Category: environnement

  • [Entretien] « Pour la biodiversité, osons des scénarios ouvrant le champ des possibles »

    [Entretien] « Pour la biodiversité, osons des scénarios ouvrant le champ des possibles »

    La Marseillaise : Vous montrez que les mesures de conservation existantes en Europe ne seront pas suffisantes pour stopper la perte de biodiversité d’ici 2050. Comment y remédier ?

    Stanislas Rigal : Il faut changer de point de départ. Les scénarios que nous avons se contentent de traduire les mesures de conservation prises à l’échelle de l’Europe. Ils n’ont pas pour objectif premier d’inverser la tendance à la baisse de la biodiversité. Or, il faut partir de là et voir quelles mesures il faudrait prendre. C’est une approche différente qui impliquerait probablement d’accepter de revenir sur certains dogmes.

    Par exemple ?

    S.R. : Les scénarios existants font le choix de ne pas revenir sur l’augmentation de la demande pour certains biens et services, et donc l’augmentation de la production agricole ou de biomasse (pour le bois). Or, nous sommes dans un espace contraint. Donc tout ne pourra pas augmenter indéfiniment. Il faudra probablement jouer là-dessus : accepter que la demande puisse se stabiliser – voire baisser. Cela nécessite de repenser l’ensemble du fonctionnement de la société.

    Pas facile quand on sait que les mesures actuelles

     pas assez ambitieuses selon votre étude – sont parfois difficilement acceptées…

    S.R. : C’est certain. Savoir si l’application de ces nouveaux objectifs est réaliste politiquement est un autre problème. Mais il faut oser et proposer des visions différentes pour le futur, même si elles sont jugées irréalistes aujourd’hui. Cela ouvre le champ des possibles et rend le débat public plus intéressant.

  • [Occitanie] Le domaine des Trois Fontaines : un labo à ciel ouvert pour tester des cépages résistants

    [Occitanie] Le domaine des Trois Fontaines : un labo à ciel ouvert pour tester des cépages résistants

    Accompagner la profession viticole vers une agriculture durable et résiliente, dans un contexte de changement climatique » : c’est dans cette dynamique qu’est né, en 2019, le site expérimental des Trois Fontaines, implanté sur le Domaine départemental du même nom situé au Pouget. Une initiative portée par le Département aux côtés de deux partenaires : la Fédération des IGP de l’Hérault, coordinatrice, et la Chambre d’agriculture, en charge du suivi des expérimentations.

    Le projet des Trois Fontaines vise à évaluer, en conditions réelles de production, différentes pistes d’adaptation du vignoble méditerranéen. « L’idée est de réaliser des essais grandeur nature dans un laboratoire à ciel ouvert. À peu près 1,5 hectare ont été installés en vigne avec deux types de cépages nouveaux : résistants aux maladies [objectif : réduction des intrants phytosanitaires, Ndlr.] et résistants à la sécheresse [enjeu de l’accès à l’eau, Ndlr.] », explique Christophe Fournier, directeur de l’économie rurale et de l’agriculture au sein du Département.

    Des variétés de cépages étrangères et patrimoniales

    S’agissant plus spécifiquement des variétés susceptibles d’être mieux adaptées aux conditions de sécheresse, une parcelle de 40 ares a été plantée en février 2025 avec des cépages étrangers provenant de pays aux climats chauds. Sept cépages sont ainsi expérimentés sur différents porte-greffes : le terret et le rolle, utilisés comme témoins, ainsi que cinq cépages blancs étrangers déjà classés et autorisés par le cahier des charges de l’IGP : l’assyrtiko (Grèce), le fiano (Italie), le verdejo (Espagne) l’alvarinho et le verdelho (Portugal). « L’expérimentation porte également sur différentes densités de plantation afin d’évaluer leur comportement face à la sécheresse et de mieux identifier les combinaisons les plus adaptées », indique Christophe Fournier. En complément, un recensement des vignerons pionniers qui ont déjà fait le pari d’implanter ces variétés a été réalisé dans l’Hérault mais également dans le Gard, l’Aude et les Pyrénées-Orientales. « Certains vignerons se tournent également vers des cépages patrimoniaux et locaux, souvent oubliés ou délaissés, mais susceptibles de leur permettre de mieux résister aux climats difficiles. »

    Pour compléter le dispositif, des dégustations de vins élaborés à partir de ces cépages encore méconnus sont organisées à destination des professionnels. « Ces rencontres sont l’occasion de leur faire découvrir les principales qualités agronomiques et caractéristiques organoleptiques de ces cépages, ainsi que les méthodes de vinification qui leur sont propres. »

  • Épidémie de botulisme à l’étang de Capestang

    Épidémie de botulisme à l’étang de Capestang

    Situé à la frontière avec l’Aude, l’étang de Capestang est une des plus grandes zones humides d’eau douce de l’Hérault. Classée Natura 2000, elle est la 3e plus importante roselière de la région et joue un rôle fondamental dans la conservation de certaines espèces d’oiseaux. Pourtant, cette année, depuis le début du mois de juillet, la difficulté à maintenir un niveau d’eau acceptable dans l’étang, conjuguée aux fortes chaleurs et à la baisse du taux d’oxygène, a mené à la prolifération de la bactérie responsable du botulisme. Résultat : des tonnes de poissons et des centaines voire des milliers d’oiseaux sont décédés, dont des espèces protégées. « Ce n’est pas la première fois que ça arrive, raconte Benjamin Granel, président de l’Association syndicale autorisée (ASA) de l’étang de Capestang, chargée de la gestion, de l’entretien et des ouvrages liés au desséchement et aux réseaux de l’étang. Nous avons connu des épidémies similaires en 2022 et l’année dernière. »

    Gestion de l’eau

    Malgré le classement du site, sa situation géographique à cheval sur deux départements complique les démarches administratives pour demander des apports en eau de l’extérieur. L’ASA, Sud Hérault et les fédérations de pêche et de chasse ont tenté d’endiguer le phénomène et se sont récemment réunis avec les sous-préfets de l’Hérault et de l’Aude afin de demander un apport d’eau en urgence. « Nous avons essuyé une fin de non-recevoir, déplore Benjamin Granel. On ne demande pas de prendre de l’eau aux agriculteurs, mais simplement un petit apport, qui pourrait venir des barrages de l’Aude par exemple. Il faut noter pourtant que d’un point de vue réglementaire, la biodiversité prime sur l’agriculture. Donc, théoriquement, l’État est obligé de protéger les espèces de l’étang. » Pour continuer les démarches, l’ASA monte actuellement un dossier avec un avocat spécialisé dans le droit de l’environnement.

  • Contre la baisse de la biodiversité, les mesures actuelles ne suffiront pas

    Contre la baisse de la biodiversité, les mesures actuelles ne suffiront pas

    Plus d’aires protégées, plus de prairies naturelles, plus d’arbres, moins d’engrais dans l’agriculture… Pour lutter contre la perte de biodiversité, les objectifs en Europe sont là. « Mais personne n’a jamais vraiment évalué quels pourraient être leurs effets à long terme sur les espèces communes », souligne Stanislas Rigal. Dans une étude parue dans Nature Ecology & Evolution, le chercheur au Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Montpellier) montre que même si elles sont respectées à la lettre, ces mesures ne suffiront pas. « Elles améliorent la situation mais la biodiversité continue de s’éroder en 2050, résume-t-il. Alors même que ces mesures sont jugées ambitieuses. »

    Le réchauffement climatique, la reforestation, l’agriculture intensive… « Les effets de ces facteurs sur la biodiversité sont bien documentés sur les dernières décennies, précise Stanislas Rigal. De nombreuses études ont montré que les effectifs d’oiseaux communs et d’insectes chutent globalement en Europe, avec un moteur principal qui est le modèle agricole intensif. » Il a regroupé les données d’abondance de 265 espèces d’oiseaux et 144 espèces de papillons sur plus de 20 000 sites dans 26 pays européens entre 2000 et 2021. Pourquoi les oiseaux et les papillons ? Parce que les données sont là. « Mais aussi car les oiseaux, situés en haut de la chaîne alimentaire, sont fortement impactés par ce qu’il se passe en amont, ajoute le chercheur. Et les papillons réagissent bien à la qualité de leur habitat. »

    Quatre scénarios

    Pour imaginer le futur, quatre scénarios ont été envisagés dans lesquels les objectifs européens de conservation sont remplis en 2050, mais pas tout à fait de la même manière. Le premier, dit SSP1 (voir Repères), se contente de remplir les objectifs. Les trois autres les remplissent mais avec une certaine philosophie : l’un vise à préserver la biodiversité pour elle-même, l’autre pour le lien que nous entretenons avec elle et le dernier pour les services qu’elle rend. Ce qui se traduit, par exemple, par le positionnement des aires protégées sur les hot-spots de biodiversité dans le premier cas, là où les activités humaines ont une influence sur le paysage dans le deuxième cas et sur les zones qui stockent beaucoup de carbone dans le dernier cas.

    Résultat : aucun de ces scénarios, même les plus ambitieux, n’inversent la tendance. L’abondance des oiseaux des champs continue de chuter en 2050. Idem pour les papillons des champs et des forêts. Seuls les oiseaux des forêts tirent leur épingle du jeu. Mais c’est déjà le cas aujourd’hui. « Ils profitent du retour du couvert forestier en Europe », précise Stanislas Rigal. Mais pas les papillons forestiers qui ont besoin d’espaces ouverts au sein des forêts.

    Alors que faire ? « Définir des objectifs plus ambitieux », résume le chercheur, qui y travaille dans le cadre du projet Beyonds.

  • Le Modef célèbre à Laragne- Montéglin ce week-end l’agriculture paysanne et familiale

    Le Modef célèbre à Laragne- Montéglin ce week-end l’agriculture paysanne et familiale

    Ce samedi après-midi, le syndicat organise pour la première fois une fête paysanne dans les Hautes-Alpes. L’évènement est organisé au 60 Île d’Oriane, à Laragne-Montéglin, sur l’exploitation de Lucie Illy, arboricultrice, productrice de pommes bio. Au programme, un marché paysan, une buvette puis à partir de 19h, des repas paysans sont proposés à la vente. Mais la principale animation sera surtout le débat ouvert au public autour de la question : « Face à la disparition de notre agriculture, que mangerons-nous demain ? » Un questionnement au cœur des revendications porté par le Modef, syndicat certes mineur derrière les grandes organisations agricoles françaises, mais qui cherche à faire connaître sa ligne de défense des petits exploitants et du monde paysan.

    Promouvoir une agriculture paysanne

    « Le but c’est d’échanger avec les gens. On se rend compte que la société civile a souvent une vision de l’agriculture qui ne correspond pas à ce que nous, on vit tous les jours, pose Christian Reynaud, président du Modef 05. On veut savoir ce que pensent les gens de l’agriculture et dans quel sens ils veulent l’emmener, s’ils sont plutôt pour une agriculture industrielle avec des aliments à bas coûts ou une agriculture comme celle que l’on défend, c’est-à-dire familiale, à taille humaine. On est ouverts, on peut tout entendre, on est là pour partager. »

    Le Modef, fondé en 1959 et héritier des idées politiques du Conseil National de la Résistance, défend historiquement les petites et moyennes exploitations familiales, face notamment à l’essor des grandes exploitations agro-industrielles dans le paysage rural français, où peu à peu s’effacent les familles paysannes. « On a de plus petits modèles, familiaux, mais comme je dis toujours, ce n’est pas parce qu’on est petits, qu’on a pas de grandes idées, déclare Christian Reynaud. On promeut un modèle à taille humaine parce qu’on considère qu’il est plus adapté à notre territoire. Et on pense que la société civile a aussi de plus en plus envie d’avoir affaire à une agriculture comme celle-là plutôt qu’une agriculture totalement industrielle. »

  • À Marseille, le tunnel de Mourepiane menacé par la pollution

    À Marseille, le tunnel de Mourepiane menacé par la pollution

    En décidant de maintenir son activité dans les quartiers Nord de Marseille, au chemin de la Madrague-Ville (15e) l’entreprise de peinture aéronautique Satys hérite aussi du lourd passif du site. De l’ancienne activité de Protec Métaux Arenc reste en effet la lourde pollution au chrome VI, la forme la plus dangereuse du chrome, cancérigène. Un dossier suivi depuis longtemps, avec la mise en place d’un plan de gestion en février 2021. Mais si la rénovation du site et la poursuite de l’activité à permis de maintenir 120 emplois industriels, le chantier de dépollution doit désormais être adapté, alors que les objectifs fixés pour dépolluer les eaux souterraines n’ont toujours pas été atteints. Certes, des injections d’acide ascorbique ont été réalisées, à trois reprises en 2022, pour réduire la concentration en chrome VI. Mais tandis que le plan de gestion imposait une concentration de 0,1 mg/L dans les eaux de la fontaine installée dans la résidence voisine, ce sont des concentrations de 30 mg/L qui sont mesurées, « rejetées in fine dans le milieu naturel sans traitement préalable ». Avec des conséquences sur les installations voisines : « Les infiltrations d’eaux polluées dans le tunnel du Soulat en provenance du site sont susceptibles de compromettre sa remise en service à court terme, compte tenu des désordres potentiellement occasionnés sur l’ouvrage et des risques sanitaires éventuellement encourus par le personnel en charge de la maintenance », écrit la préfecture. Or, c’est ce tunnel qui permet de relier le terminal de Mourepiane, où ont été transférées les installations ferroviaires du Cannet. La préfecture demande donc à Satys de mettre à jour d’ici fin avril son plan de gestion, mais surtout de mettre en place avant ce lundi un pompage et un traitement des eaux polluées, « en vue d’épuiser le stock d’eau et de chrome mobilisable ».

  • Interdire la chasse dans le Var pour renaturer après les feux

    Interdire la chasse dans le Var pour renaturer après les feux

    Depuis début juillet, environ 7 450 hectares ont été incendiés dans le Var, notamment suite à l’incendie du Gros Bessillon, qui a ravagé le département pendant plus de 20 jours. D’après la préfecture, il « a parcouru 6 300 hectares et a brûlé 5 700 hectares sur les communes de Pontevès, Correns, Cotignac, Carcès, Montfort-sur-Argens, Châteauvert et Barjols ».

    Afin de faciliter la renaturation, le préfet a annoncé, ce mercredi 19 août, étudier un arrêté qui « prévoit d’interdire la chasse dans les secteurs boisés incendiés pour la saison de chasse 2026-2027, qui ouvrira le 13 septembre prochain ». Un pouvoir qui est donné au préfet par le code de l’environnement : « En cas de calamité […] le préfet peut, pour tout ou partie du département, suspendre l’exercice de la chasse soit à tout gibier, soit à certaines espèces de gibier » (extrait de l’article R. 424-3). D’après la préfecture, « l’objectif est de favoriser le repeuplement par le petit gibier des zones incendiées », afin de retrouver un équilibre de l’écosystème.

    Une application limitée

    Dans un premier temps, l’arrêté doit être étudié par les membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage. Un comité d’aide à la décision composée de différents représentants d’acteurs environnementaux et de la chasse. La proposition « est soumise, durant une semaine, à la consultation ». L’objectif est de débattre des modalités d’application et non de savoir si l’arrêté sera promulgué.

    Si toutes les autres espèces chassables sont concernées par l’interdiction, le sanglier, lui, sera exempté « afin de permettre la poursuite de la régulation de la population de sangliers dans le département ». Jugé responsable de nombreux dégâts dans les cultures, il est particulièrement nuisible pour une région viticole entrant dans la période des vendanges.

    Si elle est validée, l’interdiction de la chasse sera valable pour dix jours avant de devoir être renouvelée.

  • Pour les renouvelables, le vert à moitié vide en Région Sud

    Pour les renouvelables, le vert à moitié vide en Région Sud

    Bien loin des ambitions affichées, le déploiement des énergies renouvelables est de plus en plus à la traîne en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Alors que de nouveaux objectifs de production à l’horizon 2035 doivent être transmis au gouvernement avant le 15 septembre prochain dans le cadre de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, le comité régional dédié qui s’est tenu le 17 juin dernier sous l’égide de la préfecture et de la Région Sud s’alarme du retard pris en la matière.

    Le constat est cruel. Le schéma régional d’aménagement, de développement durable, d’aménagement et d’égalité des territoires (Sraddet) voté par la collectivité en 2018 ambitionnait d’atteindre une puissance électrique issue des renouvelables de 13,5 gigawatts en 2024, de quoi plus que tripler la puissance installée en 2012 dans la région. Résultat : en douze ans, à peine 2 GW supplémentaires ont été installés, essentiellement en photovoltaïque, pour atteindre une puissance de seulement 5,6 GW. Quant à la production thermique, si elle a été multipliée par six entre 2012 et 2023 essentiellement grâce au déploiement des pompes à chaleur, seule la moitié de l’objectif est atteinte avec une production régionale de 5,4 TWh. À chaque fois, le retard sur les objectifs programmés se creuse d’année en année.

    Ombre sur le solaire

    Ainsi pour le photovoltaïque, le rythme des installations a ralenti au fil des années et la région est sortie en 2023 du top 3 en termes de puissance raccordée, dépassée par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les perspectives sont loin d’être brillantes : désormais au même rythme d’installations que la région Centre-Val de Loire, la région ne compte qu’une centaine de projets en cours d’instruction au troisième trimestre 2025. Seules la Bretagne, la Normandie et l’Île-de-France, moins réputées pour leur ensoleillement que le Sud, font moins bien.

    « La dynamique pour l’éolien terrestre est presque inexistante dans notre région, sujette à de nombreuses contraintes réglementaires », pointe aussi le comité régional de l’énergie, tandis que le développement de la filière de l’éolien en mer « a été plus lent que prévu ». Quant à la filière hydroélectrique, si elle est « historiquement la plus développée des énergies renouvelables sur le territoire régional », son potentiel est « quasiment exploité en totalité ». Résultat : seul un quart des capacités réservées dans le schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables a été alloué, explique le gestionnaire RTE.

    Alors filière par filière, le comité régional de l’énergie ne peut que constater, comme il le fait pour le photovoltaïque : « L’objectif 2030 n’est pas atteignable de façon réaliste et doit être revu à la baisse ». Le Sraddet visait une puissance électrique installée de 17,3 GW en 2030 pour les renouvelables. Les ambitions sont désormais divisées par deux, avec un objectif de 8,6 GW à la même échéance. La production thermique visée est quant à elle de 13,8 TWh, contre 17,3 TWh planifiés initialement.

    10 incinérateurs d’ici 2035

    Pour l’électricité photovoltaïque, cela signifie ainsi de couvrir 60 000 toitures et 1 800 hectares d’ici 2030, tandis que la montée en puissance de l’éolien en mer doit suivre les appels d’offres lancés. Pour le biogaz, au-delà de la pyrogazéification amenée à se développer, il faudrait installer 30 à 40 méthaniseurs supplémentaires. En matière de géothermique, la production devrait être multipliée par quatre, et par deux pour la thalassothermie, tandis que 800 000 pompes à chaleurs supplémentaires sont attendues. Enfin, les projections visent une dizaine de chaufferies CSR – des incinérateurs de déchets – d’ici 2035. Une gageure au vu des levées de boucliers à Marseille comme à Istres.

    « L’objectif 2030 n’est pas atteignable de façon réaliste. »

  • [Entretien] « On va créer une inégalité hydraulique avec les digues du Coulon »

    [Entretien] « On va créer une inégalité hydraulique avec les digues du Coulon »

    La Marseillaise : Vous organisez samedi en fin de journée une balade/rassemblement à Robion pour mettre en avant 17 km d’îlots de fraîcheur. Dans quel but ?

    Pierre Leclerc : On souhaite fêter un double tour de force d’avoir réussi à déposer en 15 jours deux recours en justice contre deux étapes d’expropriations et d’aménagements des digues du Coulon. C’est aussi une occasion de se rencontrer entre différents acteurs associatifs. Enfin, l’idée est de faire connaître le Coulon bleu, où il y a tout le temps de l’eau l’été. Ceux qui viendront samedi verront qu’il coule à flots, qu’il y a des cascades malgré la sécheresse. C’est un privilège d’avoir 17 kilomètres de rivière, en plus à l’ombre. Et quand on voit que Cavaillon est promise à être une des villes les plus insupportables à vivre face aux températures [selon un classement du Parisien], c’est étonnant qu’on soit amené à raser ces 17 km.

    Vous parlez de recours. Sur quoi portent-ils ?

    P.L. : Il y a un premier concernant des expropriations à Robion porté par trois riverains du Coulon, quartier de la Tengude. L’agglomération Luberon Monts de Vaucluse veut y refaire les digues d’ici à 20 ans. Il y a un deuxième recours, beaucoup plus important, avec 5 associations et 9 riverains, côté Cavaillon, pour s’opposer au commencement des travaux prévus l’année prochaine par le SIRC (syndicat intercommunautaire rivière Calavon-Coulon). On attaque sur tous les aspects écologiques. Les travaux consistent à raser des digues existantes pour les remplacer par des digues inégales. Parfois on peut admettre, comme sur l’île de la Barthelasse, un côté sacrifié car il est 30, 40 ou 50 fois moins peuplé que le côté protégé. Là, on va créer une inégalité hydraulique aux dépens de la population la plus nombreuse, soit environ 900 personnes, pour protéger, avec une digue dite insubmersible les 200 hectares du quartier agricole du Grès qui compte 300 personnes. Au lieu que l’eau aille des deux côtés, elle n’ira plus que d’un côté. Tout ça derrière pour obtenir des terrains constructibles.

    Il y a un an, vous alertiez sur l’absence de plan de prévention des risques inondations (PPRI) du Coulon aval. Le dossier a depuis été relancé…

    P.L. : Oui, alors qu’il date de 2002… Il devrait y avoir une enquête publique à la fin de l’année. On a eu droit à une nouvelle consultation avec trois réunions publiques en juin assez houleuses. Pour nous ce PPRI reste scandaleux. C’est notre motivation principale à l’association depuis 13 ans : il y a des zones inondables totalement cachées, des milliers de gens à L’Isle-sur-la-Sorgue, au Thor, à Châteauneuf-de-Gadagne, à Velleron et jusqu’au centre d’Entraigues qui sont inondables et dont le risque est caché dans le PPRI.

  • Le projet d’hôtel de luxe à Orange sort renforcé de la consultation

    Le projet d’hôtel de luxe à Orange sort renforcé de la consultation

    Généralement, les consultations ou enquêtes publiques ne passionnent guère les foules. Le projet Orange baie des Princes en a été le parfait contre-exemple. Il faut dire que la construction d’un hôtel de luxe sur une ancienne carrière dans la colline Saint-Eutrope coche toutes les cases d’un brûlant sujet. Pour rappel (notre édition du 6 août), le promoteur Immobilis compte, sur cette friche industrielle de 15 ha, bâtir 5 îlots (1,75 ha au total sera artificialisé) et implanter un hôtel de 180 chambres, un hôtel d’entreprises, une résidence seniors et une autre dite « éco-touristique, cyclo-touristique, oeno-touristique » et enfin un spa.

    Un projet dans les cartons depuis 15 ans qui vient de faire l’objet d’une vive consultation du public lors d’un trimestre, achevée le 31 juillet. Contrairement à l’enquête publique où le commissaire enquêteur doit donner un avis qui agit comme sésame à la validation d’un permis de construire, la consultation est une première étape en vue d’un permis d’aménager et d’une autorisation environnementale. Au total, 1 947 contributions ont été apportées. « Cette consultation du public s’est déroulée dans un climat très houleux et il faut bien le dire assez pénible », résume, sur la forme, le commissaire enquêteur Bruno Espieux.

    La mairie ne se positionne pas encore

    Quant au fond, ses conclusions viennent plutôt approuver le dossier. « Ce projet est lourdement attaqué en ce qu’il porterait gravement atteinte à la biodiversité », relève-t-il. Or, « le dossier ne permet absolument pas de conclure que ce projet va se traduire par un saccage de la biodiversité, bien au contraire ». Le commissaire enquêteur se fonde sur une « masse documentaire très volumineuse, qui a fait l’objet d’analyse par les autorités publiques » qui n’ont émis « aucun avis négatif », abonde-t-il. Toutefois, Bruno Espieux estime que « plusieurs questions méritent d’être éclaircies ». Il formule ainsi trois sortes de réserves, pointant « le risque inondation et la question du tunnel de la Mine », le « risque éboulement » avec des études complémentaires souhaitées et, enfin, la question du parking et circulation.

    « Nous retenons de ces conclusions un avis de fond très favorable », se réjouit, auprès de La Provence, Emmanuel Purpan, porteur du projet pour Immobilis, assurant que les trois points soulevés font déjà l’objet « de travaux engagés par nos équipes ». Côté opposants, comme l’Association de défense de l’environnement orangeois (Adeo), son président Thierry Jaumard n’est pas « étonné » de l’avis bien qu’il se satisfasse « de voir aborder la question du tunnel de la Mine qui n’est pas répertorié et entretenu et doit absorber toute l’eau ». Tout le monde attend désormais la position du maire Jean-Dominique Artaud (RN). Il reste toujours sur la réserve quand la précédente majorité Bompard, à laquelle il a longtemps appartenu, soutenait le promoteur.