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  • Toulon : la télémédecine se déploie dans les quartiers populaires

    Toulon : la télémédecine se déploie dans les quartiers populaires

    Dans les quartiers populaires, l’accès aux soins constitue un enjeu à la fois social et sanitaire. Face à la pénurie de médecins généralistes et spécialistes, la télémédecine apparaît comme une réponse accessible.

    « La Ville de Toulon accompagne et initie des projets permettant d’améliorer la présence médicale. Elle a d’ailleurs mis à disposition un local de l’ex-mairie annexe, dans le quartier de la Serinette, pour permettre à SOS Médecins de s’installer sur notre territoire proche du centre-ville », explique la deuxième adjointe, Geneviève Lévy.

    Pour répondre à l’urgence, la collectivité mise également sur le développement de la télémédecine de proximité. Ce dispositif permet de consulter un médecin à distance tout en bénéficiant d’un matériel de diagnostic adapté : tensiomètre, thermomètre, otoscope, stéthoscope électronique… Un infirmier accompagne les patients afin de garantir un suivi de qualité et une présence physique indispensable. « Nos échanges avec la Communauté professionnelle territoriale de santé de Toulon ont permis de mettre en avant cette possibilité de télémédecine, à la fois à l’est et à l’ouest de la ville », poursuit l’élue.

    Maison des services publics et Espace Beaucaire

    C’est dans cette optique que le conseil municipal du vendredi 24 octobre a approuvé la signature d’une convention de partenariat avec ce groupement de professionnels, dont l’objectif est d’améliorer l’organisation des prises en charge et l’accès aux soins pour l’ensemble de la population. En particulier les habitants de deux Quartiers prioritaires de la ville (QPV), situés à l’est et à l’ouest du Port du Levant.

    Des matinées de soins non programmés seront organisées sur ces deux sites. « Elles ont pour but de faciliter un accès rapide à un professionnel de santé via la téléconsultation, favoriser une prise en charge précoce. Mais aussi réduire les passages inappropriés aux urgences », détaille la municipalité.

    Pour soutenir cette initiative, la Ville met gracieusement à disposition des locaux à la Maison des Services Publics, à Sainte-Musse, et à l’Espace Beaucaire. Elle s’engage à promouvoir activement ce dispositif.

    La convention signée couvre une période d’un an, avec possibilité de renouvellement par tacite reconduction en fonction des résultats obtenus.

    Si l’on se fie aux expériences menées dans d’autres villes, comme Marseille, le dispositif devrait rapidement porter ses fruits. Et même si l’on est encore loin d’un véritable centre de santé tel que promu par la gauche pour lutter contre le renoncement aux soins, cette initiative constitue un levier d’équité pour réduire les inégalités en matière de santé.

  • Au Colibri, à Gardanne, des produits de qualité pour tous les budgets

    Au Colibri, à Gardanne, des produits de qualité pour tous les budgets

    Au centre de l’épicerie, des cagettes de fruits et légumes frais – carottes, haricots, pommes – attirent le regard. Sur les étagères en bois, des produits étiquetés « bio » complètent l’offre proposée par Le Colibri, une épicerie solidaire ouverte en novembre 2023 sous l’égide de l’antenne locale du Secours catholique.

    Sous les bocaux et les sachets de vrac, deux prix sont affichés sur les étiquettes : l’un standard, destiné aux « solidaires », l’autre, réduit, dédié aux personnes en situation de précarité, les « bénéficiaires » inscrits auprès de l’association. « Dans l’épicerie, se côtoient des personnes tout à fait ordinaires et d’autres, extraordinaires en grande difficulté. On voulait un endroit où ces différences s’effacent », explique Murielle Akerkdou, l’une des vingt bénévoles de l’épicerie, derrière son guichet.

    Seule la caissière connaît la situation des clients, les noms étant consignés dans les registres de l’épicerie. « On a un slogan sur l’épicerie et au Secours : un accès digne à une alimentation de qualité, durable et locale », poursuit Gérard Saint-Martin, référent du Secours Catholique local.

    Parmi les clients qui poussent la porte, en cette matinée de Toussaint, des familles, des grands-parents, une habituée qui demande conseil et échange sur quelques banalités. « Gardanne n’est pas la commune la plus riche du département, poursuit Gérard Saint-Martin. Il y a une population ouvrière importante et une population précaire, avec des dettes importantes. Sur quatre personnes, au moins deux sont en ruptures de droits ».

    Ne plus « stigmatiser »

    Le projet s’inscrit dans le cadre du programme national « Bien vivre, bien manger » du Secours catholique. « Les gens sont partis du postulat qu’il fallait changer le regard sur cette population en difficulté, ne pas les stigmatiser. On trouvait que les colis, les ramasses, n’étaient pas toujours les solutions les plus dignes », indique Murielle Akerkdou. L’épicerie s’éloigne donc volontairement des modèles de distributions alimentaires et ne déroge pas au principe d’alimentation de « qualité ».

    « Les produits de la Banque alimentaire sont souvent d’origine inconnue et lors de collectes, les gens donnent des pâtes, du riz. Ce n’est pas forcément ce que l’on cherche non plus, on veut proposer du haut de gamme pour tous, explique Pascale Michel, une autre bénévole. Une certaine solidarité s’est aussi installée avec les producteurs de fruits et légumes du coin, puisque nous achetons leurs produits ».

    Les deux principaux fournisseurs du Colibri sont d’ailleurs Les Jardins de Gaïa (Gardanne) et Graines de Soleil (Châteauneuf), deux structures d’insertion. Tous les produits sont achetés par Le Colibri, qui vit surtout de ses marges. « Les publics en précarité, sous contrat, paient 30%, nous avons 70% de pertes », ajoute Gérard Saint-Martin. Le Colibri lance d’ailleurs un appel à bénévoles afin d’élargir ses créneaux d’ouvertures, actuellement fixés aux mardis et vendredis.

  • Les foyers seniors partagent la recette contre l’isolement

    Les foyers seniors partagent la recette contre l’isolement

    Attablées autour d’un cassoulet, Graziella, Micheline, Marylou, Odile et Maïté papotent. « On dit du mal de nos enfants, on critique le gouvernement… On se confie les unes aux autres et on ventile quoi ! », glisse la cadette de 70 ans entre deux bouchées, un air espiègle accroché au visage.

    Le petit groupe d’amies s’assoit toujours à la même table. Celle au fond à droite de la grande salle du foyer Maurin. « On a toutes notre chaise attitrée », affirme Micheline. Les habitudes ont la peau dure. Il faut dire que certaines viennent depuis des dizaines d’années, comme Graziella. « J’ai commencé à venir avant mes 70 ans, j’en ai 95 ! », lâche-t-elle. Ce rendez-vous quotidien, à l’heure du déjeuner, leur permet de sortir de l’isolement. « Maintenant qu’on est seules, ça fait du bien de se retrouver », confie Maïté. Chaque jour de la semaine, environ 180 seniors prennent leur repas dans les trois foyers de la ville. Quelque 160 autres bénéficient du portage.

    Une régie municipale

    Le responsable du service seniors de la Ville, Gabriel Perez, explique : « On pratique des tarifs très accessibles pour permettre à nos retraités inscrits au Centre communal d’action sociale d’accéder à des denrées locales de qualité et à des repas équilibrés. » Car, si le prix réel de ces portions se situe entre 11 et 15 euros, ils ne reviennent qu’à 1,20 euro (en foyer) ou 1,50 euro (à domicile) aux bénéficiaires.

    Derrière, c’est la cuisine centrale qui assure la production. La régie, en gestion directe depuis la rentrée dernière, travaille avec une quinzaine de producteurs berrois pour sortir 1 800 repas par jour, destinés aux séniors, mais aussi aux enfants des maternelles et écoles primaires de la commune. « On pratique la politique de la terre à l’assiette », se satisfait le directeur du pôle de restauration, Franck Vivet.

    Habituellement, les employés de la régie préparent les recettes dans leurs locaux. Mais, depuis début octobre, la Ville fait dans l’expérimentation avec des animations type « cuisine spectacle », schématise Franck Vivet : les cuisiniers viennent concocter les repas sur place. « Ça nous permet d’avoir leurs retours directs, d’être au contact, ce qui est rare, et puis ça sort nos bénéficiaires de leur routine », poursuit le directeur de la régie. Un pari réussi, pour Graziella, Micheline, Marylou, Odile et Maïté, qui applaudissent chaudement les restaurateurs à la fin du repas.

  • Le logis insalubre d’un architecte

    Le logis insalubre d’un architecte

    Un arrêté préfectoral d’insalubrité a été pris, la semaine dernière, en procédure d’urgence sur une maison située 13, rue Roland-Esposito à Port-de-Bouc, avec interdiction d’occupation.

    Signée du sous-préfet d’Istres, la décision fait suite aux nombreux désordres relevés par le service de l’éradication de l’habitat indigne au Pôle Habitat de la commune Port-de-Bouc. Transmis à l’Agence régionale de santé (ARS), le rapport constate le caractère insalubre du logement, pointe un danger, le risque pesant pour la santé ou la sécurité des occupants.

    Des réalisations de prestige

    « Compte tenu de la nature et de l’importance des désordres constatés et du danger encouru par les occupants », le logement est « interdit temporairement à l’habitation », énonce l’arrêté, qui enjoint le propriétaire d’« héberger les occupants jusqu’à la réalisation des mesures permettant de remédier durablement à l’insalubrité des lieux ».

    Selon nos informations recueillies dans les différents services et les constats visuels, le propriétaire de cette maison singulière, acquise en juin 2024 pour 217 000 euros et loué 1 200 euros par mois, s’est lancé dans des travaux destructeurs qui exigeaient un permis de construire qu’il n’a pas sollicité, contraignant ses locataires, qui n’ont pas souhaité s’exprimer, à renoncer à une chambre pour faire des travaux qui seraient destinés à créer un nouveau logement.

    Une volonté de régulariser

    Interrogé, le service de l’urbanisme de la commune nous indique que « le propriétaire s’est engagé dans une démarche de régularisation. Il a compris. De même sur les questions de mise en sécurité de désordres de l’installation électrique ». Ce qui est frappant dans ce dossier, c’est aussi la qualité du propriétaire : un architecte paysagiste dont l’agence semble jouir d’une certaine notoriété pour l’aménagement de jardins contemporains. Son catalogue présente des réalisations de prestige, qui vont du Petit Nice Passedat au golf de Saint-Tropez, de Marrakech jusqu’au Brésil. Contacté, le propriétaire ne nous avait pas répondu au moment où nous bouclons cet article.

    L’arrêté préfectoral d’insalubrité 2025-147 publié au recueil des actes de la Préfecture des Bouches-du-Rhône est le 68e depuis le début de l’année et le second dans la commune. Marseille n’a pas l’exclusivité de l’habitat indigne, même si la cité phocéenne est cheffe de file sur le sujet, avec plus de la moitié des arrêtés édités.

    Il dresse une longue liste des pathologies et dégradations de cet habitat disons vernaculaire, qui semble être fait de bric et de broc : des fissures sur le bâtiment, une absence partielle de la toiture, la surface d’une des pièces considérée comme insuffisante pour être habitable, une trémie de l’escalier intérieur dangereuse avec une hauteur d’échappée insuffisante, des parois intérieures dégradées, des éléments non structurants du bâti instables, une ventilation insuffisante, la présence d’humidité et d’infiltrations d’eau, un réseau d’alimentation en eau fuyard, des fils électriques directement accessibles, des sanitaires non conformes.

    L’arrêté préfectoral de traitement de l’insalubrité enjoint le propriétaire de reloger ses locataires, à ses frais, le temps des travaux. Il devra informer les services du préfet de l’offre d’hébergement. L’arrêté a pour conséquence de suspendre le loyer à compter du premier jour du mois qui suit l’envoi de la notification de l’arrêté, ou de son affichage à la mairie ou sur la façade de l’immeuble, et cela jusqu’à la main levée de l’insalubrité, quand tous les travaux prescrits ont été réalisés. Le non-respect des prescriptions et des obligations qui en découlent expose à des sanctions pénales.

    Astreintes

    Ces dernières années, on observe une recherche d’effectivité à ces arrêtés avec un regain d’astreintes financières dont le montant est parfois très conséquent. Ainsi, devant le constat de carence à reloger des occupants, la préfecture a déjà pris, depuis le début de l’année, cinq arrêtés rendant redevables des propriétaires d’une astreinte administrative. L’une d’elles a atteint le montant journalier de 200 euros. Il s’agissait d’une cave louée rue Curiol à Marseille, par un marchand de sommeil. La loi plafonne cependant le montant total exigible à 50 000 euros, somme déjà douloureuse.

  • Les acteurs de la protection de l’enfance en souffrance

    Les acteurs de la protection de l’enfance en souffrance

    « On nous tient par l’humain… » Réunies au sein du collectif Alerte protection enfance 13 créé à la mi-septembre, une quinzaine d’associations de la protection de l’enfance, soit 70 à 80% des associations spécialisées du département, tirent la sonnette d’alarme dans un communiqué cinglant.

    Enfants sans solution, professionnels qui craquent, unités qui ferment… Ils alertent sur une situation catastrophique. « Nous avons dépassé le point de non-retour », nous confie un représentant de l’association Les Dames de la Providence. Une institution dont le siège est installé à Pont-de-Vivaux, à Marseille (10e) depuis 190 ans et qui suit quelque 300 enfants. Il raconte les prises de décisions unilatérales du Département. Où le sort d’un enfant, malgré une décision du juge de poursuivre son accompagnement, se règle en deux jours au motif qu’il n’y a plus de financement. Ou encore ces deux minots qui ont terrorisé toute une unité, entraînant une fugue générale, mais qu’on « ne savait pas où mettre ».

    À ses côtés, un représentant de l’association Serena embraye, témoignant de sa difficulté à opposer un refus à la direction du service de la protection de l’enfance, qui imposait de prendre un mineur soupçonné de viol sur une gamine justement hébergée dans les murs. « Auteurs ou victimes, ces enfants sont en danger, il faut nous faire confiance, entendre notre expérience pour trouver des solutions », analyse-t-il. Depuis 2023, date à laquelle a été rendu le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, qui pointait les lacunes du conseil départemental sur l’Aide sociale à l’enfance (ASE), « la situation s’est dégradée », considèrent les associatifs. « Au mépris du Code de l’action sociale et des familles, les décisions se prennent avant les commissions, nous sommes considérés comme des prestataires et non des partenaires », constate un représentant de l’association Serena, « on nous demande de gérer des flux, des places ».

    Un budget en hausse

    Conscients des contraintes budgétaires, les membres du collectif estiment que la protection de l’enfance résulte aussi d’un choix politique et réclament une ligne claire. « On est capable de s’adapter, nous sommes forces de proposition », assurent-ils. En attendant, la baisse du financement ajoute au manque d’attractivité du métier d’éducateur et les arrêts maladie vont croissant. « On a du mal à recruter pour répondre aux besoins et paradoxalement, faute de moyens, on peut être amené à licencier », résume un directeur. Pour briser ce « cercle vicieux », le collectif a interpellé par lettre la présidente du Département, Martine Vassal (DVD), le 21 octobre. Sans réponse à ce jour, assure-t-il.Contactée, la collectivité nous renvoie aux déclarations d’Agnès Amiel (LR), conseillère départementale, déléguée à la Protection maternelle et infantile, à la famille et à l’enfance, lors de la séance publique du 17 octobre.

    L’élue y précisait que le budget dévolu à la protection de l’enfance avait augmenté de 45% en dix ans, passant de 197,2 millions en 2016 à 285 en 2025, de quoi permettre l’accompagnement de plus de 11 000 enfants et leurs familles. Dans un communiqué, le Département assurait aussi de sa volonté d’appliquer une politique « fondée sur la juste équation entre les besoins réels des enfants et des jeunes accompagnés et les moyens alloués ».

  • Un escape game contre le harcèlement scolaire

    Un escape game contre le harcèlement scolaire

    La journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, organisée cette année le 6 novembre, sera l’occasion pour plusieurs lycées des Bouches-du-Rhône de tester un outil inédit pour combattre ce fléau. Ce mardi 4 novembre, dans le lycée Alphonse-Daudet de Tarascon, et le jeudi 6 novembre dans les lycées professionnels de l’Estaque et Colbert, à Marseille, les jeunes seront sensibilisés au sujet grâce à un Escape Game, imaginé par l’association G-addiction jeunesse citoyenne. Un concept soutenu par la Région Sud.

    Comprendre le quotidien de jeunes harcelés

    Co-construite avec 80 adolescents du Parlement régional des jeunes de la Région Sud, cette mise en situation XXL permet de suivre l’histoire de deux élèves harcelés, Marie et Ulysse. Ils subissent insultes, intimidations et menaces via les réseaux sociaux notamment. Grâce à 60 m2 de décor, les élèves entrent en immersion et se familiarisent avec les méthodes de lutte contre le harcèlement scolaire, tout en comprenant les conséquences.

    L’idée est de développer la réflexion et l’esprit critique des participants, de stimuler leur empathie tout en les incitant à gagner en compétences sociales et civiques. L’escape game se compose de quatre salles qui permettent aux étudiants d’aborder quatre dimensions du harcèlement scolaire : le cyber-harcèlement, les rumeurs, les discriminations et le racket. Un jeu collaboratif avec l’ambition d’améliorer le climat scolaire.

    En 2024, 75 lycées de la région ont accueilli le dispositif et 9 000 lycéens ont été sensibilisés. En France, selon l’Unicef, un enfant sur dix est victime de harcèlement scolaire. Il s’agit d’un délit pénal passible de dix ans de prison en cas de tentative de suicide.

  • [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    La Marseillaise : Les derniers chiffres montrent une forte hausse du chômage des jeunes. Vous l’observez comment sur le terrain ?

    Vincent Cantrin : Il y a un effet structurel, il y a toujours une montée du chômage des jeunes à la fin de l’année scolaire parce qu’ils sortent de l’école, ils ne trouvent pas forcément un boulot immédiatement. Et la loi « Plein emploi » a obligé les jeunes suivis par les missions locales à s’inscrire à France Travail, ce qui, mécaniquement, a fait augmenter le nombre de jeunes inscrits. Ceci dit, il y a d’autres raisons. Quand le chômage monte, que l’emploi stagne, ceux qui en pâtissent les premiers sont souvent les jeunes. Au-delà, il faut voir ce qu’on leur propose sur le marché du travail, avec souvent des offres non qualifiées, mal payées. L’apprentissage a été développé, et on se retrouve avec une masse de gens qui ont fini leur apprentissage, mais qui ne peuvent pas entrer sur le marché du travail classique parce qu’ils sont mis en concurrence avec d’autres apprentis, même dans les grandes entreprises… Il y a des tas d’écoles privées, très chères, qui proposent à des gamins des formations qui les font rêver, par exemple en marketing du sport, pour lesquelles il n’y aucun débouché. Ce n’est pas l’enseignement public le problème, il y a ces écoles de commerce à tous les coins de rue !

    Les réformes de l’assurance-chômage ont-elles eu un impact ?

    V.C. : Ceux qui ont été le plus pénalisés par le changement de la méthode de calcul, ce sont les saisonniers et les intérimaires. Il y a une volonté de contraindre les gens à travailler, mais avec en regard une situation qui ne leur propose pas le type de contrat qui convient. C’est toujours l’intérim qui tire son épingle du jeu, il n’y a que 25% des embauches qui se font directement en CDI ! Pour les jeunes, il y a une précarisation au chômage, parce qu’ils sont moins bien rémunérés. Mais, quand vous n’avez plus rien, votre premier réflexe, c’est comment je vais bouffer, pas quel travail je vais trouver. On le voit, ceux qui retrouvent le plus facilement du travail, ce ne sont pas ceux qui sont les moins indemnisés, ce sont ceux qui ont encore une voiture pour se déplacer, un abonnement internet, un téléphone qui fonctionne… Et, d’autre part, une précarité aussi dans le travail, avec des contrats de courte durée, très mal rémunérés. Le monde du travail a éclaté et donc les jeunes en pâtissent les premiers. Cela génère de nouvelles mentalités, de nouveaux comportements.

    Les annonces du gouvernement sur le budget ciblent particulièrement France Travail…

    V.C. : Cela fait plus que nous alerter, ça nous inquiète. La loi « Plein emploi » a créé une charge de travail supplémentaire et là, on nous réduit les effectifs. Il nous fallait 2 000 emplois de plus, on en a 515 de moins. Comme pour la création de Pôle emploi, ils tablaient sur une baisse massive du chômage et se disaient qu’on accompagnerait mieux les personnes. Et là, patatras, le chômage remonte. On a moins de moyens et plus de gens à accompagner. Au bout d’un moment, on ne peut pas y arriver ! Et quand on nous dit 20% de moins sur le budget d’intervention, cela veut dire qu’on va financer de moins en moins de prestations, d’aides à la création d’entreprises, à la reprise d’emploi, de formations…

  • [Chronique corse] Lingua corsa

    [Chronique corse] Lingua corsa

    La prononciation, l’orthographe et même certains mots peuvent varier d’une région à l’autre, parfois d’un village à l’autre.

    Ainsi, on dira « u cane » en Haute-Corse (Cismonte) et « u ghjacaru » en Corse-du-Sud (Pumonti) pour désigner le chien.

    Cette diversité n’empêche pas les Corses de se comprendre, bien au contraire. Elle fait partie de la richesse et de la vitalité de la langue. Elle témoigne d’une histoire orale ancienne, transmise de génération en génération, qui s’est adaptée sans jamais se renier.

    Quelques repères

    « e » n’est jamais muet. « c » se prononce différemment selon sa place.

    « chj » se prononce [ti] et « ghj » [di].

    « u » se prononce toujours [ou] le « v » se prononce [b] (excepté dans le Sud de la Corse).

    Ampargu u corsu [ampargou ou gorsou] J’apprends le corse.

    Bonghjornu ! [bondiornou] Bonjour !

    Salute, Cumu và ? [saloudè, koumou oua ?] Salut, comment ça va ?

    Và bè, è tù ? [ba bè, è tou ?] bien, et toi ?

    Aghju capitu ! [adiou gabidou] j’ai compris !

    Mi chjamu Battistu, so un masciu corsu, sto in Bastia, aghju dece anni. [mi diamou Battistu, so oun machou korsou, sto in Bastia, adiou dédj’anni] je m’appelle Baptiste, je suis un garçon corse, j’habite à Bastia, j’ai 10 ans.

    Aujourd’hui, apprendre le corse à l’école, à la maison ou dans les associations, c’est prolonger ce fil vivant. C’est un acte de transmission, de fierté et d’amour pour une culture qui continue de se renouveler. C’est donner à la jeunesse la possibilité de parler la langue de ses anciens tout en la projetant vers l’avenir

    Pour prolonger, la Scola Corsa di Marseglia organise des cours destinés aux adolescents et aux adultes à la Maison de la Corse 69 rue Sylvabelle 13006 Marseille 04.91.13.48.50.

  • Après la santé, une Sécu pour l’alimentation et le logement ?

    Après la santé, une Sécu pour l’alimentation et le logement ?

    Lors de la promulgation de l’ordonnance créant la Sécurité sociale en octobre 1945, Ambroise Croizat se doutait-il que cette mesure aurait essaimé dans d’autres secteurs de la société ? On peut en douter, tant la jeune Sécu faisait office d’ovni dans le paysage français. Pourtant, force est de constater que 80 ans plus tard, l’idée a fait son bout de chemin.

    Dans le secteur de l’alimentation, tout d’abord, où plusieurs associations expérimentent le dispositif d’une Sécurité sociale de l’alimentation. À Montpellier, la mise en place d’une caisse alimentaire commune est à l’étude depuis 2022. Car le constat est accablant dans un domaine rongé par l’industrie capitaliste. « Notre système alimentaire produit plusieurs injustices : des gens ne peuvent pas manger à leur faim, 8 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, un chiffre sous-estimé au regard du non-recours à cette aide », s’indigne Manu Sevilla, coordinateur de la Caisse commune de l’alimentation de Montpellier. À cela s’ajoute la situation des agriculteurs, dont beaucoup n’arrivent pas à vivre dignement de leur métier, sans parler des dégâts causés sur l’environnement par l’industrie agroalimentaire.

    De réels bénéfices

    Ainsi, en février 2023, après la sélection d’un panel de 500 personnes représentatif de la métropole de Montpellier en fonction des revenus et de l’âge, la caisse commune de l’alimentation a été lancée. Chaque bénéficiaire reçoit 100 euros mensuels via une monnaie solidaire, la MonA, à dépenser dans 55 points de vente. Les cotisations sont déterminées en fonction des revenus des participants. « La caisse a un vrai impact sur l’assiette des expérimentateurs en favorisant l’accès à des produits jusque-là inaccessibles comme la viande », détaille Manu Sevilla. Forte de son succès, l’expérimentation s’étend à 200 nouvelles personnes chaque année. « On essaie de mettre en place une autre recherche sur le modèle économique : comment démontrer que la caisse laisse un vrai impact socio-économique sur le territoire », poursuit Manu Sevilla.

    Dans un tout autre registre, la Commission nationale du logement (CNL) s’est mise également à plancher sur un système de Sécurité sociale. « La crise que connaît le secteur dure depuis des années avec une pratique insupportable : les expulsions locatives, qui coûtent très cher à la société », soutient Eddie Jacquemart, président de la CNL. Pour pallier la situation, l’idée d’une Sécu reposerait sur la création d’une caisse de solidarité où seraient mutualisés les dispositifs existants tels que le Fonds de solidarité pour le logement, l’argent des CCAS, et d’autres encore. À cela s’ajouteraient une cotisation des bailleurs et la centralisation des dépôts de garantie versés par les locataires. « On verserait ensuite une indemnité dégressive de 24 mois aux locataires et aux accédants à la propriété qui ont un accident de la vie, comme la perte d’un proche, d’un emploi, une maladie, etc. Avec une particularité, on fait signer au bénéficiaire une charte d’obligation de traitement social de son problème, avec une prise en charge des services sociaux », insiste Eddie Jacquemart.

    En parallèle, seraient sanctuarisés les dispositifs de sécurisation des locataires tels que le permis de louer, l’encadrement des loyers. Une véritable alternative qui pourrait sortir le logement de la crise. La CNL espère porter le sujet lors des élections municipales. 80 ans après sa création, la Sécurité sociale n’a pas fini de faire parler d’elle.

  • [Cancer du sein, toutes concernées 3/3] Mastectomie et reconstruction : cela ne concerne que 30% des cas

    [Cancer du sein, toutes concernées 3/3] Mastectomie et reconstruction : cela ne concerne que 30% des cas

    La chirurgie pour les cancers du sein intervient dans la majorité des cas, sauf quelques exceptions, en première intention de traitement. C’est un élément essentiel de la prise en charge de la maladie que pratique le docteur Buttarelli au sein de l’Institut Paoli-Calmettes. Une spécialité qu’il a choisi pour son aspect « concret ». « La médecine m’a toujours intéressée mais ce qui me plait dans la chirurgie c’est qu’il s’agit d’un service immédiat, facile à comprendre pour les patientes et parlant pour elles. L’acte est perceptible et clair », souligne-t-il. « La chirurgie est très importante pour la guérison et est souvent suivie de traitements adjuvants type chimiothérapies, radiothérapies, etc. Pour quelques exceptions, on pratiquera de la chimiothérapie néo-adjuvante, c’est-à-dire avant chirurgie, lorsqu’une tumeur est très agressive ou trop volumineuse. » Et d’ajouter : « Un traitement avant chirurgie peut aussi nous permettre d’évaluer in vivo la réponse tumorale et adapter ensuite les traitements en fonction. »

    Favoriser l’oncoplastie en préservant le sein

    Dans l’imaginaire collectif, chirurgie et cancer du sein vont de pair avec la mastectomie. Pour autant, cette chirurgie dite radicale « ne concerne que 30% des cas, au même titre que les demandes de reconstruction », précise Max Buttarelli. « C’est un pourcentage non-négligeable mais dans la majorité des cas nous sommes conservateurs et essayons de privilégier l’oncoplastie. ». L’oncoplastie consiste à lever une partie du sein qui contient la tumeur avec une marge de sécurité pour ne pas laisser de tissu touché par la tumeur. « Tout l’intérêt ensuite c’est de reconstruire le sein préservé, de le remodeler pour qu’il ait une forme anatomique classique même s’il est un peu moins volumineux », explique le chirurgien. « Dans la plupart des cas c’est un acte suffisant mais il est toujours suivi de radiothérapie pour avoir un résultat semblable à l’efficacité d’une mastectomie. »

    Si mastectomie il y a, elle peut être suivi d’une reconstruction mammaire « 17% des interventions se font en immédiat et 13% en différé, sur les 30% énoncés plus tôt. Si une tumeur est peu agressive et qu’il y a peu de traitements à faire, sans chimiothérapie ensuite alors on propose une reconstruction immédiate du sein. à l’inverse, quand il y a une gravité sur l’enjeu de la maladie alors cette reconstruction se fait en différé. L’intérêt ici c’est de préserver d’abord la santé de la patiente avant l’esthétique, bien que cette notion soit elle aussi importante », poursuit-il. « Il est essentiel de noter qu’une chirurgie reconstructrice n’a rien à voir avec une chirurgie plastique classique. On repart de zéro, il n’y a plus de sein la seule chose qui reste c’est un lambeau cutané qui est dénervé, insensible, assez froid et figé. Le sein n’est plus un sein mais entièrement prothétique. Il peut arriver que certaines patientes soient déçues… »