Un raz-de-marée de colère contre l’austérité

À 10 heures pétantes, ce mercredi, la place du kiosque des Réformés à Marseille est pleine à ras bord de monde et à des allures de petite Commune. D’un côté, une fausse guillotine, de l’autre, un atelier banderole, plus loin un stand « kermesse militante » ou encore une assemblée populaire où les prises de parole s’enchaînent… « On est là car on en a marre de ne pas être entendus, on en a assez de Macron et sa politique ! », lance Nina, étudiante venue en tant que « simple citoyenne ». Autour d’elle, le cortège syndical à l’appel de la CGT s’étoffe petit à petit et les enceintes du camion de l’organisation lancent un « Bella ciao » devant des manifestants plus qu’enjoués. Les tracts des militants communistes partent comme des petits pains, ceux de la CGT appelant à la grève pour le 18 septembre prochain également. Et les pancartes des manifestants sont assez éloquentes : « Lecornu, rends-nous nos cahiers de doléances », « Faisons de la France une vraie démocratie ». En bref, une concentration des colères. « Je suis mécontent. Mécontent de ces gouvernements qui mènent les mêmes politiques de casses sociales, d’attaques contre les travailleurs depuis des années. Le peuple s’est exprimé contre cela aux dernières législatives et la nomination de Lecornu est un crachat à la figure », confie Nicolas, jeune doctorant à l’université d’Aix-Marseille et militant CGT.

Le cortège s’élance dans une effervescence sociale, mêlant jeunes, retraités, syndiqués ou non, militants d’un parti politique ou pas. La banderole de tête parle pour elle : « Pour le progrès social, reprenons aux riches l’argent qu’ils nous volent ». Et comme souvent dans les manifestations marseillaises, le camion de la CGT Énergie chauffe la foule à blanc, enchaînant les clappings et prises de paroles survoltées. « Continuez à donner aux mêmes ! Le jour où la population n’aura plus rien à perdre, elle mangera des riches, sur le barbecue du piquet de grève ! », tonne Renaud Henry, le secrétaire général de l’organisation. De quoi donner le ton d’une mobilisation où toutes les colères s’expriment. « On est à un tournant de notre histoire. La guerre des classes qui se joue à pas feutrés depuis des années devient très concrète. Il faut se mobiliser pour les empêcher de nous mener à la guerre ou à la pauvreté », explique Robert, Martégal qui travaille à l’usine Petroineos.

« Pour bloquer, il faut être en grève »

En grève, il est venu avec son collègue Maxime, qui est frigoriste dans l’industrie. Les deux louent la convergence du jour et la présence massive de jeunes : « Les appels de la CGT et des mouvements citoyens se complètent. Les gens qui les opposent sont contre les mouvements populaires. Pour bloquer, il faut être en grève ». Devant la préfecture, lieu d’arrivée de la manifestation, les manifestants se rendent compte de l’ampleur du cortège. Une militante glisse « je reviens en courant du milieu de la manif, c’était encore à Noailles ! ».

Le cortège compte de nombreux représentants politiques de la gauche locale, comme l’adjointe au maire de Marseille Michèle Rubirola (EELV), le député insoumis Sébastien Delogu ou encore le sénateur communiste Jérémy Bacchi. « La nomination de Lecornu résonne comme une insulte pour la population. Aujourd’hui, on voit l’aspiration au changement d’orientation alors que le président de la république a nommé la copie conforme de Bayrou avec 30 ans de moins », explique-t-il. Devant les milliers de manifestants, il abonde : « Une majorité de Français rejettent l’orientation ultra-libérale du président et ils sont là pour le dire ».

Après la fin de la manifestation « officielle », de nombreux jeunes continuent la marche en mode sauvage, et le jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre. De quoi faire passer des messages au nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu.

« Une majorité de Français rejettent l’orientation ultra-libérale du président et sont là pour le dire »

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *