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  • L’œuvre de Gustave Courbet mise à l’honneur à Hyères

    L’œuvre de Gustave Courbet mise à l’honneur à Hyères

    Le Musée des Cultures et du Paysage accueille l’exposition intitulée « Gustave Courbet, du chant de la Nature aux voix de la Révolte » du 18 janvier au 24 mai inclus. Mais le vernissage est organisé dès ce samedi17 janvier.

    Le peintre, décédé en 1877, traduisait son travail ainsi, en 1855 : « Peindre son temps, peindre le vrai, refuser l’artifice ». Cette exposition retrace près de quarante années de création. Ce sont « 120 œuvres, objets, lettres, archives et photographies » qui sont présentées et « qui proviennent de l’Institut Gustave Courbet d’Ornans, de musées français et de collections privées internationales », détaille le musée, dans un communiqué.

    Le parcours de visite est composé de 12 thématiques pour comprendre l’univers de l’artiste : Le chant de la Nature, l’ode à la Femme, le chant des bourgeois, le monde de Courbet, visages visages, face à face, l’affaire de la colonne Vendôme, le chemin de l’exil, les Travaux et les jours, le monde animal, marines-côte à côté et, enfin, le chant des sources.

    L’exposition s’articule autour de ces deux axes majeurs : le chant de la Nature et les voix de la Révoltes. L’artiste confronte son regard sur le monde. « Il incarne une nouvelle manière de voir et de penser », précise le musée. Gustave Courbet fait surgir « le réel même, une vérité humaine capable de bouleverser les codes établis ».

    Le vernissage de l’exposition se tient ce samedi à 11h. Une visite du parcours est proposée gratuitement à 10h20 en présence de Jean-Pierre Giran (LR), maire de la ville.

    Entrée payante (hors vernissage), à partir de 4€

  • Des « histoires à lire debout » à Berre-l’Étang

    Des « histoires à lire debout » à Berre-l’Étang

    Histoires à lire debout, pièce de théâtre écrite par Jean-Paul Alègre et mise en scène par Dominique Berardi, arrive à la salle polyvalente de Berre-l’Étang pour deux représentations, samedi 17 janvier à 20h30 et dimanche 18 janvier à 15h. À cette occasion, une rencontre est organisée avec l’auteur de la pièce, à la médiathèque de Berre, ce samedi à 16h (en entrée libre).

    À travers Histoires à lire debout, Jean-Paul Alègre a pour ambition de faire prendre conscience aux spectateurs « de la valeur du livre, garant de la liberté et de la tolérance ». Alors que des débats autour de la liberté d’expression et de la censure de livres émergent à l’international, par exemple aux États-Unis, cette pièce prend une dimension toute particulière.

    Défendre la liberté de lire

    Dans cette pièce de théâtre, la nuit, les livres prennent vie dans une bibliothèque intemporelle. On y retrouve Magnus l’encyclopédie, Flore le recueil de poésie, Sans-Nom, le livre raté qui mélange ses pages… Mais un ennemi plane au-dessus d’eux : le grand autocrate et ses acolytes, qui décident de partir en guerre contre le livre et la lecture. 37 personnages s’unissent alors pour défendre la liberté d’écrire, de lire et de penser. Parmi eux, d’Artagnan, Buffalo Bill, Molière, Naruto et le Petit Poucet ! Avec bien d’autres héros encore tout droit sortis des pages des chefs-d’œuvre les plus célèbres.

    Ce projet culturel est porté par la compagnie de théâtre berroise Astromela et son atelier théâtre de l’Emmad, en partenariat avec la médiathèque.

  • [Théâtre musical] « Une vie parisienne » au Liberté de Toulon

    [Théâtre musical] « Une vie parisienne » au Liberté de Toulon

    D’un côté, Heinrich Heine, écrivain engagé parmi les derniers poètes romantiques allemands du XVIIIe siècle, engagé et lointain cousin de Karl Marx dont les œuvres furent brûlés dans les autodafés de 1933 et interdites par le IIIe Reich. De l’autre, le grand compositeur Jacques Offenbach (1819-1880), entre autres à l’origine d’opéras célèbres comme Orphée aux enfers ou un certain La vie parisienne.

    Un titre repris par Irène Bonnaud qui réunit leurs univers respectifs dans un « spectacle à la croisée du théâtre et de l’opéra » au Liberté de Toulon, depuis vendredi et encore samedi 17 janvier. « Juifs allemands originaires de Rhénanie, immigrés à Paris après 1830, le poète-journaliste et le virtuose du violoncelle avaient aussi en commun le sens de la légèreté et de l’humour. L’œil malicieux et lucide, ils ont su observer la société française », présente le Liberté.

    « Subtilement subversif »

    Dans cette pièce hybride, le fantôme d’Heinrich Heine est incarné par François Chattot. À ses côtés, la soprano Mylène Bourbeau, le pianiste Benjamin Laurent, la mezzo-soprano Aurore Ugolin et la violoncelliste Cécile Vérolles portent la musique d’Offenbach.

    « Aujourd’hui, partout dans le monde, tout ce que Heinrich Heine a combattu toute sa vie durant fait retour : le fanatisme, la guerre, l’antisémitisme, le racisme. Son œuvre est un matériau incandescent qui se dresse contre ce retour. Et je crois qu’elle peut aider à faire ressortir tout ce qu’il y a de moderne et de grinçant, de subtilement subversif dans les œuvres d’Offenbach », estime par écrit la dramaturge et metteur en scène Irène Bonnaud.

    Chez les deux figures et parcours dont elle s’inspire, « la joie partagée devient un programme politique, un moyen de lutter contre les préjugés et les fanatismes ».

    Une vie parisienne ou un théâtre musical aussi bien adressé aux passionnés qu’aux néophytes qui est aussi, fait-on part au Liberté, « une très belle occasion de (re)découvrir nu grand écrivain et de nombreux airs d’Offenbach, célèbres ou méconnus ».

    Samedi 17 janvier à 18h. Entre 5 et 30 euros. www.chateauvallon-liberte.fr

  • [Grand entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Motchus a avant tout une vocation sociale »

    [Grand entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Motchus a avant tout une vocation sociale »

    La Marseillaise : Le jeu Motchus fête sa quatrième année avec toujours autant de succès. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

    Médéric Gasquet-Cyrus : Au départ, on a créé Motchus pour rigoler et s’amuser. On pensait que ça allait durer quelques jours, puis ça s’est compté en semaines. Finalement, les gens se sont pris au jeu, c’est le cas de le dire, et nous voilà quatre ans plus tard. C’est devenu un rituel pour beaucoup puisqu’il est entré dans la vie des gens.

    Ce jeu est-il aussi un moyen de partager le parler marseillais et la culture de la ville ?

    M.G.-C. : C’est un des aspects qui est très intéressant avec ce jeu. Il permet d’apprendre des choses, des mots aussi bien aux jeunes qu’aux anciens en passant par ceux qui viennent d’arriver à Marseille. Motchus est devenu très inclusif, alors que ce n’était pas du tout prévu au départ. On se rend compte qu’il y a une certaine utilité à faire connaître à la fois la diversité de la ville et de son parler, mais aussi le patrimoine ou la culture puisque je cite souvent des exemples littéraires ou de chansons.

    Motchus fête ses quatre ans dans quelques jours, doit-on s’attendre à des nouveautés ?

    M.G.-C. : Ce mardi 20, on entre dans la cinquième année d’existence de Motchus, donc l’interface du jeu va être complètement changée, des mots plus longs et des fonctionnalités vont apparaître au fur et à mesure pour plus d’interaction tout en restant gratuit et accessible à tous.

    Justement, comment fait-on pour se renouveler après quatre années d’existence ?

    M.G.-C. : Il faut toujours trouver un équilibre entre les fadas qui jouent tout le temps et ceux qui voudraient se faire plaisir. On oscille entre des mots très courants le lundi et des plus complexes ou rares le dimanche. Certains mots courants reviennent de temps en temps en variant sur les orthographes ou les prononciations et pour les quatre, on remet tout à zéro comme si on n’avait jamais joué.

    Ce samedi, un « Motchus laïve » est organisé à l’hôtel de ville. Ce n’est pas la première fois à Marseille. Est-ce un moyen de le faire connaître au plus grand nombre ?

    M.G.-C. : Les lives n’étaient pas prévus non plus quand on a créé le jeu, mais on en est déjà à dix événements de ce genre et on fait une tournée mondiale de proximité (rires). ça plaît énormément parce que les gens ont peu d’occasions de se retrouver en public pour jouer et c’est très sympa ! On est entre l’ambiance loto populaire qu’on adore et le e-sport. C’est un moyen de créer du lien social et c’est super parce que le parler sans les gens qui parlent, ça ne sert à rien !

    Le même jour, vous vous exportez dans le Vaucluse pour la première fois…

    M.G.-C. : On avait déjà fait une démo à Carpentras, mais le live en Vaucluse est une première et on est très attendu à Mérindol. On va aussi aller dans le Var. On essaie, à chaque fois, s’adapter au lieu dans lequel on va, de coller à la réalité des gens, la culture dans les villages. C’est une super aventure pour nous parce qu’on s’en fait deux le même jour dans deux départements, c’est un truc de fou !

    Le fait d’organiser le jeu en live, est-ce un moyen de mettre un peu de couleur dans la société telle qu’on la connaît actuellement ?

    M.G.-C. : Oui, parce qu’on en a besoin. On l’organise toujours avec des partenaires avec qui on a des valeurs communes. On ne va pas faire ça avec n’importe qui, on n’en vit pas, donc on ne va pas se vendre. Sans compter qu’on porte un message d’inclusion, de découverte du patrimoine et, quand on récolte un peu d’argent avec le jeu qui est gratuit, on le reverse à des associations. C’est un engagement social à notre petite échelle, mais c’est important pour nous.

    Quel regard portez-vous sur la situation géopolitique actuelle ?

    M.G.-C. : C’est terrible. On pensait que pour les générations qui n’ont pas connu la guerre, ça n’arriverait plus parce qu’on sait comment le nazisme est arrivé. Or, nous sommes face à une nazification de certains états, de l’Europe aussi et ça arrive en France. Je suis en colère parce que je me dis que la manipulation fait que les gens vont faire et voter des conneries. Les situations qui sont déjà fragiles vont devenir terribles. Je pense aux minorités, aux femmes, aux étrangers, mais aussi aux personnes trans, gay et j’en passe. On va vivre des choses qui sont dégueulasses et je suis horrifié de ça.

    Le sondage La Marseillaise / Experts et Territoires / Ipsos-BVA, publié en début de semaine en vue des municipales, montre que le maire actuel (DVG) est à égalité dans les intentions de vote avec le RN à Marseille. Qu’en pensez-vous ?

    M.G.-C. : Là aussi, ça me révolte. Les médias dominants, nationaux ou locaux ont fait, comme le fait Macron, le marchepied du RN et ses idées. Je me bats depuis l’adolescence contre le racisme et l’extrême droite, c’est le racisme. J’ai des valeurs humanistes, de gauche très clairement, mais je respecte la droite républicaine qui n’existe plus à Marseille et en France. Ce qui se dessine clairement, aujourd’hui, c’est une alliance droite et extrême droite… J’espère que les Marseillais seront assez intelligents pour comprendre que leur ville, qui est à part en matière de cosmopolitisme, où on vit et on existe parce qu’il y a des différences, mérite mieux. Il faut vraiment être anti-marseillais et ne pas comprendre Marseille pour voter ça, parce que ça ne résoudra aucun problème, mais en créera d’autres.

    Si vous deviez utiliser un mot marseillais pour résumer cette situation, ce serait lequel ?

    M.G.-C. : Le « oaï » est un mot trop gentil parce que ce serait un désordre, mais pas inquiétant. Alors je dirais « bordille », les ordures, parce qu’il y en a trop !

  • [Entretien] « Une mise en lumière des émotions des cheminots »

    [Entretien] « Une mise en lumière des émotions des cheminots »

    La Marseillaise : D’où vient ce film et pourquoi l’avoir fait ?

    Sébastien Gronnier : Ce film est la fin d’un processus débuté en 2021 en trois étapes. Le premier volet a été la sortie des trois BD Les Seigneurs du Rail, le second avec le livre #TousCheminots. Et enfin le film, pour mettre en lumière la manière dont les cheminots ont vécu l’arrivée de la concurrence dans la région, ce qu’elle a provoqué dans leur vie. Souvent ils sont vus comme un corps social particulier, indépendant ou corporatiste. Et nous voulions montrer qu’au contraire, ce sont des salariés comme les autres, des citoyens avec des vies personnelles. Avec ce film, on voulait donner corps au phénomène de concurrence, qui est un terme répété tant de fois que parfois on ne sait pas ce qu’il y a derrière. C’est quelque chose qui n’est pas palpable : on en entend parler mais tant qu’on ne l’a pas vécu, qu’on ne sait pas ce que ça amène, on ne se rend pas compte des réalités. Et avec le cheminot en tant qu’humain au cœur de ça. C’est une mise en lumière de vécus de citoyens sur leur condition de salariés dans une grande entreprise qui se fragmente. Il y a une forme de réhumanisation des cheminots et on l’a conçu comme une photographie historique de ce moment pour le corps social de la SNCF.

    Dans le livre, il y avait un rapport au réel et à l’émotion, est-ce que c’est ce qui ressort principalement dans l’adaptation ?

    S.G. : Au Casi, nous sommes des syndicalistes. Donc, les cheminots ne nous disent pas les mêmes choses que s’ils parlaient à quelqu’un d’autre de leur métier. Ils parlent en nous identifiant à une organisation syndicale dans une optique d’en faire une remontée à la direction. L’idée du livre, puis du film, était de mettre le cheminot dans une situation où il parle du même sujet mais autrement. On rentre dans l’intime, de comment ils ont ressenti les modifications dans l’entreprise. Pas de le mettre à nu mais qu’il parle à cœur ouvert. Et cela donne corps à notre parole de syndicaliste. Quand on alerte sur les conséquences de l’ouverture à la concurrence, en matière de risques psychosociaux, d’attachement à l’entreprise, de départ des cheminots… Tout cela prend forme avec les témoignages. On a, par exemple, un cheminot qui témoigne dans le film et qui explique avoir choisi de quitter la SNCF pour ne pas subir l’arrivée de la concurrence. Au final, ce n’est pas qu’une mise en lumière du livre.

    Comment s’est déroulé le tournage et le cheminement du projet ?

    S.G. : On n’a pas donné de cahier des charges au réalisateur, Balkan Tekelioglu. On lui a juste donné le livre, en lui demandant si c’était possible d’en faire un film. Après il y a eu des allers-retours entre lui et nous, des choix de témoignages. Et le tournage a été relativement rapide. Mais on voulait avoir son regard extérieur et sans l’influencer. Car justement, quand on fait travailler des personnes extérieures à la SNCF dans nos projets, on veut qu’ils gardent leur sensibilité. Et donc qu’ils gardent leur regard sur le corps social au sein de la SNCF. In fine, on ne gêne pas le processus créatif. Et lui-même avait un regard relativement neutre avant de lire le livre, puis a pris conscience de ce que pouvait provoquer cette ouverture à la concurrence. On ne souhaitait juste pas que les cheminots parlent seulement de risques psychosociaux ou de conditions de travail. Mais plutôt de comment ils ont perçu ce moment de l’histoire.

    Le format documentaire s’est imposé naturellement ?

    S.G. : Le format documentaire était une évidence. Si l’on commence à romancer, à en faire une fiction, ça implique un script, un scénario. Et donc avec l’idée de dénoncer volontairement des choses. Et là, ce n’était pas le but. L’idée c’était de dire : « voilà ce que pensent les cheminots, voilà ce qu’ils nous disent et voilà ce qu’ils vont dire à la caméra ». Et ça n’a donc rien à avoir avec une idéologie ou une organisation syndicale. Le tout, avec une diversité de profils justement. On ne voulait pas imposer le fait que cette ouverture est bien ou mal. C’est donc un documentaire sociologique, intemporel. Et c’est aussi une alerte : le processus qui est décrit dans le film va se reproduire à chaque fois qu’il y aura une ouverture à la concurrence, des appels d’offres. Le processus légal est le même, donc les cheminots d’autres régions vivront les mêmes choses d’année en année.

    Il n’y a pas besoin d’avoir lu le livre pour apprécier le film, ni d’être cheminot ?

    S.G. : C’est accessible au grand public, il a été réalisé par quelqu’un qui n’est pas cheminot d’ailleurs. Il faut juste venir avec un regard curieux et être prêt à déconstruire toutes les idées reçues qu’on peut avoir sur les cheminots. Pas besoin non plus d’habiter la région. On va le présenter dans des festivals et le diffuser au-delà de Paca. Du reste, l’autrice du livre a d’ailleurs été interviewée par le réalisateur dans le cadre du film. Les deux productions se recoupent et sont complémentaires. Et même si vous avez lu le livre, il y a un vrai intérêt à voir le film. Et ça marche aussi si vous ne l’avez pas lu.

    Les projections dans la région

    Le documentaire #TousCheminots va être projeté dans toute la région. Début à Marseille, le 16 janvier, au cinéma du Gyptis. Ensuite, une projection à Six-Fours le 28 janvier au Six n’étoiles. Deux jours plus tard dans le Vaucluse à Avignon, le 30 janvier, au théâtre de la Rotonde. Puis direction les Alpes-Maritimes avec une diffusion, à Nice, le 12 février, au théâtre de la Cité. Enfin, une autre diffusion est prévue le vendredi 13 février à 17h30, aux Rotatives de La Marseillaise (gratuit).

    Réservation possible pour les autres diffusions sur le site billetweb.fr

  • [Monde du travail] Chronique des invisibles : en 2026, faire reculer un peu la nuit

    [Monde du travail] Chronique des invisibles : en 2026, faire reculer un peu la nuit

    Les mêmes choses, d’une année sur l’autre : la paix, la santé, un peu de bonheur, et que le monde, tel qu’on le connaît, existe encore jusqu’au Printemps.

    Nous les enverrons par cartes (tant que La Poste perdure toujours, le Danemark vient de la fermer définitivement), par courriels, par SMS, par messages pressés entre deux courses au supermarché. « Bonne année, bonne santé ! ».

    Et pourtant, malgré leur apparente banalité, ces mots conservent une force intacte : ils témoignent qu’au cœur des épreuves, du labeur quotidien, de ce climat anxiogène où la haine l’emporte sur l’empathie, l’espérance persiste.

    Je me surprends à penser, en écrivant mes vœux, que nous sommes pareils à ces jardiniers d’hiver. Ils retournent la terre gelée, convaincus que quelque chose finira bien par pousser.

    Nous savons que la saison est rude. Nous savons aussi que le simple fait d’écrire « bonne année » est déjà un acte de résistance contre la détresse généralisée du monde. Il n’existe pas de geste inutile lorsqu’il s’agit de dire aux autres qu’ils comptent, ne serait-ce qu’un instant.

    C’est l’idée même de cette série de portraits de jeunes travailleurs de « La Marseillaise » et au-delà de cette nouvelle chronique où seront abordés les gens humbles, ceux par lesquels la vie est réellement influencée, écrite, bouleversée, magnifiée. La mondialisation n’écrase pas seulement les hommes, elle digère les valeurs humaines fondatrices. Elle transforme la solidarité en opportunité commerciale, la culture en produit dérivé et la dignité en slogan publicitaire. Sous ses apparences d’universalité, elle uniformise les consciences. Notre rêve collectif ne doit jamais devenir un flux de données. Dans ce grand mouvement sans visage, sans âme, l’humanité se dissout lentement dans une logique capitaliste dépourvue de morale.

    Alors souhaitons, maladroitement, imparfaitement, sans garantie, avec force, détermination « une bonne année 2026 » mais souhaitons-le tout de même.

    Car les vœux, comme les mots, parfois, ont le pouvoir de faire reculer un peu la nuit, ces ténèbres vers lesquelles nos ennemis veulent nous entraîner.

    Sébastien Gehan

    Né en 1973, il est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Philipon s’amuse, Guizot s’ennuie

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Philipon s’amuse, Guizot s’ennuie

    Au premier étage du musée des Beaux-Arts, une longue vitrine avec un étage médian les rassemble. On en dénombre 36. Conformément à la funeste idéologie de cette époque, ce sont des « Célébrités du Juste Milieu ». Pour la plupart, ces figures burlesques et quelquefois sinistres, ce sont des portraits-charges de parlementaires. À côté des bustes des députés, voici des ministres, des avocats et des magistrats.

    Ces bronzes de modeste taille – Philipon est à 16 centimètres de hauteur, Guizot culmine à 22 centimètres – ont été réalisés au XXe siècle à partir des terres crues polychromes imaginées par Honoré Daumier entre 1832 et 1835. Leurs noms ne s’inventent pas : souvent ridicules, ils sont dignes d’une liste dressée par Valère Novarina. Ils peuvent s’appeler Docteur Prunelle, Jean-Charles Persil, Chevalier de Valdrome ou bien Jean Vatout.

    Censure et répression, révolte et rébellion jamais éteintes chez des intraitables comme Daumier, ces années 1832-1835 sont les premières années de la monarchie de Louis-Philippe. Le jeune caricaturiste -né à Marseille en 1808, il publiait ses premiers dessins en 1829- fut lourdement sanctionné. Pour avoir dessiné un portrait du roi à la ressemblance d’une poire et d’un Gargantua, la justice l’avait condamné à six mois de prison.

    Aux origines de ce séjour chez Sainte-Pélagie on retrouve Charles Philipon, l’unique personnage point du tout féroce et calamiteux parmi ces 36 grotesques effigies. Au niveau inférieur de ces guignols, à gauche, c’est la quatrième apparition. Daumier éprouvait clairement ce qu’il devait à la complicité du directeur de Charivari : « Si Philipon n’avait pas été derrière moi, jamais je n’aurais rien fait ! » Il faut bien que quelquefois l’arroseur soit arrosé, Philipon a sa place parmi les trognes de ces « ventrigoulus », ces fantoches et ces bouffons.

    Farces et attrapes, Philipon tire les ficelles de ce capharnaüm. Il en avait fait la commande à Daumier qui pour autant ne l’épargne pas. On découvre sa bouche édentée, son nez retroussé plutôt moche, ses sourcils en accent circonflexe et sa masse de cheveux. Il se marre doucement. En revanche, premier en haut à gauche dans cette réunion, tête penchée, le ministre Guizot est un sommet d’ennui. Victor Hugo ne s’y trompait pas : ce brillant manœuvrier, ce faux jeton du libéralisme faisait l’effet d’« une femme honnête qui tiendrait un bordel ».

  • [Travailleur de demain] Célian Bert, jeune soudeur prodige : « J’aime voir ce que je sors, ce que je crée, où ça va et à quoi ça sert »

    [Travailleur de demain] Célian Bert, jeune soudeur prodige : « J’aime voir ce que je sors, ce que je crée, où ça va et à quoi ça sert »

    Je veux tout essayer dans la soudure : le nucléaire, l’aéronautique ou la pétrochimie. » À 20 ans, Célian Bert, apprenti soudeur au CFAI Provence, centre de formation d’apprentis d’Istres et pôle de formation de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), voit grand. Médaillé d’excellence aux Worldskills, c’est pour lui la récompense d’un travail acharné et d’une quête permanente de « perfectionnement ». « On m’a dit que pour un soudeur et une première présentation aux Worldskills, faire médaille d’excellence c’est vraiment pas mal. Ça montre que je fais partie des meilleurs », explique-t-il, sans un brin de vantardise mais avec une fierté sincère.

    Et pour cause, le jeune homme est à sa cinquième année d’apprentissage dans le milieu du soudage, actuellement en train de faire un titre professionnel. Après un CAP, un brevet professionnel et une mention complémentaire, il est visiblement tombé amoureux du métier. « Ce n’est qu’à partir de la mention complémentaire que j’ai commencé le soudage, avant je faisais de la serrurerie-métallerie », se rappelle-t-il. Un début de formation où il a « appris les bases », après s’être rapidement dirigé vers un cursus scolaire professionnel : « Je savais que le cursus général n’était pas fait pour moi. Je suis passé de 9 de moyenne au collège à 18 en CAP, c’est là que j’ai trouvé ma voie. »

    Une voie qui lui réussit plus que bien et dans laquelle « il se donne à fond ». « Je ne suis jamais satisfait de ce que je fais. Je veux toujours faire mieux, en apprendre le plus possible », assume-t-il. Il faut dire que le milieu l’attire depuis un bout de temps. Né à Marseille, il a grandi en région Paca, alternant avec l’Ardèche, la Drôme et le Luberon et son idée originelle était d’allier sa passion de la plongée et le travail sur les métaux : « De base je voulais faire soudeur scaphandrier. Ça m’attirait car depuis tout petit je fais de la plongée. » Mais il a évolué avec le temps. « J’ai préféré me reporter sur le nucléaire, mais au final je regarde plutôt dans l’aéronautique. Je préfère les ateliers plutôt que les chantiers », développe-t-il. Des domaines d’activité qui collent avec ses qualités. Son métier demande en effet un certain sens de la précision, il faut travailler « la lecture de plan » et respecter les consignes au millimètre près : « Il ne faut pas d’erreur, sinon on doit tout reprendre. Une fuite dans la tuyauterie en pétrochimie, ça peut être très dangereux. » Pas naïf, il est bien conscient de la réalité des conditions de travail de sa profession et est attaché aux process de sécurité.

    Enfin, il met beaucoup de sens dans son métier : « J’aime voir ce que je sors, ce que je crée, où ça va et à quoi ça sert. » Et autant dire qu’il accorde une grande importance à la pratique. La preuve, il travaille actuellement à Socomelu à Pertuis, alternant généralement trois semaines en entreprise et une semaine de cours. Il habite à Ceyreste en Luberon, à 40 minutes de route de son boulot et une heure de plus pour aller au CFAI. Heureusement, sa grand-mère habite à Istres et il sait pouvoir compter sur le soutien inconditionnel de sa famille et de ses parents restaurateurs : « Ils m’ont toujours soutenu dans mes choix, ce sont mes plus grands fans. »

  • Le sando halloumi du Rosso café

    Le sando halloumi du Rosso café

    Cette semaine nous vous invitons chez Rosso, pour réaliser une recette à la fois street, qui se mange sur le pouce et savoureuse !

    Pour commencer, la veille découpez de belles tranches d’halloumi que vous faites mariner toute la nuit au frais dans de l’huile d’olive, de l’origan, des herbes de Provence et du thym.

    Le lendemain, au moment de réaliser votre recette il vous faudra prendre de belle tranches épaisses de pain de mie que vous pouvez trouver chez un boulanger. Réalisez si vous le pouvez une belle mayonnaise et un pesto maison. Pour le pesto, mélangez le basilic, les pignon, l’ail, le citron et le parmesan puis montez à l’huile d’olive. Salez et poivrez. Si vous ne pouvez pas les faire, le chef vous conseille de les acheter déjà prêts et mélangez les deux sauces pour avoir un seul et même condiment.

    Un fromage avec appellation protégée

    Coupez le concombre en rondelles et émincez l’oignon rouge et la sucrine. Au moment du montage du sandwich, passez vos tranches de pain de mie au grille pain pour ne pas que le pain ait le temps de sécher à l’air libre et ainsi durcir. Déposez une belle cuillère de mayonnaise au pesto sur les deux tranches de votre sandwich et étalez sur toute la surface du pain. Ajoutez sur l’une d’entre elles une poignée de sucrine, quelques lamelles d’oignon, deux tranches généreuses d’halloumi mariné.

    L’halloumi est un fromage chypriote qui se rapproche de la féta et est protégé par une appellation d’origine protégée depuis 2021 à l’échelle européenne. Quatre rondelles de concombre, quelques feuilles de menthe parsemées pour la fraîcheur et enfin les tomates séchées. Refermez avec une tranche de pain de mie badigeonnée de mayonnaise. Vous pouvez fermer le sandwich avec un papier spécialisé un peu comme un paquet cadeau et le couper en deux pour une dégustation plus simple le sandwich étant assez volumineux. Bon appétit !

    Il vous faudra :

    – Des tranches de pain de mie épaisses

    – Un concombre

    – De la menthe fraîche

    – De quoi faire une mayonnaise ou déjà prête

    – Du basilic, des pignons, de l’ail, du citron, du parmesan et de l’huile d’olive ou du pesto

    – Une sucrine

    – Un oignon rouge

    – Du fromage halloumi

    – De l’origan, du thym et des herbes de Provence

    – Des tomates séchées

  • [Grand entretien] Robert Rossi : « Je ne retrouve plus ma gauche »

    [Grand entretien] Robert Rossi : « Je ne retrouve plus ma gauche »

    Robert Rossi : C’est l’histoire d’un macho, un tombeur d’origine italienne, qui est arrivé à Marseille à l’adolescence et qui s’est lié d’amitié avec un futur musicien. Ils ont tout deux dépassé la soixantaine. L’un enchaîne les petits boulots, tandis que l’autre est sûr de lui avec un métier qui consiste à tomber les femmes. Tous les deux sont diamétralement opposés. Le musicien est très respectueux des femmes, il a une éthique politique, artistique et il porte d’ailleurs un regard très critique sur son ami. Tandis que le héros est tout le contraire. Ce qui est intéressant dans ce bouquin, c’est que l’on confronte les attitudes, les idées et les positionnements dans la vie.

    De quoi ou de qui vous êtes-vous inspiré pour écrire ce livre ?

    R.R. : Pour l’essentiel, ce sont des personnes que j’ai réellement connues. Ce qui m’a plu, c’est que tout en dénonçant le masculinisme, c’est quand même le sujet du bouquin, on est dans la faconde italo-marseillaise avec des passages complètement abracadabrants. Il y a quand même des passages que j’ai trouvés truculents, que j’ai connus et que j’ai essayé de placer à l’intérieur. C’est beaucoup d’expériences personnelles et j’ai utilisé les caractères ou attitudes de plusieurs personnes pour n’en créer qu’un, le personnage principal, avec des anecdotes qui sont pour la grande majorité réelles.

    Pourquoi c’était important pour vous de dénoncer ce masculinisme ?

    R.R. : ça faisait un moment que le sujet me trottait dans la tête et ce qui m’a décidé, ce sont ces passages truculents marseillo-marseillais dont je parlais et à la fois ce phénomène qui est de plus en plus dénoncé. Malgré les dénonciations et mouvements féministes, je trouve, d’un point de vue personnel, qu’il est en mauvaise posture. Je ne sais pas si les jeunes générations sont si évoluées que ça, j’entendais sur France Inter qu’un sondage montrait que les jeunes sont encore plus masculinistes que leurs aînés… J’ai l’impression qu’avec la politique générale, le masculinisme est encore au goût du jour. ça ne va pas en s’arrangeant. Sans oublier ces jeunes qui apprennent ce que sont les relations amoureuses sur les sites pornos, ça ne présage rien de très intéressant, c’est même plutôt dramatique…

    Pourquoi Gino, personnage principal, est-il d’origine italienne ? Est-ce pour jouer sur le cliché de l’Italien, marseillais dragueur avec humour ?

    R.R. : Oui, bien évidemment, mais il est bien plus que dragueur, c’est le tombeur par excellence qui sait comment s’y prendre pour arriver à ses fins. Mais, au-delà de ça, ce qui m’intéressait, étant d’origine italienne et en y allant souvent, c’est que j’ai observé qu’en France, il y a toute une campagne d’extrême droite qui dit que si on avait pas Macron, mais plutôt une femme comme Giorgia Meloni, une femme qui en a, le pays irait beaucoup mieux. Alors que moi, ce que je vois là-bas, c’est le contraire, par exemple maintenant pour se faire avorter en Italie, il faut aller à l’étranger. La loi existe toujours, mais les médecins qui la pratique sont très rares avec la remontée du catholicisme… Quand j’étais ado, je pensais que ce pays allait évoluer, mais au final, c’est un pays qui était fasciste et qui est redevenu fasciste. Je me demande finalement si ce n’est pas dans son ADN…

    Au-delà de la politique italienne, quel regard portez-vous sur la politique en France, mais aussi au niveau local avec l’arrivée imminente des municipales ?

    R.R. : Comme sur le territoire national, je sens une poussée RN gigantesque. Je le vois par exemple sur les réseaux sociaux. Même si je n’ai que Facebook et des amis qui sont carrément de gauche, mon mur est envahi de liens d’extrême droite, alors que l’algorithme ne devrait pas me présenter ça. Ça veut donc dire qu’ils y vont fort, qu’ils nous envahissent et le truc qui me fascine aussi, c’est que je ne pensais pas qu’on puisse aujourd’hui encore avoir autant le culte de la personnalité. Je ne pensais pas non plus que les gens seraient à ce point perméables à toutes ces idées horribles. Évidemment, mes parents m’ont parlé de la guerre, de la résistance ou de la lutte sociale, mais qui maintenant va parler de tout ça aux jeunes ? Personne. On leur parle de choses tout à fait différentes et ça fonctionne malheureusement. Je suis toujours assez pessimiste, mais j’essaie tout de même de voir ça avec le second degré, au moins dans le rapport artistique et littéraire.

    Vous avez toujours été proche de « La Marseillaise » et avez participé à
    de nombreux événements avec Quartier Nord. Ce lien avec le journal et son histoire est important pour vous
     ?

    R.R. : Je trouve aujourd’hui que c’est quasiment fondamental parce qu’honnêtement, je suis comme beaucoup de gens, je ne retrouve plus ma gauche. Il y a la gauche que certains ont nommé à juste titre de droite complexée et de l’autre les insanités et alliances que je répugne de l’extrême gauche, d’ailleurs, je ne sais pas si on peut vraiment l’appeler ainsi parce que pour moi, quand on est allié aux Frères Musulmans, c’est la pire des choses qui soit. Il y a plein de choses sur lesquelles je suis en désaccord avec le Parti communiste, mais pour moi, c’est le socle, c’est ce qu’il faut défendre bec et ongles.