Tag: Viticulture

  • Incendie de l’Aude : Carole Delga en appelle à l’État

    Incendie de l’Aude : Carole Delga en appelle à l’État

    Nous n’y arriverons pas seuls. Nous avons besoin de la solidarité nationale parce que la sécheresse est durable et que nous sommes frappés par d’autres aléas climatiques. »

    Un mois après le gigantesque incendie des Corbières qui a parcouru en août 16 000 hectares de pinèdes et de vignes, détruit 36 habitations et causé la mort d’une habitante, Carole Delga (PS) et Hélène Sandragné (PS) en appellent à l’aide de l’État.

    Vendredi 12 septembre, les présidentes de Région et du Département de l’Aude ont demandé « la reconnaissance des incendies comme aléas climatiques au titre des indemnisations agricoles et viticoles ». Actuellement, en cas de pertes de récoltes, les agriculteurs ne peuvent obtenir des indemnisations de l’État qu’en cas de phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, gel, grêle…).

    L’Occitanie étant la région française « la plus exposée aux aléas et catastrophes climatiques », Carole Delga a interpellé le président de la République sur « le besoin d’une prise en compte spécifique » de ce territoire. L’élue socialiste réclame un « plan national Occitanie résilience » qui serait soutenu par l’Union européenne avec des « outils réglementaires et financiers pour agir vite et fort ».

    La présidente de Région pense entre autres à des financements pour maintenir le pélicandrome de l’aéroport de Carcassonne, du matériel supplémentaire pour le Sdis audois ou à un élargissement du fonds d’indemnisation agricole (8 millions d’euros) au-delà des territoires brûlés. Enfin, Carole Delga demande un avenant au contrat de plan État/Région afin de « faire face au changement climatique ».

    En attendant une réponse, Carole Delga et Hélène Sandragné ont indiqué que la Région et le Département de l’Aude ont chacun débloqué une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d’euros en solidarité aux sinistrés (viticulteurs, entreprises, associations…). Un premier geste qui sera suivi en novembre d’un plan de transformation du territoire.

  • Le coup de pied dans la fourmilière d’Henri Cabanel

    Le coup de pied dans la fourmilière d’Henri Cabanel

    Viticulteur de profession, Henri Cabanel a une certaine légitimité sur le sujet. Quant à la tentation de brosser les électeurs dans le sens du poil, le sénateur héraultais (groupe RDSE) a déjà prévenu qu’il ne se représentera pas.

    Pas adepte de « la langue de bois », c’est un rapport vérité co-rédigé avec deux confrères rapporteurs du Sénat qu’il s’apprête à rendre fin octobre sur l’avenir d’une viticulture en mode survie. Son rapport, qui se veut « constructif et ambitieux » mais sans concession sur l’avenir d’une filière éclatée qu’il n’a pas l’intention de ménager, devrait faire du bruit. Au cours des nombreuses auditions et visites de terrain menées depuis des mois, « j’ai pris des gifles mais j’en ai donné aussi », dit-il de manière imagée. « J’ai mon franc-parler et je suis de la famille. On ne peut pas m’esbroufer. »

    Responsables syndicaux et institutionnels, vignerons indépendants, caves coopératives, élus… Tous ses échanges l’ont amené à un constat implacable : « La situation viticole est très hétérogène en France et même ici, en Occitanie. » Malgré le contexte de crise, certains privés et même des coopératives réussissent quand d’autres coulent. Henri Cabanel en est convaincu. Si les trois problématiques récurrentes (le revenu décent, l’eau et les normes) existent bel et bien (« on fera des propositions dessus »), le sujet central est interne.

    Des vins moins alcoolisés

    « La filière viticole française est divisée. Elle n’a pas de cap ni de stratégie ! Elle n’a même pas défini les enjeux. » Plutôt que « chacun discute son bout de gras sur des postures politiciennes », le sénateur incite interprofession, producteurs, négoce et grande distribution à « prendre leurs responsabilités et tirer dans le même sens ». À l’image de la distillation ou de l’arrachage, trop d’argent public aurait été gaspillé sans aucun résultat. « Il faut des compensations, s’engager à faire quelque chose en contrepartie des aides, sinon rien ne changera », prévient H. Cabanel pour qui « une cave qui va mal, qui fusionne avec une autre en difficulté, ça donne une cave qui va mal ». Il conseille de « s’accorder sur une adaptation au changement climatique et chasser en meute sur le plan commercial, en mutualisant nos efforts à l’export comme les Italiens ou les Espagnols qui vendent plus que nous à l’étranger ! ». Pour cela, l’élu préconise de mieux coller aux nouveaux goûts des consommateurs. « La réglementation a changé et permet des vins partiellement alcoolisés entre 0,5 et 8,5 degrés », illustre-t-il. Une révolution en somme.

  • Un « comité salinité » pour sauver les cultures de la basse plaine de l’Orb

    Un « comité salinité » pour sauver les cultures de la basse plaine de l’Orb

    La nature a créé le meilleur désherbant au monde », s’amuse Paul Thomas, viticulteur et vice-président de la cave de Sérignan, dans le sud de l’Hérault. Mais s’il garde son humour, ce vigneron est en réalité très inquiet et il a de bonnes raisons : depuis plusieurs années, de l’eau salée s’infiltre en permanence sur ses parcelles et détruit une partie de ses vignes.

    Dans la région, il est loin d’être le seul à être touché par le phénomène : « Tous les viticulteurs sont impactés, mais aussi les céréaliers et même quatre éleveurs. Le débit de l’Orb n’est plus aussi important qu’avant et il est en dessous des minimums autorisés. C’est devenu un véritable bras de mer qui se diffuse sur les deux rives par capillarité. » Conséquence : du sel s’infiltre dans les cultures environnantes, rendant les sols complètement stériles en à peine un an.

    C’est ainsi qu’il y a deux ans, Paul Thomas et d’autres agriculteurs de la région ont décidé de créer une association réunissant 250 adhérents pour interpeller les institutions. Une initiative payante puisque depuis le 30 juin, le préfet a ordonné la mise en place d’un comité de pilotage « salinité » pour rassembler autour d’une même table tous les acteurs du dossier. Jérôme Despey est président de la chambre d’agriculture de l’Hérault et co-préside ce comité. Il raconte : « À la demande de l’association, nous avons travaillé par exemple avec l’Agglomération de Béziers, qui finance une étude du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sur la faisabilité d’un barrage anti-sel. Il devrait rendre ses conclusions en mars 2026. » Selon Jérôme Despey, il y a urgence : 2 800 hectares de terres agricoles sont concernés, dont 500 sont déjà perdus. « Si on prend le seul exemple de la Cave de Sérignan, poursuit-il, celle-ci a perdu 190 hectares en à peine 30 ans. »

    Une menace existentielle

    Sur le terrain, de nombreuses actions sont déjà mises en place pour essayer de remédier au problème. L’Association syndicale autorisée en hydraulique agricole (ASA) a par exemple engagé bénévolement un nettoyage complet de son réseau. Cette initiative aurait déjà permis de faire baisser le taux de salinité de 21 à 12 grammes dans certains ruisseaux. « Sur les deux rives, il y a aussi des pratiques de submersion des terres en hiver, grâce au pompage de l’eau douce dans l’Orb », ajoute le président de la chambre d’agriculture. « Il est assuré sur la rive droite par la Cuma et sur la rive gauche par la BRL. Seulement, la submersion coûte 1 500 euros pour quatre hectares. » Par ailleurs, l’Établissement public territorial de bassin Orb et Libron a élaboré un plan de gestion du delta de l’Orb concernant tous les leviers d’action et d’adaptation au changement climatique. « C’est pour faire dialoguer et mettre en commun toutes ces initiatives que nous avons créé le comité », commente Jérôme Despey. « Nous ferons une nouvelle réunion le 27 octobre pour constater les avancements. »

    De son côté, Paul Thomas assure qu’il garde espoir et a envie de croire en l’initiative de la préfecture. Il en va de la survie de la cave de Sérignan : « Si on perd notre terroir situé dans la basse plaine, la cave fermera. Pourtant, nous sommes le premier caveau de l’Hérault. La salinité est notre seule bête noire. » Il déplore également que deux jeunes viticulteurs aient déjà été contraints d’arrêter leur activité « parce qu’ils étaient écœurés. » Il conclut : « Ça fait deux ans qu’on a pris nos bâtons de pèlerin. Nous nous sommes donné sept ans pour arriver à une solution pérenne. »

  • En Vaucluse, les viticulteurs toujours au milieu du gué

    En Vaucluse, les viticulteurs toujours au milieu du gué

    Un temps festif et convivial va envahir la place du palais des Papes, ce samedi : le traditionnel du ban des vendanges, mis sur cépages par les compagnons des Côtes-du-Rhône. Quelque 13 000 personnes sont attendues à partir de 17h pour mettre à l’honneur les prémices du millésime 2025. « La récolte est portée par un état sanitaire favorable, des acidités particulièrement préservées et un vignoble qui, malgré des épisodes climatiques contrastés, a montré une résilience remarquable, se félicite déjà Philippe Pellaton, président d’Inter Rhône, qui représente les vignobles de la vallée du Rhône. Ce résultat laisse entrevoir un millésime de grande qualité. »

    De quoi déjà donner un peu le sourire au sein du 2e vignoble AOC de France et, plus largement, à la profession qui, en Vaucluse, représente une part prépondérante de l’économie agricole (60 %). « Les premières vendanges ont démarré la semaine du 11 août pour les premiers muscats, on est sur un millésime qui flirte avec les plus précoces des 50 dernières années, observe François Bérud, chef de service vigne et vin à la chambre d’agriculture de Vaucluse. Maintenant, les vendanges se finissent à la période où on les commençait à l’époque. » Ce qui ne veut pas dire altération de la qualité, car lui aussi confirme « de belles conditions sanitaires des grappes ».

    Reste ensuite à écouler la marchandise, aussi réussie soit-elle. Dans un secteur très hétéroclite, entre grands crus, AOP ou vins de table, impossible de faire des généralités, même si dans l’ensemble, « la situation est compliquée », reconnaît François Bérud. Baisse de la consommation, incertitudes sur l’export… « Les crises anticipées sont toujours plus faciles à résoudre qu’essayer de trouver des solutions en plein milieu du gué », analyse le technicien de la chambre d’agriculture. Parmi les réponses, proposer des vins moins alcoolisés : « Il y a une vraie volonté de nombreux vignerons de proposer des vins à petits degrés, 11 parfois même à 8, pour des rosés », note François Bérud.

    Souvent évoquées l’an dernier, les campagnes d’arrachage de vigne sont restées très marginales en Vaucluse, à peine 2 % du vignoble. « Cela montre que les vignerons croient encore à la viticulture. À la chambre, on propose des services pour cerner leurs objectifs et volontés de diversification, mais ce n’est pas d’une simplicité absolue », résume François Bérud, qui écarte toute solution miracle et universelle.