Marseille dévoile une rareté lyrique

Dimanche 22 et mardi 24 février, l’Opéra de Marseille fera découvrir Ermione, œuvre rarement jouée de Rossini. Après I Masnadieri, autre rareté de Verdi brillamment présenté in loco il y a peu, c’est aussi en version concert que cette adaptation de l’Andromaque de Racine sera présentée au public marseillais. Crée au Teatro San Carlo de Naples en 1819, l’œuvre déroute les dilettanti napolitains et tombe vite dans le purgatoire pour n’en sortir qu’en 1988. Une résurrection très attendue surtout que Maurice Xiberras a dû, pour l’occasion, réunir pas moins de trois ténors d’envergure pour entourer la mezzo bien connue des marseillais Karine Deshayes dans le rôle-titre. Marseille peut donc s’enorgueillir de cette « création ». D’autant que Michele Spotti, le directeur musical de la maison est la baguette avec sa rigueur et son enthousiasme. Primus inter pares de ce plateau prometteur qui compte la soprano Teresa Iervolino (Andromaque), le Sud-africain Levy Sekgapane (Oreste) et l’italien Matteo Macchioni (Pilade), on peut compter sur le ténor italien Enea Scala. Cet habitué de nos scènes régionales (Il était Titus de Mozart à Nice récemment), donnera à Pyrrhus son timbre solaire et sa présence magnétique. Il connaît bien le rôle pour l’avoir défendu au Festival Rossini à Pesaro en 2024. Il relève la modernité de la partition de Rossini qui mêle l’hubris et la némésis, propre à la tragédie grecque (Euripide et Racine ne sont pas loin). « Ermione est sans doute l’opéra le plus moderne de Rossini, qui en avait conscience, et c’est sans doute la raison de son échec à Naples. Il faudra attendre 1988 pour que le public comprenne. Il y a dans la partition des changements d’harmonie très rapides. Dans une forme très classique on entend des nouveautés qui ont pu dérouter. » La partie dévolue à Pyrrhus exige un large ambitus vocal (l’écart entre les graves et aigus). « C’est un rôle de baryténor, c’est-à-dire fait pour un ténor doté de graves, alors qu’au temps de Rossini on avait affaire à des barytons qui s’essayaient à des aigus en voix de tête. On doit maîtriser deux octaves. Il faut chanter élégant tout ayant une rudesse dans l’expression. »

Le public pourra donc découvrir à Marseille une œuvre passionnante qui, par ses audaces, louche déjà vers Donizetti et les premiers Verdi. De grands ensembles, des airs pyrotechniques au service d’un discours dramatique toujours tenu, des scènes de furie très romantiques… de quoi ouvrir l’appétit du mélomane le plus exigeant.

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