Une ténébreuse affaire

C’est, pour pasticher le titre d’un célèbre roman de Balzac, celle que nous narre aujourd’hui Hervé Jubert. Outre aux thrillers sanguinolents, la mode revient aujourd’hui aux romans historiques. Si la plupart des auteurs montrent quelque compétence dans la recherche documentaire, il leur manque trop souvent l’essentiel, sa digestion et on a l’impression d’ingurgiter des pavés démonstratifs bourrés d’invraisemblances psychologiques et d’anachronismes de style. Aussi convient-il de saluer cette Affaire Balzac et son auteur, auquel on n’adressera qu’un reproche, ne pas avoir fourni une bibliographie en fin de volume.

Tout commence en 1818 par la rencontre inopinée entre un jeune Balzac encore inconnu et un narrateur anonyme qui ne va pas tarder à devenir son serviteur. Et, aussitôt, à se laisser entraîner dans une enquête surprenante qui va réserver des mésaventures qui ne le seront pas moins. Car les deux hommes, à pied, en diligence ou à dos de mule, vont traverser la France pour gagner la région d’Albi où se prépare l’exécution de Louis Balssa, dit Le Prince, qui n’est autre qu’un oncle du futur écrivain. C’est à partir de ces données authentiques, d’un travail de recherche important et du postulat de l’innocence de l’oncle que Jubert a donné une reconstitution possible des faits.

Balzac mène l’enquête

La grande habileté de l’auteur c’est de rendre vraisemblable la possibilité d’une telle aventure. Après tout, on sait que Balzac a bien connu Vidocq, que la troisième partie de Splendeurs et Misères des courtisanes est une authentique enquête et que ses débuts se plaçaient sous l’influence du roman noir gothique anglo-saxon. Néanmoins, le principal mérite de Jubert est d’avoir parfaitement saisi les conditions historiques de l’époque, la psychologie d’une région et de ses habitants, qu’il décrit avec infiniment de poésie et d’humour. Son Balzac avant Balzac, ses saillies, ses foucades, son caractère tantôt grave et angoissé tantôt léger et primesautier, raconté par un narrateur pittoresque qui est bien plus qu’un faire-valoir, tout au long d’une quête à rebondissements, est aussi un véritable régal tant le style, les tournures, le vocabulaire, ne versant jamais dans l’anachronisme, font mouche. Un roman original et passionnant dont on se délectera.

L’Affaire Balzac La Manufacture de livres
225 p. 19€90

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