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  • Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    L’ONG SOS Méditerranée a déploré ce lundi 24 août dans un communiqué une « intensification des menaces » en Méditerranée centrale, pointant des interceptions « de plus en plus violentes » d’embarcations de « personnes en détresse » et des poursuites des navires de sauvetage, qu’elle attribue à des « acteurs libyens » et des « groupes armés ».

    Voilà un an, son bateau l’Ocean Viking avait essuyé « des tirs des garde-côtes libyens » assure-t-elle alors qu’il transportait 87 personnes rescapées même si « les responsables de l’attaque n’ont pas été identifiés », convient l’ONG.

    SOS Méditerranée estime que « cet environnement opérationnel, de plus en plus hostile en Méditerranée centrale, n’aurait pas pu perdurer sans l’élargissement de la coopération européenne avec les acteurs libyens en matière de dissuasion migratoire ». « Un phénomène nouveau et préoccupant » a également été recensé par l’ONG entre juin et juillet. Cette dernière affirmant qu’à sept reprises au moins, des navires « liés à des acteurs libyens », certains « non identifiés », se sont approchés « à grande vitesse » de bateaux de sauvetage, ou les ont suivis des heures durant – des « poursuites » jusque dans les eaux internationales.

    Un premier trimestre meurtrier

    Elle souligne également une « augmentation significative de la présence de vedettes rapides non identifiées, liées à différents groupes armés en Libye ». Des embarcations qui « ont été observées (…) percutant délibérément des embarcations transportant des personnes en détresse et en effectuant des manœuvres mettant leur vie en danger », poursuit SOS Méditerranée.

    Pour Soazic Dupuy, directrice des opérations au sein de l’ONG, « cette attaque aurait dû marquer un tournant ». Mais avec ce harcèlement, « le message envoyé est dangereux : la violence en mer peut se poursuivre en toute impunité », alerte-t-elle.

    SOS Méditerranée réitère également un appel pour « une enquête complète et indépendante afin d’établir les responsabilités autour de cette attaque ». Et Soazic Dupuy réaffirme son intention de continuer à « sauver des vies, documenter les violations et veiller à ce que la Méditerranée demeure un espace où s’applique le droit international, la transparence et les principes les plus élémentaires d’humanité ».

    Dans le bilan de ses dix ans d’activité publié en juin, l’ONG s’inquiétait déjà d’un premier trimestre 2026, « le plus meurtrier jamais enregistré », la Méditerranée centrale étant « devenue un cimetière à ciel ouvert non par fatalité, mais du fait de choix politiques de non-assistance à personne en danger ».

    REPÈRES

    821

    C’est le nombre de personnes disparues ou décédées en Méditerranée centrale au cours des quatre premiers mois de 2026, selon l’Organisation internationale pour les migrations, soit une augmentation de 111 % par rapport à 2025.

    43 485

    C’est le nombre de personnes auxquelles SOS Méditerranée a porté secours depuis le 7 mars 2016. Un quart d’entre elles étaient mineures, dont 80 % non accompagnées. Dans le même temps, entre janvier et juin 2026, 35 000 personnes ont disparu en mer.

    27 116

    C’est le nombre de personnes qui ont été interceptées par les gardes-côtes libyens en 2025, d’après l’organisation internationale pour les migrations. Ramenés en Libye, les migrants font face à un système d’exploitation décrit par l’ONU comme brutal et profondément enraciné.

    75,7 %

    C’est la part des décès en Méditerranée qui ont eu lieu en Méditerranée centrale, sur cette route migratoire entre la Libye et l’Italie, une des plus mortelles au monde, du fait, notamment, de la très grande distance qui sépare les côtes des deux pays.

  • Avignon met un coup de règle sur le kit de rentrée scolaire

    Avignon met un coup de règle sur le kit de rentrée scolaire

    « On attend les élections de 2026 avec un peu d’inquiétude. On espère que le futur maire ne décidera pas de supprimer ce dispositif au nom des économies ». Il y a un an, Frédérique Corcoral, alors adjointe au maire en charge du quartier Ouest et des personnes en grande précarité, avait une vision prémonitoire. Le dispositif en question ? Un kit de fournitures scolaires fourni par la Ville à chacun des 8 750 élèves de maternelle et d’élémentaire. Une mesure instaurée à la rentrée de 2024, qui « permet de rétablir une forme d’équité : tous les enfants, quels que soient leurs milieux, arrivent à l’école avec le même matériel », défendait alors Frédérique Corcoral.

    Mais visiblement moins du goût de la nouvelle municipalité Galzi (DVD) qui a décidé de supprimer ce kit, « dans un contexte financier particulièrement contraint et une démarche de revue des dépenses ligne par ligne », répond-on en mairie, sollicitée par La Marseillaise. Elle juge le dispositif « coûteux » [81 000 euros] et peu efficace, « un kit sur 4 n’ayant pas été retiré, ce qui interroge le besoin réel des familles et la pertinence d’une distribution systématique à l’ensemble des élèves ». La municipalité estime que « les réponses existent déjà au plus près du terrain », entre allocation de rentrée scolaire et une « part importante » des fournitures « déjà achetées directement par les écoles grâce aux dotations versées par la Ville ». Des dotations en revanche maintenues, à 42 euros par élève de primaire et 45 euros en maternelle. « En résumé, la Ville fait le choix d’une gestion responsable de l’argent public : réserver ce qui fonctionne, recentrer les dépenses sur les besoins réels et garantir que l’effort éducatif demeure intact », conclut-on à l’Hôtel de ville.

    Pas d’augmentation des tarifs de cantine à ce stade

    Une décision, relevée et dénoncée par la section PCF d’Avignon : « Olivier Galzi choisit de sabrer dans les politiques sociales engagées par ses prédécesseurs, plutôt que de poursuivre les efforts qui permettaient de mieux protéger les familles et d’améliorer le quotidien des enfants avignonnais », poursuit, au nom de la section, Julien De Benito, ex-adjoint de Cécile Helle. Le PCF juge que cette mesure contribuait à « rendre effectif le droit à l’école publique, laïque et gratuite ». Notons par ailleurs, et pour l’heure, que les tarifs de la restauration municipale ne bougeront pas. Baissés par trois fois lors du précédent mandat, ils permettent à un enfant sur deux de déjeuner pour moins d’un euro.

  • [C’est l’été] Depuis les Gilets jaunes, Sabine Raynaud n’a pas cessé de lutter

    [C’est l’été] Depuis les Gilets jaunes, Sabine Raynaud n’a pas cessé de lutter

    C’est « mains dans les poches » que Sabine Raynaud a rencontré pour la première fois un groupe de Gilets jaunes en 2018, sur le rond-point de la Lyre à Montpellier. « Ils m’ont tendu un tract et puis ils m’ont invitée à participer à une de leurs réunions, se souvient-elle. Ça a été le point de départ d’une prise de conscience accrue chez moi, et le début de mon militantisme. »

    À cette époque, à Montpellier, le mouvement social initié sur les réseaux sociaux pour protester contre l’augmentation de la taxe sur les carburants automobiles se structure autour du rond-point des Prés d’Arènes. Beaucoup de celles et ceux qui s’y retrouvent formeront par la suite un groupe de militants actifs dans plusieurs mobilisations, jusqu’à aujourd’hui. « Pendant longtemps, j’ai fait partie de ce collectif issu de la mobilisation de 2018, avec qui je garde des liens de fraternité », raconte Sabine Raynaud. C’est notamment à l’initiative des Gilets jaunes du rond-point des Prés d’Arènes qu’ont été organisées les premières assemblées de préparation du 10 septembre dernier.

    « À l’époque, le rond-point était un lieu où on se retrouvait pour tracter, mais aussi pour discuter, organiser des conférences et des assemblées », poursuit la militante, pour qui ces moments de lutte et de convivialité ont été formateurs à plusieurs niveaux. S’ils lui ont notamment appris à prendre la parole en public, Sabine Raynaud retient aussi que les Gilets jaunes ont permis de montrer qu’il était possible de se rassembler malgré certains désaccords. « Je retiens de cette période la soif de trouver des cadres permettant de se retrouver pour briser les divisions et regarder ensemble qui sont les vrais responsables. » Parmi les leçons apprises, la militante affirme que le mouvement a été la preuve que le peuple est capable de « s’extirper des pièges qui lui sont tendus », mais aussi que, pour cela, il faut s’organiser. « Nous ne sommes pas allés jusqu’au bout du cheminement concernant l’organisation collective. Il faut réfléchir désormais à la manière dont on peut s’organiser pour aller jusqu’au bout de ce type de mobilisation face à un gouvernement qui, de son côté, est très organisé et n’hésite pas à réprimer très violemment. »

    La colère n’a pas disparu

    Sabine Raynaud en est convaincue : « Tous les ingrédients qui ont conduit à la naissance des Gilets jaunes sont encore d’actualité. » Au premier rang desquels : le désaveu de la politique de Macron, contre laquelle la colère n’a fait que s’amplifier depuis. La militante ne tarit pas sur les exemples de crises successives qu’a connues le pays, lors de la réforme des retraites, mais aussi plus récemment avec l’explosion des prix des carburants. « Nous avons d’ailleurs assisté à une forme de réplique des Gilets jaunes lors du mouvement Bloquons tout, le 10 septembre 2025 », affirme-t-elle.

    Désormais, l’enseignante continue de militer sur plusieurs fronts. En plus de son combat syndical au SNUDI-FO 34, elle est membre d’un groupe d’action de la France insoumise. Son engagement a aussi pris une forme nouvelle qui n’était pas d’actualité lors du mouvement de 2018 : celle de la lutte contre la militarisation de la société française. Elle a notamment participé à deux meetings internationaux antiguerre, en octobre 2025 à Paris, puis en juin 2026 à Londres. « Je fais partie de ceux qui organisent une résistance active pour bloquer cette marche à la guerre. En tant qu’enseignante, j’assiste à une augmentation des partenariats entre l’armée et l’Éducation nationale. J’aimerais que la jeunesse ne tombe pas dans le piège. »

  • Fabienne Decottignies : une nouvelle préfète face aux défis gardois

    Fabienne Decottignies : une nouvelle préfète face aux défis gardois

    Sous le soleil lourd du 17 août, le cérémonial a ouvert le bal. Gerbe déposée au monument aux morts du square du 11-Novembre à Nîmes, salut aux autorités civiles et militaires, Marseillaise : Fabienne Decottignies a officiellement endossé les habits de préfète du Gard. À bientôt 55 ans, l’ancienne préfète de la Nièvre succède à Jérôme Bonet, parti en Haute-Savoie, et devient la 83e préfète du département, la deuxième femme à occuper cette fonction après Marie-Françoise Lecaillon.

    Quelques heures plus tard, changement de décor. Dans son bureau, la Nordiste d’origine expose sa méthode, avec un mot qui revient : le terrain. « Un préfet, c’est un géographe », glisse l’historienne de formation. « Il va sur le terrain, il ne reste pas dans son bureau. » Une façon de dire qu’elle entend apprendre le Gard par ses routes, ses communes et ceux qui les font vivre. « Mon but, ce n’est pas d’être la préfète de Nîmes. Je suis préfète du Gard. »

    Le territoire, elle le connaît encore par touches : le Grau-du-Roi, la Camargue, Nîmes et sa Maison Carrée, découverts lors de séjours personnels. Mais cette fois, pas question de regarder le Gard avec des yeux de vacancière. « Je ne viens pas en touriste », prévient-elle. Il faudra en saisir les contrastes, des Cévennes à la Petite Camargue, des quartiers populaires aux terres viticoles, comprendre ses fractures comme ses forces : « Pour pouvoir servir les citoyens du Gard, il faut les connaître. »

    Désormais, il s’agit donc d’en saisir les besoins. Avant le 1er septembre et la période de réserve liée aux sénatoriales, elle veut multiplier les rencontres avec élus, entrepreneurs, associations et citoyens. Dès sa prise de fonctions, elle s’est entretenue avec le maire de Nîmes, Vincent Bouget, et avait déjà pris contact avec celui d’Alès, Christophe Rivenq. Elle a également demandé aux sous-préfets de lui faire découvrir leurs arrondissements, histoire de ne pas laisser la préfecture devenir son unique poste d’observation.

    « Être au cœur de l’action »

    Son parcours lui offre quelques boussoles. Onze années à la Direction générale de la santé, marquées par la canicule de 2003 et la grippe H1N1, puis le ministère de l’Intérieur, la sécurité civile, la préfecture de police de Paris, l’Oise, le Nord et enfin la Nièvre. « Nous sommes tous bâtis par l’expérience », résume-t-elle. Une succession de crises, de territoires ruraux ou urbains et de responsabilités qui lui permet aujourd’hui de revendiquer une « fine connaissance de la gestion de crise ».

    Dans le Gard, celle-ci pourrait vite être mise à l’épreuve : incendies, inondations, épisodes cévenols, tensions autour de l’eau, pauvreté, agriculture fragilisée ou narcotrafic. « Le Gard, c’est presque la concentration de tous les risques naturels possibles », constate-t-elle. Un territoire où la décision préfectorale peut, à certaines heures, se jouer dans l’urgence d’un feu qui progresse ou d’une rivière qui monte. Sur l’eau, la nouvelle préfète ne cache pas son inquiétude. « Si l’on veut éviter la guerre des usages, il faut y travailler maintenant. C’est pour moi un sujet capital. » Face aux risques naturels, elle promet d’« écouter ceux qui savent » : pompiers, ONF, élus locaux.

    Reste la méthode. Fabienne Decottignies revendique « beaucoup d’humilité », mais aussi le goût de l’action. « Mon rôle est de mettre tous les services de l’État autour de la table », affirme-t-elle, pour éviter les fonctionnements en silo et « la suradministration ». Elle veut aussi faire remonter à Paris les réalités d’un département qui ne peut se résumer à des notes administratives. Dans un Gard où les dossiers brûlent parfois aussi vite que la garrigue, la nouvelle préfète veut commencer par écouter. Puis décider. Et surtout « aller dans les communes ».

  • Une pétition réclame une navette estivale Mosson-Plage

    Une pétition réclame une navette estivale Mosson-Plage

    Depuis que Hend Mendoza est devenue maman d’une petite fille il y a trois ans, son quotidien a été bousculé. « Beaucoup d’activités qui semblaient banales deviennent plus difficiles avec un enfant en bas âge », témoigne cette habitante du quartier des Hauts de Massane, à Montpellier. « Notamment effectuer de longs trajets en transports en commun. »

    Cette jeune maman a ainsi constaté que les familles qui ne partent pas en vacances rencontrent des difficultés pour échapper à la chaleur des canicules à répétition en été, notamment avec la fermeture des crèches et de certaines médiathèques : « Emmener ma fille à la plage serait une solution pour échapper à l’isolement pendant les fortes chaleurs. Seulement, depuis les quartiers de la Mosson ou de La Paillade, cela représente environ 1h30 de trajet, avec plusieurs changements. Ce n’est donc pas envisageable avec ma fille. » C’est pour cette raison qu’après avoir consulté toutes les alternatives, la jeune maman a lancé une pétition en ligne il y a environ un mois, pour réclamer une navette de bus estivale directe entre la Mosson et la mer. Celle-ci a déjà rassemblé 251 signatures.

    Réduire les inégalités

    « La mise en place d’une navette pourrait aussi aider les communes alentour, comme Grabels, poursuit Hend Mendoza. Je connais plusieurs jeunes mamans qui sont dans des situations difficiles et cela pourrait permettre de rompre leur isolement ou, a minima, de leur offrir un moment de répit. »

    Après avoir réfléchi à son idée, la jeune femme a contacté de nombreux élus, mais la plupart de ses relances sont restées sans réponse. Une seule a manifesté son intérêt pour le projet : Alenka Doulain, conseillère municipale d’opposition à la mairie de Montpellier et membre du groupe la France insoumise et les Verts populaires. Dans une vidéo publiée sur son compte Instagram le 31 juillet, celle-ci reprend la demande d’une navette « Mosson-Plage » en expliquant que rejoindre le littoral pour les familles avec des enfants en bas-âge est « mission impossible ». Face à la caméra, l’élue rappelle que la Paillade rassemble plus de 20 000 habitants, dont de nombreux enfants et adolescents qui vivent dans des logements collectifs. Elle affirme que l’initiative sera donc portée par son groupe à la connaissance de la mairie de Montpellier.

    Au-delà de l’accès aux plages, Hend Mendoza élargit sa réflexion sur les difficultés que peuvent rencontrer les familles modestes quant à l’accès aux loisirs pour leurs enfants durant les périodes estivales. « Beaucoup de parents connaissent des difficultés financières et ne peuvent pas emmener leurs enfants en vacances, déplore-t-elle. Il existe bien des initiatives pour réduire ces inégalités, notamment à travers ce que proposent les Maisons pour Tous, mais ces solutions concernent généralement les enfants plus âgés. Quand nos enfants sont encore trop petits, c’est comme si on était invisibles. »

    * La pétition est accessible sur www.change.org

  • Le vigneron gardois Franck Renouard a planté 2 500 arbres sur son domaine

    Le vigneron gardois Franck Renouard a planté 2 500 arbres sur son domaine

    C’était un pari insensé, mais Nadine et Franck Renouard l’ont fait ! Tout a commencé en 2000, lors d’un repas entre amis, un soir, en Petite Camargue : « On avait un peu fêté Bacchus et on s’est dit : tiens on va faire du vin. C’est parti comme ça… », se souvient Franck Renouard.

    Passionné de vin et d’écologie, ce couple de chirurgiens-dentistes qui vit alors à Paris décide de franchir le pas et de créer un vignoble de toutes pièces. « Quand on est arrivés, il n’y avait rien, que quelques vieilles vignes qu’on a récupérées. On a tout construit de zéro. C’était un projet complètement fou, inconscient, qui a été très dur pendant 10 ans », confie Franck Renouard. Mais ça en valait la peine ! 26 ans plus tard, le domaine Scamandre, situé à Vauvert, n’a plus rien à prouver : ses vins, dont l’élaboration repose sur une alliance subtile entre tradition et rigueur scientifique, comptent parmi les meilleures références de la Vallée du Rhône.

    Conduit en agriculture biologique, le domaine s’étend sur 30 ha dont 10 ha de vignes, qui comptent 18 cépages différents. Les rendements sont volontairement maîtrisés, les vendanges réalisées exclusivement à la main et les vinifications se font en barrique. Mais ce qui fait surtout la singularité du domaine de Scamandre, c’est le choix qui y a été fait, très tôt, de planter des arbres, notamment au milieu et en bordure des vignes. Le domaine fait ainsi partie des quelques pionniers qui se sont lancés dans l’agroforesterie il y a environ 20 ans.

    « On s’était associés, dès nos débuts, avec un œnologue de Bordeaux, Stéphane Beuret. Quand je lui demandais de me parler des grands vins, à chaque fois on revenait sur la biologie, le sol. On s’est donc posé très vite la question : comment faire pour que le sol soit le plus équilibré possible ? », relate Franck Renouard.

    « Les arbres sont de grosses sources d’humus »

    La rencontre avec la Scop gardoise Agroof, spécialiste de l’agroforesterie, va déterminer le choix de la vitiforesterie (agroforesterie viticole). Outre une forêt d’un hectare de chênes plantée quelques années plus tôt, « on a commencé en 2010 à planter des arbres dans les vignes et en bordure, pour faire des haies. Avec l’expertise d’Agroof, on a développé l’agroforesterie dans une perspective de biodiversité et d’amélioration du sol. Si vous voulez que votre sol retienne l’eau, il faut de l’humus. Or les arbres sont de grosses sources d’humus par leurs racines et par leurs feuilles », détaille le vigneron. Aujourd’hui, le domaine compte 2 500 arbres. « Au début, on était un peu romantiques, on a mis des fruitiers dans les vignes, qui sont quasiment tous morts… Désormais on a restreint notre palette : on plante plutôt des chênes, des oliviers, des essences locales endémiques qui s’adaptent plus facilement. »

    Concernant le potentiel protecteur des arbres contre le dérèglement climatique, « il faut être très prudent », insiste ce scientifique de formation. « Il faudrait pouvoir comparer, avec deux parcelles identiques, une avec des arbres et l’autre sans. Toutefois, j’ai la sensation que ça sert à quelque chose. Par exemple, les haies protègent des vents. Car un des gros problèmes du dérèglement climatique, ce sont les vents chauds, qui brûlent les plantes. Par ailleurs, les arbres transpirent, donc apportent une petite humidité (2% de plus autour d’un arbre). Sans oublier que grâce à leurs racines, ils vont pomper de l’eau qu’ils font remonter, et je pense que c’est un bienfait pour la vigne qui est autour. »

    L’agroforesterie présente également un indéniable intérêt pour la biodiversité. « J’ai identifié 39 espèces d’oiseaux différentes sur le domaine ! Il y a aussi les lézards, les serpents. Un peu les insectes, mais on est une goutte d’eau car on est entouré de beaucoup de fruitiers qui traitent tout le temps », poursuit Franck Renouard, qui mentionne également « l’aspect esthétique » de ces paysages rompant avec la monotonie de la monoculture de la vigne.

    En décembre, Franck et Nadine Renouard planteront « 200 nouveaux arbres dans une parcelle de très vieux carignan. Et je vais refaire des haies qui vont protéger des parcelles du mistral ». Pour lui, ce choix est une évidence. « La question c’est : est-ce qu’aujourd’hui on peut encore faire de l’agriculture, de la viticulture avec 20 ha sans un arbre ? Si vous n’avez pas d’humus, le sol ne retient pas l’eau. Si je retournais 20 ans en arrière, je replanterais beaucoup plus vite des arbres », assure-t-il.

  • Les très lucratives résidences privées pour étudiants se multiplient

    Les très lucratives résidences privées pour étudiants se multiplient

    À l’entrée de la résidence Studéa de la rue du Pasteur-Heuzé, dans le quartier de Saint-Lazare (3e), Anas le reconnaît d’emblée : « Je cherche ailleurs, mais je n’ai encore rien trouvé. Ceux qui ont des studios préfèrent les louer à de jeunes travailleurs ». Arrivé il y a trois ans, l’étudiant en master d’électronique n’a trouvé que cette place dans la résidence du groupe Nexity, avec un loyer de 534 euros par mois pour 15 m². Face aux cafards et nuisances du quartier, il résume : « La résidence n’est pas bonne, mais on n’a pas les sous ».

    Il n’est pas le seul dans ce cas. Selon l’observatoire territorial du logement étudiant, l’offre des résidences étudiantes privées représente plus de 9 400 places sur le territoire de la métropole Aix-Marseille, avec des qualités d’accueil variables : une étude de l’Agam publiée en décembre dernier alerte sur le désengagement des exploitants lorsqu’elles arrivent en fin de bail, jusqu’à dénoncer un « fonds de pension en recherche de rentabilité court terme » pour la résidence Kley, rue de la République (2e). Désormais, un étudiant sur dix vit dans une de ces résidences : en vingt ans, leur nombre a triplé sur le territoire métropolitain. Elles représentent désormais 40% de l’offre en résidence étudiante, contre moins d’un quart il y a deux décennies.

    Marges confortables

    Deux groupes, Réside Études et Naxity, pèsent à eux seuls pour un tiers de cette offre privée avec plus de 3400 places.

    « Nous avons pour vocation d’aller compléter une offre immobilière tendue dans beaucoup de villes étudiantes, nous nous battons contre les phénomènes d’étudiants qui doivent se loger sur Airbnb ou abandonner leurs études », défend Nahuel Pedroso, le directeur de la filiale étudiante du groupe Nemea, troisième acteur du secteur sur le territoire métropolitain. Avec une offre sur mesure : salles de sport, de travail, services et référents sur place… « Nous nous sommes toujours refusés à faire de la promotion immobilière », précise le porte-parole. Le groupe verse des loyers aux propriétaires investisseurs, que ce soit des investisseurs institutionnels ou comme à Aix des particuliers.

    Dès la publication des premiers résultats de Parcoursup, les demandent affluent, et le taux d’occupation frôle les 100%. De quoi rendre le secteur particulièrement lucratif : les groupes Nexity Studéa (11,3 millions de bénéfices nets) et Néméa (3,2 millions) dégagent un taux de rentabilité commerciale avoisinant les 10%. Malgré un plan de sauvegarde lié à ses résidences senior, Réside études de son côté affiche un résultat de 6 millions d’euros. Alors les projets continuent de fleurir. « Nous ambitionnons d’ouvrir une vingtaine de résidences étudiantes en France sur cinq ans », indique Nahuel Pedroso. Selon une étude de CBRE, malgré 380 millions d’euros investis en France chaque année, ce marché « révèle un potentiel encore sous-exploité ». Le groupe de conseil immobilier pointe certes qu’« une grande partie des logements étudiants échappe aux investisseurs professionnels, compte tenu de l’importance historique du parc public ».

    Reste à savoir si les Crous, aux finances précaires, peuvent encore répondre aux besoins des étudiants.

  • Les syndicats préparent une rentrée de mobilisations

    Les syndicats préparent une rentrée de mobilisations

    « C’est scandaleux ». C’est le premier mot qui sort de la bouche de Kadal, militant du syndicat étudiant le Poing levé à Aix Marseille Université (AMU), quand on évoque les préconisations du rapport de l’IGF et de l’Igas. Pour l’étudiant, bien qu’il ne s’agisse pour le moment que d’une préconisation, il y voit « la volonté de la part du gouvernement d’essayer de faire payer la crise aux étudiants ».

    « D’autant plus que sans cette aide, les étudiants vont réduire d’autres dépenses, car on ne peut pas économiser sur le loyer, explique Louis Marjollet, membre du collectif d’étudiants de l’Université d’Avignon. Comme leur frais de santé, ou sur la nourriture ». Un enjeu d’autant plus grand pour les loyers dans les villes d’Aix-en-Provence, Marseille et Avignon ne cessent d’augmenter. « On est dans une situation telle, que certains étudiants commencent la rentrée au camping », insiste Kadal.

    Pour les syndicalistes, c’est une façon détournée de faire de la sélection à l’université. « En faisant en sorte que l’université soit le lieu où seules les personnes les plus aisées peuvent aller étudier », soutient Younes Dufresnes, représentant de l’Union étudiante de AMU.

    Une attaque supplémentaire contre les étudiants dont le coût de la vie aurait augmenté de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron, d’après un rapport de l’UNEF. Une politique hostile qui s’est d’abord portée contre les étudiants extra-européens, avec l’augmentation des leurs frais d’inscription, puis la suppression de leurs APL en juillet dernier. « Ils ont fait un premier test avec les étrangers. Ils ont vu que ça passait. Et là, ils essayent de généraliser », se désole Kadal.

    Face à ce constat, une grande journée de mobilisation intersyndicale étudiante est donc prévue ce 15 septembre. « Il faut que les étudiants précaires, et les futurs précaires se mobilisent pour défendre les derniers droits qu’il nous reste », argue Younes Dufresnes. Une mobilisation contre la préconisation du rapport mais également contre les frais supplémentaires imposés aux étudiants étrangers. « Il faut que l’on se montre solidaire avec les étudiants étrangers qui sont en train d’être inquiétés par le gouvernement, sinon on va se retrouver dans la même situation quelques mois plus tard », ajoute Kadal.

    Une nouvelle attaque du gouvernement contre des étudiants qui se précarisent et que les syndicats appellent à combattre : « On a plus le choix, car ce ne sera que par la lutte sociale que l’on arrivera à repousser ce genre de préconisation », insiste Louis Marjollet.

  • Ciblé par Stéphane Ravier, Théo Challande réagit

    Ciblé par Stéphane Ravier, Théo Challande réagit

    Dix jours après avoir été pris pour cible par le sénateur (ex-RN) Stéphane Ravier, l’ancien adjoint (EELV) à la lutte contre les discriminations Théo Challande Névoret indique ce dimanche à La Marseillaise qu’il va porter plainte face aux menaces reçues. En se filmant au volant de son véhicule, le parlementaire l’accuse de « christianophobie » pour avoir organisé dans le bar LGBT le Boum, (6e) une « fête de la v(i)erge » le jour de l’Assomption. « C’est dégueulasse, c’est ignoble » lâche le sénateur qui désigne l’ex-adjoint comme un « artisan assumé de l’islamisation de la ville », tandis qu’en réponse des commentaires appellent à « réorganiser les croisades et les milices » ou estiment que « la peur doit changer de camp ».

    « Quand cela s’est passé, j’étais très en colère, cela nous prend du temps, de la santé mentale, reconnaît Théo Challande Névoret. Mais nous nous sommes rendu compte qu’il valait mieux en rire, retourner la situation en continuant à caricaturer, à être drôles, à dénoncer un utilisant un langage non violent, artistique plutôt que de propager des haines ». Face aux menaces, la publication a été immédiatement signalée sur la plateforme du ministère de l’Intérieur Pharos, et une plainte devrait être déposée cette semaine face aux propos tenus en commentaire. « Nous nous réservons le droit de déposer une plainte si le sénateur à un comportement délictuel à mon encontre », précise l’ancien adjoint. Il dénonce surtout le procédé employé par le parlementaire : « Ce qu’il fait, c’est désigner une cible et sans le dire il ouvre la voie aux violences. L’extrême droite montre de manière franche qu’elle veut nous censurer, que l’on n’a pas le droit d‘avoir une pensée laïque, de caricaturer, que l’on n’a pas le droit à la liberté artistique ».

  • [C’est l’été] Bertrand Mazel, riziculteur « Une lutte permanente »

    [C’est l’été] Bertrand Mazel, riziculteur « Une lutte permanente »

    Bertrand Mazel a 68 ans et, officiellement, il devrait être à la retraite. Officieusement, il n’a pas encore levé le pied de sa riziculture. Entre ses responsabilités d’élu à Arles, où il travaille sur le marketing territorial, et son rôle de vice-président de l’agglomération, il continue surtout de porter la filière du riz de Camargue. Installé entre les Saintes-Maries-de-la-Mer et Arles, il cultive aussi du blé dur et des pommes de terre, mais le riz reste son affaire : « C’est ce que je connais le mieux ».

    Parisien d’origine, fils de négociants en vin, rien ne le destinait à cette vie. Ses parents avaient une propriété dans le Sud. C’est ainsi qu’il découvre la région et s’y installe il y a 30 ans. Son appétence pour le riz est venue en le travaillant. « Je suis tombé amoureux de ma production », résume le riziculteur. Un chemin qui le mène à s’engager dans le syndicalisme pour porter la filière. Il devient président du Syndicat du riz, une structure indépendante couvrant le Gard et les Bouches-du-Rhône, puis s’engage progressivement en politique, « à petite échelle », dit-il.

    Des règles contraignantes mais protectrices

    Dans ses parcelles, Bertrand Mazel cultive sept à huit variétés différentes, du riz à risotto au riz à sushi, jusqu’aux variétés pour les desserts lactés. La filière camarguaise compte aujourd’hui environ 180 producteurs, pour 80 000 tonnes annuelles, soit 20% de la consommation totale française.

    Lui revendique une production « vertueuse ». Pas d’insecticides ni de fongicides, peu de désherbants et un séchage naturel au mistral. À cela s’ajoutent, quatre contrôles par an et un cahier des charges strict. « On est sûrement l’alimentation la plus contrôlée mais au moins on a l’avantage d’avoir une meilleure qualité », reconnaît-il, 17 réglementations qui se superposent sur le territoire. « On est hyper protégé, mais c’est bien. On se rend bien compte qu’on est dans un écrin de nature », affirme-t-il, même s’il insiste sur « cette mondialisation qui nous écrase ». Car face à cette concurrence mondiale, « on essaie d’exister. C’est une lutte permanente », témoigne le producteur.

    Mais derrière tout le discours technique et les contraintes, c’est surtout un attachement particulier à la Camargue qui affleure. « Ce qui me plaît, c’est d’être dans un pays libre. Avec les grands espaces. » Le quotidien, lui, reste exigeant. La culture du riz prend 120 jours, dans l’eau. Il faut quotidiennement surveiller les niveaux, les ragondins… Un investissement de tous les jours, qu’il décrit comme très prenant, dans un environnement « exubérant », peuplé d’oiseaux et de vie. Aujourd’hui, plus question pour lui de quitter ce milieu. « Je suis devenu un rustre personnage », sourit-il. « Maintenant, je ne me sens bien que dans la nature. »

    Un attachement

    à la Camargue

    Reste la question de l’avenir : « C’est une très bonne question, vous faîtes bien de la poser », car ses deux filles ne semblent pas prêtes à reprendre l’exploitation. « Je suis en train de réfléchir à des solutions. » Une inquiétude partagée par toute la profession : « La moitié des agriculteurs va disparaître dans les dix prochaines années ». Et, en filigrane, un appel à soutenir les produits nationaux et une interrogation plus large : « Les Français devraient se demander ce qu’ils vont manger demain ».

    Bertrand Mazel, lui, continue de défendre son riz, convaincu qu’il faudra « parfois le payer un tout petit peu plus cher » pour préserver une production locale. « Sur un repas, la différence est ridicule. Mais nous, ça nous permet de survivre. ».

    Marie Moreau

    Un riz aux multiples facettes

    Le Riz de Camargue IGP se présente sous différentes formes : riz complet, semi-complet, riz blanc, riz étuvé. Selon les variétés cultivées, il existe plusieurs formats de grains (ronds ou longs), des couleurs allant du blanc au brun, et offre des parfums naturels différents. Il est cultivé en pleine nature, là où le sel marin, l’eau du Rhône et le mistral se rencontrent sur une zone plate.