Category: edito

  • « Tous ensemble ! »

    « Tous ensemble ! »

    1995 reste gravé dans les mémoires des militants qui ont connu cette bataille. Pour la victoire des forces syndicales. Pour le camouflet infligé à des dirigeants suintant le mépris de classes. Pour les souvenirs d’ambiance incroyable dans les cortèges. Un épisode riche en enseignements, tant sur l’importance de l’unité syndicale que sur l’action interprofessionnelle ou encore le lien avec la société et le soutien de l’opinion publique, sans oublier le relais politique. Si victoire il y a eu avec le beau slogan « Tous ensemble ! », c’est un ouvrage constamment remis sur le métier. Juppé s’attaquait alors aux retraites mais aussi à la sécu, à la casse des grandes entreprises publiques… Il marquait la volonté affichée de rompre avec une société héritée du Conseil national de la résistance et de se tourner résolument vers une politique libérale. Bien d’autres après lui ont continué à creuser le sillon de cette pensée réactionnaire.

    Gangrène libérale

    Bien sûr, la situation a changé et pas en faveur des travailleurs. Les grands services publics ont été explosés, la sous-traitance et la mondialisation ont fracturé le monde du travail, le libéralisme a gangrené les esprits… Mais nulle nostalgie dans cette commémoration. À bien des égards, les grands mouvements contre la dernière réforme des retraites et les actions contre l’austérité budgétaire de la rentrée attestent que l’heure n’est pas à la résignation. Certes, les victoires ne sont pas toujours au rendez-vous. Mais comme notre une le rappelle quotidiennement avec la citation de Bertold Brecht : « Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu ».

  • Le foot ne doit pas perdre son âme

    Le foot ne doit pas perdre son âme

    Le football est sans conteste la discipline sportive la plus populaire, en France comme dans le monde. Une passion qui touche toutes les populations. Cet universalisme, qui rompt les distinctions, fait la singularité du foot. Mais si ce sport rassemble, il est trop souvent source de divisions et affrontements.

    Ce phénomène délétère ne se cantonne plus aux grands stades, avec le hooliganisme dénoncé depuis des années.

    Chaque week-end, sur les terrains amateurs, un spectacle affligeant se répète : insultes, menaces, parfois coups. Ce fléau gangrène depuis plusieurs années les matches de jeunes, là où devraient régner l’apprentissage et le respect.

    Les racines du mal sont multiples. Trop souvent, des parents s’improvisent entraîneurs ou arbitres, oubliant que leur rôle est d’encourager. Certains sont dans l’invective. D’autres dépassent leur rôle, persuadés que leur enfant sera Ballon d’or.

    éducation

    Des jeunes, influencés, reproduisent la violence verbale et physique. L’arbitre, pilier du jeu, est la cible des frustrations. Ces dérives ne sont plus des actes isolés et traduisent une culture de la victoire à tout prix. L’éducation s’efface.

    Les conséquences sont désastreuses : joueurs découragés, bénévoles épuisés, clubs affaiblis.
    Le football, vecteur de solidarité et de fair-play, se voit trahi par certains qui devraient l’incarner.

    Il est temps d’agir. Les clubs doivent renforcer la formation à la citoyenneté sportive, les attitudes violentes fermement sanctionnés et les attitudes exemplaires valorisées. La Ligue Méditerranée promet des mesures fortes. Il est impératif de protéger les acteurs, restaurer le respect et préserver la passion. Sinon, le ballon rond perdra son âme.

  • Devoir de protection

    Devoir de protection

    Des enfants qui seraient maltraités, ou subiraient des violences, dans un cadre qui, théoriquement, a pour but de les « protéger », c’est-à-dire de leur éviter tout risque potentiel ou immédiat. Tous les minots qui sont sous la responsabilité d’une structure d’aide sociale à l’enfance (ASE) et dans une maison d’enfance à caractère social (Mecs) ont vocation à connaître une autre vie que celle à laquelle ils ont été soustraits sur décision de justice. Un placement est en soi un traumatisme, une rupture, brutale, même si les conditions de vie étaient devenues intenables. Prendre en charge ces enfants est une affaire d’adultes, de personnes en capacité de prendre ses responsabilités. Las, c’est à une véritable fuite en avant à laquelle on assiste. La « gestion » de ce secteur par la collectivité en charge, le Département, pose évidemment question.

    Un constat implacable

    à commencer par l’absence de « dialogue », comme le dénonçaient encore, le mois dernier, les professionnels du collectif Alerte 13,
    constitué par une quinzaine d’associations représentant 80% de la prise en charge d’enfants sur le territoire.

    Ensuite, par le constat. Froid et implacable d’un désordre prompt à renvoyer ses enfants dans le chaos. Alors effectivement, les politiques d’austérité successives, les baisses de budget à répétition, d’aides et de subventions à tous les étages, rendent la tâche difficile, puis impossible et en définitif illusoire. Jusqu’à ce que des pans entiers de l’aide sociale soient pris en charge par des organismes privés à but lucratif. Une menace directe, voire une intention avérée.

  • Hisser haut l’emploi portuaire !

    Hisser haut l’emploi portuaire !

    Si Paris valait bien une messe pour le futur Henri IV, la compétitivité des ports du sud de la France ne vaut certainement pas de passer par-dessus bord les droits des travailleurs, de niveler par le bas leurs salaires et de déséquilibrer l’économie des territoires.

    Ces sites stratégiques, au cœur des échanges mondiaux et moteur du développement de la façade méditerranéenne, sont en plein essor, mais une logique suicidaire de mise en compétition pourrait enrayer cette belle dynamique. C’est pour protester contre ce danger que de nombreux ouvriers dockers et travailleurs portuaires se rassemblent, ce jeudi 11 décembre, sur le port de Port-la-Nouvelle (Aude), un des plus importants d’Occitanie et de Méditerranée, à l’appel de la Fédération nationale des ports et docks CGT.

    Intérêt général

    Car le développement des activités portuaires ne peut se réaliser en jouant la concurrence entre les ports français. Or, certains opérateurs jouent sans vergogne cette carte pour attirer des clients au détriment des autres places portuaires. Mettre en concurrence Marseille, Sète et Port-la-Nouvelle relève d’un calcul à très court terme, où seul l’accumulation de l’argent domine au détriment de l’équilibre économique de toute la façade méditerranéenne. Or, pour tirer les coûts vers le bas, le moyen le plus simpliste est de dévaloriser les métiers portuaires en embauchant une main-d’œuvre mal payée. C’est aussi accepter l’inacceptable : le non-respect du pavillon français. Bref, la mobilisation des travailleurs portuaires est d’intérêt général. Ils attendent aussi de l’État et des collectivités des engagements forts au service des ports.

  • Ça passe mais il y a de la casse

    Ça passe mais il y a de la casse

    Le budget de la Sécurité sociale a été adopté lors d’un vote serré des députés malgré la crise politique induite par la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron.

    La mise en œuvre de la réforme des retraites à 64 ans est stoppée et on estime à 650 000 le nombre de personnes qui pourront partir plus tôt dès 2026. C’est une bonne nouvelle et la confirmation que les Français comme leurs représentants n’ont jamais digéré ce recul social imposé par la méthode antidémocratique du 49.3. Ce texte reste à abroger définitivement.

    Contrairement au budget de l’État d’autres inflexions positives ont été obtenues, justifiant un vote pour des socialistes et une abstention des écologistes. Il s’agit notamment de l’abandon du doublement des franchises médicales, du renoncement à geler les pensions et les minima sociaux ou encore d’augmenter les cotisations des apprentis.

    Une grande Sécu

    Mais le « musée des horreurs » dénoncé par les syndicats lors de la présentation par le gouvernement de son projet initial n’a pas été vidé de ses mesures répulsives.

    Le budget des hôpitaux et des Ehpad reste très en dessous des besoins réels et pourrait aboutir à de nouvelles fermetures de lits. Les mutuelles et donc leurs adhérents seront taxés à hauteur d’un milliard d’euros. Une mesure particulièrement injuste, en décalage avec l’aspiration à la justice sociale et fiscale qui s’exprime partout dans le pays.

    Le budget passe mais la casse de la Sécurité sociale se poursuit. Elle est une conquête fondamentale, un bien commun précieux. Il est possible de faire autrement. Pour une grande Sécurité sociale, à la hauteur de besoins de notre temps, le dogme des exonérations de cotisations patronales doit être abandonné et toutes les richesses doivent être mises à contribution.

  • République laïque

    République laïque

    Pas d’adjectif. Pas de qualificatif. Pas de restriction. La célébration des 120 ans de cette loi si particulière à la France de séparation entre les Églises et l’État est l’occasion de rappeler son importance et sa force, telle quelle. De répéter que depuis 1905, en France, l’État n’a plus de religion, que la France, est une « République laïque ». Ces rappels sont d’autant plus importants que les tentations sont grandes de vouloir la « préciser », la réécrire. Mais derrière le prétexte de la mettre « au goût du jour », c’est de manipulation dont il s’agit, d’amalgame avec les menaces de l’islamisme instrumentalisées par des forces politiques qui parfois n’ont rien à envier en matière de radicalité religieuse. Le tout prétendument justifié par un retour du religieux dans nos sociétés, qui s’appuierait sur l’explosion d’interventions sur les réseaux sociaux et d’une augmentation du nombre de baptêmes. Alors même que la majorité des Français se dit sans religion et que le nombre d’athées dans l’hexagone n’a cessé d’augmenter pour passer le cap symbolique des 50% ces dernières années.

    Garantie pour tous les citoyens

    Pour cet anniversaire, martelons donc que la neutralité de l’État est une garantie d’égalité pour tous les citoyens, quels que soient leurs origines, leurs genres, leurs orientations sexuelles, leurs croyances et convictions intimes. Que cela garantit que la religion n’impose rien dans nos vies, n’ait pas son mot à dire sur qui peut se marier avec qui, sur l’IVG, sur le mariage entre homosexuels, sur la place des femmes dans la société… Que cela protège la liberté de conscience et d’expression. Et qu’à l’heure de la poussée de l’extrême droite et de l’autoritarisme, cette loi reste la meilleure des protections.

  • Jouer en attaque ou en défense

    Jouer en attaque ou en défense

    L’armée pensait en avoir enfin fini avec la bleusaille en 1997, lors de la suspension du service national obligatoire, et voilà qu’elle reviendrait par la petite porte.
    Mais attention, avec uniquement des jeunes gens éclairés et motivés, des « volontaires ».
    Là où, avec tous les reproches qu’on pouvait lui faire, le service militaire « à l’ancienne », tenait d’un grand melting-pot de la jeunesse de notre pays, celui promis par le président de la République va renforcer une fracture au sein de notre société. Les jeunes les plus éloignés de l’idée de nation, d’État et d’armée républicaine le resteront. Et quel rôle auront ces volontaires ? Garder des bases et des sites stratégiques pendant que les unités professionnelles seront sur le terrain ? C’est court.

    Rattraper son retard

    Cela témoigne d’une doctrine militaire non pas en réflexion et évolutive mais réactive et court-termiste. Avec pour scénario principal -voire unique- une agression de la Russie envers un des pays européens à sa frontière. Une « urgence » à entendre les bellicistes européens à laquelle il faudrait se préparer immédiatement… Le risque ne date pas d’hier, comme en témoigne l’annexion de la Crimée en 2014 dans un silence assourdissant des pays européens. Sauf que depuis lesdits pays ne peuvent plus se reposer sur la puissance militaire des USA et de l’Otan
    au regard de l’ambivalence de la politique étrangère de Trump. Emmanuel Macron n’explique pas s’il entend faire jouer la France en défense ou en attaque. Une ambiguïté inquiétante car la guerre n’est pas un jeu et les jeunes de France ne sont pas des petits soldats
    de plomb.

  • La Bonne Mère de tous

    La Bonne Mère de tous

    Son pitchoun dans les bras, le regard tourné vers la Méditerranée et Marseille, ville monde, notre Bonne Mère brille de nouveau comme jamais. Mais ses dorures qui aiment tant tutoyer le soleil et se jouer des nuages ne sont pas signes de vanité. Son regard n’est jamais inquisiteur. Sa hauteur n’est en rien domination. Notre Bonne Mère rime avec bienveillance.

    Comme un phare, sa vision signe la personnalité d’une cité et un creuset culturel deux fois millénaire. Née dans un XIXe siècle finissant, la Bonne Mère est, depuis, devenue le symbole de Marseille.

    Historique

    Célébrer en sons et lumières sa restauration d’une qualité exceptionnelle, c’est partager, ensemble, un moment historique. Un moment de joie aussi et de partage dans un monde où les passions tristes, l’égoïsme, la prédation et l’avidité s’attaquent chaque jour à l’humanité.

    La Bonne Mère est aimée des Marseillais et au-delà car elle sait, par sa beauté et sa majesté, mettre du baume au cœur et réussir le tour de force de rester modeste du haut de sa colline.

    À ce titre, elle n’est pas la propriété d’une religion que les courants réactionnaires et l’extrême droite instrumentalisent pour exclure l’autre, l’étranger.

    Au contraire, les bras tendus de l’enfant qu’elle porte sont une invitation à l’accueil, à la fraternité. Ces valeurs, malheureusement piétinées par les dominants de tous poils, devraient être communes à ceux qui croient au ciel et à ceux qui n’y croient pas.

    C’est pourquoi applaudir la remise en lumière de notre Bonne Mère à tous est un acte digne d’une ville qui doit être fraternelle.

  • Feu vert et panneau stop

    Feu vert et panneau stop

    Le ciel est-il à nouveau en train de s’obscurcir au-dessus de la centrale de Gardanne ? Après 7 ans d’une mobilisation ouvrière constante, l’éclaircie semblait pourtant de mise avec le passage à la biomasse et même l’annonce de la mise en œuvre prochaine du projet de biogaz porté par les salariés eux-mêmes à travers leur association et avec le soutien de leur syndicat CGT.

    La publication de l’arrêté préfectoral qui encadre l’activité a fait l’effet d’une douche froide. Les restrictions qui s’allongent sur 80 pages semblent en effet destinées à empêcher la viabilité du site.

    Troublant après une enquête publique qui avait permis un débat démocratique de qualité en croisant les points de vue des riverains, des associations de protection de l’environnement, des salariés, de l’industriel, des experts… sur un projet redimensionné pour répondre aux exigences parfois contradictoires qui s’exprimaient.

    Situation troublante

    Le trouble est encore plus grand lorsque l’on découvre que le rédacteur de l’arrêté est membre d’un collectif très critique à l’égard de l’utilisation de la biomasse.

    Le dossier de la centrale de Gardanne n’est pas anecdotique. Il ne peut souffrir aucun soupçon de partialité. Son importance pour l’emploi, pour l’autonomie énergétique, pour la décarbonation de la production d’électricité, pour l’avenir industriel de l’ex-bassin minier mérite mieux.

    L’État, garant de l’intérêt général, doit clarifier sa position. Un feu vert ne peut être assorti d’un panneau stop.

  • D’abord une question de budget

    D’abord une question de budget

    La lutte contre le narcotrafic sera l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale dans 10 jours, Sébastien Lecornu ayant accédé à la demande du groupe socialiste. Tant mieux, l’ampleur du problème mérite que la représentation nationale en prenne la pleine mesure. Mais pour toutes celles et ceux qui en subissent les conséquences partout en France et singulièrement à Marseille, l’heure n’est plus au débat. Elle est à l’action.

    C’est une des questions prioritaires qui devraient structurer la discussion sur le budget de l’État pour lui permettre de faire face à cette lame de fond.

    Les habitants des quartiers que le narcotrafic a rendu invivables et à qui il a pris des enfants, n’ont pas besoin de déclarations, ils veulent des résultats. Pour en obtenir, il faut un État fort de ses services publics : plus de policiers, mieux formés, plus de douaniers, plus de magistrats, plus de présence humaine, plus de prévention, plus d’accompagnement à la sortie des addictions…

    Répondre aux besoins

    Cela suppose de tourner le dos au dogme de l’austérité qui depuis trop d’années a affaibli l’État en le privant de ses moyens d’actions. C’est à une logique de réponse aux besoins qu’il faut passer. Beaucoup d’argent existe dans notre pays, il doit être mis à contribution pour servir l’intérêt général en reprenant le dessus sur la pègre.

    Oui, le nouveau préfet de région a raison, il faut une « férocité républicaine » face aux criminels assoiffés d’argent pour qui la vie humaine n’a aucune valeur. Cette ambition exige des moyens à la hauteur du défi. Les parlementaires qui se prétendent du camp de l’autorité devraient y songer avec sérieux en remisant leurs obsessions libérales.