Author: tecnavia

  • « De plus en plus de violences sans arrestation »

    « De plus en plus de violences sans arrestation »

    « À quelques jours de la prochaine mobilisation intersyndicale, je suis extrêmement inquiet de la présence possible de groupes d’extrême droite violents à proximité de la manifestation. Comment un groupe facilement repérable, masqué, peut-il se déplacer et agir à son aise alors qu’un dispositif policier aussi important est présent ? », interroge Serge Ragazzacci dans un courrier adressé au préfet de l’Hérault au lendemain de la manifestation du 18 septembre. « Les images et les témoignages, l’agression extrêmement brutale aux Beaux-Arts nous interrogent », poursuit le secrétaire général de l’union départementale CGT de l’Hérault qui souligne, quelques lignes plus loin, que « ce n’est pas la première fois qu’à Montpellier ces groupes violents agissent. Les exactions ont même tendance à se multiplier et surtout à devenir de plus en plus violentes.  »

    Une inquiétude que vient confirmer la publication, le 16 octobre, du rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM) sur les violences perpétrées par un groupe de militants d’extrême droite lors de la manifestation du 18 septembre. Le document interroge, vidéos à l’appui, l’attitude des forces de l’ordre à l’égard des fauteurs de troubles, qui n’ont pas été inquiétés.

    « Où en est l’enquête ? »

    « La manifestation ayant été déclarée par l’intersyndicale, il faut que l’ensemble des organisations prennent connaissance des faits et qu’on en débatte ensemble », estime Serge Ragazzacci. L’intersyndicale doit donc se réunir à cet effet le 7 novembre.

    Julien Frayssinhes, co-secrétaire de Solidaires 34, syndicat membre du collectif Montpellier contre l’extrême droite, s’est déjà plongé dans le rapport documenté de l’OLM. Il se dit frappé par « l’inaction de la police ce jour-là. On a un groupe d’une vingtaine de membres de l’extrême droite qui commence, dès le matin, à intimider des lycéens en train de bloquer le lycée Joffre. Le proviseur, qui avait pourtant signalé cette présence au rectorat et aux autorités policières, a dû ouvrir le lycée pour mettre en sécurité les lycéens, faute d’intervention. Ensuite à la fin de la manif, sur la place de la Comédie, les CRS s’interposent et exfiltrent ces mêmes membres de l’extrême droite. 45 minutes après, l’un de ces hommes masqués prend violemment à partie, sur l’esplanade, des représentants de l’Observatoire des libertés de Montpellier. Encore une fois, la Bac, qui est à proximité, ne fait rien. Et tout ça finit par une agression violente aux Beaux-Arts. C’est d’une impunité totale. Qu’on laisse naviguer ces gens-là toute la journée dans la ville est très inquiétant  », estime Julien Frayssinhes. « On se demande à quoi sert le dispositif de sécurité démesuré mis en place ce jour-là, si ce n’est à dissuader les gens d’aller en manifestation. Parce que là on voit bien qu’il y a des troubles à l’ordre public qui ne sont pas contrôlés », poursuit le responsable de Solidaires 34. Qui s’interroge  : « Où en est l’enquête ? On est plus d’un mois après les faits. Dans une communication du 26 septembre, la préfecture affirme que des contrôles d’identité ont été réalisés au moment de l’exfiltration de la Comédie. Ça veut dire qu’il y a des noms. Par ailleurs sur les vidéos, on voit qu’il y a des individus en commun sur la Comédie et aux Beaux-Arts  », insiste Julien Frayssinhes. « Ce qu’on souhaite, avec l’appui du rapport de l’Observatoire des libertés, c’est que des principes soient réaffirmés.  »

    Car de façon plus générale, Serge Raggazacci et lui font le même constat  : « il y a de plus en plus d’actes de violences qui proviennent de groupes d’extrême droite sans qu’il y ait d’arrestation », observe le secrétaire départemental de la CGT 34. « Il ne faut pas tomber dans la caricature du “tous les flics sont des fachos, tout le monde déteste la police”, ce n’est pas mon credo. Mais on s’interroge légitimement sur le climat, sachant qu’il y a déjà eu plusieurs actes de violences qui pour l’instant ne font pas l’objet de suites. »

    A.G.

  • Aymeric Lompret : « En spectacle, je me permets de faire les blagues que je veux »

    Aymeric Lompret : « En spectacle, je me permets de faire les blagues que je veux »

    La Marseillaise : Vous avez débuté le théâtre au lycée, avant de découvrir le one man show. Comment cette passion est-elle née ?

    Aymeric Lompret : C’est en allant voir Franck Dubosc en one man show. Mon père m’avait emmené le voir au Zénith de Lille, j’avais trouvé ça fou. Le théâtre, je m’y étais seulement inscrit pour séduire une fille. Je faisais partie d’une troupe qui s’appelait « Les Farfadets de Tourcoing ». Et ça a grave marché. J’ai fait mon premier one man show en 2010, sur une scène ouverte, au Moonlight Café de Lille. On faisait un sketch contre une pizza. Si le sketch était bien, on avait droit à toute la pizza. J’ai réussi à l’avoir en six mois.

    Après votre bac, vous avez entamé une prépa HEC (hautes études commerciales), dont on vous a exclu. Vous avez ensuite enchaîné les petits boulots, notamment comme ouvrier à la chaîne. Est-ce là le socle de votre engagement politique ?

    A.L. : Tout à fait, car j’étais apolitique avant cela, sinon, je n’aurais pas fait de prépa HEC. C’est le fait de bosser à l’usine qui m’a fait m’intéresser aux inégalités et aux questions de société. Je n’étais quand même pas syndiqué, car pour ça, il faut avoir plus de 50 ans et une moustache, que je n’avais pas à l’époque.

    Votre début de carrière s’est notamment joué dans le milieu des médias, avec une participation à l’émission « On ne demande qu’à en rire » de 2011 à 2013. douze ans plus tard, quel regard portez-vous sur cette aventure ?

    A.L. : Ça m’a apporté une rigueur de travail, mais c’était hyperstressant, hypercompliqué. Ça m’a fait avancer un peu plus vite, mais le problème, c’est que les sketchs n’étaient pas terribles et sont restés sur internet, donc ça m’a fait baisser en notoriété. Mais je ne regrette pas. Je ne regrette rien sauf mon ex.

    En juin 2024, en soutien à Guillaume Meurice (*), vous quittez « Le grand dimanche soir » sur France Inter. Cela vous attriste-t-il d’avoir dû vous détourner de l’audiovisuel public ?

    A.L. : Oui, c’est hyperdommage qu’on ne soit plus sur le service public, je pense qu’on aurait tous préféré y rester. Mais bon, tel qu’il est maintenant… C’est compliqué. Il y a plein de gens qui continuent d’écouter France Inter par réflexe et par conviction, mais après, on est bien à Nova aussi, et ça marche bien notre petit truc. Heureusement d’ailleurs, sinon, on aurait été un peu dégoûtés de ne plus avoir d’auditeurs, les médias étant aujourd’hui majoritairement à droite.

    Qu’est-ce que ça dit du métier d’humoriste ? Avez-vous la sensation de pouvoir l’exercer comme vous l’entendez ?

    A.L. : Il y a des choses qu’on ne peut plus dire, mais c’est tant mieux. C’est bien qu’on ne puisse plus faire des blagues homophobes, racistes, sexistes. Je pense que l’humour évolue très bien. Je ne sais pas trop si la liberté d’expression est bridée. Peut-être dans les médias, mais en tout cas, en spectacle, je me permets de faire les blagues que je veux.

    Vous êtes aujourd’hui sur Nova, dans l’émission « La Dernière », chaque dimanche, où vous défrayez l’actualité avec engagement et humour. Est-ce pour vous un bastion de liberté d’expression ?

    A.L. : On se censure quand même un peu, car il faut que ce soit drôle, et puis il faut que ce soit un peu intéressant et engagé, un peu politique quoi. C’est la seule contrainte qu’on se pose. De faire rire et de dire des choses.

    Depuis 2023, vous êtes en tournée avec votre spectacle « Yolo », dans lequel vous vous glissez dans la peau d’une personne sans domicile fixe. De quoi traite-t-il ?

    A.L. : J’y joue un sans-abri qui a perdu son chien dans la ville dans laquelle je joue. Il va donc le chercher et traiter de plusieurs sujets comme la solitude, la malbouffe, la montée du fascisme, de la solitude… C’est un spectacle social plus que politique. Je travaille avec la Fondation pour le logement, dont je suis parrain. Le mal logement est un sujet qui m’intéresse, donc c’était très cohérent de parler de ça.

    Au-delà de cette question d’engagement, comment l’idée vous est-elle venue ?

    A.L. : Je l’ai écrit avec Pierre-Emmanuel Barré, je suis arrivé avec cette idée de marginal qui a perdu son chien. Ça marchait bien avec le côté seul en scène, car souvent, ils sont seuls dans la rue. Et puis, c’est un personnage qui n’est pas très éloigné de ce que je peux composer sur les chroniques, où je suis un peu à l’arrache, où je parle de fait, d’abus… C’est un personnage qui me ressemble un peu.

    Comment rend-on drôle une thématique aussi lourde ? Y avait-il l’idée de sortir le public de sa zone de confort ?

    A.L. : Au-delà d’être un sans-abri, le personnage est un marginal. J’ai essayé de faire en sorte que toute la première heure soit rigolote. Mon personnage est en pleine montée, il rigole avec les gens. Ce n’est que lors des dix dernières minutes qu’il commence à bader un peu (sic). On n’a pas voulu faire un sans-abri cliché avec sa canette.

    Guillaume Meurice a été licencié « pour faute grave » par Radio France après avoir réitéré le 28 avril 2024 sur France Inter, une blague du 29 octobre 2023 sur le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qu’il qualifiait de « sorte de nazi mais sans prépuce ».

  • Montpellier réduit la pub dans l’espace public

    Montpellier réduit la pub dans l’espace public

    Montpellier fait sa mue publicitaire. La Ville vient d’adopter un nouveau contrat encadrant l’affichage dans l’espace public, marquant un tournant écologique et esthétique. Le mot d’ordre : réduire la pression visuelle et énergétique. « Moins 33% de panneaux, moins 50% de leur taille et moins 100% de numérique », résume l’élu Bruno Paternot, vice-président de la Métropole en charge du Règlement local de publicité intercommunal (RLPi).

    Jusqu’à présent, la gestion de la publicité urbaine reposait sur trois types de contrats. Désormais, un seul cahier des charges s’applique, simplifiant le dispositif tout en renforçant les exigences environnementales. Les publicités seront désormais interdites dans un rayon de 150 mètres autour des écoles contre 50m auparavant : une première en France. Le nombre total de supports diminue d’un tiers, leur format est réduit de moitié et leurs emplacements réévalués pour ne pas gêner les poussettes ni les fauteuils roulants. Les publicités sexistes, promouvant la malbouffe ou les alcools forts, seront également bannies.

    Remplacer la pub par des arbres

    Mais la mesure la plus emblématique reste la suppression totale des panneaux numériques. Ces écrans, particulièrement énergivores, consomment environ 7 000 kWh par an, soit l’équivalent d’un foyer de trois personnes. « Ce n’était pas la collectivité qui payait, mais la planète qui en faisait les frais. Désormais, nous évitons cette dépense », souligne Bruno Paternot. Dès l’entrée en vigueur du contrat, un plan de démontage est prévu pour ces dispositifs lumineux. Le nouveau marché, attribué à la société JC Decaux pour une durée de 17 ans, prendra effet le 27 novembre 2025. Il porte sur l’exploitation de 382 mobiliers urbains, dont la moitié servira prioritairement à l’information municipale plutôt qu’à la publicité commerciale.

    Pour la majorité municipale écologiste, c’est un symbole fort : « Pas d’écologie sans écologistes. Quand nous sommes aux manettes, ce sont des modifications concrètes : moins de pub, plus d’arbres », se félicite Bruno Paternot. Les élus d’opposition regrettent toutefois que la Ville n’aille pas plus loin, certains plaidant pour une régie publique ou une suppression totale de la publicité. Reste que Montpellier s’impose désormais comme pionnière d’une politique urbaine plus sobre : un choix assumé, entre esthétique, santé publique et responsabilité écologique.

  • Les têtes de cochon d’Isabelle Alary

    Les têtes de cochon d’Isabelle Alary

    Là, ils sont à fond », lance l’éleveuse devant une demi-douzaine de cochons enchevêtrés qui se dorent la panse au soleil. Nul besoin de passer des heures aux côtés des « cochons des garrigues » pour s’apercevoir qu’Isabelle Alary chouchoute ses bêtes. Entre les clôtures, « Roussette » qui a « un caractère de cochon », « Copain  », « la maigre » ou encore « Guimauve » qui est « obligé d’envoyer ses grandes oreilles en arrière pour y voir » sont qualifiés « d’usine à bêtises ». Tous n’ont pas de nom mais tous ont droit à des caresses et à l’attention de leur propriétaire. « Tous les jours, je me prends au moins deux ou trois fous en les observant. Ils sont aussi très câlins. Je ne saurais pas comment l’expliquer mais il y en a que je ne pourrais jamais tuer », précise l’agricultrice qui ajoute : « quitte à élever les bêtes pour qu’elles soient tuées, autant qu’elles soient heureuses ».

    De sa première activité, Isabelle Alary a hérité l’attention pour le bien-être animal. La Pompignacaise a en effet proposé pendant 28 ans la découverte des sentiers du territoire à dos de chevaux. Mais en 2017, elle abandonne cette activité pour se tourner vers l’élevage de porcs. « Il y avait moins de boulot et j’avais perdu la niaque pour les balades. Je voulais aussi faire de l’élevage nourricier  », se remémore-t-elle. Il y a huit ans, il a donc fallu repenser l’exploitation, changer les clôtures et construire des mares dans chaque enclos… 150 cochons ont alors été accueillis sur les 10 hectares de la ferme. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 80, répartis par vingtaines dans des enclos de près de deux hectares. Les cochons ont donc tout l’espace nécessaire pour s’épanouir. « Dans l’industrie, il y a 0,75 m2 par porc », s’insurge l’éleveuse. Car s’il y a bien quelque chose qu’Isabelle Alary aime encore moins que les végans, ce sont les industriels du secteur : « Seulement 1% des porcs sont élevés en plein air en France. Quand on achète 250 grammes de lardons au supermarché, on achète 250g de misère ».

    En coopérative à l’abattoir du Vigan

    Au milieu de la visite, son téléphone sonne. « Il ne me reste que des côtes et de l’échine », lance-t-elle dans le combiné. Le vendredi après-midi et le samedi matin, Isabelle Alary tient en effet une petite échoppe où elle réalise de la vente directe qui l’oblige à prendre des commandes toutes les semaines. Si elle peut s’adapter aux clients, c’est qu’elle s’occupe également de l’abattage. En effet, depuis 2017, l’abattoir du Vigan, l’un des plus petits de France, est géré par les éleveurs du territoire soucieux de préserver un outil indispensable.

    Isabelle Alary rejoint donc les éleveurs réunis en coopérative tous les mardis (seul jour de la semaine où l’abattoir fonctionne) au Vigan, où elle est en charge de la pesée : « Je ne pouvais pas m’occuper de tuer les bêtes, c’était impossible pour moi. La pesée, c’est très physique car il faut porter les carcasses. Mais c’est intéressant parce que nous, les agriculteurs, sommes seuls dans un coin et là on se retrouve en équipe, responsables d’une structure. Il y a une éthique et il n’y a pas de cadence à respecter. On prend le temps pour que tout se passe au mieux  ». Surtout, cette diversification dans son activité lui a permis de se perfectionner comme éleveuse : « J’ai appris énormément de choses. Malheureusement, on voit aussi les mauvaises pratiques de certains de nos collègues avec des bêtes qui ne sont pas en bon état ».

    800 euros de retraite ?

    Tous les jours, Isabelle Alary doit faire face à des galères. Quand ce n’est pas la menace d’incendie, des clôtures coupées ou les retards de paiement, l’éleveuse doit affronter chaque été la sécheresse. « S’il n’y a pas de mare, les cochons meurent parce qu’ils ne transpirent pas ». Sauf que dans son coin de garrigues, elle ne dispose que d’eau de la ville, bien plus chère que l’eau agricole.

    Un coût non négligeable qu’il faut ajouter aux nombreuses normes à respecter. « Les normes, ça nous tue », confirme-t-elle. Isabelle Alary a en effet reçu la visite de vétérinaires pour contrôler l’exploitation. « J’ai passé la visite mais on m’a fait la remarque qu’il faudrait que j’aie une place quand un petit est malade. Mais quand ça arrive, le petit est dans la maison avec moi, nourri au biberon », raconte-t-elle. Si les exploitations de porcs ne sont pas soumises aux aides de la Pac (Politique agricole commune), Isabelle Alary avait de toute façon arrêté depuis longtemps de réclamer ces aides européennes. « À l’époque, avec les chevaux, j’avais payé quelqu’un de la chambre d’agriculture 180 euros de l’heure pour me remplir le dossier. Et un mois après, j’ai eu un contrôle. Un point avait été mal rempli dans le dossier donc j’ai dû payer une amende de 1 000 euros ».

    Elle est également remontée face au manque de soutien et de considération de l’État pour la profession. « Ce n’est pas pour rien s’il y a des manifestations et que les agriculteurs montent jusqu’à Paris. J’ai eu trois enfants, j’ai travaillé jusqu’à dix jours avant l’accouchement. Je travaille tous les jours. Et je ne sais pas si je vais toucher 800 euros de retraite par mois », s’inquiète l’éleveuse. Une maigre récompense donc pour une vie de labeur qui ne poussera pas la jeune génération à rejoindre une agriculture humaine et responsable pourtant si essentielle aux terroirs français.

    « Quand on achète 250 grammes de lardons au supermarché, on achète 250 grammes de misère »

  • [Chefs-d’œuvre dans Marseille] À l’église des Chartreux, Loin de la Peste, la Marie-Madeleine des Chartreux regarde le Ciel

    [Chefs-d’œuvre dans Marseille] À l’église des Chartreux, Loin de la Peste, la Marie-Madeleine des Chartreux regarde le Ciel

    Depuis leur sortie d’oubli pendant l’exposition de La peinture en Provence au XVII° siècle, conduite en 1976 au musée des Beaux-Arts de Longchamp par Henri Wytenhove (1946-1988), les deux très impressionnants formats exécutés par Michel Serre à propos de la Peste de Marseille de 1720, les cadavres lentement délivrés de leurs paroxysmes grâce aux efforts des galériens, la grande allée du Cours (317 x 440 cm) et la Vue de l’Hôtel de Ville (306 x 277 cm) sont incontournables. En revanche, en dépit de la relative accessibilité des tableaux conservés dans les églises et les musées de Marseille et d’Aix-en-Provence et de la monographie de Marie-Claude Homet, Michel Serre et la peinture baroque (Edisud, 1987), la survie d’une centaine de toiles de ce peintre originaire de Tarragone est insuffisamment connue.

    Au terme d’une formation dans un couvent de Chartreux catalans et d’un séjour de cinq ans en Italie, Serre avait 17 ans lorsqu’il résolut de s’établir à Marseille en 1675. L’abondance de sa production et sa virtuosité lui permirent de s’imposer sur le marché local : il composait pour la clientèle privée des décors plafonnant et des portraits, pour les congrégations des épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament. En 1696 l’une de ses performances fut l’achèvement en 40 jours d’un mega-tableau qu’on découvre derrière le maître-autel de l’église des Chartreux. Des nuées d’anges musiciens répandent des parfums, jouent de l’orgue, soutiennent Marie-Madeleine au milieu des nuages. Conformément aux récits de la tradition, elle quitte l’inconfort de sa grotte, exprime sa gratitude, monte jusqu’au mitan du ciel. Les dimensions de la toile sont maximales : sans l’ajout du cadre en marbre veiné de jaune, huit mètres en hauteur, 550 centimètres de largeur.

    Voici dix ans, le ravissement de la Sainte s’assombrissait, les misères et les craquelures se multipliaient. Lundi 27 octobre 18 h, Salle de Ventes Falque, 5 rue Victor Cordouan, en écho avec la parution aux éditions Images Plurielles d’un ouvrage collectif consacré à Notre Dame des Chartreux dirigé par Jean-Robert Cain, Jean-Noël Bret présentera une conférence de Régis Bertrand et d’Elisabeth Mognetti à propos de l’histoire et de la restauration du tableau de Michel Serre.

    Église des Chartreux ouverte en semaine de 9h 30 / 12h, 16h30 /19h

  • Gontard propose un débat sur la sécurité

    Gontard propose un débat sur la sécurité

    De la France insoumise au RN, c’est un thème de campagne que personne n’élude : la sécurité traverse l’échiquier politique en vue des municipales de mars. Chaque candidat potentiel avance ses constats et esquisses de solutions. « Je propose à tous les candidats un débat public sur la sécurité d’ici à la fin de l’année », met sur la table, ce vendredi devant la presse, Paul-Roger Gontard. L’actuel adjoint (La Convention) à l’urbanisme est « en action dans cette campagne » et, comme début septembre, redit « qu’il est prêt à être maire » sans non plus en faire un préalable au « rassemblement » à gauche et au centre dont il est persuadé qu’il se fera.

    « 80% de la délinquance est liée aux stupéfiants », avance-t-il, mais « ce n’est pas une fatalité ». Reconnaissant qu’au cours du mandat « des choses ont été faites mais pas suffisamment avec des urgences qui changent », l’adjoint au maire est persuadé d’être le seul dans le débat « à apporter des méthodes nouvelles ». Il souhaite « une approche globale hors des silos », rejoignant les propos du candidat Benoît Belvalette (Place publique). Paul-Roger Gontard se veut pragmatique en s’inspirant de réussites extérieures comme à « Saint-Ouen (93), où j’ai rencontré deux fois le maire, qui a su diviser par deux en cinq ans le nombre de points de deal », souligne-t-il. Mise en place d’une cellule hebdomadaire entre Ville, préfecture, parquet, dispositifs d’argent de poche pour éviter la tentation de l’argent facile des trafics… sont évoqués. Un volet « stop tox » viendra prévenir et soigner la consommation de stupéfiants.

    Un second pilier appelle à la reconquête de l’espace public. Paul-Roger Gontard compte créer « un jumeau numérique », plateforme de coordination mutualisée en temps réel mêlant police municipale, propreté, éclairage, circulation… Atteindre l’étiage actuellement fixé de 120 policiers municipaux est suffisant aux yeux du candidat pour avoir ce service 7j/7 et H24. Une unité mixte d’éducateurs, médiateurs, policiers est aussi promise.

  • Quand le sport conjugue les défis

    Quand le sport conjugue les défis

    C’est un événement devenu mythique qui se révèle, aujourd’hui, comme un carrefour des engagements et défis contemporains.

    Ce dimanche, 20 000 coureurs s’élanceront sur les 20 km du Marseille-Cassis. Depuis 1979, cette course imaginée par la SCO Sainte-Marguerite s’est imposée comme un rendez-vous incontournable du calendrier sportif français, attirant des athlètes du monde entier, amateurs comme professionnels.

    C’est un défi personnel. Le col de la Gineste, avec ses 327 m d’altitude et ses pentes jusqu’à 7%, pousse à se dépasser.

    Causes communes

    Mais Marseille-Cassis est bien plus qu’une épreuve sportive : c’est une vitrine éclatante de la Provence. Le parcours traverse le Parc national des Calanques, offrant un décor de carte postale entre mer et falaises calcaires. Avec 76 pays représentés, l’événement incarne le rayonnement du territoire.

    Cette course se distingue aussi par son engagement social. Des jeunes issus de quartiers prioritaires participent grâce au dispositif « Marseille-Cassis des quartiers », qui allie sport et insertion professionnelle.

    Enfin, l’événement se donne un cap écologique. Traversant un espace naturel protégé, la course adopte des pratiques durables : dossards recyclables, sacs en algues marines, limitation des bouteilles plastiques ou encore les « Cleanup Dossards » attribués à ceux qui s’engagent dans le ramassage de détritus.

    Marseille-Cassis conjugue donc sport, solidarité, nature et valorisation du territoire. Une certaine idée du sport au service de causes communes.

  • Quel avenir pour l’écoplateforme de la centrale de Gardanne ?

    Quel avenir pour l’écoplateforme de la centrale de Gardanne ?

    Se dirige-t-on vers une transformation d’ampleur du site de la centrale thermique de Gardanne ? Après un mois de consultations des riverains et autres acteurs du territoire de Gardanne et Meyreuil, l’enquête publique sur le développement d’une « écoplateforme industrielle » s’est conclue, ce jeudi 23 octobre.

    L’objectif affiché est de réindustrialiser le site via l’exploitation des parcelles inutilisées, ou presque, de l’immense terrain ancienne centrale à charbon. « Il s’agit de dépolluer, déconstruire et viabiliser une dizaine de parcelles représentant environ 30 hectares sur l’ensemble des 73 hectares du site. Ces parcelles sont destinées à accueillir des industriels qui loueront leurs emplacements via des baux de longue durée », expose la note technique de l’enquête publique. « C’est une enquête publique sur le réaménagement du foncier, la réhabilitation du terrain. On allotit le site en faisant des parcelles dans une logique de zéro artificialisation des sols », précise Camille Jaffrelo, porte-parole de GazelEnergie. Dans le détail, la consultation du projet portait sur trois phases distinctes de travaux, avec un découpage en 18 parcelles à terme.

    La première phase se concentre sur « les travaux de viabilisation des parcelles » et la préparation des terrains avec raccordements des réseaux d’eau, télécoms… La deuxième porte sur « la démolition de la TAR (Tour Aero-Réfrigérée), un bâtiment de 65m de hauteur et 100m de diamètre, pour un coût estimé à environ 3 millions d’euros », toujours selon les documents de l’enquête publique. Même principe pour la troisième phase, avec le démantèlement de la Tranche 5, l’ancienne unité de production au charbon et de sa cheminée, estimée à plus de 30 millions d’euros. En bref, une « remise en valeur du site en vue de sa réindustrialisation et la création d’emplois », selon Camille Jaffrelo, qui table sur plus de 500 emplois directs créés à terme.

    Riverains et écolos mécontents ?

    Reste que les intentions affichées par l’industriel ne sont pas entendues de cette oreille par différents collectifs de riverains et associations de défense de l’environnement. À l’image de l’Association de lutte contre les nuisances et la pollution (ALNP, membre de FNE13) qui compte plus de 80 adhérents, dont les CIQ Ouest et Est de la cité, mais aussi le comité d’intérêt de quartier de Langarié, de Fuveau Ouest… « On craint qu’on installe une industrie et qu’une fois qu’elle est là, qu’on nous montre ce qu’elle génère, contents ou pas contents. Vous ne nous dites pas quelles industries vous mettrez, vous ne nous parlez pas des effets cumulés ? Moi, je dis non », martèle Olivier Beuret, président de l’ALNP, à l’adresse de GazelEnergie. Même ressenti du côté de Jean-Luc Le Mouel, co-président du CIQ Gardanne Est : « Si on remet 18 grosses usines par-dessus, on se tire, on s’en va ! » Et une pétition lancée en ligne contre le projet a récolté près de 1 240 signatures.

    Des inquiétudes pas légitimes aux yeux GazelEnergie : « Les critiques sur le manque de communication ne sont pas entendables… Rien n’a été fait en catimini, l’enquête publique s’est tenue normalement, avec du débat. » Et surtout, sur le fond, l’entreprise explique que le découpage en 18 parcelles n’implique pas l’arrivée de 18 projets industriels. Et encore moins l’installation de « 18 industries lourdes », selon Camille Jaffrelo. Qui insiste : « Chacun des projets qui pourrait venir s’implanter aura son propre dossier d’instruction avec les études d’impacts, de danger et effets cumulés. Mais d’abord nous devons commencer par le début : réhabiliter le terrain. » Elle évoque plus globalement des « arguments fallacieux » : « Certains expliquent que le projet de pyrogazéification porté par les salariés et l’ATCG [Association des travailleurs de la centrale de Gardanne, Ndlr.] serait un incinérateur, qu’il y aurait une scierie géante, ce sont des fake-news et ce n’est pas le sujet de l’enquête publique. »

    La CGT favorable,

    mais nuancé

    En parlant du projet des salariés, Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT du site, est très clair sur la position du syndicat : « On est favorable au développement industriel du site et à la création d’emplois qui ont pour vocation la production d’énergie, tant qu’ils intègrent la prise en compte de l’environnement, de la réponse aux besoins et créateurs d’emplois statutaires. » Un avis nuancé donc, d’autant que le projet porté par les salariés, Bio-Méthane Provence, aboutira « que l’écoplateforme se fasse ou non ». « Nous ne rentrons pas dans le cadre de l’enquête publique actuelle, rien ne ralentira la faisabilité de notre projet », insiste le syndicaliste.

    GazelEnergie dit plancher sur l’installation potentielle de site en lien avec « des batteries électriques, datacenter et, en parallèle, la pose d’ombrières solaires sur les parkings actuels ». Si « rien n’est acté pour l’heure », l’entreprise vise des projets industriels « légers ».

  • Aux Aygalades, des locataires craignent un effondrement

    Aux Aygalades, des locataires craignent un effondrement

    Quand il y a du vent, on sent bouger les murs et quand il pleut, on ne peut plus sortir. » Locataire depuis 1989 d’un T3, Dalila Hezaimia est devenue le fer de lance d’une bataille des locataires du bâtiment 4, qui tentent depuis des années d’obtenir des travaux, du moins des réponses de 13 Habitat.

    Ils sont plusieurs à la rejoindre en pied d’immeuble pour exposer « des problèmes importants qui menacent notre sécurité », estime Djamal, jeune père de famille. Ils vivent dans l’humidité permanente, infiltrée du sol au plafond. Des cinq petits immeubles en contrebas de la cité, le 4 est en bout de pente. « Les pluies dévalent toutes ici. L’eau monte jusquà 50 cm dans le hall » précise une autre locataire devant l’entrée, désignant la démarcation laissée sur le mur. Les pieds dans les boues qui tapissent encore les sols, on ne peut que constater les évacuations bouchées. Un bruit de cascade arrive du local technique en pied d’immeuble. En poussant la porte, on aperçoit un conduit d’eaux usées vaguement colmaté avec de la mousse expansive. Plus loin, un autre conduit dégouline sur le sol, c’est la piscine. « C’est non-stop tous les jours », désespère Djamal. « L’immeuble est devenu instable, un jour ça va s’effondrer », craint Dalila.

    Peinture sur moisissures

    Dans les escaliers, deux locataires s’épuisent à porter des chaises neuves au 6e. « On ne compte plus les pannes d’ascenseur », lancent-elles. Les coups de peinture badigeonnés sur les murs moisis ne planquent même plus la misère. Le salpêtre et les champignons poursuivent leur progression et rongent les plâtres. « Mes enfants sont devenus asthmatiques, le médecin a fait analyser les champignons, c’est toxique », explique une locataire du 4e. Quant à son voisin, il n’ose plus aller sur le bacon dont le béton s’effrite. Sur son cumulus, un saladier est installé pour récupérer l’eau qui goutte du plafond. Aucun des 31 logements n’est épargné.

    Les signalements envoyés sur la plateforme mise en place par le bailleur restent sans suite. Le PV de 85 pages dressé par un huissier en avril 2024 « n’a pas eu plus d’effet », déplore Dalila, qui a interpellé le service d’hygiène et de sécurité de la Ville. Contactée, la direction de 13 Habitat n’a pas donné suite.

    Le 11 juillet 2024, la police avait procédé à l’expulsion d’une cinquantaine d’occupants illégaux. Des travaux de réhabilitation générale et de rénovation énergétique devaient démarrer courant 2025. Pour l’heure, « c’est l’abandon complet ».

  • Accord trouvé entre la direction et les salariés de la verrerie de Vergèze

    Accord trouvé entre la direction et les salariés de la verrerie de Vergèze

    « C’est un compromis qui n’est pas trop mal », lance Yohan Goupille, le délégué syndical CGT qui a mené les discussions avec la direction d’Owens Illinois aux côtés de FO et la CFE-CGC. Les dernières discussions avec la multinationale américaine se sont donc déroulées à Lyon les 20 et 21 octobre derniers et ont permis aux syndicats d’arracher encore quelques avancées.

    « Au niveau des indemnités supra-légales, nous avons obtenu 25 000 euros nets d’impôt pour ceux qui ont moins de 20 ans de boîte et 20 000 euros pour ceux qui ont plus de 20 ans d’ancienneté », détaille le syndicaliste. « Il y a une différence pour tenter de rétablir un peu d’équité par rapport à l’indemnité de licenciement qui est basée sur l’ancienneté. Ensuite sur le congé de reclassement, il y en a plusieurs à Vergèze. Pour les moins de 50 ans, ce sera 16 mois pour les salariés sans formation de reconversion et 18 mois pour ceux qui suivent une formation. Pour les plus de 50 ans, ce sera 22 mois et 24 mois. On a essayé d’avoir 24 mois pour tout le monde mais on n’a pas réussi. Nous avons aussi obtenu des reclassements rapides pour que les jeunes puissent retrouver du boulot plus rapidement et puissent sortir avec une prime en plus ».

    Jeudi 23 octobre, les organisations syndicales ont tout de même rendu un avis défavorable à ce PSE pour continuer à marquer leur opposition à la fermeture du site. Mais tous étaient plutôt satisfaits des concessions arrachées par les syndicats. Désormais, les salariés vont devoir s’organiser au jour le jour puisqu’aucun calendrier précis n’est établi. Ils savent uniquement que le PSE prendra fin le 31 octobre. Ils recevront ensuite une lettre de licenciement, qui ne sera pas effectif avant les premiers jours de janvier 2026. D’ici là, un repreneur a encore deux mois pour manifester son intention de relancer l’activité sur le site de la verrerie. Durant cette période, la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) doit valider ou non le plan social et les licenciements pour raison économique. Même si le site gagnait de l’argent l’an dernier, les syndicats n’imaginent pas l’instance s’opposer à cette fermeture. « Vu notre gouvernement et ses orientations, la Dreets va le valider. Depuis le début de l’année, aucun plan de licenciements n’a été retoqué par les Dreets. Parfois ils reviennent sur quelques petits points mais jamais sur le plan en lui-même  », fustige Yohan Goupille.

    Entre désarroi et colère

    Depuis le perçage du four à la mi-octobre, lançant de fait la fin de la fabrication de bouteilles à Vergèze, les salariés sont partagés entre tristesse et colère. Et depuis l’arrêt définitif du four, puisque les dernières gouttes de verre ont été vitrifiées et le four a été complètement refroidi, ils ne sont plus très nombreux à revenir sur le site. « De jour en jour, il y a moins de monde. Ceux qui ont la formation d’équipier de seconde intervention sont restés parce qu’ils ont été formés à la sécurité incendie. Ils sont 5-6 par équipe à tourner. La direction a établi un ordre de présence jusqu’au lundi 27 octobre », précise Bruno Santiago, également responsable syndical CGT. « Même nous, les élus, nous allons tourner. Nous sommes 12 élus à la CGT, nous allons faire deux groupes de 6 pour rester sur le site. Mais on ne va pas être là toute la journée alors qu’il n’y a rien à faire  », ajoute Yohan Goupille.

    Plus les jours avancent, plus le site se met en veille. Les installations électriques sont arrêtées les unes après les autres, les compresseurs ont été stoppés, l’unité de production d’oxygène aussi, et toutes les machines de contrôle ont été éteintes. Condamnés à passer encore quelques heures au milieu de ce site, considéré il y a encore quelques semaines comme un fleuron de l’industrie gardoise, les salariés sont gagnés par la mélancolie et la résignation. « Il n’y a plus un bruit dans l’usine et ça devient très stressant. Les gens sont assis sur une chaise ou marchent pour se dégourdir les jambes mais ils ne font rien. La direction fait donc venir du personnel alors que ce n’est pas nécessaire. Les salariés sont là pour la sécurité au cas où il y aurait un feu mais je ne vois pas d’où pourrait venir le feu puisque le four est arrêté », regrette Bruno Santiago qui doit rencontrer la direction prochainement pour la convaincre de mettre les salariés en indisponibilité totale jusqu’à leur licenciement.