Author: tecnavia

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’alimentation, une bataille de classe

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’alimentation, une bataille de classe

    Nous avons développé les mutuelles d’achat de bouchers, 16 groupes qui réunissaient 420 bouchers sur 800 à Marseille. Malgré les difficultés nombreuses, la population marseillaise n’a pas été privée de viande pendant de longues périodes. Elle nous valut des lettres de remerciements. La pêche locale qui rapportait, cinq tonnes par jour, était insuffisante pour les besoins de Marseille qui étaient de 50 tonnes par jour. Nous sommes intervenus auprès des UD, situées autour de l’Océan pour nous aider. Nous avons pu ainsi développer les arrivages de l’Océan en encourageant la création de mutuelles directes de poissonniers qui groupaient 50% des détaillants et ont fonctionné à partir de janvier 1947, Les arrivages passèrent 430 tonnes par mois, quantité qui permit de respecter les prix taxés pour la première fois.

    Hausse des prix et salaires

    Nos comités de lutte s’acharnaient aussi contre les trafiquants et obtenaient des résultats : fermeture pour trois mois de deux moulins de la société française qui étaient les plus importants sur la place de Marseille, ouverture d’une instruction contre A., gros trafiquant de porcs que nous avions fait arrêter mais qui fut vite relâché, fermeture pour trois mois de l’établissement C. et C., importants grossistes en épicerie de Marseille, qui avaient détourné trente tonnes de sucre. En résumé, notre action a certes porté ses fruits, nous avons freiné la hausse des prix de détail, mais je reconnais que nous étions incapables de la stopper. Le ministre Philips avait fait monter les prix de gros : ils dépendaient en grande partie des comités d’entreprise dont l’activité avait été très faible par rapport aux comités de lutte contre la hausse des prix. J’avais d’ailleurs dénoncé cette faiblesse lors du congrès de la CGT de 1947 : nous avions obtenu de magnifiques résultats. Notre activité n’était contestée par personne, bien au contraire, et nous donnait la possibilité d’obtenir plus, mais nous n’étions pas seuls. Nos adversaires, partisans du pouvoir personnel et du retour aux méthodes vichyssoises, nous attaquaient et développaient la thèse de la classe ouvrière et la démocratie étaient en recul. Même les minoritaires de la CGT nous accusaient d’avoir été incapables d’appliquer la baisse des prix, prétexte qui permettait d’attaquer l’orientation générale de la CGT, passant sous silence les causes réelles du succès de nos adversaires. Certains ne voulaient pas gêner les vrais responsables de la hausse de prix de gros. Analysant les frais précis de l’augmentation des prix à la conférence nationale, nous démontrions chiffres en main et force à l’appui, aux représentants des ministères du Travail, des Finances (d’en convenir ainsi que les patrons d’ailleurs) la validité de nos analyses. Ainsi, « 25% d’augmentation des salaires pourraient être accordés sans répercussion réelle sur le coût de la vie ». La contre-offensive patronale n’a pas tardé à se produire car ces messieurs ne pourraient sans réagir porter atteinte à leur marge de profit.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Le Terrier ramène le spectacle en ville à La Seyne-sur-Mer

    Le Terrier ramène le spectacle en ville à La Seyne-sur-Mer

    Après 27 années de bons et loyaux services, le café-théâtre de la 7e Vague tire sa révérence, sans pour autant disparaître. L’association continue d’exister en tant que régie artistique, mais cède ses murs au Terrier. Un changement qui s’opère dans la continuité, puisque ce nouveau café-théâtre associatif a été créé par Benjamin Lull, ancien de la 7e Vague, dont il avait pris la direction en 2022 avant de cofonder le Terrier, en compagnie de huit compagnons artistes.

    « On en avait besoin, et il était temps pour moi de prendre mon envol, explique ce jeune comédien de 28 ans. On a changé le nom, le bureau, une nouvelle équipe artistique et j’ai pris le projet à bras-le-corps. La 7e Vague m’a suivi, et on a gardé leur ligne de base. »

    Pour un lieu « populaire »

    Cette ligne, c’est celle d’un « laboratoire artistique. Le but est d’avoir une offre hétéroclite, avec de la musique, du théâtre, du clown… On va rajouter des drag show, des spectacles de marionnettes et on va faire des spectacles enfants dans l’année », détaille le président du lieu, nommé le Terrier car « j’ai connu le théâtre avec le Roman de Renart. Le Terrier, c’est le lieu où les renards mettent bas. C’est symbolique du fait que c’est ici que les artistes pondent leurs projets ».

    Son terrier, Benjamin Lull le veut ouvert, au carrefour de son passé et de son avenir : « On souhaite faire en sorte que les artistes qui se produisaient à la 7e Vague ait encore leur place, tout en ouvrant le lieu à de nouvelles personnes, à de jeunes artistes. D’ailleurs, quand les spectacles sont un peu fragiles, on leur donne le statut de spectacle à venir. » Avec l’objectif d’en briser les murs : « On veut créer pour le lieu et pour en sortir, avec des spectacles de rue, et pourquoi pas se produire dans d’autres théâtres. »

    Ce samedi marque donc le début d’une nouvelle aventure. De 18h à 20h, les visiteurs pourront venir découvrir le lieu, désormais doté d’une seconde entrée, avant un concert de tango du quatuor Anthéa à partir de 20h30. L’entrée est libre, et le concert à 10 euros. « On est le seul café-théâtre de la ville. On se veut populaire, l’entrée la plus chère est à 10 euros, il y aura des entrées à 5 euros et au chapeau. On veut donner accès à tout le monde. Le centre-ville est une zone prioritaire, on vient tous de la classe moyenne prolétaire, donc on veut offrir des spectacles pour cette catégorie-là. On veut que les gens cessent de penser que le théâtre est un lieu bourgeois », soutient Benjamin Lull.

    Infos et réservation sur leterrier.assoconnect.com

  • Entre céramiques et verres de couleurs dans le quartier du Panier

    Entre céramiques et verres de couleurs dans le quartier du Panier

    Pendant les trois dernières années rien n’a clairement changé. Au croisement de la rue Montbrion, on sort de l’escalier du passage de Lorette, on amorce la pente qui conduit vers la Vieille Charité, les maisons et les ruelles sont identiques. Sans qu’on s’en aperçoive immédiatement, ce fragment du Panier s’est métamorphosé.

    Avant la pizzeria Chez Étienne, à partir de la supérette du 41 rue de Lorette, sur plusieurs détails de façades, le décor s’est transformé, sans violence ni pagnolade. Ce ne sont pas comme sur d’autres murs du quartier des tags et des graffitis. Joyeuse et fine, une généreuse invasion de couleurs prend de l’ampleur.

    Métissages, art modeste

    C’est bariolé, ce ne sont jamais des gamineries ou des tartarinades. On aperçoit en verres des agencements et des transpositions, des semis de couleur vives, des fresques et des mosaïques qui évoquent Sidi Bou Saïd, les viaducs de la Côte Bleue, le Château d’If, la colline Notre-Dame, les immeubles, les rives et les bateaux du Vieux-Port. On aperçoit un aigle qui capture un poisson dans ses serres, les ailes et l’aigrette d’un paon, un perroquet ainsi qu’une cigogne. Plus haut, après les touches blanches et noires d’un piano, une bouteille et une assiette établissent une discrète enseigne de restaurant. C’est festif et sans nostalgie. Avec en sus un minuscule drapeau de la Palestine, ce subtil métissage raconte l’aujourd’hui des deux rives de la Méditerranée.

    L’auteur de ces prouesses, l’artiste autodidacte qui a désiré ces embellissements nobles et sans prétention est né́ en Tunisie en 1960. Il s’appelle Kazai Boubakar ; dans le quartier c’est Bouba. Depuis 2006, il s’occupe 7 jours sur 7 de la supérette de l’angle de Lorette, distribue boissons fraîches et cafés. Il a son élégance, ses affections, ses sourires et sa gravité. Les jeunes du Panier l’encouragent et le respectent. Les anciens disent que c’est lui, « le vrai gardien de l’âme du quartier ». Ses voisins d’en face, les artisans verriers lui prêtent volontiers des outils, le laissent choisir des chutes de leurs vitraux. De la colle, des rebuts en récupération et des thématiques de plein air : cet art écologique, c’est de l’art pour tous.

    Nombreux sont les venants de tous les pays qui le photographient et signent son livre d’or.

    Pour deux pans de l’escalier de Lorette, Bouba projette des vues du Vallon des Auffes et de l’Estaque. Pour ses amies bijoutières et décoratrices d’Art-Divergence qui ouvriront le 5 décembre au 8 rue Guintrand, il imaginera un décor d’oasis.

  • [Le coin du polar] Voyage au bout de l’enfer

    [Le coin du polar] Voyage au bout de l’enfer

    Jesmyn Ward avait fait irruption dans la littérature états-unienne avec Bois sauvage et Le Chant des revenants, des romans où l’Histoire, la tragédie et la poésie se mêlaient inextricablement, avant que des deuils personnels et le Covid ne l’aient contrainte à se taire. Avec Nous serons tempête, la double lauréate du National Book Award revient avec un récit remarquable, très noir et en même temps porteur d’espoir, dont des femmes sont les protagonistes douloureusement marquées par des destinées tragiques. Annis, la narratrice, n’est qu’une enfant lorsque sa mère est vendue à un autre propriétaire, comme l’avait été, avant elle, la sienne, et disparaît à tout jamais, sauf dans le cœur et les pensées de sa fille, qui ne fait face qu’en les invoquant, à travers toutes ses épreuves, comme des protectrices invisibles. La petite fille, puis l’adolescente, se raccroche à la vie, alors qu’a commencé une longue marche vers les plantations de La Nouvelle-Orléans, pleine d’épreuves et de douleurs, en tentant d’appliquer leurs leçons de vie, de courage et de combat qui, bien plus avant dans le temps, avaient été celles de leurs ancêtres, les guerrières des rois du Dahomey. Les coups, les sévices, les viols, la torture des fers et des cordes, les marches harassantes, les noyades dans des rivières en crue ou dans les sables mouvants du grand marais maudit qu’Harriet Beecher Stowe avait déjà évoqué dans son roman Dred, autant de raisons de désespérer et de se laisser périr.

    Dante n’avait rien vu

    S’il n’est jamais nommé autrement que L’Italien, Dante hante le récit d’Annis, dont chacun des tourments lui fait pénétrer un nouveau cercle de l’enfer. Pourtant, l’héritage de sa mère, qui lui a appris la nature, ses secrets, ses plantes, les champignons qui tuent et ceux qui guérissent, les animaux, dont les moindres ne sont pas les abeilles, lui permet de surmonter la lassitude et le désespoir, en quête d’une liberté, incertaine certes, mais qui ne s’accommode d’aucun renoncement. Nous serons tempête est un roman exigeant, lyrique, écrit dans une langue riche, pleine d’images et de poésie, comme si, privée de tout, réduite à un état d’esclave auquel elle ne se résout pas, son héroïne n’avait d’autre issue que s’inventer un monde imaginaire et quasi féerique qui dynamitera la tragédie.

    « Nous serons tempête » Jesmyn Ward Belfond 237 p. 22 €

  • [Entretien] Romane Bernies : « Je suis devenue une joueuse différente »

    [Entretien] Romane Bernies : « Je suis devenue une joueuse différente »

    La Marseillaise : La rencontre entre Montpellier et Bourges, n’est-ce pas le résumé de votre histoire ?

    Romane Bernies : Jusqu’à la fin de ma carrière, Bourges sera toujours un match un peu particulier. Je suis contente de le retrouver car cela promet un gros match.

    Vous avez débuté là-bas. Vous étiez meneuse avec Céline Dumerc. Être meneuse à ses côtés, est-ce comme être demi-mêlée en équipe de France au côté de Dupont ?

    R.B. : Oui, si on veut comparer à d’autres sports. Elle était à l’époque à l’apogée de sa carrière. C’était après les Jeux Olympiques de Londres. Elle marchait un peu sur l’eau. Elle était alors sûrement la meilleure meneuse européenne et une des meilleures mondiales. J’ai eu beaucoup de chance d’apprendre, et démarrer dans le monde pro, à ses côtés. Elle a été une source d’inspiration et m’a aidé à grandir. Il n’y avait vraiment pas meilleur modèle d’autant que je l’apprécie au-delà du basket.

    Était-il indispensable de prendre l’air ?

    R.B. : Il a fallu à un moment que je m’envole un petit peu et que j’aille chercher des responsabilités ailleurs. Céline était là et je n’étais pas encore assez étoffée pour prendre sa place. J’avais envie de sortir de cette case de doublure de Céline Dumerc. J’avais envie d’être Romane Bernies. Au bout d’un moment, je suis partie et je suis contente de ce choix. Il fallait le faire. Cela n’a pas été simple parce qu’à Bourges, on est bien, on gagne des titres. J’ai beaucoup aimé mon passage là-bas.

    En quoi vous êtes une autre joueuse aujourd’hui ?

    R.B. : En termes de confiance en soi et d’expérience, bien évidemment. J’ai beaucoup plus confiance en moi. Je sais de quoi je suis capable. Je sais par où je suis passé aussi. Quand j’étais jeune, je ne me sentais pas trop légitime. C’était des fois un petit peu compliqué. J’avais les qualités physiques et de basket, mais la confiance faisait défaut. J’ai pris en maturité. Je suis bien évidemment une joueuse un peu différente en ce sens-là.

    Depuis deux ou trois ans, votre jeu a-t-il véritablement évolué ?

    R.B. : Oui, exactement. J’ai bien évidemment beaucoup travaillé ces dernières années pour développer mon tir extérieur, qui était un peu, je ne dirais pas une faiblesse, mais qui n’était pas un point fort. Je suis devenue plus ou moins une shooteuse. C’est gratifiant personnellement, mais surtout ça aide l’équipe. Si on m’avait dit ça il y a quelques années, j’aurais eu du mal à le croire. J’étais plus référencée comme meneuse qui jouait pour l’équipe et défend. C’est quand même cool de marquer des paniers.

    Cette évolution s’est-elle faite autour de 2024 ? Est-ce un tournant de votre carrière ?

    R.B. : 2024 a été dans ma carrière une des années les plus importantes parce qu’il y a eu bien évidemment ces Jeux Olympiques et ma sélection en équipe de France. Mais, ça a commencé déjà un petit peu avant. C’est à mon retour à Montpellier et en équipe de France que j’ai commencé à me construire. Ma carrière a pris un autre tournant à ce moment-là, alors que je ne pensais pas que ce soit possible. Ça a amené à cette sélection pour les Jeux olympiques, l’apogée de ma carrière.

    Est-ce le plus beau moment de ce que vous avez connu jusqu’à présent sur un terrain de basket ?

    R.B. : Oui, bien évidemment. Il n’y a pas grand-chose d’autre en tant que sportif de haut niveau qui puisse rivaliser avec les Jeux Olympiques. J’ai vécu pourtant de très bons moments dans ma carrière à Bourges ou ailleurs. La médaille, le fait de partager ça avec mes proches, ma famille qui était là aussi pendant tout ce tournoi-là. Tout ça rend bien évidemment la chose spéciale. Mais, ma carrière n’est pas encore terminée (sourire).

    Aspirez-vous à continuer votre carrière en équipe de France ?

    R.B. : Pour le moment, oui. Tant que je me sens bien physiquement, comme je le suis à l’heure actuelle, tant que l’équipe de France m’appellera, je répondrai présente parce que pour moi, c’est un grand honneur. Pendant beaucoup d’années, je n’ai pas eu la chance d’y être.

    Est-ce que Montpellier est armé pour jouer sur les deux tableaux à l’heure actuelle ?

    R.B. : À l’heure actuelle, oui, parce qu’on a la chance de ne pas avoir de blessés. Donc, si ça reste comme ça, on est capable de jouer sur les deux tableaux. Mais s’il arrivait quelque chose à quelqu’un, ça deviendrait peut-être compliqué à sept ou huit joueuses d’enchaîner ce rythme.

    Quelle est l’ambition de Lattes cette saison ?

    R.B. : C’est de gagner un titre, quel qu’il soit. Cela manque bien évidemment. Ça fait quelques années qu’on est plus ou moins loin et que l’on n’a rien gagné. Donc, c’est vrai qu’il faut concrétiser. On est des compétitrices. Ce qu’on retient, c’est les titres. Le Championnat de France est très dense encore cette année. Donc, c’est difficile de se projeter. On a l’objectif d’aller en finale, et si on y est, de gagner. En Coupe d’Europe, ça fait quelques années qu’on échoue en quart de finale. En Coupe de France, on n’est pas très bonne depuis quelques temps.

    On a l’impression que les JO de Paris pouvaient booster justement le sport féminin. Deux ans après, on ne peut pas dire que ce soit vraiment le cas.

    R.B. : C’est malheureusement pour tout le sport français en général. C’est pas que le sport féminin.Tout le monde pensait qu’après les JO, ça aiderait énormément. Même si les JO ont été réussies, peut-être au-delà des attentes, on avait espoir que ça allait changer des choses. Un an et demi après, on voit que c’est pas le cas. C’est triste car les sportifs, qui véhiculent beaucoup de belles émotions et de belles valeurs, le méritent.

  • Rima raconte les frappes israéliennes à Bint Jbeil

    Rima raconte les frappes israéliennes à Bint Jbeil

    « Peu importe ce qu’il se passe, nous resterons ici », martèle Rima Charara. À 46 ans, cette employée d’un centre culturel francophone, chapeauté par le ministère de la Culture et l’agence de la francophonie du Sud-Liban, vit à Bint Jbeil. Cette ville de 30 000 habitants, à majorité chiite, est située dans le sud du Liban, à 5 km de la frontière avec la Palestine.

    En février dernier, l’armée israélienne cible une habitation voisine. Les dégâts de l’explosion détruisent une partie de l’arrière de son habitation, « Nous l’avons construite à nouveau, nous essayons d’aller de l’avant », souffle son époux, Nassim Bazzi. Avant de reprendre : « C’est la deuxième fois que notre maison est dégradée. En 2006, elle avait été complètement détruite. »

    Sous occupation israélienne de 1982 à 2000, Bint Jbeil a été, en 2006, le terrain d’une bataille sanglante entre l’État hébreu et le Hezbollah. Sa reconquête était l’un des objectifs de guerre de Tsahal, qui considère cette ville comme l’un des bastions de son ennemi au sud du pays. Cet échec israélien est présenté comme une lourde défaite par le mouvement islamiste pro iranien.

    « C’est une partie de notre vie quotidienne : les attaques, la guerre civile, les invasions. On s’y est habitué. On n’a pas d’autre option », souffle Nassim Bazzi, rappelant que depuis 1948, « l’armée n’a pas le pouvoir suffisant de protéger ses frontières ». Dès lors, « les petits pays comme le nôtre, partout dans le monde, n’ont pas vraiment l’indépendance », regrette-t-il.

    Israël frappe malgré le cessez-le-feu

    Le 27 novembre 2024, après deux mois d’une guerre ouverte meurtrière, un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entre en vigueur. Celui-ci prévoit notamment un retrait de l’armée israélienne du sud du Liban au 18 février 2025, qui n’a toujours pas été respecté à ce jour. Non seulement les militaires israéliens maintiennent leurs positions dans cette zone, mais poursuivent leurs frappes, officiellement dirigées contre le Hezbollah. Selon le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, les attaques israéliennes ont causé la mort d’au moins 127 civils au Liban, depuis le cessez-le-feu.

    Un an après l’accord, Israël est encore accusé de violer cette trêve, mais se défend, disant agir « conformément aux termes du cessez-le-feu en contrant les tentatives du Hezbollah de se reconstruire et de se réarmer, et en intervenant avec fermeté pour éliminer toute menace pesant sur les civils israéliens ».

    « Seul un État palestinien peut apporter la paix »

    Les États-Unis, alliés indéfectibles d’Israël, pressent le gouvernement libanais. Pour le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, son pays se trouve dans « une guerre d’usure unilatérale qui s’intensifie » et critique le Hezbollah, qui refuse le désarmement imposé par Tel Aviv et Washington. « Ces armes n’ont protégé ni les dirigeants du Hezbollah, ni le peuple libanais et ses biens », assure-t-il. Nassim Bazzi s’inquiète : « Le Hezbollah peut se désarmer, mais Israël doit donner des garanties, regardez ce qu’il se passe en Syrie ! »

    Pour lui, une seule solution peut apporter la paix dans cette région meurtrie. « L’instauration d’un État palestinien résoudra le problème du Moyen-Orient facilement. Mais les Israéliens n’en veulent pas », tempête le père de famille.

    Sous la menace des bombardements israéliens, Rima et Nassim tentent de survivre, mais redoutent le pire. « J’ai peur pour mes enfants, pour leur avenir, pour leur éducation. Mais que pouvons-nous faire ? Nous n’avons pas d’autre solution », soupire-t-elle.

    La famille n’entend pas pour autant quitter le pays. « Nous sommes un peuple qui aime sa terre, on ne l’abandonnera pas. Vous ne pouvez pas diviser le Liban », insiste Rima Charara.

    En solidarité avec le peuple palestinien

    Le rendez-vous est donné ce samedi, à Paris, place de la République. C’est là que des citoyens, dont certains partis du quartier marseillais de la Busserine (14e) la semaine dernière, sont attendus pour participer à la grande manifestation nationale, organisée en cette journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, instaurée par les Nations unies, ce 29 novembre. Les membres de plus de 80 organisations, associations, syndicats et partis, venus de tout le pays, portant les couleurs du drapeau palestinien, se retrouveront dans la capitale à 14 heures. Ils réclament, entre autres « l’autodétermination » et « la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid ».

  • [Cancers masculins, parlons-en 3/3] Géraldine Pignot : « Les patients sont demandeurs de cette technologie ! »

    [Cancers masculins, parlons-en 3/3] Géraldine Pignot : « Les patients sont demandeurs de cette technologie ! »

    Le Dr Géraldine Pignot est diplômée du Desc d’Urologie depuis 2009 et exerce à l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) depuis 2015. Elle est membre du comité de cancérologie de l’Association française d’urologie. Elle est impliquée dans de nombreux projets concernant la qualité des soins et les innovations thérapeutiques. Elle travaille notamment sur les tumeurs de la vessie. Ce jeudi, la docteure Pignot opère un patient de la prostate, une opération relativement classique à l’IPC, à ceci près qu’elle est aidée d’un allié un peu particulier : le robot Da Vinci. Ce gros bras mécanisé high-tech assiste les chirurgiens avec une très grande précision.

    Pendant l’opération, la chirurgienne en explique le fonctionnement : « Le robot dispose d’un module de vision relié à une petite caméra qui se trouve au bout de son bras, dans le corps du patient. Les images sont directement retransmises dans le module. En plus de cette petite caméra, j’utilise une minuscule pince et un petit ciseau, tous deux d’une taille de quelques millimètres. Je contrôle à distance ces outils grâce à des manettes placées sur des axes. Enfin, à mes pieds se trouvent des pédales qui me permettent de chauffer l’instrument pour cautériser et aider à la coagulation. » Pour accompagner la chirurgienne dans ses gestes, une opératrice contrôle et nettoie régulièrement les instruments du robot.

    Une machine ultra-précise

    Ce prolongement du bras du médecin offre de très nombreux avantages, comme le précise Vincent Werner, infirmier anesthésiste : « Avec les anciens robots, il fallait mettre le patient la tête en bas. Ils étaient inclinés pour que les organes penchent vers le haut et remontent. Là on ne fait plus ça, ce qui leur offre une meilleure tolérance respiratoire. » Avec le Da Vinci, les patients sont en position allongée « classique ». Autre innovation : la petitesse de l’unique incision pratiquée pour opérer (environ 4 centimètres) qui assure une meilleure cicatrisation. Enfin, détail qui a son importance : « Lors de cette opération, on préserve le nerf d’érection, le patient pourra garder une sexualité normale, ce qui est grandement facilité par la précision du robot ! », assure la chirurgienne. Il est devenu aujourd’hui très fréquent de se faire opérer, notamment de la prostate, par le robot. Le docteur Pignot prévoit d’ailleurs dans la même journée une autre opération avec son camarade mécanique, et quatre autres ce lundi.

    Et les patients, qu’en disent-ils ? L’équipe médicale est unanime : la confiance s’est installée entre l’homme et la machine. L’urologue n’a pas vu de réticence particulière de la part de ceux venus se faire opérer : « Ils ont confiance et je dirais même plus : ils viennent en étant demandeurs de cette nouvelle technologie ! »

  • « Stop sabotage climat » : déçue par la COP, Alternatiba ne lâche rien

    « Stop sabotage climat » : déçue par la COP, Alternatiba ne lâche rien

    On les avait déjà vus retournés par les agriculteurs en signe de leur colère. Cette fois, certains panneaux d’entrée de ville autour de Montpellier ont été affublés de stickers représentants des flammes avec la mention « Stop sabotage climat ». Une manière, pour les militants d’Alternatiba, de continuer d’alerter la population sur le drame écologique qui se noue. « C’est une façon de susciter la curiosité des automobilistes, faire en sorte que les gens continuent de s’interroger à l’heure du dérèglement climatique », explique la militante Cathy Valat.

    Jugée insignifiante ou raillée par les climatosceptiques, l’initiative aura au moins permis de discuter avec des curieux. « Au début, ils arrivent en disant qu’on casse tout. Et à la fin de la discussion, ils reconnaissent souvent qu’on a raison et voient qu’on ne vandalise rien du tout », témoigne l’activiste pour la planète.

    Le ressenti était le même début novembre lorsque Alternatiba avait utilisé les panneaux JC Decaux de Montpellier pour critiquer la pollution de l’aéronautique. « La Ville de Montpellier a voté l’interdiction des panneaux de publicité numérique. C’est bien mais pourquoi ne pas interdire aussi la publicité autour de l’avion ? ». Cathy Valat regrette qu’« aucun effort ne soit jamais demandé à ce secteur », qui compte pourtant parmi les plus polluants. « Ils électrifient, mettent des ruches sur les toits de l’aéroport et se contentent d’attendre l’avion électrique ou à hydrogène. Ils bénéficient d’une impunité incroyable ».

    La même impunité, dit-elle, dont ont (encore) joui les géants du pétrole, du gaz ou du charbon, épargnés par les mesures contraignantes à la COP30 de Belém (Brésil). « On s’est encore fait rouler dans la farine par les lobbies des énergies fossiles qui avaient tous leur badge d’accréditation alors que les peuples autochtones [des manifestants, Ndlr] ont été virés de la conférence mondiale sur le climat », déplore l’Héraultaise.

    Un texte commun a bien été adopté par les 193 pays représentés à la COP30, boycottée par les États-Unis de Donald Trump. Mais pour les associations environnementales, il n’est que cosmétique. Dix ans après les ambitieux accords de Paris, la nécessité d’agir a été répétée mais guère suivie de mesures contraignantes capables de changer de paradigme. Si des efforts financiers ont été consentis, l’Union européenne a refusé de payer l’addition des USA, manqué une occasion de nouer de nouvelles alliances (Afrique, Amérique du Sud, îles…) et ainsi d’apparaître comme une locomotive à l’échelle mondiale.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, blafarde et minérale, la Vénus de Dubuffet

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, blafarde et minérale, la Vénus de Dubuffet

    Elle fut peinte à l’huile sur une planche de staff. Les Anglo-saxons la privent injustement de son macadam puisqu’ils l’appellent Vénus Sreet. Parmi ses hasardeuses composantes, on identifie au milieu de ses craquelures, de ses taches d’humidité, de son inévitable empoussièrement et de son apparence phallique, des éléments parfaitement disparates : des fragments de verre et du bitume, du mastic, du goudron, des rebuts, du sable et des graviers. Son ultime séduction, ce seraient sur ses bas-côtés les acharnements d’un soupçon de très ancienne incandescence, des enfouissements d’étoiles totalement éteintes. En surface, quelques-uns de ses reliefs de contour imitent les écorces d’un tronc d’arbre.

    On la date de juin 1946, elle fut acquise pour les collections du musée Cantini en 1989. En face de cette Vénus du trottoir sage ou bien repoussante, les critères du beau, du laid ou du tragique, ce qui plaît et ce qui rebute, l’amour ou bien le désamour, les catégories que nous continuons de pratiquer ne sont pas opérantes. Pareille œuvre fait entrer dans des zones de sensibilité très peu familières. Pour simplifier et se guider mieux, on se souviendra d’un fragment d’une lettre que Jean Dubuffet adresse en novembre 1946 à l’un de ses grands amis de l’après-guerre, Jean Paulhan : Vénus du trottoir nous introduit « dans un pays où les mots triste et gai n’ont plus de sens ».

    Sans trop vouloir ramener des brindilles d’érudition, on évoquera à son propos d’autres effigies, les menhirs du musée Fenaille de Rodez ou bien les déesses de fécondité qui se dressent sur des parois de grottes paléolithiques. Bien que la voix de Serge Reggiani pourrait réveiller cet étrange ramassis, on refusera les ressources de l’attachement baudelairien envers celle qui n’a plus vingt ans depuis longtemps. On reviendra apprécier les colères, le cynisme, les trouvailles et la passion de l’une des plus belles et des plus mémorables machines de guerre de Jean Dubuffet.

    Vénus du trottoir de Jean Dubuffet

    Toile 102 x 82 cm

  • Être parrain d’un flamant rose en Camargue

    Être parrain d’un flamant rose en Camargue

    Adopte un flamant ». C’est l’opération à la fois très ludique et ô combien pédagogique lancée par cet institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes afin de sensibiliser le public à cet enjeu tout en les familiarisant avec cette espèce emblématique.

    Pour une somme assez modique, allant de 25 à 100 euros par an, selon la formule, le curieux ou passionné peut devenir « le parrain » d’un flamant rose. La tour du Valat donne quelques exemples, lors du choix, de la variété des flamants roses peuplant la Camargue, entre les « sédentaires », qui n’ont jamais mis une patte en dehors de ce territoire, et d’autres, très « aventuriers », habitués aux grands voyages « aux quatre coins de la Méditerranée ». Et de donner l’exemple d’Indiana, né en 1990 et qui, d’après sa bague, a parcouru plus de 13 500 kilomètres… Le site dédié permet de « parrainer » un flamant ou d’offrir un parrainage.

    « En parrainant un flamant rose, c’est l’espèce tout entière que vous aidez, mais aussi ces milieux humides qu’ils affectionnent tant », expliquent les protagonistes de l’opération. « La Tour du Valat et tout un réseau d’observateurs s’étendant à l’échelle de la Méditerranée pourront ainsi poursuivre leurs efforts pour la sauvegarde de l’espèce », poursuivent-ils.

    Suivre à la trace

    « Le parrainage se traduit par une participation directe à l’étude et à la protection des flamants roses en finançant entre autres les activités de suivi des populations ainsi que l’achat du matériel nécessaire pour les observateurs d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et du Moyen-Orient », poursuit la structure. Et de préciser que « la lecture des bagues, posées sur les pattes des flamants est difficile et elle est parfois faussée par la mauvaise qualité du matériel ». La paire de jumelles donne des résultats très mitigés à comparer à ceux d’un télescope, « avec lequel l’observation et la lecture peuvent se faire jusqu’à une distance de 300 mètres ».

    Pour donner une échelle des observations, « plus de 800 000 lectures de bagues ont été effectuées depuis 1977 », renseigne le centre de recherche, le tout réalisé par quelque 5 900 personnes différentes. Près de 70 000 flamants roses ont été bagués depuis 1977, dont plus de 27 000 en Camargue.

    La tour du Valat est devenue au fil des décennies une véritable institution en Camargue.

    Luc Hoffmann, docteur en biologie, cofondateur du WWF, a fait l’acquisition du vaste domaine de la Tour du Valat en 1948 « avant de créer en 1954 une station biologique éponyme », rappelle la structure dans une note biographique sur son fondateur. Le domaine s’étend sur plus de 2 500 hectares, dont 1 845 hectares classés en Réserve naturelle régionale.

    Pour tout renseignement : tourduvalat.com

    Pour parrainer un flamant : mon flamant.com