De quoi remettre en avant le travail quotidien des agents des services publics qui œuvrent au quotidien, et parfois dans l’ombre, pour le bien commun. Et qui s’alarment du budget de l’État à venir qui risque bien de réduire encore leurs moyens. Des moyens dont ils manquent déjà cruellement à l’image des sapeurs-pompiers, en grève depuis début septembre et figures de proue du mouvement. En bref, les petites mains de l’État ne veulent pas subir à nouveau l’austérité.
Être enseignant, de nos jours, c’est « faire face à des injonctions contradictoires ». Professeur d’histoire-géographie au collège des Pins d’Alep de Toulon, Julien Saint-Roman a la sensation d’être pris dans un étau, entre les difficultés « de permettre à tout le monde d’accéder aux mêmes chances » d’un côté, et « les attaques de la droite et de l’extrême droite, en des temps où tout n’est qu’opinion, avec des parents d’élèves, des politiques, voire des élèves qui remettent en question la vérité des faits, le travail scientifique » de l’autre. Ajoutez à cela « la concurrence féroce de l’enseignement privé sous contrat », autre entrave à l’égal accès à l’enseignement, et vous obtenez « séparatisme sociologique et politique », favorisé par « un gouvernement qui met l’école publique et ses fonctionnaires en porte-à-faux ».
Les conditions matérielles d’exercice du métier sont elles aussi pointées du doigt, entre un pouvoir d’achat en berne provoqué par « une inflation qui augmente deux fois plus vite que le point d’indice depuis 2010 », « une charge de travail multipliée à cause du nombre croissant d’élèves, qui nécessiterait plus de 40 000 professeurs supplémentaires pour avoir le même taux d’encadrement qu’en 2007 », des profils qui « ne sont plus pris en charge correctement » et des « bâtiments vieillissants soumis à la canicule et au froid l’hiver ». Il y a « de multiples facteurs qui peuvent conduire à la mobilisation » pour le secrétaire adjoint de la FSU du Var.
À l’hôpital d’Avignon, Ludivine Russo est « partie de tout en bas », assure-t-elle. Aujourd’hui agent de service hospitalier (ASH), elle a commencé par de la plomberie avant de monter des échelons et de prendre des responsabilités syndicales à la CFDT.
Dans l’établissement hospitalier, le plus important de Vaucluse avec pas moins de 3 600 agents, « on galère », regrette-t-elle. « On tient grâce à notre engagement et notre sens du service public », explique-t-elle. Et prône la volonté de tous d’assister les patients et les familles, mais aussi entre collègues. « C’est la force des services de s’aider. Quand les services ne s’aident pas, la moitié se barre. Alors qu’un service super soudé, les filles se disent on est dans la mouise, mais on l’est ensemble », poursuit l’ASH. Au quotidien, des agents constatent un manque de reconnaissance. « Pendant le Covid, on était applaudi. On pensait que ça changerait dans le bon sens mais non, c’est encore pire ! On n’a jamais vu l’hôpital comme ça », illustre la responsable syndicale.
Ce mardi, une mobilisation intersyndicale avec la CGT et FO est prévue sur le site pour sauver la crèche hospitalière qui va potentiellement être externalisée. « Cela permettait aux agents de travailler plus sereinement et ça illustre ce qu’il se passe au niveau national. On est en train de démanteler le service public », pointe-t-elle.
Le quotidien de Laurent Guilloteau, sapeur-pompier professionnel pour le service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône (Sdis 13) et secrétaire général de la CGT Sdis 13 est pour le moins chargé. « Une journée classique de pompiers débute par une prise de garde entre 7 et 8 heures, pour une garde de 12 ou 24 heures. Il y a ensuite un appel des présents, où l’on va savoir sur quel engin on va intervenir dans la journée. On a aussi une vérification des engins, pour être sûr qu’ils soient bien opérationnels. On enchaîne ensuite sur du sport ou alors sur des manœuvres et des entraînements pour nos futures missions… Ensuite, la journée est cadencée par les interventions », explique-t-il. Ces interventions justement « peuvent durer 10 minutes comme 12 heures, cet été, on a dépassé les 500 interventions par jour dans le département ». De quoi donner un aperçu de la charge de travail : « Fin juin, on a eu une très forte activité sur une journée, j’ai retrouvé des collègues arlésiens qui n’avaient pas eu le temps de manger le midi et qui n’avait toujours pas mangé à 2h du matin. »
De quoi surtout remettre en perspective le rôle de ces fonctionnaires territoriaux : « On subit depuis des années la dégradation de l’ensemble des services publics : nous sommes le dernier recours pour la population. Si l’hôpital public ne peut pas prendre en charge la population, si elle n’a pas accès à de l’aide sociale, elle fait appel aux pompiers. »

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