[L’esprit de 1936] Dans le Hautes-Alpes, les ouvriers s’unissent

Les Hautes-Alpes sont un département à vocation essentiellement agricole et artisanale. Pourtant, depuis la fin du XIXe siècle, plusieurs entreprises industrielles ont réussi à s’implanter dans le département. Citons l’usine d’aluminium Froges Allais et Camargue de L’Argentière (550 salariés), la Cotonnière du Sud-Est à Savines (une centaine de salariés), la scierie Charmasson qui produit à Gap des poteaux électriques et téléphoniques et emploie plus de 200 salariés, l’usine Nestlé de Gap (100 salariés), l’entreprise Valisère spécialisée dans les sous-vêtements féminins de luxe (une cinquantaine de salariés) … Dans les principales villes du département le taux d’emplois industriels varie entre 20% et 25%. Avec l’arrivée du train et le choix de Veynes comme lieu de convergence des lignes en provenance de Marseille, Valence et Grenoble, cette ville est devenue la cité cheminote des Alpes du Sud (527 cheminots en 1931)…

Dans un département aussi peu industrialisé et victime d’un fort exode rural qui a conduit à faire appel à une importante main-d’œuvre immigrée, essentiellement italienne, le syndicalisme a tardé à s’implanter… Malgré tout, il a connu un certain dynamisme dans les années 1920-1930 avec la création ou le développement de syndicats de fonctionnaires (1 100 syndiqués dont près de 400 enseignants), de cheminots, des PTT et de quelques entreprises industrielles telles que Nestlé à Gap ou l’usine d’aluminium de L’Argentière. En tout environ 1 700 syndiqués à la CGT à la veille du Front Populaire. Le mouvement de réunification entre les syndicats CGT et CGTU y a été porté dès 1934 par les syndicats d’instituteurs. Par contre aucune structure interprofessionnelle n’existe (union locale ou départementale). La CFTC regroupe seulement une centaine de syndiqués répartis dans quatre syndicats implantés dans le textile et chez les employés à la ville de Gap.

La vie politique départementale est dominée dans le Briançonnais par la personnalité de Maurice Petsche, député du centre droit depuis 1925, issu de la riche bourgeoisie industrielle parisienne, membre de plusieurs gouvernements dans les années 30. Grand adepte du clientélisme, il contrôle la vie politique et les élus du nord du département. Les deux autres sièges de députés sont occupés par Ernest Grimaud, propriétaire terrien dans le Champsaur, homme de droite qui sombrera dans la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale et par Ernest Lafont, militant socialiste contesté, ministre de la Santé en 1935. Autre figure politique incontournable, Auguste Muret, Maire de Gap depuis 1929, fils de cheminot et adhérent à la SFIO. Élu Conseiller général en 1934 il a su tisser son réseau dans le département et y acquérir une influence politique grandissante. Les communistes, essentiellement implantés à Veynes et dans le Briançonnais ont pour représentant Émile Meurier, cheminot, élu conseiller d’arrondissement en 1934 puis maire de Veynes en 1935.

Le Comité départemental de Rassemblement Populaire se constitue le 17 juin 1935. Dès le 14 juillet des initiatives sont organisées à Veynes et Gap qui rassemblent plusieurs centaines de personnes. Après une campagne très virulente les élections sont remportées par les candidats du Front populaire dans deux des trois circonscriptions.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *