Octobre 1936, depuis près de quatre mois la guerre d’Espagne ne cesse de s’amplifier. Depuis le 18 juillet, les franquistes dont l’objectif est de renverser la République espagnole ont déjà massacrés des dizaines de milliers de républicains espagnols civils et miliciens, Franco bénéficie très rapidement de l’aide militaire massive d’Hitler et Mussolini en armes et en soldats. La politique de non-intervention de la France et de l’Angleterre va mettre en difficultés la République espagnole. La Seconde guerre mondiale était bien dans son prologue. Dans de nombreux pays la solidarité internationale des travailleurs envers le peuple espagnol se manifeste alors de manière multiforme. Collectes pour l’Espagne républicaine, manifestations de soutien et constitution des brigades internationales à l’initiative de l’Internationale communiste.
Les volontaires internationaux vont commencer à arriver sur la base d’Albacete centre de commandement des brigades, cinq cent le 17 octobre. Au total 35 000 hommes et femmes venus de 54 pays vont s’engager pour défendre la République. Sur les 10 000 volontaires français, 3 000 ne reviendront pas. Ils étaient venus de toutes les régions de France notamment du Gard et de l’Hérault. Dans le Gard, 46 brigadistes ont pu être recensés par Françoise Demougin, petite fille du Lieutenant-colonel Jules Dumont qui commandait le bataillon Commune de Paris, et qui vient d’éditer un livret avec les biographies de ces Gardois (voir article ci-dessous) Ils sont partis du Gard. Dans le département de l’Hérault, selon un document du gouvernement de Vichy, il est fait état de 47 brigadistes montpelliérains et de 39 du reste de l’Hérault partis en Espagne entre 1936 et 1938.
J’avais pu en rencontrer deux d’entre eux, en 1996, lors du soixantième anniversaire des brigades Internationales, pour une émission sur Divergence FM à Montpellier : Elie Duguet, de Nîmes ancien mineur originaire du Martinet dans le Gard qui avait alors 84 ans, et Robert Euvrard, de Montpellier âgé de 80 ans au moment de l’interview. Elie arrive en Espagne en février 1937 alors qu’il est à la direction nationale de la jeunesse communiste, il raconte « ce fut une bataille inégale à cause de la non-intervention qui privait l’Espagne des armes qui lui étaient indispensables » se souvenait-il « mais même sous-équipés les brigadistes sont engagés dans leurs bataillons et participent aux combats les plus meurtriers. Ils participent à la défense de Madrid ». Elie Duguet évoque aussi la bataille de Guadalajara où « les armées italiennes de Mussolini ont été mises en déroute par l’armée républicaine aidée par la Brigade Internationale Garibaldi composée d’Italiens antifascistes » une victoire qui permit de desserrer l’étau sur Madrid. En 1938, Elie participe à la bataille de l’Ebre : « J’étais avec le bataillon Commune de Paris, là je vis tomber pas mal de camarades ».
Robert Euvrad a 20 ans en octobre 1936. À l’époque il était monteur en chauffage central à Montpellier. Militant communiste, il décide de s’engager dans les brigades « arrivé à Albacete on m’a proposé de faire partie d’un groupe sanitaire. C’est ainsi que je suis devenu infirmier. Nous faisions parti du bataillon Thaelmann composé de volontaires allemands et slaves. J’avais une musette avec des bistouris ». En tant qu’infirmiers et brancardiers ils n’étaient pas armés mais ils se faisaient quand même tirer dessus. « J’en ai eu marre de recevoir des coups sans pouvoir les rendre alors je suis allé dans une brigade franco-belge où, là, j’ai pu combattre », raconte Robert Euvrard. À leur retour en France, Robert Euvrard pendant la résistance devint le capitaine Vincent, il participa aux combats de Montferrier et fut un des libérateurs de Montpellier. Elie Duguet fut déporté dans un camp de concentration en Algérie, il participa également à la Résistance. Des volontaires levés avant le jour pour défendre les libertés. L’actualité nous ramène malheureusement à ces heures sombres, nous avons la responsabilité aujourd’hui de faire en sorte que leur combat n’ait pas été vain.

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