À Gap, colère profonde derrière les bruits de fanfare

La meilleure manière de marquer l’histoire, c’est de former un tout» : ce slogan, inscrit en vitesse sur un bout de carton et brandi lors du cortège samedi à Gap, résume à lui seul l’esprit de la manifestation gapençaise. Près de 900 personnes étaient présentes lors de ce qui était annoncé comme un rassemblement à l’esplanade Desmichels, mais qui s’est vite transformé en déambulation joyeuse vers la zone commerciale Tokoro. Déambulation, qui, au passage, a bloqué en partie et temporairement la routes et les ronds-points. Même si certains automobilistes se retrouvaient embêtés car ils devaient aller travailler, la plupart d’entre eux ont affiché leur soutien au manifestant en multipliant les coups de klaxon.

«C’est super important moralement que l’on soit là, tous ensemble, reconnait Nathalie Cuzin, cadre de santé et représentante CGT. Pas chacun dans son coin, à compter les sous qu’il nous reste pour finir le mois». Lycéens, familles, gilets jaunes, syndicalistes, agriculteurs, soignants, retraités… La manifestation a rassemblé un large panel de la population, tous solidaires entre eux. «On est là pour là se retrouver, être ensemble, dans la joie et la bonne humeur», confirme Lexie, institutrice et mère de deux enfants. Tout au long de la matinée, le cortège a en effet été festif, entre la fanfare, les danses et les chants militants. Mais sous cette bienveillance affichée se cache en chacun une colère profonde. Les raisons sont diverses : le manque de moyens pour les services publiques, en particulier pour l’éducation, la hausse du prix des carburants, le déni des politique face au changement climatique ou encore la violence policière. Mais tous pointent un même responsable : le gouvernement.

Pascale Escallier fait partie des gilets jaunes, à l’origine de l’appel à manifester : «Nous sommes là pour dénoncer toutes les injustices de la société, résume-t-elle. Les salariés exploités, l’inégale répartition des richesses, l’État policier… Partout, dans la bataille des idées, le fascisme gagne du terrain.» Pour Syriane, venue accompagnée de son conjoint et de ses deux enfants, il s’agit de sa toute première manifestation : «C’est grave que l’on ne puisse pas assurer un avenir serein à nos enfants, s’inquiète-elle. Que ce soit pour se loger, pour acheter, et même pour respirer, car cette planète, on la consomme et elle se consume».

«On est tous d’âges, de milieux sociaux et peut-être de bords politiques différents… Mais ce qui est important, c’est la convergence des luttes, ça c’est vraiment beau. Qu’on soit lycéen, agriculteur, salarié, chômeur, on est tous là pour les mêmes choses et c’est maintenant que l’on doit s’unir, c’est comme ça qu’on sera fort», conclut une manifestante au mégaphone, quelques minutes avant que le cortège ne se disperse.

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