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  • [Entretien] Macha Makeïeff : « Le théâtre persiste dans les consciences, dans la rêverie »

    [Entretien] Macha Makeïeff : « Le théâtre persiste dans les consciences, dans la rêverie »

    Macha Makeïeff est metteuse en scène, autrice, cinéaste. Femme de théâtre, elle a notamment dirigé pendant 11 ans le théâtre de la Criée à Marseille, sa ville de naissance. Dans cette exposition, elle propose de mettre à l’honneur des reliques de pièces de théâtre, d’opéras, de ballets.

    La Marseillaise : Vous créez une exposition, « Inventaire onirique ». Pouvez-vous nous parler du projet ?

    Macha Makeïeff : L’exposition est une mise en scène. Je ne vais pas mettre des œuvres comme dans une galerie. C’est vraiment un spectacle immobile que je propose. C’est à la fois excitant et un vrai tourment, parce que c’est un lieu très grand et il faut quand même que le récit se développe. Et ce récit sera plutôt un cadavre exquis qu’une histoire, car on va de lieu en lieu, avec trois séquences. On n’est pas assujettis à aller à un endroit, au contraire, chacun a sa trajectoire, a un point de vue différent. Ça me plaît beaucoup l’idée que personne ne voit la même chose en même temps.

    Pourquoi avoir voulu exposer des décors, des peintures de théâtre ?

    M.M. : Je fais du théâtre depuis si longtemps que je voulais l’évoquer par sa part plastique, mais aussi par ce qui me hante, c’est-à-dire « que deviennent les spectacles une fois qu’ils sont défaits ? ». Quand les pièces sont finies, il y a quelque chose qui vous serre le cœur : ces caisses dans lesquelles on emporte tout, le plateau vide. J’ai voulu ressortir ça et aller chercher des choses qui ne sont jamais plus revues. Je garde toujours les choses un peu comme des reliques. Donc quand on me propose le Palais des Papes, pour mettre ces choses, pour les célébrer, je trouve ça magnifique. Les faire venir, les revoir alors que tout ça était invisible, c’est quelque chose de fou. Ça ne sera pas « Ma vie mes œuvres », je ne vais pas raconter ma carrière. Je veux vraiment honorer ces objets.

    Pourquoi traiter ce sujet par les thèmes de l’onirique, de la fantaisie ?

    M.M. : D’abord, quand on parle de la perte, ici d’un spectacle, l’humour n’est jamais loin, parce que sinon c’est désespérant. Au théâtre, il y a quelque chose de l’ordre de la rédemption par le rire, le sourire et la fantaisie. Sinon c’est invivable. Dans ce monde sens dessus dessous, délité, où nos valeurs sont complètement inversées, je pense que c’est important de célébrer ce qui est fragile, dire que le théâtre malgré tout persiste dans les consciences, dans la rêverie, même quand il est mis en pièces.

    Vous êtes née à Marseille et avez été directrice de la Criée pendant 11 ans. Quel est votre lien à la région et comment se lit-il dans cette exposition ?

    M.M. : Pour les œuvres, je suis restée beaucoup dans le Sud, je ne suis pas allée chercher les grandes collections parisiennes. Je suis allée au Museon Arlaten, à Arles, au Cirva à Marseille. Je suis allée fouiller dans les stocks de l’opéra d’Avignon, de la maison Jean Vilar. Ce sont des artistes et des collections qui me sont familiers, que j’aime beaucoup. J’aime bien réaliser ça dans une proximité, ça me touche. Il y a un attachement à ce territoire, cette Provence. Il y a une familiarité. Je sais aussi qu’il y a des trésors. Je suis née à Marseille, mais en plus, pendant 11 ans, quotidiennement, j’ai dirigé la Criée où il y avait tout le temps des expositions. J’aimais bien cette idée de circulaire, qui n’aille pas chercher très loin.

  • Vaucluse : un mois pour donner son avis sur l’arrivée de parcs solaires

    Vaucluse : un mois pour donner son avis sur l’arrivée de parcs solaires

    Alors que la compagnie nationale du Rhône a en projet d’installer plus de 900m linéaires de panneaux photovoltaïques sur la via Rhona à Caderousse, l’installation de parcs solaires fait actuellement l’objet d’un document cadre. En lien avec la Chambre d’agriculture, l’État élabore cette feuille de route, qui entre dans sa phase de consultation publique *. Jusqu’au 20 mars, la population est amenée à s’exprimer sur ce document qui liste plusieurs emplacements compatibles ou non avec l’installation de cette énergie renouvelable.

    Le document soumis à étude table sur 418 parcelles pour un espace total de 484 hectares. Avec moins de 5% de production totale d’énergie, le photovoltaïque reste encore marginal en France mais progresse. Ainsi, au 3e trimestre 2025, la puissance raccordée était de 26 315MW contre 13 000MW début 2022. La consultation s’inscrit dans le cadre de « la loi de mars 2023 relative à l’accélération de la production des énergies renouvelables, qui vise à rattraper le retard de la France en matière d’énergies renouvelables, au regard de l’urgence climatique, énergétique et géopolitique, tout en préservant la souveraineté alimentaire », indique la préfecture.

    Développer les panneaux au-dessus des exploitations

    C’est en ce sens que le projet a été élaboré avec la Chambre d’agriculture, chargée de « rédiger une proposition au préfet identifiant toutes les zones pouvant accueillir des installations photovoltaïques au sol compatibles avec l’exercice d’une activité agricole sur les terrains naturel, agricole ou forestier ». Ainsi, la Chambre vauclusienne rappelle plusieurs priorités : « La souveraineté alimentaire doit primer sur la souveraineté énergétique et le déploiement des énergies renouvelables doit être raisonné et encadré et ne doit pas porter atteinte à la vocation agricole des terres. »

    L’accent est aussi mis sur l’agrivoltaïsme, où « il est nécessaire de prioriser les projets sur les terrains agricoles, naturels ou forestiers », souligne la Chambre d’agriculture. Sur la carte jointe au document, les parcelles se situent majoritairement en bord de Rhône ou non loin de zones industrielles. « Une fois ce document-cadre arrêté, aucun projet photovoltaïque sur terrain naturel, agricole, ou forestier ne pourra se faire sur les terrains exclus de celui-ci à l’exception des projets agrivoltaïques », fait valoir la préfecture, précisant qu’à « l’issue de cette consultation, le document sera modifié au besoin ». Il entrera ensuite en vigueur par arrêté préfectoral.

  • Le court-métrage d’un ex-élève de la Satis aux César

    Le court-métrage d’un ex-élève de la Satis aux César

    Arnaud Delmarle, 28 ans, a appris que son court-métrage de fiction était nominé aux César, prestigieuse récompense du cinéma français… sous sa douche. Sa sœur le lui a annoncé. « Ma réaction a été la joie et du coup, cela a été plutôt une douche chaude qu’une douche froide », s’amuse-t-il. « Quand on a inscrit notre film en juillet, on ne pensait même pas passer le cap d’être montré au jury… », raconte-t-il. Mais si. Big Boys don’t cry a fait partie des 200 films éligibles aux César, puis de la quarantaine sélectionnés, et maintenant il est dans un dernier carré de 4 courts-métrages de fiction. « Pour moi, être nominé, c’est la meilleure des récompenses. Cela signifie que les 4 000 à 5 000 votants du jury ont vu et voté pour le film. C’est une validation du milieu du cinéma. Après, s’il doit y avoir une récompense, ce sera évidemment la cerise sur le gâteau. Mais le plus important pour moi, c’est que le film rencontre son public et le touche », assure le jeune réalisateur.

    Un directeur très fier

    Avec Léa Oury, co-scénariste du film, de la même promo- 2020- qu’Arnaud à la Satis (Sciences, arts et techniques de l’image et du son), le jeune homme s’est emparé d’un thème pas si facile à traiter. « Big Boys don’t cry parle de vulnérabilité masculine et de difficulté à exprimer ses émotions en tant qu’homme. » Arnaud Delmarle a choisi Saint-Chamas pour tourner avec son équipe d’anciens élèves de la Satis. « Je voulais vraiment choisir un village dans l’été pour que justement le groupe soit vraiment enfermé, encore plus que si c’était à Marseille, à l’image des idées préconçues du groupe sur la virilité », explique le réalisateur. Admis sur concours à la Satis, école publique de cinéma dans le giron de l’université Aix-Marseille, Arnaud Delmarle en fait beaucoup d’éloges. « Il existe quand même très peu de telles écoles en France. Beaucoup sont privées et hors de prix et continuent à faire perdurer cette pensée que le cinéma serait quelque chose d’élitiste. »

    Ce qui n’est pas le cas avec la Satis. « Pour intégrer cette école il faut passer un concours sélectif mais une fois qu’on est rentré, on rencontre des gens passionnés aussi par la même chose », évoque le réalisateur. Dotée de l’un des plateaux techniques les plus complets parmi les écoles de cinéma en France, la Satis a formé près de 1 700 étudiants depuis son implantation à Aubagne en 1988. Rémi Adjiman, le directeur de la Satis, s’est dit « profondément fier d’Arnaud et de tous les anciens élèves qui ont donné naissance au magnifique Big Boys don’t cry, mais également pour porter l’école de la Satis d’Aix-Marseille université jusqu’aux César. »

  • Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

    Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

    Considérés comme « racialement inférieurs », 500 000 Tsiganes ont été assassinés sous le IIIe Reich. Berlin a son mémorial depuis 2012. La Hongrie depuis 2014. En France, en dehors de quelques plaques sur certains camps, seul un monument, œuvre du sculpteur Serge Carvalho installée en 2016 à Saint-Sixte dans le Lot-et-Garonne, commémore ces victimes de la barbarie nazie. Mais « il n’existe aucune stèle spécifiquement dédiée au génocide », déplore Sacha Zanko, délégué national au Forum européen des Roms et des Gens du voyage.

    Samudaripen ou Porajmos, en langue rom. Resté dans les oubliettes de l’Histoire durant 80 ans, le fait historique est désormais établi : il y a eu un génocide perpétré par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. « Rom, Gitan, Manouche, Sinti, Yéniche, Bohémien, Gens du voyage, quel que soit son nom », c’est tout un peuple qui a été ciblé qualifié de « nomade, vagabond, asocial », rappelle Sacha Zanko. « Il y a 15 ans, le 2 février 2011, précisément, le Parlement européen officialisait enfin cette reconnaissance », complète Michel Ficetola, président de Massaliote Culture. Mais pour les deux associatifs, il manque une pierre à l’édifice.

    Une histoire marseillaise

    De 1933 à 1936, des Roms sont internés dans les camps de concentration de Dachau et Buchenwald pour « insociabilité ». Au total, ils seront 500 000 à être exterminés, « dont 150 000 à 200 000 enfants », souligne Michel Ficetola. « Plus que n’importe quel autre peuple, ils ont dû servir de cobayes pour les expérimentations scientifiques », témoigne, dans Les Cahiers du Rhône de 1946, la résistante Germaine Tillion. Déportée au camp de Ravensbrück, elle évoque sa « pitié profonde » pour les femmes : « À Ravensbrück, les stérilisations furent pratiquées sur les Tsiganes, y compris sur les petites filles. » Et on trouvera dans le procès de Nuremberg les plus abjectes et inhumaines descriptions des crimes médicaux que le SS Josef Mengele leur a réservé, dans le Zigeunelager d’Auschwitz-Birkenau, qu’il avait spécialement conçu pour les familles roms et sintés.

    Une histoire dont un pan est aussi marseillais et que Michel Ficetola s’est évertué à faire émerger des archives et de l’oubli. Le régime de Vichy « interdit la circulation du Tsigane assimilé à un étranger, un ennemi, et en 1940 les camps d’internement commence à se remplir en France. Il y en aura 27. » L’Association nationale des Gens du voyage et citoyens en dénombre quant à elle une quarantaine. « La préfecture des Bouches-du-Rhône apporte sa contribution à la déportation des Tsiganes en Allemagne, en pointant les vagabonds », indique Michel Ficetola, un communiqué à l’appui. À Marseille, autour du Vieux-Port, la « Petite Naples », où les Tsiganes exercent toute sorte de petits métiers par intermittence, est la cible de la police de Vichy, qui y organise une rafle avant de dynamiter le quartier. « Parmi les 2 440 déportés à la suite de l’opération Sultan, les Juifs ont été acheminés via Drancy en Pologne, à Sobibor, et les chrétiens et les Tsiganes transportés via Compiègne en Allemagne, au camp de Sachsenhausen », relève Michel Ficetola.

    « Une histoire méconnue », regrette Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, qui a donné son aval le 22 août 2024, confirmé le 21 janvier 2026, aux deux associations pour l’installation d’une stèle commémorative au carré 8 du cimetière Saint-Pierre. La place est réservée, la stèle est taillée et gravée dans du marbre de comblanchien. Il ne reste qu’à prendre date pour son installation officielle et solennelle. Un geste important « pour fédérer ce peuple et lutter contre les discriminations, qui persistent, comme la proposition de loi contre les installations illicites », soulignent les deux militants.

  • Chez 13 Habitat, l’insalubrité se fiche des arrêtés du Préfet

    Chez 13 Habitat, l’insalubrité se fiche des arrêtés du Préfet

    Le cas est choquant. Depuis octobre 2022, une mère et son fils vivent dans un logement de 13 Habitat colonisé par les moisissures qui couvrent l’intégralité des murs du T3 en façade nord.

    L’arrêté d’insalubrité qui frappe ce logement, cité Louis-Loucheur, 17 bd Baudelaire (4e) n’a rien changé. Ses occupants désespérés s’échinent à nettoyer et mendier le relogement qui leur dû. Ses conditions d’habitat totalement indignes affectent leur santé comme l’attestent leur médecin mais aussi l’inspecteur de salubrité et l’Agence régionale de santé (ARS) qui motivent l’arrêté préfectoral d’insalubrité n° 2025-90 du 5 juin 2025 par le « danger encouru pour les occupants » par la « présence importante d’humidité et de moisissures sur les murs de la salle d’eau, des toilettes, et des deux chambres » et enjoint le propriétaire d’y remédier, avec interdiction d’y habiter sous 3 mois.

    « Dix mois ont passé, aucun travaux, on est toujours là. La moisissure est partout. Je suis en danger, je suis asthmatique, j’ai fait une infection pulmonaire. Les médecins m’ont adjuré de partir. Quand il pleut, ça coule sur les murs », témoigne Assiata qui dort d’un œil dans le salon. « Ça pue la cave, ça pourrit tout. On met nos habits dans des caisses » montre Sven, étudiant de 22 ans qui nourrit un sentiment de honte et se renferme sur lui. Un huissier a osé réclamer plus de 2 000 euros de loyers alors que l’arrêté les suspend.

    Après deux offres inadaptées au besoin de la famille et après avoir faussement fait dire que la locataire ne répondait pas au téléphone, le bailleur a proposé le 23 janvier un logement dans une résidence à La Blancarde qu’Assiatou a aussitôt acceptée. Depuis, pas de nouvelle. Interrogée, 13 Habitat nous répond que sa locataire est bien « positionnée sur ce logement vacant ». Faut-il encore que le 26 février prochain, sa commission d’attribution des logements et d’examen de l’occupation des logements l’entérine. « Deux autres dossiers seront étudiés pour ce même logement, la règle étant trois candidatures par logement à attribuer. D’une manière générale, les relogements peuvent prendre un certain temps en raison du faible nombre de logements libres correspondant aux attentes des locataires concernés, dans les secteurs géographiques souhaités. Sans préjuger la décision de la commission souveraine dans ses actes, 13 Habitat présente à nouveau ses excuses à Mme A. A. pour les conditions de vie qu’elle a subies ces derniers mois », nous écrit le bailleur.

    Des taudis mais

    1 140 logements vides

    13 Habitat gère 33 425 logements dont 1 140 étaient vides fin novembre 2024 selon le rapport de l’ANCOLS. La société n’a déclenché aucun travaux chez Assiata, aucun relogement, étant rappelé que le Préfet notait déjà « l’absence de réponse du propriétaire au courrier du 18 avril 2025 initiant la procédure contradictoire », c’est dire l’incurie, le laxisme de ce bailleur institutionnel qui a pourtant changé de gouvernance suite à l’éviction de Nora Preziosi, son ex-présidente visée par une enquête pour prise illégale d’intérêts : l’attribution en particulier d’un logement à sa mère, refait à neuf lui pour 40 000 euros de travaux surfacturés.

    Depuis 2020, 13 Habitat est visé par 9 arrêtés d’insalubrité dont deux Cité Louis-Loucheur. Pourquoi la Préfecture ne prononce-t-elle pas d’astreinte ou d’exécution d’office comme elle le fait pour les marchands de sommeil ? À quoi bon multiplier les arrêtés, communiquer sur la lutte contre l’habitat indigne si leur violation frontale reste sans conséquence ?

  • À Kalliste, ils ont « sauvé » le Château en Santé

    À Kalliste, ils ont « sauvé » le Château en Santé

    « Ici, on n’est pas des dossiers, on a des professionnels qui nous écoutent, il y a tout sur place ! », avait plaidé Houria, jeune maman de la cité Bourrely lors d’une réunion au Château en Santé. Le 6 février, ils étaient plus d’une cinquantaine de patients, venus de la Granière, de Kalliste ou de la Solidarité, défendre autour de l’équipe de médecins, d’assistantes sociales et de traducteurs, le maintien de cette offre de soins pluridisciplinaire installée depuis 2021 dans une bastide au cœur des quartiers populaires du 15e arrondissement de Marseille.

    Dix jours plus tard, la bonne nouvelle est arrivée. « On a sauvé notre Château ! » Dans la voix d’Houria, la colère a fait place à la joie. « Vendredi, à la réunion, j’avais une boule d’angoisse, s’excuse-t-elle presque, on était tous prêts à monter voir le ministre à Paris. Alors là, c’est un vrai soulagement pour nous tous. Merci aussi aux médias qui nous ont aidés. »

    Énorme soulagement également du côté de l’équipe de professionnels de santé et d’accompagnement social et psychologique. « Vos soutiens, à tous les niveaux, nous ont portés, émus et cela a payé, explique Élisa Francfort, coordinatrice du Château en Santé, nous avons une garantie de financements à l’identique pour 2026, et le dispositif dont nous bénéficions, Secpa, va être inscrit au code de la santé publique. Notre manière de contribuer à réduire les inégalités sociales de santé a été reconnue. »

    Un modèle à défendre

    Menacée par la baisse budgétaire dans la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026) l’expérimentation de 26 centres de soins implantés dans les quartiers les plus paupérisés où le public est le plus éloigné de l’offre de soins, touchait à sa fin. Ses financements n’étaient plus garantis et le passage des Secpa dans le droit commun n’avait pas été ficelé pour permettre le maintien des postes hors du corps purement médical. Or c’est une approche globale de la santé qui donne tout son sens à ce dispositif.

    « Le Château en Santé c’est bien plus qu’un cabinet médical, on prend le temps d’écouter, on aide à l’ouverture de droits, on travaille en équipe, on accompagne des situations complexes, on fait de la prévention, on construit des projets avec les habitants de nos quartiers », précise Élisa Francfort. L’expérimentation avait été lancée en août 2021 avec six structures, dont cinq centres de santé et une maison de santé pluriprofessionnelle. Ensemble, fortes d’une évaluation très positive, elles avaient formalisé un cahier des charges, sur la base duquel un appel à candidatures avait vu le jour. En mars 2022, vingt autres centres intègrent l’expérimentation. Principalement porté par la Délégation interministérielle de la prévention et de la lutte contre la pauvreté (DIPLP), en co-pilotage avec la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), le projet prévoyait d’intégrer, à terme, 60 structures au minimum, dans une démarche participative.

    Face à la menace de disparition des Secpa, les habitants des quartiers Nord avaient poussé un cri d’alarme. Le ministère de la Santé les a entendus. Les crédits sont garantis pour 2026 et le passage dans le droit commun fait l’objet d’une étude. Mais l’extension de l’expérience n’est pas à l’ordre du jour. « Nous restons vigilants. Le dispositif restera-t-il le même ? Nous craignons toujours des réductions d’enveloppe. Le dispositif sera-t-il élargi à d’autres quartiers, d’autres territoires, d’autres habitants ? », interroge le Collectif des 26 Secpa.

  • Serge Andrieu face aux lecteurs à Carpentras

    Serge Andrieu face aux lecteurs à Carpentras

    Rémi Martin : Dans mon quartier, au hameau des Vignes, je suis confronté à un problème de ramassage des déchets. On a l’impression d’être les vilains petits canards sans containers de tri. Que comptez-vous mettre en place sur ce sujet ?

    Serge Andrieu : Ce n’est pas la compétence de la ville, c’est celle de l’intercommunalité. Je ne peux rien faire. Si ce n’est tirer les oreilles du président qui gère tout ça, et c’est le maire du Barroux. Donc lui, c’est judicieux de l’appeler en disant : « Nous, on voudrait ça, ça, ça et ça. Si tu le fais, moi, après, j’appuie ». Mais ça, c’est parce que des malins, là-haut, ont décidé de nous enlever la compétence. On avait investi dans une station d’épuration pour 26 millions d’euros, pour l’équivalent de 70 000 habitants. Et du jour au lendemain, la Communauté d’agglomération Ventoux-Comtat Venaissin (Cove) a décidé d’y raccorder 4 communes voisines. Ce qui veut dire qu’en un rien de temps, elle sera obsolète et la population devra encore payer. Il y a des malins là-haut qui ont décidé ça comme ça. Mais je n’irai jamais à la tête de la Cove. Pas parce que je ne les aime pas, mais parce que je considère que c’est beaucoup de travail des deux côtés et que celui qui prétend pouvoir faire convenablement les deux, c’est un menteur.

    Rémi Martin : Avez-vous prévu de mettre en place plus de consultations avec les habitants dans les projets municipaux ?

    Serge Andrieu : Tous les ans, on tire au sort 35 personnes afin de participer à la coalition citoyenne. Et pendant cette année, un professeur de l’Université d’Avignon vient expliquer le fonctionnement de la collectivité, sans aucune intervention d’une personnalité politique. Et ce groupe a beaucoup de pouvoir. Je leur donne 700 000 euros par an pour gérer des projets qui ont un intérêt public. Il faut bien expliquer le concept. Au début, ils ont du mal, mais à la fin, ils adorent. Et je les rencontre avant chaque conseil municipal, avant tout le monde, et je leur explique chaque délibération. Car si vous ne faites pas souvent ça, vous ne savez pas forcément ce que telle ou telle chose veut dire. Et ils ont un droit d’amendement sur une délibération et même un droit de référendum. Ce qui est arrivé une fois. Donc j’ai retiré la délibération et hop, on n’en parle plus. Donc je donne vraiment le pouvoir à la population qui propose des projets et nous, on fait les travaux. Ce qu’on fait n’est pas totalement original. C’est surtout la somme qu’on donne aux gens qui représente un vrai projet. Si on avait donné 100 000 euros, ça ne ressemblerait à rien. À chaque fois, on sort des choses conséquentes, avec beaucoup de jeunes qui votent. Question démocratie, on a même reçu un prix à Grenoble.

    Sylvain Espenon : On a la sensation d’un manque de dialogue entre usagers et services publics. Que comptez vous faire pour leur amélioration ?

    Serge Andrieu : Le gros projet est dans la santé. On a un terrain de 2 000 mètres carré à proximité de l’hôpital où on veut construire un bâtiment où les médecins qui ne veulent plus s’enquiquiner avec la gestion et les factures s’installeront. Ils veulent juste faire leur métier et pourront le faire à cet endroit, tandis que nous, on fait tout le reste. On va faire autant de bureaux que l’on peut. On prendra rendez-vous auprès du personnel de la mairie. « Vous voulez qui ? Le docteur Dupont ? Venez à telle heure. ». Mais on n’est pas fermé à l’idée que s’il y a une urgence et plusieurs médecins, on pourrait aussi s’y rendre. Et le médecin aura comme seule charge de payer un loyer chaque mois, car il faut quand même amortir la construction du bâtiment. On est naïfs mais pas à ce point ! Ce service qu’on leur apporte, il faudra le payer. On est en train d’évaluer les coûts et de voir ce qu’il faut faire sur ce fameux terrain. On a pour l’instant échangé avec trois médecins qui nous ont énormément aiguillés sur ce qu’il faudrait faire. Et eux, ça les arrange car on va tout faire pour eux. On souhaiterait qu’il soit sous la forme d’une sorte de fleur. Le cœur de la fleur, c’est là où il y a le personnel. Et dans les feuilles, les médecins. On doit encore faire un plan, savoir où mettre des stationnements. Le terrain doit être nivelé car il est par endroits un peu bosselé. Le but est de faire un bâtiment en rez-de-chaussée. Surtout pas d’étages. Ce sont des escaliers donc pas accessibles à tout le monde, sauf avec un ascenseur qu’il faut entretenir, qui peut tomber en panne…

    Pour ce qui est de La Poste, nous avons mis en place il y a quelques années, au hameau de Serres, un bureau de poste avec une employée communale qui gère le lieu. Les gens viennent aussi bien y chercher le courrier que les recommandés et déposer ce qu’ils veulent expédier. Et ce avec les horaires de la mairie, pas ceux de La Poste. On l’a mis en place à cet endroit car c’est un peu excentré du centre-ville. Les habitants peuvent venir chercher sans avoir à prendre leur voiture et se garer là où ils peuvent. C’est vraiment un service à la population.

    Joëlle Guerrin : Il y aura seulement des médecins généralistes dans ce bâtiment médical ?

    Serge Andrieu : Pour ce qui est des autres spécialités médicales, il y a juste à côté le bâtiment Atlas. Et il y aura Axis, une clinique sœur, qui est en train de se construire juste à côté, qui ne concernera pas la tête et le cou, spécialité d’Atlas, mais le reste du corps. On ne va pas créer de doublon.

    Ludovic Lemaître : On voit beaucoup de commerces fermés en centre-ville, comme si les Carpentrassiens n’avaient pas envie de l’investir et c’est assez triste. Avez-vous prévu quelque chose pour redonner aux habitants l’envie de vivre leur ville ? Que les gens de l’extérieur arrêtent de se dire : « Qu’est-ce que c’est que cette ville ? »

    Serge Andrieu : Notre ville est une pépite, entre l’Inguimbertine et la synagogue qui est la plus ancienne de France en activité, qui est une merveille. Il faut la visiter ! On tente d’éduquer les commerçants parce qu’on a l’impression que ce sont les premiers à dire du mal de leur ville. On demande qu’ils changent de discours car c’est comme s’ils disaient à leurs clients : « Ne venez plus chez nous. » Mais certains ne comprennent pas. On a 2 600 places de parking gratuites. Cherchez une autre ville de 32 000 habitants qui a autant de places. Mais ça ne suffit pas pour le commerce. Il n’y a aucun stationnement payant. Zéro ! Le centre-ville est aussi entouré d’une voie rapide qui est un frein pour y entrer. Moi, je suis assez naïf en me disant qu’en mettant du stationnement, les gens prennent la peine de se garer dans une ville qui est piétonne. Et ça, c’est confortable. Plutôt qu’une ville où tu te croises, tu te mets sur le bord pour laisser passer les voitures. Ce qui engendre aussi des nuisances. Il y a des bornes qui empêchent les véhicules de rentrer. Après, je les ouvre de temps en temps et je laisse rentrer tout le monde. Donc on fait énormément d’animations qui ramènent du monde et c’est aussi aux commerçants de faire en sorte que ces gens rentrent dans leurs commerces, de faire le nécessaire. Après, être commerçant, c’est un métier. Et beaucoup se disent commerçants mais ne savent pas faire…

    Après, je pense que les loyers sont exagérés, notamment dans la rue de la République où c’est calme, avec, par exemple, 40 mètres carrés à 2 600 euros par mois, donc c’est normal si ça ne marche pas. Mais les propriétaires ne veulent rien savoir et préfèrent attendre plutôt que de baisser les prix. Donc ce que l’on fait et que l’on souhaite poursuivre, c’est de racheter les commerces qui se vendent. On les réhabilite, et après on les loue à 5 euros le mètre carré pendant 3 ans. Ensuite, on adapte au chiffre d’affaires. On en a huit et ils sont tous occupés. Ce que l’on veut faire aussi, c’est aider à réhabiliter les bâtiments mal entretenus par leurs propriétaires. Et après les travaux, on demande que les loyers soient baissés en contrepartie pour que les commerces restent. Quelque part, ils vont payer ce qu’on leur a donné. On va aider les propriétaires bailleurs à améliorer leurs commerces. Et ceux qui ne veulent pas ouvrir, nous, on les prend. Je sais que c’est parfois difficile de trouver un restaurant ouvert le soir. Mais je ne parviens pas à comprendre pourquoi. Pourtant, tous les restaurateurs, je les connais. On me dit que le personnel coûte cher et que l’on ne veut pas ouvrir pour faire quatre repas. Ce n’est pas le rôle de la municipalité mais si on ne le fait pas, personne ne le fait.

    Alain Bottgen : Il y a la question des espaces de démocratie. Par exemple avec la mobilité, on aimerait bien plus d’échanges sur le sujet. Je suis pour les pistes cyclables mais il y a des soucis, avec des chicanes trop étroites, il y a quelques mois avec une nouvelle voie. Un espace démocratique est-il prévu là-dessus ?

    Serge Andrieu : Pour ce qui est de cette piste, je suis allé voir chaque habitant en trois soirs pour expliquer ce qui allait se passer. J’ai dit ce qui allait se passer dans la rue avec un prospectus, un plan, tout. Après, ils ne l’ont pas adoptée pour des raisons qui leur sont propres. Nous, on a continué notre projet. On a recruté une personne qui travaillait à Avignon et qui nous a expliqué comment faire avec telle ou telle norme. Ça n’a pas plu donc on a enlevé, à la demande générale, les éléments qui posaient problème, à savoir les ralentisseurs. Pourtant, on s’était mis en relation avec l’association des cyclistes. Et c’est obligatoire car ils étaient mis à des sorties de propriété. S’ils sortent en marche arrière, ce qui n’est pas improbable, ils ne voient pas arriver le cycliste. Les gens savent que c’est la loi. Mais il y a des lois stupides ou inapplicables… S’il y a un accident, je suis responsable. Si j’avais su que ça allait être décrié comme ça, je ne l’aurais pas fait. Tant pis si ce n’est pas confortable, mais je ne pourrai pas faire une autoroute. S’il y a un accident, j’y ai droit.

    Aziz El Ghaddar : On entend beaucoup parler de l’insécurité. Qu’en est-il et que souhaitez-vous faire ?

    Serge Andrieu : C’est à 80% du ressenti. J’ai toujours habité en centre-ville et mes filles allaient au lycée à pied de jour comme de nuit, été comme hiver, et il n’y a jamais eu de problèmes. Il y a des gens qui disent, et je peux les comprendre, que quand ils marchent, ils voient des attroupements de trois ou quatre hommes et qu’ils ressentent de l’inquiétude. Mais ça, c’est partout. C’est national, voire même international. J’ai fait beaucoup de choses et j’ai été très critiqué, comme avec le couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans dans certains quartiers par exemple. Si on les croise après 23 heures non accompagnés, on les arrête, les amène au commissariat et on appelle les parents. C’était sur une durée de 6 mois et on a voulu le reprendre. Et pour cela, il fallait le justifier. La police a noté une baisse de délinquance de 76%. Et l’administration nous a répondu qu’on n’en a pas besoin, parce que tout va bien. Alors que ça marche. Alors j’ai dit que si on ne le remettait pas, ça va revenir comme c’était avant-hier et on devra recommencer. On nous a finalement autorisés à le remettre en place. Car on voit des jeunes de 13 ou 14 ans qui ont été happés par le trafic de drogue moyennant de l’argent. Quand ils essaient d’en sortir, ils se font tabasser dans des caves. Aujourd’hui, tous les jeunes qui font les choufs, c’est-à-dire les guetteurs sur les points de deal, ce sont des mineurs. Pour la bonne raison qu’on ne peut rien leur faire. On a aussi agi contre les braseros. Ils les font quand même, mais quand on les attrape, on verbalise. Ce que l’on ne pouvait pas faire avant.

    On a également interdit les épiceries de nuit après 22 heures et ça, ça a été un grand moment. C’est très efficace et ça permet surtout à la police de pousser la porte de ces établissements. Le trafiquant qui la journée est dehors, le soir, il est dans les épiceries et on sait qu’il y a du trafic dans certains d’entre eux. J’ai même été menacé par des gens à cause de cette décision. On a également énormément de caméras, environ 250. Cela nous permet aussi, quand on a des mariages difficiles, de noter les plaques d’immatriculation et de savoir qui traverse la ville à une vitesse monstrueuse. J’aurais voulu installer un radar, mais on m’a dit que je n’ai pas le droit. On les sécurise en fermant le centre-ville pour éviter qu’il n’y ait trop de panique.

    J’ai aussi interdit le protoxyde d’azote. Et quand on attrape des mineurs qui en consomment, on appelle les parents. Dans la même rengaine, on reçoit les élèves souvent absents dans les lycées. On les convoque avec leurs parents devant un policier municipal qui les gronde et ça les marque. J’ose espérer que l’on sauve des enfants comme ça.

    Si j’en ai sauvé un seul, c’est déjà une réussite. Le jour où j’ai sorti l’arrêté sur la fermeture des épiceries, j’ai reçu des coups de fil de beaucoup de villes de France. Comme il avait été attaqué et qu’il est passé, car il est inattaquable. De La Ciotat à Rennes. Donc je l’ai diffusé à travers le pays.

    Sylvie Montard : Je m’occupe de nourrir des chats de rue et je rencontre des soucis quand ils ont besoin de soins. Qu’est-il fait dans ce sens ?

    Serge Andrieu : Il y a des conventions avec des associations et des vétérinaires. On leur donne une somme précise et ils s’occupent des stérilisations. Et ces subventions n’ont jamais baissé. Bien sûr, on contrôle si ces investissements sont utilisés correctement, avec la présence d’élus aux assemblées générales par exemple. En étant « mairie », on vous ouvre la porte. Vous n’êtes pas dehors. C’est notamment le cas avec les associations sportives où l’adjoint au sport sait que l’on a donné tant d’argent à telle structure et demande puis justifie cette somme.

    Sylvie Montard : On a entendu que l’association Art et Vie était en difficulté à cause d’une baisse de subventions…

    Serge Andrieu : Ce n’est pas nous. Ce sont les autres collectivités qui ont baissé les subventions.

    Sylvie Montard : J’ai vu dans le programme que vous souhaitez accueillir des animaux sauvés. Vous pouvez nous en dire plus ?

    Serge Andrieu : On possède 6 hectares de terres cultivables. Au-dessus, on a du maraîchage pour les cantines des écoles. Vous savez, on a fait un miracle. On a fait manger de la salade aux enfants à l’école primaire. Comment ? On les a emmenés là-bas et on leur a donné une graine chacun. Dans les rangées ouvertes, ils ont tous posé une graine. Et ils sont revenus couper la salade dont ils se rappelaient que c’était la leur. Puis à la cantine, les petits disaient que c’était une bonne salade. Ils ont adoré et reviennent chaque année. Tout est bio. Pour qu’elles soient classées bio, on a dû laisser « dormir » le terrain pendant 6 ans. Il n’y a aucun produit, juste des haies et quelques herbes folles dans lesquelles il y a toutes les bêbêtes. Le souci, c’est qu’on produit trop et que les cantines sont fermées quand les enfants sont en vacances. Donc on donne à toutes les associations de la ville. Et puis quand c’est tardif, on donne à ce fameux espace où on aide les animaux. Qui accueille de tout, que ce soit poules, moutons et animaux domestiques. Celui-ci est pour l’instant chez un particulier. Mais on va le basculer sur ces 6 hectares de terrain. Et quand il y aura de la salade en trop, on la donnera à ces chèvres ou cochons et tout le monde va se régaler. D’autant qu’on va cultiver de plus en plus d’hectares. On va partir sur 5 000 mètres carré. Il faut faire en fonction du nombre de stagiaires que nous avons. Quand ça va s’étoffer, on poussera la clôture.

    Sylvie Montard : La mairie financerait cela ?

    Serge Andrieu : La mairie, elle fait tout ! Elle clôture, elle possède le foncier et elle nourrit. Même si je ne suis pas sûr que les canards aiment bien les poireaux. Car on produit vraiment trop. À un point où on va créer une cuisine pour pouvoir stocker les produits en surplus dans des frigos, notamment en juillet et en août. Ça pousse, ça pousse et on en donne un peu à tout le monde. Mais il faut aussi qu’on en garde.

    Sylvie Montard : Et le projet d’un cimetière pour animaux ?

    Serge Andrieu : Les gens achèteront une concession, comme dans tous les cimetières. Des tombes voire des caveaux si les gens veulent faire des caveaux. On n’a pas encore défini le coût selon les moyens. Il faudra se rapprocher des associations qui sont en capacité de nous aiguiller.

    Rémi Martin : Je me fais le porte-parole des associations sportives qui voudraient un espace pour dialoguer avec la mairie. Pouvez-vous l’envisager ?

    Serge Andrieu : Je discute avec elles. Ceux qui ont un problème ont un rendez-vous avec moi ou un adjoint, ici l’adjoint au sport. L’une des priorités est aussi de reconstruire l’espace Auzon qui a brûlé à cause de trois jeunes qui y ont mis le feu sans aucune raison. Sur les 14 millions d’euros que cela a coûtés, les assurances nous ont donné 4 millions.

    Sylvie Montard : Dans les écoles, l’été dernier, il a fait très chaud. Travailler dans ces conditions-là est très compliqué. Dans des villes comme Aubignan, les écoles sont climatisées. Y a-t-il une réflexion à ce sujet ?

    Serge Andrieu : Je vais le dire tout de suite, on ne va pas climatiser les écoles. Pourquoi ? Car il y aura des parents qui porteront plainte à la mairie car leurs enfants seront malades. Ce n’est pas moi qui gère les climatisations. Si l’instituteur a chaud, il va appuyer sur le bouton, mais on ne sait pas comment les enfants vont réagir. Ils rentrent, ils sortent et ils tombent malades. Et je serai responsable. Ce que l’on va faire, c’est installer de gros ventilateurs qui ne tournent pas très vite et qui brassent l’air. Et c’est très efficace. Par contre, il faut les laisser en marche sinon, le temps que l’inertie arrive… Donc selon la taille de l’école, on en mettra deux ou trois. Ce sont de gros engins d’un mètre cinquante de diamètre.

    Rémi Martin : Il faudrait aussi végétaliser les cours d’école…

    Serge Andrieu : On va s’occuper de ça également. Il y a 21 groupes scolaires à Carpentras. Tous sont aux normes en termes d’isolation. Mais il faut d’abord s’assurer de l’isolation. On les isole depuis l’extérieur désormais, on l’a déjà fait. Car à l’époque de la construction des bâtiments, les murs en parpaing avec un doublage en briques rouges, il y avait aussi 10 centimètres de laine de verre. Je suis convaincu qu’aujourd’hui, cette laine de verre est descendue. Il faudra peut-être y revenir, mais je ne me vois pas casser toutes les cloisons.

    Sylvain Espenon : Est-ce que les écoles privées reçoivent des financements ?

    Serge Andrieu : Elles reçoivent 1 000 euros par an et par enfant. C’est la loi. Ça fait partie des lois particulières que j’évoquais tout à l’heure, sans vouloir en dire plus. Il n’y en a qu’une ici, mais c’est un monstre. On donne plus de 500 000 euros par an. On donne beaucoup d’argent. Mais attention, on n’est pas des sauvages ! S’ils ont besoin d’un gymnase, on le prête. S’ils ont besoin d’aide, on la donne volontiers, car ce sont des enfants.

    Nos lecteurs de Carpentras

    Sylvain Espenon, employé à Etex et représentant CGT

    Rémi Martin, retraité

    Ludovic Lemaître, antiquaire

    Sylvie Montard, retraitée

    Aziz El Ghaddar, chauffeur de bus

    Alain Bottgen, retraité de Eurenco

    Joëlle Guérin, retraitée

  • Sabrina Bourgeois, « confiante » dans le choix des Mimétains

    Sabrina Bourgeois, « confiante » dans le choix des Mimétains

    Dans le plus « haut village » des Bouches-du-Rhône, la campagne s’accélère aussi. Dans cette commune d’un peu plus de 4 000 habitants, seule une liste s’est lancée face à Georges Cristiani, maire sortant. Celle d’un Collectif Citoyen (SE), porté par Sabrina Bourgeois, souhaitant proposer une « gestion humaine, dynamique et protectrice » de la commune. Pour rappel, cette enseignante sportive, se lance dans une première campagne électorale, bien qu’engagée dans de milieu associatif de la commune. « Il y a des politiques qu’on peut faire dans des partis politiques mais je m’identifie dans une politique de mon village, une politique de terrain, de par mon engagement dans la vie de la commune. J’avais le sentiment de ressentir son potentiel. Je me sentais beaucoup plus engagée qu’une personne qui peut se dire engagée dans un parti politique (…) Et l’évolution de cette campagne me fait grandir », précise Sabrina Bourgeois. La liste pour le Collectif est déposée, les noms, dévoilés.

    Une liste « jeune »

    Parmi les premiers noms derrière la tête de liste se trouvent Nicolas Lorenzi, enseignant, Muriel Martin-Pettavino, agent territorial, Frédéric De Rosa, enseignant lui aussi, Christelle Veratti, comptable. Sur la vingtaine de colistiers présentés figurent aussi un pompier, une retraitée, un cadre, une infirmière… « Ce sont des jeunes, avec une moyenne d’âge à moins de cinquante ans. On est une nouvelle équipe, qui propose un nouveau projet pour que Mimet ne s’éteigne plus : avec l’équipe municipale sortante
    – qui n’a pas de programme, que des promesses – ça n’avancera pas. Alors qu’avec notre liste engageante, endurante, motivée, on est sur un projet ou l’on va tous dans la même direction, le même bateau
     », estime Sabrina Bourgeois. Si elle n’est pas encartée, la candidate estimait, lors de précédentes rencontres, que la liste portait une sensibilité à gauche. En doublon de la présentation de sa liste, l’occasion a été, pour la candidate et son équipe, de présenter les trois axes principaux du programme : un territoire durable et aménagé, un quotidien serein et solidaire, un village vivant et citoyen. « Plus on avance dans la campagne, qui pour nous est très structurée, programmée, préparée, et plus nous sommes confiants du résultat et sur le vote des Mimétains, estime Sabrina Bourgeois. On a envie que des choses bougent, que le village revive, c’est très réconfortant d’avoir ce retour, de se dire qu’on a de bons projets, auxquels les Mimetains adhèrent ».

  • Nicolas Koukas présente des mesures pour recoudre Arles

    Nicolas Koukas présente des mesures pour recoudre Arles

    Patrick de Carolis a « fracturé la ville », accuse Nicolas Koukas (PCF), candidat de l’Union pour Arles. La faute, peut-être, à une façon de gouverner « très verticale » dont il veut se démarquer. « Sur les six dernières années, les habitants n’ont pas eu le sentiment d’être écoutés, considérés, entendus, on a décidé à leur place. La question de la méthode est très importante. On a un fonctionnement tout à fait différent. » À commencer par « la réalisation du programme qui s’est fait en concertation pendant de longs mois. »

    Le candidat veut mettre en place une gestion communale du quotidien qui intègre les habitants, avec des services publics de proximité. « On rouvrira et on redonnera vie à toutes les mairies annexes, qui deviendront de véritables maisons des services publics pour que les démarches soient accessibles. » Le programme prévoit de doter les conseils de quartiers et de villages de budgets propres pour que les riverains « décident d’eux-mêmes des investissements ». Nicolas Koukas plaide également pour la tenue de réunions trimestrielles entre élus, administrés et services municipaux pour évaluer les avancées des politiques publiques et les adapter aux besoins.

    Une ville qui protège

    Le candidat veut non seulement une « ville plus juste », mais aussi « une ville qui protège ». Une ambition qui passe par des mesures comme le rétablissement de la gratuité de la première heure du périscolaire, un grand plan de rénovation des écoles doté de 12 millions d’euros sur six ans, la création d’un centre municipal de santé, en lien avec l’hôpital public, « pour permettre à chaque Arlésien de se soigner, même sans médecin traitant » ou encore la mise en place d’une brigade municipale du logement, chargée de lutter contre les marchands de sommeil et les logements indignes ou le renforcement de la présence des médiateurs sociaux et des éducateurs de rue pour une meilleure prévention.

    Côté pouvoir d’achat, Nicolas Koukas s’engage à ne pas augmenter les impôts locaux mais envisage une hausse du tarif d’entrée dans les monuments (entre 3,5% et 5%) pour obtenir de nouvelles recettes et investir dans d’autres politiques publiques, comme la gratuité des transports, « notamment pour les personnes âgées ». « On a fait estimer ce coût, qui est d’environ 300 000 euros à l’ACCM. On le prendra en charge. On va aussi enclencher une réflexion plus large pour l’ensemble de la population. »

    Le candidat veut également faire baisser les factures avec un projet de géothermie. « On travaillera en lien avec un opérateur public pour créer un réseau de chaleur urbain, sortir des énergies fossiles et des logiques de marché en valorisant les ressources renouvelables et chauffer les bâtiments publics, les logements collectifs et les entreprises », explique-t-il.

    S’agissant du budget communal, Nicolas Koukas compte bien pousser pour obtenir « la reconnaissance par l’État d’un statut particulier en association avec d’autres communes qui ont la même caractéristique que nous, à savoir qu’elles sont très étendues et que les recettes qui sont les leurs dépendent du nombre d’habitants et pas de leur superficie ».

  • À Marseille, la balade des gens heureux

    À Marseille, la balade des gens heureux

    À l’angle de la rue du capitaine Dessemond et des Catalans, les voitures sont contraintes de bifurquer vers l’avenue de la Corse (7e). « Hé, mon vier », fait entendre un conducteur au volant avant de tourner les roues devant les barrières de sécurité. Un tumulte routier et une ponctuation de dépit qui laissent place, de l’autre côté de ce balisage, au doux murmure et aux sourires généralisés des passants de la 34e édition de La voie est libre, dimanche 22 février. Et la dernière du mandat du Printemps marseillais, qui avait lancé ce dispositif de piétonisation de la Corniche en 2021, réunissant à chaque reprise des milliers de personnes. Un petit symbole à Marseille, cette ville parmi les plus embouteillées et polluées d’Europe, et dénuée d’un réseau de « transports en commun digne de ce nom », fait remarquer Monique, jeune grand-mère habitant le secteur, venue se dégourdir les jambes en compagnie de son petit-fils. Des Catalans jusqu’au monument de l’Hélice sculpté par César, la Corniche devient le royaume des piétons et des « mobilités douces », présente la Ville, trottinettes et vélos en tête. « La voie est libre, c’est une réussite. Pas besoin de se méfier des scooters en traversant, pas un bruit. Et on profite du panorama », se réjouit, avec les îles du Frioul en toile de fond, Sophie, sexagénaire endimanchée qui confie « avoir souvent voté à droite par le passé ». Au niveau de Malmousque, Tom vient d’achever sa course à pied. Après quelques soupirs de fatigue, ce jeune néo-arrivant aux codes bobos résume son impression : « C’est une carte postale vivante. Si ça pouvait se produire plus souvent… On en est loin mais il faudrait aussi inonder la ville de pistes cyclables. » Autant de postures et considérations qui disent bien des choses de cet autre Marseille, celui d’un 7e arrondissement au vernis bourgeois.

    « Relaxant »

    Le public de La voix est libre « est composé par une majorité de gens qui habitent le 7e arrondissement, entre 50 et 60%. Un bon socle auquel il faut rajouter les habitants des arrondissements alentours ainsi que les touristes et les visiteurs », détaille la maire du premier secteur, Sophie Camard (GRS), devant sa permanence de campagne établie à Malmousque. « C’est un rendez-vous désormais bien inscrit et personne ne voudrait le voir s’arrêter », affirme l’élue, se référant aussi bien à la joie des badauds qu’aux récentes déclarations de Romain Simmarano (Ren), porte-parole de la candidate de la droite aux municipales, Martine Vassal, qui a déclaré il y a quelques jours à La Provence vouloir la poursuite de La voix est libre « avec un tracé jusqu’à l’Escale Borély ».

    Entre des cabanes de restauration et un parcours de trottinettes dédié aux enfants, un groupe s’agite. « 1,2,3, pour Benoît Payan, tous ensemble ! », se motivent des joggeurs militants, un t-shirt blanc floqué du nom de leur favori et du logo du Printemps marseillais sur le dos, avant de cavaler faire circuler une pétition pour préserver La voix est libre. Que signe Nawyr, réalisateur marseillais et tout frais père de famille venu pour la première fois fouler de ses pas le dispositif. « On a l’impression que ce n’est pas le même Marseille. C’est relaxant. Il faudrait même que ça se déploie dans d’autres quartiers, pourquoi pas en centre-ville », fait part cet homme de 39 ans originaire de Belsunce. Corridor de 3,5km de calme pour l’occasion, l’apaisement de la Corniche rejaillirait presque sur les visages de ses promeneurs. Une torpeur contemplative qu’une fanfare de musiques latines ou des rires de minots viennent bousculer de temps à autre. Non loin du monument aux morts de l’armée d’Orient et des terres lointaines, de jeunes chanteurs gospel fredonnent « you don’t have to worry and don’t you be afraid ».