Category: accueil-merge

  • La CGT comme rempart aux guerres et à l’extrême droite

    La CGT comme rempart aux guerres et à l’extrême droite

    « Face au capitalisme qui se nourrit des guerres et des idéaux de haine, la question que nous devons nous poser aujourd’hui, c’est que doivent faire les organisations syndicales, associatives, politiques ? » C’est par ces mots que Julien Bouillé, co-secrétaire de la CGT 05 a ouvert le débat de ce mercredi dans la Salle des Arcades de Veynes. Le syndicat y a convié des représentants du Mouvement de la Paix, de la Cimade, de VISA (association intersyndicale antifasciste) et des cheminots de la région Paca. La discussion a commencé au sujet de la montée des guerres et des armements, et la façon dont celles-ci servent les intérêts capitalistes dans le monde et la division des peuples.

    « Il y a les utopistes, ceux qui pensent qu’on fait la paix en préparant la guerre, une ânerie dite il y a 2 000 ans qui n’a jamais été démontrée, et ceux qui pensent qu’il faut agir sur les causes de la guerre. Or, s’il y a des guerres, c’est qu’il y a des inégalités, et qu’il y a des gens qui ont des intérêts à cela », a argumenté Pierre Villard, du Mouvement de la Paix, qui a par ailleurs relevé avec humour que la table ronde, réunissant six hommes, était peu représentative de la société française. Or, face à ces guerres et ces inégalités qui produisent des migrations, la réponse des autorités nourrit la division, selon Patrick Marsauche, représentant de la Cimade : « Le plus intolérable, c’est la façon dont ces personnes sont reçues. Depuis décembre 2015, la France a de nouveau fermé la frontière dans les Alpes, et refoulé des demandeurs d’asiles, alors qu’elle a déjà été condamnée pour cela, c’est illégal ! », s’est-il indigné. Pour les débattants, le syndicalisme doit être au cœur de la riposte collective. « Les syndicats ont pour responsabilité de faire obstacle à l’extrême droite, il en est l’ennemi comme on l’a vu à Carcassonne où le maire RN veut interdire à la CGT l’accès à la Bourse du travail », a alerté Jean-Albert Guidou du pôle CGT sans-papiers.

    Proposer une alternative collective

    Comme exemple d’action collective, il a rappelé que les travailleurs sans-papiers sont régulièrement à l’initiative de luttes victorieuses sur le terrain, citant plusieurs mobilisations récentes réussies. Après avoir discuté de la façon de lutter pour briser les isolements et faire naître la solidarité, Julien Bouillé a ainsi conclu le débat : « Rien ne changera si on reste dans son coin et qu’on accepte d’être mis en concurrence, opposés entre travailleurs, entre précaires, entre français et étrangers. Ce qui change, c’est quand on s’organise, qu’on lutte ensemble, qu’on construit un rapport de force. »

  • [Entretien] Romain Baciak (CGT) : « Encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin »

    [Entretien] Romain Baciak (CGT) : « Encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin »

    C’est un nouveau coup de massue qui frappe l’industrie en France.
    Le groupe français Michelin, leader mondial des pneus, a annoncé ce jeudi matin un dispositif de départs volontaires en France portant sur 1
     500 emplois, soit près de 10% de sa masse salariale. Le groupe avait déjà supprimé 1 246 emplois en France en 2024 dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), en fermant deux sites industriels dans l’ouest du pays, à Cholet (Maine-et-Loire) et Vannes (Morbihan). Et ce, alors que le groupe a perçu quelque 10 millions d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023…

    La Marseillaise : Michelin a annoncé ce jeudi matin un dispositif de « départs volontaires » en France concernant sur « jusqu’à 1 500 postes sur trois ans ». Êtes-vous surpris ?

    Romain Baciak : On n’est pas surpris, il y avait des bruits de couloirs qui circulaient. Nous avions été alertés par la préfecture. Ça fait encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin sur les 14 000 qui reste – si on ne compte que MFPM (Manufacture française des pneumatiques Michelin), soit près de 10% de la masse salariale. On sait que derrière, ça induit 4 à 5 emplois supprimés en plus. Ça signifie donc 6 000 à 7 500 emplois en France qui vont disparaître grâce à Michelin. Il y a deux ans ça concernait les sites de Vannes et Cholet. Un peu avant c’était la Roche-sur-Yon. Moi, je suis aux Carmes à Clermont-Ferrand et nous avons été impactés par ces précédents plans. C’est à se demander si un jour il restera des Michelin en France ou pas.

    Comment la direction de Michelin justifie-t-elle cette annonce ?

    R.B. : Elle va encore le justifier, je pense, par les coûts, en disant que la vie est trop chère, etc. Mais Michelin est celui qui vend les pneus les plus chers. Si lui n’y arrive pas, comment font les autres groupes pour s’en sortir ?

    Comment comptez-vous au sein de la CGT Michelin vous opposer
    à ce nouveau plan social
     ?

    R.B. : Pour l’instant, ça vient de tomber donc on ne sait pas quels seront les salariés concernés. On ne parle que de départs volontaires mais on sait ce que ça veut dire chez Michelin : on supprime ton poste, il faut que tu partes. On va attaquer les négociations en connaissant déjà la position de la CGT. On ne signera pas un plan comme ça. La CGT est le seul syndicat qui est pour la réindustrialisation du pays.

    Aujourd’hui, quand on est syndicaliste, on ne peut pas être pour des suppressions de postes. Si on valide des suppressions de postes, derrière, il faut aussi penser aux générations futures. C’est-à-dire que 1 500 postes en moins sur Michelin, ça fait 1 500 postes en moins pour nos enfants et nos petits-enfants. Je sais que tous les syndicats ne sont pas d’accord avec nous. Moi, je ne conçois pas qu’on soit là pour valider des suppressions de postes. Reste à savoir ce que feront les autres organisations syndicales.

    La commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises avait mis en cause Michelin qui avait révélé avoir perçu plus de 10,6 millions d’euros d’aides en 2023. Est-ce toujours le cas ?

    R.B. : Tous les ans, Michelin touche des aides publiques. Le groupe en a touché pour son usine de La Roche-sur-Yon et a été contraint de rendre 4,3 millions d’euros [le site a fermé en 2020, Ndlr.]. Mais il avait touché beaucoup plus. Cet argent a été restitué parce que Michelin a été forcé par le sénateur Fabien Gay [PCF], qui a mis le sujet en avant. Si ça n’avait pas été le cas Michelin aurait toujours ces 4,3 millions d’euros dans sa poche.

    Quelle est la demande que vous formulez à l’État ?

    R.B. : À l’État, tout ce qu’on demande, c’est d’arrêter de donner des subventions publiques à des entreprises qui font des milliards de bénéfices et qui reversent des milliards d’euros aux actionnaires. Cette année, Michelin a quand même pioché dans ses réserves 200 millions d’euros pour les donner aux actionnaires. Quand on est capable de piocher des millions d’euros pour les donner à ses copains les actionnaires, on peut sauver des emplois ! On doit être le seul syndicat à être contre ça et à agir pour la réindustrialisation du pays. Les autres votent pour les PSE…

    Quel message souhaitez-vous faire passer ?

    R.B. : Le message, il est clair : aucune suppression de postes chez Michelin. Et puis, que l’État arrête de les valider ! Quand une entreprise fait des milliards de bénéfices, qu’on n’ait pas le droit, même si c’est des départs volontaires, par des ruptures conventionnelles collectives (RCC), par des accords de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP), ou autre, de supprimer des postes.

  • La Belle de Mai en fête pendant trois jours

    La Belle de Mai en fête pendant trois jours

    Rassembler le quartier de la Belle de Mai autour d’animations proposées par des écoles, des structures, des associations ou des collectifs, tel est l’esprit du festival. Dans un quartier trop souvent stigmatisé, l’événement incarne « un temps de revendication joyeuse (…), de partage et de convivialité, confie Serge Pizzo, membre du Comité de pilotage de la Belle Fête de Mai. C’est une fête attendue par le quartier. D’autres viennent parce que l’esprit de la fête leur plaît. C’est un public très varié, marseillais et familial. »

    Dans le sillage des Plus Belles de Mai, événement qui proposait quatre soirées festives courant mai, les festivités débutent à partir de ce vendredi et jusqu’à dimanche. Les animations occupent « deux points centraux : la place Caffo et le boulevard Boyer, espace déléguée à la jeunesse et la petite enfance », signale Serge Pizzo.

    « On a coordonné nos deux manifestations », ajoute-t-il. Après les déambulations des Plus Belles de mai avec La Déferlante bleue, qui rend hommage aux cigarières, « ils nous transmettront le flambeau et on enchaînera avec la Belle fête de mai à partir de 18h ce vendredi ».

    Le maire de Marseille, Benoît Payan, le maire de secteur, Anthony Krehmeier, et le délégué aux fêtes de quartier, Ahmed Heddadi, seront présents.

    « Un temps de revendication joyeuse »

    Au cours du week-end, de nombreux collectifs et associations de quartier seront de la partie. « Il y a cette volonté de se rassembler, être solidaire, rester militant, et tous ces collectifs sont dans cet esprit, souligne Serge Pizzo. Samedi soir, on fait place à la fête avec des animations musicales. »

    Lors de cette soirée de samedi, l’association Mot à mot et les collectifs On le fait pour nous et Mira organisent un grand repas partagé. En clôture, dimanche, les structures du quartier sont mises à l’honneur et ouvrent leurs portes au public pour présenter leurs activités avec des animations.

  • [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    La Marseillaise : Qu’aborde concrètement le livre « La matrice des classes sociales » de Vivek Chibber, dont vous avez écrit la préface ?

    Florian Gulli : Déjà, il faut souligner que, malgré ce que pourrait suggérer le titre, il ne s’agit pas de dire qu’il faut revenir à la façon dont la gauche parlait de classes sociales dans les années 1950. L’ambition est d’intégrer toutes les critiques qui ont été adressées à l’analyse de classe pour proposer une version plus robuste du matérialisme.

    Le cœur du livre part d’une question classique du marxisme. Karl Marx défendait que le capitalisme allait forcément s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. L’idée est qu’il fait mécaniquement souffrir de plus en plus de monde et qu’il crée, du même coup, ses propres fossoyeurs. Mille fois, on a annoncé que le capitalisme allait s’effondrer. Ça ne s’est jamais produit. Pour le justifier, des explications ont commencé à émerger à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’idée que le non-avènement de la révolution résulterait de l’émergence de médias manipulateurs. L’aspect matérialiste a été progressivement abandonné, pour laisser place à une gauche plus élitiste, qui perd progressivement le lien avec les classes populaires. Ici, l’auteur tente de donner une explication de classe au non-effondrement du capitalisme.

    Quelle explication propose-t-il ?

    F.G. : Lui, en suivant le schéma classique du marxisme, dit qu’en effet le capitalisme nous paupérise, nous prolétarise et nous fait souffrir. Une situation qui produit effectivement une résistance, mais individuelle, pas collective. La thèse est que l’erreur de Marx et des marxistes a été de croire que le capitalisme produirait forcément une résistance collective. Les gens souffrent du capitalisme et essaient de s’en sortir, mais en tentant de grimper à l’intérieur de leur entreprise, pour obtenir une meilleure position. Donc, s’ils n’ont pas fait la révolution, ce n’est pas parce qu’ils ont été abrutis par les mass media mais parce qu’ils se sont résignés. Cette perspective est compatible avec une certaine bienveillance à l’égard des classes populaires. C’est un phénomène de résignation générale.

    Comment expliquer l’émergence de cette résistance individuelle quand on sait qu’une résistance collective a pu exister ?

    F.G. : Il y a eu des transformations des conditions historiques et sociales. Au début du XXe siècle, la grande industrie rassemblait 30 000 ouvriers au même endroit, ce qui facilitait de fait le militantisme. On touche 30 000 personnes avec un tract en une heure, quasiment. Alors que dorénavant, les unités sont beaucoup plus petites, tout est très déconcentré. Donc, forcément, c’est plus difficile. Vivek Chibber parle aussi de l’évolution des villes et de la disparition des quartiers ouvriers, où il pouvait se créer des sentiments de solidarité et de proximité. Tout ça a disparu. L’idée n’est pas de dire que tout est foutu, mais qu’il faut trouver un moyen de briser la résignation.

    Et les partis et les syndicats sont dans ce cadre un outil indispensable pour l’auteur…

    F.G. : La perte de crédibilité de la gauche auprès des classes populaires vient d’abord de l’abandon de la conception matérialiste, mais aussi de la disparition des partis dans le quotidien des gens, avec des cellules de quartiers, ce genre de choses. Lui suggère d’y revenir. En fait, tant qu’on n’a pas créé une culture de partis, ce n’est pas très rationnel de faire grève. Autant ne pas y aller et laisser les autres s’engager. S’ils gagnent un truc, tant mieux. S’ils perdent, je n’ai rien perdu. Le seul truc qui a permis de mettre un terme à la logique du « passager clandestin », ce sont les partis, qui lient les uns avec les autres par des liens moraux.

  • « Le profit optimal, seul mobile de l’ensemble des prévenus »

    « Le profit optimal, seul mobile de l’ensemble des prévenus »

    « Attaquer un organisme social, c’est contribuer à la destruction de notre système de santé considéré comme le meilleur au monde », a lancé la procureure Irina Ternova au procès d’une « escroquerie bien réfléchie » qui a permis au dentiste Mohamed Chérif de facturer près de 11 000 actes pour l’essentiel fictifs en 29 mois avec le concours de patients rétribués. Un braquage en gants chirurgicaux à plus de 2,6 millions d’euros au préjudice de l’Assurance maladie.

    « Le profit optimal est le seul mobile de l’ensemble des prévenus dans ce système frauduleux qui lui a permis de s’enrichir aux dépens de la société. Il avait un train de vie luxueux et il flambait. » Le ministère public a requis 5 ans de prison dont un an ferme sous bracelet, 100 000 euros d’amende dont moitié avec sursis, 3 ans d’interdiction d’exercer et la confiscation de l’ensemble des biens saisis soit plus de 1,3 million d’euros. L’URSSAF lui a réclamé 26 300 euros pour deux emplois non déclarés dans son cabinet.

    À l’encontre de Fella Cherif, l’intermédiaire commissionnée pour rabattre des patients complices et des cartes vitales, il est requis 2 ans de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. « Elle a reconnu à l’audience avoir touché 10% de commission et 1 500 euros par carte Vitale ou patient envoyé. » La caisse d’allocations familiales réclame au couple plus de 63 000 euros car l’intermédiaire se faisait aussi passer pour une mère isolée et se gaver de prestations sociales pour financer des voyages au frais des assurés sociaux.

    Des peines de 3 à 18 mois de prison avec sursis et des amendes de 2 000 à 7 000 euros sont requises contre six proches. « Ils ont escroqué en toute connaissance de cause la CPAM dans une coopération où ils ont trouvé leurs intérêts. » Quatre autres prévenus ont été condamnés le 20 mai en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité à 6 mois de prison avec sursis et plusieurs milliers d’euros d’amende.

    Pour l’Assurance maladie, Me Gilles Martha a alerté sur « l’émergence nouvelle de réseaux de fraude professionnalisés, organisés, capables de générer des préjudices massifs en un temps très court ». Dans les Bouches-du-Rhône, les fraudes ont augmenté de 261% en 5 ans, s’élevant pour 2025 à 50,2 millions d’euros dont 17 millions d’euros de fraudes évitées. La part imputée aux professionnels de santé dans notre département est de 73%. Le dentiste jugé représente à lui seul 5,5% de « cette fraude [qui] a servi à nourrir le rêve d’une vie dorée faite de montres, de sacs, de voitures. Il a transformé la solidarité sociale en modèle économique et fait vaciller le pacte social ». Le jugement a été mis en délibéré le 6 juillet.

  • Procès Bingui : n’est pas « Pirate » celui qu’on croit

    Procès Bingui : n’est pas « Pirate » celui qu’on croit

    Des « Pirates », « il y en a plusieurs à Marseille, moi j’en connais deux » a assuré ce jeudi 28 mai à la barre de la 7e chambre du tribunal correctionnel, Mohamed H., présumé bras droit de Félix Bingui, dans le cadre du procès du clan Yoda. Mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs, blanchiment, le tout en état de récidive, l’homme de 33 ans est soupçonné d’être le numéro 2 du réseau, se chargeant du ravitaillement en cannabis et assurant la logistique des visites du chef, Félix, dans la cité phocéenne, en louant pour lui des voitures ou en réservant de luxueuses chambres d’hôtel. Proche de Bingui, il l’est reconnaît-il, « depuis petit » car ils sont du même quartier. Un temps éloignés, ils se recroisent en 2020. Une amitié qui va jusqu’à créer une société fictive commune à Dubaï pour obtenir le statut de résident. C’est à peu près tout ce dont il conviendra.

    Pour le reste, après avoir été livreur 6 mois et perdu son permis, il se contente notamment de trafic de cigarettes, de jeux d’argent. Licites avec des paris sportifs rapportant jusqu’à 70 000 euros ou moins légaux, avec un jeu de dés, la « barboute » auquel il est « très chanceux » ose-t-il. Il s’y livre dans l’arrière-boutique de l’alimentation de la rue Thubaneau dont il était le gérant et où pouvait être conditionnée la drogue selon les policiers.

    Un « bon ami »

    Pour justifier ses déplacements la nuit, « avec de nombreux arrêts rapides » aux quatre coins de Marseille, il évoque sa consommation de cannabis : « Je m’arrêtais pour rouler des joints. » Les convois jusqu’à Avignon ? Des « balades à moto » et le mariage d’amis dont son avocat produira l’acte en cours d’audience. S’il a pu louer jusqu’à dix voitures « en peu de temps » s’étonne la présidente, c’est parce qu’il les sous louait « au black » à Bingui comme à « tout le monde ». En revanche, il se faisait conduire à peu de frais à Paris, Barcelone, en Algérie par des amis « serviables » ironise la présidente qui s’étonne de ces « sauts de puce ». Mohamed H. assume : il aime « se faire plaisir » et apprécie les femmes.

    Il change tous les mois de puce de téléphone et donc de numéros, « ce n’est pas pratique » commente la présidente, parce que « ça coûte moins cher ». Les vêtements, parfums, baskets et sacs de luxe saisis à son domicile, les cinq boîtes de montres Rolex, estimées de 16 000 à 21 000 euros retrouvées chez ses parents, c’était « des produits que j’allais revendre » assure-t-il. La note manuscrite, retrouvée dans la poche de son blouson, une liste de sommes et de surnoms, dont celui d’un homme condamné pour trafic de drogue il y a une dizaine de jours rappelle un assesseur, elle n’est pas à lui. Enfin il réfute avoir demandé à Mahrez K. d’endosser la responsabilité d’un accident de voiture mortel à Dubaï, qui a conduit ce dernier en prison. Il s’est juste senti « obligé de l’aider » en « bon ami ».

  • Les hébergés chez un tiers, l’angle mort du mal-logement

    Les hébergés chez un tiers, l’angle mort du mal-logement

    Un quart des demandes au 115 à Marseille sont des appels de personnes hébergées par un tiers, présente Lucille Montigaud, coordinatrice de l’Observatoire. Et cette réalité a des incidences sur le développement de l’action publique. » À la frontière du sans-abrisme, cette situation concernerait entre 7 800 personnes et 9 180 personnes dans la couronne parisienne, selon l’enquête « Hebtiers » réalisée par l’Observatoire du Samu social de Paris, invité au débat à la faculté de Droit et Sciences politiques de la Canebière.

    Être hébergé, c’est être « moins prioritaire » au relogement avait déjà remarqué l’Association des usagers de Paca qui conseillait à ses adhérents de cocher la case « à la rue » dans les formulaires de demande de prise en charge institutionnelle. Et face à un 115 saturé, « au sein des commissions, c’est une urgence un peu difficile à faire entendre » accorde également Margot Bonis, chargée de mission du Réseau hospitalité. Entre le dépannage gracieux d’une chambre d’ami en cas de coup dur et le prêt d’un canapé avec contrepartie financière ou d’aide-ménagère, voire du travail assimilé à de la traite d’humain, « les situations sont très variées, et la précarité s’installe sur le long terme », notait en introduction Francis Vernede, directeur Paca de la Fondation pour le logement des défavorisés.

    Bains-douches, centres d’hébergement, d’accès aux droits ou points de distribution de colis alimentaires, l’enquête du Samu social de Paris a été menée dans différents lieux mais c’est au sein des accueils de jour que sa version approfondie a été privilégiée. « Près de 50% des personnes en accueil de jour ont été hébergées chez un tiers lors des 12 derniers mois », indique le rapport. Ce recours est souvent associé à des conditions dégradées avec des contreparties implicites ou explicites « avec violences déclarées pour 60% des femmes ». Ces violences peuvent être « verbales, administratives avec la confiscation de papiers d’identité, la privation de liberté d’aller et venir, des menaces de dénonciations à la police ou physiques, viols… », précise Amandine Lebugle, chercheur à l’Observatoire du Samu social de Paris. Et « 52% n’en ont jamais parlé », complète son homologue Jacques Pisarik.

    Réajuster les radars

    En interrogeant la boîte noire de l’hébergement par des tiers, le Samu Social a souhaité mettre à jour ces situations et les quantifier. C’est à un rapport plus qualitatif, basé sur des données existantes enrichies de témoignages sur les conditions d’hébergement que la Fondation pour le logement des défavorisés s’est attelée. « Lors des démolitions Anru, dans les diagnostics sociaux, on trouve énormément d’hébergés par des tiers dans le parc social, souligne Edgar Aubisse chargé d’études. Et même si c’est à titre gratuit, la peur de la perte de droits Caf est un frein à la déclaration. » Dans ce mal-logement invisible, il y a le mal-vivre des hébergés qui « doivent se faire le plus petits possible, ajuster leurs gestes et leurs horaires, ne surtout pas déranger… les enfants développent de l’anxiété ». Dans la majorité des cas, même bien démarrée, la relation avec l’hébergeur se dégrade.

    L’objectif de l’étude était de « lever les angles morts afin de mieux orienter les politiques publiques », a rappelé Francis Vernede. « À Marseille, il y a des collectifs très actifs qui nous alertent, mais on veut travailler sur ceux qui passent sous tous les radars », a assuré Gilles Aspinas, directeur des Solidarités à la Ville, qui soutient l’Observatoire des pauvretés. Une réalité d’autant plus préoccupante dans un contexte de tension accrue sur le logement, à laquelle Séverine Brun, cheffe de pôle à la DDETS 13, entendait « travailler, éclairée par cette enquête ».

  • La ligne très haute tension de Fos en réponse à une forte demande

    La ligne très haute tension de Fos en réponse à une forte demande

    « On est reparti en légère hausse. » Ce jeudi, dans le siège régional de RTE (Réseau de transport d’électricité) à Marseille, Gilles Odone, délégué de RTE en Méditerranée, entend rester « factuel » lors de la présentation du bilan électrique de la région Sud pour l’année passée. « La consommation est de l’ordre de 39,3 TWh [térawattheure, Nldr.], c’est 1,4% de plus qu’en 2024 », campe-t-il. Une consommation à mettre au regard de la production régionale : 17,3 TWh. « On représente un peu moins de 10% de la consommation nationale mais on ne représente que 3,2% de la production nationale », résume Gilles Odone. Lequel rappelle les particularités locales : « La production hydraulique [via les barrages par exemple, Ndlr.] c’est le premier moyen de production de la région (…) environ 40% de l’électricité consommée vient d’en dehors de la région. »

    Un bilan qui amène l’acteur à assurer que « les conditions sont réunies pour accélérer l’électrification ». Comprenez par là, le passage au tout électrique et la décarbonation de l’industrie. Et c’est justement pour ses projections vers l’avenir que l’acteur est attendu au tournant, puisque porteur du projet de construction de ligne très haute tension (THT) de 400 000 volts entre Jonquières (Gard) et Fos-sur-Mer en vue de cette décarbonation. « La ligne THT est aujourd’hui en instruction », élude Gilles Odone, sans rentrer dans les détails. Concrètement, RTE avance un premier chiffre illustrant les exigences à venir : « Les besoins en électricité de l’ensemble de la région sont évalués à environ 4 000 MW [Megawatt, Nldr.] à l’horizon 2030. » Et un autre qui montre aussi l’ampleur des sollicitations : « On a reçu plus de 6 000 MW de demandes de raccordement, c’est l’équivalent de la consommation actuelle de la région. »

    « Même sans Carbon… »

    Cette demande exponentielle s’explique par deux facteurs : « Il y a des besoins diffus, liés à l’électrification du pays : raccordement de bornes électriques, des navires à quai dans les ports, installation de pompes à chaleur… Il y a aussi les industriels, par exemple sur la zone de Fos, qui vont se décarboner, car ils n’ont pas le choix. » Mais la décarbonation sur le pourtour de l’Étang de Berre reste au stade de la lettre d’intention pour l’heure. Et les projets structurants de son électrification sont en suspens, voire pire comme avec l’exemple de l’usine géante de panneaux solaires, Carbon, qui a été abandonnée. « Il n’y en a pas beaucoup qui ont des décisions d’investissements », reconnaît Gilles Odone. Mais pas d’inquiétude du gestionnaire du réseau : « Même sans Carbon, on est au-delà de 6 000 MW de demandes. Nos infrastructures doivent être robustes. » D’autant que géographiquement, c’est bien cette zone qui concentre les besoins à venir : « Sur les 6 000 MW de demandes de raccordement, les deux tiers concernent la zone de Fos-sur-Mer. » Et même dans le pire des scénarios, où l’électrification des industries se ferait a minima, RTE assure qu’un renforcement des infrastructures serait quand même nécessaire : « Il y aura des sujets à résoudre. » Il cite notamment la question de la production hydraulique au regard du changement climatique. Autre argument : Sur les 4 000 MW estimés, environ 20% vient des « besoins diffus » qui sont eux aussi grandissants. En bref : « La structure du réseau très haute tension du Sud-Est n’est plus adaptée à cette hausse des consommations. »

  • Les centres-villes alpins vidés d’habitants et de commerces

    Les centres-villes alpins vidés d’habitants et de commerces

    Devant le manque de commerces et la désertification des centres-villes, de nombreux Bas-Alpins vont jusqu’à Marseille, Aix ou Plan de Campagne pour faire les magasins et trouver une offre satisfaisante. « Quasiment tous les élus ont mis au cœur de leur programme la redynamisation des centres-villes, parce que c’est une nécessité », avance Jean-Pierre Pradalier, vice-président de la CCI en charge du commerce.

    « Digne est plus en souffrance que d’autres communes du département. Les indicateurs ne sont pas bons, il y a un taux de vacance commerciale à 24%. La moyenne nationale est entre 11 et 12%. Donc, à Digne, on a un taux de vacance deux fois supérieur à la moyenne nationale, c’est préoccupant », regrette-t-il.

    « La redynamisation et la revitalisation du centre-ville, c’est le cœur de notre mandat », lance Myriam Sereno, adjointe au maire de Digne déléguée au commerce. « On a eu plusieurs fermetures de magasins importants qui ramenaient du monde, et du coup on a perdu en dynamisme », explique-t-elle. Elle-même ancienne commerçante, elle a perdu 15% de son chiffre d’affaires quand Camaïeu a fermé. « Il y avait des promotions tout le temps. Les gens venaient pour ça. »

    Manager de commerces et parkings gratuits

    Jean-Pierre Pradalier décrit « une spirale négative avec des commerces qui ferment, à partir de là, votre centre-ville est moins attractif, et comme il est moins attractif, les gens viennent moins. Et comme les gens viennent moins, les commerces vendent moins, etc. C’est un cercle vicieux ».

    Lors d’une table ronde sur la dynamisation des centres-villes organisée dans le cadre de l’assemblée générale de la CCI jeudi, le maire de Barcelonnette a également décrit un centre-ville en difficulté : « on a une vraie capacité commerciale historique qui est en train de péricliter », a-t-il regretté. 50% des commerçants ne parviennent pas à transmettre leur commerce quand ils souhaitent prendre leur retraite, selon Jean-Pierre Pradalier. « Une fois le rideau baissé, il faut se bagarrer pour rouvrir. »

    Les élus ont également insisté sur l’importance d’avoir un manager de commerces, qui permet de recenser les locaux vacants et d’aller chercher des repreneurs. Une autre problématique importante pour dynamiser les centres-villes est le stationnement, dans un département où la voiture est inévitable. « Dans des villes comme les nôtres, on ne peut pas chasser totalement la voiture des centres-villes », avance Jean-Pierre Pradalier.

    La ville de Manosque a elle réussi à faire baisser son taux de vacance commerciale de 22% à moins de 10% entre 2020 et 2026, grâce à une manageuse de commerces, au développement de parkings avec trois heures gratuites et à la requalification du centre-ville. La première adjointe a insisté sur la nécessité d’une concertation avec les commerçants pour éviter qu’ils ne souffrent trop des travaux.

  • En Vaucluse, la Banque alimentaire croule sous les demandes

    En Vaucluse, la Banque alimentaire croule sous les demandes

    Face à l’épuisement des stocks, la banque alimentaire des Bouches-du-Rhône lance, ce vendredi et samedi, une collecte d’urgence (lire ci-dessous). Chez son homologue vauclusienne, la situation n’est pas aussi alarmante, du moins côté denrées. Mais elle organise aussi de son côté, une collecte ciblée de produits d’hygiène. « Ce sera uniquement dans les hypermarchés Leclerc, mais pas ceux d’Avignon et Morières », regrette Pascale Hémard, présidente de la banque alimentaire de Vaucluse (BA 84). Les bénévoles donnent rendez-vous à Carpentras, Bollène et Valréas. « Celui d’Apt était partant, mais nous n’avons pas assez de bénévoles », confie-t-elle, lançant un appel aux bonnes volontés.

    Car les coups de main, même épisodiques, ne sont jamais de trop pour faire face aux besoins criants de la population. « En 2025, nous avons distribué 1 680 tonnes de denrées, soit l’équivalent de 3 millions de repas à destination de 63 500 bénéficiaires », chiffre Pascale Hémard, alors que l’association tenait mardi son assemblée générale à Cavaillon, au sein du Village, une des 70 associations partenaires. La Banque alimentaire sert de plateforme logistique dans l’aide alimentaire, achetant ou collectant des denrées, distribuées ensuite aux épiceries sociales ou centres communaux d’action sociale. La traduction humaine de ces chiffres, c’est un doublement du nombre de bénéficiaires depuis le Covid. Plus d’un Vauclusien sur dix bénéficie de la Banque alimentaire : « On progresse de 10% chaque année, c’est énorme », s’alarme la présidente.

    Bientôt une épicerie mobile pour les étudiants

    D’autant que les écueils s’additionnent, entre coût des denrées qui grimpe et baisse des dons des grandes surfaces. « C’est en chute libre, -50% en deux ans, car elles vendent de plus en plus leurs produits en antigaspi », constate Pascale Hémard. Lors de l’AG, un fort accent a été mis sur la nécessité d’avoir un soutien fort et pérenne des collectivités. « On a calculé qu’on reçoit 4 euros par bénéficiaire quand cela va de 10 à 15 euros pour les autres départements de la région », souligne la présidente, qui attend davantage aussi des municipalités comme Avignon (8 000 euros d’aides pour 32 000 habitants aidés) et Carpentras (1 000 euros de subsides pour 6 200 habitants).

    « Les pouvoirs publics doivent comprendre que nous apportons une sorte de paix sociale, nous sommes un levier d’inclusion : comment voulez-vous retrouver un travail, réussir à l’école ou ses études, bien vieillir quand la faim vous tenaille », fait valoir la présidente pour (r)éveiller la conscience des décideurs politiques. Le Département octroie 40 000 euros par an, or « il en faudrait le double », estime-t-elle, sachant que le Vaucluse figure parmi les dix départements les plus pauvres de France. Cette année, le Grand Avignon va verser 10 000 euros (somme habituellement consacrée à la cérémonie de vœux que l’agglo n’organise plus). « On est très content mais on ne peut pas se contenter que de one shot, cela n’offre pas de visibilité », poursuit Pascale Hémard.

    Parmi les projets en cours, la mise en place d’une épicerie mobile, à la rentrée, à destination des étudiants, cinq soirs par semaine. « En complémentarité d’autres associations, on a ciblé les étudiants de BTS et de soins infirmiers », précise-t-elle. Reste toutefois encore en friche, l’impérieuse quête de nouveaux locaux. À l’étroit, et difficilement accessible pour les poids lourds, dans son hangar agricole de la ceinture verte, la Banque alimentaire espère tripler sa capacité de stockage (notre édition du 29 novembre). Le Conseil départemental a voté une subvention de 20 000 euros spécifique pour ce projet de relocalisation. Des pistes sur l’emprise du Marché d’intérêt national ou au parc des expositions avaient été mises sur la table mais n’ont pu aboutir. « Il faut tout repenser, on attend que M. Galzi [maire DVD] puisse nous recevoir », conclut Pascale Hémard.