[Entretien] « Pour la biodiversité, osons des scénarios ouvrant le champ des possibles »

La Marseillaise : Vous montrez que les mesures de conservation existantes en Europe ne seront pas suffisantes pour stopper la perte de biodiversité d’ici 2050. Comment y remédier ?

Stanislas Rigal : Il faut changer de point de départ. Les scénarios que nous avons se contentent de traduire les mesures de conservation prises à l’échelle de l’Europe. Ils n’ont pas pour objectif premier d’inverser la tendance à la baisse de la biodiversité. Or, il faut partir de là et voir quelles mesures il faudrait prendre. C’est une approche différente qui impliquerait probablement d’accepter de revenir sur certains dogmes.

Par exemple ?

S.R. : Les scénarios existants font le choix de ne pas revenir sur l’augmentation de la demande pour certains biens et services, et donc l’augmentation de la production agricole ou de biomasse (pour le bois). Or, nous sommes dans un espace contraint. Donc tout ne pourra pas augmenter indéfiniment. Il faudra probablement jouer là-dessus : accepter que la demande puisse se stabiliser – voire baisser. Cela nécessite de repenser l’ensemble du fonctionnement de la société.

Pas facile quand on sait que les mesures actuelles

 pas assez ambitieuses selon votre étude – sont parfois difficilement acceptées…

S.R. : C’est certain. Savoir si l’application de ces nouveaux objectifs est réaliste politiquement est un autre problème. Mais il faut oser et proposer des visions différentes pour le futur, même si elles sont jugées irréalistes aujourd’hui. Cela ouvre le champ des possibles et rend le débat public plus intéressant.

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