Car il serait dommage de ne point ouvrir la porte de son libraire pour aller acheter le nouveau livre de Raphaël Meltz. La mort étant au programme, ne vous attendez pas à vous étrangler de rire, car la Camarde est là pour nous rappeler que toutes les heures blessent, et que la dernière tue. Elle n’est pas d’humeur gaie, la chroniqueuse ! diront certains. Nous en avons conscience, mais vivre les derniers instants de Franz Kafka, de Virginia Woolf, d’Albertine Sarrazin, de Georges Perec, de Roberto Bolaño, pique notre curiosité. Seul nous chagrine de savoir qu’ils n’ont pas connu la vieillesse, puisque la faux s’est abattue trop tôt sur eux. Ils auront eu, toutefois, le temps de nous laisser des chefs-d’œuvre, qui ont échappé à la pire des morts, celle de l’oubli.
Aucun n’a fait mieux
Que furent donc leurs derniers instants, car il faut bien, hélas, que ce qui devait arriver, arrive ? Franz Kafka, que l’on croyait déjà dans l’autre monde, s’est soudain redressé pour respirer les fleurs qu’on venait de lui offrir. Virginia Woolf s’en va se noyer dans une rivière après avoir écrit une lettre à son époux. Albertine Sarrazin qui pensait qu’un chirurgien ne la laisserait jamais claquer sur un billard, ne se réveillera pas. Georges Perec est foudroyé par ce que nous appellerons une anarchie de cellules. Roberto Bolaño s’éteint dans une unité de soins intensifs digestifs. Nous entendons déjà certains nous dire : Raphaël Meltz n’est pas le premier auteur à avoir écrit sur les derniers jours, d’un tel, ou d’une telle… Nous ne pouvons que leur donner raison. Mais si les autres ont pu faire aussi bien, aucun n’a fait mieux que lui.
Bayard, 23 euros

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