Category: edito

  • À coups de fusil

    À coups de fusil

    Jean de La Fontaine mettait en scène dans
    « Le loup et l’agneau » le prédateur et sa victime. Le loup faisant porter tous les griefs possibles à l’agneau, sans aucune considération pour ses explications, jusqu’à ce que le carnivore finisse par appliquer « la loi du plus fort »… Durant les deux derniers siècles, cette même loi a été appliquée avec méthode, à coups de fusil, pour éradiquer l’espèce de toute la campagne française où les cultures, l’élevage et l’urbanisation étaient en pleine expansion. Plus un seul représentant de l’espèce dans tout l’Hexagone jusqu’en 1992, jusqu’à « l’observation d’un premier couple de loups dans le parc du Mercantour », resitue l’Office français de la biodiversité, en charge du suivi de l’espèce. Il y aurait, à ce jour, un millier de congénères, principalement dans deux régions, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Paca.

    La sécurité des élevages

    La problématique des attaques de troupeaux n’est pas nouvelle et doit rester une préoccupation majeure des pouvoirs publics. Pour autant, abaisser le niveau de protection de l’espèce est un non-sens, à l’heure où la biodiversité est mise à mal dans notre pays, où la liste des espèces en voie d’extinction s’allonge année après année. Respecter cette biodiversité et le retour du loup dans nos régions, tout en garantissant au mieux la sécurité des élevages exige à la fois du dialogue et des moyens, là encore, à la hauteur de ce double enjeu. Pour les professionnels, les différents services de l’État, des collectivités locales et des structures impliqués dans la préservation de l’espèce et l’élevage. À moins de croire encore et toujours que la « loi du plus fort » est toujours la meilleure… En l’occurrence à coups de fusil en criant « au loup ! »

  • Aucun enfant ne doit être mis au ban de l’école

    Aucun enfant ne doit être mis au ban de l’école

    Le droit à la scolarité et donc de l’accès à l’école de la République est inscrit dans la loi : Le service public « veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction » stipule le Code de l’éducation. Sauf que chaque année, nombre d’enfants en situation de handicap restent sur le bord du chemin, à la porte de l’école. Plus de 48 000 chaque année, en moyenne. La faute à l’absence de moyens humains pour les accueillir et les accompagner. La faute à la précarité d’un métier pourtant essentiel, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Plus de 140 000 travailleurs exercent ce vrai métier sans reconnaissance. D’où la proposition du groupe socialiste au Sénat d’accorder le statut de fonctionnaires à ces accompagnants.

    Un métier payé au rabais

    La mesure permettrait de pérenniser la deuxième profession de l’Éducation nationale, de répondre aux besoins des familles et de sortir de la précarité les accompagnants en augmentant les salaires. La fiche de paie d’un accompagnant plafonne à 850 euros en moyenne. En dessous du seuil de pauvreté.

    C’est une question de choix politique en faveur du développement du service public de l’éducation. Aujourd’hui, quelque 355 000 enfants ont droit à un accompagnant dans leur scolarité. Les avancées médicales ont permis de diagnostiquer de plus en plus de troubles de l’apprentissage et donc ont accru les besoins en accompagnement. C’est un progrès qui doit se traduire dans les faits. L’avenir de dizaines de milliers d’enfants, d’adolescents et jeunes adultes en dépend.

  • Que font-ils de leur serment ?

    Que font-ils de leur serment ?

    La grève des médecins libéraux, corporatiste, est aussi le symptôme de la crise de notre système de santé grignoté par le libéralisme. Le budget 2026 de la Sécurité sociale n’embrasse pas les questions urgentes de l’accès aux soins et des droits de chacun a être soigné où qu’il vive et quels que soient ses revenus. Le plus choquant dans cette fronde des médecins libéraux est qu’elle se tient alors que 13,5 millions de Français vivent dans des déserts médicaux et que 6,7 millions de personnes n’ont pas de médecin traitant.

    Un Français sur quatre renonce à des soins

    Ce qui est choquant c’est qu’une personne sur 4 en France renonce à des soins pour des raisons financières et que 68% des Français ont renoncé à des soins en raison du temps d’attente au cours des cinq dernières années.

    La santé et l’accès aux soins sont donc une priorité majeure pour nombre de nos concitoyens et, à moins de trois mois des municipales, le sujet irrigue les programmes dans de très nombreuses communes.

    L’ordre des médecins avance des propositions et promet un livre blanc pour 2027. Mais où sont les collectifs de citoyens, les élus locaux et les collectivités locales dans cette réflexion ? Pour l’heure, il n’y en a pas trace. Or, ce n’est qu’en imaginant un système de soins associant toutes les composantes de la société que l’on renouvellera la promesse de la Sécurité sociale. Les centres de santé sont une piste à développer dans les territoires. Une solution qui permettrait aux médecins libéraux d’accomplir leur serment de soigner de façon inconditionnelle, sans dépassement d’honoraires et dessous de table pour certains.

  • Résister à l’hiver trumpiste

    Résister à l’hiver trumpiste

    « L’hiver vient » (« winter is coming »). La grande fiction a la capacité de parler de l’histoire, y compris la plus immédiate comme celle que nous vivons au lendemain de l’enlèvement à coups de canon du président du Venezuela par les États-Unis. « L’hiver vient », phrase clé de la saga Game of Thrones (Le trône de fer) de l’auteur américain George R. R. Martin, est l’expression d’une menace prédatrice, l’annonce d’une guerre impériale pour soumettre, détruire, avilir et piller. Au-delà de Maduro, les pays du continent américain sont visés et, « du Groenland à la terre de feu », Trump veut écraser à son profit et celui de sa classe. Au fil des heures, l’hiver ne vient pas, il est là, personnifié par le milliardaire-président et son entourage d’ultra-droite et post-fasciste.

    Calcul égoïste

    Les eaux glaciales du calcul égoïste des dirigeants de la Maison Blanche avalent la souveraineté et la dignité des peuples. Le monde des affaires applaudit : lundi, Les grandes compagnies pétrolières américaines ont ouvert en hausse à la Bourse de New York. Donald Trump manie la peur. Mais l’agent orange de Washington se heurte à la résistance. La présidente du Mexique Claudia Sheinbaum rappelle que « le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le forment ». Le dirigeant de gauche de la Colombie, Gustavo Petro, se dit prêt à reprendre « les armes pour la patrie ». L’ONU condamne cette atteinte hors du commun au droit international. En France, le PCF exige un débat à l’Assemblée sur la position de la France et son rôle à tenir dans cette crise internationale provoquée par les États-Unis. Résister à l’hiver trumpiste est un impératif moral et humaniste.

  • Un monde en miettes

    Un monde en miettes

    On ne mesure pas encore toutes les implications de l’agression du Venezuela décidée par Donald Trump. Elle nous fait entrer dans un monde où les principes des relations internationales hérités de la Seconde Guerre mondiale ont volé en éclats. Bien sûr, l’impérialisme états-unien ne date pas de l’hôte actuel de la Maison Blanche. Mais il prend désormais la forme d’une brutalité assumée.

    Finis les coups d’État fomentés par la CIA pour mettre en place des dictateurs fascistes comme au Chili ou les allégations mensongères justifiant des interventions contre un État prétendument doté d’armes de destruction massive comme en Irak. Cette fois, au-delà des accusations grotesques qualifiant Nicolás Maduro de chef d’un cartel de narcotrafiquants auxquelles mêmes les services américains ne croient pas, les mots sont dits avec clarté : les États-Unis ont décidé de prendre le contrôle des plus importantes réserves de pétrole au monde et d’imposer au Venezuela une forme de protectorat.

    Peuples en mouvement

    Face à cette violation inadmissible du droit international, la France d’Emmanuel Macron ne trouve rien à redire.

    Comment, désormais, continuer à considérer que l’agression de l’Ukraine est inacceptable ? Comment plaider pour une solution politique au Proche-Orient respectant le droit international ?

    Si la loi du plus fort s’impose sans rencontrer la moindre résistance d’États qui se prévalent des principes démocratiques comme le nôtre, c’est le début d’une nouvelle ère des empires qui s’ouvre.

    Seuls les peuples en mouvement pourront mettre un coup d’arrêt à ce monde en miettes.

  • La vérité sur la grotte Cosquer

    La vérité sur la grotte Cosquer

    L’histoire de la découverte de la Grotte Cosquer à Marseille est désormais complète et fait avancer nos connaissances. La révélation publique de l’existence d’une deuxième entrée par le haut du site abritant des peintures rupestres remarquables parachève un récit d’une des plus belles aventures humaines de ces trente dernières années. C’est Thierry Betton qui a l’intuition de ce second accès qu’il découvre en mars 1992. Il ne s’agit pas ici de polémiquer et de mettre en concurrence cette trouvaille avec le périple incroyable du premier découvreur de la grotte, Henri Cosquer, qui donnera son nom à l’ensemble. Simplement, l’existence de cette autre entrée, par le haut, va être décisive pour étudier et dater les fabuleux dessins et gravures vieux de 33 000 à 19 000 avant notre époque !

    Mettre à jour le récit

    Car l’accès au site par le « chemin » du bas est plus que difficile pour qui ne maîtrise pas à la perfection la spéléologie sous-marine. Or, les paléontologues ont pu accéder à la grotte grâce à cette entrée par le haut, aménagée par Thierry Betton et ses équipiers. Les scientifiques ont travaillé in situ et daté précisément l’origine des dessins et les périodes d’occupation du site par nos ancêtres. Les préhistoriens Jean Courtin et Jean Clottes, qui ont mené ce long et précieux travail, ont relaté dans des ouvrages, d’une clarté totale, les secrets de la Grotte Cosquer. Sa réplique parfaite à Marseille offre au public un voyage sensible dans le temps et dans les entrailles de la Grotte. Il est plus que souhaitable de mettre à jour le récit officiel en l’enrichissant de l’histoire de la seconde entrée.

  • L’esprit de 36

    L’esprit de 36

    90 ans après, le Front populaire reste un moment singulier de notre histoire, à la confluence d’une victoire électorale des forces de progrès et d’un mouvement social d’une ampleur sans précédent.

    À la source du Front populaire, rappelons-le, il y a un sursaut démocratique et antifasciste. Deux ans plus tôt, le 6 février 1934, un coup de force fasciste visant l’Assemblée nationale, orchestré par des ligues d’extrême droite, a fait vaciller la République tandis qu’en Allemagne, Hitler a pris le pouvoir l’année précédente, 10 ans après Mussolini en Italie.

    L’événement fait l’effet d’une déflagration chez les démocrates, les républicains et dans le mouvement ouvrier. C’est la base qui pousse à la réunification de la CGT et à l’union du PCF, de la SFIO et des radicaux. Bien au-delà, le Front populaire fut aussi un grand moment d’engagement des forces associatives, culturelles, citoyennes…

    En actes

    Ce sont les grandes grèves, les occupations d’usine qui ont permis d’arracher au patronat, en plus des augmentations de salaires, des conquêtes sociales inimaginables avant cela : les congés payés, la semaine de 40h, les libertés syndicales…

    Si l’on n’oublie pas le refus des socialistes et radicaux de porter secours à la République espagnole, l’expérience historique du Front populaire demeure une source d’inspiration à gauche. Ainsi, après la dissolution, lorsque le risque de voir le RN entrer à Matignon était maximal, les gauches se sont entendues dans un Nouveau front populaire. Barrant la route à l’extrême droite, il n’aurait pas tenu longtemps face aux ambitions présidentielles qui empoisonnent la Ve République.

    Il y a besoin, dans la France d’aujourd’hui, non pas d’une référence verbale, mais d’un Front populaire en actes, poussé par un monde du travail conscient de ses intérêts. C’est le meilleur remède
    à l’extrême droite.

    Puisse l’esprit de 1936 souffler sur l’année 2026.

  • Rideau !

    Rideau !

    Sous le signe de l’instabilité. L’année 2025 n’aura pas permis
    de solder les effets
    de la dissolution décidée
    par le président de la République à la demande de l’extrême droite l’année précédente. Bien au contraire, le pays s’est enfoncé dans la crise politique et dit au revoir
    à 2025 sans avoir pu être doté d’un budget. Sans légitimité ni majorité, Sébastien Lecornu est pourtant toujours Premier ministre. La condamnation de Marine Le Pen ne semble pas briser la montée de l’extrême droite dans les sondages. Et si les forces de gauche se regroupent en vue des municipales, c’est sans LFI qui préfère regarder vers 2027 que vers 2026.

    Au plan international, l’instabilité aussi est de mise. Le cessez-le-feu à Gaza, décrété depuis le 10 octobre, n’a pas donné l’occasion à la population civile de sortir de sa détresse absolue. Pire, 400 Palestiniens ont été tués depuis son instauration. La reconnaissance de la Palestine par la France n’aura pas stoppé les velléités de colonisation de la Cisjordanie par les extrémistes israéliens.

    Nouvelle dimension

    En Ukraine, les négociations initiées par les États-Unis de Trump ont marginalisé les Européens sans aboutir pour l’instant à une interruption du conflit.

    En Turquie, l’appel à la paix du leader kurde Abdullah Öcalan n’a pour l’instant pas trouvé l’écho historique qu’il mérite.

    Au niveau local, le narcotrafic, qui n’avait plus à prouver sa nocivité pour notre territoire, a fait basculer Marseille dans une nouvelle dimension
    avec l’assassinat
    de Mehdi Kessaci.

    Bref, difficile de regretter 2025. Rideau !

  • Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

    Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

    Ils détonnent dans une société dominée par l’individualisme, le narcissisme et le chacun pour soi. Ils ne sont pas des self made men fabriqués pour nous vendre le mirage de réussites à l’américaine. Ils ne sont pas des influenceurs décérébrés, prêts à tuer père et mère pour faire du clic. Pas plus que des vedettes de téléréalité qui étalent leur vacuité à longueur d’antenne.

    Ce sont des femmes et des hommes, des travailleuses et des travailleurs ordinaires. Ils pourraient être votre voisin, votre collègue, votre cousine. Mais ce qu’ils ont accompli en 2025 est extraordinaire. Qu’ils se soient battus pour leurs emplois, leurs salaires, leurs pensions, l’intérêt des usagers, la paix, la culture émancipatrice… Ils ont marqué l’actualité de notre région par leur détermination, leur sincérité, leur combativité, leur humanité. Et surtout leur goût de l’action collective.

    Force collective

    Car si La Marseillaise choisit de mettre en lumière celles et ceux qui ont incarné les combats du monde du travail dans l’année qui vient de s’écouler, rien n’aurait été possible sans le collectif qui les a entourés.

    À leur échelle, ces working class heroes de notre temps ont mis le renoncement en déroute et ouvert des brèches dans la chape du fatalisme qui pèse lourdement sur le monde du travail. Ils ont rappelé que la richesse ne provient que du travail et qu’à ce titre, les producteurs disposent d’une force incommensurable.

    Ils ont démontré qu’ils sont vivants, pleinement vivants.

    Comme l’écrivait si bien Victor Hugo, « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ».

  • Du cœur à l’ouvrage

    Du cœur à l’ouvrage

    Un jeune homme de 35 ans est mort de froid, à Reims, la nuit de Noël, « dans son coin où il avait l’habitude d’aller », précise l’équipe de maraude qui le connaissait bien à notre confrère de l’Union. Il s’appelait Morgan. Deux autres sans-abri sont morts en l’espace de quelques jours à Nantes, durant les fêtes, un autre encore a trouvé la mort dans l’incendie d’un box de parking ce samedi à Paris… L’an passé, plus de 900 sans domicile fixe sont décédés en 2024, selon le collectif Les morts de la rue. La mort rôde, la nuit, le jour dans les rues de nos villes, avec pour alliés le froid, la malnutrition, les pathologies diverses et variées dont souffrent les SDF, les addictions « pour tenir le coup », et cette indifférence quotidienne aussi.

    Bienveillance anonyme

    Pourtant, de petites mains, par centaines, par milliers, ont décidé de se regrouper et de se battre, pour redonner courage, offrir des repas, des couvertures, de la chaleur humaine, une oreille attentionnée, dépourvue de jugement. Pour considérer l’autre pour ce qu’il est, un être humain en difficulté. Cette grande bienveillance, discrète, anonyme, sans couronne de lauriers, mérite tout notre respect. Et un soutien inconditionnel. Mais la volonté ne peut pas tout. Les coupes budgétaires qui se succèdent et encore annoncées pour l’année à venir toucheront immanquablement les services de l’État dédiés les collectivités et l’ensemble des trop frêles dispositifs d’aide mis en place par ou avec les associations et les bénévoles œuvrant chaque jour sur le terrain. Dire « stop » à ce macabre décompte est aussi un choix politique à l’échelle nationale.