Author: tecnavia

  • [Chronique des invisibles] Les saisons passées sans prévenir

    [Chronique des invisibles] Les saisons passées sans prévenir

    Sébastien Gehan

    Né en 1973, il est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

    Ses mains sont ridées. Des taches de vieillesse fleurissent ici et là sur sa peau tavelée. L’âge aime à marquer les corps. C’est le tatoueur non-officiel de chaque être humain. L’homme ne vient pourtant que d’atteindre la cinquantaine. Ses cheveux ont disparu en même temps que ses rêves d’une société plus juste. L’homme écoute distraitement les voix qui surgissent du transistor posé non loin. Des chroniqueurs s’époumonent sur la question de la retraite. Les mots productivité, espérance de vie, équité se succèdent, sans véritable contradiction entre les intervenants. Pour lui, tout cela reste abstrait. Il connaît seulement le froid du matin, les morsures voraces du soleil en été, les ampoules qui éclatent au creux des paumes, les reins endoloris, la poussière qui s’insinue jusque sous les paupières. Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des jours répétés, des saisons qui ont passé sans prévenir.

    Il regarde les jeunes du chantier. Ils plaisantent en fumant une clope. Leurs rires ricochent loin. Ils ont cette souplesse qu’il a perdue, cette inconscience du corps encore neuf. Lui sent ses articulations se plaindre au moindre geste. Parfois, il déconne avec eux, pour ne pas paraître vieux (hors) jeu, pour cacher que certains matins il a du mal à lever les bras. La radio se fait silence, couverte par le mistral. Le vent soulève des nuages de ciment et froisse ses pensées assombries.

    Il se demande ce qu’il lui reste à bâtir dans sa propre existence, après tant d’années à élever des murs pour d’autres. Les immeubles grimpent, les grues tournent, mais lui ne possède que sa force de travail et ses souvenirs. Même sa maison, il la loue. On se crée ses propres cages. Le soir, il passe devant ces façades impeccables de résidences haut de gamme qu’il a aidées à façonner, sans jamais pouvoir y accéder. Chaque chantier terminé, il a laissé un peu de lui-même dans ce béton.

    L’heure de la retraite n’a pourtant pas encore sonné. Le gouvernement imposera une énième réforme. Il éteint la radio de colère. L’homme ne veut pas que son corps soit coulé dans les fondations du prochain projet immobilier où il va bosser. Il a décidé d’en parler avec les jeunes. L’avenir leur appartient.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    Les progrès de la droite au détriment notamment d’une SFIO qui avait tout misé sur les négociations de Washington, inséparables de ce contexte économique, attestaient par ailleurs la fragilité de l’alliance classe ouvrière – classes moyennes qui avait fondé sur le plan intérieur « la bataille de la production ».

    Les secondes qui attendaient tout de « l’aide américaine » n’étaient guère tentées par la stratégie d’indépendance. Un exemple concluant : à Marseille, les classes moyennes (commerçants et artisans) avaient pris leurs cartes à la CGT et comme les statuts ne le permettaient pas, nous leur avions donné une carte « Amis de la CGT ». Ils étaient 10 200 qui, petit à petit, s’éloignaient de nous. C’est sur la base d’une telle analyse que nous avons amorcé le retour à des formes plus traditionnelles de lutte.

    Dissensions internes perceptibles

    Mai-juin 1946 marque une première césure du point de vue du contenu des revendications. Le changement des méthodes de lutte était encore différé. Les perspectives radieuses s’obscurcissaient. La tactique du contournement était considérée comme insuffisante et le blocage des salaires ouvertement mis en cause.

    Fin mai-début juin 1946, la CGT réclama une augmentation générale de 25%. Les dissensions internes commençaient à être perceptibles. Les minoritaires avaient commencé à diffuser, dans notre UD comme dans tous les départements, les franches réserves de la SFIO vis-à-vis du projet constitutionnel qui offrait aux travailleurs de solides garanties : du droit au travail et à l’expression en passant par l’extension du secteur nationalisé.

    À Marseille, les entreprises réquisitionnées faisaient partie de leurs analyses. Les tracts de soutien au « oui » dans une campagne électorale que la SFIO avait catégoriquement refusé de mener en commun avec le PC étaient parfois restés dans les tiroirs au sein des sections syndicales dans les secteurs non directement productifs. Mais la marge de manœuvre de Babau, futur secrétaire de l’UD FO et dirigeant de cette minorité de la tendance Jouhaux, demeurait étroite. Après avoir, pendant quelques mois, adopté des accents gauchistes et tempêté contre des salaires que nous étions accusés de cautionner, comment critiquer ouvertement la revendication de 25% d’augmentation ? Comment la SFIO aurait-elle pu être vivement hostile à cette revendication ?

    La minorité préféra se taire ou ironiser sur « le virage » à 180% de mai et juin, malgré la campagne du Provençal et du Méridional qui avaient la même attitude : elle était cependant trop faible pour que son opposition pèse d’un poids différent.

    A suivre la semaine prochaine…

  • Dans le Gard, le casse-tête des volontés politiques

    Dans le Gard, le casse-tête des volontés politiques

    Selon les dernières données démographiques produites par l’Insee, le Gard figure parmi les départements les plus dynamiques d’Occitanie. Sa population – quelque 770 000 habitants actuellement – continue de croître à hauteur de 0,6% par an. Dans le détail, quand la population de Nîmes augmente de 0,1% par an, celle d’Alès bondit de 2,3%. Un véritable casse-tête pour les collectivités territoriales, qui doivent aussi composer avec la situation économique des nouveaux venus, le monde du travail, et la baisse drastique des dotations de l’État.

    « Les gens qui s’installent dans notre région sont souvent des retraités. Donc ils ne viennent pas pour le travail, et c’est un vrai problème », relève Christian Bastid, conseiller départemental délégué au logement. Pas d’amélioration du tissu économique, ni d’impact sur la précarité galopante en somme.

    Du côté des équipements publics, l’homme relativise encore, et rappelle combien il est impossible d’agir seul. D’abord parce que les collectivités sont interdépendantes entre elles, ensuite parce que l’État se désengage à pas de géant. « On investit, on essaie de maintenir le cap du point de vue de l’amélioration des conditions de sécurité sur les routes… Mais si les grandes agglomérations ne travaillent pas sur la fluidité, si on n’a pas de parking relais, et si on ne fait pas un effort sur la mobilité, cela ne suffira pas », explique Christian Bastid (PCF), qui fait référence aux difficultés des abords alésiens et nîmois. Même problème de cohérence quand on se penche sur les besoins réels d’une population modeste et les loyers des logements à disposition. « Dans le Gard, 60% des ménages pourraient prétendre à un logement social ; mais à Nîmes, on est à 25% du parc », poursuit l’élu. « De plus, si l’État ne revient pas sur la réduction de l’aide au logement, et sur la TVA à 7,5% pour les bailleurs sociaux, il sera très difficile pour nous de répondre aux besoins de ces nouveaux habitants ».

  • Dans l’Hérault, Charles Alloncle veut la peau de l’audiovisuel public

    Dans l’Hérault, Charles Alloncle veut la peau de l’audiovisuel public

    L’audiovisuel public, ce repère de gauchistes vivant inlassablement d’argent public. Cette vision, on ne peut plus fantasmée et fallacieuse, est celle portée par l’extrême droite. En ce sens, une commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » a été créée en octobre 2025, à la demande d’Éric Ciotti. Celle-ci a désigné le député UDR héraultais Charles Alloncle comme rapporteur qui, depuis novembre 2025, interroge – ou plutôt accuse – différentes personnalités liées à l’audiovisuel public afin de prouver la défaillance du système.

    Audiences suspendues

    Mais tout ce tintamarre de l’extrême droite s’apparente plus à une « guerre idéologique  » qu’à une véritable enquête parlementaire. Pour preuve, face au comportement inquisitoire d’Alloncle, le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), a suspendu l’envoi des convocations pour deux semaines, le temps de « retrouver de l’apaisement ». Après avoir rappelé à l’ordre Charles Alloncle, le député Horizons a annoncé la reprise des auditions pour le 19 janvier tout en posant quatre règles à respecter : pas « de communication en temps réel sur les réseaux sociaux pendant les auditions (pas de live tweet) » -une vilaine manie qu’avait l’Héraultais- ;
    « pas de travestissement, de déformation des propos des personnes auditionnées » – Alloncle avait notamment tronqué les propos du journaliste Patrick Cohen lors de son audition pour les diffuser sur ses réseaux – ; la communication de tous les documents évoqués par le rapporteur en audition ainsi qu’une discrétion et la modération des membres de la commission. Autant de dérapages montrant qu’Alloncle veut la peau de l’audiovisuel public. « Ces critiques sont portées par des gens qui veulent privatiser l’audiovisuel public, changer la société. C’est une guerre idéologique, ils visent à détruire notre institution », soupire Thierry Will, délégué syndical SNJ à France Télévisions Languedoc-Roussillon. Ainsi, tous les coups sont permis.

    Première accusation, la prétendue absence de neutralité d’un audiovisuel public gauchisé, avec pour preuve – ce qui a conduit à la création de cette commission – la conversation entre les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen avec les responsables du PS Pierre Jouvet et Luc Broussy. « Cela a été monté en épingle, ce type de rencontres est monnaie courante. Cela fait partie du métier, on parle avec tous les politiques », soutient Thierry Will. Et la pluralité et le temps de parole sont respectés sur l’audiovisuel public. « Tout le monde a la parole et de plus en plus la droite et l’extrême droite, du moins sur France Inter », observe de son côté Régis Taillandier, délégué syndical CGT à Ici Hérault.

    Charles Alloncle s’en prend également aux finances du service public, un rapport de la Cour des comptes faisant état d’une dette dépassant les 80 millions d’euros. Mais là encore, le député préfère enchaîner les approximations, évoquant notamment « plusieurs centaines de millions d’euros » gagnés par Nagui. « C’est l’ironie de l’histoire : notre actionnaire, c’est l’État, donc c’est lui qui nous met dans cette situation budgétaire impossible », soupire Thierry Will.

    Peu de chances qu’Alloncle, dans sa croisade contre l’audiovisuel public, entende ces objections. À moins que le coup de pression de Jérémie Patrier-Leitus ne le fasse redescendre de son piédestal ? Réponse le 19 janvier.

    * Contacté, Charles Alloncle n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

  • Nîmes en Commun passe à l’étape décisive du programme municipal

    Nîmes en Commun passe à l’étape décisive du programme municipal

    Lundi 19 janvier à 15h30, à l’auditorium du centre Pablo Neruda, le collectif Nîmes en Commun franchira une nouvelle étape de sa campagne municipale. À l’occasion d’une conférence de presse, ses représentants présenteront officiellement le programme qui portera la liste conduite par Vincent Bouget en mars prochain. Un programme dont la particularité tient moins à l’accumulation de propositions qu’à la méthode qui a présidé à sa construction. Depuis un an, le collectif a multiplié les temps d’écoute et de débat à travers la ville : réunions publiques, rencontres d’appartement, entretiens vidéo, et surtout un vaste questionnaire auquel près de 3 000 habitants ont répondu. Sécurité, jeunesse, logement, transports, considération : les priorités exprimées par les Nîmois ont progressivement structuré le projet.

    Cette démarche a trouvé un prolongement éditorial avec la parution du livre Si je vous dis Nîmes, coécrit par Vincent Bouget et Clément Luy, publié aux éditions Au Diable Vauvert. Un ouvrage qui restitue la matière brute de cette consultation et assume une ambition : redonner une place centrale à la parole citoyenne. « Ce qui compte d’abord, c’est le sens, le projet collectif », résume le candidat, qui revendique une inversion de la logique politique traditionnelle : non plus « faites-moi confiance », mais « on vous fait confiance ».

    Le programme dévoilé lundi se voudra ainsi la traduction concrète de ce travail patient. Parmi les thématiques appelées à structurer les propositions : justice sociale, transition écologique, place de la jeunesse, rééquilibrage des quartiers, démocratie locale et accès aux services publics.

  • [Le coin de la bande dessinée] La guerre meurtrière et destructrice, toujours ennemie des hommes, en Tchétchénie comme ailleurs

    [Le coin de la bande dessinée] La guerre meurtrière et destructrice, toujours ennemie des hommes, en Tchétchénie comme ailleurs

    Alors que les combats font rage en Ukraine, Au loin, les montagnes dorées évoque de façon magistrale les stigmates de la guerre russe en Tchétchénie qui a précédé le conflit actuel. Thomas Azuélos et Aurélien Ducoudray livrent un récit poignant et âpre qui peut s’appliquer à toutes les guerres, montrant que toutes les blessures ne sont pas physiques et que les conflits armés détruisent toute humanité. Un chef-d’œuvre intemporel autant par le scénario que par le graphisme noir et blanc sibérien tacheté de quelques couleurs.

    Quelque part en Sibérie dans les années 1990, Dima, un enfant du pays déclaré officiellement mort par l’armée russe sur le front de Tchétchénie, est pourtant de retour parmi les siens, son petit frère et sa grand-mère. Il va falloir réapprendre à vivre dans ce village loin de tout et dont l’approvisionnement dépend d’un pauvre train régulier envoyé de Moscou. Mais aussi reprendre des relations humaines tout en combattant les visions surgissant d’un passé traumatique alors qu’un policier suspicieux s’intéresse d’un peu trop près à son cas, estimant qu’il s’agit sans doute d’un déserteur. Car si Dima a été déclaré mort, c’est qu’il y a une raison. Pourtant sur fond blanc, cet album extrêmement sombre évoque de façon magnifique les traumatismes et les horreurs de la guerre, quelle qu’elle soit. Salutaire au moment où le conflit armé est de retour en Europe et où les discours guerriers appelant au sacrifice se multiplient. Déjà remarqués pour l’adaptation de « Il ne devra plus y avoir d’orphelin sur cette terre » d’après Curzio Malaparte, Thomas Azuélos et Aurélien Ducoudray signent une œuvre aussi universelle qu’indispensable sur ce que produit la guerre sur la jeunesse, les corps et les âmes. En Russie comme ailleurs !

  • [Série 1/3] Santé, repenser son rapport à l’alcool : « Ce défi est l’occasion de faire un point sur sa consommation »

    [Série 1/3] Santé, repenser son rapport à l’alcool : « Ce défi est l’occasion de faire un point sur sa consommation »

    Dans ce cadre, « La Marseillaise », en association avec l’Institut Paoli-Calmettes de Marseille – centre de lutte contre le cancer – vous propose, chaque semaine, d’en apprendre davantage sur l’impact de l’alcool sur la santé. Cette semaine, le rapport à l’alcool dans la société.

    En 2025, une équipe de liaison et de soin en addictologie (Elsa), portée par le docteur Louis Stoffaes, a été mise en place à l’Institut Paoli-Calmettes. C’est en ce sens que Salomé Bregeon a rejoint les équipes de l’IPC en juin de l’année dernière.

    Infirmière spécialisée en addictologie et tabacologie, elle a, entre autres, pour mission de repérer et accompagner les personnes qui ont des addictions pendant leur hospitalisation. « Le Dry January, ou défi de janvier, c’est quelque chose de positif, parce que ça peut être l’occasion pour les participants de faire évoluer durablement leur comportement face à l’alcool », souligne l’infirmière.

    Repenser son rapport à l’alcool

    « C’est un défi qui s’adresse principalement aux personnes qui peuvent avoir une consommation excessive, mais pas quotidienne. »

    Ancré dans la culture française comme un vecteur de convivialité notamment pendant les repas ou moment festifs, une diminution de la consommation a tout de même été enregistrée en France, depuis 2017. « Des études ont montré qu’aujourd’hui, 1 adolescent sur 5 n’a jamais bu un verre d’alcool à 16 ans contre 1 sur 10 dans les années 2000, ce qui montre une évolution positive du rapport à l’alcool », ajoute Salomé Bregeon. « Sans compter que de plus en plus de campagnes de santé publique mettent en avant l’impact de l’alcool sur celle-ci. »

    Limiter les risques sur la santé

    Popularisé en France par la société civile en 2019, le Dry January a vu le jour au Royaume-Uni, en 2013. Il affiche l’objectif, pour les participants, de passer un mois sans consommer d’alcool « pour voir comment on se sent, sans pression, ni jugement ». « C’est un défi collectif qui n’est pas une obligation, mais qui est intéressant pour faire un point sur sa consommation personnelle tout en incitant la population à repenser son rapport à l’alcool. Janvier étant le mois idéal puisqu’il arrive juste après les fêtes », explique la spécialiste. « D’ailleurs, l’étude Janover réalisée par Le Vinatier (Psychiatrie universitaire Lyon Métropole avec le soutien de l’Institut national du cancer et d’autres partenaires) en 2024 a montré que, sur un échantillon de 5 000 Français interrogés et participant au Dry January, 57% n’ont pas touché un verre d’alcool en janvier, 58% boient moins huit mois après le défi, 54% ont mentionné une amélioration de leur bien-être mental et 42% de leur bien-être physique. Tandis que 31% ont déclaré mieux dormir et 58% se sont sentis plus confiants pour refuser un verre d’alcool dans des contextes sociaux. »

    De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise quelques recommandations afin de limiter les risques qui peuvent être liés à la consommation : ne pas boire plus de deux verres standards par jour, faire une pause au moins deux jours dans la semaine, mais aussi ne jamais dépasser les dix verres hebdomadaires.

  • [Travailleur de demain] Anaïs, de l’ambition pour l’ingénierie

    [Travailleur de demain] Anaïs, de l’ambition pour l’ingénierie

    Anaïs Benoit-Ramos se destinait davantage à des études dans le domaine de l’audiovisuel plutôt que dans l’ingénierie génie mécanique. « Sauf que les écoles sont payantes, parfois à 7 000 euros par an. Impossible pour moi d’y aller. J’ai donc dû trouver une voie plus accessible », retrace-t-elle. Un peu par hasard, elle se lance dans un BTS Conception des processus de réalisation de produits, puis poursuit avec une année d’Adaptation technicien supérieur (ATS), tremplin vers son admission au concours des Arts et Métiers.

    La première année passée, la jeune femme poursuit son cursus chez Capgemini, sous-traitant d’Airbus. L’aéronautique est un domaine dans lequel elle se voit évoluer. « Je suis réellement passionnée par ce que je fais. à l’avenir, j’aimerais faire ma propre expérience en allant travailler chez Airbus, où chez de grands noms de l’aéronautique. C’est un domaine fascinant : voir voler des avions, des hélicoptères… » Anaïs Benoit-Ramos voit encore plus loin. « Après les années de salariat, j’aspire potentiellement à créer mon entreprise (…). Je sais que c’est compliqué, dans le contexte politique et économique actuel qu’on connaît. Mais j’aime communiquer, le management, j’en ai fait dans mon école et ça me parle. J’aimerais que mon intérêt pour le management soit appliqué au quotidien. » Esprit « compétitif et curieux », « à l’aise entourée de machines », Anaïs Benoit-Ramos explique « bosser dur » pour se sécuriser son avenir dans un monde « assez incertain ».

    Évoluer en transmettant

    « à commencer par mon métier. Avec l’évolution de l’intelligence artificielle (IA), je vois l’avenir du boulot un peu trouble. D’ici une trentaine d’années, l’IA pourrait nous amener à perdre du travail. Il faut qu’on se batte pour le conserver, pour trouver un moyen de travailler avec. Pour l’instant, on se contente de compléter les défauts de l’intelligence artificielle, elle n’est pas trop une menace. Mais, d’ici trente ans, elle sera perfectionnée, et là, ce sera inquiétant », estime-t-elle.

    Sur un plan plus personnel, l’étudiante confie s’être accrochée dans ce domaine, souvent masculin, parfois « discriminant » pour se sécuriser, aussi, un avenir financier. « Je voulais pas vivre ce que (ma mère) a vécu. Elle s’est battue pour m’élever, en enchaînant deux boulots : un le matin, un le soir. Je me suis dit que je ne ferais jamais ça donc j’ai continué comme je le pouvais mes études. »

    Autre ambition fixée : ouvrir le domaine de l’ingénierie mécanique à davantage de femmes. « Je me vois évoluer dans ma branche en partageant mes connaissances, surtout en rencontrant des jeunes filles, dans les lycées ou les collèges, qui veulent poursuivre leurs études pour aller dans l’ingénierie, déroule Anaïs. On est souvent fixées, de façon inconsciente parfois, sur l’idée que l’industrie, c’est pour les mecs. Ce sont des réflexions entendues. Je veux leur parler, à ces filles qui veulent aller un peu plus loin, exceller dans les domaines dits masculins et parfois être meilleures. » Le 4 décembre, la jeune femme est d’ailleurs intervenue dans son ancien lycée, dans le cadre d’une rencontre organisée par l’association « Elles bougent », qui vise à sensibiliser les jeunes femmes aux carrières scientifiques et techniques.

    Le concours

    Lors de la 48e édition Worldskills, Anaïs Benoit-Ramos a concouru aux côtés de deux coéquipiers (Romain Cheynet et Léo Semenadisse), dans la catégorie Développement de produit industriel. Tous ont décroché la médaille de bronze pour avoir présenté le prototype d’un robot qui avait pour tâche de « suivre des travailleurs dans les champs et leur alléger la charge portée. Ce robot-là devait pouvoir porter des fruits et des légumes », explique Anaïs. Un travail de six longs mois, rapporte la participante, avec la fierté pour elle et son équipe est d’avoir été « les seuls à rendre notre projet avant la compétition » et de s’être « dépassés pour ce challenge ».

  • [Le coin du roman] Le dernier roi de Marettimo, ou l’interrogation sur le statut des héros

    [Le coin du roman] Le dernier roi de Marettimo, ou l’interrogation sur le statut des héros

    Marettimo… petite île sur la côte occidentale de Sicile. À en croire certains, c’est sur elle que la flotte romaine aurait vaincu l’armée navale des Carthaginois. Si nous nous fions à l’écrivain Samuel Butler, elle serait l’Ithaque, où Pénélope tissait sa tapisserie, en attendant le retour d’Ulysse. Qu’importe. L’essentiel est de savoir qu’elle a été choisie par Grégoire Domenach afin que naisse l’amitié entre deux hommes issus d’un milieu différent : le Génois Lorenzino, dit Zino, et l’insulaire Cesare.

    Un pion sur les cases

    Tour à tour, ils prendront la parole. Pourquoi se sont-ils rencontrés à Marettimo ? Parce que la famille du premier y vient passer ses vacances d’été. Comment est née leur fraternité ? Le jour où un dignitaire local les a initiés aux règles du jeu d’échecs.

    Le rideau des pages s’ouvre sur Cesare, convaincu qu’il est le seul à pouvoir raconter l’histoire de Zino, retourné à Marettimo après cinquante ans d’absence. Parti en France, dans des circonstances étranges, alors qu’il était adolescent, son ami avait rejoint la Résistance, avant de devenir homme d’affaires après la guerre. Cesare, lui, continuait de pêcher, de gravir les montagnes et de se livrer à sa passion : la sculpture. C’est lui qui réapparaîtra à la chute du rideau. Entre-temps, vous aurez écouté Zino vous raconter comment des circonstances, indépendantes de notre volonté, peuvent transformer un homme, le déplacer tel un pion sur les cases d’un échiquier, jusqu’à ce que la mort s’abatte et lui inflige le mat. Une œuvre audacieuse, composée avec un art sûr, écrite en une langue vigoureuse, d’un accent très personnel.

    Bourgois, 20 euros

  • Le hérisson d’Europe crucial mais en déclin

    Le hérisson d’Europe crucial mais en déclin

    Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), petite boule de pics bien connue dans les paysages ruraux comme dans les jardins, joue un rôle important dans les milieux naturels. Malgré cette fonction écologique majeure, l’espèce est confrontée à de nombreuses menaces qui compromettent sa survie.

    En région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), le hérisson d’Europe fréquente des milieux variés : zones boisées, haies, jardins privés… C’est un allié précieux des jardiniers, car il se nourrit d’insectes, de limaces et d’autres invertébrés parfois considérés comme nuisibles lorsqu’ils pullulent. Sa présence témoigne de la bonne qualité des espaces naturels.

    Les populations d’Europe diminuent

    Malgré son rôle essentiel, ce mammifère nocturne connaît une forte régression. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a récemment révisé son statut, le faisant passer de « préoccupation mineure » à « quasi menacé » dans sa liste rouge. Cette liste permet d’évaluer l’ampleur des efforts nécessaires pour préserver la biodiversité à différentes échelles.

    Les populations de hérissons d’Europe diminuent dans plus de la moitié des pays où l’espèce est présente : Royaume-Uni, Norvège, Suède, Danemark, Allemagne, Autriche. En France, leur nombre a baissé de 16% à 33%, selon les régions au cours de la dernière décennie.

    Plusieurs facteurs expliquent cette régression. L’urbanisation croissante réduit les zones de refuge et expose davantage les animaux aux dangers de la route. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), « chaque année, 700 000 hérissons meurent écrasés ».

    Des centres de sauvegarde essentiels

    Par ailleurs, l’intensification agricole et l’usage de pesticides constituent une autre menace majeure : ces substances diminuent leurs ressources alimentaires et peuvent entraîner des intoxications. Enfin, le changement climatique perturbe leur hibernation et accroît leur mortalité.

    La protection du hérisson d’Europe repose aussi sur la mobilisation citoyenne : protéger cet animal, c’est protéger l’environnement. Des centres de sauvegarde de la faune sauvage existent dans la région, comme celui de Buoux, qui prend en charge les hérissons blessés ou malades afin de les soigner et de les réhabiliter dans leur milieu naturel. À l’échelle individuelle, préserver cette espèce menacée passe par l’abandon des pesticides au profit d’un jardinage plus respectueux de l’environnement, ou encore par le soutien financier aux centres de sauvegarde, comme Buoux.

    Le 23 janvier, la LPO Paca lancera une opération de financement participatif destinée à soutenir le Centre de sauvegarde de Buoux.