Tag: week-end

  • [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    Une balade trépidante sur les traces de l’histoire des femmes et une révolution féministe au cœur du Moyen Orient ! Ces deux BD sont à mettre entre toutes les mains pour rappeler que les droits des femmes ne viennent pas de nulle part et sont encore à conquérir tout au long des années et pas seulement le 8 mars.

    Dans La marche des femmes, l’historienne Michelle Perrot joue son propre rôle et va transmettre à une lycéenne à travers une promenade dans Paris les dates et les lieux clés de cette longue histoire, d’Olympe de Gouges à Simone Veil et Louise Michel… Car avant les travaux de Michelle Perrot, l’histoire de France était peuplée d’hommes et grâce à ses travaux, les femmes du passé et du futur existent ! À ses côtés, la grand reporter Annick Cojean, Sophie Couturier qui a milité aux côtés de Gisèle Halimi et la graphiste Emma Ere apportant leur pierre à ce travail essentiel.

    Direction la Syrie avec Les filles du Kurdistan où la réalisatrice Mylène Sauloy a longuement travaillé sur l’épopée du Mouvement des Femmes Libres, une histoire mise en dessin par Clément Baloup. En prenant les armes face à Daesh et aux gouvernements qui persécutent les Kurdes, ces combattantes ont planté les graines d’une société paritaire, écologique et multiconfessionnelle au cœur du patriarcat laïque ou religieux. Et qui ont germé dans le mouvement iranien « Femme, vie, liberté ». Souhaitons leur longue vie dans ce monde de brutes machistes.

    ET AUSSI

    Une voix pour la liberté

    Face au silence assourdissant du rap français, sur ce sujet comme sur tant d‘autres, cet album de l’autrice Bahareh Akrami en partenariat avec Amnesty International met en lumière le rappeur iranien Toomaj Salehi, emprisonné, torturé et condamné à la pendaison pour avoir été la voix de la révolte de son peuple. Avant d’être provisoirement sauvé par la mobilisation internationale. Un album magnifique et d’une actualité brûlante à l’heure où ce malheureux pays est pris en étau entre son régime dictatorial et une agression israélo-américaine.

    Chez Delcourt, 17,50 euros

    Gigi

    Claire Bouilhac et Catel Muller adaptent le chef-d’œuvre de Colette qui a marqué son époque et méritait sans doute un nouveau regard pour les jeunes générations. Gigi, qui fut l’une des dernières nouvelles de l’écrivaine, raconte la vie d’une adolescente qui vit modestement à la fin du XIXe siècle entre sa mère, sa tante, demi-mondaine ou ex, ainsi que sa grand-mère. Mais la jeune fille va prendre son destin en main et imposer ses choix jusqu’à devenir dans l’histoire littéraire une égérie féministe… Une relecture très réussie !

    Chez Dargaud, 26,95 euros

    Diplomatie clandestine

    Ceux qui ont adoré la série « Le bureau des légendes » vont se régaler avec cet album d’Hubert Maury qui offre une plongée inédite au cœur des services secrets français. L’histoire débute au Cambodge à la fin du XXe siècle mais se situe surtout en Afghanistan en 2010 quand Raphaël, officier de renseignement français tout juste débarqué à Kaboul doit licencier une source… Qui va lui faire une proposition difficilement refusable. Entre coups tordus et faux-semblants, cette fiction d’espionnage est aussi haletante que crédible.

    Chez Glénat, 28 euros

    Pour qui sonne le glas

    Jean-David Morvan et Pierre Dawance proposent avec brio leur version du grand roman d’Ernest Hemingway situé en pleine guerre d’Espagne où l’américain Robert Jordan, membre des brigades internationales, est chargé par l’armée républicaine de faire sauter un pont. Dans son groupe de maquisards qui combattent les fascistes, il croise le regard de Maria qui a vécu les pires horreurs dans les geôles franquistes. Le graphisme exceptionnel de l’album magnifie la tragédie intemporelle qui se joue entre guerre, amour et mort !

    Chez Sarbacane, 29 euros

    Un espoir sans papiers

    Sans mièvrerie ni pathos, Ingrid Chabert et Espé racontent la rencontre sur l’île d’Aix, au large de la Charente-Maritime, d’une vieille dame touchée par Alzheimer et d’un jeune migrant algérien rescapé d’un naufrage qu’elle va prendre pour son fils disparu depuis des décennies. Par petites touches, les auteurs vont rendre leur histoire et leur dignité à ces deux personnages abimés par la vie mais qui vont aussi rencontrer la solidarité ! Avec au bout du chemin, peut-être une nouvelle chance, même si le racisme et la bêtise bureaucratique rodent.

    Chez Dupuis, 21,50 euros

    Frankenstein

    David Sala livre sa version flamboyante et d’une virtuosité graphique époustouflante du chef d’œuvre devenu mythique de Mary Shelley. En revenant aux sources de l’histoire et sans hésiter à en combler les trous, il donne à son roman graphique des échos d’une incroyable modernité, le monstre du docteur ressemblant aux « réplicants » de Blade Runner ou aux futures créatures issues de l’intelligence artificielle. Sans oublier les thèmes de l’acceptation de la différence, de la peur de l’inconnu ou de la vindicte populaire en meute… Fascinant !

    Chez Casterman, 28 euros

  • [La recette du Vieux-Port] Seiche au fenouil et à la tomate

    [La recette du Vieux-Port] Seiche au fenouil et à la tomate

    C’est sur l’étal de Sandrine et Kylian, que le choix d’Élisabeth s’arrête ce matin. Ce sera de la seiche ! Explications : « Je sors mon faitout et je fais revenir dans l’huile d’olive des oignons émincés, 2 ou 3 fenouils et une gousse d’ail tout en remuant. Puis j’ajoute un fond d’eau. Je coupe en gros morceaux ma seiche que j’ai nettoyée, délestée de son os et mets à part son encre pour une future recette. Je les dépose dans la marmite avec des tomates fraîches. Sel, poivre et je laisse cuire à feu doux environ 30 mn. Je l’accompagne dans l’assiette de riz de Camargue. »

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil

    Autrefois conservateur de ce musée, Philippe Auquier avait rassemblé plusieurs moulages, pour la plupart réalisés en 1901 par François Carli.

    Tout commence par l’arrivée dans le port de Toulon, en 1675, de deux gros blocs d’une riche matière. Le premier suscitera l’apparition de Milon de Crotone ; le second marbre, choisi pour Alexandre et Diogène, fut achevé à Marseille quatorze années plus tard. Colbert et Louvois sont les commanditaires. Pierre Puget aurait passionnément aimé que ses sculptures soient en bonne place au palais de Versailles. Tout en restant singulier et autonome, il lui fallait ne pas déplaire au souverain. Alexandre est un invincible guerrier, un modèle de conduite pour Louis XIV, qui pourrait prendre ombrage si Diogène, dans l’interprétation qu’en donnerait Puget, faisait preuve d’une trop vive insolence.

    Dans ce contexte, la farouche réplique « Ôte-toi de mon soleil » n’est pas seulement la réaction d’un philosophe qui méprise les pouvoirs et l’ordre établi. Tout en réclamant les honneurs et la reconnaissance des puissants, un artiste de l’Ancien Régime persévère, demeure fidèle à ses origines et à son tempérament. Ni dissident ni courtisan, capable, écrivait Baudelaire, de « colères de boxeur », à la fois soumis et plein d’orgueil, Pierre Puget fraye sa voie parmi les embûches et les contraintes de son époque.

    Dans cet étrange péplum, avec casques, cuirasses, boucliers, oriflammes et sons de trompe, l’artiste fait montre d’humour et d’ironie. Les trognes et la brutalité, les gestes des soudards qui dérangent la sérénité du philosophe stoïcien l’ont révolté et scandalisé. Pour sauvegarder les finalités de ce bas-relief, mieux vaut quitter bruit et lourdeur, contempler l’énergie de Diogène, son visage inspiré par le Laocoon, finement relancé par le « mélancolique empereur des forçats ».

    Diogène lève les yeux, fixe pensivement l’horizon, ne regarde pas l’empereur. Sa détresse est à la fois noble et suppliante ; la main qu’il tend demande secours. De son côté, Alexandre est à moitié surpris et ne veut pas se venger du refus de Diogène. Un statu quo se maintient. Chiens, chevaux et soldatesque rejoignent Corinthe.

  • [Chronique des invisibles] Il existe pire que mourir, c’est vivre avec ses morts

    [Chronique des invisibles] Il existe pire que mourir, c’est vivre avec ses morts

    L’extrême solitude de celui où celle qui reste, enfermé dans ses souvenirs, le silence pour ombre, est insoutenable et pourtant le lot quotidien de nombreuses personnes, à force d’être dans les replis sombres de la société, on en vient à les oublier. C’est cette mamie, dont l’âge ne peut être donné, qui promène son chien dans une poussette d’enfant tout en s’en servant comme déambulateur.

    C’est cet homme qui essaie maladroitement d’engager une discussion par une blague et dont on s’écarte comme s’il refoulait du bec. C’est cette veuve taciturne, dont les sorties sont fléchées, au Super U, à sa boîte aux lettres dont la gueule reste toujours vide… Il y a aussi cet homme aux mains tremblantes, assis toujours à la même table du café, devant un demi. Il n’y touche presque pas. Il regarde la porte. On pourrait croire qu’il attend quelqu’un. Mais personne ne vient jamais. Le serveur, par habitude plus que par compassion, lui adresse un signe de tête. C’est leur seul échange. Les âmes esseulées ne font pas de bruit. Elles ne cassent rien, ne revendiquent rien. Elles s’effacent doucement, polies jusqu’à disparaître. Elles apprennent à réduire leur présence, à ne pas déranger, à occuper le moins d’espace possible, comme si exister encore était déjà de trop. On les croise sans les voir. Ou plutôt, on choisit de ne pas les voir. Parce qu’il y a dans leur solitude quelque chose de contagieux, une peur sourde qu’elle nous désigne, nous aussi, comme futurs habitants de ce désert. Alors elles développent des rituels. Des trajectoires immuables. Le même banc, à la même heure. Le même journal acheté sans être lu. Le même pain, parfois durci avant d’être entamé. Le temps, pour elles, n’avance plus vraiment. Il se répète, en boucle, comme une phrase dont on aurait oublié la fin. Et pourtant, il reste, chez certaines, une étincelle presque imperceptible. Un sourire esquissé quand un enfant les regarde sans crainte. Un merci trop appuyé pour une porte tenue. Un mot de trop à la caissière, comme une tentative fragile d’exister encore dans le regard de quelqu’un. C’est peut-être là, dans ces infimes débordements, que la vie résiste encore. Pas dans les grandes déclarations, ni dans les gestes spectaculaires. Mais dans ce presque rien qui refuse de s’éteindre. Parce que vivre avec ses morts, ce n’est pas seulement porter leur absence. C’est continuer, malgré tout, à chercher une présence.

    Mais il faut bien le dire : cette solitude n’est pas un accident. Elle n’est pas une fatalité tombée du ciel comme la pluie ou l’hiver. Elle est organisée, produite, entretenue. On parle de « liens sociaux » comme on parle d’un service public défaillant, avec des mots technocratiques qui masquent mal l’abandon. On ferme les lieux de rencontre, on raréfie les services de proximité, on remplace les visages par des interfaces, les voix par des messages automatiques. Et l’on s’étonne ensuite que certains disparaissent dans les interstices.

  • [Entretien] « Les météorites ont pu influencer comment la vie est apparue sur Terre »

    [Entretien] « Les météorites ont pu influencer comment la vie est apparue sur Terre »

    La Marseillaise : Vous montrez qu’il y a des sucres d’origine extraterrestre dans la météorite Orgueil. Pourquoi avez-vous choisi cette météorite ?

    Cornelia Meinert : Car ce qui nous intéresse in fine sont les échantillons ramenés sur Terre des astéroïdes Bénou et Ryugu. Nous souhaitions développer un moyen d’extraire, identifier, et quantifier les sucres dans ces échantillons, et déterminer leur chiralité – c’est-à-dire s’ils sont plus présents sous leur forme droite ou gauche. Or, la météorite Orgueil a une composition minéralogique proche de celle de ces astéroïdes.

    Avez-vous commencé ?

    C.M. : Nous venons de recevoir l’accord pour avoir des échantillons de Bénou. Nous aurons 300 milligrammes (mg). C’est énorme. Pour Ryugu, nous n’aurons que 17 mg car moins de matière a été ramenée sur Terre.

    Des sucres ont déjà été observés sur Bénou en 2025. Qu’allez-vous chercher ?

    C.M. : Ce qui nous intéresse est la chiralité de ces sucres. Sont-ils présents sous leur forme droite ? Gauche ? Les deux ? Dans quelles proportions ? Cela n’a jamais été étudié et pourrait nous aider à comprendre pourquoi la vie sur Terre n’utilise que la forme droite des sucres. C’est un grand mystère. Les acides aminés ont aussi une chiralité et seule leur forme gauche est utilisée pour faire des protéines. Or, nous observons un léger excès de formes gauche dans les météorites et les astéroïdes. Peut-être est-ce la même chose, du côté droit, pour les sucres. Dans ce cas, peut-être les météorites ont-elles influencé la manière avec laquelle la vie est apparue.

  • [Sciences] Les sucres nécessaires à la vie ont bien pu venir de l’espace

    [Sciences] Les sucres nécessaires à la vie ont bien pu venir de l’espace

    C’était en 2016. Chercheuse CNRS à l’Institut de chimie de Nice, Cornelia Meinert montre en laboratoire que des sucres peuvent se former dans les glaces interstellaires. Ces briques élémentaires de la vie, à la base des molécules d’ARN et d’ADN, peuvent donc exister dans l’espace. Mais est-ce le cas ? À l’époque, les preuves manquent : jamais des sucres n’ont été observés dans aucune météorite. « Ils sont difficiles à extraire car très réactifs et instables », souligne la chercheuse qui se lance alors dans le développement d’une méthode spécifique, à base d’ultrasons, pour y parvenir. Dix ans plus tard, le résultat est là, publié dans Nature Communications : cinq sucres sont découverts dans la météorite Orgueil –du nom de la commune du Tarn-et-Garonne où elle est tombée en 1864. « C’est un pas de plus en faveur de l’hypothèse qui veut qu’au moins une partie des briques élémentaires du vivant ont pu venir de l’espace », indique la chercheuse. Via des météorites tombées sur Terre il y a environ 4 milliards d’années.

    Ce résultat renforce ceux d’autres études d’une équipe japonaise, parues depuis 2016, qui montrent que des sucres sont bien présents dans l’espace : l’une en 2019 sur des fragments de météorites, l’autre fin 2025 sur des fragments de l’astéroïde Bénou, ramenés sur Terre en 2023. Seulement, avec Orgueil, Cornelia Meinert va plus loin : « Notre méthode révèle les quantités présentes de chaque sucre et leur chiralité », insiste-t-elle. C’est-à-dire leur forme gauche ou droite. Car les molécules de sucre peuvent exister selon deux formes opposées, comme nos deux mains.

    Contamination ?

    C’est d’ailleurs cette chiralité qui permet d’affirmer que les sucres sont bien d’origine extraterrestre et non le fruit d’une contamination une fois la météorite tombée sur Terre. Car si Orgueil est aujourd’hui bien conservée au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, elle est sur Terre depuis plus de 150 ans. « Une contamination biologique a forcément eu lieu », admet Cornelia Meinert. Mais la biologie terrestre a une particularité : ses molécules n’utilisent que des sucres de forme droite. Si ceux observés sur Orgueil étaient d’origine biologique, un excès de formes droite serait attendu. « Or pour certains sucres, nous observons autant de formes gauche que de formes droite, explique la chercheuse. Cela confirme l’origine extraterrestre. »

    Par rapport à la méthode employée par les Japonais en 2019 pour déterminer l’origine extraterrestre des sucres, celle développée à Nice a l’avantage de pouvoir être exploitée sur des petits échantillons : 178 milligrammes ont suffi, quand les Japonais ont eu besoin de 2 grammes de matière. « Nous voulions développer une méthode utilisable sur des échantillons d’astéroïdes pour lesquels la matière à disposition est limitée », glisse Cornelia Meinert. Comme un clin d’œil à ce qui vient.

    REPÈRES

    Orgueil

    Cette météorite tombée à proximité du village d’Orgueil (Tarn-et-Garonne) en 1864 fait partie des chondrites CI : des météorites « carbonée de type Ivuna », du nom de la météorite tombée en Tanzanie en 1938 et qui sert de référence. Leur composition minéralogique est proche de celle des astéroïdes Bénou et Ryugu.

    Chiralité

    Un objet est dit « chiral » s’il n’est pas superposable à son image dans un miroir. C’est le cas de nos mains droite et gauche. Même chose pour les sucres et les acides aminés : ils peuvent exister sous une forme droite ou gauche.

    5

    C’est le nombre de sucres découverts dans la météorite Orgueil : l’arabinose, le xylose, le ribose, le lyxose et le ribulose. Les trois derniers sont présents dans des proportions « racémiques », c’est-à-dire avec autant de formes gauche que droite, suggérant une origine extraterrestre.

  • [Travailleuse de demain] Noussaïba Djebri, la fibre du textile

    [Travailleuse de demain] Noussaïba Djebri, la fibre du textile

    « J’ai toujours aimé travailler de mes mains et j’attache une importance particulière à l’esthétique, à la beauté des choses. Très rapidement, je me suis tournée vers la mode, un métier qui allie ces deux passions », confie simplement Noussaïba Djebri.

    De quoi s’orienter naturellement sur un bac pro « métiers de la mode » et enchaîner avec un BTS au lycée René-Char, à Avignon, puis une licence couronnée d’une mention « très bien » à l’Université de Nîmes en 2025. À 21 ans, la jeune modéliste se tisse un avenir d’autant plus prometteur qu’elle cumule les concours et remporte les sésames. Une passion dont elle acquiert les bases auprès de sa grand-mère, mais qu’elle cultive et développe en professionnalisant son approche. Ce qui a renforcé la conviction qu’elle avait choisi la voie qui lui allait comme un gant, « c’est la découverte, par l’enseignement, d’un monde très vaste de technicité au cœur des métiers de la mode ».

    Remettre l’ouvrage sur le métier

    Patronage, montage, faufilage, assemblage, brochage, finition main ou conception assistée par ordinateur, le champ des compétences en couture est vaste. Curieuse de nature, Noussaïba en explore l’étendue avec appétit, avec « peut-être » une préférence pour « le patronage avec la coupe à plat sur papier et le moulage, quand j’appose le tissu de coton rigide beige sur le mannequin pour concevoir le vêtement en 3D », ce qui laisse libre cours à l’expression de son imagination. Et aiguille son sens de la précision sur une trame solide : « Je suis en recherche permanente de maîtrise de nouveaux procédés et techniques afin d’élargir mes compétences. Selon le vêtement qu’on veut réaliser, sa matière, sa coupe, ça aide à choisir le mode de conception ».

    Créatif, mais aussi technique et exigent, le métier demande un véritable goût de l’effort pour atteindre un savoir-faire d’exception qui ne décourage pas Noussaïba. Bien au contraire, partout où elle passe, elle collectionne les ficelles du métier. Ses stages dans les ateliers de La Petite Lucie, Les Petits Polissons ou la manufacture de linge de maison en laine Brun de Vian Tiran sont, pour elle, l’occasion de se perfectionner au fil « des contraintes et des attentes différentes, que ce soit sur une matière singulière ou en termes de rapidité d’exécution ». à l’école comme sur le terrain, « mon objectif est de parfaire mon savoir-faire pour contribuer significativement à l’industrie de la mode avec une vision artistique renouvelée et un sens aigu de la qualité », précise la jeune modéliste.

    Surtout, le goût du concours lui est venu rapidement, « pour le prestige de la reconnaissance, mais aussi parce que la compétition booste l’envie. J’aime me surpasser, repousser mes limites », avoue-t-elle. La clé de la réussite, « c’est de se mettre au travail, de recommencer pour dépasser les moments de découragement, de s’entraîner pour acquérir pleinement les compétences ». Se qualifier pour les WorldSkills a d’ailleurs été « la plus forte des motivations ».

    LE CONCOURS

    « Je devais préparer la compétition WorldSkills en même temps que je travaillais pour l’examen de licence, entre mars et août. Je n’avais qu’un moment possible, le mois de septembre. J’ai commencé avec un stress énorme, mais à force d’entraînement, d’exercices, de travail, j’ai réussi à apaiser mes tensions, à gagner en sérénité. Concourir m’a donné l’occasion de découvrir les métiers autrement, avec des animations interactives proposées par nos partenaires. Concours, animations et découverte, c’est cela la vraie essence de WorldSkills France : faire briller chaque métier ! »

  • Une première réserve naturelle en Vaucluse

    Une première réserve naturelle en Vaucluse

    D’une superficie de 235 hectares, la Réserve naturelle régionale Ermitage-Escampeaux comprend 16 falaises recensées ainsi qu’un ensemble de milieux à très forte valeur écologique. Située à Villes-sur-Auzon, dans le Vaucluse, elle devient la première réserve naturelle régionale du département et marque une étape majeure pour la préservation des milieux naturels remarquables du piémont sud du Ventoux. Elle vient renforcer la protection d’un patrimoine naturel d’exception.

    Installée entre le mont Ventoux et les gorges de la Nesque, en plein cœur du Parc naturel régional du Mont-Ventoux, la Réserve s’appuie sur un ancrage foncier majoritairement communal : 98% du périmètre appartient à la commune, soit 51 parcelles. Seul 1% du foncier relève du Département, représentant 4 parcelles. Le pourcentage restant est constitué de propriétés privées, soit 12 parcelles réparties entre dix propriétaires.

    Des objectifs multiples pour la Réserve

    Le dispositif de protection, porté par la commune de Villes-sur-Auzon et par le Parc naturel régional – qui a joué un rôle déterminant dans l’émergence du projet, en cohérence avec sa charte visant à contribuer à la mise en œuvre de la Stratégie nationale de création d’aires protégées (Scap) – présente des objectifs variés pour la Réserve naturelle régionale Ermitage-Escampeaux.

    Il s’agit d’abord de préserver les espèces et leurs habitats, d’en assurer la fonctionnalité ainsi que leur capacité d’adaptation, notamment en conservant la mosaïque de milieux ouverts et rupestres. La Réserve ambitionne également de trouver un équilibre entre la protection du patrimoine naturel et le maintien des activités humaines traditionnelles.

    Elle vise aussi à améliorer la connaissance scientifique des milieux et des espèces présentes, en particulier des habitats et espèces emblématiques telles que la nivéole de Fabre, une plante herbacée que l’on retrouve dans le Parc naturel régional du Mont-Ventoux.

    Enfin, la Réserve participera à la valorisation du patrimoine naturel et à la sensibilisation du public en associant citoyens, usagers et propriétaires à la compréhension et à la mise en valeur du site, dans une démarche à la fois pédagogique et collective.

    Tout au long de l’année, le Parc naturel régional du Mont-Ventoux, fort de son expertise en matière de biodiversité et de gestion des espaces remarquables, s’attachera à élaborer un plan de gestion de la Réserve. Celui-ci précisera les moyens, les priorités et les actions à mettre en œuvre afin d’atteindre les objectifs fixés.

  • [Recette] Courgettes rôties, ricotta et condiment aux tomates séchées

    [Recette] Courgettes rôties, ricotta et condiment aux tomates séchées

    Il vous faudra :

    – Quelques courgettes, du thym, de l’ail en poudre, des graines de cumin

    – De la ricotta, une échalote, du jus de citron, de l’ail haché

    – 10 pétales de tomates séchées, 1 c. à s. de miso, 200 g de concentré de tomate, 10 gousses d’ail, 1 c. à c. de fleur de sel, 4 c. à c. de cumin, paprika fumé, piment, 150 ml d’huile d’olive et un oignon rouge

    – Du basilic frais, de l’huile neutre, du sel, de l’huile d’olive

    Des courgettes colorées

    Pour commencer, choisissez des courgettes de la couleur qui vous plaira. Lavez-les et découpez-les en tronçons, déposez-les du côté de la peau sur la plaque du four recouverte de papier cuisson. Arrosez avec de l’huile d’olive et parsemez de graines de cumin, de thym et d’ail en poudre. Enfournez à 210° en four sec pendant une quinzaine de minutes. Pendant la cuisson, attelez-vous à la préparation de la ricotta. Commencez par la mixer avec du sel et le jus d’un citron pressé. Une fois que c’est mixé, débarrassez et ajoutez l’échalote ciselée et l’ail hâché. mélangez et réservez au frais. Une fois que les courgettes sont rôties, sortez-les du four et laissez-les refroidir à température ambiante.

    Pendant ce temps, préparez le condiment aux tomates séchées en déposant dans un mixeur les tomates séchées, l’oignon rouge ciselé grossièrement, le concentré de tomate, les gousses d’ail, la fleur de sel, le paprika fumé, le piment et le cumin, viennent ensuite le miso et l’huile d’olive. Mixez le tout jusqu’à obtention d’une crème similaire à un pesto rosso. Réservez.

    Une huile bien verte

    Faites ensuite blanchir quelques belles feuilles de basilic frais quelques secondes dans une eau frémissante et bien salée. Egouttez et plongez les feuilles dans de l’eau glacée pour garder une couleur bien verte. Mixez le basilic avec de l’huile neutre type huile de tournesol et passez au chinois pour avoir une huile colorée et lisse. Si vous n’avez pas de chinois un collant fera parfaitement l’affaire.

    Pour le dressage, déposez une grosse cuillère de ricotta en fond d’assiette, vos tronçons de courgettes, quelques points de condiment et parsemez d’huile de basilic. Bon appétit !

    PORTRAIT

    Lily, de bons mets et du bon vin

    Privilégier les produits frais, de saison et le fait maison de A à Z, tel est le credo du restaurant Lily. Ici, pas de carte interminable mais une ardoise avec pas plus de six propositions pour se restaurer en toute simplicité mais avec raffinement. Quant à la cave à vin, elle est à la vue de tous et chaque bouteille est sélectionnée avec soin.

    4, boulevard Bompard , 13007 Marseille

  • [Grand entretien] « La culture, espace possible de réconciliation »

    [Grand entretien] « La culture, espace possible de réconciliation »

    La Marseillaise : Le gouvernement présente la Saison Méditerranée comme « un temps fort de diplomatie culturelle ». Alors que les États, dont la France, échouent à des relations de paix dans tout le pourtour, ne trouvez-vous pas facile de faire porter ce poids sur les artistes ?

    Mohamed El Khatib : En fait, je pense que c’est une nécessité. il faut arrêter de considérer la culture comme un espace autonome qui ne serait pas relié aux questions diplomatiques, géopolitiques, sociales et économiques. Au contraire, je trouve qu’il était temps que des artistes prennent la parole et se fassent le relais de l’état du monde. Il est temps que les artistes donnent la parole à un certain nombre de pays marginalisés, donnent à entendre des voix libanaises, algériennes, palestiniennes, égyptiennes… Les artistes font leur travail et prennent le relais des empêchements diplomatiques. Regardez par exemple l’état dégradé des relations entre la France et l’Algérie : heureusement que le dialogue persiste à travers la culture. C’est un espace possible de réconciliation.

    Vous avez déclaré lors de la présentation de la saison que, « face à la montée de l’extrême droite, la responsabilité des artistes est d’imaginer des projets qui créent une histoire commune »…

    M.E.K. : Il y a quelques années, j’avais commencé en faisant entrer la Renault 12 au Mucem car c’est un objet du patrimoine industriel français typique que les Français adorent. Et en même temps, un véhicule œcuménique que les Maghrébins se sont notamment réapproprié en en faisant des espèces de tour de Babel roulantes pour rejoindre l’autre côté de la Méditerranée. D’un coup, cette histoire de l’épopée du retour au bled venait s’inscrire dans une histoire plus large de France. J’ai envie de trouver des espaces de dialogue qui, à défaut de resserrer les liens, permettent aux gens d’échanger. Avec Mères Méditerranées, j’ai voulu réunir des mères de chaque pays ayant une façade avec la Méditerranée et de voir ce qu’elles ont en commun. D’abord, car on ne les entend pas ou très peu alors qu’elles prennent en charge la plupart du temps la vie domestique et économique, qu’elles ont parfois à subir les départs d’enfants qui peuvent parfois être avalés par la Méditerranée. Face à cette mer, elles ont à la fois un rapport de fascination et de crainte. J’avais donc envie de créer un parlement des mères en Méditerranée pour voir ce qu’elles veulent léguer à leurs enfants pour un futur désirable. J’aimerais qu’à la fin, on arrive à l’écriture d’un manifeste de ces 23 mères. Aujourd’hui, il est impossible de réunir sur la scène politique la France et l’Algérie par exemple. Nous, on a la liberté de faire des propositions et imaginer de nouvelles façons d’être ensemble.

    Un de leurs autres points communs est qu’elles habitent toutes à Marseille…

    M.E.K. : Déjà, pas sûr de pouvoir retrouver dans beaucoup d’autres villes ces 23 nationalités. Beaucoup me disent que, quel que soit le pays d’où ils viennent, ça ressemble à chez eux. À Marseille, une ville portuaire, ça brasse. C’est une ville où les étrangers arrivent à cohabiter.

    Vous évoquez « Mères Méditerranées » comme un chœur de femmes. C’est-à-dire ?

    M.E.K. : Quand je dis chœur, je ne parle pas de chant, mais de chœur au sens grec : le chœur démocratique. Car on va voir des femmes qu’on n’a pas l’habitude de voir sur scène. On ne les voit pas sur scène et pourtant elles font l’identité de cette ville et sont toujours à l’arrière-plan. Ce sont des femmes qui vont prendre la parole. On a tourné un film avec elles qui sera projeté et qui fait part de leurs préoccupations. Au fur et à mesure, on va aussi donner quelques recettes de cuisine. En repartant, vous saurez par exemple faire le couscous et le houmous. Mais elles donnent aussi des recettes de vie telles que comment mettre votre mari au travail ou que faire pour que votre mari s’occupe aussi des enfants. C’est festif. Il y a aussi une vraie culture du chant. On ne peut par exemple pas faire un spectacle sur la Méditerranée sans l’évocation d’Oum Kalthoum. C’est valable pour tous les pays, y compris la Grèce et Chypre. Et il y a aussi la question de la danse qui revenait dans nos discussions.

    Quelles étaient les autres figures communes et récurrentes ?

    M.E.K. : Il y avait aussi beaucoup Faïrouz. On a également trouvé une série de berceuses communes à l’Espagne et au Maghreb. Tout comme la langue. Le français, l’arabe, l’hébreu… Tout ça part de la même racine. Et la question des Printemps arabes est aussi revenue, notamment la place des femmes dans les dispositifs politiques où elle est la plupart du temps minorée. Or on a retrouvé pas mal d’archives, suite à ce qu’elles nous ont raconté, sur la façon dont les femmes se sont investies dans les mouvements de libération. C’est quelque chose que l’on retrouvait déjà dans les mouvements de libération liés à la décolonisation, et plus récemment, avec les Printemps arabes. Mères Méditerranées est à la fois une ode domestique, affective, militante et politique.

    Samedi 16 et dimanche 17 mai à 20h au Mucem sur la place d’armes du fort Saint-Jean. Gratuit. www.mucem.org