L’originalité de l’étude vient de la combinaison de deux analyses : celle de la composition chimique des résidus organiques et celle de l’ADN. « Les deux étaient d’ordinaire menées séparément », souligne Martine Regert. « Elles sont complémentaires », ajoute Tabea Koch, ancienne doctorante au Cepam et co-autrice principale de l’étude. Car l’ADN est parfois détruit et nombre de plantes identifiées ici n’auraient pas pu l’être avec des marqueurs chimiques uniquement. « Combiner les deux aide à comprendre l’histoire de ces objets, de leur fabrication à leur utilisation », ajoute la chercheuse, aujourd’hui au British Museum de Londres.
Hygiène dentaire ?
Les analyses montrent que le brai de bouleau a servi à réparer des céramiques et à fixer des pierres taillées sur des supports en bois pour fabriquer des outils ou des projectiles. De manière intéressante, les échantillons les moins chauffés livrent de l’ADN humain buccal : ils auraient donc été mâchés. Pourquoi ? « Nous l’ignorons, admet Martine Regert. Peut-être pour soulager des douleurs ou améliorer l’hygiène dentaire. » Mais probablement pas pour le rendre plus adhésif, si l’on en croit Tabea Koch : « Nous avons testé : le mâcher le rend moins collant. »
Mais cet ADN a permis de distinguer le sexe biologique des individus qui ont mâché ces « chewing-gums ». « Cela pourrait nous permettre d’avoir une vision genrée de certaines activités, souligne Martine Regert. Nous avons trop peu d’échantillons pour conclure aujourd’hui. Mais cela ouvre des perspectives. »
Enfin, de l’ADN animal et végétal donne une idée de ce que mangeaient ces populations : noisettes, pavot, poisson, sanglier… « Cela complète ce que racontent des éléments plus abondants comme les contenus des céramiques, les ossements, les graines des plantes ou les grains de pollen, précise la chercheuse pour qui la suite consiste à poursuivre ce type d’étude sur plus d’échantillons. Nos partenaires danois ont obtenu un financement européen pour le faire. »

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