). Évidemment, il faut mettre les impacts sur la santé humaine en cohérence avec les impacts sur l’environnement et le climat, dans le contexte du changement climatique. L’urbanisme favorable à la santé, c’est aussi une façon de lutter contre les inégalités, l’isolement social… Il y a des co-bénéfices à aller chercher.

    Un exemple, pour bien comprendre ?

    J’aime bien donner l’exemple de l’activité physique, parce qu’on sait tous à peu près bien que l’activité physique, c’est bon pour notre santé. Mais notre façon de pratiquer l’activité physique ne repose pas uniquement sur notre bonne volonté. Si on veut garder une régularité dans l’activité physique, on a tout intérêt à s’appuyer sur des mobilités actives, notamment lors de déplacements domicile-travail. À condition de disposer d’infrastructures appropriées, comme des pistes cyclables sécurisées et continues, des circulations piétonnes, des connexions avec des transports en commun, etc. Ça passe donc par des aménagements urbains, périurbains ou ruraux qui permettent de faire de l’activité physique un facteur de protection, et donc de limiter au maximum ce facteur de risque pour la santé qu’est la sédentarité.

    Comment aidez-vous
    les collectivités et aménageurs
    à progresser
     ?

    D’abord, nous essayons de les convaincre qu’ils sont, eux-mêmes, des acteurs de santé publique et que l’aménagement et l’urbanisme sont des leviers puissants d’amélioration de la santé. La santé, ce n’est pas que le soin, même si c’est un axe prioritaire et primordial. La santé, c’est le bien-être physique et mental et il dépend beaucoup de notre cadre de vie. Par exemple, on les amène à regarder et donc à organiser des espaces verts urbains comme des lieux de protection des populations face aux pollutions, au bruit, à la hausse des températures et même des inondations. Les espaces verts, ce sont aussi des lieux d’interactions sociales et d’activité physique, de ressourcement de la santé mentale et de préservation de la biodiversité. Une végétalisation de cour d’école, si c’est bien fait, c’est une entrée intéressante de ce point de vue.

    Ensuite, nous avons édité deux guides publics, « Agir pour un urbanisme favorable à la santé » (2014), et « ISadOrA » (2020), avec une agence d’urbanisme. Ce sont des outils concrets pour aider les décideurs. Ce ne sont pas des outils clé en main, mais des points d’appui, d’entrées thématiques sur ce chemin de l’urbanisme favorable à la santé.

    Collectivités et aménageurs
    se les approprient-ils ?

    Nous sommes, en tout cas, très sollicités. Nous voyons aussi des initiatives encourageantes apparaître ou se concrétiser, principalement dans les aires urbaines. Je pense à Rennes Métropole qui s’efforce – même si c’est difficile -, de faire travailler ses services ensemble pour bien saisir tous les enjeux. Nous avons mené une expérimentation dans le quartier de Maurepas, à Rennes. Le pays du Mans vient d’intégrer le principe d’urbanisme favorable à la santé dans la révision de son schéma de cohérence et d’organisation territoriale. C’est aussi le cas d’autres documents d’urbanisme, comme à Miramas. On n’est pas encore à 100 projets en France ! Avec ses expérimentations Urba Santé, l’Ademe incite également à franchir le pas.

    Comment progresser sur ce chemin de l’urbanisme favorable à la santé, à l’environnement et au climat ?

    Je pense que chaque collectivité ou groupes de collectivités devrait créer une instance dédiée, avec une personne qui pilote. Au Québec, une dizaine de municipalités ont mis en place des postes de conseillers scientifiques. Ils ne sont pas spécialistes de tout, mais sur ces enjeux complexes et multifactoriels, ils vont chercher des expertises pour objectiver la planification, les décisions selon les profils de projets d’aménagement. Par ailleurs, on connaît souvent bien les profils socio-économiques des populations des territoires, il faut que l’on en saisisse mieux les profils sanitaires et environnementaux. De notre côté, on devrait recruter des économistes pour rendre plus claire une approche par les coûts évités, sur le long terme, un facteur de décision déterminant en ces temps de restrictions budgétaires.

    Au sein de l’École des hautes études en santé publique, vous avez ouvert un diplôme d’établissement en santé publique et aménagement du territoire. Avec quels objectifs ?

    Nous avons déjà formé 70 personnes, pour moitié des professionnels de santé, pour moitié des aménageurs et urbanistes. Une quinzaine d’experts sont formés par an. Ils viennent quatre semaines à l’école sur quatre mois. On cherche à en faire des acteurs relais dans les régions sur ces enjeux. C’est un diplôme unique et payant, qui leur coûte 5 000 euros. Je cherche à le faire financer pour toucher plus de monde.

    Par Bruno Salaün- Le Télégramme

  • [EQDD La Voix du Nord] Le conservatoire botanique de Bailleul : un allié de la biodiversité qui veille sur 44 millions de semences

    [EQDD La Voix du Nord] Le conservatoire botanique de Bailleul : un allié de la biodiversité qui veille sur 44 millions de semences

    C’est un sanctuaire de 25 hectares, au cœur des Flandres, à deux pas de la frontière belge. Créé en 1987 par le professeur Jean-Marie Géhu, agréé quatre ans plus tard par l’État, le conservatoire botanique national de Bailleul vient d’être labellisé « Jardin remarquable ». Une nouvelle reconnaissance de l’importance de ses missions en faveur de la préservation du vivant.

    Depuis plus de trente ans, ses scientifiques auscultent sans relâche la végétation des Hauts-de-France et documentent le déclin de la biodiversité pour tenter d’y remédier. Comment ? En constituant une banque de semences des espèces les plus menacées d’extinction. « Les menaces sont très variées, développe Bertille Asset, référente en conservation. Il y a l’atteinte aux milieux, comme la disparition des zones humides, l’abandon des pâturages, l’intensification agricole et le retournement de prairies, l’urbanisation. Et tout cela est aggravé par le changement climatique ». Depuis 2019, le conservatoire a produit une « liste rouge » pour hiérarchiser les priorités. Il veille ainsi sur 44 millions de graines ou spores, soit 600 espèces indigènes. Ces semences, mémoires d’une époque, d’un paysage, sont régulièrement testées, renouvelées, enrichies selon les besoins.

    Trouver le milieu adapté à la réintroduction

    Entre juin et octobre, les botanistes « récolteurs » effectuent plusieurs passages sur le terrain pour mener à bien les prélèvements. « Au laboratoire, nous nettoyons les semences pour avoir un lot le plus pur possible mais contrairement aux semenciers, nous veillons à garder la plus grande diversité génétique. C’est la meilleure garantie pour favoriser une adaptation à l’avenir, nous écartons seulement les individus malades ou mal formés. » Suivent un test de germination, l’étape de la dessiccation (une déshydratation poussée) et la mise en dormance dans des sachets en papier hermétiques, sous vide, rangés dans des congélateurs, à l’abri de la lumière.

    « Si on ne ressortait jamais nos échantillons, ce serait positif, cela signifierait qu’il n’y a pas besoin d’une action de l’homme pour restaurer des milieux, poursuit la chargée de missions scientifiques. Mais suivant nos programmes de conservation in situ, il y a des espèces sur lesquelles on veut agir de manière concrète en renforçant leurs populations pour favoriser les croisements génétiques. Actuellement, il y a un plan national sur les plantes messicoles, nous travaillons avec des partenaires comme les réserves naturelles, pour leur trouver un habitat fonctionnel, préservé. Ce n’est pas simple de restaurer la nature, parfois, nous n’avons plus de milieu adapté pour accueillir les espèces. »

    Pourquoi préserver le millepertuis des marais ou le chou marin ? « C’est un patrimoine vivant à sauver au même titre que les ruines d’un château ou La Joconde, répond Bertille Asset, ces espèces n’ont peut-être pas d’intérêt immédiat pour nous mais elles participent à un équilibre global, sont essentielles à un milieu, à un insecte ». Elles constituent aussi un précieux réservoir de solutions pour les écosystèmes de demain, fragilisés par le réchauffement climatique.

    Par Marie Lagedamon –La Voix du Nord

  • [EQDD La Montagne] Dans le Cantal, la Croix-Rouge roule contre les déserts de solidarité

    [EQDD La Montagne] Dans le Cantal, la Croix-Rouge roule contre les déserts de solidarité

    Une enquête de la Croix-Rouge a mis en lumière l’existence de « déserts de solidarité » : deux millions de personnes, dans 4 000 communes, vivent sans réseau associatif suffisant pour répondre à leurs besoins sociaux. Face à ce constat, l’organisation a lancé à l’automne 2024 un projet dans quatre départements afin de tester des solutions adaptées aux zones rurales isolées.

    Territoire pilote, le Cantal est en première ligne de « l’emmener-vers » : un dispositif de copilotage solidaire, ou transport d’utilité sociale. Au volant, Christian Vaurs, un bénévole de 65 ans, a quitté son domicile d’Arpajon-sur-Cère pour aller récupérer les clefs d’un véhicule de la Croix-Rouge, à Aurillac. Ce jeune retraité s’est ensuite rendu à Ytrac, à quelques kilomètres de là, pour rendre service à un octogénaire.

    « J’ai du temps libre et je veux en donner. Chauffeur, c’est dans mes cordes », indique ce bénévole ayant trouvé sa mission sur le site web jeveuxaider.gouv.fr. « J’aime bien m’investir. J’étais facteur, alors j’avais l’habitude de voir du monde… et j’aime parler », tchatche le Cantalien, déjà investi à la Banque alimentaire ainsi que dans diverses associations sportives, où il participe à l’organisation de plusieurs courses à pied (comme La Pastourelle, un trail de 31km au départ de Salers).

    Sa course à lui a consisté à conduire jusqu’au supermarché Leclerc puis à accompagner ce monsieur dans les rayons afin de faire les emplettes. Une tâche un peu plus longue que ce à quoi il s’attendait. « Sa liste était petite… mais longue ! » rit Christian Vaurs. « Il s’accrochait au caddie et avançait. Mais parfois, il s’embrouillait un peu… »

    « Chauffeur, c’est
    dans mes cordes »

    Avec ce nouveau dispositif intitulé Rouages (pour Rouler dans l’Ouest Agglo Ensemble et Solidaire), La Croix-Rouge soutient là une autre association locale : l’Afapca. Objectif : implanter une oasis dans un désert de solidarité. Les bénéficiaires n’ont que 3 euros à régler pour une course de 0 à 25 km, au départ de cinq communes (Ayrens, Lacapelle-Viescamp, Saint-Paul-des-Landes, Sansac-de-Marmiesse, Ytrac). Remplir son chariot, voir son médecin ou simplement rendre visite à ses amis constituent des motifs valables. Des allers-retours vers les deux grands pôles médicaux que sont Clermont-Ferrand ou Limoges, éloignés d’environ 180 km tous deux, sont également possibles, moyennant 45 euros. « Pour des gens qui, de toute façon, doivent y aller par leurs propres moyens et qui ne seront pas remboursés », précise Gérard Gayout, président de la direction territoriale de la Croix-Rouge dans le Cantal.

    « C’est un transport par les habitants pour les habitants. L’idée est de créer du lien social pour que les gens réapprennent à se connaître dans les communes rurales et puissent être capables de répondre aux besoins de leurs voisins », décrypte Hugo Pradel, animateur chez la Croix-Rouge chargé de la mobilité solidaire. Au total, environ 80 personnes bénéficient du dispositif Rouages.

    « Par les habitants
    pour les habitants »

    À terme, la Croix-Rouge du Cantal compte former tous ses pilotes bénévoles aux gestes qui sauvent ou aux premiers secours. Elle travaille aussi avec une ergothérapeute, qui leur montre et explique comment placer les personnes âgées à l’intérieur des véhicules.

    Associée à la Fondation Crédit mutuel, la Croix-Rouge a obtenu l’argent, en 2024, au Grand prix des Alliances durables décerné par la revue The Good. Ses projets liés à la mobilité ont été récompensés, aussi bien grâce à « l’emmener-vers » que « l’aller-vers », avec ses équipes mobiles. « Les structures telles que les épiceries ambulantes se perdent de plus en plus dans les campagnes », diagnostique Hugo Pradel. « Elles ont donc besoin d’être compensées… »

    La plupart de ces projets testés et éprouvés dans le Cantal sont développés en partenariat avec d’autres associations. La Croix-Rouge a par exemple embarqué dans l’aventure du Fraternibus du Secours catholique. Celui-ci sillonne le nord du département avec une boutique sur roues vendant des vêtements d’occasion donnés à Mauriac.

    Par Romain Blanc –La Montagne

  • [EQDD Vosges Matin] La vallée de la Bruche : du textile à l’agroécologie, une reconquête paysagère et agricole

    [EQDD Vosges Matin] La vallée de la Bruche : du textile à l’agroécologie, une reconquête paysagère et agricole

    L’objectif était de maintenir une activité agricole, perçue comme un service à la population et un atout pour la biodiversité. Grâce à des associations foncières pastorales, un système d’élevage en circuit court s’est développé, les agriculteurs pratiquant quasi exclusivement la vente directe. Des fermes publiques ont également été créées pour renforcer la dynamique. Aujourd’hui, 3 000 hectares (12% de la surface agricole) ont été reconquis, avec en moyenne deux activités agricoles par commune. Le territoire, devenu un laboratoire à ciel ouvert, doit aussi faire face au changement climatique. Une réflexion est en cours pour réutiliser les anciens canaux d’irrigation (« royes ») afin de mieux gérer la ressource en eau et de réduire les risques d’inondation. L’agropastoralisme durable a ainsi remplacé les anciennes cultures.

    Par Katrin Tluczykont-Vosges Matin

  • [EQDD Journal de la Haute-Marne] Un Domaine pour relier les générations à Rives Dervoises

    [EQDD Journal de la Haute-Marne] Un Domaine pour relier les générations à Rives Dervoises

    Le nom s’est très vite imposé dans le paysage local. Le Domaine des quatre rivières est une réhabilitation emblématique dans la commune de Rives Dervoises, en Haute-Marne. L’ancien lycée agricole a été métamorphosé en une résidence partagée. Elle est constituée de plusieurs bâtiments qui sont un trait d’union entre les générations et offrent un lieu de vie commun.

    Choisi par les habitants, le nom fait écho aux cours d’eau qui sillonnent les quatre villages des communes associées : les quatre rivières. Le Domaine comprend vingt logements, les locaux de l’école élémentaire du village, un bâtiment dédié aux activités artistiques et sportives, un restaurant ouvert à tous, un verger, des jardins partagés, ainsi que des espaces prévus pour accueillir un maraîcher et même quelques chevaux appelés à être employés pour des activités de médiation.

    Vingt logements intergénérationnels

    Pensé comme un véritable lieu de vie intergénérationnel, le concept repose sur la philosophie d’habitat partagé, avec l’ambition de permettre à chacun de « bien vivre et de bien vieillir au pays ». L’équipe municipale s’est démenée pour donner vie à cette belle idée sur le papier. Sous la férule de la maire Christiane Welti, les élus sont allés à la chasse aux subventions auprès de tous les partenaires possibles.

    Dix des vingt logements – studios et T2 – sont ainsi destinés à des célibataires ou couples, apprentis, stagiaires, salariés en contrat temporaire ou encore parents isolés, désireux de s’installer dans un cadre verdoyant et convivial, à loyer modéré. Moitié de ceux-ci sont déjà occupés. À noter que les locataires viennent avec leurs meubles.

    Les dix autres logements, de même composition, accueillent des personnes de plus de 65 ans souhaitant bénéficier d’un environnement sécurisé et stimulant, tout en conservant leur indépendance. Les résidents ont l’option de partager des repas au restaurant ouvert à tous, de participer à des activités culturelles et sportives, de profiter de services à la personne ou simplement d’échanger avec leurs voisins dans un cadre apaisant et solidaire.

    Constituée de deux classes, la nouvelle école a ouvert ses portes sur site à la rentrée. Parents comme élèves étaient ravis : salles lumineuses et insonorisées, matériel renouvelé et ergonomique et un agencement optimisé. Le Domaine des quatre rivières a aussi une dimension sociale forte : dix enfants de l’Institut Médico-éducatif (IME) et dix enfants de l’Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (Itep) sont scolarisés sur site. Les élèves disposent de deux salles spécialement aménagées pour un enseignement adapté et des ateliers éducatifs. Des temps d’inclusion avec les enfants de l’école élémentaire de Droyes sont organisés, notamment pour le sport, en fonction des compétences sociales et scolaires évaluées par l’équipe pédagogique.

    Par Sylvie C. Staniszewski –Journal de la Haute-Marne

  • [EQDD Corse Matin] Le portage de repas, un service essentiel pour les seniors à Ajaccio

    [EQDD Corse Matin] Le portage de repas, un service essentiel pour les seniors à Ajaccio

    « Heureusement qu’il y a ce portage de repas. On a 92 ans, on ne peut pas courir au supermarché et moi, j’ai une DMLA [maladie dégénérative de la vision, Ndlr], je ne peux plus cuisiner », explique Madame Vargioni qui vit à Ajaccio avec son mari dans un appartement au deuxième étage d’un immeuble, route des Sanguinaires. « Ça nous permet de rester chez nous, ajoute-t-elle. Sinon ça serait l’Ehpad, mais nous n’avons pas les moyens ».

    Il est tout juste 10 heures, elle récupère les deux sacs contenant leurs repas journaliers des mains de Romain Evrard, agent social au centre intercommunal d’action sociale (CIAS), qui fait sa tournée quotidienne de distribution. La Communauté d’agglomération du Pays ajaccien (Capa) mobilise quatre agents pour ce service de portage de repas quotidien dont ont bénéficié 221 personnes en 2024, soit plus de 41 600 repas livrés.

    Ce matin-là, le jeune homme doit se rendre chez une trentaine de bénéficiaires, uniquement des personnes retraitées, handicapées ou à mobilité réduite. La moyenne d’âge oscille entre 85 et 95 ans et le tarif de la prestation varie en fonction des revenus du foyer. « S’il n’y avait pas d’embouteillage, je pourrais livrer au moins dix personnes de plus ». Dans son véhicule réfrigéré, il arpente chaque matin, dès 8 heures, un secteur allant de l’hyper centre-ville jusqu’à la route des Sanguinaires, en périphérie. Sa tournée doit être terminée avant 12h30 mais, entre les embouteillages et le manque de places de stationnement dans les résidences, c’est une véritable gymnastique, dans laquelle chaque seconde compte.

    Un rôle de veilleur social indispensable

    « Je prépare les repas la veille chaque jour, détaille-t-il. Le jeudi, on fait double livraison en comptant aussi les repas du vendredi et, le vendredi, on livre les repas du week-end. S’il n’y avait pas d’embouteillage, je pourrais livrer au moins dix personnes de plus ». À chaque arrêt, Romain doit saisir le bon sac et l’apporter jusqu’au palier des bénéficiaires. Certains repas sont pour des diabétiques, d’autres sont sans sel ou moulinés, etc. Il suffit au livreur de sonner ou de frapper à la porte une seule fois pour entendre la bobinette choir, comme s’il était attendu expressément. « Ça m’aide beaucoup, confie Monsieur Bonelli, 93 ans. Je prends ces repas quatre jours par semaine. Avant, je me faisais à manger seul, mais j’ai mal au dos et aux jambes ».

    Près de 75% des personnes livrées sont en situation de veuvage et dans l’impossibilité de se débrouiller seule. C’est le cas de Monsieur Werner, 83 ans. « Ça me simplifie le quotidien, témoigne-t-il. J’ai perdu mon épouse l’année dernière et je suis obligé de me réorganiser ». Au-delà de ce bref échange, Romain est aussi un visage familier et quotidien dont le rôle va bien plus loin que la distribution de plats. Au milieu de sa tournée, à la résidence des Crêtes, il toque à la porte, un sachet à la main, mais cette fois, personne n’ouvre.

    « Ce n’est pas normal, elle est toujours là et sa porte est souvent ouverte », s’inquiète-t-il. En reprenant la route en direction de son prochain arrêt, il appelle le bureau pour signaler le problème. « Parfois, ce sont des gens qui tombent ou qui ont été hospitalisés. On doit alors pouvoir joindre le référent familial. » L’imprévu n’était finalement qu’une sortie en famille chez le coiffeur. Mais l’agent a été confronté à des situations moins heureuses qui modifient, « assez souvent hélas », ses tournées. « Au début, ça a été très dur, confie Romain derrière son volant. Il y avait des gens à qui je me suis vraiment attaché. Je buvais le café, on discutait. Et puis ils sont décédés. Aujourd’hui, je tente de prendre plus de recul ».

    Un service qui va au-delà de la distribution de repas

    Car l’après-midi, une fois la tournée terminée, les agents changent de casquette et rendent visite aux bénéficiaires pour un temps d’échange ou répondre à un besoin, tels de menus travaux ou aller récupérer des courses dans un magasin. Pour Romain, c’est un moment qui permet surtout « de prendre des nouvelles et de discuter. Cela peut être rapide ou durer quelques heures. Ça leur permet de rester à domicile. Malgré les repas livrés le matin, certains, par exemple, veulent quand même aller chercher leur pain à la boulangerie ».

    Selon un guide du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, la qualité de la relation humaine est à l’origine de 30% des variations d’apport alimentaire chez les seniors et permet de lutter efficacement contre la dénutrition et la perte d’autonomie. « Améliorer l’alimentation des personnes âgées, peut-on lire, c’est s’intéresser non seulement au contenu de l’assiette mais aussi à tout ce qui est autour du repas et qui en fait un moment agréable ».

    Par Nicolas Wallon- Corse Matin