Tag: weekend

  • Le château fort se met à l’heure médiévale

    Le château fort se met à l’heure médiévale

    650 ans d’existence

    Plus qu’une simple fête sur deux jours, c’est une immersion à l’époque médiévale qui est proposée au public pour que petits et grands puissent découvrir l’ambiance et la vie quotidienne dans un village de cette époque. « Notre village compte 400 habitants, nous n’avons pas beaucoup de patrimoine remarquable alors il est important pour nous de faire vivre ce lieu historique riche d’une histoire incroyable », ajoute-t-il. « La fête sera vraiment dans son jus puisque nous avons des documents concernant l’édifice qui attestent que le château fort n’a jamais été habité, c’est un patrimoine que nous voulons partager avec le plus grand nombre. » Dans son jus, c’est le moins que l’on puisse dire, l’ensemble des 120 participants qu’ils soient bénévoles ou non seront en tenues médiévales et les visiteurs pourront également en profiter puisque sur place un prêt de costumes est proposé pour tous les âges. Côté animations, chants, danses ou encore enseignement des arts militaires sont au programme. « Il y aura aussi des jeux pour enfants, des ateliers pédagogiques comme de la poterie, des créations d’épées et de boucliers… Le tout avec un objectif ludique et pédagogique. Oui on est là pour s’amuser mais aussi pour apprendre des choses », souligne le passionné. Et quelle plus belle occasion que cette grande célébration pour fêter les 650 ans d’existence de ce château fort dont l’association a à cœur de faire vivre. « L’ensemble des troupes et artistes présents viennent de la région. Sans compter qu’ici il n’y aura rien en rapport avec la société actuelle tavernes, buvettes et autres échoppes ne proposeront que des produits d’époque dans un cercle vertueux. »

  • [La guerre d’Espagne 2/3] La « non-intervention » une trahison française

    [La guerre d’Espagne 2/3] La « non-intervention » une trahison française

    Le coup d’État du 18 juillet 1936 contre le gouvernement légitime de la République espagnole bénéficiera
    de ce que l’on a appelé
    le pacte de « non-intervention » initié par la France et l’Angleterre. Hitler et Mussolini ont pu aider militairement Franco en toute impunité pendant
    près de trois années.

    Le 18 juillet 1936, la rébellion de Franco contre le gouvernement républicain légitime de l’Espagne a éclaté avec le soutien d’Hitler et Mussolini. Le 25 juillet, le gouvernement de Léon Blum dénonce partiellement le traité commercial franco-espagnol conclu en 1935 qui faisait obligation au gouvernement de Madrid de passer par priorité toute commande d’armes à la France. La politique dite de « non-intervention » est alors inaugurée. Le 8 août, ce traité avec l’Espagne est totalement abrogé. Cette « non-intervention », en fait, était bien une forme d’intervention, puisqu’elle modifiait, en opérant un blocus sur la fourniture d’armes, le rapport de force au détriment de la République espagnole.

    Au sein du gouvernement de Léon Blum, deux courants s’opposaient, ceux qui voulaient que l’Espagne républicaine soit aidée craignant à juste titre que la France à terme en paierait les conséquences, et d’autre part ceux qui pensaient que Franco pourrait abattre la République en quelques jours, et qu’il valait mieux ne rien faire, afin de préserver les futures relations gouvernementales avec les vainqueurs. Léon Blum devait alors se ranger de ce côté, persuadé que c’était la meilleure façon d’éviter une extension du conflit.

    À l’Assemblée Nationale, le 4 décembre 1936, cinq mois après le début de la guerre, le député communiste Gabriel Péri dénonce la non-intervention comme étant une duperie : « Les 5 et 6 août, la France proposait une mesure internationale d’embargo sur les armes destinées à l’Espagne… » embargo qui concernait donc aussi l’Allemagne et l’Italie qui ont souscrit à cet accord le 21 et 24 août. Le député cite alors un correspondant du Times à Hendaye qui constate que « les rebelles franquistes ont reçu le 25 août 21 avions Junker avec lesquels ils ont effectué le bombardement de deux aérodromes près de Madrid ». Le 29 septembre un lot de matériel de guerre, provenant d’Italie était expédié de Lisbonne pour passer en Espagne. L’Allemagne et l’Italie, comme on pouvait s’y attendre n’entendaient pas respecter le pacte de non-intervention. « C’est dans la période qui va de fin août à la fin septembre 1936 que les rebelles ont pris Irun, Saint-Sébastien, Tolède et progressivement resserré leur étau sur Madrid. Ce n’est pas la République, c’est la rébellion et ce sont les ennemis de la France qui ont été les plus grands bénéficiaires de la non-intervention » dénonce alors Gabriel Péri au Parlement.

    Quelle aurait été l’issue de la guerre d’Espagne, si la France et l’Angleterre avaient soutenu le camp républicain, qui combattait contre l’agression fasciste internationale ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est que la politique de « non-intervention », a carrément été ressentie comme un coup de poignard dans le dos de la part de ces deux pays, et plus particulièrement de la France, qui s’était dotée tout comme l’Espagne d’un gouvernement de Front Populaire.

    L’Espagne républicaine, n’a pu compter pendant les trois années de guerre contre le fascisme, du 18 juillet au 31 mars 1939, que sur l’aide des brigades internationales, ces 35 000 volontaires internationaux venus de 54 pays, et sur le soutien de l’URSS. Certes, on ignore si Franco aurait été empêché de renverser la République espagnole, mais une attitude loyale du gouvernement de la République française à l’égard de la République espagnole en danger de mort, aurait été d’un apport considérable pour lutter contre l’ennemi commun. Hitler a pu agir impunément en Espagne pour en faire son terrain d’entraînement, et ainsi lancer son offensive destructrice sur l’Europe.

  • [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    La Marseillaise : Y a-t-il beaucoup de lièvres variables dans les Alpes françaises ?

    Jérôme Letty : Nous n’avons pas une vision claire des effectifs à l’échelle des Alpes, ni de données permettant de dire s’il y a une baisse. Nous avons une idée à des échelles plus petites, sur certains massifs ou dans certaines vallées. Mais les données manquent à d’autres endroits, notamment dans les massifs plus à l’écart. Or, c’est probablement dans ces massifs où les sommets sont moins hauts qu’il est le plus exposé à l’évolution de l’environnement. Pour la gestion de l’espèce, ces données seraient précieuses et intéresseraient nos partenaires – parcs naturels nationaux, régionaux et fédérations de chasse.

    Y a-t-il d’autres espèces exposées aux « sky islands », c’est-à-dire qui voient leur aire de répartition se restreindre à des zones isolées en altitude avec le réchauffement climatique ?

    J.L. : Oui, le lagopède alpin est encore plus contraint car il est spécifiquement adapté à la vie en milieu arctique. Le lièvre variable peut vivre à des altitudes où il y a encore de la forêt, mais pas le lagopède. Il vit au-dessus, entre 1 800 et 3 000 mètres, dans les pelouses rases, les éboulis et les combes à neige. Par contre, il vole, ce qui peut être un avantage pour passer d’un massif à l’autre. Mais cela fonctionne jusqu’à un certain point…

    Lequel ?

    J.L. : C’est toute la question que nous voudrions explorer. Il ne peut pas voler sur de très longues distances, donc il n’arrive pas à traverser les vallées trop larges, au-delà de quelques kilomètres.

  • [Exposition] Achille Emperaire, l’éternel ami de Cézanne

    [Exposition] Achille Emperaire, l’éternel ami de Cézanne

    Né à Aix en 1829, de dix ans plus âgé que Cézanne, Emperaire poursuivit pendant toute sa vie le rêve d’accroître sa taille. 148 centimètres, il était bossu et minuscule. L’un de ses ateliers comportait un trapèze et des agrès : il effectuait quotidiennement des étirements. Il vécut à Paris, tenta d’imposer sa peinture. Cézanne, Gasquet et Zola l’estimaient. Le jury du Salon et les galeries refusèrent de l’exposer.

    Sa cinquantaine passée marqua son retour définitif à Aix-en-Provence. Dans une lettre, il écrivait que « Paris est un vaste tombeau, un simple et terrible mirage ». Pendant l’été 1870, il arriva qu’Emperaire s’offre un moment de baignade dans le bassin du Jas de Bouffan. Une robe de chambre, des babouches et un tabouret lui furent réservés pour qu’il prenne la pose. Cézanne avait choisi l’un de ses plus hauts formats (200 x 100 cm) pour saluer la mélancolie de son ami.

    Il avait à peine de quoi acheter des couleurs. Certaines de ses toiles sont peintes recto-verso. C’est le cas du tableau de l’affiche de l’exposition de Vincent Bercker où l’on découvre des peintures de petit format, des fusains et des sanguines, principalement des nus féminins.

    Entre Fragonard
    et Seurat

    Ce peintre, qui accompagna quelquefois Cézanne sur le motif du côté de Château Noir, relève à la fois du XVIIIe siècle et d’une grande modernité. Ses nus peuvent évoquer Fragonard. Les formes généreuses et géométriques qu’il agence anticipent Matisse, ses nocturnes font songer aux noirs et blancs de Seurat.

    Achille Emperaire mourut le 8 janvier 1898. Il avait 68 ans. Après la Seconde Guerre mondiale, un fonctionnaire de la mairie qui s’appelait Victor Nicolas, l’antiquaire Raphaël Chipota, Jean Leymarie, qui préfaça en 1953 une plaquette des Amis des Arts, proposèrent une exposition. En 2013, un catalogue rassembla son iconographie ainsi qu’un maximum de renseignements.

    Autrefois, dans une salle du musée Granet, grâce à Louis Malbos qui fut son conservateur, figuraient plusieurs travaux d’Emperaire. La rénovation du musée provoqua le transport vers Nice d’une partie de la collection. Des fuites d’eaux naufragèrent le grand format d’un « Duel » qui scénographiait deux mousquetaires. On aimerait savoir ce que sont devenus d’autres tableaux d’Emperaire : un grand Nu couché féminin, un paysage bleuté de la campagne d’Aix, ainsi que les ocres de Nature morte, pichet, palette et fruits.

    Exposition « Achille Emperaire » chez Vincent Bercker, 10 rue Matheron, Aix-en-Provence. Accès libre.
    À découvrir jusqu’au 31
     juillet.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    Souvent financées par l’Italie et revancharde contre une République, affaiblie et instable avec six gouvernements se succédant de juin 1932 à février 1934, qu’ils n’avaient jamais admise, les Ligues d’extrême droite vont mobiliser leurs partisans et tenter de prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. La police tire pour disperser les manifestants, il y aura 15 morts et 1 440 blessés, dont 57 par balles.

    « Regroupés sous le terme générique de « ligues », ces groupes se nourrissent pêle-mêle de corporatisme, d’antiparlementarisme, de nationalisme, d’anticommunisme, de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme, le tout inspiré de Boulangisme et de Bonapartisme, mais surtout de l’expérience politique de l’Italie mussolinienne et, dans une moindre mesure, de celle de l’Allemagne hitlérienne », rappelle l’historien Jean Domenichino, auteur avec Xavier Daumalin de 1936, le Front populaire, Marseille et sa région (Editions Jeanne Laffitte). « C’est cet événement, bien plus que les violences elles-mêmes, qui enracine l’idée qu’il existe un véritable danger fasciste en France, avec des mouvements capables de prendre le pouvoir en dehors de tout processus électoral légal. Et c’est de cette crainte que surgit véritablement le Front populaire. »

    Le choc est énorme, les fascistes ont failli renverser la République et la riposte va être à la hauteur partout en France. Dès le 9 février, le parti communiste organise une première manifestation, suivie le 12 par un appel des syndicats CGT et CGTU, rejoints par les partis politiques de gauche.

    « A Marseille, la journée du 6 février 1934 n’avait été marquée que par le défilé sur la Canebière de quelques centaines de membres de l’Action françaises, de jeunesses patriotes et autres groupes factieux qui s’étaient heurtés sans grand dégâts aux militants communistes », racontait Jacqueline Cristofol, dont le mari Jean Cristofol sera ensuite révoqué de la douane pour fait de grève, dans Batailles pour Marseille (Flammarion). « Dans la matinée du 12 février 1934, cinquante mille manifestants, derrière des centaines de drapeaux rouges, occupaient la rue, socialistes et communistes côte à côte, défilant et se dispersant dans le calme, alors que dans l’après-midi, en réponse à la manifestation du matin, les factieux appelaient à l’émeute. »

    Ainsi, sur La Canebière des coups de feu sont tirés depuis une voiture peinte en rouge sur des responsables de la Sûreté devant le Palais de la Bourse. Les pistolets mitrailleurs et les pistolets automatiques font plusieurs blessés et tuent un passant. La voiture sème la terreur rue Pavillon, quai de la Fraternité et rue de la République. On arrête des truands de la bande de Carbone. L’un d’entre eux, Liotardo, le propriétaire du véhicule, se suicide fort opportunément dans sa geôle de l’Evêché. Les trois autres en profitent pour le charger et sont acquittés par la cour d’assises le 28 mars 1936. Car à Marseille, les militants ouvriers ont face à eux le fasciste et futur collaborateur Simon Sabiani, bientôt vice-président du PPF de Jacques Doriot, soutenu par les voyous Carbone et Spirito.

  • [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

    Il y a un petit coin dans l’immensité de la Méditerranée où terre et mer s’embrassent au nom de la beauté. C’est un bois – le bois de Zaro – dont l’ombre vient découper le bleu de la mer. Et c’est ici, sur l’île d’Ischia, à Forio, à quelques encablures de Naples, que la beauté a élu domicile. Il s’agit de La Colombaia, la demeure du grand cinéaste Luchino Visconti ; jusqu’au 30 août, elle accueille une magnifique exposition de photographies de Letizia Battaglia. L’artiste sicilienne retrace l’histoire à travers ses images, transmettant cette émotion que seul un détail peut susciter. Intitulée « Senza chiedere permesso » (Sans demander la permission), l’exposition réunit 35 photographies qui, telles un hymne à l’engagement citoyen, révèlent à la fois la violence de l’histoire et le courage de la vie. Parmi les visages présentés figurent ceux de Pasolini, Falcone et Mattarella. Des figures humaines dont l’histoire est racontée avec cette singularité propre au regard de Letizia Battaglia. « Quiconque possède un appareil photo, détient un moyen puissant et merveilleux d’exister, d’être, de vivre et de rencontrer le monde », écrit l’artiste.

    La Colombaia, à Forio d’Ischia, est un petit coin de Méditerranée où la présence du légendaire Luchino Visconti se fait sentir dans les moindres recoins de la villa. Le maestro est arrivé à Ischia en 1945 ; c’est ici que sont nés certains de ses chefs-d’œuvre, tels que Senso, Les Nuits blanches et Le Guépard. Durant les étés qu’il y passait, la villa fourmillait d’icônes du cinéma et de la culture du monde entier. Au milieu des allées de chênes verts et des pièces donnant sur la mer, on pouvait croiser Maria Callas, Alain Delon (qui était très lié avec le réalisateur), Romy Schneider et Helmut Berger, ainsi que des intellectuels de la trempe de Pasolini et Truman Capote. Véritable joyau architectural mêlant différents styles, la villa surplombe une mer qui semble libérer ses souvenirs ancestraux dans l’écho du ressac. J’ai découvert ce refuge magique alors qu’il était à l’abandon, ravagé par le pillage et le vandalisme. La Colombaia a connu deux renaissances : la première en 2001, pour le 25e anniversaire de la mort de Visconti, sous l’égide d’une fondation publique qui y a géré un musée et une école de cinéma jusqu’en 2015, une initiative qui a finalement échoué en raison de problèmes de gestion et de contraintes bureaucratiques. Puis, en 2023, grâce à des fonds alloués par le ministère de la Culture, la municipalité a obtenu les ressources nécessaires à d’importants travaux de restauration, rendant ainsi au lieu sa vocation artistique et sa beauté. « Ce fut une aventure », explique Anniria Punzo, directrice artistique de la villa, « qui a activement impliqué les habitants. Malheureusement, en raison des années d’abandon, beaucoup d’éléments ont été perdus. Aujourd’hui, toutefois, ce lieu a retrouvé la vie en hommage à Visconti et à son amour pour l’île. »

    Flâner à La Colombaia est une expérience véritablement unique. Le cinéma – et plus particulièrement le grand cinéma de Visconti – y perdure à travers des affiches d’époque et des livres miraculeusement retrouvés… Parallèlement, trente-cinq photographies de Letizia Battaglia rendent hommage à sa sensibilité artistique tout en s’inscrivant dans un récit unique : celui de la culture italienne qui, comme par enchantement, suscite l’espoir d’un avenir meilleur. « Dans les images exposées, Letizia Battaglia présente une archive à la fois intime et civique, personnelle et collective », explique la commissaire Chiara Arturo. « Ses photographies sont d’une grande qualité formelle, mais elles possèdent surtout une immense puissance éthique. Les regarder n’est pas un acte neutre. »

    Le maquis méditerranéen qui borde le vaste jardin entourant La Colombaia demeure le témoin silencieux de la vie du maestro Visconti ; ses cendres reposent au sein de cette nature sauvage. Un coin de Méditerranée qui, pour une fois, se fait hymne à la paix.

  • [Guerre d’Espagne] La solidarité internationale au départ de Marseille

    [Guerre d’Espagne] La solidarité internationale au départ de Marseille

    Le premier contingent, 800 volontaires internationaux, fit la traversée jusqu’à Alicante au départ de Marseille le 10 octobre 1936 à bord du « Ciudad de Barcelona », navire réquisitionné par le gouvernement républicain dès le début de la guerre et qui fut l’un des moyens de passage pour les volontaires étrangers se rendant en Espagne.

    Dans son livre sur le bataillon « Commune de Paris », le brigadiste français Pierre Rebière fait le récit de ce premier voyage du bateau : « Nous sommes à présent 800 sur ce bateau et nous levons l’ancre le soir même. Les ouvriers et surtout les dockers qui ont travaillé tout ce dimanche gratuitement pour charger le bateau de vivres, voudraient manifester au moment du départ (…) Une « Internationale » monte puissante dans la nuit venant du quai. De nombreux volontaires vont vers l’arrière du bateau pour voir encore Marseille qui disparaît de plus en plus. Beaucoup songent que c’est sans doute la dernière fois qu’ils voient la France. Alors, et alors plus sincèrement, comme on se sent amoureux de son pays et combien on est fier des sacrifices pour que la terre qui vous a vu grandir, qui referme les parents et les aïeux, où restent les amis, la famille, ne soit pas déchirée par ceux-là même qui rendent la vie si dure aux peuples dans tous les pays. La dernière nuit sera inquiétante car on passe vers les Baléares, on a interdit la lumière ». Le « Ciudad de Barcelona » atteindra Alicante le 13 octobre

    D’autres bateaux effectuèrent des traversées. Les départs avaient lieu dans le plus grand secret et de nuit. Le PCF, le Secours Rouge International, les syndicats CGT de marins et dockers marseillais organisaient ces traversées en sachant que des sous-marins italiens en Méditerranée surveillaient les va et viens des navires de la République espagnole.

    Le « Ciudad de Barcelona » lors d’une traversée sera coulé au large de Malgrat de Mar le 29 mai 1937, un village côtier à 60 kilomètres au Nord de Barcelone. Ce fut son dernier voyage, il transportait plus de 300 brigadistes embarqués à Marseille. il y avait à bord : des Français, des Américains, des Canadiens, des Anglais, des Allemands, des Italiens… 46 à 65 brigadistes périrent noyés, pus de 100 autres passagers et membres d’équipages disparus. 130 survécurent grâce à l’intervention rapide des pêcheurs de Malgrat.

  • La Maison atelier de Gaston Castel à Marseille

    La Maison atelier de Gaston Castel à Marseille

    La maison du patron ne manque pas d’éloquence », pose le guide « Architectures à Marseille 1900-2013 » à propos de cet édifice marseillais mythique, signé Gaston Castel, un architecte majeur de l’entre-deux-guerres. L’édifice singulier saisit depuis 1924 le passant à l’angle de la rue Croix-de-Régnier et du cours Franklin-Roosevelt.

    Gaston Castel, né à Pertuis le 1er août 1886 et mort à Marseille le 9 février 1971, est un architecte marseillais de premier plan. L’opéra de Marseille, le monument aux morts de l’armée d’Orient, la prison des Baumettes, l’annexe Art déco du palais de justice, le siège de la Compagnie générale transatlantique ou encore les portiques du tunnel du Rove sont quelques-unes des plus belles réalisations de celui qui fut architecte en chef du département, chef d’orchestre de la commande publique pour d’innombrables groupes HLM, comme le souligne l’ouvrage des éditions Parenthèses Les Castel, une agence d’architecture au XXe siècle. En 1942, Vichy le destitue pour avoir caché deux résistants dans sa villa à La Rose. La production de l’Agence Castel est riche de 270 bâtiments construits. Donné pour mort en 1915, il était revenu défiguré du premier conflit mondial. Il a enseigné à l’école d’architecture de Marseille, de 1922 à 1952, et livré ses idées dans les Cahiers du Sud.

    C’est au rez-de-chaussée du 2 rue Croix-de-Régnier qu’il a fondé, en 1921, son agence et signé les plans de sa demeure familiale, là où il vécut jusqu’à sa mort, en 1971. Il avait acheté cette parcelle bancale occupée par un bistrot. Sa configuration trapézoïdale en proue avec des oculus de bateau rappelle la Maison Puget à l’angle des rues de Rome et de la Palud. Pierre Puget (1620-1694), le grand sculpteur baroque, avait bâti sa demeure personnelle comme les proues des navires royaux qu’il sculptait aussi.

    « L’esprit de l’architecture est celui du style Art déco qui triomphe à l’exposition internationale des arts décoratifs de Paris en 1925 », écrit l’historien de l’architecture Jean-Lucien Bonillo. « Le jeu plastique des volumes est habilement traité par l’architecte sur la façade d’angle, comme une série de retraits successifs qui expriment les principales fonctions et les espaces correspondants. Il est servi par le répertoire décoratif classique : soulignement des modénatures, ferronneries ouvragées, sculptures en bas-reliefs, treilles, jarres, traités ici avec discrétion. »

    Des décors dispersés
    aux enchères

    Toujours soucieux d’associer des artistes à ses réalisations, Gaston Castel a fait aménager et décorer les intérieurs par un menuisier d’art suisse, Albert Held. Le ferronnier d’art le plus fameux du style Art-déco, Edgar Brandt, a réalisé le mobilier et le décor de la salle à manger principale. Dans les années 50, l’architecte remanie les espaces et décide de recouvrir la terrasse du second étage. Il fait disparaître la pergola et rehausse la demeure d’un troisième étage. Dix ans après sa mort, l’atelier-maison est inscrit au titre des monuments historiques. La protection s’étend aux façades et toitures, au salon et à la salle à manger, au premier étage, « avec leur décor ».

    « Décor », mot très imprécis, va être la cause d’un contentieux perdu, expliqué dans la Revue Marseille n°242. à la mort de son fils Elio en 1989, la hoirie met en vente la maison et décide de disperser le mobilier lors d’enchères à Avignon. Le commissaire-priseur est informé par la DRAC que les décors sont des objets « incorporés à perpétuelle demeure et ne doivent en aucun cas être enlevés de leur contexte ». Un référé va échouer à empêcher la vente. Du fait de cette notion vague de « décor » et faute d’inventaire précis produit à l’instance, l’état est débouté et la vente a lieu.

    La demeure sera ensuite livrée à l’abandon et au squat jusqu’à son rachat en 1996. Les nouveaux propriétaires récupèrent une maison saccagée. Aujourd’hui, la demeure privée réhabilitée à l’identique n’est malheureusement pas ouverte à la visite. En mars 2021, le label « Patrimoine XXe » est décerné au monument.

    Une partie du fonds conservée dans une villa, à La Rose, fut sauvée d’une destruction et donnée au musée d’Histoire de Marseille. Le fonds resté rue Croix-de-Régnier a été déposé aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

  • Les souterrains de l’amphithéâtre se dévoilent à Arles

    Les souterrains de l’amphithéâtre se dévoilent à Arles

    Parmi les nombreux monuments arlésiens inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, l’amphithéâtre est certainement l’un des plus emblématiques et impressionnants. Il s’inspire directement du Colisée de Rome, construit quelques décennies plus tôt. Tout au long de l’année, des visites de ce monument sont proposées au public. Mais dans le cadre de sa saison estivale, la Ville a décidé de lancer une nouvelle visite flash, incluse dans le tarif du billet d’entrée de l’amphithéâtre.

    Immersion au temps
    des gladiateurs

    C’est une grande première puisque, dès ce samedi, les visiteurs pourront accéder aux souterrains de l’amphithéâtre, jusqu’alors fermés au public. Cette animation est rendue possible grâce aux travaux de restauration et de mise en valeur menés par la Ville dans le cadre de sa politique de développement de l’attractivité des monuments.

    Petits et grands sont ainsi invités à découvrir, ce samedi, les coulisses des combats de gladiateurs de l’Antiquité et à vivre une expérience inédite dans les entrailles de cet édifice remarquable. Cette immersion de 30 minutes permettra aux visiteurs d’explorer l’envers du décor de l’amphithéâtre. Accompagnés d’un guide-conférencier, ils découvriront tous les secrets des galeries souterraines de ce monument exceptionnel.

    Des reconstitutions de combats dans les arènes

    Cet amphithéâtre romain de forme elliptique compte 60 arcades en plein cintre. Sous le plancher de bois recouvert de sable qui formait la piste, un impressionnant système de trappes et de monte-charges avait été aménagé afin de modifier les décors de l’arène et de créer des effets scéniques. Durant l’Antiquité, ce lieu était un véritable temple du divertissement où les gladiateurs s’affrontaient devant des milliers de spectateurs. D’ailleurs, tous les mardis et jeudis de l’été, les familles peuvent assister à des spectacles de reconstitution de combats, comme à l’époque.

    Visite flash, ce samedi à 10h et 11h, comprise dans le billet d’entrée pour accéder à l’amphithéâtre.

  • [Science] YOËL FORTERRE : « La physique a beaucoup à nous apprendre sur le monde végétal »

    [Science] YOËL FORTERRE : « La physique a beaucoup à nous apprendre sur le monde végétal »

    La Marseillaise : Vous êtes un physicien qui étudie
    les plantes. N’est-ce pas le domaine réservé des biologistes
     ?

    Yoël Forterre : Non, la physique et la mécanique sont aussi des portes d’entrée sur le monde végétal. Ces disciplines ont beaucoup à nous apprendre sur les plantes, en plus de ce qu’apportent déjà la biologie et la génétique. Les plantes n’ont pas de cerveau, pas de muscles, pas de nerfs… et pourtant elles perçoivent, réagissent et peuvent répondre et produire des mouvements rivalisant parfois avec les mouvements les plus rapides du règne animal. En tant que physiciens, nous pouvons étudier les moteurs au cœur de ces mouvements.

    Connaît-on d’autres plantes qui, comme la dionée, peuvent modifier rapidement la rigidité de leur paroi pour faire des mouvements rapides ?

    Y.F. : Pas à ma connaissance. Il existe une plante carnivore qui en est peut-être capable, mais cela n’a pas été démontré. Il s’agit d’une plante aquatique composée de capsules remplies d’eau qui sont en dépression. Quand un insecte passe à proximité, une porte s’ouvre et l’insecte est aspiré dans la capsule avant d’être digéré. Ce mécanisme d’ouverture de la porte utilise peut-être le même type de ramollissement de la paroi que la dionée. Il faudrait l’étudier.

    En plus de la dionée, sur quelles plantes travaillez-vous en ce moment ?

    Y.F. : Nous nous intéressons de près au « mimosa pudique », aussi appelé Sensitive, qui a l’air d’être capable de transporter de l’eau de façon ultra-rapide grâce à un système que nous sommes en train de mettre en évidence.