« Monsieur le président, entendez le pays », ont exhorté, jeudi soir, la patronne des Écologistes Marine Tondelier, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et le secrétaire national des communistes Fabien Roussel, dans une déclaration commune publiée en fin de journée, demandant au chef de l’État de choisir une cohabitation avec un Premier ministre de gauche.
Alors qu’Emmanuel Macron doit nommer vendredi son quatrième Premier ministre depuis la dissolution, les trois chefs de parti insistent une nouvelle fois pour obtenir du président qu’il respecte le résultat des élections législatives de juillet 2024, qui ont placé en tête, mais sans majorité, le Nouveau front populaire. Pour eux, « persister dans l’obstruction serait fragiliser encore davantage notre démocratie ».
Les trois responsables politiques préviennent : « Soit vous persistez dans l’isolement et le déni, et vous prendrez devant l’Histoire la responsabilité d’avoir considérablement aggravé la fracture entre le peuple et ses institutions. » « Soit vous écoutez le pays (…) et vous ouvrez une nouvelle étape : celle d’une cohabitation », avec « la nomination d’un Premier ministre et d’un gouvernement de gauche et écologiste qui permettra la construction de majorités à l’Assemblée » nationale, proposent-ils.
Ils soulignent que « l’échec des gouvernements successifs n’est rien d’autre que le refus d’un changement de politique sur des aspirations majoritaires dans le pays », comme le rejet du recul de l’âge de départ à la retraite ou la demande d’une fiscalité plus forte des plus riches et du capital, « et la conséquence d’une méthode antidémocratique qui impose des choix sans débat au Parlement ».
Les trois chefs de gauche rappellent que le gouvernement Barnier, qui devait être « le gage d’une stabilité institutionnelle retrouvée », n’aura été « qu’une courte parenthèse, tout comme celui de François Bayrou », et que le gouvernement Lecornu « n’aura même pas duré 24 heures ». « Il est temps de tirer les leçons de cette séquence », martèlent-ils, estimant que la France a besoin « d’un gouvernement de gauche et écologiste », qui propose « une autre politique » et « un projet de budget de justice sociale et fiscale ».
Une option qui a obtenu de nouveaux soutiens jeudi. Celui de la ministre démissionnaire de la Transition écologique, qui a affirmé à Ici Nord : « On a essayé la droite, on a essayé le centre, alors pourquoi ne pas essayer la gauche ? »
À la veille de la nomination, les hypothèses ont été nombreuses. Dont celle mentionnant… de manière insistante Jean-Louis Borloo, qui a opposé un démenti. Celui qu’Emmanuel Macron avait renvoyé dans les cordes après lui avoir demandé un rapport sur les banlieues en le traitant de « mâle blanc ne vivant pas dans ces quartiers » ne représente pas vraiment la « rupture ».
Mais l’ex-ministre de la Ville puis de l’Emploi sous Jacques Chirac, et de l’Écologie sous Nicolas Sarkozy, a suscité quelques approbations. Dont celle du patron des Républicains Bruno Retailleau, qui l’a qualifié de « disruptif », en se disant ni pour ni contre, mais en soulignant qu’il n’était « ni de gauche, ni macroniste ». Un Bruno Retailleau qui a fait des adieux vibrants d’émotion aux… préfets lors d’un séminaire sur le narcotrafic, ce jeudi matin, comme le rapporte Le Parisien : « Si je devais m’éloigner de ce ministère, je ne voudrais pas que ce soit sans vous avoir dit ma gratitude, ma reconnaissance, mon admiration et mon affection. »
Manifestement, Bruno Retailleau ne se voit pas dans le futur gouvernement. Parce que de gauche ?
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